• La Tolérance vertu initiatique
     
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    Vénérable Maître, mes sœurs et mes frères, toutes et tous en vos grades et qualités, Depuis que je suis revenu sur les colonnes, avec la joie que vous connaissez, j’ai ressenti la nécessité profonde de présenter un travail à mon nouvel atelier.

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    J’avais notamment en tête un projet qui suivait le droit fil de la planche que notre frère MARCHAL nous a exposée sur le nombre d’or ; et puis, les tenues passant et pour avoir vécu avec vous des émotions mais aussi des oppositions philosophiques et morales, j’ai souhaité, en accord avec notre vénérable en chaire, vous parler de la tolérance, parce que je voudrais qu’elle soit toujours pour moi une ligne de conduite, alors qu’en des moments encore trop nombreux mon comportement lui est contradictoire ! <o:p></o:p>
    Comme quoi la perfection n’est qu’un but indéfinissable et un travail sur soi de tous les instants ! <o:p></o:p>
    Je vais donc ce soir et en cet instant de la vie de notre jeune obédience, vous parler de la tolérance et tenter de rappeler que la tolérance doit être par excellence le propre, de l'Initié. <o:p></o:p>
    Cela semble-t-il, va de soi, tant il semble facile de pratiquer une Tolérance d’apparence. Pourtant à qui réfléchit sur ce point, rien n'est moins certain. On peut afficher une attitude tolérante, de bonne foi, sans avoir réalisé ce qu'est la tolérance et rester dans son âme profonde âprement sectaire et violemment partisan. <o:p></o:p>
    Tentons tout d’abord ensemble d’aborder la Tolérance sous son véritable aspect et de la définir. Nous verrons ensuite comment il nous appartient de la promouvoir et de la sauvegarder. <o:p></o:p>

    QU’EST-CE QUE LA TOLERANCE <o:p></o:p>
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    LA TOLERANCE ABSTRAITE : <o:p></o:p>
    On ne doit pas considérer la tolérance ni comme étant une « indulgence" vis-à-vis de l'adversaire, ni comme un respect mutuel, ni même comme une politesse rendue à qui n'est pas de notre avis. <o:p></o:p>
    A vrai dire, à notre époque de guerre latente et de conflits réels où les idées opposées, étroitement dogmatiques, s'affrontent comme des épées, la tolérance est malheureusement comprise comme un armistice, un repos dans le combat. Chacun reste ferme sur ses positions, prêt à reprendre la controverse et à pourfendre l'adversaire. <o:p></o:p>
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    Dans cet esprit combatif, les idées apportées de part et d'autre sont des faits qu'il convient de connaître, d'apprécier, mais non de pénétrer et de comprendre. <o:p></o:p>
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    Une pensée militante engagée ne peut que rejeter les raisons de l'opposition, car elle ne peut concevoir cette « trahison » que serait la réelle compréhension des arguments adverses. La Tolérance est alors l'ignorance dédaigneuse et méprisante des «idées» opposées, chacun restant prisonnier des « mots de sa tribu ». <o:p></o:p>

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    Quelquefois enfin la tolérance est encore cet éclectisme superficiel qui voile un scepticisme général à l’égard de toutes les doctrines. Cette indifférence glacée et polie est souvent le fait de l'universitaire, qui se dit d'autant plus tolérant qu'il ne croit à rien. Les idées ne sont plus alors que des formes vides qu'entrechoque une dialectique aisée et rompue à ce jeu. On conçoit que l'attitude tolérante réelle n'ait que peu de rapports avec ce « vain cliquetis de mots» comme disait déjà l'Upanishad pour qui »les actes quotidiens sont plus importants que les croyances ». (Pour information : les UPANISHAD sont des textes ésotérique et mystiques indiens regroupés dans les « âranyaka » qui font partie eux-mêmes des Veda. Il s’agit de concepts philosophiques dont la préoccupation principale est la nature de Brahmâ, l’âme universelle. <o:p></o:p>
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    LA TOLERANCE ET LE SACRE : <o:p></o:p>
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    Toutes ces conceptions semblent ignorer le vrai fondement de la Tolérance qui est proprement spirituel. <o:p></o:p>
    Je voudrais ici, si vous me le permettez, attirer l'attention sur ce socle souvent méconnu et ignoré par ceux qui se réclament d'elle et sont, pour cette raison, intolérants sans s'en douter. <o:p></o:p>
    Il faut en effet lier cette notion capitale à celle du symbolisme. <o:p></o:p>
    Pour l'Initié (au sens sacré du terme), que signifie « être Tolérant »? <o:p></o:p>
    C’est tout simplement considérer que la Vérité étant en principe inexprimable, tous les essais que l'homme de bonne foi fait pour y parvenir, sont d'égale valeur et recevables pour l'esprit; <o:p></o:p>
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    Il sait que seuls les symboles, dans leur langage muet, font pressentir cette Vérité. <o:p></o:p>
    Pour lui, les mots, en tant qu'ils délimitent, dissèquent, retranchent de l'Idée cette particule inexprimable qui est précisément essentielle, comportent l'erreur et que cette erreur est inévitable. <o:p></o:p>
    Donc, la Tolérance est absolument nécessaire, puisque tous les exposés de l'Unique et suprême Principe des choses sont «hérétiques» si l'on veut s'en tenir à leur « lettre » absolue comme font les rigoristes. Le didactisme précis s’avère donc impuissant ce que les sages de l'Inde savaient depuis longtemps eux dont la formule suprême est« Néti ! » {C'est-à-dire: pas cela ! pas cela) <o:p></o:p>
    Réciproquement, toutes les conceptions du Principe contiennent une partie de la Vérité informulable et il convient donc de les accepter, dans une tolérance souriante, comme des approximations plus ou moins poussées qui témoignent d'une bonne volonté universelle dans cet élan vers le Vrai. <o:p></o:p>

    Ainsi, 1'Initié est forcément tolérant, car dans chaque doctrine, si erronée soit-elle apparemment, si contradictoire qu'elle semble au mental analytique et discursif, il reconnaît une étincelle de l'Eternelle Vérité inaccessible. <o:p></o:p>
    L'erreur n'existe pas, puisque en fait tous les « mots» en tant que « lettres », sont faux. Pour l'Initié, il n'y a que des degrés plus ou moins purs de vérité dans divers Livres sacrés de cette doctrine unanime et universelle de la Tradition éternelle. Seul, l'Esprit des symboles, que l'Intelligence comprend dans une illumination, peut la transmettre, toujours vivante dans une chaîne sans fin. <o:p></o:p>

    Telle est la raison pour laquelle les religions de tous les temps, de tous les pays et de toutes les sectes sont connues à titre égal comme légitimes par la Maçonnerie universelle. Ce sont à ses yeux, des opinions purement humaines, approximatives et limitées qui, si elles se «tolèrent» entre elles, peuvent être « tolérées» chez ses adhérents qui y trouvent cette parcelle d’ésotérisme indispensable à la base d'un Esotérisme véritable. <o:p></o:p>

    La Maçonnerie ne peut donc, sans renoncer à cet esprit de tolérance universelle, adopter une attitude religieuse quelconque et identifier le « Grand architecte de l'Univers» à une forme théocratique consacrée. <o:p></o:p>

    LA TOLERANCE ET LA PHILOSOPHIE : <o:p></o:p>

    Ce qui est vrai des religions l'est, à plus forte raison, des philosophies qui ne peuvent être vis-à-vis du symbo1isme et de son langage immuable et profond que des balbutiements puérils de profanes lesquels n'ont pas encore compris que le meilleur moyen de progresser vers La Vérité est le Silence et le recueillement, et non la discussion et la dispute. <o:p></o:p>
    Les contradictions des systèmes philosophiques, leurs anathèmes réciproques, leur conditionnement méticuleux et précis, doivent être reçus par l'initié comme des témoignages éloquents, et démonstratifs, de la débilité congénitale de la Pensée humaine et de son effet éternel sur la Lumière. <o:p></o:p>

    La philosophie, dans ses essais toujours infructueux et toujours recommencés, fait ainsi apparaître la déformation d'une idée traditionnelle et la persistance ignorée d'un Symbole millénaire défiguré. <o:p></o:p>

    Nous avons donc tenté de définir la tolérance par sa forme abstraite, ainsi que vis-à-vis du spirituel et du philosophique. Voyons maintenant, plus concrètement, comment ... <o:p></o:p>

    SAUVERGARDER ET PROMOUVOIR LA TOLERANCE <o:p></o:p>

    En définissant La tolérance par rapport à son contraire, l’Intolérance, nous devons être conscients sur ce point, nous tous mes soeurs et mes frères, du rôle et de la responsabilité de la Maçonnerie au regard de l’humanité. <o:p></o:p>
    En effet, l’intolérance qui soulève des questions d’ordre moral et politique et qui est souvent considérée comme une menace majeure pour la démocratie, la paix et la sécurité inquiète à juste titre ; n’oublions jamais qu’elle a toujours été présente dans l’histoire humaine et a déclenché la plupart des guerres, alimenté les persécutions religieuses et les confrontations idéologiques violentes. <o:p></o:p>

    L’intolérance est-elle inhérente à la nature humaine ? <o:p></o:p>
    Est-elle insurmontable ? <o:p></o:p>
    La tolérance peut-elle s’apprendre ? <o:p></o:p>
    Comment les démocraties peuvent-elles s’attaquer à l’intolérance sans enfreindre les libertés individuelles ? <o:p></o:p>
    Ces grandes questions, soumises à l’UNESCO en 1995 ont conduit aux réflexions suivantes, ici simplement résumées mais susceptibles de tous les débats : <o:p></o:p>

    La lutte contre l’intolérance nécessite des lois pour garantir la justice et punir les discriminations. <o:p></o:p>
    La lutte contre l’intolérance nécessite l’éducation car elle a souvent pour causes l’ignorance et la peur, de l’inconnu, de l’AUTRE, des autres cultures, nations ou religions. <o:p></o:p>
    La lutte contre l’intolérance nécessite l’accès à l’information pour conduire à limiter ainsi l’influence des propagateurs de haine. <o:p></o:p>
    La lutte contre l’intolérance nécessite la prise de conscience individuelle car l’intolérance d’une société se mesure à la somme des manifestations individuelles d’intolérance de ses membres et parce qu’elle engendre ainsi l’intolérance et incite ses victimes à chercher vengeance. <o:p></o:p>
    La lutte contre l’intolérance nécessite des solutions locales, car son escalade autour de chacun d’entre nous doit conduire à la réaction de chacun d’entre nous : c’est le pouvoir des hommes par leur action non-violente d’organiser des groupes décidés à lutter contre la haine. <o:p></o:p>
    A cet instant, et avant de conclure cette planche, je voudrais vous lire quelques lignes extraites du « traité sur la tolérance » écrit par Voltaire en 1763, dans son chapitre XXIII : PRIERE A DIEU <o:p></o:p>

    « Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps ; s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les <o:p></o:p>erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous a point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que tous ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal d’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui domine sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie ; car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir. Puissent ces hommes se souvenir qu’ils sont frères ! » <o:p></o:p>

    Mes sœurs et mes frères, à ce stade de définitions, d’analyses et de réflexions, il nous <o:p></o:p>


    faut constater que l’approche de la tolérance, pour nous francs et libres maçons, est avant tout initiatique. <o:p></o:p>

    Pour nous maçons, la Tolérance vis-à-vis de toutes ces volontés plus ou moins bien orientées vers le but qu'elles se proposent ne conduit pas à cette indifférence dédaigneuse polie et abstraite que j’ai évoquée au début de mon exposé et non plus à des actions militées à l’excès. <o:p></o:p>
    Bien au contraire, elle nous permet et nous impose d'englober dans une même pensée fraternelle toutes les femmes et tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté lesquels, l'un à l'abri des sanctuaires religieux, l'autre à l'aide du bâton philosophique s'efforcent, même en s'ignorant et en se maudissant, d’aller vers le même but que l'Initié a seul le privilège de discerner clairement. <o:p></o:p>
    C'est donc bien l'honneur de la Maçonnerie universelle de montrer à ses adeptes cette Lumière intelligible qui leur permet consciemment ou inconsciemment d'atteindre à cette véritable Tolérance que certains appellent encore à juste titre la Compréhension en esprit. <o:p></o:p>

    J’ai dit.


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