• LES GRANDES FIGURES SPIRITUELLES DE L'EGLISE CATHOLIQUE

     

     

    LA STIGMATISÉE DE KONNERSREUTH (1898-1962)


    Thérèse Neumann, que les autorités religieuses visitèrent ou firent observer pendant de longues années fut une grande mystique. Après ses années d'enfance pauvre mais heureuse, elle vécut une jeunesse vouée aux durs travaux des champs et du service dans un cabaret. Elle connut ensuite, et pendant six ans, de lourdes infirmités : cécité, paralysie, et des maladies douloureuses. Puis, ce furent, en quelques mois, les guérisons subites et totales. Enfin vinrent l'inédit et la stigmatisation. Pendant plus de trente ans Thérèse Neumann ne mangea plus rien ; elle ne pouvait pas boire non plus. C'est durant cette période qu'elle revécut, toutes les semaines, la Passion de Jésus dont elle conservait les stigmates.
    Thérèse Neumann se présente à nous comme une grande mystique dont la mission fut de faire connaître au monde la valeur de l'Eucharistie, de la Croix, et de la souffrance rédemptrice. Depuis le siècle des lumières, la mystique[1], même dans les milieux cléricaux, est presque toujours suspectée. Le refus de croire ou d'accepter les phénomènes mystiques est devenu comme une règle générale. Est-ce pour ajouter à la souffrance que le Seigneur partage largement à tous ceux qui lui ont consacré leur vie ? Peut-être ! Mais ce qui est certain, c'est que la mystique est une grâce et un don gratuit de Dieu qui n'est accordé qu'aux petits et aux humbles, à l'imitation du Christ Jésus.
    Quoi qu'il en soit, force est de constater que Thérèse Neumann fut une mystique authentique qui continue à nous conduire simplement à l'Eucharistie et à la Croix. La souffrance, acceptée en esprit de sacrifice, fut pour Thérèse la lente purification qui la fit entrer dans la voie de l'illumination mystique.
    LA VIE DE THÉRÈSE NEUMANN
    L'ENFANCE ET LA JEUNESSE
    Thérèse Neumann, familièrement appelée Resl, naquit en Bavière, à Konnersreuth, le Vendredi Saint 8 avril 1898, dans une famille pauvre mais digne : le père était tailleur et possédait également une ferme dont l'entretien était assuré par Mme Neumann. Thérèse fut baptisée le jour de Pâques de la même année. Aînée de 9 enfants, elle acquit très vite une maturité exceptionnelle.
    Comme tous les membres de sa famille, Thérèse était de constitution saine et particulièrement robuste. À l'école, elle se montra une élève douée et attentive, obtenant toujours les meilleures places. C'était une enfant joyeuse, active, et surtout très pieuse, qui manifesta très tôt le désir de devenir religieuse missionnaire. Rien, en apparence, ne la distinguait des autres enfants de son âge, sinon qu'elle manifestait une profonde horreur du mensonge.
    On apprit bien plus tard qu'elle bénéficia d'une grâce particulière le jour de sa première communion et qu'à plusieurs reprises elle eut le privilège de communier à distance. Seul le curé de son village, le Père Naber, qui devait la diriger jusqu'à la fin de sa vie, eut connaissance de ces faits étonnants.
    À l'âge de 14 ans, Thérèse fut placée dans une famille du village, comme servante fermière, pour aider aux travaux des champs et servir les consommateurs du café tenu par cette famille. Pendant la guerre de 1914-18, comme de nombreuses femmes de la campagne, elle travailla durement pour remplacer les hommes partis à la guerre. Elle labourait, hersait, semait, fauchait, maniait de lourds sacs de grains ou de pommes de terre, comme l'avaient fait les hommes solides de la région. Déjà toute à Dieu, en attendant d'entrer au couvent, elle s'était mise totalement au service de son prochain.
    Remarque : Thérèse lisait peu. Toute son adolescence fut nourrie par les seuls enseignements de saint François de Sales et de sainte Thérèse de Lisieux.
    LES PREMIERS ACCIDENTS
    Le 10 mars 1918, un incendie se déclara dans le village. Thérèse donna l'alarme et se plaça dans la chaîne pour combattre le sinistre. Debout sur un escabeau, elle devait recevoir les seaux pleins d'eau (de 10 à 25 kg) et les déverser ensuite sur les flammes. Pour cela il lui fallait continuellement se baisser et se relever. Soudain elle ne put plus se relever et lâcha le seau qu'elle tenait: elle venait de se démettre la colonne vertébrale, mais elle ne le savait pas encore. Après quelques jours de repos elle recommença à
    travailler un peu, mais, au début du mois d'avril, elle tomba à la renverse, se blessa à la base de la boîte crânienne et sa vue commença à baisser.
    Le 1er août, en redescendant d'une échelle, elle manqua un échelon et tomba de nouveau. Trois semaines plus tard, nouvelle chute... Sa vue continua à baisser et au mois d'août, elle ne pouvait plus lire. Le 19 octobre de la même année 1918, nouvelle chute, nouvelle plaie à la boîte crânienne. Enfin, le 17 mars 1919, après une cinquième chute, Thérèse devint complètement aveugle. Elle avait 21 ans.
    DES MALADIES MYSTÉRIEUSES
    À partir de maintenant la vie de Thérèse va devenir un constant calvaire. À ces lourdes épreuves s'ajoutèrent des crampes épouvantables contractant et torturant toutes les parties de son corps. Puis survinrent d'autres maux déroutant souvent ses médecins : déformations des membres, écoulement du pus dans ses oreilles, maux d'estomac, paralysie progressant jusqu'en 1919 ; tout cela sans compter les profondes escarres formant des plaies purulentes qui détruisaient les chairs. En 1925, la gangrène s'étant installée dans le pied gauche, un chirurgien envisagea l'amputation. Mais cela ne se fit pas: le Sauveur en avait décidé autrement...
    Par ailleurs, Thérèse devenait, par périodes, sourde et muette. En 1919, elle n'était plus qu'une chair puante jetée sur un lit de douleur. Pourtant elle acceptait tout, disant : "Tout ce qui me vient de la part de Dieu m'est bon: la guérison, la maladie, comme il lui plaira!" Ou encore : "Tout ce qui me vient de la part du Seigneur m'agrée: toute fleur, tout oiseau, ou même toute nouvelle souffrance; ma plus grande joie, je la trouve dans le Sauveur !"
    DES GUÉRISONS INEXPLICABLES
    L'état de santé de Thérèse Neumann était devenu incurable, effroyable; on pouvait même se demander comment elle réussissait à vivre, accablée par tant de souffrances que les médecins ne savaient apaiser. Mais voici que vont survenir sept guérisons inexplicables, instantanées et définitives.
    – Le 29 avril 1923, alors que Thérèse était complètement aveugle depuis quatre ans et un mois, à 6 heures et demi du matin, soudainement, la vue lui revint : c'était la fin d'une neuvaine que Thérèse avait commencée pour obtenir la béatification de Thérèse de Lisieux
    – Au cours d'un pénible accès de crampes, la plaie gangrenée de son pied gauche, que l'on devait amputer dans les meilleurs délais, se trouva entièrement guérie, quelques heures
    après que l'on eût appliqué dessus des pétales de roses ayant touché le tombeau de la petite Thérèse de l'Enfant Jésus : c'était le 3 mai 1925.
    – Depuis octobre 1918, Thérèse était presque entièrement paralysée. Le 17 mai 1925, jour de la canonisation de Sainte Thérèse Martin, Thérèse Neumann se vit tout à coup enveloppée de lumière et se mit à crier. Soudain, elle se redressa et, après une longue extase durant laquelle elle parlait avec une personne invisible, elle se leva et se mit à marcher. Thérèse se tenait très droite, elle pouvait s'asseoir et se lever seule, sans douleur : sa colonne vertébrale était redevenue intacte.
    – 13 novembre 1925. Thérèse est à toute extrémité avec une appendicite purulente. À sa demande, on lui appliqua une relique de Sainte Thérèse et elle se mit en prière. Soudain, elle ouvrit les yeux, se souleva et tendit les mains à une personne invisible en disant "Oui !" à plusieurs reprises. Resl raconta plus tard à son curé, le Père Naber qui lui demandait si c'était encore la petite Thérèse qui était venue la secourir : "Oui! Et elle m'a dit de me rendre immédiatement à l'église pour remercier Dieu... Une main m'est apparue, j'ai voulu la saisir, mais je n'y suis pas arrivée. C'était une fine main blanche... Les trois premiers doigts étaient étendus, les autres fermés... et il y avait une pure lumière d'où une voix, que j'ai bien reconnue, m'a dit: 'Afin que le monde reconnaisse qu'il y a une puissance supérieure, tu n'auras pas besoin d'être opérée. Lève-toi et va à l'église, mais tout de suite, tout de suite, afin de remercier le Seigneur. Tu auras encore beaucoup à souffrir... Tu n'as pas à t'en effrayer, non plus que des souffrances intérieures. C'est à cette condition seulement que tu peux coopérer au salut des âmes. Il te faut toujours davantage mourir à toi-même. Garde ta simplicité d'enfant.'" Ce qui surprit tout le monde, c'est l'instantanéité de la guérison.
    – 19 novembre 1926. La bronchite aiguë que Thérèse avait contractée s'était transformée en pneumonie double. Le 26 novembre était un vendredi et Thérèse vivait déjà les douleurs de la Passion, comme à l'ordinaire. Thérèse était en train de mourir. On appela le Père Naber qui lui administra l'Extrême Onction. Il était 6 heures du soir : les membres se refroidissaient, son teint prit la couleur de la cendre : c'était la fin. Soudain Thérèse se dressa sur son lit, tendit les mains en avant vers la voix bien connue qui lui parlait de nouveau : "Le Seigneur se réjouit de te voir ainsi soumise. Tu ne dois pas encore mourir. Tout cela est arrivé pour montrer au monde qu'il y a une puissance supérieure. Tu souffriras encore davantage, afin de soutenir les prêtres dans l'oeuvre du salut des âmes." De nouveau Thérèse fut le sujet d'une guérison instantanée.
    Le lendemain, Thérèse reprit ses activités. Elle était délivrée de tous les maux qui l'avaient clouée au lit depuis plus de six ans.
    – À ces guérisons naturellement inexplicables, il convient d'ajouter une autre guérison : du 7 au 13 juillet 1940, Thérèse subit plusieurs attaques d'apoplexie. Pendant neuf jours e1le demeura dans un état de semi-inconscience, à demi paralysée. Puis, lors de la vision
    de l'Assomption, toutes les séquelles dues aux crises d'apoplexie disparurent. Thérèse raconte : "Lorsque la Mère de Dieu sortit en flottant du sépulcre avec les anges, elle me sourit. Elle flotta vers moi et tint sa main droite sur la partie gauche de ma tête. Bien que lors des visions je ne ressentisse rien provenant de l'extérieur, il passa dans la partie droite de mon corps, comme une violente décharge électrique. Je levais la main afin de saisir celle de Marie."
    AUTRES PHÉNOMÈNES EXTRAORDINAIRES
    La vie de Thérèse Neumann a été jalonnée de phénomènes étonnants. Nous avons rapidement rapporté les guérisons extraordinaires dont Thérèse fut bénéficiaire. Nous parlerons plus loin de sa stigmatisation et de son jeûne qui dura 35 ans. Nous allons mentionner ici quelques-uns des faits étranges qui accompagnèrent Thérèse tout au long de son chemin terrestre.
    Thérèse, pénétrant dans les desseins de Dieu, commença à réaliser qu'elle était destinée à une vie de souffrance et de réparation, et elle voulut se charger des épreuves du prochain. Un exemple: son père, Mr Neumann, ne pouvait plus travailler à cause de ses rhumatismes. Thérèse demanda à Dieu de lui donner le mal de son père : elle fut exaucée. Le père guérit, et Thérèse assuma le rhumatisme...
    Les faits qui suivent ont été rappelés par Anni Spiegl, une amie de Thérèse Neumann qui avait assisté à de nombreux phénomènes extraordinaires vécus par cette dernière :
    – Un jour, le Dr Wutz avait célébré sa messe dans son oratoire privé et consacré deux hosties, pour Odile et Ferninand, une soeur et un frère de Thérèse. Au moment de la communion, il ne restait qu'une seule hostie. Thérèse lui donna bientôt l'explication. Ayant été dans l'impossibilité d'assister à la messe, malgré son immense désir de rencontrer Jésus, elle se transporta en esprit dans l'oratoire de la maison Wutz, à Eichstät, où célébrait le professeur. Thérèse assista à cette messe, en esprit, et communia... C'est de la même façon qu'elle assista aux cérémonies du couronnement du pape à Rome, et à diverses canonisations. Elle racontait ensuite ce qu'elle avait vu, avec de nombreux détails qu'on pouvait ensuite vérifier.
    – Thérèse discernait les prêtres qui avaient abandonné leur sacerdoce.
    – Elle savait d'instinct si le Saint Sacrement se trouvait dans l'église ou dans la chapelle où elle entrait. Elle discernait les vraies reliques des saints, des fausses.
    – Elle prédit, longtemps à l'avance que le Dr Graber, professeur à l'université d'Eischtätt serait un jour l'évêque de cette ville.
    – Un jeune étudiant en théologie était atteint d'une très grave tuberculose de la gorge. Prise de pitié, durant les fêtes de Noël 1922, Thérèse pria le Sauveur de lui donner cette maladie en échange de la guérison de ce jeune séminariste. Thérèse fut aussitôt atteinte d'un mal de gorge qui la fit souffrir longtemps. Mais à partir de ce jour, Thérèse ne put plus jamais avaler la moindre nourriture solide. Le jeune étudiant guérit définitivement et fut ordonné prêtre. Le jour où il célébra sa première messe, le 30 juin 1931, Thérèse fut délivrée de son mal de gorge.
    – Pendant la période nazie, les amis de Thérèse du cercle de Konnersreuth avaient préparé une action nocturne de propagande antinazie pour le soir même. Soudain Thérèse fut ravie en extase; revenue à l'état normal elle s'écria : "Renoncez à ce que vous avez l'intention de faire cette nuit, car il y a du danger". Odile, sa soeur, fut consternée, mais elle brûla immédiatement tous les documents qui avaient été si péniblement imprimés. Heureusement, car le lendemain matin la Gestapo surgissait dans le magasin d'Anni, recherchant les écrits contre le régime.
    – Le jour de la Toussaint, Thérèse voyait tous ses parents et amis décédés. Elle les voyait sous les traits qu'elle leur avait connus, mais resplendissants de bonheur.
    LES VISIONS
    Thérèse Neumann vivait dans un intime union avec le Sauveur. Pendant trente cinq ans, outre les terribles visions de la Passion de Jésus-Christ, elle eut la grâce de contempler la vie de Jésus sur la terre, et ses miracles. Elle vit le pays où il vécut, travailla et se déplaça, ainsi que les gens qui l'entouraient. Elle connut leurs habitudes et les entendit parler leur langage : l'araméen. Elle vécut des scènes du voyage des mages, le massacre des innocents, la fuite en Égypte, la vie à Nazareth et la plupart des épisodes de la vie publique de Jésus. Thérèse contempla de nombreuses scènes de la vie de Marie après la résurrection de Jésus, notamment à Éphèse avec Saint Jean, ―puis à Jérusalem où, à la fin de sa vie terrestre, elle fut élevée, corps et âme, au Ciel‖. Thérèse assista aussi à la lapidation de Saint Étienne. Elle fut témoin de la prédication et du martyre des apôtres et de nombreux saints.
    Pendant ses extases, Thérèse Neumann perdait conscience de ce qui l'entourait physiquement, mais, curieusement, ses sens ressentaient ce qui se passait dans les lieux où l'extase la transportait. Les expressions de son corps ou de son visage trahissaient ce qu'elle éprouvait : le froid, la chaleur, les odeurs, etc... Thérèse était présente, matériellement, comme spectatrice de la scène contemplée. Ainsi, elle se penchait si un objet lui cachait ce qu'elle désirait voir.
    En ce qui concerne le langage araméen qu'elle parlait et comprenait durant ses extases, ainsi que de ses connaissances géographiques de Jérusalem à l'époque du Christ, le baron Erwein von Aretin a pu écrire :
    "... Il est établi que les extases révèlent des connaissances qui ne sont préexistantes ni chez l'intéressée, ni chez aucun témoin. Resl apparaît ici comme étant tout à fait sous l'emprise d'une force extérieure non perceptible par les sens.
    Cela vaut aussi pour l'aspect de ses extases. Avec une brutalité sans pareille, parfois en pleine conversation... ces extases éclatent en trombe, l'arrachent de ses oreillers, souvent en des positions physiquement invraisemblables selon les lois de la pesanteur... Toute sensibilité a disparu de son corps.
    LES DERNIÈRES ANNÉES ET LA MORT DE THÉRÈSE NEUMANN
    LA DERNIÈRE OEUVRE DE THÉRÈSE NEUMANN: LE THERESIANUM
    Malgré ses stigmates et la Passion de Jésus qu'elle revivait chaque semaine du jeudi soir au dimanche matin, malgré son jeûne total et prolongé, Thérèse vivait normalement, recevant de nombreux visiteurs, prenant part aux travaux des champs, soignant les malades, et se réservant le soin d'orner l'église. Cependant, vers la fin de sa vie, on détecta une angine de poitrine. Est-ce à cause de cela que, à partir de 1961, la miséricorde du Seigneur espaça les visions douloureuses du vendredi ?
    Cependant les activités de Thérèse se poursuivaient. Pendant l'été 1962, Mgr Rudolph Graber, l'évêque de Konnersreuth demanda à Thérèse de travailler avec lui à l'érection d'un monastère consacré à l'adoration perpétuelle. Elle choisit les Soeurs du Carmel pour jeter les bases de la nouvelle congrégation. Deux dames de Konnersruth lui donnèrent le terrain nécessaire pour construire le nouveau couvent à Konnerseuth, et Thérèse réussit à trouver les fonds nécessaires pour sa construction.
    Ce monastère fut appelé "Theresianum" en l'honneur de la petite sainte Thérèse. La première pierre fut posée le 28 avril 1963. Cinq mois après la pose de la première pierre le Theresianum était consacré, mais Thérèse Neumann était morte.
    Il est intéressant de citer quelques lignes de Mgr Graber à propos de ce couvent : "Le Père cherche des adorateurs... N'est-ce pas étrange qu'ici, justement devra s'ériger ce lieu d'adoration, non loin du rideau de fer, donc non loin de ces pays où Dieu n'est plus adoré et où on idolâtre la matière. Peu importe que les ingénieurs fassent tant et tant d'autres découvertes, qu'ils envoient leurs radiations sur la terre et que leurs fusées sillonnent les hémisphères occidental et oriental : ces radiations mystiques de la prière et de la grâce
    sont infiniment plus fortes que toutes les autres radiations naturelles. Elles conduiront l'humanité à la vie, à la vie éternelle, à la vie divine."
    1-7-2-LA MORT DE THÉRÈSE
    Thérèse avait séjourné à Eichstätt du 6 au 12 août 1962 pour étudier et préparer la fondation du Theresianum. Elle y revint du 8 au 10 septembre 1962 pour régler la succession de sa soeur Odile, ex-gouvernante du professeur Wutz. Le jeudi 13 septembre elle travailla encore à l'ornementation de l'église en vue de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix et des sept douleurs de la Vierge Marie. Elle souffrait d'un violent mal de gorge. Le vendredi 14, jour de l'Exaltation de la Sainte Croix, ses stigmates furent très douloureux. Le lendemain, samedi 15 septembre, fête des sept douleurs de Marie, elle se leva à 6 heures et demi pour aller à la messe, mais un infarctus du myocarde la terrassa brutalement. Le mardi 18 septembre 1962, le Père Naber lui porta la communion vers 10h30. À midi, Thérèse Neumann rejoignait son Seigneur qu'elle avait tant aimé.
    Le samedi 22 ce furent les funérailles. La foule venue accompagner Thérèse fut évaluée à 7000 personnes. Est-ce une coïncidence? Les oiseaux de la volière de Thérèse Neumann, les pigeons et les colombes des gouttières, étaient devenus muets...
    L'INÉDIE (JEÛNE PERPÉTUEL ET TOTAL)
    À partir du 6 août 1926, fête de la Transfiguration de Jésus, Thérèse qui déjà ne mangeait plus depuis la fin de l'année 1922, cessa aussi de boire. Jusqu'à la fin de sa vie, c'est-à-dire pendant trente cinq ans, elle n'absorba aucune nourriture, ni solide, ni liquide. Les éliminations naturelles s'arrêtèrent également.
    De nombreuses personnes, dont beaucoup n'étaient jamais venues jusqu'à Keunnersreuth, ne se lassaient pas de contester ces faits, laissant entendre qu'il s'agissait de fraudes... De sévères contrôles furent donc imposés à Thérèse, auxquels elle se soumit avec beaucoup de patience et d'humilité. Naturellement, rien de suspect ne fut jamais détecté. Thérèse ne se nourrissait vraiment que de l'Eucharistie.
    Chose étrange : pendant chaque extase sanglante de la Passion, Thérèse, perdait environ cinq kilos qu'elle récupérait rapidement, sans rien manger...
    Thérèse était constamment entourée de nombreuses personnes. Elle voyageait et était souvent invitée chez des amis. Comme elle était de constitution très robuste, elle aurait difficilement pu dissimuler sa faim. Mais manger lui était devenu absolument impossible.
    Par ailleurs, Thérèse dormait peu, une ou deux heures par nuit. Pourtant, en dehors de ses douloureuses périodes d'extases sanglantes, elle s'adonnait aux activités normales d'une paysanne allemande de l'époque, sauf aux travaux trop durs devenus impossibles pour elle en raison de ses stigmates. Vers minuit, elle allait prier à l'église pendant une heure, puis elle rentrait dans sa chambre pour prendre connaissance de son courrier, très volumineux, et cela jusqu'à quatre heures du matin. Puis elle s'allongeait jusqu'à six heures et se préparait pour assister à la messe de sept heures. Après la messe, le cours normal de sa journée reprenait.
    Remarque : L'emploi du temps de Thérèse était souvent bousculé par les extases, des visions inopinées, des déplacements ou des maladies. Thérèse, en effet, pouvait être malade comme tout le monde, et on la soignait normalement.
    LES STIGMATES
    3-1-LES PREMIÈRES STIGMATISATIONS, PARTIELLES
    Ceci se passa au début du carême 1926, durant les fêtes de carnaval. Soudain, Thérèse commença à souffrir de violents maux de tête. Comme à son habitude, elle offrit toutes ses souffrances en expiation pour les péchés commis ces jours-là. Au cours de la nuit du jeudi au vendredi, soudain, elle contempla le Sauveur à Gethsémani... Jésus fixa sur elle son regard et Thérèse ressentit une immense douleur à son coeur. En même temps elle sentit quelque chose de chaud qui coulait de son coeur : c'était du sang qui s'épanchait d'une plaie située à hauteur de son coeur. Le samedi la blessure était refermée.
    La semaine suivante, la même chose se renouvela, mais Thérèse contempla son Sauveur du Jardin des Oliviers jusqu'à sa flagellation. La plaie de son coeur saigna à nouveau. Dans la nuit du Jeudi-Saint au Vendredi-Saint, Resl, en extase, assista à toute la Passion de Jésus, de Gethsémani jusqu'à la mort sur la Croix. Son coeur saignait abondamment, et les stigmates apparurent pour la première fois sur ses mains et sur ses pieds. Thérèse se crut de nouveau malade, car elle n'avait jamais entendu parler de stigmates. Le bon curé Naber et sa famille s'alarmèrent. On tenta de soigner les plaies: hélas! Inutilement.
    3-2-LES AUTRES STIGMATISATIONS
    Le Vendredi Saint 1927 Thérèse reçut des stigmates sur les faces internes des mains et des pieds: elle ne comprenait rien à ce qui lui arrivait... Au cours de l'année 1927, elle reçut les stigmates de la couronne d'épines, puis, en 1928, sur l'épaule droite, le stigmate
    du Portement de Croix. Enfin, le 25 mars 1929 (Vendredi Saint), elle fut marquée, pour la première fois, des stigmates de la flagellation.
    Les stigmatisations durèrent trente six ans. Jamais ces plaies ne s'infectèrent. Elles s'ouvraient au cours des passions que Thérèse vivait avec le Sauveur, puis se recouvraient d'une peau superficielle. Les visions se produisaient tous les vendredis, sauf entre les fêtes de Pâques et du Sacré-Coeur. Au cours des dernières années, en dehors des vendredis de carême, ces passions ne se produisirent plus que les premiers vendredis de chaque mois.
    Thérèse mit beaucoup de temps à s'habituer à la douleur des stigmates permanents qui la gênaient beaucoup dans son travail. Elle dut porter des chaussures spéciales afin de pouvoir marcher presque normalement.
    LA PASSION VUE ET VÉCUE PAR THÉRÈSE NEUMANN
    Des milliers de témoins ont pu suivre toutes les étapes de la Passion du Christ en suivant les expressions du visage de Thérèse en extase.
    – après le couronnement d'épines, on la voyait s'efforcer d'arracher les épines là où le fichu blanc qu'elle portait toujours était maculé de sang.
    – Pendant la flagellation, des traces de sang apparaissaient sur sa chemise du nuit. Durant le portement de Croix, son épaule se mettait à saigner.
    – Pendant la crucifixion, les mains de Thérèse se contractaient; ses pieds saignaient. Elle souffrait beaucoup de la soif. On voyait ses regards se diriger dans plusieurs directions. Puis Thérèse s'effondrait, apparemment morte. C'est seulement le soir ou après la vision de la Résurrection que Thérèse Neumann revenait à son état normal, mais profondément recueillie.
    Un phénomène particulier rendait les visions des vendredis, et surtout des vendredis de Carême particulièrement dramatiques : les larmes de sang. Dans ses extases, Thérèse Neumann assistait à la Passion de Jésus et souffrait ses douleurs. C'est alors qu'elle pleurait les larmes de sang qui impressionnaient tant les spectateurs. Thérèse vivait vraiment la Passion de Jésus, et cela se lisait dans ses gestes et dans les expressions de son visage.
    Il y avait des pauses dans les extases douloureuses pendant lesquelles Thérèse assistait et vivait la Passion du Christ. Alors elle pouvait répondre aux questions qu'on lui posait, et jamais on ne put la prendre en défaut ou la faire se contredire. Puis, brusquement, une nouvelle extase s'imposait : la Passion de Jésus reprenait son cours; celle de Thérèse aussi...
    Comme Jésus, Thérèse entrait en agonie et vivait les dernières étapes de la vie de Jésus ; puis c'était la mort : "Tout est consommé !" pouvait-on lire sur ses lèvres. Thérèse semblait être vraiment morte. Elle ne revenait à son état normal que le soir. Toutefois, après sa "mort" du Vendredi Saint, Thérèse ne redevenait vraiment elle-même qu'après la vision de la Résurrection de Jésus.
    Remarques : Durant ses extases, Thérèse perdait complètement la notion du monde extérieur, et ne savait même plus s'orienter dans sa chambre.
    NOTA
    Thérèse Neumann conservait, visibles dans sa chair, les stigmates des clous, aux mains et aux pieds, du coup de lance et de la couronne d'épines. Certains jours d'autres stigmates apparaissaient, à l'épaule droite, ainsi que des traces de la flagellation.
    AUTRES VISIONS ET PRÉCISIONS SUR LES ÉTATS MYSTIQUES PARTICULIERS DE THÉRÈSE
    4-1-QUELQUES PRÉCISIONS CONCERNANT LES VISIONS DE THÉRÈSE NEUMANM
    Thérèse Neumann bénéficia de nombreuses autres visions, concernant l'ancien et le Nouveau Testament, ainsi que la vie de quelques saints. Après les visions, Thérèse était capable de donner des détails étonnants de précision et de véracité sur la topographie des lieux, les monuments, la région qu'elle avait "visités". Elle pouvait même donner des détails sur les vêtements des personnes avec qui elle venait de "vivre"... Pendant ses visions elle percevait également les sons, les odeurs, et même les températures des endroits où elle se "trouvait" en esprit. Elle comprenait les langues des personnages qu'elle "rencontrait", et plusieurs fois elle corrigea des fautes de professeurs de ces langues anciennes qui assistaient à ses extases, notamment du Professeur Wutz. Et Thérèse conservait dans son coeur et dans sa mémoire, tout ce qu'elle avait vécu dans ses visions.
    Ces phénomènes qui peuvent nous étonner, ne sont pas articles de foi. Néanmoins, on reste souvent étonné par des détails géographiques et historiques qu'une simple paysanne sans culture était capable de donner. Mais faut-il s'étonner que Dieu puisse donner à certains mystiques la possibilité de "voir" le passé ? Dieu est en dehors de la création, et hors du temps. Pour Lui, tout est dans son éternel présent : notre passé, notre présent et notre avenir demeurent toujours l'Aujourd'hui éternel de Dieu.
    ÉTATS MYSTIQUES PARTICULIERS
    En dehors de ses extases, et de son état normal, Thérèse Neumann pouvait également se trouver dans des états très particuliers. Plusieurs de ces états ont été soigneusement décrits par le Père Naber et par le professeur Wutz.
    4-2-1-L'ÉTAT D'ABSORPTION OU DE RAVISSEMENT[4]
    Cet état suivait chaque vision, immédiatement après la fin de l'extase. Thérèse restait absorbée par ce qu'elle venait de vivre, et "c'est alors qu'on l'interrogeait et qu'elle parlait comme une enfant très naïve, de quatre ou cinq ans". Généralement elle restait sous l'empire total de ses visions, et, cependant, les réponses qu'elle donnait aux questions des personnes qui l'entouraient étaient d'une objectivité absolue.
    4-2-2-L'ÉTAT DE REPOS SURÉLEVÉ
    Un état particulier vécu par Thérèse Neumann, état que l'on a parfois appelé "état de repos surélevé", se présentait après l'absorption et était de courte durée. Les forces de Thérèse se renouvelaient, et l'expression de son visage et le son de sa voix redevenaient normaux. C'est alors qu'elle s'exprimait en allemand alors que d'ordinaire elle ne parlait que le dialecte bavarois. C'est à ces moments-là qu'elle semblait posséder, et possédait réellement, des connaissances hors de sa portée, répondant aux questions les plus difficiles. Cet état de repos surélevé se présentait aussi chez Thérèse après ses communions.
    C'est quand elle était en cet état de repos surélevé, que Thérèse pouvait lire dans les pensées les plus intimes (don de cardiognosie). C'est alors qu'elle pouvait démasquer les mauvais ou les faux prêtres; et même les faux évêques... Elle avait également connaissance du sort réservé aux âmes des morts. Dans cet état de repos surélevé Thérèse savait reconnaître les vraies reliques des fausses. (Don de hiérognose)
    Thérèse Neumann avait, comme il a été dit plus haut, le don de comprendre les langues étrangères, y compris les langues anciennes, tel l'araméen, quand elle était en extase, et de les répéter ensuite, mais seulement quand elle était en état de repos surélevé.
    Thérèse Neumann avait également la faculté de voir et d'entendre à distance, dans le temps et l'espace, les faits qu'elle avait à connaître. Ainsi, Thérèse pouvait parfois assister, en esprit ou en bilocation, à une messe dans une église où elle n'était pas corporellement présente. De nombreuses vérifications ont pu être faites.
    4-3-LES SOUFFRANCES EXPIATOIRES ET AUTRES CHARISMES
    4-3-1-LES SOUFFRANCES EXPIATOIRES
    Thérèse avait la faculté de prendre sur elle les souffrances et les péchés d'autrui afin de coopérer au salut des âmes. Quand elle prenait sur elle une maladie, elle en présentait tous les symptômes, tandis que les vrais malades étant immédiatement soulagés. Il en résulta que dans son entourage on ne s'inquiétait plus quand elle semblait tomber malade : on ne faisait plus venir le médecin et on attendait qu'elle guérisse subitement, ce qui se passait quand la personne pour laquelle Thérèse souffrait avait obtenu les grâces désirées ou s'était convertie. Thérèse expliqua un jour au Docteur Guerlich : "Écoute ! Le sauveur est juste. C'est pourquoi il doit punir. Il est aussi miséricordieux et il est disposé à nous aider. Le péché qui a été commis, il doit le punir; mais si un autre prend sur lui la souffrance, justice est faite, et le Sauveur obtient la liberté de sa bonté."
    4-3-2-AUTRES CHARISMES
    – DON DE PROPHÉTIE
    Ce charisme, les proches de Thérèse s'ingéniaient à le tenir caché. Mais nous connaissons pourtant quelques cas très importants : Thérèse avait notamment prédit, longtemps à l'avance, la chute du national-socialisme, et parfois elle alertait ceux dont la vie était menacée par les persécutions hitlériennes. Ainsi le Père Ingbert Naab put échapper aux poursuites de la Gestapo. Elle annonçait aussi des visites inattendues.
    – LA LÉVITATION ET LA BILOCATION
    Plusieurs témoins, auraient constaté que, pendant des extases, Thérèse Neumann se tenait élevée de 15 à 20 centimètres au dessus du sol. En ce qui concerne la bilocation, on connaît au moins un cas absolument certain : celui d'un désespéré qui voulait se jeter sous un train, une nuit, dans la forêt. Au moment où il allait se précipiter sur les rails alors que le train arrivait à toute vitesse, quelqu'un le tira vers l'arrière : c'était Thérèse, qui l'incita fortement à aller trouver le cure Naber. Le candidat au suicide était sauvé !
    4-3-3-RELATIONS AVEC LES ANGES GARDIENS
    Thérèse Neumann percevait la présence de son ange gardien. Elle le voyait, quand elle était en extase. Il était près d'elle, à sa droite, comme un être de lumière. Elle l'entendait quand il lui parlait, et elle le comprenait. Dans certaines circonstances, l'ange gardien de Thérèse lui vint en aide. Elle voyait également les anges de ses interlocuteurs, et ce sont eux qui lui révélaient ce qu'elle devait savoir sur la vie cachée de ses visiteurs, ou sur leurs états d'âme, et lui inspiraient les conseils qu'elle devait leur transmettre.
    4-3-4-LES PHÉNOMÈNES EUCHARISTIQUES
    On sait que, à plusieurs reprises, Thérèse Neumann communia à distance. On sait moins, par contre, qu'elle ne vivait que de la présence de l'Eucharistie: elle disait elle-même "qu'elle vivait du Sauveur". En effet, on a constaté, à de nombreuses reprises, que les espèces du pain consacré subsistaient intactes, dans le corps de Thérèse. C'était la présence de Jésus qui la maintenait en vie. Mais dès que la parcelle d'hostie qu'elle avait reçue la veille était digérée, elle devait communier très rapidement, car elle défaillait. Si le prêtre alerté se faisait trop attendre, alors une hostie consacrée venait spontanément à elle, et Thérèse entrait en extase et retrouvait ses forces et son aspect normal...
    55--THÉRÈSE NEUMANN ET HITLER
    La venue d'Hitler au pouvoir déchaîna la persécution contre l'Église, et les oeuvres catholiques de jeunesse furent frappées d'interdiction. En ce qui concerne Thérèse Neumann, il faut savoir qu'Hitler la haïssait particulièrement, car, inspirant la foi aux catholiques allemands, elle était devenue une menace pour le régime du National Socialisme. Hitler aurait pu faire disparaître Thérèse, mais, trop superstitieux, il n'osa jamais l'attaquer directement; il préférait faire faire le travail par ses milices. Or curieusement, toutes les tentatives menées contre Thérèse échouèrent... Elle échappa même à une attaque de tanks menée contre son village de Konnersreuth.
    Nous donnerons ici quelques exemples.
    5-1-LE CERCLE DE KONNERSREUTH
    Le Dr Frans Xavier Wutz, professeur à l'université d'Eichstätt s'intéressait vivement aux paroles de Thérèse prononcées en Araméen pendant ses extases, et, de ce fait, il était convaincu de l'authenticité des faits de Konnersreuth. La famille de Thérèse se lia
    d'amitié avec le Dr Wutz et Thérèse put faire plusieurs séjours prolongés dans sa maison: le Dr Wutz souhaitait approfondir la langue araméenne et, parfois, Thérèse corrigeait ses "corrections". Pendant le 3ème Reich un cercle d'amis se constitua dans la maison Wutz et devint un noyau de résistance contre le régime d'Hitler. Plusieurs des membres de ce cercle furent pris par la Gestapo, torturés et tués. On peut citer:
    – Le Dr Fritz Gerlich, journaliste calviniste qui se convertit au catholicisme, après avoir assisté à l'une des premières stigmatisations de Thérèse en 1926. Devenu un intrépide défenseur de la foi, il mourut roué de coups dans une prison.
    – Le Père Ingbert Naab grand résistant au régime Nazi. Poursuivi dès 1933, il réussit à s'enfuir en Suisse.
    D'autres amis du cerle luttèrent activement, aux côtés de Thérèse et de ses amis, contre le terrible régime hitlérien:
    – Le prince Éric Waldburg-Zeil mourut victime d'un accident, mais son épouse, la princesse Monique resta en relation avec Thérèse.
    – Bruno Rothschild, jeune juif, se fit baptiser tant sa première visite à Konnersreuth l'avait bouleversé. Il devint prêtre en 1932, puis mourut subitement en 1933, échappant ainsi à la persécution antisémite qui se déchaîna dès 1933.
    – Les évêques Conrad Preysing et Michaël Rackl, amis du Dr Wutz, rencontrèrent fréquemment Thérèse après avoir assisté à une de ses stigmatisations.
    – Le docteur Joseph Lechner, professeur de droit canon et de liturgie à l'université d'Eichstätt fut un grand défenseur de Thérèse
    .
    5-2-QUELQUES ASPECTS DE LA RÉSISTANCE CONTRE HITLER
    Comme il a été dit plus haut, la prise du pouvoir par Hitler déclencha la lutte contre l'Église. Les oeuvres de l'Église furent interdites. À Erchstätt un jeune dirigeant de l'Action Catholique fut interné à Dachau. Les facultés de théologie furent fermées. Le curé de la cathédrale tomba victime d'un attentat.. Beaucoup d'étudiants furent appelés sous les drapeaux: peu en revinrent. À Erchstât, comme dans de nombreux autres endroits, la résistance s'organisa, clandestine, le plus souvent, mais efficace malgré les dangers. Thérèse mit toute son influence à combattre la propagande hitlérienne. Dès le début du national-socialisme, elle en prédit sa fin certaine, tout en recommandant à ceux qui le refusaient ou le redoutaient, d'avoir beaucoup de patience... On ne doit pas s'étonner de la haine que le régime lui voua.
    Les amis de Thérèse et sa famille furent souvent exposés à des représailles de la part du IIIe Reich. Quant à elle, elle eut relativement peu d'ennuis; elle avait renoncé à sa carte
    d'alimentation et demandé en échange une double ration de savon. Bientôt la presse ne parla plus d'elle: Thérèse semblait tranquille.
    On apprit plus tard qu'Hitler, très superstitieux, croyant à l'astrologie, aux voyantes et aux horoscopes, avait donné l'ordre de ne pas y toucher. En effet, les nazis avaient décidé de supprimer leur ennemie. Cela leur aurait été facile: il suffisait de la mettre en observation dans une clinique où elle décèderait, après une piqûre, ou d'un accident cardiaque. Mais Adolf Hitler chargea le Gauleiter Holtzeschuber de prendre les mesures nécessaires pour protéger sa vie et celle de sa famille. Incontestablement Hitler craignait les remous qu'aurait provoqués la disparition de Thérèse Neumann. Il redoutait aussi qu'il lui arriva malheur si par sa faute, les jours de Thérèse étaient menacés ou abrégés.
    Hélas! Il n'en était pas de même de la part des sbires du régime! Voici un exemple vécu vers la fin de la guerre, en 1945: la place du marché de Konnersreuth, occupée par les SS fut incendiée avant l'entrée des américains. Thérèse s'était réfugiée avec deux de ses soeurs et quatorze enfants, dans un abri: une cave située sous la remise des locaux paroissiaux.. La remise prit feu, la charpente s'effondra, mais Thérèse avait eu le temps de se mettre en sécurité avec les enfants.
    À la fin de la guerre, les Américains prirent les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de Thérèse. En effet, dans les bois voisins se cachaient de nombreux SS dispersés, et l'on pouvait tout redouter d'eux: enlèvement ou assassinat.
    [1] Bergson qualifiait la mystique d'expérience personnelle du divin.
    [2] Mgr Graber estimait "qu'un diocèse ne pouvait être vraiment vivant devant Dieu que s'il existait un monastère consacré à la prière pour l'évêché tout entier, pour les besoins et toutes les peines des croyants, des prêtres et de l'évêque." (Lettre de Mgr Graber du 28 avril 1963)
    [3] à l'exception des deux grammes et demi, environ, du pain azyme de l'hostie consacrée.
    [4] On peut consulter sur ce sujet, le livre d'Ennemont Boniface, Thérèse Neumann, la crucifiée de Konnersreuth, devant l'histoire et la science, publié chez P. Lethielleux

     


    VÉNÉRABLE MARTHE ROBIN FONDATRICE ET MYSTIQUE (1902--1981)


    Marthe Robin est née le 13 mars 1902 à Chateauneuf de Galaure dans la Drôme.
    Elle a été marquée de Dieu dès son enfance. Dès sa communion privée ; elle avait dix ans ; Jésus l'a appelée à n'être qu'à Lui.
    Son enfance et son adolescence ont été marquées de maladies pénibles. Elle avait dix-neuf ans lorsque la Sainte Vierge lui apparut.
    Peu à peu, peu à peu, elle vécut, pratiquement sans se servir de ses jambes, assise dans un fauteuil, faisant de la broderie.
    En 1925, elle a écrit un acte d'offrande sans réserve à la volonté de Dieu.
    C'est par Sainte Thérèse de l‘Enfant-Jésus que Marthe, très malade et presque à l'agonie, a su qu'elle avait le choix : d'aller au ciel tout de suite, ou d'accepter une mission d'expiation des péchés, mission de souffrances unies à celles du Christ pour un renouveau dans l'Église, un renouveau chrétien de la France.
    LE PÈRE FINET SON « PÈRE » SPIRITUEL, COMMENTE :
    « Il ne manque rien, à la Passion du Christ dans l'ordre du mérite, et nul ne peut rien ajouter en ce domaine ... Mais dans l'ordre de l'application de ses mérites, les membres de Son Corps mystique sont appelés à laisser faire en eux ce qu'Il a fait, le premier, Lui, la Tête.
    Marthe souffre dans son corps et dans son âme pour ceux qui n'ouvrent pas leur coeur et refusent plus ou moins d'aimer, et donc de souffrir en Jésus.
    Aussi obtient-elle des approfondissements de vie, des conversions. C'est évidemment un mystère ... Mais vous connaissez le mot de Claudel : ―Puissante est la souffrance, quand elle est aussi volontaire que le péché‖.
    Marthe souffre pour l'amour de ceux qui sont sans amour.
    Depuis 1928, elle est paralysée, ses deux jambes repliées sous elle.
    Depuis à peu près la même époque, elle ne prend plus aucune nourriture, aucun liquide. Depuis le début octobre 1930, Marthe a répondu ―oui‖ à Jésus qui lui demandait : ―Veux-tu être comme moi ?‖
    Aux alentours de la fête de Sainte Thérèse le 3 octobre, le Christ lui est apparu crucifié.
    Et des flèches de feu partant du coeur de Jésus reproduisirent en Marthe les douleurs et des marques de la Crucifixion. Depuis, Marthe ne dort plus, ni jour ni nuit.
    Une fois par semaine, car elle entre en extase dès qu'elle a communié. Mais, comme elle ne peut plus avaler, c'est l'hostie qui, d'elle-même, quitte les mains du prêtre et est reçue par Marthe sans aucun mouvement de déglutition. »
    « Marthe, après l'Armistice du 11 Novembre 1918, parlant à son curé, l'abbé Payre, tout à coup s'arrêta au milieu d'une phrase, et pendant vingt-sept mois, resta sans pouvoir presque parler, nourrie uniquement d'un peu de café et de thé. Après ces longs mois, elle reprit sa conversation avec son curé exactement là où elle l'avait laissée.
    Que s'est-il passé entre Marthe et Jésus ? Certainement une très grande intimité qui lui avait fait écrire le 15 octobre 1925, en la fête de sainte Thérèse d'Avila, sa consécration de victime d'amour.
    Dès 1926, Marthe dut s'aliter. Trois semaines durant, elle sera entre la vie et la mort, si bien que ses pauvres parents lui firent donner l'extrême-onction. Pendant ce temps, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus lui apparut trois fois, lui disant qu'elle, Marthe, prolongerait son oeuvre dans le monde entier. Plus tard, Marthe devait me dire que ce serait par la fondation des foyers de charité dans le monde.
    Au bout de trois semaines, Marthe reprit la parole. Toutefois ses parents devaient constater que ses jambes étaient complètement paralysées. Ils firent donc venir le médecin qui demanda qu‘on la fit boire. Mais Marthe n'avait plus de déglutition, l'eau ressortait par le nez, si bien que depuis cette date, elle ne put jamais ni boire, ni manger. Ses parents, voyant leur fille dans cet état, la portèrent dans un fauteuil, près de la fenêtre de la cuisine. Là, malgré ses souffrances, elle put encore tricoter et broder.
    Pour la fête de la Présentation, le 2 février 1929, les deux bras de Marthe se paralysèrent à leur tour et l‘on saura par Monsieur le Curé que Marthe avait offert ses mains à Dieu. Désormais, elle ne peut plus ni écrire, ni broder. Son bras droit reste replié sur sa poitrine et le gauche le long du corps.
    On l'étendit alors sur le divan qu'elle ne quitta plus.
    À la fin du mois de septembre de la même année, Jésus lui demanda : « Veux-tu être comme moi ? »
    À sa réponse positive, Celui-ci lui apparut le 2 octobre suivant, lui-même en Croix. Miraculeusement, Jésus lui a étendu ses deux bras, allongé ses deux jambes ; un dard de
    feu jailli du Coeur de Jésus et, se divisant en deux, la frappa sur ses deux mains. Un autre dard de feu se divisa en deux et la frappa sur ses deux pieds. Un troisième, sans se diviser, la frappa sur le côté gauche, faisant une plaie de six centimètres de longueur et assez profonde si bien que des pieds, des mains et du côté, le sang se mit à couler.
    Ce n'est pas tout. Jésus lui enfonça profondément dans sa tête sa couronne d'épines, si bien qu'elle sentit même les épines contre le globe de ses yeux. De la tête, le sang s'est mis à couler et dès ce moment-là, toutes les nuits et quelquefois le jour, Marthe versait du sang par ses yeux.
    Le vendredi suivant de la même semaine, Marthe commença à vivre la Passion du Seigneur. En outre, Jésus l'ayant placée sur sa Croix brûlante, lui dit : « Je t'appellerai ma petite crucifiée d'amour. »
    Quelque temps après, de nouvelles souffrances l'attendaient. Jésus lui apparut et lui dit : « C'est toi que j'ai choisie pour vivre ma Passion le plus pleinement après ma Mère. En outre, personne après toi ne la vivra aussi totalement et pour que tu souffres jour et nuit, tu ne dormiras pas, jamais plus. »
    À ce niveau du récit, le Père Finet rappela que Marthe communiait une fois par semaine, mais que la douleur l‘empêchait de le faire plus souvent les autres jours. Et il ajouta encore, confirmant cette capacité de souffrir toujours davantage par amour :
    « En 1940, en pleine guerre, Marthe offrit ses yeux pour le salut du monde et le Seigneur accepta. Ne pouvant pas écrire elle-même, elle dictait des prières ; entre autres à deux de ses amies. Jusqu'en 1942 elle fit ainsi, mais à ce moment-là, elle n'exprimait plus ses prières tout hautes mais elle les prononçait tout bas. »
    SPIRITUALITÉ
    « Si on me demandait : Que vaut-il mieux faire, l'oraison ou la communion ?... Je répondrais l'oraison. Il est difficile de bien prier et de prier sans cesse si le coeur ne se remplit pas de bonnes pensées, fruits de la méditation. Il en coûte plus pour faire oraison que pour communier. L'oraison de chaque jour ne veut pas dire qu'on soit vertueux ; elle est une preuve qu'on travaille à le devenir... Elle est nécessaire pour ne pas demeurer ou devenir les pieuses nullités dont se rient les démons.
    Si le monde désaxé court à la dérive, c'est en grande partie parce qu'il y a trop de mouvements, pas assez de prière, trop d'action et pas assez d'adoration, trop découvres et pas assez de vie intérieure. Toutes les oeuvres extérieures, toutes les activités ne sont efficaces que dans la mesure où Dieu en est l'animateur. Une âme ne donne que du trop-plein d'elle-même. »
    « Pour vivre avec Dieu, il faut vivre au-dedans de soi, ce qui ne signifie pas vivre pour soi, renfermé, rétréci. Non. L'union à Dieu, au contraire, agrandit le coeur et dilate l'esprit. La divinisation de notre vie s'obtient en approfondissant, et non pas en s'éparpillant. Les heures ne sont sanctifiées que si nous gardons le sentiment de la présence réelle de Dieu. »
    « Toute perfection est dans l‘amour, toute sainteté est dans l'humilité ! Ma vie, ou plutôt mon âme est pleine des mystères, des ravissantes merveilles de l'Amour Divin ! Tout me parle d'Infini. Ma vie est une prière, un doux rosaire d'amour et si les mystères douloureux sont les mystères de tous les jours, elle n'est pas moins divinement embaumée des mystères joyeux et glorieux. Souffrir comme Jésus, en Jésus, pour Jésus, me consumer d'amour pour sa Gloire, c'est tout mon bonheur et ma joie de vivre, c'est aussi ma plus grande gloire ! J'ai dit gloire, parce que toute ma gloire est dans la Croix de Jésus. »
    « Suivre Jésus en portant sa croix, ce n'est pas mettre des boulets à ses pieds, mais des ailes à son coeur, du ciel dans sa vie. »
    « Ne nous créons pas nos souffrances, mais quand elles se présentent, comme Jésus, comme Marie, portons-les vaillamment. La souffrance prend la valeur que lui donne celui qui la porte. De grâce, ne souffrons pas pour rien, c'est trop triste...
    Ah ! si l'on savait ce que l'Esprit met de gaieté et de paix dans une âme qui s'abandonne à Dieu, et tout ce qu'Il supprime d'inutiles souffrances, on s'agenouillerait de bonheur, d'admiration, de reconnaissance. »
    « Jésus nous apprend à voir plus haut, plus loin, avec plus d'amour surtout, ce que le langage humain appelle douleur et souffrance. La souffrance est en nous comme une semence divine, comme le grain de froment qui doit mourir avant de germer. Elle est la base nécessaire à une oeuvre plus pleine. »
    « On apprend à aimer et on n'aime vraiment que dans la souffrance et par la souffrance, car la souffrance vraie s'édifie non dans les délices humaines de la vie présente, mais dans le dépouillement et le renoncement de soi et sur la croix. »
    « C'est alors que mon père spirituel, qui va me donner Jésus, s'avance tout près de mon lit, me laissant contempler l'adorable hostie; quand il dépose sur ma bouche le divin pain des Anges, je ne sais plus ce qui se produit en moi. Il me semble que Jésus me reçoit amoureusement dans ses bras, que je m'anéantis et me fonds sur son Coeur de feu, en un ravissement et un bonheur suprême » (18 août 1930).
    « Je ne vis pas de rien, je vis de Jésus. Ma nourriture, c'est de faire la volonté de mon Père. »
    « Il m'a rassasiée, quand j'avais faim, de choses si bonnes, si belles qu'elles dépassent toute description. »
    « Ô Père tendre et bon ! Ô Dieu unique et parfait ! Que ferez-vous de moi cette année ?
    Où me mènera votre Amour ? Quel délai m'imposerez-vous ? Que me demanderez-vous ?
    Quels imprévus demanderez-vous encore à votre pauvre petite servante, à votre pauvre petite victime ?
    Je l'ignore... et ne cherche pas à savoir.
    Fiat, ô mon Jésus, mon Dieu; fiat et toujours fiat, dans l'amour et le renoncement de tout.
    Ô Seigneur, de moi, de tous et par tous, soyez glorifié et béni, maintenant et toujours. Amen. Magnificat anima mea Dominum ! »
    « La belle mission de Marie est d'amener à Jésus tous ceux qui vont à elle. Faisons nous bien petits dans les bras de notre mère aimée. Plaçons-nous tout près d'elle, elle nous apprendra notre devoir, elle nous dira que notre devoir et tout notre devoir de chrétien - est de ressembler à Jésus, et qu'il n'y a toujours en tout temps, en tout lieu, qu'une manière de lui ressembler : se renoncer soi-même, prendre sa croix et le suivre.
    Mais elle nous dira aussi ce qu'elle sait par expérience : avec Jésus, se renoncer, prendre sa croix et le suivre en la portant, ce n'est pas mettre des boulets à ses pieds mais des ailes à son coeur, de la joie, du bonheur, du ciel dans sa vie...
    C'est monter, c'est se rapprocher de Dieu, pas à pas. Elle nous dira que la Croix se fait de jour en jour plus légère, plus aimée, quand on la porte en se sanctifiant. »
    « Si la jeune fille savait se blottir auprès d'elle pour abriter sa pureté, le coupable se jeter dans ses bras pour chercher un refuge et échapper aux châtiments, si le malade lui apportait ses plaies à panser, l'enfant son innocence à protéger, l'indigent sa misère à secourir, l'affligé ses douleurs à consoler, le vieillard et l'orphelin leurs coeurs à réchauffer, leurs larmes à sécher, la vie serait moins triste parce que plus profondément chrétienne. »
    « Essayons donc de nous faire petits, tout petits, auprès de Marie notre mère ; quand on souffre, quand on pleure, quand on est seul et bien triste, ce n'est vraiment pas difficile de se faire tout petit, on a tant besoin de secours, on a tant besoin de sentir une maman auprès de soi. Et qui donc ne souffre pas ? Qui donc ne pleure pas ? Qui donc ne tremble pas quelquefois sur la terre ?... Qui donc n'a pas besoin de se faire consoler, de se faire pardonner, de se faire aimer, de se faire guérir ? »
    « Allons donc à Marie puisqu'elle est notre mère, la nôtre à chacun ! Allons à elle puisqu'elle est l'universelle médiatrice entre Dieu et nous. Ah ! si nous savions nous faire
    bien petits ! Si nous savions tourner nos regards et nos coeurs vers celle qui nous aime tant.
    Que de belles vertus, que de bons conseils cette humble Vierge, cette tendre mère, cette noble reine nous apprendrait sur les avantages de l'humilité, les exigences de la charité, la sagesse de l'obéissance, les douceurs de l'abandon à Dieu, les joies de la confiance. »
    « Elle est mère, et comme mère, elle est d'autant plus empressée à voler au secours de son enfant, qu'il implore son aide avec plus de confiance et plus d'amour. »
    « Suivons Jésus et suivons-le avec Marie, son incomparable mère ; attachons nos regards, non uniquement sur sa divinité, mais sur son humanité sainte, sur son humanité souffrante... Jésus, le modèle parfait, le modèle complet, le modèle de tous... »
    « La maternité divine a revêtu la Sainte Vierge d'une grandeur qui ne peut avoir d'égal ni sur la terre, ni dans le ciel. Elle la place au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu.
    Elle lui donne, par participation, la puissance que Dieu a par nature, et on peut dire d'elle qu'il ne se passe rien au ciel et sur la terre sans qu'elle n'intervienne.
    La maternité divine a donné à la Sainte Vierge, dans ses rapports avec nous, la tendresse bienfaisante d'une mère, l'autorité incomparable d'une reine.
    Marie, mère de Dieu, Marie, reine d'amour, participe à la médiation du Christ et à toutes les grâces que le Christ nous a acquises. Elle a mérité d'en devenir la distributrice. C'est elle qui distribue tous les dons, toutes les vertus, toutes les grâces à qui elle veut, quand elle veut, de la manière et dans la mesure qu'elle veut. »
    MARIE, MÉDIATRICE UNIVERSELLE
    « Dans l'éternité où elle règne maintenant, bienheureuse et glorieuse au centre même de la Trinité, la très sainte Vierge Marie vit et jouit ineffablement de la parfaite plénitude de son grand mystère d'amour.
    L'humble ―servante du Très-Haut‖ est devenue la Reine bénie dans le Ciel, la Reine aimée sur la terre et dans l'univers tout entier !... Toutes les créatures sont à ses pieds ! Au-dessus d'elle, elle n'a que Dieu seul !... Tout ce qui obéit à la très sainte Trinité obéit à Marie!... Dans l'ordre surnaturel de la grâce et de la gloire, nul n'échappe à sa souveraine action et à son influence maternelle !... Elle est la toute puissante et aucun membre du Christ ne peut prononcer sans elle, le doux nom de jésus.
    Sans elle, personne ne peut glorifier ni dignement louer, chanter et goûter les splendeurs augustes de la très sainte et bêtifiante Trinité. Personne, hors de Marie, ne peut accéder à l'unité d'amour des trois personnes divines ! Tous les justes de l'Ancien et du Nouveau
    Testament lui doivent leur pardon et la vie divine qu'ils reçoivent du Christ à chaque instant ! ...
    Telle est la volonté souveraine de Dieu : toute grâce, tout amour, toute vie divine qui descend dans une âme est une maternelle visite de Marie ! »
    « Donation totale, des pieds à la tête, avec tout ce que nous sommes et possédons, dans l'abandon total de la confiance en Marie.
    Marie est exigeante, elle nous conduit par des chemins mystérieux, le chemin accidenté de la croix.
    Il faut dire oui personnellement aux appels de Marie, sur le plan personnel et mieux sur le plan de la famille.
    Redonnons-nous personnellement, collectivement, sans crainte de l'avenir.
    Laissons-nous guider par elle, suivons--la sans retard, sans regarder à droite et à gauche. Dans la mesure où nous disons oui, elle dira oui à tout ce que nous lui demanderons.
    Renouveler cette donation, c'est se donner comme Marie elle-même s'est donnée, sans retard, sans réserve, sans retour et sans cesse. Marie fut donnée tout entière avec tout ce qu'elle avait d'être, de vie, de volonté.
    Sans retour, Marie ne s'est jamais reprise, n'a jamais regardé en arrière ; sans cesse à tout instant, elle répondait de nouveau oui à Dieu qui lui envoyait toujours plus de lumière, d'amour, de force, exprimant des volontés toujours plus exigeantes. »
    Ainsi nous pouvons comprendre, ajoutait Marthe, comment Marie est immaculée dans sa Conception et dans sa maternité divine.
    « Sa grâce de Vierge est de virginiser les âmes et de les rendre comme elle, immaculées dans l'amour. Son influence virginale, comme son privilège de mère, opère en elles des miracles de pureté, d'humilité, de chasteté, d'amour.
    Tous ceux qui l'aiment reçoivent d'elle le privilège sublime de communier à sa vie divine et immaculée, elles se sentent pacifiées dans l'intimité de leur être et par le contact de sa pureté transfusive.
    Elle les emporte avec elle dans une paix toute d'amour, dans les profondeurs même de Dieu, dans les splendeurs ineffables de la Trinité, loin des fluctuations et des troubles des sens ; elle les garde vierges et immaculés dans l'amour et rend aux âmes tombées qui se livrent et se consacrent à elle, une virginité nouvelle.
    Alors, si vraiment Marie est cette médiatrice de toutes les grâces, allons donc à elle, et sachons nous tourner vers celles que Marie vient aider et sauver, c'est-à-dire tout être dans le monde. »
    « En effet, ce n'est pas spécialement, dit encore Marthe, quelques âmes que Marie protège; elle vient au secours de tous les humains.
    La Sainte Vierge a tout pouvoir sur le Coeur de Dieu. C'est donc toute sa famille humaine qu'elle protège, qu'elle console, qu'elle guérit, qu'elle encourage, qu'elle éclaire, qu'elle soutient, qu'elle veut sauver.
    Mère de miséricorde, elle imite le Père de toute miséricorde et nous aide, même sans être priée. »
    UN TÉMOIGNAGE :
    « Nuit et jour, Marthe souffre. Même en dehors de ses extases douloureuses, elle est perpétuellement sur la Croix, sur une Croix en fil de fer, comme en équilibre, de sorte que le plus petit déplacement ou le plus petit heurt à son lit est une souffrance. Elle sent aussi matériellement comme une couronne d'épines. Elle souffre pour toutes sortes d'intentions que lui présentent chaque jour les visiteurs qu'elle reçoit, les lettres qui lui sont envoyées. Mais elle souffre tout particulièrement pour les péchés du monde, le salut de la France et pour la sanctification des prêtres, l'une de ses préoccupations essentielles.
    Elle a sans cesse présente à l'esprit et au coeur l'instauration du Christ dans l'univers et pour y arriver, elle compte sur ce qu'elle appelle le ―grand miracle d'amour‖, l'intercession de Marie médiatrice, et l'action dans le monde des foyers de charité.
    Et c'est parce qu'elle souffre ainsi que déjà sa souffrance est rédemptrice et salvatrice. On le voit bien au nombre des conversions opérées dans les retraites prêchées à Chateauneuf. Ce qui est vécu le plus chez Marthe, c'est l'acceptation absolue de la Volonté totale de Dieu, même lorsque cette volonté exige encore de nouveaux sacrifices. Après l'hésitation bien légitime et l'humble aveu qu'elle ne peut plus, Marthe sait dire - et de quel coeur - le " oui " total et filial. »
    LE TÉMOIGNAGE DU PÈRE FINET SUR LE RETOUR AU PÈRE DE MARTHE :
    « Le 1er novembre 1980, le démon lui brisa la colonne vertébrale si bien qu'elle souffrait terriblement et ne pouvait plus bouger, ce qui n'empêchait pas le démon de la secouer dans tous les sens. En plus, il lui faisait taper sa tête couronnée d'épines contre le meuble derrière son divan, souffrance terrible. On voit encore sur ce meuble les quelques marques d'épines. En outre, quand le démon faisait cela plusieurs fois, moi-même ou Mgr Pic avons essayé de la retenir sous les deux bras mais elle s'échappait, et d'autres fois, j'arrivais difficilement à la retenir.
    Pendant qu'elle connaissait ainsi cette souffrance, me voici arrivé au 3 février 1981, et cette fois le démon a tapé la tête de Marthe sur le plancher. La Vierge Marie a tout remis en place et Marthe m'a demandé de mettre deux coussins pour que sa tête ne tapât pas sur le bois. Marthe ne pouvait à peu près plus parler, le démon lui ayant dit depuis le mois de novembre passé : ―Je t'aurai jusqu'au bout‖.
    J'ai pu lui donner la communion comme chaque mercredi soir et dès le jeudi matin, je l'ai sortie de l'extase sans même qu'elle puisse me parler. Lorsque je la quittai le jeudi soir après avoir prié auprès d'elle, j'étais très inquiet à cause des menaces du démon. Et quand je suis revenu dans l'après-midi du vendredi, comme je le faisais chaque fois, j'ai trouvé Marthe jetée hors de son lit, sur le plancher, sa tête et son corps recouvert de sa chemise étaient étendus sur le sol. J'ai appelé Henriette pour m'aider à la remettre sur son divan, ses deux bras étaient glacés. Là, j'ai cru entendre une parole intérieure : ―Il m'a tuée‖.
    ―Oh ! me suis-je dit, le démon l'a tuée, la Sainte Vierge va nous la rendre‖. Nous l'avons replacée sur son divan, son corps était raide, sa bouche restait ouverte sans que nous puissions la fermer. Nous l'avons couverte de plusieurs couvertures pour la réchauffer et pendant deux heures de suite, j'ai prié la Sainte Vierge pour qu'elle nous la rende et comme rien ne changeait, j'ai pris un miroir et je l'ai placé devant sa bouche : elle ne respirait plus…
    MARIE DES VALLÉES LAÏQUE, MYSTIQUE, STIGMATISÉE


    (15 FÉVRIER 1590-25 FÉVRIER 1656) II--AVERTISSEMENT
    Marie des Vallées a, de son vivant et pendant les siècles qui ont suivi, jusqu‘à nos jours, presque toujours été discréditée, contestée, critiquée... Marie des Vallées surprend, mais elle ne laisse jamais indifférents ceux qui sont conduits à l‘approcher. Sa vie, ponctuée d‘évènements mystiques extraordinaires: visions, possessions diaboliques, persécutions de toutes sortes, jugements hâtifs et sans appel, peut surprendre les gens du XXIe siècle, tout autant qu‘elle interpella ceux du XVIIe siècle. Mais tous les prophètes ont-ils pas été traités de cette façon ?...
    Marie des Vallées, pauvre paysanne sans instruction, que Dieu s‘est choisie pour nous inviter à redécouvrir la force de Dieu et sa Lumière, Marie des Vallées, dévoilée un peu en son temps puis ensevelie sous un silence étonnant, a-t-elle été
    spécialement mise en réserve pour nous révéler l‘immense et merveilleuse oeuvre de Dieu, à une époque où Dieu a été chassé de chez les siens ou mis à mort? Marie des Vallées a-t-elle été préparée pour nous mettre en garde contre les sectes qui se multiplient, et contre les sorcelleries qui se développent et foisonnent en notre temps comme dans le sien ?
    Les phénomènes étranges qui accompagnent Marie des Vallées nous étonnent, et notre réaction instinctive est de les nier. Pourtant, ne serait-ce pas des enseignements particulièrement adaptés à notre époque qui retourne au paganisme? Les visions de Marie nous déconcertent, mais il faut savoir que toutes les formes qui s‘y manifestent, les couleurs, les aspects, sont des symboles que Dieu utilise pour nous expliquer sa gloire, celle de Jésus-Christ, celle des saints, tout en ménageant nos fragilités contemporaines du XXIe siècle, et pour nous révéler sa divinité, l‘avenir de l‘homme, le pourquoi des souffrances, la valeur de la Rédemption, le sens de nos prières, etc, etc....
    Quoi qu‘il en soit, Marie des Vallées, mystique de feu, fut un des plus puissants soutiens du Royaume de France, plongé, en ce temps-là, dans une grande décadence des moeurs et les pires abominations.
    Pour entrer dans la vie de Marie des Vallées sans répugnance, sans dégoût, et surtout sans à-priori, il faut se faire humble, très humble. Humble et tout petit.
    11--MARIE DES VALLÉES ET SON SIÈCLE
    1-1-LA SITUATION DE LA FRANCE AUX XVIE ET XVIIE SIÈCLES
    1-1-1-SITUATION ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE
    Pour comprendre, au moins un peu, la vie étonnante de Marie des Vallées, il est indispensable de la situer dans le contexte de son époque: siècle de corruption, d‘indifférence, de cynisme, notamment des milieux ecclésiastiques, de la misère effroyable d‘un peuple souffrant et désemparé, de la montée du paganisme, et, pour couronner le tout, de l‘emprise spectaculaire de la sorcellerie et de la magie noire, emprise qui n‘épargne aucun milieu, et sévit même au sein des monastères. Les trois ordres politiques: noblesse, clergé et tiers-état sont en gestation. L‘apostasie de la France est en germe.
    1-1-2-SITUATION RELIGIEUSE
    Sur le plan religieux, le Concordat de Bologne (1516), qui subordonne l‘Église de France au roi de France rend les relations avec Rome très difficiles: être évêque, c‘est être soumis au roi de la terre et non plus au Roi du Ciel, avec, en prime, des biens matériels, et des bénéfices, souvent non négligeables. Le troupeau, délaissé, n‘est plus évangélisé... Marie des Vallées s‘élèvera contre ces pasteurs et leurs pratiques indignes. Les libertés de l‘Église gallicane sont élaborées: le roi est le chef de l‘Église de France, et, désormais, le pape n‘a plus de pouvoir disciplinaire sur elle. Mais il y a pire, le Parlement est chargé de contrôler toutes les activités religieuses, y compris dans les monastères.
    1-1-3-SITUATION ECCLÉSIASTIQUE
    Le XVIIe est resté inscrit dans toutes les mémoires surtout à cause du Roi Soleil, lequel ne serait peut-être pas resté le Roi Soleil s‘il n‘y avait pas eu les grands écrivains qui ont fait la renommée de la France du Grand siècle de Louis XIV: Corneille, Boileau, Racine, La Fontaine, La Rochefoucault, Molière, etc.
    En réalité, la grandeur des apparences cachait, hélas! de très graves et nombreuses faiblesses morales: les débauches étaient grandes, les moeurs en pleine déliquescence, le libertinage était fréquent. Quant aux duels, ils pullulaient, car la vanité qui s‘étalait partout s‘obstinait à vouloir laver dans le sang, des déshonneurs qui ne l‘étaient pas vraiment. La déchéance des moeurs n‘était pas le seul fait des grands. Le clergé et les évêques étaient sérieusement imprégnés de cette atmosphère nauséabonde. On [1] a écrit à ce sujet: ―Ceux qui, par leur condition, étaient obligés de travailler au salut des âmes de cette paroisse [2], faisaient profession de la perdre, ou étaient en réputation de la plus haute malice et impiété qui puisse être. À raison de quoi, l‘ignorance des choses du salut et les plus horribles vices y régnaient au dernier point.‖ Le peuple était donc, spirituellement et matériellement, le plus souvent abandonné à lui-même. La France était déjà pays de mission...
    Curieusement, c‘est du sein de cette lie morale, que des esprits supérieurs, remplis d‘humilité et d‘amour de leur Seigneur, vont naître, chargés de transformer les esprits appesantis par l‘esprit du monde. Le XVIIe siècle fut ainsi le Siècle des saints, malgré la méfiance qui se manifestait déjà contre les mystiques. C‘est le siècle de Bossuet, un des plus grands orateurs connus; mais c‘est aussi le siècle de Vincent de Paul, de Jean Eudes et de Marie des Vallées, de Bérulle, de Jean-Jacques Olier et d‘Agnès de Langeac, de Charles de Condren, de Marguerite du Saint-Sacrement, et de tant d‘autres. Ce fut aussi le siècle de vrais dévots laïcs, tels Gaston de Renty ou Mr de Bernières.
    À cette époque, l‘on voit naître de nouvelles spiritualités chrétiennes. Bérulle sera un fervent adepte du culte de l‘Enfant-Jésus, culte inspiré par Jésus à la petite carmélite,
    Marguerite du Saint-Sacrement. Jean Eudes, soutenu par Marie des Vallées, établira le culte du Coeur Admirable de la Vierge Marie, puis du Coeur de Jésus et de Marie. Louis-Marie Grignion de Montfort (mort en 1716) avait eu connaissance des révélations de Marie des Vallées grâce au manuscrit de Gaston de Renty. Est-ce influencé par cette lecture qu‘il annoncera, dans son Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie, le Règne de la Très Sainte Vierge Marie et les Apôtres des derniers temps, contemporains des grandes tribulations ?
    Face à l‘immoralité ambiante, les consciences sont en alerte, et l‘on se soucie de l‘éducation de la jeunesse. C‘est à cette époque que Louis XIV crée l‘École publique et gratuite (ou peu coûteuse), avec la participation de nombreux bienfaiteurs et le soutien du clergé. [3] Allant dans cette voie, de nouvelles congrégations religieuses se créent: Ursulines, Oratoriens, Lazaristes, Sulpiciens, Eudistes, etc. Les Jésuites et les Oratoriens [4] ouvrent de nombreux collèges.
    Mais il y a plus. Les décisions du Concile de Trente, en date de 1563, sont encore peu appliquées. Grâce aux efforts, entre autres, de Saint Vincent de Paul, et d‘Alain de Solminihac, le saint évêque de Cahors, puis de saint Jean Eudes et de Jean-Jacques Olier, les séminaires vont commencer à se développer dans les diocèses.
    1-1-4-LA SORCELLERIE EN FRANCE ET EN EUROPE
    La sorcellerie est l‘application de la Magie considérée comme la science des lois de la nature. La Magie doit capter et mettre en oeuvre les énergies présentes dans chaque homme et dans la nature. Si la magie blanche peut nous paraître (mais paraître seulement) inoffensive [5], la magie noire est le domaine des sorciers, toujours motivés par une véritable volonté de puissance. La sorcellerie est dangereuse, car elle met en oeuvre des forces cachées, inférieures, domaine des suppôts de Satan.
    La sorcellerie, à cette époque issue de la Renaissance, sévit partout en Europe. L‘Italie, l‘Allemagne, et même la France sont particulièrement touchées, et en 1586, le pape Sixte-Quint est contraint de promulguer la bulle ―Coeli et terra creator Deus‖ qui interdit toutes les pratiques occultes: divination, astrologie, nécrologie, sorcellerie, etc... Curieusement l‘engouement pour ces pratiques, qui vont de pair avec le relâchement des moeurs, sont en grande estime dans les milieux cultivés et même dans les couvents... Quant aux peuples, ils cherchent, par ces moyens, à échapper à leurs misères et à leurs détresses.
    1-1-5-LA SORCELLERIE EN NORMANDIE
    La Normandie est une province violemment touchée par le satanisme, spécialement dans le diocèse de Coutances [6]. Le sinistre bois d‘Étenclin était le lieu de sabbats rassemblant des centaines d‘adeptes. Or, cela se passait tout près de l‘endroit où vivait Marie des Vallées. Le Seigneur l‘aurait-Il appelée à plonger dans ces enfers pour sauver les âmes de ces ténèbres horribles [7] ?
    1-1-6-LE XVIIE SIÈCLE, ÈRE DES GRANDES PRÉDICTIONS ?
    Les promesses de la Renaissance, née à la fin du XVe siècle et continuée durant la première moitié du XVIe siècle environ, ont bien déçu. L‘inquiétude, matérielle ou métaphysique, règne partout. Les guerres continuelles, les famines, les épidémies de peste, etc, ont créé un climat rempli d‘angoisses. Et, comme pendant toutes les périodes troublées, à côté de la sorcellerie et du satanisme, les prédictions plus ou moins farfelues vont bon train. Ainsi, on prévoit pour la France, une nouvelle monarchie; le retour du Christ est annoncé pour... 1584; les prophéties de Paracelse, en 1530, ou de Nostradamus, exercent une influence non négligeable sur les hommes de cette époque. Il faut dire que certains de ces textes ont de quoi troubler, même les hommes du XXIe siècle. De même les prophéties de Raban Maur (776-856) couraient toujours au XVIIe siècle, selon lesquelles les Musulmans rejoindraient l‘Église.
    Mieux encore: les prophéties de Saint Césaire d‘Arles (470-542) sont rééditées en 1524, décrivant la fin des temps. Un moine de l‘abbaye de Prémol (près de Grenoble), fait débuter en 1870 ce qu‘il appelle la grande tempête: la France sera envahie, trois villes françaises seront détruites, le Vatican aussi. Le pape sera en fuite, un antipape provoquera un schisme. Surviendra alors le roi d‘Europe, qui, avec le pape instaurera la paix générale... Comme ce XVIIe siècle ressemble au nôtre !...
    Enfin, les phénomènes astronomiques sont aussi étudiés avec passion et interprétés comme des signes de Dieu: par exemple l‘apparition d‘une étoile nouvelle dans la constellation de Cassiopée, ou de la comète observée par Tycho Brahé..
    22--LA VIE DE MARIE DES VALLÉES
    2-1-L’ENFANCE DE MARIE DES VALLÉES
    2-1-1-LA PETITE ENFANCE
    Le 15 février 1590, Marie des Vallées naissait à Saint-Sauveur-Lendelin, près de Coutances, en Normandie, de Julien des Vallées et de Jacqueline Germain. Elle était la troisième enfant du couple. Les parents de Marie étaient croyants, mais peu pratiquants: l‘église était assez éloignée. Dans ce contexte peu favorable, Marie sentit pourtant très tôt sa mission spirituelle, et curieusement, Dieu lui ménageait les rencontres nécessaires. Ainsi, c‘est un frère Cordelier qui la prépara à sa première communion qu‘elle fit vers l‘âge de sept ou huit ans. Elle reçut également très tôt le sacrement de confirmation, l‘évêque regroupant dans sa cathédrale, quand il le pouvait, c‘est-à-dire rarement [8],
    toutes les personnes qui devaient recevoir ce sacrement, sans distinction d‘âges. Dès ce jour, Marie se livra totalement à la sainte volonté de Dieu.
    2-1-2-LES ÉPREUVES FAMILIALES
    26 avril 1604, le père de Marie meurt. Peu après, le 6 mai 1604, c‘est son frère Nicolas qui décède. Marie et sa mère se retrouvent seules; sa soeur aînée, Guillemette, était morte quelques années auparavant, en laissant quatre enfants, et un mari, Gilles Capelain, lequel épousera sa belle-mère le 1er mai 1605. De ce couple étrange naîtront deux garçons qui mourront très jeunes. Gilles Capelain était un personnage alcoolique, grossier et violent, et la mère de Marie mourra deux ans plus tard, suite aux mauvais traitements subis. Marie a dix sept ans.
    Sur les conseils de sa mère mourante, et pour échapper aux avances de son beau-père ex-beau-frère, Marie se réfugie auprès d‘un oncle qui la place chez le sieur de la Morinière. Malheureusement, le couple mène une telle vie de débauche, que Marie doit finalement s‘enfuir, pour se réfugier chez sa tante, Jacqueline des Vallées, femme d‘Yves de Beuvry. Pour des raisons de conflits d‘intérêts entre les enfants du couple, Marie doit encore partir. Mais après quelques mois, elle pourra revenir.
    La jeunesse de Marie fut un calvaire, et cependant, partout où elle dut passer, Marie fut comme un signe de Dieu par sa patience, son courage, sa foi et sa pureté.
    2-2-UNE JEUNESSE TOURMENTÉE
    Marie a dix-neuf ans. Elle était belle et intelligente, et plusieurs jeunes hommes demandèrent sa main. Marie ne se décidait pas, car elle attendait celui que le Seigneur lui enverrait: elle pensait alors se marier, car dans sa région on croyait, à l‘époque, que le célibat était une malédiction.
    Mais bientôt, cependant, Marie pensera à conserver sa virginité, tout en se demandant si elle faisait bien...
    Un jour, elle fut attirée par un jeune homme d‘une grande beauté; elle voulut bien accepter le mariage, à condition qu‘ils vivraient comme frère et soeur. Le jeune homme accepta. Quand il revint, Marie comprit que c‘était un ange de Dieu, et elle déclara : ―Je remercie le Fils de Dieu, et vous aussi; dites-Lui, je vous prie, que je me donne tout à Lui: je Le prie de disposer de moi dans le temps et dans l‘éternité en la façon qui lui sera la plus agréable [9].‖
    C‘est alors qu‘un prétendant éconduit eut recours à une sorcière. Le jeune homme lui communiqua le ―charme‖, et Marie, durant trois ans, violemment tourmentée, souffrit de
    vraies tortures physiques.[10] Marie des Vallées fut également, à cette époque, la proie de plusieurs satanistes, dont un prêtre. Marie, victime de charmes puissants se débattait dans des douleurs telles que sa tante, avec qui elle vivait, l‘emmena à Coutances chez l‘évêque du lieu, Mgr de Briroy [11], qui procéda sur elle à des exorcismes. Ces séances furent très pénibles, et les exorcistes furent, de leur côté, témoins de manifestations étranges. Marie était victime non seulement des persécutions démoniaques mais également de sortilèges lancés par les assemblées de sorciers [12].
    On alla jusqu‘à faire traduire Marie des Vallées comme sorcière, au Parlement de Rouen. Après des semaines d‘emprisonnement et de sévices terribles, Marie fut innocentée et libérée. Marie, toujours possédée, retourna à l‘évêché avec sa tante, et les exorcismes purent reprendre, mais toujours douloureusement, les démons refusant de quitter les lieux. En effet, les sorciers s‘étaient ligués contre Marie. Saint Jean Eudes, qui eut à confesser un sataniste repenti, relate : ―Je connais un homme qui a été malheureusement engagé dans ce détestable parti, l‘espace de dix ans... Il m‘a assuré que quand il se fait quelque ouvrage en la terre qui est à la gloire de Dieu, ses plus grands ennemis sont les sorciers qui tiennent conseil... pour aviser aux moyens de l‘empêcher, de le détruire... c‘est ce qu‘ils ont essayé de faire au regard de l‘oeuvre que la divine Bonté fait en la soeur Marie.‖
    On ne peut comprendre la vie de Marie des Vallées, sans tenir compte de cette information. Les sorciers ne s‘avouèrent pas vaincus, et les persécutions se multiplièrent. Marie comprit alors ce que devait être sa vraie vocation, et elle s‘offrit en victime expiatoire pour tous. Elle savait que pour faire front aux forces démoniaques, il fallait se mettre dans la situation de faire parfaitement la volonté de Dieu. La rage de Satan se déploya: elle devait annoncer une aurore dont elle serait, sans le savoir, le prophète.
    Marie réclame à Jésus la grâce de vivre totalement la folie de la Croix. Dès lors, Marie, croix vivante, fut, par amour, configurée au Christ. Incontestablement, elle aurait dû servir de modèle de sainteté pour ses contemporains et pour les hommes des siècles qui suivraient. Or, curieusement, la leçon qu‘elle devait nous donner, et qu‘elle donna, fut complètement occultée après sa mort. Mystère de Dieu... Un jour, alors que Marie se plaignait de son impuissance, Jésus lui répondit: ―Quand il y a une hostie consacrée entre plusieurs autres non consacrées, il n‘y a que celui qui l‘a consacrée qui la discerne; et quand il voudra, il la fera voir et connaître.‖
    De 1609 à 1614, soit pendant cinq ans, Marie fut l‘objet d‘attaques constantes de la part des sorciers, multipliant charmes et maléfices.
    Aujourd‘hui ces phénomènes nous étonnent moins, mais leur multiplication peut nous inquiéter, et à juste raison. ―La magie noire dispose aujourd‘hui de moyens puissants et ses tenants ont considérablement amélioré leur image de marque. Quant aux sorciers de
    bas étage, ils ne sont que l‘illustration dérisoire de la banalisation du mal face à la désertion spirituelle.[13]‖
    Quoi qu‘il en soit, en son temps, c‘est à dire au début du XVIIe siècle, le corps de Marie des Vallées est l‘arène où se joue le combat des ténèbres contre la Lumière. De par la volonté de Dieu les exorcismes ont peu d‘effets sur elle, car elle doit rester possédée autant que Dieu le jugera utile.
    Tout cela peut nous déconcerter, mais nous savons qu‘il y a eu, dans l‘histoire de l‘Église, un certain nombre de saints possédés ou exceptionnellement tourmentés par le démon. Parlant d‘elle-même, Marie disait: ―Pourquoi est-ce que je suis possédée? D‘où vient cela? Je suis bien certaine que je ne me suis pas donnée à l‘esprit malin... Mais,... ni mes parents ni moi n‘y avons contribué; c‘est une marque que c‘est Dieu même qui a choisi lui-même pour moi cet état, comme celui qui m‘est plus propre pour mon salut.‖
    Cependant Marie prie pour les sorciers, ses plus cruels ennemis, ceux qu‘elle appelle ―les religieux‖ de Satan. Marie vivait à cette époque près de l‘évêché. En 1614, sa chambre est envahie par des démons hurleurs et vociférants. Marie les chasse avec des signes de croix et de l‘eau bénite. Peu à peu les charmes décroissent, mais la possession demeure malgré les exorcismes réguliers.
    Marie affirme ne pas craindre les démons, ―les plus impuissantes de toutes les créatures.‖ Il semble que sa mission soit, entre autres, d‘anéantir les effets des sortilèges et de convertir sorciers et libertins. Ainsi, Catherine de Bar, en religion Mère Mechtilde du Saint Sacrement, fondatrice des Bénédictines du Saint Sacrement, fut en relation avec Marie des Vallées, car sa communauté de Paris eut beaucoup à souffrir des sorciers et des sortilèges. Est-ce à cause de cela que Mère Mechtilde confia à sa congrégation: les Bénédictines du Saint Sacrement, comme une mission importante, la réparation pour les crimes des sorciers?
    2-3-LES SACRIFICES DE MARIE DES VALLÉES
    2-3-1-L‘OFFRANDE DE SA VOLONTÉ
    Marie ne désirait que Dieu, son unique amour. Son esprit était perpétuellement appliqué par l‘Esprit de Dieu à la contemplation des mystères de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Son seul but, c‘était le salut de ses frères. En 1615, ou 1616, Marie s‘offrit à Dieu: ―je renonce de tout mon coeur à ma propre volonté et me donne à la très adorable volonté de mon Dieu afin qu‘elle me possède si parfaitement que je ne l‘offense jamais.‖[14] Désormais Marie sera empêchée de faire ce que Dieu n‘a pas décidé pour
    elle. Ainsi, pendant trente trois ans environ il lui sera impossible d‘aller communier malgré tout l‘amour qu‘elle vouait au Saint Sacrement, et elle s‘en plaignait longuement à Jésus:
    – Pour avoir votre divine Volonté, faut-il se priver de la communion? Jésus répondit, parlant de ses saints:
    – Non, au contraire. À proportion qu‘ils meurent à leur volonté, la communion les vivifie de la haine qu‘ils portent à leur volonté... Ils allument un grand feu de l‘Amour divin qui les consume et anéantit comme le suif et la mèche dans une chandelle.
    – Pourquoi suis-je privée de la communion?
    – C‘est une autre chose à part. C‘est que ma Passion vous a été donnée au lieu du Saint Sacrement, et que la divine Volonté veut vous faire vivre dans la mort.
    Tout était crucifié en Marie. Un jour Jésus lui confia: ―Ceux qui me donnent leur coeur pour y faire ma demeure, Je leur donne le mien pour y faire la leur. Ceux qui se donnent à moi, Je Me donne à eux. Ceux qui me donnent leur Volonté, Je leur donne la mienne, mais il y en a très peu qui Me la donnent.
    Marie s‘était livrée à Dieu pour l‘Église et la Gloire du Christ. Même de cela la postérité lui tiendra rigueur. Marie sera la cible de nombreux hommes d‘église, au nom de principes qui ne paraissent pas venir de l‘Esprit-Saint.
    2-3-2-VIVRE L‘ENFER POUR SAUVER LES ÂMES
    Dieu demande parfois à des saints de vivre des épreuves exceptionnelles, déconcertantes, et qu‘il vaut mieux ne pas trop désirer: elles seraient beaucoup trop dangereuses pour nous. Mais il y a tant d‘âmes à éloigner de l‘Enfer. Voici ce que Marie des Vallées confie: ―... L‘Amour divin, caché derrière un rideau, me fit voir, en me les montrant du doigt seulement, un nombre incalculable d‘âmes telles qu‘elles sont quand elles sortent des mains du Créateur, avant d‘être souillées par le péché originel. Je les voyais, ornées d‘une si grande beauté que l‘homme n‘est pas capable de le comprendre et de l‘expérimenter. Oh! je ne m‘étonnais pas si Dieu est descendu du Ciel pour racheter de si belles créatures.‖
    Elle s‘écrie aussi: ―Ô beauté incompréhensible des âmes! Ô admirable beauté! Oh! Quelle est cette beauté? Qu‘est-ce donc? Je n‘en sais rien, car elle est si merveilleuse qu‘il n‘y a point de paroles, ni de comparaisons capables d‘en exprimer la moindre partie!‖
    Pour sauver ces âmes, Marie redouble de prières et supplie Dieu de lui faire connaître, et subir, les peines de l‘Enfer... Le Seigneur ne l‘exaucera pas tout de suite. Mais, en
    novembre 1617, le dernier jour de l‘octave de la fête de Saint Martin, Marie, épouvantée, ―entend‖ une voix terrible lui dire : ―Ce n‘est pas tout, il faut bien passer outre : il faut mourir aujourd‘hui et descendre en Enfer!‖ Puis une voix plus douce l‘encourage : ―Allez! C‘est moi qui vous y envoie.‖
    Marie subit longtemps (probablement plusieurs années) les tourments de l‘Enfer, avec quelques interruptions (notamment de 1618 à 1621) lui permettant de reprendre des forces. En effet, quoique la nature des tourments de Marie fût intellectuelle, leurs effets s‘en faisaient ressentir sur son corps. L‘épreuve fut terrifiante, et Marie dut subir aussi la déréliction la plus totale: l‘abandon de Dieu, car le péché n‘est pas une réalité banale. Ce mystère est grand et l‗intelligence humaine ne peut le comprendre.
    2-3-3-LA COUPE DE SOUFRE ET DE FEU: LE MAL DES DOUZE ANS
    Les peines de Marie des Vallées étaient jusqu‘ici intellectuelles. C‘est intellectuellement que Marie subissait la rage, la faim, la mort et le désespoir. Elle vivait dans le doute et dans des angoisses mortelles. L‘épreuve qui s‘annonça à la mi-carême 1621, dépassera de très loin les peines d‘Enfer déjà éprouvées. ―C‘est un Enfer tout nouveau que l‘Amour fera pour elle. [15] ‖ Le ―mal de douze ans‖ commence, à la suite du voeu de Marie, afin de sauver toujours davantage d‘âmes : ―Je fais voeu de souffrir tout ce que mon Époux a fait voeu pour moi que je souffre lorsqu‘il était sur la Croix.‖
    Le matin de Noël 1621 Marie fut saisie d‘un épouvantable mal de tête ‖si cruel, si horrible... que j‘aurais, raconte-t-elle, mieux aimé souffrir les peines que j‘endurais en Enfer. Ce terrible tourment me dura toute la journée: je l‘ai bien éprouvé toujours pendant ce mal de douze ans, mais il n‘était pas si cruel que le premier jour. Et il est à remarquer qu‘aussitôt que je fus prise de ce mal de tête, j‘oubliai entièrement la demande que j‘en avais faite. Si je m‘en fusse souvenu, cela m‘eût donné quelque consolation. [16]‖
    Au cours de cette épreuve, Marie sera travaillée par sept sortes d‘étranges fièvres figurant les sept péchés capitaux dont elle devait porter la malédiction pendant douze ans. De nombreux témoignages relatent également la stigmatisation de Marie des Vallées. Marie vivait la Passion du Christ, ―et achevait, en sa chair ce qui manque aux souffrances du christ, pour son corps qui est l‘Église.‖
    Les épreuves et les souffrances de Marie des Vallées ont été terribles, et exceptionnelles, et on peut se demander comment une simple femme a pu les souffrir ? C‘est que Marie des Vallées n‘était pas seule: la Sainte Vierge la guidait jusqu‘à ―la perfection de son sacrifice.‖ La Vierge Marie était présente dans la plupart des visions de sa fille de prédilection, comme elle l‘est avec tous ceux qui se conforment à son Fils Jésus et à ses souffrances. Car Jésus avait prévenu Marie des Vallées que son ―mal de douze ans‖, c‘était le renouvellement de sa propre Passion.
    Ces supplices ne sont pas l‘oeuvre de la mort, mais de l‘Amour. Ils sont véritablement une participation aux souffrances du Christ dans sa Passion, en vue de la Rédemption du monde. Et le Christ, voyant l‘amour de sa servante, est ―ivre de joie‖. Et lorsque le Christ s‘adresse à Marie des Vallées, Il s‘adresse à chaque homme dont Il a pris sur Lui toutes les souffrances et toutes les peines. Il convient aussi de remarquer qu‘en Marie, c‘est Jésus qui souffre. Comme chez de nombreux autres mystiques, Jésus, pour poursuivre sa Passion, investit certaines âmes, et vient souffrir en elles. [17] Ce qui suit le prouve aisément :
    ―Le 27 décembre 1619, Marie voit en elle-même Notre Seigneur souffrant plus cruellement que jamais. Elle en éprouve une telle douleur, une telle compassion qu‘elle appelle la Très Sainte Vierge: ‗Ayez donc pitié de votre divin Fils, lui dit-elle, retirez-le donc d‘ici!‘ Au même instant, elle est elle-même subitement retirée de l‘Enfer.‖
    Ce texte met également en évidence le rôle essentiel de la Sainte Vierge. Le Père est le ―bras‖, la Vierge Marie est la ―main‖. La mission de Marie est de hâter l‘achèvement de l‘oeuvre de Dieu. La Vierge Marie est chargée d‘acheminer les hommes jusqu‘à leur terme. Elle se choisit avec son Fils, des hosties pour l‘élévation du monde. La Vierge Marie avait d‘ailleurs dit à Marie des Vallées: ―La Passion est une Messe, et souffrir, c‘est y assister.‖ La Rédemption du monde est un mystère; la co-rédemption en est un également, tout aussi impénétrable. C‘est ce que semble confirmer le dialogue qui suit, après que Marie se fût plainte à Jésus de l‘excès de ses souffrances:
    – ―Réjouissez-vous, dit Jésus, car votre récompense est grande dans les cieux.
    – Quelle est cette récompense ?
    – C‘est le salut des âmes pour lesquelles nous souffrons et que nous gagnerons au Ciel.‖
    Avant chaque épreuve, Marie verra Notre-Dame, en larmes, pour lui annoncer de nouvelles douleurs. Car le coeur de Marie de Vallées ne fait plus qu‘un avec le coeur de la Mère de Jésus, de Jésus qui lui dit, le 8 février 1652: ―Voilà votre coeur. C‘est celui de la Mère, mais c‘est aussi le vôtre, car, enfin, Moi, ma Mère et vous, nous n‘en avons qu‘un que voilà. [18] ‖
    Marie des Vallées, que l‘on appelait couramment la Soeur Marie bien qu‘elle ne fût pas religieuse, fut très probablement stigmatisée à cette époque, car des traces de plaies sanglantes et douloureuses furent visibles ―pendant dix neuf ans et cinq mois‖ (selon Saint Jean Eudes). [19] Les linges ayant essuyé le sang furent d‘ailleurs distribués [20] comme reliques, par Saint Jean Eudes, après la mort de Marie. On en trouve la preuve dans ses lettres, notamment à Monsieur Mannoury.
    2-3-4-L‘ANÉANTISSEMENT DE MARIE
    Des mystiques que Dieu suscite, on a dit le meilleur et le pire. Marie des Vallées ne fut pas une ―illuminée‖ au sens péjoratif du terme. Elle fut, douloureusement ―la fille lumineuse et illuminante de Dieu.‖ Marie est au coeur de la Passion du Christ. Sa lumière, c‘est la Croix. Pour sauver les âmes, en communion avec le Christ, elle acceptera d‘aller au plus profond de l‘agonie et de la Croix de Jésus. Crucifiée, plongée dans les supplices, elle n‘est pas malheureuse car elle sait qu‘elle répond pleinement au dessein de Dieu sur elle. Sa joie est réelle, mais tellement au-dessus des joies humaines qu‘elle ne peut pas être comprise par le monde qui la juge sans valeur :
    ―Vous êtes ma Croix vivante, lui dit un jour Jésus. Je me suis revêtu de votre chair, c‘est pourquoi vos souffrances sont d‘une valeur presque infinie.‖ C‘est l‘inhabitation du Christ en Marie qui rend ses souffrances comparables aux siennes. Comme Saint Paul, Marie achève en elle, dans son corps que le Christ s‗approprie, ce qui manque à la Passion du Christ, pour son Corps qui est l‘Église.
    Saint Jean Eudes rapporte une vision à laquelle il assista en 1649.
    Le Christ demanda à Marie :
    – Qui êtes-vous ?
    – Je n‘en sais rien.
    – Dites, dites, insiste Jésus.
    – Je suis la plus misérable des créatures.
    – Non, ce n‘est pas cela, reprend le Christ.
    Alors Marie déclara :
    – Le Verbe s‘est revêtu de ma chair, et c‘est Lui qui souffre en moi.
    Oui, c‘est cela, la mission de Marie des Vallées.
    Émile Dermenghem pense que Marie des Vallées représente ―comme la partie pour le tout, l‘ensemble des saints.‖ Marie figure l‘Église au sein de laquelle chaque chrétien, cellule de ce Mystérieux Corps, doit être configuration au Christ, quelle que soit sa condition existentielle, parce qu‘il y est appelé par une force plus forte que lui-même. L‘homme converti, et donc, rendu à lui-même, reproduit les oeuvres de l‘Amour. Jésus est la cause première de la conversion, les saints y coopèrent comme causes secondes.
    Marie des Vallées verra toutes les puissances de son âme agoniser et mourir l‘une après l‘autre: d‘abord l‘esprit, puis la mémoire, ensuite l‘entendement, et enfin la volonté. C‘est le travail d‘anéantissement de soi qui peut durer de longues années. Le 8 juillet 1653, c‘est, pour Marie, l‘expiravit de l‘esprit; le 30 mars 1654, c‘est l‘expiravit des sens. Marie
    ne sait plus ce quelle est devenue. Les sens intérieurs de Marie entrent dans une agonie qui durera sept ans. C‘est la nuit noire décrite par Saint Jean de la Croix. Marie vit des ―incertitudes effroyables‖ Elle ne sait plus si Dieu existe...
    Dorénavant Jésus peut dire à Marie: ―Je suis Tout et vous n‘êtes que mon habit dont Je suis revêtu... Mais comme l‘habit n‘a aucun mouvement que celui qui lui est donné par la personne qui en est revêtue... ce sera Moi qui serai Tout et qui ferai tout Cela en vous, et non vous.‖ Jésus est donc le mouvement de Marie. Marie est comme un tissu ajusté sur le Corps de Dieu.
    Peu de gens ont compris la mission de Marie et l‘inhabitation de Jésus en elle. Elle fut critiquée de toutes les façons, et les polémiques suscitées autour d‘elle furent d‘une rare violence, mais ―c‘est une particularité de l‘esprit des ténèbres que de se servir de la vérité pour proclamer le mensonge...‖
    [1] Le Manuscrit de Québec
    [2] La paroisse où fut élevée Marie des Vallées
    [3] Cela est connu: il est bon, parfois, de rendre à César ce qui est à César, en l‘occurrence de rendre au Roi de France ce que l‘on attribue généralement à Jules Ferry.
    [4] Les Jésuites ont l‘appui du Roi, les Oratoriens sont soutenus par les jansénistes.
    [5] Encore faut-il cependant s‘en méfier, car on ne sait jamais les vraies motivations de ceux qui exploitent, à leur profit, les forces occultes.
    [6] Concernant l‘existence de Satan, on peut rapporter ici, tant cela fait penser à ce qui se passe de nos jours, l‘aveu du prieur d‘une abbaye de la région, Guillaume Édelin: ―Le diable lui avait fait promettre de prêcher hautement qu‘il n‘y avait ni sorcier ni magicien, pour mieux appuyer son empire.‖
    [7] Sous le règne de François 1er, 100 000 personnes furent condamnées pour crime de sorcellerie. En 1605, sous Henri IV, il y eut 1600 accusés pour sorcellerie. On cite également de très nombreux cas de possessions et d‘obsessions. On est de plus en plus convaincu que ces phénomènes, qui déconcertent même la médecine moderne totalement impuissante, se rattachent à la mystique diabolique.
    [8] Pour des raisons politiques: difficultés des relations entre la France et le Saint-Siège, le sacrement de confirmation n‘avait pas été administré depuis 25 ans dans le diocèse de Coutances.
    [9] Ce texte fut probablement connu de saint Louis-Marie Grignion de Montfort qui s‘en inspira très certainement pour rédiger sa propre consécration comme esclave de le Vierge Marie.
    [10] Confidences faites à Saint Jean Eudes
    [11] Mgr de Briroy était intervenu plusieurs fois dans des cas de possessions et de sortilèges; il avait eu également à lutter personnellement contre le satanisme.
    [12] D‘après le Père E. Lelièvre, biographe de Marie des Vallées, les sorciers renouvelaient les philtres à mesure qu‘on les détruisait par les exorcismes.
    [13] Marikka DEVOUCOUX ―L‘oeuvre de Dieu en Marie des Vallées‖ page 54
    [14] D‘après saint Jean Eudes, son directeur spirituel
    [15] D‘après Saint Jean Eudes
    [16] D‘après Gaston de Renty
    [17] Parmi les mystiques modernes et très connus qui expérimentèrent des phénomènes comparables, on peut citer Padre Pio qui ne vivait plus; c‘était le Christ qui vivait en lui.
    [18] Rapporté par le Moine de Barbery.
    [19] Ces faits n‘auraient probablement pas été connus sans les adversaires de Saint Jean Eudes qui s‘étaient emparé d‘un de ses documents personnels.
    [20] À Mgr de Montmorency-Laval, à la Visitation de Caen, aux Bernardines de Thorigny.
    SAINTE ANGÈLE MÉRICI
     FONDATRICE DE LA COMPAGNIE DE SAINTE URSULE (1474-1540) FÊTÉE LE 27 JANVIER


    Sainte Angèle Mérici naît en Italie du Nord, à Desenzano, entre 1474 et 1478. Angèle, avec ses frères et soeurs, grandit, heureuse au sein d‘une famille chrétienne, dans une vie simple et harmonieuse où travail et jeux s‘équilibrent. Le soir, le père, Jean Mérici, lit à ses enfants un épisode de la vie des Saints. Ce qui marque très fort la petite Angèle. Les parents habitent une ferme, « Les Grezze », et vivent modestement mais décemment du fruit de leurs récoltes.
    Angèle est une enfant gaie. Elle aime prier et s‘attache à Jésus, son « unique trésor ». Hélas, la première partie de sa vie, heureuse, est de courte durée. En quelques mois, l‘adolescente perd ses parents et l‘une de ses soeurs. Après ces deuils, vers l‘âge de 16 ans, son oncle et sa tante, les Biancosi, la prennent chez eux à Salò, ainsi que l‘un de ses frères. Elle y partage la vie quotidienne de son cousin Barthélémy. Pour Angèle, c‘est un changement de vie. Elle connaît désormais une vie citadine plus aisée : les gens de la bourgeoisie passent beaucoup de temps à se parer et à faire la fête. Angèle, pleine de vie, et aussi décrite comme jolie et possédant un belle chevelure blonde qui ne manque pas d‘attirer les réflexions de ses amis : « Avec ces cheveux là, elle n‘aura pas de mal à se trouver un mari ! » Ce que son oncle et sa tante lui souhaitaient.
    Mais Angèle a déjà entendu l‘appel de Dieu, et elle préfère passer son temps avec le Christ, dans la prière et une vie simple, plutôt que de s‘adonner aux plaisirs mondains. Elle retourne, pour un temps, à la ferme familiale des Grezze. C‘est pendant qu‘elle travaille, au lieu-dit « Brudazzo », qu‘elle reçoit sa vocation. Angèle voit une échelle élevée vers le ciel et des jeunes filles qui montent et descendent. Dieu lui révèle qu‘elle fondera un jour une nouvelle famille religieuse qui rassemblera des femmes pour accomplir une mission dans l‘Église.
    A 18 ans, afin de pouvoir se consacrer au Seigneur librement et d‘être admise régulièrement à la table eucharistique (fait rare à cette époque), elle demande à entrer dans le Tiers-Ordre de Saint-François d‘Assise, et devient Soeur Angèle. Elle travaille, prie, participe à la Messe et communie le plus souvent possible. Elle jeûne et mène désormais la vie simple et au service des autres qu‘elle désirait.
    En 1516, ses supérieurs franciscains l‘envoient à Brescia pour une mission de consolation : Catarina Patengola a perdu son mari et ses fils à la guerre, et perd goût à la vie.
    Angèle reste deux ans chez Catarina, puis, celle-ci rétablie, quitte la maison mais décide de rester à Brescia. Elle accepte l‘hospitalité d‘un certain Antonio Romano chez qui elle habitera pendant 14 ans. La petite pièce où elle demeure lui permet de recevoir librement tous ceux qui viennent lui demander conseil. « Sa chambre ne désemplissait pas », dira-t-on. La réputation d‘Angèle grandit : elle accompagne, console, apaise les colères, réconcilie, conseille même des théologiens qui viennent l‘interroger… Tous, trouvent auprès d‘elle un accueil chaleureux, humain et plein de charité.
    Angèle entreprend plusieurs pèlerinages. En 1524, elle part à Jérusalem avec un groupe de pèlerins. Pendant la traversée, elle est atteinte d‘une infection aux yeux. En Terre Sainte, on doit la guider. Pourtant, le pèlerinage est pour elle la source d‘une grande grâce : c‘est au pied du calvaire, qu‘elle commence dans son coeur, à devenir la mère de cette nouvelle famille religieuse que Dieu lui montrée un jour… Pour Angèle, et pour ses filles après elle, la Passion et la Résurrection du Seigneur, seront au coeur de leur spiritualité. Pendant le retour, en Crète, Angèle guérit soudainement.
    Elle fait ensuite d‘autres pèlerinages : Ne pouvant plus aller à Jérusalem, elle va deux fois à Varallo, un lieu où l‘on construit des petites chapelles dans la montagne. Des scènes de la vie du Christ y sont représentées, pour les Chrétiens dans l‘impossibilité de se rendre en Palestine.
    En 1525, elle part à Rome à l‘occasion de l‘Année Sainte. Elle rencontre un Prélat dont elle a fait la connaissance en Terre Sainte. Celui-ci lui propose une audience avec le Pape, Clément VII. Fille de l‘Église, Angèle accepte. Le Saint-Père lui demande de rester à Rome. Mais elle s‘excuse : c‘est à Brescia que Dieu l‘attend. Clément VII comprend et la laisse partir.
    De retour à Brescia, Angèle continue sa vie de prière, d‘accompagnement humain et spirituel. Elle est disponible à chacun. Le duc de Milan aussi, François Sforza, lui demandera d‘être sa mère spirituelle.
    En 1529, la guerre oblige beaucoup de monde à fuir. Angèle part à Crémone. Là, elle ne cesse de recevoir pauvres et riches, nobles et servantes. A son retour à Brescia, elle loge un temps chez Agostino Gallo. Puis, dans une chambre près de l‘église Ste Afre.
    Mais le temps passe et elle n‘a toujours pas réalisé ce que le Seigneur lui a demandé dans sa jeunesse. Elle se sent alors pressée intérieurement d‘accomplir sa mission : fonder une « Compagnie » de femmes qui veulent se consacrer au Seigneur. Elles vivront leur consécration sans se retirer de leur lieu de vie. Là où elles seront, elles vivront leur vie de
    prière et seront attentives aux besoins des autres. Angèle ne donne aucune consigne d‘apostolat particulier à ses filles dans ses Écrits.
    Régulièrement, elles se retrouveront pour vivre l‘Eucharistie, se rencontrer comme des Soeurs et s‘aider à vivre leur consécration.
    Angèle qui aime beaucoup Ste Ursule, une martyre du 4ème siècle particulièrement populaire à cette époque, la donne comme patronne à sa fondation.
    C‘est le 25 novembre 1535 que les 28 premières jeunes filles qui le désirent, participent à la Messe, puis dans un oratoire, se donnent au Seigneur, sans prononcer de voeu public, mais en inscrivant simplement leur nom dans un registre : C‘est le jour de la fondation de la Compagnie de Sainte-Ursule.
    La transformation de la Compagnie en Ordre religieux, après le Concile de Trente (1545-1563), a obligé les filles d‘Angèle à entrer dans des cloîtres. Apostoliques, elles ont continué d‘être apôtres en devenant éducatrices. Héritières de la « pédagogie » d‘Angèle, qui excellait dans l‘art d‘accueillir et de conduire chacun, les Ursulines ont su alors devenir des formatrices à travers les siècles, et spécialement au service de la jeunesse, selon la mission que l‘Église leur a confiée.
    Angèle meurt le 27 janvier 1540. Elle est canonisée le 27 mai 1807, par Pie VII.
    Aujourd‘hui, Angèle a de nombreuses filles à travers le monde qui vivent de différentes façons :
    Ordre religieux, monastères autonomes, Unions, Fédérations, Institut séculier…
    Des laïcs, depuis quelques décennies, ont fait le choix, de vivre du charisme d‘Angèle Mérici. Ils s‘appellent « Associés », et demandent aux Ursulines de leur transmettre la spiritualité méricienne, afin de vivre l‘Évangile à la manière d‘Angèle.
    SAINTE JEANNE DE CHANTAL
    RELIGIEUSE VISITANDINE 1572-1641
    Jeanne Françoise Frémyot naquit à Dijon le 23 janvier 1572. Orpheline de mère à dix-huit mois, elle reçut de son père, second Président au Parlement de Bourgogne, une éducation forte et brillante, profondément chrétienne. « Dès son jeûne âge l'on remarqua en elle des indices particuliers de la grâce divine, et entre autres une modestie fort majestueuse et une aversion si incomparable aux hérétiques, que si quelqu'un d'eux la voulait toucher ou porter entre ses bras, elle ne cessait de crier qu'il ne l'eût posée. Elle apprenait avec une grande souplesse et vivacité d'esprit tout ce qu'on lui enseignait, et on l'instruisait de tout ce qui est convenable à une demoiselle de sa condition et de son bon esprit : à lire, écrire, danser, sonner des instruments, chanter en musique, faire des ouvrages... »1
    Le 29 décembre 1592, elle épousa Christophe II de Rabutin, baron de Chantal. « Ce fut un des plus accomplis mariages qui aient été vus, l'un et l'autre partis étant parfaitement doués de corps et d'esprit, des plus aimables qualités, recommandables en la noblesse. Quant à notre bienheureuse Mère, elle était de riche taille, d'un port généreux et majestueux, sa face ornée de grâces et d'une beauté naturelle fort attrayantes sans artifice et sans mollesse ; son humeur vive et gaie, son esprit clair, prompt et net, son jugement solide ; il n'y avait rien en elle de changeant ni de léger. Bref, elle était telle qu'on la surnomma la dame parfaite... Elle ne portait que du camelot et de l‘étamine, et cela avec tant de propreté, de grâce et de bienséance, qu'elle paraissait cent fois plus que plusieurs autres qui ruinent leurs maisons, pour porter des affiquets... Cette femme diligente fut une couronne à son mari Le coeur duquel se fiant en elle entreprit avec joie et générosité de régler sa maison.2 »
    Pendant neuf ans ils vécurent un très grand bonheur au château de Bourbilly, jusqu'à ce jour de 1601 où Monsieur de Chantal mourut des suites d'un accident de chasse. Jeanne se retrouva seule, à vingt-huit ans, avec quatre jeunes enfants3. Sa douleur était immense. Un événement décisif orienta toute sa vie : la rencontre, en 1604, de saint François de Sales venu prêcher le carême à Dijon où le président de Frémyot avait invité sa fille. « Elle faisait mettre son siège à l‘opposite de la chaire du prédicateur pour le voir et ouïr plus à souhait. Le saint prélat, de son côté, bien qu‘attentif à son discours, remarquait cette veuve par-dessus toutes les autres dames4. » Le frère de la baronne de Chantal qui était archevêque de Bourges5, la présenta à François de Sales ; ce fut le point de départ d'un ardent amour de Dieu et d'un dépouillement radical qui la conduiront à une haute union à Dieu. Entre Jeanne de Chantal et François de Sales se noua une profonde relation,
    faite d'une totale et affectueuse confiance mutuelle. Elle ne tarda pas à lui confier son désir d'être toute à Dieu. Mais ses responsabilités familiales la retenaient.
    Peu à peu, cependant, les obstacles tombèrent6 ; en 1610, elle quitta Dijon pour aller inaugurer à Annecy une nouvelle forme de vie religieuse dont François de Sales était le fondateur : la Visitation. Un double aspect caractérisait le jeune institut : une vie de prière intense et le service des malades. Fait unique à l'époque : ces religieuses n'étaient pas cloîtrées, ce qui fit l'étonnement des malveillants. En 1619, François de Sales dut supprimer la visite aux malades, et la Visitation devint un ordre cloîtré.
    1617 fut pour Jeanne de Chantal une année d‘épreuves : son gendre mourut à Turin (23 mai), suivi de Marie-Aimée, après un accouchement prématuré (16 septembre). Sur son lit de mort, Marie-Aimée prit l'habit de la Visitation et prononça ses voeux entre les mains de saint François de Sales. La Mère de Chantal, qui avait commencé à souffrir de maux étranges dès 1610 et avait été de nouveau malade en 1615 et 1616, se vit à toute extrémité à la fin de 1617 ; elle guérit à la suite d'un voeu à saint Charles Borromée. Une fois remise, elle partit fonder une Visitation à Grenoble (8 avril 1618), préparée par les prédications de l'évêque de Genève. A l‘automne, elle commence un voyage de quatre ans loin d'Annecy. Après la fondation du monastère de Bourges (15 novembre), François de Sales l'appela à Paris où elle resta du 7 avril 1619 au 21 février 1622, s'occupant des débuts de la nouvelle Visitation (l° mai 1619), négociant le mariage de sa fille Françoise avec Antoine de Toulongeon, surveillant les fondations de Montferrand (7 juin 1620), de Nevers (21 juillet), d‘Orléans (9 septembre), de Valence (8 juin 1621). Après quelques jours passés à Maubuisson avec Angélique Arnauld et un pèlerinage au tombeau de Marie de l'Incarnation au carmel de Pontoise, elle partit pour la fondation de Dijon (8 mai 1622), par Orléans, Bourges, Nevers et Moulins. Fin octobre, elle était à Lyon où François de Sales lui commanda d'aller visiter les monastères de Montferrand et de Saint-Étienne (établi le 1° octobre). Le 11 décembre, à Lyon, eut lieu le dernier entretien des deux fondateurs, et la Mère repartit aussitôt visiter d'autres monastères. Elle n'apprit la mort de son père spirituel, survenue le 28 décembre 1622, que le 6 janvier 1623 à Belley d‘où elle rentra à Annecy pour s'occuper du corps de François de Sales et de ses funérailles.
    Désormais Jeanne de Chantal gouverna seule les treize monastères de la Visitation où les vocations affluaient. Elle se démit de son supériorat après l'Ascension 1623 et n'accepta d'être réélue que pour trois ans. Désirant se plier en tout à la Règle comme la plus humble des religieuses, elle ne voulut jamais du titre de mère générale, reprenant après chaque déposition le dernier rang. Cependant son influence spirituelle et morale était immense et incontestée. Rien ne se décidait sans elle. Elle fonda les Visitations de Chambéry (14 janvier 1624), d‘Evian (6 août 1625), de Rumilly (29 septembre) et de Pont-à-Mousson (6 mai 1626). En 1627, elle eut la joie de l'ouverture du procès de béatification de François de Sales, et la peine de la mort de Celse-Bénigne, tué au combat de l'Ile de Ré (22
    juillet)7. A l'automne 1627, elle fonda la Visitation de Cremieu (21 septembre) et visita les monastères de Paris, d'Orléans et d'Auvergne. En 1634, elle fonda une seconde maison à Annecy pour accueillir l'afflux des postulantes. En juin 1635, pour conférer de l'avenir de son ordre avec les évêques réunis à l'Assemblée du clergé de France, elle gagna Paris où elle passa l'hiver.
    Chaque monastère étant placé directement sous l'autorité de l'évêque du diocèse, des amis de la Visitation s'inquiétèrent des moyens de maintenir, dans l'avenir, l'union et l‘uniformité entre tant de maisons. A l'occasion de l'Assemblée du clergé, en 1635, se tint une réunion de quelques évêques, avec saint Vincent de Paul, supérieur des Visitations de Paris8, et le commandeur de Sillery9. Appelée à donner son avis, la Mère de Chantal fit nettement comprendre que la volonté formelle du fondateur avait été de laisser les monastères sous l'autorité des évêques, sans supérieure générale, et d'établir « non un moyen d'union d'autorité, mais de charité » entre eux et avec le premier monastère d'Annecy, « estant le dépositaire principal de l'esprit de l'Institut, et de la tradition du sens de la Règle, et des statuts, pour avoir esté réglé et formé par le Fondateur10. » Les prélats se rangèrent à cet avis et approuvèrent le Coutumier avec les additions proposées.
    Le problème des moyens d'union entre les monastères ne se régla pas si facilement que semble le dire la préface du Coutumier de 1637. Peu après, en effet, Octave de Bellegarde11 (archevêque de Sens), Vincent de Paul et le commandeur de Sillery proposèrent de demander l‘établissement d'un visiteur apostolique. La Mère de Chantal en sentait l'opportunité, d'autant plus que Rome avait failli l'imposer d'office, en 1637, à la suite de rapports faits par des jésuites contre l'ordre pour accuser les supérieures et maîtresses des novices de gêner la libre communication des soeurs avec les confesseurs. De plus, c'était une idée de François de Sales mais, selon lui, le visiteur ne devait agir que par l'autorité des évêques afin de ne pas porter atteinte à leurs prérogatives. La Mère de Chantal maintint fortement cette position et se trouva ainsi en désaccord sur ce point avec Vincent de Paul qui désirait des pouvoirs étendus pour le visiteur. Jeanne de Chantal ne voulait que mettre en oeuvre les intentions du fondateur, mais il fallut bien interpréter et compléter pour faire face à des situations nouvelles. Elle le fit avec sa personnalité profondément originale, son bon sens pratique et sa profonde connaissance de la psychologie féminine. Il ne fut plus jamais question de visiteur apostolique.
    Au printemps 1636, elle reprit la route pour Troyes, Marseille et Montpellier. A l'automne 1638, elle fonda la Visitation de Turin (21 novembre). Le 11 avril 1641, elle se démit de sa charge de supérieure avec l'intention de ne plus jamais la reprendre. Recrue d'épreuves et de deuils, elle aspirait au repos. Or la duchesse de Montmorency12 voulut prendre le voile à la Visitation de Moulins des mains de son amie la Mère de Chantal qui se mit en route le 28 juillet. En août, elle était à Moulins où Anne d'Autriche13 lui envoya une litière pour la conduire à Saint-Germain-en-Laye où elle désirait s'entretenir avec elle. De Paris, elle regagna Moulins où, en arrivant, elle dut s'aliter (8 décembre). Jeanne
    de Chantal mourut paisiblement, le 13 décembre 1641, après avoir dicté ses dernières recommandations à ses filles de la Visitation. Elle laissait l'ordre solidement établi avec quatre-vingt-sept monastères. Son corps fut ramené à Annecy (30 décembre) et inhumé dans l'église de la Visitation. La Mère Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal fut béatifiée par Benoît XIV le 21 novembre 1751. Le procès de béatification n‘avait commencé qu‘en 1722 et les du procès avait été retardée par plusieurs difficultés D'une part, une fausse interprétation du décret d'Urbain VIII avait fait négliger de recueillir dans les formes les dépositions des témoins quand il en était encore temps ; d'autre part, les réaction anti-mystique et antijanséniste, qui sévissait dans les milieux romains, la soupçonnait de quiétisme et de sympathies jansénistes. Elle fut canonisée par Clément XIII le 16 juillet 1767.
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    1 Mère Françoise-Madeleine de Chaugy : Mémoire sur la vie et les vertus de Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal.
    2 Mère Françoise-Madeleine de Chaugy : Mémoire sur la vie et les vertus de Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal.
    3 Ils eurent six enfants dont deux fils moururent en bas âge. Il resta Celse-Bénigne (né en 1596, le père de la marquise de Sévigné), Marie-Aimée (née en 1598), Françoise (née en 1599) et Charlotte (née en 1601, quinze jours avant la mort de son père).
    4 Mère Françoise-Madeleine de Chaugy : Mémoire sur la vie et les vertus de Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal.
    5 André Frémyot, né à Dijon le 26 août 1573 ; sa naissance coûta la vie à sa mère. Il fit ses études à Paris. Encore sous-diacre (1602), il fut élu archevêque Bourges (sacré à Saint-Denis-du-Pas de Paris, le 7 décembre 1603). Démissionnaire en 1621, il reçut en commende les abbayes de Breteuil et de Ferrières et le prieuré de Nogent-le-Rotrou. Ami de François de Sales, il fut un des trois commissaires apostoliques nommés par Urbain VIII pour l‘enquête canonique (1627). Il mourut à Paris le 13 mai 1641.
    6 Marie-Aimée est mariée à Bernard de Sales, frère de saint François de Sales (13 octobre 1609). Charlotte meurt à la fin de janvier 1610. Celse-Bénigne est confié à son grand-père avant de commencer une carrière à la cour.
    7 Celse-Bénigne, de son mariage avec Marie de Coulanges, laissait une petite fille qui deviendra la marquise de Sévigné.
    8 Saint Vincent de Paul, à la demande de saint François de Sales, de sainte Jeanne de Chantal et de l‘évêque de Paris fut nommé supérieur des trois monastères parisiens de la Visitation depuis leur fondation, charge qu‘il garda jusqu‘en 1660.
    9 Frère du chancelier Nicolas de Sillery, Noël Brûlart de Sillery, destiné dès l‘enfance à la vie religieuse, fut reçu dans l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (1596) et, au retour de Malte, il reçut la commanderie de Troyes (1600). Appelé par son frère à la Cour, il eut la faveur d'Henri IV et de Marie de Médicis dont il devint le premier écuyer puis le chevalier d'honneur. Il effectua des ambassades en Espagne et à Rome, où « en quittant cette capitale du monde chrétien, il emporta le nom d‘ambassadeur aussi dévot que magnifique. » En 1624, à la disgrâce de son frère il renonça à la vie publique. A l'occasion d'un jubilé, il rencontra Vincent de Paul auquel il fit une confession générale et sous la direction duquel il se plaça. C'est sans doute sur ses conseils qu‘il se rendit à la Visitation du faubourg Saint-Jacques, mais ce fut un échec : « Quoy qu'il remarqua beaucoup de perfection, et toute la vertu qu'il pouvoit souhaiter à la supérieure et aux religieuses qu'il vit, ce n'estoit point cependant ce qu‘il cherchoit pour s'y attacher. » Il vint pour la première fois au monastère de la rue Saint-Antoine, le 28 décembre 1630, pour entendre un panégyrique de François de Sales par le curé de Saint-Jean-en-Grève. Hélène-Angelique Lhuillier, la supérieure, lui consacra par la suite de nombreuses heures d'entretien et entreprit de travailler à son édification spirituelle comme de lutter contre son amour de la gloire et des richesses. Lorsqu'il se fit prêtre en 1634, il choisit de dire sa première messe (13 avril) dans la modeste chapelle de la rue Saint-Antoine. Pour s'associer davantage aux prières des visitandines, le commandeur vint s'établir définitivement dans l'hôtel du Petit-Bourbon où il vécut jusqu'à sa mort. Parmi ses bienfaits à l'égard de la Visitation, l'histoire a surtout retenu la construction de l'église de la rue Saint-Antoine, mais sa générosité alla aussi à d'autres maisons de l'ordre. Il mourut à Paris le 26 septembre 1640 et fut inhumé au monastère de la Visitation.
    10 Préface du Coutumier de 1637.
    11 Octave de Saint-Lary de Bellegarde naquit à Brouage en Périgord, en juillet 1587, quelques mois avant que son père (César, duc de Bellegarde et gouverneur de Saintonge) ne mourut de blessures reçues à la bataille de Coutras. Il étudia à Bordeaux et à Toulouse puis à la Sorbonne (1606). Destiné à l‘état ecclésiastique, il fut pourvu de bonne heure de bénéfices (les abbayes de Saint-Mélaine de Rennes, et de Nisors, la domerie de Notre-Darne d'Aubrat). Son oncle lui céda l‘abbaye de Saint-Germain d'Auxerre où il fit profession. Aumônier ordinaire d‘Henri IV (1607), abbé de Pothières (1610), il fut nommé évêque de Couserans en 1612. Le 14 novembre 1621, il était appelé à l'archevêché de Sens. Pendant un quart de siècle, tout à sa mission de chef de diocèse, il veilla avec un dévouement absolu aux intérêts spirituels et temporels de son Église. Plein de sollicitude pour l'observation des lois canoniques et pour la restauration de la discipline, il laissa la réputation d‘ardente piété et d'une grande douceur. Il installa les visitandines à Provins, à Montargis et à Melun. Il mourut dans sa maison de Montreuil (près de Paris) le 26 juillet 1646. Il couronnait une vie toute de dignité et de zèle par un
    testament laissant tout ce qu'il possédait aux pauvres et à son Église. Son corps, rapporté à Sens, fut inhumé dans le sanctuaire de sa cathédrale.
    12 La princesse Marie-Félicité des Ursin avait épousé en 1615 Henri II, duc de Montmorency et d‘Amville, pair de France, premier baron, amiral et maréchal de France, gouverneur du Languedoc. Révolté contre Louis XIII et le cardinal de Richelieu, le duc fut battu à Castelnaudary ; pris et jugé, il fut décapité à Toulouse (1632). Après l‘exécution de son époux, la duchesse de Montmorency fut assignée à résidence à Moulins où elle fit construire une église pour les religieuses de la Visitation dans laquelle elle fit élever le mausolée de son mari. Elle prit le voile et fut supérieure du monastère. Elle mourut en 1666.
    13 La Reine, habituée de la Visitation du faubourg Saint-Jacques, avait favorisé la fondation de la Visitation de Saint-Denis (1638) ; plus tard (1648) elle mit sous sa protection la fondation de la Visitation de Compiègne.
    SAINTE VÉRONIQUE DE BINASCO OU DE MILAN)(1445-1497)


    Véronique naquit à Binasco, près de Milan. Elle appartenait à une pauvre famille de laboureurs, plus riche en vertus qu'en biens de la terre. A cause de leur pauvreté, ses parents durent l'employer de bonne heure aux travaux des champs; mais au lieu d'écouter les convers ations mondaines et les chansons légères, elle vaquait à l'oraison et à la prière et semblait étrangère à tout ce qui se passait autour d'elle. Cette fleur de vertu devait s'épanouir dans la vie religieuse.
    Poussée par un ardent désir d'entrer chez les soeurs Augustines de Sainte-Marthe, à Milan, Véronique employa une partie de ses nuits pour apprendre à lire et à écrire, condition nécessaire à son admission dans le couvent. Ses efforts furent vains, et, découragée, elle se plaignit à la Très Sainte Vierge, qui lui apparut et lui dit: "Ma fille, sois sans inquiétude; il te suffira de connaître les trois lettres que Je t'apporte du Ciel. La première est la pureté du coeur, qui nous fait aimer Dieu par-dessus toutes choses; tu ne dois avoir qu'un amour, celui de Mon Fils. La seconde est de ne pas murmurer contre les défauts du prochain, mais de les supporter avec patience et de prier pour lui. La troisième est de méditer chaque jour la Passion de Jésus-Christ, Lequel t'accepte pour Son épouse." Dès lors, Véronique ne fit plus cas de l'alphabet ni des livres, mais elle avait trouvé le chemin de la vraie science, celle des Saints.
    Reçue enfin parmi les soeurs converses de Sainte-Marthe, elle se distingua parmi elles non seulement par les vertus les plus éclatantes, mais par les dons les plus extraordinaires. Ses yeux étaient deux sources intarissables de larmes. Souvent le Sauveur lui apparaissait; une fois Il récita l'office avec elle; une autre fois, Il Se montra devant elle
    cloué à la Croix, la tête couronnée d'épines, le visage pâle et défiguré, le corps couvert de plaies; cette vue la fit tomber en défaillance. Les démons la tourmentèrent en mille manières, cherchant à décourager une vertu aussi héroïque; mais leurs attaques ne servirent qu'à augmenter ses mérites.
    Chaque jour, pendant une année, le Saint honoré chaque jour par l'Église lui apparaissait et l'instruisait. Les Anges se faisaient un honneur de la servir; et, durant les trois années qui précédèrent sa mort, un de ces esprits célestes lui apportait, le lundi, le mercredi, et le vendredi de chaque semaine, un pain qui la rassasiait et la dégoûtait de toute autre nourriture. Sa vie, toute de merveilles, fut couronnée par une mort sainte, dont elle avait prédit le jour et l'heure
    SAINTE HILDEGARDE DE BINGGEN
    (1098-1179) ABBESSE, COMPOSITEUR ET VISIONNAIRE


    Hildegarde étant la dixième enfant d'une grande famille, ses parents très croyants la consacrèrent au Seigneur dès son plus jeune âge, en application de la règle de l'Ancien Testament : tu donneras à l'Éternel un dixième de tout ce qui t'appartiens. C'est donc dès l'âge de 8 ans que la petite Hildegarde entra au couvent des Bénédictines de Disi Bodenberg, d'abord pour son instruction puis pour y prendre le voile dès l'âge de quatorze ans sous la tutelle de la Mère supérieure Jutta De Sponheim.
    Elle y prononça ses voeux définitifs et à la mort Jutta De Sponheim elle devint la Mère supérieure du couvent à l'âge de 38 ans. C'est à l'âge de 43 ans que commencèrent « ses visions » qu'elle décrivit dans un grand livre qui comporte l'intégralité de son oeuvre qui reste soigneusement conservé dans la bibliothèque régionale de Hesse à Wiesbaden. Cette oeuvre exceptionnelle écrite sur des parchemins de 50 cm de hauteur est scellé par des ferrures d'acier et pèse plus de 50 kg.
    Hildegarde recevait des visions prophétiques ainsi que des visions concernant les grands personnages de son temps. Elle diffusa ces messages de l'au-delà non seulement dans son entourage mais les expédia à Bernard de Clairvaux pour lui demander son avis. Bernard lui répondit que ses visions étaient une grâce du ciel, donc une manifestation de l'Esprit Saint et qu'il fallait continuer à les publier.
    Hildegarde soutenait en particulier que l'esprit de la femme est en tous points comparable et égal à celui de l'homme. Ces déclarations lui avaient attiré les bonnes
    grâces du peuple, mais n'avaient pas manqué de choquer des hauts membres du clergé de Mayence et même la noblesse masculine allemande de l'époque.
    Le 13 janvier 1148 lors du grand synode allemand de Trèves, (Trier) présidé par le pape Eugène III en personne, on demanda au Saint Père ce qu'il pensait des visions de la mère supérieure Hildegarde... Or devant toute l'assemblée réunie le pape prit entre ses mains un extrait des écrits d'Hildegarde, le lut à haute voix et souhaita une continuité des oeuvres littéraires de l'abbesse. Quelques mois plus tard Hildegarde reçut une lettre du pape qui lui écrivait notamment :
    « Dieu nous accorde des grâces qui sont notre joie et notre bonheur, mais à quoi serviraient-elles si ne nous savons pas nous en servir ? Écrivez donc ce que l'Esprit de Dieu vous inspire ».
    Sa réputation dépassa désormais les frontières de l'Europe.
    Hildegarde rêvait de fonder sa propre abbaye, mais la popularité du couvent féminin était plus haute que celle du couvent voisin masculin, car les soeurs obtenaient plus de dons que le couvent auquel elles étaient dépendantes. Un jour, elle se hasarda à demander à son Père supérieur l'autorisation de quitter le couvent de son enfance avec une trentaine de ses soeurs pour fonder un nouveau monastère féminin dans la même région. Le Père abbé ayant refusé, elle tomba gravement malade, alors ce Père supérieur révisa sa décision, Hildegarde guérit et put fonder sa nouvelle abbaye. À Ruperstberg (1147) et même une deuxième à Elbingen (1165).
    Des années passèrent et Hildegarde composa plus de 77 symphonies répertoriées qu'interprètent encore de nombreuses bénédictines aujourd'hui. En femme accomplie Hildegarde était également Maître dans la médecine psychosomatique et l'art de guérir par les plantes, elle soignait à la fois les corps et les âmes en initiant ses nonnes à la gravure, à l'écriture, à la reliure, aux chants et à la science domaine généralement réservé aux hommes!.
    Trois siècles avant Léonard de Vinci, Hildegarde avait déjà dessiné une de ses visions : l'homme aux six mains au coeur du Cosmos. Elle affirmait que toutes les créatures de Dieu sont parties intégrantes du Cosmos et que tout péché fait du mal non seulement à Dieu mais également à tout le Cosmos.
    Hildegarde approchait les 79 ans, lorsqu'en 1177 un conflit l'opposa à l'archevêché de Mayence au sujet d'un noble excommunié mais qui avant de mourir aurait fait pénitence et se serait confessé en demandant le pardon de ses péchés. Les soeurs enterrèrent le repenti dans un coin secret de leur propriété, mais conformément aux règles frappant tous les excommuniés, le haut clergé s'éleva en exigeant son déterrement. Hildegarde refusa et le couvent tout entier fut frappé d'excommunication et d'Interdit religieux. Donc :
    plus de sacrements, ni de pèlerins, avec interdiction même d'interpréter des chants liturgiques...
    Heureusement au bout d'un an de privations, Hildegarde obtint de l'archevêque de Mayence Christian I von Buch (1165 à 1183) la levée de l'Interdit.
    La vieille Abbesse Hildegarde pouvait désormais s'endormir dans la paix du Seigneur, même si de nombreux dictionnaires la déclare avec le préfixe sainte, compte tenu des très nombreux miracles qu'elle a prodigué depuis des siècles, elle ne sera jamais canonisée par Rome mais restera comme une véritable sainte dans l'esprit du peuple reconnaissant.
    ÉLISABETH DE LA TRINITÉ
    ÉLISABETH CATEZ(1880-1906) CARMÉLITE, BIENHEUREUSE


    Née à Avord, près de Bourges, en 1880, où son père est en garnison,ÉlisabethCatez (1880-1906) arrive à Dijon, rue Lamartine, en 1882. C'est une enfant pleine de vie, coléreuse même, énergique et délicieuse. Petite fille, très tôt elle connaît la souffrance : son grand-père meurt quand elle a 7 ans, et quelques mois plus tard survient la mort de son père, un père à qui elle se confiera souvent dans la prière.
    Madame Catez s'installe alors sur la paroisse Saint-Michel, 10 rue Prieur de la Côte d'Or. La famille : c'est la maman,Élisabethet, dix-huit mois plus jeune, Marguerite.
    Tout près de la maison, un mystère, un attrait : le Carmel (aujourd'hui transféré à Flavignerot, il était alors boulevard Carnot en face de la Synagogue). La paroisse Saint-Michel sera la patrie spirituelle d'Elisabeth pendant douze ans. Les cloches s'entendent très bien depuis la maison. Elle en parle encore la veille de sa mort.
    Sa vie est celle de toutes les jeunes filles bourgeoises de son temps. De caractère vif, enthousiaste, elle montre beaucoup de sensibilité. Vers 1891, elle a décidé de se faire religieuse. Sa mère s'oppose à cette vocation si précoce et lui demande d'attendre sa majorité pour entrer au Carmel. "Qu'importe, écritÉlisabethdans son journal, je puis être carmélite en-dedans."
    Des institutrices particulières viennent à la maison. Pour la musique, c'est le conservatoire. Élisabeth excelle au piano. Elle méritera très jeune, à treize ans, le premier prix de piano au Conservatoire de Dijon. Son âme vibrante et poétique s'exprimait dans sa musique.
    Quant à l'éducation religieuse, elle est particulièrement soignée. Rien de mieux préparé que la première communion, qu'elle reçoit, en l'église Saint-Michel, le 19 avril 1891 : elle a onze ans.
    Chaque année, Élisabeth en célèbre l'anniversaire avec ferveur. Sept ans plus tard, en 1898, elle écrit :
    « En l'anniversaire de ce jour où Jésus fit en moi sa demeure, où Dieu prit possession de mon coeur, tant et si bien que depuis cette heure, depuis ce colloque mystérieux, cet entretien divin, délicieux, je n'aspirais qu'à donner ma vie, qu'à rendre un peu de son grand amour au Bien-Aimé de l'eucharistie qui reposait en mon faible coeur, l'inondant de toutes ses faveurs ».
    Le jour même de sa première communion, Madame Catez avait conduit sa fille, en "communiante", faire une visite au Carmel. La supérieure révèle à cette enfant le sens de son nom : "Maison de Dieu" ce qui émerveille Élisabeth ... quelle grâce !
    Elle reçoit la confirmation à Notre-Dame le 8 juin 1891. A quatorze ans (en 1894), un jour, après avoir reçu le corps du Christ,Élisabethse sent irrésistiblement poussée à lui vouer toute sa vie et elle prononce un voeu de virginité perpétuelle. Un peu plus tard, son projet de vie religieuse se précisera.
    Elle entre dans la vie adulte. Qui est-elle ? Elle le dit elle-même :
    « Sans orgueil je crois que l'ensemble de ma personne n'est pas déplaisant. Je suis brune et, dit-on, assez grande pour mon âge. J'ai des yeux noirs pétillants, mes épais sourcils me donnent un air sévère. Le reste de ma personne est insignifiant. Je dirai que j'ai un assez bon caractère. Je suis gaie et, je dois l'avouer, un peu étourdie. J'ai bon coeur. Je suis de nature coquette. Il faut l'être un peu ", dit-on. Je ne suis pas paresseuse "je sais que le travail rend heureux ". Sans être un modèle de patience, je sais généralement me contenir. Je n'ai pas de rancune. J'ai mes défauts, hélas peu de qualités !... J'espère en acquérir ! »
    Les années qui restent avant l'entrée au Carmel (1901) sont pour elle des années de mûrissement intense, et Saint-Michel tient une grande place : les paroissiens sont frappés par son exactitude, son maintien et la grâce qui émane de cette jeune fille discrète et fidèle.
    L'Eucharistie la fascine !
    Vendredi, samedi, dimanche ont lieu les fêtes de l'adoration perpétuelle dans notre paroisse. Je me réjouis d'aller aux complies le soir à 8 heures, je me réjouis de recevoir mon Jésus chacun de ces trois jours, je me réjouis d'aller le prier au pied de son autel et de causer avec Lui dans un doux coeur à coeur ! ...
    Elle donne beaucoup d'elle-même aux activités paroissiales : retraite pour jeunes filles, choeur de chant, préparation à la première communion de certains enfants, visite à leurs
    familles, patronage destiné à rassembler des jeunes sans occupation. Elle bénéficie d'une direction spirituelle avisée.
    Élisabeth vit "dans le monde" avec beaucoup de réceptions. Ses brillantes qualités la font remarquer. Un parti glorieux lui est offert ... mais elle est déjà fiancée avec le Seigneur des Seigneurs ... Les réunions "mondaines" elles-mêmes sont vécues dans la prière.
    Tout est vécu d'avance, dans la prière : en particulier le dernier événement "grandiose" la mission de 1899, prêchée dans toutes les paroisses à la fois par des Pères Rédemptoristes. Elle venait à Saint-Michel trois ou quatre fois par jour. Dans cette vaste église, qui était comble, peu de coeurs ont mieux accueilli la Parole annoncée avec tant de ferveur. Élisabeth remerciait Jésus de sa si grande miséricorde ; elle a intercédé pour bien des pécheurs : son coeur était déjà au Carmel.
    Pour entrer au Carmel, Madame Calez avait fixé un âge : 21 ans. Élisabeth vivra silencieusement cette souffrance très cachée ; cette mise à l'épreuve est encore une maturation vécue à fond. Élisabeth appartient tout entière à Dieu.
    Le 2 août 1901, elle entre enfin au Carmel :
    « Nous allons communier à la Messe de 8 heures et, après cela, quand Il sera dans mon coeur, maman me conduira à la porte de clôture ! J'aime ma mère comme jamais je ne l'ai aimée, et au moment de consommer le sacrifice qui va me séparer de ces deux créatures chéries qu'il m'a choisies si bonnes, si vous saviez quelle paix inonde mon âme ! Ce n'est déjà plus la terre, je sens que je suis toute sienne, que je ne garde rien, je me jette en ses bras comme un petit enfant.
    Elle gardera au Carmel le prénom de son baptême. Sa vie de carmélite à Dijon ne durera que cinq années. Tout en raccommodant humblement les robes de la communauté, Élisabeth étudie saint Paul. Elle y découvre les mots "être louange de gloire" qui seront l'expression de toute sa spiritualité. Elle écrit beaucoup, à sa famille, à ses amis, et tient un journal spirituel. L'écoute de la Parole de Dieu la conduit au silence intérieur : "Ce n'est pas tout d'entendre cette Parole, il faut encore la garder." »
    La maladie d'Addison emporte prématurément Élisabeth en 1906, après de grandes souffrances.
    C'est le 21 novembre 1904, juste deux ans avant sa mort, qu'elle écrit la prière à la Sainte Trinité qui résume tout son message spirituel et sa compréhension du mystère de la Sainte Trinité. Elle a été béatifiée par le Pape Jean-Paul Il le 25 novembre 1984.Élisabeth de la Trinité était très attachée à l'église Saint-Michel. C'est pourquoi, le 2 décembre 1984, une semaine après sa béatification, une cérémonie présida au transfert des reliques de la Bienheureuse Élisabeth; elles sont placées derrière, dans la chapelle absidiale nord. Le Carmel avait été transféré à Flavignerot, en 1979, près de Dijon; le Carmel possède une relique de la Bienheureuse.
    Au Carmel, des grilles se sont fermées sur elle, mais des traits d'union en nombre infini se sont ouverts entre elle et le monde. Elle a choisi ce chemin pour aller "à la Lumière, à la Vie, à l'Amour". Elle est devenue la soeur de chacun d'entre nous. Élisabeth appartient désormais à l'Église entière.
    MECHTILDE DE MAGDEBOURG


    Sainte Mechtilde de Hackeborn ne fut pas la seule, à son époque à connaître, louer et aimer le Coeur de Jésus. Outre sainte Gertrude d‘Helfa, auteur du Livre de la Grâce spéciale, une autre moniale d‘Helfta, Mechtilde de Magdebourg [1], connut des faveurs de ce Coeur adorable. Voici un extrait des confidences qu‘elle reçut de Jésus:
    Mechtilde de Magdebourg raconte :
    Dans mes grandes souffrances Dieu se révéla à mon âme, il me montra la plaie de son Coeur et dit:
    ― Vois comme on m'a fait souffrir.
    Mon âme lui dit :
    ― Hélas! Seigneur, pourquoi souffrez-vous à ce point, pourquoi votre sang est-il répandu en si grande abondance? Votre prière ne suffisait-elle pas à racheter le monde?
    – Non, répondit-il, cela ne suffit pas à mon Père. Car tout ce dénuement, toutes ces peines, ces souffrances et ces opprobres, tout cela n'était qu'un faible coup frappé à la porte du ciel; et les cieux ne s'ouvrirent qu'au moment où le sang de mon Coeur s'écoula jusqu'à terre...
    Si, sincèrement, tu veux changer de vie Regarde ton époux, le Roi de l'Univers Regarde: il a voulu être cloué en croix Tout ruisselant de sang, devant toute la Terre, Brisé; ses yeux sont plein de larmes; Mais Son Coeur très doux déborde d'amour.
    Songe à la blessure de la lance cruelle Qui s'est enfoncée jusqu'au tréfonds du Coeur; Et déplore tes crimes.
    Réponse de Mechtilde de Magdebourg :
    Ô mépris déplorables! ô douleurs lamentables! Que celles qui s'abattent sur votre auguste corps et sur votre doux Coeur! Aidez-moi, Seigneur bien-aimé, à supporter dans votre amour tous mes mépris et toutes mes souffrances… Ô corps auguste qui est mort pour moi, bien-aimé Jésus! je vous prie d'accorder à tous mes sens de pouvoir sans cesse se réjouir de cette lance ensanglantée, de la plaie de votre doux Coeur, et à mon âme
    misérable de s'y réjouir éternellement, ainsi qu'à tous ceux pour qui je dois et je veux chrétiennement prier. Amen. ( Mechtilde de Magdebourg, La lumière de la Divinité.)


    SAINT ALBERT LE GRAND ET SAINT BONAVENTURE SAINT ALBERT LE GRAND DÉCLARA ET ÉCRIVIT:
    Il y a trois témoins qui rendent témoignage sur la terre: l'esprit, l'eau et le sang (1 Jean 8); l'esprit, que Jésus rendit à son Père au milieu des douleurs; l'eau, qui coule de son côté; et l e sang, qu'il a versé de son coeur, sont les témoins de son amour le plus ardent... Par le sang de son Coeur et de son côté, le Seigneur a arrosé le jardin de son Église, car il a fait jaillir en même temps les sacrements de son Coeur... Son Coeur débordait d'amour de pouvoir s'unir à nous, et remplir notre coeur de joie et d'allégresse. (Saint Albert le Grand, Sermon 27-28 De Eucharistia.)
    Il a voulu être blessé au Coeur, pour que nous ne nous lassions jamais de contempler son Coeur. (Saint Albert le Grand, In Joannem.)
    SAINT
    BONAVENTURE CONTEMPLE LE COEUR DE JÉSUS :
    Ton Coeur, ô parfait Jésus, est le bon trésor, la perle précieuse que nous avons trouvée dans le champ labouré de ton corps. Qui donc rejetterait cette perle? Je donnerai plutôt mes bijoux, j'échangerai contre elle toutes mes pensées et mes affections et je me l'achèterai, jetant tout souci dans le Coeur du bon Jésus qui, sans tromperie, me nourrira. J'ai trouvé le Coeur du Roi, mon Seigneur, mon frère et mon ami, le très doux Jésus. Car son Coeur est à moi. Ayant trouvé ce Coeur, ô très doux Jésus, qui est le tien et le mien, je te prierai, ô mon Dieu. Accueille mes prières avec condescendance, ou plutôt prends-moi tout entier dans ton Coeur...
    Ton côté a été percé: c'est pour que, à l'abri de tous les orages du dehors, nous puissions demeurer en cette vigne. Pourquoi encore blessé? Pour que, par cette blessure visible, nous voyions la blessure invisible de ton amour. Qui aime ardemment est blessé d'amour: comment mieux montrer cette ardeur qu'en laissant la lance blesser, non seulement le corps, mais aussi le Coeur lui-même? La blessure charnelle rappelle la blessure spirituelle… Qui n'aimerait ce Coeur déchiré d'une telle blessure? Qui n'aimerait ce Coeur si aimant? Qui n'embrasserait ce Coeur si pur? Nous donc, qui vivons encore dans la
    chair, répondons autant que nous le pouvons à l'amour de celui qui nous a aimés, embrassons-le, lui qui fut blessé pour nous, lui dont les mains et les pieds, le côté et le Coeur furent percés pour nous. Et prions-le d'enchaîner d'un lien d'amour notre coeur jusqu'ici dur et impénitent, et de le blesser d'un trait de son amour. (Saint Bonaventure, La Vigne mystique ―écrit qui lui est attribué‖)


    SAINTE MECHTILDE, SAINTE GERTRUDE ET LE COEUR DE JÉSUS
    Nous savons que sainte Mechtilde et sainte Gertrude d‘Helfta, de dix ans sa cadette, furent très liées; c‘est Gertrude qui rapporta l‘essentiel des confidences de Mechtilde. Mais Gertrude fut également une grande mystique, et dans son oeuvre essentielle : L e Héraut de l‘Amour Divin, seul le livre 2 a été écrit par elle-même. Comme cela fut le cas pour sainte Mechtilde, les autres livres ont été rédigés par des moniales, ses compagnes, souvent sous la dictée de Gertrude; seule la vie de sainte Gertrude d‘Helfta a été rédigée après sa mort, probablement par une moniale d‘Helfta.
    Quand on connaît bien les oeuvres de sainte Mechtilde et de sainte Gertrude, on remarque une symbiose étonnante entre certains textes, surtout ceux qui concernent le Coeur de Jésus et saint Jean l‘Évangéliste. Viennent-ils de Mechtilde ou de Gertrude? Ou bien Gertrude a-t-elle parfois mélangé quelques textes? Impossible de le dire. C‘est pourquoi, pour intéresser le lecteur, nous ajoutons ici quelques extraits du Héraut de l‘Amour divin, oeuvre de Gertrude.
    Tout d‘abord le récit de la conversion de Gertrude, dans lequel elle ne manque pas de remercier pour la connaissance que Jésus lui fit de son Sacré-Coeur:
    LA CONVERSION DE GERTRUDE
    J'étais depuis peu entrée dans ma vingt-sixième année, lorsque le lundi qui précède la Purification, après l'office des Complies, profitant de l'heure si douce du crépuscule, vous avez daigné, ô véritable Lumière qui brillez au milieu des ténèbres, mettre un terme à ce jour de ma vanité puérile, tout obscurci par les nuages épais de mon ignorance... Parmi les faveurs sans nombre dont vous m'avez comblée, il en est deux que je place au-dessus de toutes les autres. D'abord vous avez imprimé sur mon coeur les joyaux splendides de vos plaies sacrées. Vous m'avez encore fait une blessure d'amour si profonde et si efficace. Ne m'auriez-vous jamais octroyé d'autre consolation intérieure ou extérieure, dans ces deux seuls bienfaits vous m'avez accordé tant de bonheur que,
    devrais-je vivre mille ans, je trouverais toujours en eux une source intarissable de joie, de lumière, de béatitude et de reconnaissance.
    À ces grâces, vous avez encore ajouté un autre privilège non moins précieux: vous m'avez enrichie de l'incomparable douceur de votre amitié; vous m'avez, pour que j'y prenne mes délices, livré l'arche sainte de votre divinité, votre Sacré Coeur. Tantôt vous me le donniez gratuitement, tantôt vous le changiez contre le mien, afin de me fournir un nouveau gage de votre dilection. Par lui vous m'avez manifesté les intimes secrets de vos jugements; vous m'avez révélé vos charmes infinis; tant de fois vous avez enivré mon âme des témoignages exquis de votre tendresse... (Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.)
    GERTRUDE PARLE DE MECHTILDE
    C‘est Jésus qui parle à Mechtilde, mais c‘est Gertrude qui rapporte ses paroles confiées à Mechtilde :
    Voici que j'offre aux regards de ton âme mon Coeur sacré, instrument mélodieux dont les accents suaves charment toujours l'infinie Trinité. Prie-le de réparer tes fautes, les faiblesses de ta vie; tes oeuvres deviendront alors, devant mes yeux, parfaites et agréables... En n'importe quel temps, il peut réparer tes négligences... Mon Coeur sacré attend, avec une soif dévorante, que tu l'invites, soit par tes paroles, soit par un signe, que tu le presses d'achever, de perfectionner les actes de ta vie, chose que tu es incapable de réaliser de ton propre chef. (Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.)
    Maintenant, Gertrude parle d‘elle-même :
    J'avais engagé une personne (Mechtilde) à dire chaque jour à son oraison la prière suivante pour moi: ―Ô très aimable Seigneur, je vous prie par votre Coeur transpercé, de transpercer le coeur de Gertrude des traits de votre amour.‖
    Le dimanche suivant, comme j'allais à la communion, ô mon divin Sauveur, vous excitâtes dans mon intérieur un désir si ardent que je fus contrainte de dire moi-même ces paroles: ―Seigneur, je vous supplie par votre infinie bonté que vous daigniez transpercer mon coeur des traits de votre amour.‖ Et je sentis à l'instant que ma prière avait touché votre divin Coeur. Car je vis que de la plaie de la main droite du crucifix, il partait un rayon de feu en forme d'une flèche aiguë, lequel s'étendait vers moi, et puis se retirait d'une manière ravissante comme pour exciter mes désirs. Cela dura jusqu'au mercredi, auquel jour, la messe étant finie, voilà que tout à coup et comme à l'improviste, vous vous trouvâtes présent devant moi et vous fîtes une blessure à mon coeur. (Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.)
    PUIS GERTRUDE PARLE DU COEUR DE JÉSUS RÉVÉLÉ À MECHTILDE :
    Le Seigneur la fit entrer (Mechtilde) en un lieu admirable plus qu'on ne saurait dire: c'était le Coeur de Jésus lui-même, disposé en forme de maison, où celle-ci devait célébrer la fête de la Dédicace. Lorsqu'elle y fut entrée, il lui sembla qu'elle allait défaillir sous l'influence incroyable des délices qui l'inondaient et elle dit au Seigneur:
    -Mon Seigneur, quand vous n'auriez introduit mon esprit qu'en une place que vos pieds auraient foulée, ce serait bien assez pour moi; mais que puis-je essayer pour répondre à la faveur étonnante que vous m'accordez en ce moment?
    Le Seigneur répondit :
    ― Puisque tu cherches habituellement à m'offrir la partie la plus noble de ton être, c'est-à-dire ton coeur, j'ai jugé que, pour te faire plaisir, je devais t'offrir aussi le mien; car je suis le Dieu qui se fait pour toi tout en toute choses: vertu, vie, science, nourriture, vêtement, en un mot tout ce qu'une âme aimante peut désirer.
    Elle dit alors :
    ― Si mon coeur s'est mis en quelque point d'accord avec vous, Seigneur, c'était encore votre don.
    Le Seigneur repris :
    ― Il est de ma nature qu'ayant prévenu une âme des bénédictions de la douceur, je continue à lui prodiguer les bénédictions de la rémunération; et si elle se prête au bon plaisir de mon Coeur, il devient nécessaire que je me conforme aux désirs du sien. (Sainte Gertrude, Le Héraut de l'Amour divin.)
    SAINTE VÉRONIQUE GIULIANI

    RELIGIEUSE(1660-1727) UNE VIE EXTRAORDINAIRE !
    Vierge, Clarisse, sainte Véronique Giuliani eut une enfance tout extraordinaire : le mercredi, le vendredi et le samedi, jours consacrés à honorer la Passion de Jésus-Christ et la Sainte Vierge, elle n'acceptait le lait de sa mère ou toute autre nourriture que deux fois et en petite quantité, prélude des grands jeûnes de sa vie.
    Six mois après sa naissance, elle s'échappa des bras de sa mère et alla d'un pas ferme, toute seule, vénérer un tableau attaché à la muraille et représentant le mystère du jour. À partir de ce moment, elle marcha sans le secours de personne.
    À trois ans, elle avait des communications familières avec Jésus et Marie. Quelques fois l'image de Marie portant Jésus devenait vivante, et, se détachant du cadre, descendait dans ses bras.
    Un matin qu'elle cueillait des fleurs pour orner l'image de Jésus et de Marie, Jésus lui dit:
    "Je suis la Fleur des champs." DES SOULIERS POUR LA SAINTE VIERGE...
    Charitable pour les indigents dès son bas âge, un jour elle donna une paire de souliers à un pauvre, et, quelques temps après, elle les vit aux pieds de la Sainte Vierge, tout éclatants de pierreries.
    Elle fit, à douze ans, voeu de se consacrer à Dieu. Bientôt, recherchée par de brillants partis, elle répondit simplement :
    "C'est inutile, je serai religieuse."
    Elle entra à dix-sept ans chez les Clarisses. Elle ne connut point les essais de cette nouvelle vie, et se trouva dès le premier jour religieuse parfaite.
    Sa grâce spéciale fut de porter en elle la ressemblance de Jésus crucifié, dont elle méditait sans cesse la Passion.
    Elle eut son couronnement d'épines, qui laissa des traces douloureuses et inguérissables sur sa tête ; elle sentit, un jour de Vendredi saint, la douleur du crucifiement, et le
    Sauveur, lui apparaissant, laissa sur ses pieds, ses mains et sa poitrine, des stigmates tout saignants.
    Les grâces extraordinaires que reçut Véronique furent achetées au prix de grandes épreuves.
    Abbé Jaud


    SAINTE BRIGITTE DE SUÈDE RELIGIEUSE ET VISIONNAIRE (1303-1370)


    SAINTE BRIGITTE DE SUÈDE EST LA PATRONNE DE LA SUÈDE ET AUSSI CELLE DES PÈLERINS.
    Mariée à Ulf Gudmarsson, avant ses 15 ans, elle eut 8 enfants, dont quatre fils et quatre filles. Sainte Brigitte de Suède est la mère de sainte Catherine de Suède.
    Sainte Brigitte de Suède s'est sûrement mariée entre l'âge de 13 et 17 ans, ses biographes avancent le plus souvent à ce sujet l'âge de 14 ans.
    Selon la coutume, son père a choisi son mari ; elle épouse donc Ulf Gudmarsson, issu comme elle de la très haute noblesse suédoise. Ulf est « laagman » en suédois, « sénéchal » en français, c‘est-à-dire à la fois gouverneur et homme de droit.
    Ils formèrent un couple harmonieux pendant 28 ans de vie commune.
    23 est le chiffre qui évoque la date où l‘Église et le calendrier font mémoire de sainte Brigitte de Suède c‘est à dire le 23 juillet. C‘est en effet un 23 juillet 1370 que saint Brigitte de Suède est morte à Rome où elle habitait depuis vingt ans.
    Un décès à l'âge de 70 ans était rare en cette fin du Moyen-âge.
    Le cercueil de sainte Brigitte, escorté par son fils Burger et sa fille Catherine, fut ramené dans son pays natal, à l‘abbaye de Vadstena que sainte Brigitte avait fondée une trentaine d‘années auparavant, en 1344.
    Le 23 juillet est donc la fête des Brigitte en France, des Birgitte en Suéde, des Brigitta en Allemagne, des Bridget en Grande-Bretagne, des Brigida en Italie.
    Sainte Brigitte de Suède (Birgitta Birgersdotter) est née en 1303. Elle était la fille de Birger Petersson.
    Issue d‘une des familles les plus riches et les plus nobles familles de Suède et, par sa mère, son ascendance est royale. Elle est née en Upland, à l‘ouest de la Suède, au château de Finstad, dans une vaste plaine non loin d‘Uppsala.
    A cette époque, Stockholm est devenue depuis peu la capitale du Royaume ; et Uppsala est un centre important de l‘Église de Suède où le christianisme s‘était développé à partir du XIe siècle, à la suite des invasions des Vikings, quand les chefs des grandes familles scandinaves se convertirent.
    La parenté de sainte Brigitte de Suède avec les familles royale et princières explique que sainte Brigitte de Suède fut, ainsi que son mari, appelée à des fonctions importantes à la Cour auprès du roi et de la reine.
    Chrétienne et dame de la haute noblesse, sainte Brigitte l‘est donc par la naissance. La foi de sainte Brigitte, profonde et vivante lui permettra d‘assumer de grandes responsabilités et son haut rang social ne l‘empêchera pas d‘accomplir les missions que Dieu lui confie dans ses Révélations Célestes.
    L‘année 1335 représente un tournant dans la vie de la Sainte. Mère de famille depuis dix-huit années, Brigitte de va quitter le château d‘Ulfasa et se rendre à Stockholm avec son mari et son dernier fils ; le jeune roi, Magnus, âgé de 20 ans et qui vient d‘épouser Blanche de Dampierre lui demande de devenir « l‘intendante » du palais. Ulf devient conseiller du roi.
    En 1346 Brigitte est veuve depuis peu et sans prononcer elle-même les voeux de vie religieuse, elle fonde l‘ordre de Saint Sauveur et pose la première pierre du monastère de Vadstena en Suède qui rassemble dès le début une soixantaine de religieuses. Mais cette fondation ne correspond pas exactement au souhait de sainte Brigitte qui projetait un monastère double, l‘un pour les hommes et l‘autre pour les femmes sous l‘autorité unique de l‘abbesse, assistée d‘un prêtre ; mais ce projet n‘est pas accepté par le pape Clément VI qui refuse ce qui existait pourtant à l‘Abbaye de Fontevraud en Anjou.
    Vingt-et-un ans après sa mort, en 1391, sainte Brigitte de Suède fut canonisée par le pape Boniface IX et elle est devenue et restée particulièrement populaire dans les pays scandinaves, l‘Allemagne, la Pologne et la Hongrie.


    SAINTE FRANÇOISE ROMAINE 1384-1440   FONDATRICE DES OBLATES


    Fille de Paolo de Bussi et de Giacobella de Roffredeschi, Françoise naquit à Rome au début de 1384. Dès son enfance, elle se familiarisa avec la pratique des pénitents, commença l‘étude de la vie des saintes femmes et, chaque jour, visita les églises romaines où l‘on pouvait gagner des indulgences. Sa mère la mit sous la direction spirituelle de dom Antonio di Monte Savello, bénédictin du Mont Olivet, qui résidait à Santa Maria Nuova (devenue Sainte-Françoise-Romaine), auquel elle obéit exactement. Françoise qui, depuis son enfance, voulait se retirer dans un cloître, dut, à douze ans, obéissant à son père, renoncer à ce projet pour épouser Lorenzo Ponziani. Soutenue par sa belle famille, singulièrement par la Vanozza qui avait épousé le frère aîné de Lorenzo, Françoise continua de mener une vie de piété et de pénitence, sous la direction spirituelle de dom Antonio di Monte Savello qui la confessait tous les mercredis, et instruite des vérités de la foi par un dominicain, prieur de Saint-Clément, qu‘elle rencontrait chaque samedi.
    Soudain, Françoise tomba malade et resta une année entière entre la vie et la mort. Elle gardait un calme parfait tandis que sa famille, particulièrement son père, croyaient qu‘il y avait là un châtiment divin parce qu‘il l‘avait empêchée de se retirer dans un cloître. Saint Alexis lui apparut une fois, pour lui demander si elle voulait être guérie, et, une seconde fois, pour lui signifier que Dieu voulait qu‘elle restât dans le monde pour glorifier son nom ; jetant sur elle son manteau, saint Alexis disparut la laissant parfaitement guérie. Elle rejoignit Vanozza pour lui raconter sa vision et lui dit : « Maintenant que le jour est venu, hâtons-nous de nous rendre toutes deux à Santa Maria Nuova et à l‘église de Saint-Alexis, en action de grâce. »
    Les deux femmes résolurent de renoncer aux divertissements inutiles, de progresser dans la prière et de se consacrer à des oeuvres de charité. Le peuple de Rome les considérait comme des saintes et de nobles dames voulurent imiter leur exemple. Les attaques du démon furent si terribles que le Seigneur permit à l‘ange gardien de Françoise de se faire visible et prompt à réprimer tout ce qui pouvait empêcher sa progression. Son premier enfant, Jean-Baptiste, naquit en 1400 ; elle le nourrit elle-même et l‘instruisit des vérités de la religion, corrigeant ses défauts d‘obstinationet de colère. L‘année suivante, à la mort de sa belle-mère, elle fut appelée à gouverner la maison des Ponziani dont elle fit un exemple, tant dans l‘organisation que dans la piété.
    Lorsque la famine et la peste s‘abattirent sur Rome, Françoise et Vanozza s‘épuisèrent en charité et allèrent jusqu‘à se faire mendiantes pour secourir les indigents. Le Seigneur les
    aida par quelques miracles. Lorenzo, témoin de tant de merveilles, laissa sa femme organiser sa vie à sa guise ; elle vendit ses robes et ses bijoux, distribua l‘argent aux pauvres et de s‘habilla plus que d‘une robe verte de drap grossier. Elle avait vingt ans lorsque naqui son deuxième fils, Jean-Evangelista, qui montra dès l‘enfance des dons certains de sainteté. Trois plus tard lui naissait une fille, Agnès, douce et aussi précoce que son frère dans la sainteté. En 1409, dans l‘anarchie romaine, pour avoir défendu la cause de l‘Église, Lorenzo fut frappé d‘un coup de poignard dont il ne mourut pas ; quelques temps plus tard, il fut enfermé et l‘on demanda que Françoise livrât son fils aîné en otage ; ne pouvant refuser, elle porte Jean-Baptiste au Capitole et se retire dans l‘église de l‘Ara Coeli ; prosternée devant l‘image de la Vierge, elle entend : « Ne crains rien, je suis ici pour te protéger » ; sur la place, le ravisseur a chargé l‘enfant sur son cheval mais, comme le cheval refusait obtinément d‘avancer, on rapporta l‘enfant à sa mère qui n‘avait pas quitté l‘église. L‘année suivante, lors de l‘invasion de Rome par Ladislas Durazzo, Françoise continua ses charités tandis que toute sa famille fuyait Rome. Un an après sa mort, Jean-Evangelista apparut à sa mère pour lui révéler la gloire dont il jouissait au ciel et lui annoncer qu‘Agnès allait bientôt le rejoindre. Françoise tomba malade vers 1414 et, par crainte de la contagion, fut abandonnée de tous, sauf de Vanozza ; c‘est à cette époque qu‘elle ses terribles visions de l‘enfer.
    Ladislas Durazzo mourut et Rome retrouva la paix ; les Ponziani rentrèrent et retrouvèrent leurs biens ; Lorenzo renonça à la vie publique pour la piété. Le 15 août 1425, à Santa Maria Nuova, Françoise, pour neuf dames romaines, fonda l‘association des oblates de Marie, rattachée aux bénédictins du Mont Olivet, dont Eugène IV confirmera la règle en 1444. Avant d‘entrer dans la congrégation dont elle était la fondatrice, Françoise dut attendre la mort de Lorenzo. Elle mourut le 9 mars 1440 en disant : « Le ciel s‘ouvre, les anges descendent, l‘archange a fini sa tâche, il est debout devant moi et me fait suivre de le suivre. »


    SAINTE CLAIRE D'ASSISE RELIGIEUSE, FONDATRICE DES CLARISSES(1194-1253)


    Sainte Claire naquit à Assise, en Italie. Dès son enfance, on put admirer en elle un vif attrait pour la retraite, l'oraison, le mépris du monde, l'amour des pauvres et de la souffrance; sous ses habits précieux, elle portait un cilice.
    A l'âge de seize ans, fortement émue de la vie si sainte de François d'Assise, elle va lui confier son désir de se donner toute à Dieu. Le Saint la pénètre des flammes du divin amour, accepte de diriger sa vie, puis il lui conseille de se donner définitivement à Dieu, en quittant sa famille et ses biens, pour mener une vie totalement pauvre et priante. Elle accomplit de grand coeur cet acte humiliant, et, peu de jours après, quitte les livrées du siècle, reçoit de François une rude tunique avec une corde pour lui ceindre les reins, et un voile grossier sur sa tête dépouillée de ses beaux cheveux.
    Elle triomphe de la résistance de sa famille. Quelques jours après, sa soeur Agnès la supplie de l'agréer en sa compagnie, ce que Claire accepte avec joie, en rendant grâce au Ciel. "Morte ou vive, qu'on me ramène Agnès!" s'écria le père, furieux à cette nouvelle; mais Dieu fut le plus fort, et Agnès meurtrie, épuisée, put demeurer avec sa soeur. Leur mère, après la mort de son mari, et une de leurs soeurs, vinrent les rejoindre.
    La communauté fut bientôt nombreuse et florissante; on y vit pratiquer, sous la direction de sainte Claire, devenue, quoique jeune, une parfaite maîtresse de vie spirituelle, une pauvreté admirable, un détachement absolu, une obéissance sublime: l'amour de Dieu était l'âme de toutes ses vertus.
    Claire dépassait toutes ses soeurs par sa mortification; sa tunique était la plus rude, son cilice le plus terrible à la chair; des herbes sèches assaisonnées de cendre formaient sa nourriture; pendant le Carême, elle ne prenait que du pain et de l'eau, trois fois la semaine seulement. Longtemps elle coucha sur la terre nue, ayant un morceau de bois pour oreiller.
    Claire, supérieure, se regardait comme la dernière du couvent, éveillait ses soeurs, sonnait matines, allumait les lampes, balayait le monastère. Elle voulait qu'on vécût dans le couvent au jour le jour, sans fonds de terre, sans pensions et dans une clôture perpétuelle.
    Claire est célèbre par l'expulsion des Sarrasins, qui, après avoir pillé la ville, voulaient piller le couvent. Elle pria Dieu, et une voix du Ciel cria: "Je vous ai gardées et Je vous garderai toujours." Claire, malade, se fit transporter à la porte du monastère, et, le ciboire en main, mit en fuite les ennemis. Sa mort arriva le 12 août 1253.
    Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.
    SAINTE CATHERINE DE SIENNE DOMINICAINE,AUTEUR MYSTIQUET ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE(1347--1380)
    Catherine Benincasa naquit à Sienne le 25 mars 1347 qui était à la fois le dimanche des Rameaux et le jour de l'Annonciation. En 1352, elle eut une vision du Christ-Pontife et fit voeu de virginité. A l'âge de quinze ans, Sainte Catherine revêtit l'habit des soeurs de la Pénitence de Saint Dominique (les mantellata). Après la mort de sa soeur Bonaventura, elle commença une vie d‘ascèse. En 1368, après le retour à Dieu de son père et son mariage mystique avec le Christ, Catherine sauva ses frères pendant un coup d‘état à Sienne. Deux ans après, elle donna son coeur à Jésus pour l‘Église. De la même année datent ses premières lettres et les premières conversions. La jeune mystique provoqua quelques émotions dans sa cité et dans l‘Ordre des dominicains. Elle dut comparaître devant le Chapitre général des dominicains à Florence en 1374. C'est alors qu'elle rencontra le Bienheureux Raymond de Capoue qui deviendra son directeur spirituel.
    A partir de 1375 commence une période de sa vie durant laquelle elle prend de manière plus publique, la défense des intérêts du Pape et manifeste son souci de l‘unité et de l‘indépendance de l‘Église, ainsi que du retour du Pape d‘Avignon à Rome. Elle rencontre le pape Grégoire XI à Avignon. En septembre 1376, elle retourne à Sienne et Grégoire XI prend le chemin de Rome. Catherine continue son service d‘ambassadrice du pape auprès des villes italiennes toujours en pleine ébullition. En 1378, après le décès de Grégoire XI, Urbain VI est élu pape. 5 mois après cette élection tumultueuse et les maladresses de l‘élu, malgré les appels à la patience et les mises en garde de Catherine de Sienne, survient le Grand Schisme d‘Occident et l‘élection de l'antipape Clément VII (Robert de Genève). Catherine se bat pour que soit reconnu Urbain VI. La même année 1378, elle commence la rédaction de ses Dialogues, qui, rapporte une tradition, auraient été composés en cinq jours d‘extase, du 9 au 14 octobre. Catherine vient s‘établir
    définitivement à Rome. Deux ans après, après avoir reçu dans une vision, la nef de l‘Église sur ses épaules, dans l‘église du Vatican, Catherine meurt à Rome à l‘âge de 33 ans. Bien que ne sachant pas écrire et ne connaissant pas le latin, elle laisse derrière elle une oeuvre considérable. L‘importance de son oeuvre pour la langue italienne moderne est reconnue.
    Appartenant au tiers-ordre dominicain, cette fille de Saint Dominique canonisé en 1461 par le pape Pie II est patronne de l‘Italie et a été déclarée docteur de l‘Église par le pape Paul VI, le 4 octobre 1970 en même temps que Sainte Thérèse d‘Avila.
    ALEXANDRINA MARIA DA COSTA
    Alexandrina Maria da Costa naquit à Balasar — petit village portugais à environ 50 km au nord de Porto, et à environ 250 km de Fatima — le 30 mars 1904.
    Issue d‘une famille chrétienne et pratiquante, dès son plus jeune âge, elle eût une très grande dévotion envers la très Sainte Vierge qu‘elle appelait tendrement Mãezinha.[1]
    En 1911, afin de pouvoir s‘instruire, elle partit, avec sa soeur, Deolinda, à Póvoa de Varzim, distante de Balasar d'environ 16 km. En effet, au village natale, à ce temps-là, il n‘existait pas d‘école pour les jeunes filles.
    « A Póvoa de Varzim — raconte Alexandrina dans son ―Autobiographie‖ — j‘ai fait ma première communion... J‘avais alors 7 ans... J‘ai communié à genoux et, malgré ma petite taille, j‘ai pu fixer la sainte Hostie, de telle manière qu‘elle s‘est imprimée en mon âme. J‘ai cru alors m‘unir à Jésus pour ne plus être séparée de Lui. Il prit possession de mon coeur, ce me semble. La joie que je ressentais était inexprimable. A tous j‘annonçais la bonne nouvelle... »
    En cette même année, « à Vila do Conde,[2] j‘ai reçu, des mains de Son Excellence l‘Évêque de Porto, le sacrement de Confirmation. Je me souviens, très bien, de cette cérémonie et de la joie qu‘elle m‘a procurée. Au moment où je recevais ce sacrement, je ne sais pas bien expliquer ce que j‘ai ressenti: on dirait qu‘une grâce surnaturelle me transformait et m‘unissait plus profondément à Notre-Seigneur. Je voudrais bien expliquer tout cela, mais je ne le sais pas. »
    Après dix-huit mois de séjour à Póvoa, Alexandrina et Deolinda revinrent à Balasar auprès de leur mère et, presque aussitôt, elles déménagèrent et vinrent habiter, toujours à Balasar, au lieu-dit Calvário, comme si le Seigneur voulait lui montrer, dès lors, quelle
    serait sa mission sur la terre: être victime pour les pécheurs et vivre sa passion, dès le Jardin des Oliviers jusqu‘au Calvaire (Calvário).
    Avant d‘aller plus loin dans ces extraits biographiques de la servante de Dieu, il est utile de parler d‘un fait extraordinaire qui eut lieu dans le village en 1832. Jésus y fera allusion, au moins deux fois, lors de ses colloques.
    En 1832, disions-nous, en allant à la messe, les paroissiens de Balasar découvrirent, en face de leur église, une croix de terre. Cette croix était composée de terre, plus noire que celle qui l‘entourait. Intrigués, ils appelèrent monsieur l‘abbé qui, sagement, la fit effacer. Aussitôt la même terre noire remonta, reformant ainsi la croix. Une deuxième fois, puis une troisième, monsieur le curé la fit effacer. Peine perdue, car à chaque fois la croix se reformait. Il fallut alors faire appel aux autorités pour en faire le constat. Monsieur l‘abbé lui-même dût faire un rapport circonstancié qu‘il envoya à son archevêque.
    La foi et la piété des villageois étant grande et sincère, ils décidèrent de protéger cette croix par la construction d‘une chapelle qui peut encore, de nos jours, être visitée. Et elle l‘est par tous ceux — et ils sont de plus en plus nombreux! — qui vont prier sur la tombe de la servante de Dieu.
    Mais reprenons notre récit et retrouvons Alexandrina à l‘âge de 14 ans.
    L‘école terminée, il fallait gagner le « pain de chaque jour », « à la sueur de son front ». Malgré son âge tendre, la jeune fille fut placée chez un voisin, cultivateur. Cette place, elle ne la garda pas bien longtemps. Le cultivateur, personnage très bizarre, la maltraitait et de surcroît, n‘avait que des ―gros-mots‖ à la bouche, ce qui attristait grandement le coeur pure et simple de la jeune fille.
    Au courant de cet état de choses, la mère d‘Alexandrina, Maria Ana, la reprit à la maison.
    Ce fut alors, qu‘un événement qui nous prouve sa pureté d‘âme eut lieu.
    « Un jour,[3] — c‘est Alexandrina qui raconte dans son Autobiographie — alors qu'avec ma soeur et une autre fille plus âgée que nous, nous travaillions à la couture, nous avons aperçu trois individus venant dans notre direction. Deolinda, comme si elle pressentait quelque chose, m'a dit de fermer la porte du salon. Quelques instants après, nous avons entendu des pas dans les escaliers et ensuite quelqu'un frapper à la porte.
    — Qui est là? — a demandé ma soeur. Et l'un d'entre eux, qui avait été mon patron, nous demanda d'ouvrir, sans plus.
    — Il n'y a pas de travail pour vous ici, donc, pas question d'ouvrir, rétorqua Deolinda.
    Après quelques instants de silence, nous avons entendu que le même individu montait par l'échelle qui de l'étable, par une trappe, donnait dans le salon. Effrayées, nous avons tiré la machine à coudre sur cette trappe.
    Le voyou, se rendant compte que la trappe était fermée, commença à frapper de grands coups de marteau sur celle-ci, jusqu'à soulever quelques planches et à pratiquer un passage, par lequel il pénétra dans le salon.
    Deolinda, en voyant cela, a ouvert la porte et, elle est parvenue à s'enfuir, bien que les autres deux qui dehors l'attendait, aient essayé de la retenir, en tirant sur ses vêtements.
    L'autre fille l'a suivie, mais ils l'ont attrapée.
    Devant cette scène, je me suis vue perdue. J'ai regardé autour de moi et, désespérément je me suis accrochée à la fenêtre qui était ouverte et sans la moindre hésitation j'ai sauté [4] en bas, en tombant lourdement. J'ai voulu me lever aussitôt, mais je ne le pouvais pas; une douleur lancinante traversait mon épine dorsale.
    Nerveuse, dès que j'ai pu me relever, j'ai ramassé par terre un piquet et suis partie pour essayer de défendre ma soeur entouré par les deux plus âgés, tandis que notre amie, dans le couloir, luttait avec le troisième. Je n'ai plus pensé qu'à les défendre.
    — Hors d'ici! a été mon premier cri.
    Ce fut comme un éclair, le voyou qui se trouvait dans le couloir, a prit peur et a laissé immédiatement la jeune fille. C'est alors seulement, que je me suis renaude compte que j'avais perdu une bague en or, lors de la chute.
    — Chiens! À cause de vous j'ai perdu ma bague...
    Tout de suite l'un d'eux, enlevant une bague de son doigt, me l'a présentée, en disant:
    — Tiens, prends celle-ci, ne te fâches pas contre moi...
    — Je n'en veux pas! — lui ai-je répondu, indignée — débarrasse le plancher tout de suite... immédiatement!
    Ils se sont retirés. Et nous, excitées et haletantes, nous sommes retournées à notre travail.
    De tout ceci, moi et ma soeur, n'avons soufflé mot à personne, afin d'éviter une tragédie. Toutefois ma mère, par la suite, a fini par l'apprendre, de la bouche de notre amie.
    Quelque temps après, j'ai commencé à souffrir de plus en plus. Tous disaient que c‘était à cause du saut que j‘ai fait en bas de la fenêtre. Même les médecins, plus tard, confirmèrent que ce saut a dû contribuer à aggraver mon infirmité. »
    En effet, peu de temps après, la jeune Alexandrina fut contrainte de recueillir au lit, pour ne plus jamais se relever jusqu‘à sa mort.
    Les premiers temps de sa maladie, elle chercha à passer le temps en jouant aux cartes avec les filles de son âge qui venaient la visiter. Mais, peu à peu, son comportement changea et « le désir d‘aimer la souffrance et de ne penser qu‘à Jésus seul », commença à l‘habiter et à croître chaque jour d‘avantage.
    Ce fut à cette époque qu‘elle composa son hymne en l‘honneur des Tabernacles, qui est un petit chef-d‘oeuvre du genre.[5] Ce fut aussi en cette période que la servante de Dieu, en récitant cette même prière, lévitait et ressentait dans son coeur de fortes chaleurs, tout particulièrement après la Communion. C‘était le début d‘une extraordinaire histoire d‘amour entre elle et Jésus, car, au plus fort de ces phénomènes qu‘elle méconnaissait, mais qu‘elle croyait sincèrement venir de Jésus, elle demandait au Seigneur:
    ―Que faut-il que je fasse?‖
    La réponse reçue était invariable:
    “SOUFFRIR, AIMER, RÉPARER!”
    Petit à petit elle prit conscience de sa mission et, fit le ―voeu le plus parfait‖ et s‘offrit à Jésus comme vic-time pour les pécheurs.
    En 1934, après la Communion, elle entendit Jésus l‘inviter à participer à sa Passion:
    Donne-moi tes mains: je veux les crucifier; donne-moi tes pieds: je veux les clouer avec moi; donne-moi ta tête: je veux la couronner d’épines, comme ils me l’ont fait à moi; donne-moi ton coeur: je veux le transpercer avec la lance, comme ils ont transpercé le mien; consacre-moi ton corps, offre-toi toute à moi.
    Humblement et simplement, Alexandrina accepta l‘invitation.
    « J‘avais cédé à l‘invitation du Seigneur, mais je pensais que les sacrifices Qu‘il me demandait n‘étaient que ceux résultant de ma maladie, même si majorés; il ne m‘était pas venu à l‘esprit qu‘il me ferait passer par des phénomènes singuliers. »
    ―Il me parlait de jour comme de nuit... Il se confiait à moi...‖ raconte-t-elle encore.
    Jésus la préparait pour sa mission sublime, disons plutôt ses missions: les pécheurs, les Tabernacles abandonnés ou profanés et la consécration du monde au Coeur Immaculé de Marie.
    Ne me refuse pas les souffrances et les sacrifices pour les pécheurs! La Justice de Dieu pèse sur eux. Toi, tu peux les secourir.
    Prie pour les prêtres: ce sont les ouvriers de ma vigne; la récolte dépend d’eux...
    Je choisis les faibles pour les rendre forts. Sous leur faiblesse je cache mon pouvoir, mon amour et ma gloire. Oublie le monde et offre-toi à moi. Abandonne-toi entre mes bras: je choisirai tes sentiers.
    Et les appels de Jésus continuent, vibrants d‘amour et de fermeté:
    Je t’ai choisie pour moi. Corresponds à mon amour. Je veux être ton Époux, ton Bien-Aimé, ton tout. Je t’ai choisie aussi pour le bonheur de beaucoup d’âmes. Tu es mon temple, temple de la très Sainte-Trinité. Toutes les âmes en état de grâce le sont, mais tu l’es de façon spéciale. Tu es un Tabernacle choisi par moi, afin que j’y habite et m’y repose. Je veux rassasier ta soif pour mon Sacrement d’amour.
    Tu es comme le canal par où passeront les grâces que je veux distribuer aux âmes et à travers lequel les âmes viendront à moi. Je me sers de toi afin que beaucoup d’âmes viennent à moi: par ton intermédiaire, beaucoup d’âmes seront stimulées à m’aimer dans la très Sainte Eucharistie.
    Reçois, maintenant, ma fille, le sang de mon divin Coeur: c'est la vie dont tu as besoin, c'est la vie que je donne aux âmes.
    Dis au monde entier qu'il écoute la voix de son pasteur, le Pape, laquelle est la voix de Jésus. Je veux de l'amour, de la pureté d'âme, changement de vie. Que la voix du Saint-Père soit pour le monde un aussi vibrant appel que celui de Noé...
    En attendant le 3 octobre 1938 où elle vivra pour la première fois la passion, elle se consacre entièrement et sans limitation aucune, au Seigneur, écrivant même de son propre sang cette pathétique consécration:
    ―Par mon sang, je vous promets de beaucoup vous aimer, mon Jésus. Que mon amour soit tel, que je meurs enlacée à la croix. Je vous aime et je meurs d‘amour pour vous, mon cher Jésus. Je veux habiter dans vos Tabernacles.‖[6]
    Le 30 juin 1935, Jésus lui parle pour la première fois de la consécration du monde à Marie:
    Autrefois, j’ai demandé la consécration du genre humain à mon divin Coeur.[7] Maintenant, je la demande au Coeur Immaculé de ma très sainte Mère.
    Le Seigneur lui prédit même de quelle façon cette consécration se déroulerait. Nous le verrons lors de notre prochain article.
    Ces choses, au contraire de ce que souhaitait Alexandrina, ne purent rester dans le secret de sa chambre. L‘archevêque fut averti et, une première enquête diocésaine eut lieu, menée par le Père António Durão, sj. Il n‘a rien trouvé de surnaturel dans le cas d‘Alexandrina, et les choses en restèrent là.
    Le 10 septembre 1936, faisant allusion à la révolution communiste qui sévissait alors en Espagne, Notre-Seigneur lui dit:
    Ce fléau est un châtiment! C’est le courroux de Dieu! Je punis pour ramener les âmes à la grâce car, étant mort pour tous, je veux le salut de tous.
    Et, prophétisant, Jésus ajouta:
    Je ne veux pas être offensé et je le suis grandement, en Espagne et partout, dans le monde entier! Il est grand, le danger, que ce fléau et que les actes de barbarie se répandent.
    Ce fut encore, au cours de cette année 1936, en la fête de la Sainte-Trinité, que la servante de Dieu souffrit la mort mystique.
    Mais toutes ces ―choses‖ n‘étaient pas du goût de Satan. En juillet 1937, ―non content de tourmenter ma conscience, raconte Alexandrina, et de me souffler des choses affreusement ordurières, commença à me mettre en bas du lit, aussi bien la nuit qu‘à n‘importe quelle heure de la journée...‖
    Puis, le 3 octobre 1938 arriva. Jésus l‘avait prévenue qu‘à cette date, elle vivrait les souffrances de la Passion, de midi à 15 heures.
    A l‘heure indiquée, tout le monde était là: Maria Ana, la mère; Deolinda, la soeur; le Père Pinho, sj, son directeur spirituel, et quelques autres personnes de la famille.
    A la suite du saut par la fenêtre, Alexandrina ne pouvait plus se mouvoir seule; il lui fallait de l‘aide, à chaque fois qu‘elle voulait faire le moindre déplacement dans son lit. Le 3 octobre, elle n‘eut besoin de personne. Tous les gestes et parcours de la Passion, elle les accomplit toute seule, s‘agenouillant au Jardin des Oliviers; présentant les mains aux soldats qui y sont venus la chercher; transportant la croix et tombant sous celle-ci; se couchant sur elle pour y être clouée. Tous les moindres détails de la Passion de Jésus se sont ainsi déroulés devant les yeux des assistants en larmes et remplis de crainte. Au cours du chemin vers le Calvaire, Alexandrina aperçut celle qu‘elle appelait sa soeur spirituelle et dont c‘était la fête: sainte Thérèse de l‘Enfant-Jésus. Mais écoutons-la:
    ―Midi sonné, Jésus est venu m‘inviter:
    Voilà, ma fille, le Jardin des Oliviers est prêt, ainsi que le Calvaire. Acceptes-tu?
    J‘ai senti que Jésus, pour quelque temps, m‘accompagna sur le chemin du Calvaire. Ensuite, je me suis sentie seule. Je le voyais là-haut, grandeur nature, cloué sur la Croix.
    J‘ai cheminé sans le perdre de vue: je devais arriver près de Lui.
    J‘ai vu deux fois sainte Thérèse: la première fois à la porte du Carmel, dans sa tenue, entre deux autres soeurs, puis entourée de roses et recouverte d‘un manteau céleste.
    A la suite du phénomène de la passion, le Père Mariano Pinho écrivit, pour la première fois au Saint-Père, pour lui demander la consécration du monde au Coeur Immaculé de Marie. Il lui expliqua ce qui se passait à Balasar.
    Après cette lettre, une deuxième enquête fut diligentée, cette fois-ci par le Saint-Siège, à partir du 5 janvier 1939. Elle fut conduite par le chanoine Vilar, professeur au Sacré Collège de Rome, qui assista au phénomène de la passion et repartit très bien
    impressionné. Il devait mourir quelques mois plus tard d‘un cancer, en offrant sa vie pour le succès de la consécration du monde à Marie.
    Elle dû encore subir un examen médical approfondi, demandé par l‘autorité ecclésiastique, car, depuis sa première crucifixion, Alexandrina ne s‘alimentait plus. Seule la Communion quotidienne était son aliment.
    [1] Que peut se traduire par tendre petite-maman ; maman chérie, et bien d‘autres termes dont les enfants se servent pour montrer leur amour à leurs mamans. Lire : Main-hi-signe.
    [2] Petite ville balnéaire, à 3 kilomètres de Póvoa de Varzim.
    [3] Samedi Saint de 1918.
    [4] Il y a environ 4 mètres entre le rebord de la fenêtre et le sol du jardin, à l'extérieur.
    [5] Voir: ―Alexandrina de Balasar‖. Éditions Téqui, Paris.
    [6] Balasar, 14.10.1934.
    [7] Demande faite aussi au Portugal, à soeur Marie du Divin-Coeur, supérieure du Bon-Pasteur à Porto. Cette consécration fut faite par le Pape Léon XIII


    SAINTE CATHERINE DE GÊNES
    VEUVE, RELIGIEUSE ET AUTEUR MYSTIQUE(1447-1510)


    Catherine Fieschi, fille d'un vice-roi de Naples, naquit à Gênes. Sa famille, féconde en grands hommes, avait donné à l'Église deux Papes, neuf cardinaux et deux archevêques. Dès l'âge de huit ans, conduite par l'Esprit de Dieu, elle se mit à pratiquer de rudes mortifications; elle dormait sur une paillasse, avec un morceau de bois pour oreiller; mais elle avait soin de cacher ses pénitences. Elle pleurait toutes les fois qu'elle levait les yeux sur une image de Marie tenant Jésus mort dans Ses bras.
    Malgré son vif désir du cloître, elle se vit obligée d'entrer dans l'état du mariage, où Dieu allait la préparer par de terribles épreuves à une vie d'une incroyable sainteté. Après cinq ans d'abandon, de mépris et de froideur de la part de son mari, après cinq ans de peines intérieures sans consolation, elle fut tout à coup éclairée de manière définitive sur la vanité du monde et sur les joies ineffables de l'amour divin: "Plus de
    monde, plus de péché," s'écria-t-elle. Jésus lui apparut alors chargé de Sa Croix, et couvert de sang de la tête aux pieds: "Vois, Ma fille, lui dit-Il, tout ce sang a été répandu au Calvaire pour l'amour de toi, en expiation de tes fautes!" La vue de cet excès d'amour alluma en Catherine une haine profonde contre elle-même: "O amour! Je ne pécherai plus," s'écria-t-elle.
    Trois jours après, elle fit sa confession générale avec larmes, et désormais elle communia tous les jours. L'Eucharistie devint la nourriture de son corps et de son âme, et pendant vingt-trois ans il lui fut impossible de prendre autre chose que la Sainte Communion; elle buvait seulement chaque jour un verre d'eau mêlée de vinaigre et de sel, pour modérer le feu qui la dévorait, et, malgré cette abstinence, elle jouissait d'une forte santé.
    À l'abstinence continuelle se joignaient de grandes mortifications; jamais de paroles inutiles, peu de sommeil; tous les jours six à sept heures de prière à genoux; jamais Catherine ne se départit de ces règles; elle était surtout si détachée d'elle-même, qu'elle en vint à n'avoir plus de désir et à se trouver dans une parfaite indifférence pour ce qui n'était pas Dieu.
    Ses trois maximes principales étaient de ne jamais dire: Je veux, je ne veux pas, mien, tien: – de ne jamais s'excuser, – de se diriger en tout par ces mots: Que la Volonté de Dieu soit faite! Elle eut la consolation de voir son époux revenir à Dieu, dans les derniers jours de sa vie, et de l'assister à sa mort. A partir de ce moment, Catherine se donna tout entière au soin des malades, et y pratiqua les actes les plus héroïques.
    Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950.


    MARIE SEVRAY [1](1872-1966)


    LES DIVINS APPELS
    Écoutons Dieu qui nous appelle,qui veut que nous devenions tous des saints
    J‘ai soif de Me communiquer aux âmes ! Ô Je vous désire ! Je vous désire ! donnez-vous à Moi, Je veux créer des saintetés nouvelles
    Oh! qui Me donnera des âmes intérieures qui viennent vers Moi,qui Me regardent et se laissent regarder par Moi ?
    Marie Sevray, née Guillemin, fut une mère de famille et une grand‘mère attentive, généreuse. Très dévouée envers son prochain, elle vécut une foi intense. De juillet 1928 à juillet 1965 elle écrivit, sous la dictée de l‘Esprit-Saint, disait-elle, des milliers de pages.
    Les ―Divins Appels‖ [2] qui ne représentent que quelques extraits significatifs de ses écrits, sont un petit livre qui a reçu l‘approbation de nombreux évêques.
    Les ―Divins appels‖ sont destinés à être répandus dans le monde entier. C‘est Dieu qui parle, mais sous l‘appellation générique : ―Dieu‖, c‘est le plus souvent le Coeur de Jésus qui s‘exprime.
    LA SOIF ET LES DÉSIRS DU COEUR DE JÉSUS
    La soif de Jésus
    Jésus est venu sur terre par compassion et parce qu‘Il a soif des âmes :
    ―...Alors, Moi, le Fils, en présence de la Souffrance (celle de l‘Amour) de Moi, Créateur, Moi, le Fils, Je me suis levé, et J‘ai demandé à mon Père d‘aller réparer cette horrible chute, d‘aller, pour Lui rendre l‘oeuvre de ses mains, afin qu‘Il puisse s‘y complaire encore. Des créatures, il en a fait d‘autres, mais nulle autre ne L‘a ravi comme celle-là, la créature humaine, tel un caprice d‘artiste... Je suis l‘Être... La vie, J‘avais comme besoin de la répandre, de la verser, parce que Moi qui suis la vie même, Je veux pouvoir Me retrouver en tout ce que J‘ai créé... Puis la créature humaine... Ah! C‘est là surtout que J‘ai épanché mon besoin de répandre la vie!‖
    ―Ah ! si l‘on savait quelle soif J‘ai de donner... Je brûle du désir de donner, et les âmes ne le comprennent pas! Qu‘elles viennent donc avec une foi profonde et simple puiser dans mes plaies, et Je leur appliquerai mes mérites avec bonheur !...
    Pourquoi donc ai-Je versé mon sang sur la Croix, sinon pour qu‘il régénère les âmes!... Mais ce sang il faut que les âmes viennent le chercher par une prière ardente et toute de foi. Qu‘elles viennent! Par pitié, qu‘elles viennent !... Qu‘elles viennent pour celles qui ne viennent pas, et qu‘ainsi elles soulagent ma soif ! Mon sang est là, qui attend leur prière pour se répandre dans les âmes, et les purifier, et les sanctifier. Que les âmes viennent y puiser avec ardeur pour ceux qui sont loin de Moi afin que ceux-là Me reviennent !...
    Des fleuves d‘eau vive couleront pour celui qui croit en Moi... Qu‘on n‘hésite pas en son coeur en Me suppliant... Qu‘on ait une foi pleine en Moi qui ne demande qu‘à verser mes grâces sur la terre... Qu‘on Me demande des prodiges de grâces, des prodiges de conversion.
    J‘ai soif de Me communiquer aux âmes: les trouver fermées M‘est très pénible... Je veux des saints! Je veux des saintes !... Que mes prêtres viennent s‘abreuver à la Vie que Je suis Moi-même, pour après, appeler et entraîner les âmes en ce grand courant de Vie.
    Il y a des âmes qui Me suivent ! Il y en a qui m‘aiment! Il y en a auxquelles Je puis accorder un amour tel que l‘homme ne peut s‘en faire une idée... un amour de prédilection... A ces âmes, Je Me plais à dire: ma grandeur infinie... et mon désir ardent
    de les élever à Moi pour leur permettre de M‘aimer, et mon infinie puissance,... et mon infinie miséricorde dans laquelle elles devront puiser avec une activité dévorante, pour elles-mêmes, et surtout pour les âmes des pécheurs, des agonisants, pour les âmes du Purgatoire, et mon infinie justice, et mon Amour infini, et Moi-même.
    LES DÉSIRS DU COEUR DE JÉSUS
    ―Ô Je vous désire ! Je vous désire! Donnez-vous à Moi... Je veux créer des saintetés nouvelles... Je suis la lumière! En Moi est la clarté infinie, toute splendeur M‘habite, ou plutôt, Je suis Moi-même la Splendeur incréée... Ouvre les yeux, ô ma créature et regarde! Je veux que tu dilates ton âme ! La tenir ainsi épanouie, c‘est ce qui s‘appelle avoir l‘âme ouverte, le regard braqué sur Moi.
    Que les âmes Me désirent... par pitié, qu‘elles Me désirent... Je veux des âmes avides de Moi, Me désirant, M‘aspirant en elles par une avidité sainte. Je suis l‘infini. Mon Amour Me pousse à créer des êtres en lesquels Je pourrai m‘épancher, mais ces êtres, il faut qu‘ils viennent à Moi, Me regardent, M‘écoutent...
    Chaque âme est ma choisie, choisie pour Me rendre plus spécialement tel hommage que Je ne demande pas aux autres... Chaque âme est pour Moi un univers dont Je désire étendre les limites, les reculer comme à l‘infini. Jamais Je ne Me lasse d‘agrandir une âme, mais que d‘entraves font obstacles à mes désirs.‖
    LE SACRÉ-COEUR
    C‘est un véritable cri d‘amour que le Sacré-Coeur lance à l‘adresse de tous les hommes : ―Mon coeur ! Viens... approche-toi et jette un regard sur les abîmes infinis de ce Coeur... Il est Amour. Qui connaît mon Coeur Me connaît tout entier! Mon Coeur ! Le Coeur d‘un Dieu-Homme, le Coeur de Jésus... Toutes les aspirations pures vers l‘amour donné et reçu, Je les possède au plus haut point qui se puisse concevoir. Ô homme, approche ! Viens... et contemple des besoins mille fois plus immenses que les tiens...‖
    ―... Je suis toujours le Bon Pasteur, marchant, courant à la suite de mes brebis! Je les veux, passant au travers des fourrés, des ronces, des épines. Je les veux, franchissant tous les obstacles. Je les veux... Et, voyant qu‘elles doivent être des tabernacles de Moi, des habitations vivantes et ambulantes de Moi, pour Me permettre de marcher, de courir à mes brebis perdues que Je veux ramener à Moi par la souffrance, elles comprendront l‘idéale beauté de ce que Je veux d‘elles... Je veux renouveler le monde par ces âmes-là !‖
    Mais les hommes ne répondent pas à l‘amour du Coeur de Jésus qui se plaint :
    ―Oh ! qui Me donnera des âmes intérieures qui viennent vers Moi, qui Me regardent et se laissent regarder par Moi ? Que de variétés d‘amour Je demanderais à ces âmes! Que de
    nuances! Que de notes différentes! Et toutes Me Chantant une harmonie magnifique dont jamais mon Coeur ne se lasserait et qui Le consolerait de tout...
    Je demande à grands cris que les âmes viennent en la vie intérieure... il faut le leur dire, il faut les amener à comprendre mon appel: J‘ai soif! J‘ai soif d‘âmes intérieures qui ne se laissent pas prendre par le torrent des occupations qu‘elles côtoient, en lesquelles elles sont plongées... Qu‘elles viennent à moi, Je suis le Maître des dons... Je suis là, en elles, tout prêt à Me communiquer à elles, à les instruire, à les enrichir de Moi, à leur dire mes appels, à les aider à Me suivre, à les y entraîner !... J‘ai besoin de donner beaucoup ! Ce que Je demande, c‘est que l‘on croie à mes largesses et qu‘on Me laisse faire.
    Oui, Je les veux légion !... Mais que l‘on commence !...Cet appel est nouveau parce qu‘il est plus intense que jamais... Parce qu‘en aucun temps Je n‘ai basé, comme en ces siècles, la sainteté sur cette vie intérieure mise à la portée de tous... En ces derniers temps du monde, c‘est à tous que Je demande d‘être des saints, tout simplement du fait de Me laisser libre en eux, de Me refléter en chacun, tout à ma guise...
    Que Je ne sois plus le divin Méconnu, Celui qui appelle et qui n‘est pas écouté ! Celui qui voudrait qu‘on L‘aimât et qui est délaissé... Que les âmes prennent conscience de ma présence en elles ; qu‘elles pensent à ce Quelqu‘un qui est au-dedans d‘elles-mêmes et qu‘elles s‘en occupent, comme lorsqu‘elles ont un hôte qui est là, chez elles, et à qui elles doivent faire attention, selon les règles de la plus élémentaire politesse... Qu‘elles fassent attention à Moi.‖
    ET VOICI QUELQUES CONSEILS VENANT DU SEIGNEUR :
    ―Il me faut la volonté de l‘homme pour tout, même pour opérer des prodiges de grâce dont J‘ai soif de répandre les effets. Tiens-toi de plus en plus en ma présence et laisse-toi faire par Moi...
    Abandonne-toi à Moi pour que Je te travaille et t‘envahisse à l‘aise... Laisse-toi envahir de mes clartés, de mes richesses, de mes feux... Je vous aime tant, mes créatures! Je vous aime tant que J‘ai l‘ardent désir de Me communiquer à vous si avant, si lumineusement, si amoureusement, que vous en soyez constamment embellies, agrandies, afin que Je M‘y précipite pour vous envahir sans fin.
    Abandonne-toi à Moi... totalement entre mes Mains, dans les douceurs de ma Providence, car il faut que les âmes sachent bien que tout ce qui vient de Moi est douceur.‖ [3]
    [1] ―Divins Appels‖ de Marie SEVRAY - Éditions du Parvis
    [2] ―Divins Appels‖ de Marie SEVRAY - Éditions du Parvis
    [3] ―Divins Appels‖ de Marie SEVRAY - Éditions du Parvis


    MAGDALENA DE LA CROIX
    ESQUISSE BIOGRAPHIQUEQUELQUES EXTRAITS


    Ce petit livre a été tiré des expériences mystiques de Mechtilde Sch. Cette âme privilégiée appartenait à la pieuse Association de Saint Grignon de Montfort, et lors de son admission elle reçut ce nom de Magdalena de la Croix.
    C'est ainsi qu'elle se nomme elle-même dans ses écrits mais le plus souvent encore elle signe simplement : ―Ancilla‖. Cette dernière dénomination lui fut donnée par son directeur spirituel Mr le curé Fischer, il voulait ainsi lui indiquer que toujours, en toutes circonstances elle devait se considérer comme la servante du Seigneur.
    Petite enfance et adolescence à Munich. Dès son éveil à la vie cette âme avait reçu
    Bien que continuellement dans le monde, très peu de personnes connurent sa vie religieuse et mystique.
    Favorisée des stigmates du Christ, mais par ordre de Dieu ils n'étaient visibles que pour son confesseur.
    Dès ses jeunes années Dieu commença sa formation au sacrifice, ce tendre coeur d'enfant se vit repoussé par sa mère à qui, à sa naissance, elle avait failli coûter la vie. Toute l'affection maternelle était réservée aux sept frères et soeurs de Mechtilde.
    Par contre, son père, homme de haute culture et de profonde piété aimait la petite fille à l'égal de ses autres enfants. Les mauvais procédés de sa mère n'endurcirent pourtant pas le coeur de l'enfant.
    A quatre ans, M. éprouvait une compassion pour N.D. des Douleurs. Certain jour elle monta sur une chaise et d'un petit mouchoir de dentelle elle essuya les larmes Le la Divine Mère. Et voici que les larmes disparurent.
    Mais les pleurs reparaissaient et la petite M. éprouvait une vive douleur, alors avec persévérance elle les essuyait de nouveau. Ayant fait la rencontre d'un pauvre enfant frappé de cécité elle supplia le Seigneur de le guérir par les larmes de sa Mère et, lorsque de son petit mouchoir de dentelle elle eût touché les yeux de l'aveugle, ils s'ouvrirent à là lumière.
    A cinq ans elle fit le don total d'elle-même. Dès lors, elle vit son ―Archange‖ qui lui fut donné comme guide Spécial, en plus de son ange gardien.
    M. reçut une éducation solide et soignée. Elle avait une magnifique voix d'alto.
    Le choix d'un confesseur fut de la plus grande importance pour sa vie spirituelle ; ce fut le Père Sch. Rédemptoriste qui le devint. Il semble avoir été exceptionnellement éclairé et inspiré par Dieu. Très sévère, lorsqu'il constata que sa pénitente marchait dans une voie de grâces extraordinaires, où elle était visiblement conduite par son ange gardien, il sut extirper de cette âme tout germe de vanité ou d'amour-propre pour la maintenir dans une profonde humilité. Plus les grâces que Dieu répandait sur cette âme étaient grandes, plus elle était persuadée de son indignité.
    M. se sentait fortement attirée vers la vie religieuse, une de ses soeurs Portait l'habit des ―Servantes de Marie‖ (Servites). Le Père Sch. lui affirma qu'elle était appelée au mariage, ce fut ainsi qu'e1le épousa le 7 Mai 1895 un homme à qui elle donna toute son affection, mais qui bientôt changea d'attitude envers elle et montra un caractère difficile et lui fût un tyran dans le plus mauvais sens du mot trouvant un malin plaisir à la, martyriser jour et nuit, physiquement et moralement.
    Et cependant elle lui garda tout son amour.
    En 1898 son mari ayant accepté un poste important dans le Wurtemberg le ménage dut habiter O. Là ses rapports de direction furent très difficiles. Le mariage fut pour elle le chemin du Golgotha. En compensation, le Père Sch. lui annonça qu'elle rencontrerait un bon confesseur. Mr Fischer fut présenté à Magdalena. Par son ange gardien comme le don de Dieu ―Deus dedit‖. Plus tard ce prêtre s'adjoignit un confrère pour conduire d'une main sûre cette âme victime et pour réaliser lui-même dés progrès en sainteté. Nous appellerons ce dernier prêtre sous le nom que lui donna l'Archange ―Servus Dei‖ Serviteur de Dieu.
    Le journal de Magdalena, une centaine de pages, contient avec tous les détails les relations de ses croix, de ses souffrances, comme aussi de ses grâces extraordinaires. Une croix particulièrement lourde pour elle fut de ne pas avoir d'enfants. Mais en revanche Dieu lui donna une très grande famille d'enfants spirituels : hommes et femmes, prêtres et laïcs personnes consacrées à Dieu, qui se placèrent sous sa direction et, par elles furent conduites de manière Supérieure dans les voies de la vie chrétienne.
    Elle fut favorisée du don de bilocation. Pendant que son corps reposait sur sa couche, son ange gardien l'enveloppant d'une sorte de manteau gris, l'emmenait au loin. Elle allait consoler les blessés de guerre et ils la reconnurent à leur retour au pays natal. Un de ses enfants spirituels est en danger de commettre un péché mortel, Magdalena vient à lui et lui fait des remontrances, il repousse alors la tentation.
    Elle avait reçu de son Archange l'ordre strict de cacher les faits extraordinaires de sa vie, de sa stigmatisation, aussi longtemps qu'elle serait de ce monde.
    Avec le temps sa faculté de souffrir pour le prochain et pour certaines âmes du purgatoire augmente. Jamais elle n'obtint l'allègement de ses souffrances personnelles, mais elle l'obtint pour autrui.
    Son mari ne cessa de trouver de nouvelles occasions de la tourmenter, elle ne cessa de prier pour sa conversion ; ce n'est qu'après sa mort qu'elle lui obtint de mourir repentant, ainsi que la femme qui empoisonna sa vie conjugale.
    Le Père Sch. mourut le 24 Mars 1906, mais ses relations avec Ancilla ne furent pas interrompues.
    Le 15 Novembre 1919 elle écrit à une fille spirituelle: « Aujourd'hui après midi, je sommeillais. J'ai rêvé que le Père Sch. était devant moi avec une expression de grande bonté, il me dit : ―Bientôt ma chère fille, bientôt‖. Que dois-je entendre par-là, lui demandais-je ? Alors il mit un doigt sur sa bouche et répéta. ―Bientôt ma chère fille bientôt‖. Et il disparut ».
    Le 21 Novembre Magdalena reçut encore une fois l'Extrême Onction. Quand Mr le curé Fischer lui dit de s'abandonner à la volonté de Dieu et de recevoir la mort de Sa main, elle se contenta de sourire, car depuis longtemps elle se réjouissait à la pensée de cette heure.
    Le 30 Novembre elle envoya la religieuse qui la soignait à une Messe matinale, c'était un dimanche, pendant l'absence de sa garde-malade, elle expira. Son mari était près d'elle et elle put encore lui dire : ―Je dois mourir‖. Quelques souffles et son âme s'envola. Saint André, qu'elle avait aimé et honoré comme Apôtre de la Croix était venu la chercher.
    Le visage de la morte exprimait le bonheur et la paix. Une majestueuse grandeur entourait le cadavre. Comme doucement plongée dans l'oraison, elle était là, telle qu'on l'avait vue agenouillée à la table de communion.
    Aujourd'hui du haut du Ciel, Ancilla fait toujours du bien parmi nous. Avec le temps, peu à peu elle se fera connaître.
    Gauting, 7 Novembre 1935Friedrich Ritter von Lama.
    Elle est l'auteur du petit livre ci-dessous dont le contenu a été puisé dans sa propre vie. Ce n'est que le choix de quelques extraits et leur coordination qui est mon oeuvre.
    POURQUOI NOUS HONORONS SI PEU LES ANGES.
    Le motif principal est très simple : nous ne les connaissons pas ou tout au moins très peu.
    La connaissance précède toujours l'amour et la vénération. De la connaissance de leur supériorité, de leur perfection, de leurs rapports intimes avec Dieu, de leur puissance et de leurs privilèges, jaillit spontanément notre vénération des Anges. Si nous savions comme ils nous aiment en Dieu et entourent nos âmes de cette affection parce qu'ils furent témoins du plus grand acte d'amour: la mort volontaire du Fils de Dieu, et par-là savent le prix dont Il rachète toute âme humaine nous leur rendrions cette affection et nous serions humblement heureux de pouvoir les saluer comme des amis et des frères en Dieu. Mais nous ne les connaissons pas. Nous ne connaissons même pas notre propre ange gardien, bien qu'il soit notre fidèle compagnon et notre ami durant tout le cours de notre vie. Nous pourrions peut-être le connaître davantage si nous en prenions un tant soit peu la peine. Il le mérite vraiment.
    Nous savons que les anges sont des esprits bienheureux dans l'éternelle vision et la connaissance de 1'éternel Amour : Dieu.
    LA BEATITUDE DES ANGES.
    Pour la multitude du monde angélique la céleste béatitude est parfaite. La connaissance de Dieu n'est pas la même à tous les degrés. Ces degrés consistent simplement en ce que les plus hautes hiérarchies possèdent une plus grande connaissance de Dieu que celles qui sont au-dessous d'elles (entre tous les Anges, St Gabriel et St Michel ont la plus parfaite connaissance de Dieu).
    Les Séraphins sont plongés d'un tel degré dans cette connaissance qu'ils sont embrasés d'un ardent amour.
    Puisqu'elle est parfaite, la béatitude des Anges ne peut s'accroître, mais ils peuvent, me semble-t-il éprouver des joies accidentelles.
    Aussi souvent qu'un ange gardien conduit une âme du purgatoire au Ciel, il éprouve une grande joie parce qu'il est heureux de ce qu'une âme de plus est digne de Dieu et Le louera éternellement. C'est un bonheur indescriptible pour un ange lorsqu'il a la certitude que les fruits de la Passion et le Précieux Sang de Jésus-Christ ne sont pas perdus pour l'âme dont il eût la garde.
    LES ANGES GARDIENS.
    Ils ont un soin continuel des humains qui leur sont confiés. Leur nombre est si grand qu'aucun ange n‘ayant conduit son protégé à l'éternité ne revient rendre le même service à une génération suivante.
    L'Ange qui accompagna l'homme sur la terre reste avec lui dans le Ciel.
    Les Anges Gardiens des malheureux qui ne verront jamais la Splendeur Divine ne sont pas placés à un moindre rang. Dieu Juste leur donne autant de bonheur qu'aux autres, et ils sont spécialement affectés au service de la Reine des Anges; c'est avec une indescriptible joie qu'ils louent la justice du Seigneur.
    Il est différents degrés parmi les Anges Gardiens ; les uns sont ardents, d'autres silencieux, je dirais presque réservés. Les Anges de ceux qui souffrent compatissent aux douleurs de leur protégé. D'autres anges ont le visage souriant ; ils servent leurs protégés plus qu'ils ne les soutiennent. Ce sont les Anges des âmes pures.
    Les enfants ont des anges plus aimables qu'on ne saurait le dire. Il m'a semblé les voir, ayant leurs mains jointes pour la prière et leurs regards élevés vers le Ciel.
    Les pauvres pécheurs ont aussi des Anges d'une grande majesté. Des yeux de mon âme, je les ai vus ; leurs mains sont croisées sur la poitrine, et leurs yeux suppliants regardent le Ciel avec douleur. Ah ! Comme un péché mortel doit terriblement offenser Dieu pour que les Anges en éprouvent une telle tristesse.
    Les âmes pieuses obligées de vivre dans un milieu non chrétien ont un Ange tout spécial; de même que les personnes à qui Dieu donne une mission particulière à remplir.
    Il n'est rien de plus aimable qu'un Ange Gardien. Rien n'égale la Bonté de Dieu qui aime tant nos âmes, qu'elles sont gardées, guidées et même servies par un Ange.
    O toi ! mon plus fidèle ami, mon frère bien aimé, mon saint ange gardien, je te salue mille fois au nom de Jésus et je remercie Dieu de ce qu'il t'a créé si beau, si bon, si puissant.
    ASSISTANCE DES ANGES GARDIENSPAR DES ANGES D'UN ORDRE PLUS ELEVE.
    Lorsqu'une âme s'engage dans le chemin de la perfection, elle reçoit à part son ange gardien, d'autres anges d'un ordre plus élevé principalement de ceux du troisième et du quatrième choeur, des Vertus et des Puissances.
    SERVICES RENDUS PAR LES ANGES
    Je vois mon ange et réclame son secours. L'Archange m'accompagne dans mes voyages mystiques ; il me mène et me ramène. Si je voulais écrire une chose que je ne devrais pas dire, il serait là aussitôt pour m'avertir et arrêter ma main. il arriva qu'un jour, recevant une très longue lettre, je fus sur le point de répondre brièvement, mais l'Archange me dit : ―Oublies-tu ton voeu de souffrir ?‖ Je regardais mon Crucifix et pensais : ―Comme le Seigneur a supporté pour toi des peines infinies ! Je veux être patiente‖.
    D'après ce qu'elle me racontait (communique un de ses enfants spirituels) son ange lui apparaissait vêtu de manières différentes.
    Vêtement vert et clair signifiait des petites souffrances et des contrariétés. Vert sombre, c'était l'annonce de grandes douleurs et de lourdes croix. S'il portait des vêtements sacerdotaux, comme l'aube et l'étole il venait annoncer de grandes grâces ; alors il avait l'air joyeux et solennel.
    Vers le soir, il apparaissait souvent vêtu de bure sombre et tenant un bâton, comme les pèlerins; cela signifiait qu'il venait la chercher. Comme je lui exprimais mon étonnement de ce qu'un ange put l'emporter avec le poids de son corps, elle me répondit : ―comment vous expliquer cela ? Imaginez-vous que mon ange m'enveloppe d'un voile gris ou qu'il m'entoure d'un épais nuage, et qu'ainsi nous partons‖. Où ?
    Elle me raconte ceci : ―La semaine dernière je suis allée chaque nuit en Belgique ; j'avais là trois pécheurs à convertir et à préparer pour la réception des sacrements ; ce fut une tâcha difficile. Ils résistaient et ne voulaient pas ; enfin j'eus la victoire et tous trois moururent réconciliés avec Dieu.
    Au mois dernier (1919), j'ai passé trois nuits à Haunstetten près d'Augsbourg ; là, un grave sacrilège avait été commis envers le Saint Sacrement : le Tabernacle fracturé, les Hosties dispersées et piétinées. Avec mon Archange, je pus recueillir les parcelles des Saintes Hosties sur le plancher et celles attachées aux chaussures du criminel ; puis faire un acte de réparation devant le tabernacle.
    J'ESSUIE LES LARMES.
    Aujourd'hui je cherchais refuge près de Mon Ange et le suppliais de se souvenir de mes souffrances dans sa gloire. Alors il m'apparut dans sa merveilleuse splendeur. Il se pencha sur mon lit en disant. ―Tu n'es jamais seule. Vois, jour et nuit, je suis près de toi, je sèche tes larmes et je présente tes prières au Seigneur. Mon frère le compagnon de Gabriel, lui aussi, est près de toi et t'apporte la force dont tu as besoin pour supporter les amertumes dont tu dois être accablée‖. Je vis le compagnon de Gabriel près de moi. Il
    avait une étole verte ; à son diadème des pierres vertes étincelaient. En le voyant j'éprouvais une grande tristesse. Mon ange me consola et dit : ―Tu souhaites aimer Jésus, ce n'est que par la souffrance que tu parviendras à aimer Dieu de tout ton coeur. Allons, prends courage‖.
    J'envoyais mon bon Ange à mes amis spirituels pour qu'il les salua au nom de Jésus. Je ne vois pas mon Archange mais toujours mon ange gardien est près de moi ; il est si aimable, et si bon. Aujourd'hui, vers le soir, quand je souffrais beaucoup, il me prit dans ses bras et appuya sur sa poitrine ma tête endolorie. Aussitôt je me sentis mieux et la fièvre me quitta.
    LES ANGES GARDIENS.
    Le culte des Anges Gardiens apporte beaucoup de consolations et de courage. Ils sont partagés en divers ordres et leurs couleurs qu'ils revêtent dans mes visions sont différentes. C'est parmi eux qu'ont été choisis les sept esprits bienheureux qui se tiennent devant le trône de Dieu toujours prêts à exécuter ses Ordres.
    SAINT MICHEL
    Est toujours le plus près de Dieu le Père. Je le vois semblable à un guerrier. Sa beauté est d'une sublime élévation. Les anges de son ordre ont le même aspect que lui.
    Ces archanges assistent les martyrs pendant leurs tourments, comme aussi tous les hommes qui souffrent persécution pour Dieu. A de semblables heures, Dieu, par St Michel, envoie un Archange qui, avec l'Ange Gardien, vient au secours de celui qui est persécuté ou martyrisé.
    Que d'actes de renoncement et de mortifications héroïques, que de force de volonté chez des âmes qui ne pensent pas qu'elles sont redevables aux Anges du secours qu'elles ont reçu. Les anges sont si fidèles au service des hommes, et les hommes sont si ingrats envers les anges !
    SAINT GABRIEL
    Il est tout particulièrement le messager du Saint Esprit. Ses privilèges le mettent au même rang que Saint Michel. Il est l'ange des fils du Saint Esprit, des prêtres, des âmes qui honorent le Saint Esprit et souhaitent le servir dignement. Les prêtres ne devraient pas passer un seul jour sans l'invoquer, surtout lorsqu'ils doivent prêcher. Ceux qui sont aux prises avec de grandes peines physiques et morales doivent 1'invoquer. Il nous obtient un grand amour pour la Vierge Marie. A l'heure de leur mort il viendra saluer et conduire à sa Reine les âmes qui l'auront invoqué souvent.
    La beauté de Saint Gabriel est séduisante, irrésistible, elle gagne les coeurs ; elle n'est pas aussi imposante que celle de Saint Michel.
    Une fois j'étais agenouillée devant mon Crucifix auquel je ne voyais pas le Christ suspendu, et je méditais sur l'abandon et les effroyables douleurs de Marie.
    Je pleurais amèrement sur les souffrances de la Vierge Marie lorsque je sentis un suave parfum. Ma chambre s'i1lumina, je vis St Gabriel qui me dit avec grande joie : ―Je te salue toi et tes larmes bénies‖. J'étais éblouie par l'irradiante clarté qui émanait de ―l'ange du Seigneur‖ et je fermais les yeux. Quand je les rouvris, la Vierge Immaculée était devant moi, pleine de bonté. Une fois encore, St Gabriel se tourna vers moi et dit, Tu as souffert avec Marie, réjouis-toi avec elle ! Tu n'as jamais récité le chapelet des Sept joies; fais-le donc! Le chapelet apporte de grandes joies à ceux qui le récitent et beaucoup de joie à la Reine du Ciel. Fais en part à tes amis spirituels. Salue les au nom de Jésus et dis leur que ma Reine les aime et veille en tout temps sur chacun d'eux, car ils travaillent à rependre mon culte et celui de tous les Anges ; ceci est une inexprimable joie pour la Reine des Anges.
    L'ANGE GARDIEN DE HUMMANITE DE JESUS.
    A l'Angélus saluons St Gabriel. Avec quels délices il a d'entendre les mots ―Ecce Ancilla domini‖. Voici, je suis la Servante du Seigneur, et comme il s'est profondément incliné lorsque le Verbe s'est fait chair.
    Saint Gabriel est aussi l'Ange Gardien de l'humanité de Jésus. C'est lui qui, le premier, annonça la naissance du Christ aux bergers, et il accompagna la Sainte Famille pendant sa fuite en Égypte. Au Jardin des Oliviers, il soutint Jésus dans son Agonie ; à la quatrième station du Chemin de la Croix, il se tenait près de Marie et quand Jésus mourut sur la Croix, il était près de lui. Il fut l'Ange de la Résurrection et celui de l'Ascension.
    Parce que cet Ange assista le Seigneur mourant, ceux qui vénèrent Saint Gabriel seront consolés et fortifiés par lui à leurs derniers moments. La fête de Saint Gabriel est proche de celle de Saint Joseph. Quand Saint Joseph était de ce monde, Saint Gabriel était en actives relations avec lui ; il lui communiquait les conseils et les commandements de Dieu. C'est pourquoi il est dans l'ordre divin que les têtes de l'Annonciation, de St Joseph et de St Gabriel se trouvent dans le même mois, la même octave.
    LES PREMIERS SERVITEURS DE LA VIRGINALE REINE.
    La Divine Providence ayant désigné St Gabriel pour être le premier serviteur de Marie, Reine des Vierges, il demeura toujours près d'elle. Ce privilège élève Gabriel au-dessus des autres anges et on ne peut lui faire plus grand plaisir que de remercier la Sainte Trinité de l'avoir choisi pour annoncer à Marie le Mystère de l'Incarnation. Oh ! toi
    bienheureux esprit céleste, élu de Dieu pour transmettre ses ordres, je te salue avec une humble tendresse et je me réjouis au-delà de toute expression en pensant au moment où dans le Ciel je pourrai comprendre tes privilèges et ta beauté. ―Toi, rempli de grâces entre tous les Anges, toi, élu par le Seigneur, toi, le Serviteur béni de la Vierge Immaculée, je te salue mille fois au nom de Jésus et de ta céleste Reine. Je t'en supplie à l'heure de ma mort, annonce moi que j'ai trouvé grâce devant Dieu‖.
    SAINT RAPHAEL
    Saint Raphaël est le patron, le Protecteur des confesseurs et de leurs pénitents. Celui qui l'honore aura toujours un bon directeur de conscience. Il est l‘Ange de la consolation dans les difficultés de notre temps ; il est notre secours dans la détresse. Il s'intéresse d'une façon Particulière au Sacrement de Pénitence. Les gens engagés dans le sacrement du mariage ne doivent pas l'oublier.
    On représente ordinairement Saint Raphaël tenant un bâton semblable à un sceptre ; Saint Gabriel un lys ; Saint Michel un glaive et un bouclier.
    L'Archange de 1a patience à son visage tourné vers le Ciel, Ses mains sont jointes, pour Une fervente prière, sa beauté a quelque Chose d‘émouvant, je dirais presque mélancolique. Où Dieu l‘envoie, 1a résignation et la patience pénètrent les âmes. Il est des personnes auprès desquelles il séjourne presque continuellement. Ces natures privilégiées peuvent tout supporter, même l'incroyable. Partout où ses regards s‘arrêtent, il y a une croix, et il aide celui qui souffre avec courage à la porter patiemment (Ancilla était de ceux-là). Archange secourable, j‘ai besoin de toi, moi aussi. Je ne suis pas digne de demander ta visite, mais viens, pour l'amour de Dieu, afin que je ne l'offense pas par mes pensées de lâcheté et d‘impatience. Maintenant je considère davantage le privilège de cet ange. Oh ! que le Ciel doit être beau.
    LES SOUFFRANCES SONT DE TRES GRANDS BIENFAITS DES GRACES DE DIEU
    Ce matin vers trois heures, j‘ai vu l'Archange Raphaël. Il avait l‘apparence d'un pèlerin, mais son visage a une grande majesté, à laquelle se joignait une grande bonté. Je souffrais d‘une grande oppression ; il mit sa main sur mon coeur qui s'apaisa et mes souffrances diminuèrent. De, tout mon coeur, je remerciais St Raphaël lui recommandant aussitôt ―Deus dedit‖, ―B.‖ Je demandais la guérison de ―Servus Dei‖, Il sourit et me dit : ―Les désirs de Deus Dedit dont tu sollicites la réalisation seront allégés, mais il aura toujours ce souci, car le Seigneur ne le lui enlèvera pas complètement. Il y a des désirs et des soucis dont Dieu ne délivre jamais parce qu'il veut toujours être prié. Il aime par-dessus toutes les prières pleines d'abandon à sa volonté.
    Dieu est infiniment bon et miséricordieux envers les hommes et Il ne laisse rien sans récompense : à ceux qui le prient et qu'Il semble ne pas écouter Il donne de grandes grâces qu'un coeur humain ne pourrait se les représenter. La compréhension des prévenances de la bonté divine est une des plus grandes joies réservées aux âmes humaines dans la bienheureuse éternité.
    Qu'elle est grande la valeur de la souffrance ! Les souffrances sont les plus grands bienfaits et les plus grandes grâces de Dieu.
    Les hommes ne comprennent pas plus la valeur de la souffrance qu'ils ne comprennent l'extraordinaire grandeur et la puissance du prêtre. Le sacerdoce est chose si élevée, si prodigieuse, que même les hommes les plus avancés dans la voie de la sainteté mourraient de terreur et d'humiliation s'ils arrivaient à la moindre connaissance des pouvoirs du prêtre. Cette connaissance appartient à la béatitude éternelle. Il demeura muet dans une sublime contemplation.
    GARDIEN ET PROTECTEUR DU PRETRE.
    Après un court instant je lui pris la main et dis : ―Qu‘en est-il avec le Père B.‖ Il me regarda amicalement et répondit : ―Que doit-il en être ? Fidèle ouvrier dans la vigne du Seigneur il est en souci pour son séminaire, mais il doit rejeter ses soucis sur le Seigneur qui l'aidera en tout temps…‖
    Je te dis encore que l'ange du diocèse se tient devant l'évêque comme un protecteur. Il a changé son sceptre contre une épée et un chérubin l'accompagne. Malheur à ceux contre qui il lèvera l'épée des anges ! Trois fois Malheur à ceux qu'elle blessera ! La porte du Ciel restera fermée pour eux. Comme le Seigneur a dit à ses apôtres : ―Veillez et priez‖ ainsi je vous répète : ―veillez et priez ! Veillez sur les faux prophètes afin qu'ils n'entraînent pas tant d'âmes au Royaume des Ténèbres ; priez sans cesse, afin que le Seigneur relève et fortifie les faibles, qu'Il soutienne les forts pour qu'ils ne chancellent pas ... Car pour l'Église le temps de la grande tribulation est commencé.
    LES VERTUS.
    Comme leur nom l'indique, ces Anges personnifient les Vertus. Dieu les envoie à tout homme qui, de toute l'énergie de sa volonté travaille avec persévérance à son amélioration ; qui ne s'arrête pas lorsqu'il a extirpé un défaut, mais au contraire, continue à employer tous les moyens de mortification spirituelle et corporelle pour sauver son âme. Il est des prêtres qui ont continuellement un de ces anges près d'eux. Généralement, ils ont peu de soin pour eux-mêmes, ne se Ménagent point et se Mortifient sans cesse. Ils sont les préférés des Vertus.
    Maint pécheur converti est accompagné d'un de ces anges. L'ange encourage jour et nuit et le pénitent ne cesse de lui obéir, car l'ange l'oblige à persévérer par la force de vertus qu'il possède.
    Toutes les âmes attirées à la vie intérieure doivent invoquer spécialement les anges de ce choeur, car les bonnes pensées ne suffisent pas à nous rendre parfaits, il faut aussi la force de la vertu pour les mettre à exécution.
    LES PUISSANCES.
    Les anges du choeur des Puissances sont grands. Ils m'apparaissent portant une aube et une dalmatique. A peu d'exception près, ils ne servent que les prêtres. Leur force est plus intense que celle du choeur précédent. Devant eux le démon s'enfuit... Leurs Mains sont croisées Sur la poitrine, leur regard a quelque chose d'impérieux, d'irrésistible. Leur visage resplendit magnifiquement. Ce choeur mérite bien sa dénomination par la haute Majesté de ses anges.
    Ils protègent les prêtres, spécialement dans l'exercice de leur ministère ; ces anges doivent être invoqués avant la récitation du bréviaire, car ils chassent les distractions dans la prière. Pourtant, on ne pense jamais à eux: Anges, Archanges, Chérubins, Séraphins, sont invoqués alors que sont négligés les autres choeurs. Du troisième et du quatrième choeur les prêtres reçoivent une assistance spéciale dont ils ont besoin au confessionnal pour diriger les âmes consacrées à Dieu.
    Les confesseurs ont aussi besoin de ces anges lorsque des âmes spécialement aimées de Dieu sont sous leur direction.
    Les prêtres qui, jour et nuit, ont un de ces anges sont les privilégiés de Dieu, car cet Ange conduit à la connaissance de soi-même et donne un vif désir de perfection.
    Quand un prêtre est gardé par un Ange des Puissances il est à peu près certain que plus tard, il recevra un ange du choeur des Dominations. Il est arrivé qu'un prêtre dès son ordination, ait reçu un Ange des Puissances parce qu'il était appelé à une grande activité comme confesseur. Un prêtre assisté d'un Ange des Puissances exerce une particulière autorité sur les âmes et son ministère est béni. Chaque fois que leur zèle s'attiédit, l'Ange le ranime. On invoque l'assistance des Anges de ce choeur dans les sécheresses spirituelles, dans toutes les mauvaises dispositions intérieures et dans les tentations de colère et d'impatience.
    LES PRINCIPAUTES
    Chaque paroisse a un ange spécial qui appartient au choeur des Principautés. Cet Ange est grand et d'un magnifique aspect ; il est entouré d'un choeur d'autres anges
    Prosternés devant le Saint Sacrement, ils prient , jour et nuit pour les membres de la paroisse; ils veillent à ce que les mourants reçoivent les derniers sacrements et à ce que les enfants soient baptisés. Ils connaissent chaque paroissien de leur église. Ils implorent le pardon de Dieu pour chaque offense grave. Ils sont habituellement des intercesseurs.
    Ils honorent le Dieu caché dans l'hostie, si oublié des hommes et les attendant en vain. Pour réparer l'indifférence des âmes, ces Anges chantent le Sanctus d'une manière mystérieuse et sans interruption. On ne les invoque presque jamais. Le culte de ce choeur d'anges apporte la joie et l'assiduité dans la prière. Leurs traits sont gracieux et pleins d'amabilité, mais ils expriment une profonde douleur si quelqu'un reçoit la Communion indignement. En tel cas, ils se prosternent et disent des prières réparatrices.
    Aucun prêtre ne devrait négliger de Saluer les Anges de la paroisse dont il a la charge; par cette pratique il recevrait des grâces abondantes, grâces qui sont rarement méritées.
    La Fête de la Dédicace est jour de joie pour les Principautés. L'Ange de chaque église présente à Dieu les prières, les actes de piété, les mortifications, les mérites accumulés depuis la dernière fête. C'est aussi le jour où le Prince Céleste bénit 1'édifice. Cet ange n'abandonne jamais les enfants de la paroisse et prie sans : cesse Dieu pour eux ; il leur obtient courage et force. Une mère ne peut prier avec plus de ferveur que lui... et personne ne le remercie.
    LES DOMINATIONS.
    Le Sixième choeur est celui des Dominations. Ce sont les anges à qui Dieu confie ceux qui doivent enseigner, que ce soit dans la chaire d'une grande école, celle d'une église ou au confessionnal lorsqu'il s'agit de direction spirituelle. Les missionnaires sont gardés par les Dominations. Ces anges sont avec tous ceux qui s'efforcent d'étendre le Royaume de Dieu sur la terre.
    Les Supérieurs de communautés et de séminaires ont aussi un de ces Anges, à condition qu'ils soient humbles. Ces âmes doivent glorifier Dieu, c'est pourquoi un tel Ange se tient à leur côté. Dans mes visions ils ont un bouclier portant le nom de Dieu. Leur visage luit comme le soleil, leur couronne éblouit par sa magnificence. Il, faut les invoquer pour obtenir l'extension du Royaume de Dieu en ce monde par la conversion des hérétiques, des incroyants, des catholiques tièdes et de ceux qui n'en ont que le nom. Dans le découragement, ayons rebours à eux ; ils nous aideront. Mais on ne pense pas
    souvent à ces anges. Dans la Préface, on dit bien : ―Adorant Dominationes‖, mais on n'y pense pas après la Messe, et cependant ils travaillent tant pour agrandir le Royaume de Dieu.
    Quand j'avais neuf ans, il m'arrivait fréquemment de plaindre les Anges parce qu'ils étaient honorés dans la Préface, en paroles, mais presque jamais avec le coeur. En compensation je récitais chaque jour neuf Ave en l'honneur des neuf choeurs et trois Gloria pour tous les prêtres afin qu'ils aient une connaissance plus grande des Anges et de leurs privilèges. Je suis restée fidèle à cet exercice, il apporte beaucoup de consolation, et en retour Dieu nous donne le don d'oraison.
    LES TRONES
    Le Septième Choeur, les Trônes, est le Choeur Royal. Chaque diocèse, chaque royaume, chaque communauté, a un ange spécial choisi dans les Trônes.
    Ces anges m'apparaissent semblables à des rois. Leur visage est empreint de noblesse et de majesté surnaturelle. Malgré leur aspect majestueux, leur regard fixe le Ciel avec humilité et ardente ferveur.
    Ils présentent sans cesse au Tout-Puissant les prières de leur royaume. Ils offrent à 1a Sainte Trinité tous les renoncements, les sacrifices, les mortifications qu'exerce chaque coeur humain et les ennoblissent, les sanctifient par leurs propres prières. Leur souveraineté consiste en ce perpétuel dévouement ; leur règne dans la plus profonde humilité ; leur couronne dans un brûlant amour.
    Par le vouloir de Dieu il est fait mention d'eux dans la Préface, sinon ils ne seraient jamais nommés. Il y a quelque chose de silencieusement tragique dans le service des anges : Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour l'humanité coupable et les malheureux hommes, pauvres de foi, sont de glace ; ils les oublient en prétendant que leur existence est un conte gracieux. Les Anges nous servent sans relâche ; ils n'attendent aucun remerciement et en reçoivent rarement. Pourtant, la dévotion aux Saints Anges nous aiderait à atteindre la perfection, la sainteté.
    LES CHERUBINS
    Sont les glaives du Seigneur. Leur vêtement est de resplendissante et pure lumière. Leur face est sévère et comme expression ressemble à St Michel. Il sont ceinturés de feu et leur main droite tient une épée à lame de feu. Leur couronne est faite de rayons de soleil. Ils personnifient le zèle de la gloire de Dieu et l'arme toujours prête à la défendre. Quand Dieu eût chassé Adam et Eve du Paradis Terrestre, des Chérubins en gardèrent l'entrée dit l'Écriture Sainte.
    Je Crois que des Chérubins doivent veiller sur le Souverain Pontife.
    Dans les tentations de doute, d'impureté, de scrupules, Il est bon de les invoquer. J'ai vu que cette dévotion avait des résultats surprenants.
    LES SERAPHINS
    Et voici le choeur bienheureux des Séraphins. Que dois-je en dire ? Ils sont amour et servent l'Amour. Ils honorent, ils louent, ils aiment la Sainte Trinité sans interruption. Ils ne peuvent faire autre chose, et c'est leur béatitude. Leur amour s'enflamme de jour en jour et d'heure en heure, un plus grand amour qui les a choisis pour son service et sa louange. Quel coeur ne désirerait pas être rempli d‘amour en méditant les sublimes fonctions des Séraphins ? Qui n‘envierait ces Anges bienheureux entre tous, qui, de toute éternité ont été créés pour aimer l‘éternel Amour, source de tout Amour ? Quel magnifique holocauste d'amour sont ces anges qui sans cesse brûlent sans se consumer et qui peuvent se plonger toujours, éternellement dans l‘Amour. Quand on contemple la splendeur des Anges on voit mieux combien la terre est petite et l'humanité misérable ; alors, celui qui médite, pressent la perfection du Créateur et de son Amour sans limite qui livra son Fils pour nous sauver. Par la dévotion aux Anges, nous nous rapprochons de Dieu. Pourquoi les Anges sont-ils si peu honorés et aimés ?
    L’ANGE GARDIEN MAITRE ET AVERTISSEUR.
    …L'Ange sourit... dis à ―Servus Dei‖ qu'il y a beaucoup d‘âmes qui n‘ont d'autres désirs que de trouver Dieu et le servir. Dis lui qu‘il est dans ce, monde beaucoup plus d‘innocence et de sainteté qu‘il le croit. La vie de sacrifice de telles âmes monte comme un encens vers le Ciel et réjouit le Coeur de Dieu.
    Ce matin, de bonne heure, avant l'Angélus, mon Archange me dit : ―Tu ne dois désirer rien d‘autre que d‘appartenir à Dieu. En même temps il ne conseilla d‘éviter les examens de conscience inutiles et d'être attentive à commencer et à terminer mes actions et mes paroles en Dieu. Lorsque j‘ai répliqué que je trouvais cela très difficile, car il faut exercer une particulière attention, il dit : ―Pour Dieu et Sa volonté, rien ne doit être trop difficile pour toi. Plus la lutte sera vive, plus le repos conquis sera profond et heureux. Délivre ton coeur de ce qui est terrestre et Dieu viendra y demeurer. Donne tout ton coeur à ton Créateur et Maître et Il te donnera tout son Amour‖.
    Mon Archange me disait hier : ―Il ne faut pas renouveler une confession générale quand elle a été déjà faite avec une bonne préparation et une ferme volonté de bien se confesser. Non seulement c'est tout à fait inutile, mais c'est perdre un temps précieux. L‘âme ne doit pas toujours penser à la sévère justice de Dieu, mais aussi à son immense miséricorde. Si : ―O Dieu, que de cette visite, de cette conversation il me vienne joie ou peine, j‘accepte tout et ne veux pas autre chose que t'honorer et te servir‖.
    PRIE POUR L'ACCROISSEMENT DE TES PEINES.
    Aujourd'hui, après le repas, je m'assis dans ma chambre et voulus réciter mes habituels neuf Pater et Ave en l'honneur des neuf Choeurs des Anges. Je pensais à mon Archange. Soudain je le vis devant moi ayant une expression sévère que je ne lui connaissais pas. ―Tu t'assieds pour prier, dit-il, et tu as pensé auparavant : ―comme je suis fatiguée, je me réjouis de l'idée que d'ici le mois de Mai je pourrai me reposer dans l'Éternité‖. Comment est-il possible que toi, favorisée par Dieu de tant de souffrances, tu penses si facilement à quitter cette vie. Nous, les Anges ne pouvons jamais souffrir pour Dieu et par Sa Volonté. Si nous étions capables d'éprouver de l'envie, nous aurions ce sentiment envers les humains parce qu'ils peuvent souffrir.
    Va tout de suite demander pardon au Saint Sacrement de mésestimer cette précieuse vie de souffrances dont Dieu te gratifie... En te confessant, n'omets pas de t'accuser de ton peu d'estime des grâces de Dieu".
    Ayant rassemblé mes forces, je me rendis à l'église où, de tout mon coeur et en pleurant, je priais Dieu de me pardonner. Je demandais aussi à mon ange de ne plus être fâché. Il ne se montra, pas. Puis devant mon Crucifix je priais le Seigneur de dire à l'ange que je m'étais repentie autant que possible et qu'il ait compassion de ma faiblesse. Alors le Crucifix sourit et s'inclina profondément vers moi. J'éprouvais un vif désir de m'appuyer sur Jésus, et je le fis. Je reconnus mon coupable découragement, et comme j'avais tort de demander la délivrance de mes peines pour nous pauvres pécheurs, et comme une âme s'élève dans la grâce et dans l'Amour Divin lorsqu'elle souffre, patiemment soumise à la Volonté Divine. Je fus par un ardent désir de souffrir et de vivre longtemps si telle était la volonté de mon Amour crucifié. Je pris courage et dis : ―Seigneur, laisse-moi vivre et souffrir encore longtemps‖. Le Seigneur me regarda avec une indicible tendresse. Je ne le voyais plus crucifié mais ressuscité, et je dus fermer les yeux. Le Seigneur éleva la main droite, et je vis, devant moi, un grand et bel Ange tenant une lumière dont la flamme était si infime qu'elle semblait sur le Point de s'éteindre. Je dis : ―Ah ! Seigneur comment ce Séraphin ose-t-il, paraître devant toi avec une si faible lumière ?‖ Le Sauveur me répondit avec une grande bonté ―N'as-tu pas aujourd'hui, caressé l'espoir de mourir bientôt ? Cette lumière symbolise ta vie. Veux-tu qu'elle s'éteigne Vite ?‖ Je répondis avec vivacité : ―Seigneur qu'elle s'éteigne aujourd'hui ou dans de nombreuses années, pourvu que Ta Sainte Volonté s'accomplisse‖. Le Seigneur jeta un regard plein de force créatrice sur la pauvre lumière qui grandit aussitôt. Je dis alors ―Que ta Volonté soit faite, O cher Seigneur, sur la terre comme au Ciel‖.
    OFFRE TES MAUX A L'ENFANT
    ... Les trois Rois furent les premiers hommes qui honorèrent Marie en tant que Reine. En contemplant ce tableau, j'éprouvais une grande douleur à la pensée de nos graves et nombreux péchés, volontiers j'aurais apporté une offrande comme je le voyais faire aux trois rois, mais je n'avais rien. Alors je vis mes deux Anges, le compagnon de Gabriel tenait en main une large coupe d'or, et mon ange gardien y déposa un frêle rameau de myrrhe. Et l'Ange me dit : ―offres tes maux à l'Enfant. Je saisis la coupe et je priais l'Enfant de daigner y déposer la myrrhe de ses souffrances afin que je puisse la lui offrir car ce que j'avais était trop peu do chose L'Enfant sourit et bénit mon minuscule rameau qui grandit prodigieusement et se couvrit de roses rouge sombre. Leur céleste parfum me remplit de délices et j'oubliais toutes mes douleurs...‖
    C'EST A LUI QUE TU ES SOUMISE ET NON A MOI.
    ... La fonction d'un directeur spirituel est si haute que nous, les Anges, en sommes étonnés. Par ton obéissance, tu honoreras et serviras Dieu.
    ... Aujourd1hui comme je quittais ma chambre pour me mettre route, un Ange merveilleusement beau parut devant moi. Il ressemblait à un lévite, les bras croisés sur la Poitrine, les regards levés au Ciel dans une attitude suppliante...
    ... Pour lui être agréable, je récitai : Ave Maria Gratia Plena, Dominus tecum... Il étendit les mains et me regarda avec une céleste bonté. Puis il dit : ―Je suis l'ange que Dieu envoie à ceux qui souffrent ; maintenant je viens à toi ; ensuite j'irai vers le P.B. puis à Deus Dedit. Ne te décourage pas et d'avance rends grâce à Dieu pour les douleurs à venir ! Il disparut.
    LES AMES PURES PLUS BELLES QUE LES ANGES
    Mon deuxième ange, celui que j'ai reçu hier matin, appartient aux Archanges. Il me fortifiera selon la volonté de Dieu, son visage est sérieux, il m'accompagnera jusqu'à la mort.
    Dans les chagrins de mon coeur j'implorais mon ange. Je le vis avec le compagnon de Gabriel, dans leur céleste et noble beauté. Oh ! Leur dis-je comme vous êtes merveilleusement beaux. Et vous devez être encore plus beaux que je ne vous vois, certainement, si je vous voyais dans tout l'éclat de votre splendeur, je devrais mourir. Le frère de Gabriel répondit : ―Oui, c'est vrai, mais la beauté des élus est plus grande que celle des anges parce qu'ils ont pu souffrir pour Dieu‖. Je repris : ―Comme les âmes do mon directeur et de son ami doivent être belles ...‖ Tu n'as qu'une faible idée de la magnifique beauté de ces âmes. Si Dieu te la dévoilait toute tu ne saurais pas si c'est lui-même que tu voie. Il en est ainsi pour toute âme pure. Les âmes sacerdotales ont une
    splendeur toute particulière, merveilleuse en son rayonnement ; ce n'est qu'au Ciel qu'elles se verront. Et ce sera une grande part de leur bonheur et de leur éternelle jubilation‖.
    PLUS DE VALEUR Q'UN SAC REMPLI DE PIECES D'OR
    Pourquoi Deus Dedit s'attriste-t-il inutilement de ne pouvoir être Plus charitable (me dit l'Archange) Dieu ne regarde pas la grandeur du don, mais la bonne volonté. Un seul mot de bonté sincère dit à un affligé à plus de valeur qu'un sac de pièces d'or.
    LES ANGES DANS LA VIE DES SAINTS.
    Ce matin pendant mon oraison, je vis Saint Jean Népomucène. Dion Archange me dit que l'on n'invoque pas assez ce glorieux martyr. Il est non seulement le patron des confesseurs, mais celui des âmes calomniées. Les prêtres doivent l'invoquer tout spécialement pour leurs calomniateurs. Mon Archange me recommanda cet exercice pour moi-même...
    LES ANGES ET LES AMES DU PURGATOIRE.
    Ce soir mon ange me fit parcourir une partie du Purgatoire. C'est épouvantable ! Que sont toutes les souffrances de la terre en comparaison ! Qu'est ce que le feu le plus ardent en comparaison de ce brasier consumant et sans flammes! Je parvins à la dernière place et j'y vis une parente que l'on croyait, à tort, bienheureuse depuis long temps... Elle est au nombre de ceux qui doivent souffrir le plus longtemps et pour qui les messes ne sont guère plus qu'une goutte d'eau car la Justice de Dieu ne permet pas que les mérites de nos prières leur soient appliqués. Elles mêmes n'accepteraient pas ce soulagement car elles savent que la Justice Divine exige qu'elles expient par ces tourments. C'est une partie du Purgatoire où les anges eux-mêmes ne peuvent pénétrer qu'à certains moments de l'année liturgique, pour consoler leurs protégés d'autrefois; un lieu rempli d'inexprimables soupirs et de larmes ardentes ; un lieu qui serait l'enfer s'il n'y avait l'espérance, et la certitude de ne pouvoir, en aucun cas, y rester plus longtemps que jusqu'au Jugement Dernier. Oh ! les pauvres âmes. Je voulus tendre la main à l'une d'elles pour l'attirer à moi et la consoler, mais mon ange me retint en disant : ―Ne la touche pas! Tu brûlerais et tomberais en poussière; malgré toute ta force, ton corps ne pourrait supporter ce feu‖.
    ... De plus ce lieu est rempli d'épaisses ténèbres; je n'y aurais rien aperçu si la gloire de mon ange ne m'avait éclairée. Les pauvres âmes qui sont dans ces horribles ténèbres doivent cependant, être estimées heureuses, car la plupart de ceux qui ont commis des péchés semblables aux leurs sont damnés ; leurs péchés ressemblent à celui de Lucifer.
    Au dernier moment, un mourant peut encore, par une grâce spéciale de Dieu, faire acte d'amour parfait, et traverser seulement le Purgatoire.
    Je vis une âme qui, à mon avis, devait expier longuement car, pendant sa vie elle avait gravement offensé Dieu par ses imprécations, ses colères et ses vices. Quand j'ai demandé à mon ange quelle serait la durée de l'expiation pour cette âme, il dit en souriant : ―Dans cette heure même cette âme entrera dans la joie éternelle‖. Et comme je m'étonnais car elle était entrée seulement la veille dans son éternité, il m'expliqua que cet homme, à ses derniers moments, sur le point d'être jugé, ressentit un si ardent amour et une si vive contrition, lui qui avait tant aimé la vie et en avait tant joui, se réjouit de mourir parce qu'il ne pourrait plus offenser le Sauveur.
    Je demandais s'il aurait un moindre degré de béatitude et l'ange me répondit : ―Non, son trône sera dans le choeur des Séraphins‖. Durant sa vie il n'avait jamais refusé l'aumône à un pauvre. Bienheureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde !
    La veille de la fête du Saint Nom de Jésus, un nombre incalculable d'âmes entrèrent au Ciel...
    Il me vint soudain la pensée d'offrir toutes les sueurs d'angoisse à la Justice Divine en faveur des Pauvres âmes du Purgatoire.
    Je suivis cette inspiration et demandais aux neuf choeurs des Anges de m'aider dans cette prière. Ma prière fut fervente et pressante comme elle ne l'avait jamais été... je voulus m'interrompre, mais mon ange me dit : ―Prie encore, prie jusqu'à ce que soit délivrée l'âme à laquelle Dieu applique tes prières‖. Mon âme fut si profondément émue que je ne trouvais plus d'autre prière que : ―O Jésus ! Miséricorde, Tu dois être miséricordieux, car Tu as voulu mourir pour nous, pauvres créatures‖. Et je renouvelais cette invocation de manière toujours plus pressante avec d'abondantes larmes, car la plainte de cette pauvre âme parvenait à mon oreille. Enfin une grande Paix m'envahit et de lassitude, mes yeux se fermèrent. Alors mon ange me dit : ―Ouvre les yeux et loue la miséricorde de Dieu‖. Je vis un jeune garçon plein d'une grâce céleste qui se tenait debout devant moi.
    Il me dit : ―Ta compassion, ta prière et tes larmes m'ont ouvert les portes du Ciel. Maintenant je vais devant le Trône de Dieu. Auparavant je veux te remercier et te dire que je te rendrai ta prière au centuple. Depuis vingt et un an j'étais dans le Purgatoire, oublié de mes parents et de mes amis. A l'heure de ta mort, je viendrai t'assister‖.
    RELATIONS AVEC LES ANGES DU PURGATOIRE.
    ... Ce soir, vers cinq heures, j'étais assise à ma place habituelle près de la fenêtre, devant une image du Sacré-Coeur et je priais pour les pauvres âmes; soudain mon ange se trouva devant moi et me dit d'une manière pressante : ―Fais attention et ne t'effraie pas‖.
    On frappe doucement à la porte. Pleine d'anxiété, je dis ―Entrez‖ et le défunt K parut Il Paraissait terriblement misérable et vint jusqu'à moi près de la fenêtre. Il était très faible et très las et me dit d'une voix éteinte : ―Enfin je peux venir jusqu'à vous ! mon coeur s'en réjouit. Tous m'oublient, excepté vous. Dites donc au curé F. de ne pas m'oublier tout à fait. Chaque jour j'attends le secours de sa prière. J'ai tant prié pour lui et il commence à m'oublier. Mais maintenant, cela ira mieux puisque j'ai pu venir moi-même à vous‖.
    Je lui demandais s'il devait souffrir encore longtemps, car tant de messe ont été célébrées pour lui. Il me répondit en pleurant abondamment que, de toutes ces messes, une seule lui fut appliquée, Car il avait à B. célébré la messe à des heures trop irrégulières, de sorte que beaucoup de gens ne pouvaient y assister parce qu'ils ne savaient jamais à quelle heure elle serait dite. La Justice Divine, dit-il a voulu que ces messes me soient reprises jusqu'à ce qu'il y ait une suffisante compensation pour les omissions et les retards involontaires de ces gens.
    Je lui demandais comment je pourrais lui venir en aide. ―Par la patience et la prière‖. Je lui promis que la nuit prochaine je souffrirai et prierai pour lui avec instance jusqu'à ce qu'il soit délivré. Je lui demandais si les larmes qu'il venait de répandre ne l'avaient pas soulagé ? Il répondit : ―Toutes les souffrances de ce monde rassemblées, depuis sa création jusqu'à sa fin, ne sont rien auprès d'une seconde du plus léger Purgatoire‖. Je me séparais de la pauvre âme plaintive.
    C'était si beau et si impressionnant de voir le respect avec lequel mon ange accompagna jusqu'à la porte cette âme sacerdotale; tout à coup, cette âme disparut et mon ange et moi priâmes avec ferveur.
    Lorsque cette âme entra au Ciel, je vis qu'elle était accueillie par la Miséricorde Divine. Une voix me dit : ―Je suis la Miséricorde et celui-ci fut un de ceux qui suivirent toujours mes traces. C'est pourquoi je l'ai oint de l'huile de la joie et le conduis au bonheur éternel. Il fut miséricordieux pendant son terrestre pèlerinage ; vois, moi la Divine Miséricorde je viens au-devant de lui à l'entrée du Ciel‖.
    L'ange de la patience parut ensuite. Je le connaissais déjà. Son expression grave, je dirais même parfois douloureuse, s'était transformée en joie et il tendit au bienheureux la palme de la victoire.
    Puis encore une fois, j'entendis le splendide Alléluia du choeur des anges et je vis l'élu avancer dans l'éternelle lumière. Remplie de bonheur je restais en arrière.
    LE FAUX ANGE
    ... Aujourd'hui je me Sentais terriblement abandonnée et lasse à mourir. Toutes les peines de ma vie pesaient lourdement sur mon coeur, comme aussi l'abandon des meilleurs. Subitement, je vis devant moi une étrange apparition. Elle était enveloppée
    d'un vêtement bleu brodé d'or. Toute sa personne était belle, mais il y avait quelque chose d'indéfinissable qui me repoussait. A voix basse cette apparition commença à énumérer toutes les fautes de ma vie et me plaignit amèrement de l'impossibilité où j'étais de réparer pour le bien omis. Mon âme fut comme transpercée d'un glaive. Mais je m'apaisais quelque peu en pensant : ―Si j'écoute ces discours plus longtemps je vais désespérer ! Il est impossible qu'un bon esprit parle de cette façon. Je considérais attentivement celui qui me parlait, et comme au début, je me sentis mal à l'aise ; ses yeux étaient toujours baissés.
    Je l'interrompis brusquement dans son énumération de mes négligences - il en était à ma quinzième - année et je lui dis : ―Au nom de Jésus Crucifié, je t‘ordonne de lever les yeux et de me regarder‖. Son beau visage se crispa dans une horrible grimace, et deux yeux terribles, pleins de haine, les yeux du démon, me dévisagèrent.
    Je savais qui j'avais devant moi. Je commandais au démon de rester encore et lui dis : ―Tous les péchés dont tu m'as fait le compte je les ai commis et encore mille fois plus. Mais si mes péchés sont sans bornes en nombre et en gravité, ma confiance dans les mérites de Jésus Crucifié est aussi illimitée‖.
    Je prononçais sans y réfléchir la formule de bénédiction que j'emploie habituellement avec les âmes du Purgatoire : ―Que la Miséricorde de Dieu te console et te donne la paix‖. Le démon disparut en poussant un hurlement formidable. Mais je vis mon très aimé Père Jean se tenir devant moi, fâché et il me dit. ―Comment peux-tu adresser ce voeu de paix au démon, à lui qui ravit si volontiers la paix aux hommes et travaille toujours à troubler la paix ? Comme tu es irréfléchie pour souhaiter la paix à celui qui par un jugement de la Justice de Dieu, l'a perdue pour l'éternité !‖ Cela me fit de la peine et j'ai récité le Te Deum en l'honneur de la Divine Justice.
    NOUS AVONS TOUJOURS EPROUVE LA MERVEILLEUSE ASSISTANCEDE NOTRE ANGE GARDIEN.
    Nous ne voulons pas prendre congé d'Ancilla et des bons anges à travers le royaume desquels elle nous a conduits, en les quittant à la porte de l'Enfer.
    Nous voulons faire un retour en arrière jusqu'au trône de S.S.Pie XII et l'entendre nous dire lui-même comme il connaît son ange gardien et ce qu'il en pense. Le jour de la fête des Saints Anges, le 2/10/34, il parlait à une grande assemblée d'enfants venus de toute l'Italie. Et de quoi ? De l'Ange Gardien.
    Il rappela d'abord les paroles du Grand Serviteur de Marie, St Bernard, le chantre et panégyriste des anges gardiens.
    ―N'oubliez jamais ce compagnon de votre vie et honorez le pour sa présence, pour son dévouement, pour sa bienveillance: Ayez confiance en sa protection‖.
    En effet, l'ange de Dieu nous accompagne de sa présence ; il nous honore et nous aime par sa bienveillance et nous aide par sa protection.
    En conséquence, pour nous aussi, il a la même bonté que celle indiquée par St Bernard. Nous ne devons jamais oublier la présence de notre ange gardien ; ce Prince de la Cour Céleste ne doit jamais avoir à rougir de nous.
    Enfants ou adultes, nous ne voudrons jamais faire quelque chose qui puisse offenser celui qui a soin de nous, avec sollicitude. Jamais nous ne voudrons faire ce que nous n'oserions accomplir devant notre père, notre mère, ou le moindre de nos camarades, car partout, à chaque instant, notre ange est présent. Mais ce n'est pas tout. Sa présence est pleine de délicatesse et de bonté ; nous devons, en retour, l'honorer par notre délicate tendresse, notre soumission, notre dévotion, en y ajoutant notre reconnaissance envers Dieu.
    Nous prouverons notre pieuse confiance par une prière quotidienne, au commencement et à la fin de chaque journée, comme aussi pendant son cours.
    En cela nous ferons comme le Pape qui, de l'aurore la nuit, chaque jour de sa vie invoque son ange gardien et répète souvent cette invocation dans la journée, surtout quand des embarras et des difficultés se présentent, ce qui, naturellement, n'est pas rare.
    Nous attachons une grande importance, dit encore le Saint Père à vous déclarer hautement ce devoir de reconnaissance, car Nous avons toujours éprouvé le merveilleux secours de notre ange gardien.
    Très souvent, Nous avons vu et senti que notre ange est à nos côtés, toujours prêt à Nous soutenir et à nous secourir. Ceci, tous vos anges gardiens le font aussi pour vous chers enfants. Ils sont toujours là, toujours pleins d'amour, toujours vigilants.
    La certitude que nous sommes gardés par un Prince de la Cour Céleste, par un de ces esprits dont le Sauveur a dit en parlant de ceux des petits enfants : ―qu'ils contemplent sans cesse la majesté de Dieu‖, cette certitude, dis-je, ne doit pas nous inspirer seulement du respect et de la dévotion, mais aussi une pleine confiance.
    Cette confiance est nécessaire et doit s'affermir lorsque l'accomplissement d'un devoir pénible nous attend et que tenir de bonnes résolutions nous est difficile.
    Alors nous devons compter tout spécialement sur le secours, la défense et la Protection de notre ange gardien.
    La prière est la plus vraie et la meilleure expression de cette confiance.
    Chacune des salutaires paroles de St Bernard - conclut le Souverain Pontife — furent, dès nos premiers pas, gravés dans notre coeur par notre mère, aussitôt que nous fûmes capables de les comprendre.
    Avec la grâce de Dieu, elles nous ont toujours soutenu dans les travaux de notre existence, et Seront encore notre force et notre secours tant que le Seigneur nous accordera de vivre ici bas.
    AMEN


    MARIA CONSOLATA FERRERO 1885-1916


    Née à Turin, le 6 août 1885. Morte à Côme, le 1° septembre 1916.
    Née dans une famille très pieuse, Marie-Consolata a deux frères aînés – Jean, jeune médecin décédé prématurément en 1903, et Camille, entré dans la Compagnie des Chemins de fer – et une soeur plus jeune, prénommée Adeline. Après trois années passées à l'école communale, elle est placée avec sa soeur comme demi-pensionnaires chez les Soeurs de Saint-Joseph. Dans les cahiers où elle a noté les résumés des sermons qui la préparait à sa première communion, Marie-Consolata a écrit la prière suivante : "O bon Jésus, venez dans mon pauvre coeur, venez m'aider à élever mon édifice spirituel, bâtissez-le si beau, qu'il mérite d'être placé un jour par vous dans la céleste Jérusalem." Elle revient ensuite à l'école communale, puis poursuit ses études — après un bref passage au lycée de jeunes filles qui s'est ouvert à Turin — auprès des Dames de l'Institut du Divin Coeur. Elle fréquente à cette époque assidûment le Saint-Sacrement, et apprécie la solitude de longues promenades dans les collines qui surplombent Turin.
    Elle a environ 17 ans lorsqu'en novembre 1902, elle commence à rédiger son Journal. Elle confiera beaucoup plus tard à sa Supérieure qu'à cette époque le Seigneur lui parlait depuis longtemps déjà. Seul en 1902 son directeur, M. le chanoine Boccardo, en est informé, et c'est à sa demande qu'elle entreprend par obéissance et dans le plus grand secret la relation écrite de ses célestes communications. Elle poursuivra ce travail jusqu'à sa mort, remplissant des centaines de pages la plupart du temps au crayon, sans correction ni rature. Elle note le 25 juin 1903 la demande de Jésus : "Je veux que tu t'offres tout spécialement à mon divin Coeur pour sauver les pécheurs. En joignant tes oeuvres à la prière, tu obtiendras plus facilement ce que nous désirons avec ardeur : le salut des âmes." Elle fait don de sa personne et de sa vie, qui se partage désormais entre les douceurs divines de ces dialogues avec le Christ, et les tourments sans nombres auxquels elle accepte de s'exposer. C'est pour répondre à l'appel de Jésus ("J'ai besoin que tu me prêtes ta tête, ta vie, tes facultés, qui sont mes dons, afin que tu deviennes entièrement
    l'instrument de ma miséricorde. Le désir de voir mon adorable Coeur toujours plus connu et aimé, doit t'exciter à recevoir docilement cette mission… Accepte-la pour l'amour que tu portes à mon Coeur et afin de la remplir, entre dans l'Ordre de la Visitation") qu'elle entre en mars 1906 au monastère de Pignerol. Mais la Supérieure du monastère à laquelle elle se confie hésite à accueillir une jeune fille appelée à une mission si extraordinaire, et Marie-Consolata se voit contrainte de rentrer dans sa famille. Ce n'est que le 30 décembre 1907 qu'elle entre enfin au monastère de la Visitation de Côme, où la Mère Marie-Louise Sobrero, au courant de sa vocation particulière, l'accueille à bras ouverts.
    Elle y prend l'habit le 5 novembre 1908, en même temps que le nom de Benigna-Consolata, ce jour étant l'anniversaire de la mort de Soeur Jeanne-Bénigne Gojoz (1615-1692), soeur converse du monastère de Turin, dont la Vie écrite par la Mère Marie-Gertrude Provane de Leyni (Turin, 1846) raconte qu'il lui fut révélé surnaturellement les grâces reçues en France par Marguerite-Marie. Elle prononce ses voeux simples le 23 novembre 1909, et est admise à la profession solennelle le 28 novembre 1912. Quelques mois auparavant, un télégramme lui apprenait la mort de sa mère, dont les derniers mots écrits à sa fille étaient "Je te laisse dans le Coeur de Jésus".
    Elle vivra ces quatre années de vie religieuse comme un exemple au milieu de ses soeurs, encouragée quotidiennement par le Christ en cette voie d'humilité et de soumission totale à la volonté divine, et consacrant toujours à sa demande une demi-heure par jour à la relation écrite de ces faveurs célestes. Vie parfaite d'obéissance et de sacrifice, qu'elle explique en ces lignes reçues du Sauveur :"Bénigne, peu d'âmes marchent d'un pas rapide dans la voie de l'amour, parce qu'il y en a bien peu qui entrent généreusement dans la voie du sacrifice… Si on chancelle dans le sacrifice, on chancelle dans l'amour ; si on s'arrête dans le sacrifice, on s'arrête dans l'amour. Ma Bénigne, quand il s'agit du sacrifice, ne dis jamais : c'est assez… ce serait dire : je n'ai pas le désir d'accroître en moi l'amour. Rien n'augmente l'amour comme la croix… Je te demande seulement la mortification et surtout la mortification de l'esprit, parce que, si la mortification extérieure est une des conditions que je requiers pour accorder mes grâces, celle de l'esprit est nécessaire pour faire de plus grands progrès dans la vertu. Ma Bénigne, avec la mortification, tu me donneras des vases vides que je remplirai d'huile ; plus tu m'en donneras, plus j'en remplirai."
    En 1915, elle reçoit du Christ de nombreuses communications sur l'amour, l'humilité, la perfection, la confiance, la miséricorde, la charité, la pureté d'intention… Tous ces traités seront publiés sous le titre de Vade-Mecum sous le pseudonyme suggéré par Jésus lui-même à la religieuse : un Pieux Auteur. Le 30 juin 1916, en la fête du Sacré-Coeur, sur la demande de Jésus ("Aujourd'hui est le jour de tes épousailles avec le Dieu d'amour, le Dieu de bonté, le Dieu de miséricorde. Ma Bénigne, jusqu'ici tu as marché dans la voie
    étroite de la crainte, des peines, des angoisses, des serrements de coeur ; mon amour a voulu cette voie, il l'avait choisie pour toi ; mais en épousant le Dieu d'amour, le Dieu de suavité, tu participeras à la gloire de Dieu"), elle fait sa profession solennelle avec l'Amour, en présence de Mgr Archi et de sa Supérieure. Au début du mois d'août, elle est prise par une maladie qui l'emportera après un mois passé dans de nouvelles souffrances, et elle meurt le 1° septembre de cette année 1916


    MARGUERITE PARIGOT
    MARGUERITE DU SAINT-SACREMENT CARMÉLITE DE BEAUNE1619-1648


    L‘Enfance de Jésus est un état où l‘esprit dans la foi et le silence, le respect et l‘innocence, la pureté et la simplicité attend et reçoit les ordres de Dieu et vit au jour le jour en esprit d‘abandon, ne regardant d‘une certaine manière ni devant soi, ni derrière soi, mais s‘unissant au Saint Enfant Jésus qui reçoit tout des ordres de son Père.
    Vingt-deux ans après la mort de Thérèse d‘Avila, en 1604, six carmélites espagnoles fondaient à Paris le premier carmel thérésien français. Dès 1605, un troisième carmel était fondé à Dijon. Celui-ci fonda des carmels en Franche Comté et en Bourgogne dont celui de Beaune en 1619. Mère Marie de la Trinité y fut chargée des Novices. Mère Élisabeth de la Trinité en devint la Prieure en 1626 et donna un grand essor à ce monastère. En 1630, elle y accueillit une orpheline de 11 ans 1/2, Marguerite Parigot, d‘une famille de notables de Beaune; ce sera la Vénérable Marguerite du Saint Sacrement. Sous la conduite de ces deux Mères, la jeune novice orienta vers l‘enfant Jésus sa piété précoce. Le divin Enfant combla la « petite épouse de sa crèche » de grâces mystiques. La pratique des vertus religieuses notamment de l‘obéissance authentifiait ces expériences étonnantes chez une enfant.
    La puissance de sa prière fut bientôt connue au dehors du Carmel. En 1636, la France était attaquée au nord et à l‘est, jusqu‘à la Saône, qui constituait alors la frontière. Rien ne semb1ait devoir empêcher les armées ennemies d‘arriver jusqu‘à Beaune et d‘y commettre pillages et massacres. Les habitants de la petite ville étaient terrifiés et la prieure du carmel songeait elle aussi, à fuir le danger. Marguerite assura : « l‘enfant Jésus m‘a promis que la ville serait épargnée. » Cela se réalisa. La reconnaissance populaire se manifesta par la diffusion de la « petite couronne » préconisée par Soeur Marguerite sur
    indication céleste : trois « Notre Père » pour remercier Dieu du don qu‘il nous fit en Jésus, Marie et Joseph ; douze « Je vous salue Marie » pour honorer les douze années de l‘enfance de Jésus.
    À quelque temps de là, la France était de nouveau dans l‘angoisse : le Roi Louis XIII et la Reine Anne d‘Autriche, mariés depuis une douzaine d‘années n‘avaient pas d‘enfant. Il n‘y avait donc pas d‘héritier pour le trône ! Toute la France invoquait le Ciel ! Soeur Marguerite eut encore une révélation dans sa prière : elle affirma que la Reine allait donner le jour au futur Louis XIV. La mère et le fils en manifestèrent leur gratitude au Carmel. La réputation de Soeur Marguerite ayant ainsi gagné la Cour, elle attira l‘attention d‘un seigneur normand, le Baron Gaston de Renty. Ce pieu laïc, marié, père de cinq enfants, était toujours à l‘affût de ce qui pouvait alimenter sa ferveur. Il n‘hésita pas à se rendre en Bourgogne pour s‘entretenir avec la jeune soeur. Gagné à sa dévotion, il en donna l‘une des meilleures définitions : « l‘esprit d‘enfance est un état où il faut vivre au jour le jour, dans une parfaite mort à soi-même, en total abandon à la volonté du Père. »
    Rentré dans son manoir normand, il envoya à Soeur Marguerite un cadeau de Noël, rien moins que la statut du « Petit Roi de gloire ». (1643) En bois sculpté, peint et articulé, cette statuette peut être habillée de vêtements somptueux (elle en possède une collection), parée de bijoux et couronnée. Pour l‘honorer dignement, Soeur Marguerite obtint de ses supérieurs la construction d‘une petite chapelle attenante à l‘église du Carmel. Très vite un mouvement national de pèlerinage se manifesta en direction de l‘Enfant Jésus de Beaune, à peu près contemporain de l‘Enfant Jésus de Prague. Composée de grands seigneurs et d‘humbles gens, l‘affluence ne cessera pas jusqu‘à 1a Révolution, comme l‘attestent les très importantes archives du Carmel. Caché pendant la Révolution, il fut rendu ensuite aux carmélites qui pendant des années le conservèrent chez elles en clôture.
    Le Petit Roi de gloire a repris sa place en 1873 dans l‘église du carmel. Les visites privées ou collectives se succèdent ; une correspondance abondante de demandes parfois poignantes de prières arrive régulièrement au Carmel, avec des remerciements pour les grâces obtenues. Les murs de la chapelle sont tapissés d‘ex-votos. Certaines formes de dévotion instituées par Soeur Marguerite se maintiennent : il y a tous les 25 du mois, une prière publique de la « petite couronne » et chaque année, du 25 janvier au 2 février, une neuvaine avec homélie et récitation quotidienne de la « petite couronne ».
    Des brochures expliquent aux fidèles le sens de l‘esprit d‘enfance auquel doit conduire normalement cette dévotion à l‘enfance de Jésus. Elle n‘a pas été inventée au XVIIe siècle mais remonte au Christ lui-même :
    « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n‘entrerez pas dans le Royaume des cieux. » (Mt.18,3)


    LUISA PICCARRETA
    LAÏQUE, SERVANTE DE DIEU 1865-1947


    La Servante de Dieu Luisa Piccarreta est née à Corato (Bari) en Italie, le 23 avril 1865. Elle y mourra en odeur de sainteté le 4 mars 1947.
    Sa famille était l'une de ces familles patriarcales que l'on trouve encore aujourd'hui dans les Pouilles. Des gens qui aiment vivre à l'air des champs. Ses parents, Vito Nicola et Rosa Tarantino, eurent cinq filles: Maria, Rachele, Filomena, Luisa et Angela. Les trois aînées se marièrent. Angela, que l'on appelait "la petite Angela" resta célibataire et vécut aux côtés de sa soeur, Luisa, jusqu'à sa mort.
    Luisa naquit le dimanche in Albis et fut baptisée le jour même. Son père — quelques heures après sa naissance — l'enveloppa dans une couverture et l'emmena à la paroisse pour y recevoir son Baptême.
    Nicola Piccarreta travaillait comme métayer dans une ferme qui appartenait à la famille Mastrorilli. Cette ferme se trouvait dans une petite localité des Murge, Torre Disperata, à 27 kilomètres de Corato. Ceux qui connaissent l'endroit peuvent apprécier la solennité du silence qui règne sur ces collines ensoleillées, dépouillées et pierreuses. Luisa y passa toute son enfance et son adolescence. Le grand bon vieux mûrier au tronc percé dans lequel elle aimait se cacher pour prier loin des regards indiscrets, existe encore. C'est dans ce lieu solitaire et ensoleillé que commença pour Luisa cette grande aventure divine qui la conduira sur les sentiers de la souffrance et de la sainteté. C'est d'ailleurs là qu'elle subira les assauts du démon; des souffrances indicibles dont son corps ne saura être épargné. Pour se libérer de ses peines, Luisa se réfugiait sans cesse dans la prière, s'adressant en particulier à la Très Sainte Vierge dont la seule présence constituait pour elle une grande consolation.
    La Divine Providence conduisait la jeune fille sur des sentiers d'un tel mystère qu'il ne pouvait y avoir de joie plus grande que Dieu et la Grâce de Dieu. Un jour, en effet, le Seigneur lui dit: " J'ai remué la terre entière, regardant une par une toutes les créatures. Je voulais choisir la plus petite d'entre elles, et c'est toi que j'ai trouvée, toi, la plus petite d'entre toutes. Tu me plaisais alors je t'ai choisie; puis je t'ai placée sous la protection de mes anges, non pas pour qu'ils te fassent grandir, mais pour qu'ils veillent sur toi, toi si
    petite; ma volonté était faite et je pouvais poursuivre mon oeuvre. Ceci n'est pas pour que tu te sentes plus grande, bien au contraire; ma volonté te fera encore plus petite et tu resteras la petite fille de la Volonté Divine" (cf. Volume XII, 23 mars 1921).
    A l'âge de neuf ans, Luisa reçût l'Eucharistie pour la première fois, puis sa Confirmation. Dès lors, elle apprit à rester en prière des heures entières au pied du Saint Sacrement. A onze ans, elle fut Fille de Marie - alors en pleine floraison - à l'église Saint-Joseph, puis Tertiaire Dominicaine, sous le nom de Soeur Madeleine. Elle fut l'une des premières à s'inscrire au Troisième Ordre, dont son curé de paroisse était le fondateur. Sa dévotion pour la Mère de Dieu développera en elle une profonde spiritualité mariale, prélude de ce qu'un jour elle aurait écrit sur la Vierge Marie.
    La voix de Jésus accompagnait Luisa dans son cheminement: elle se détacha d'elle-même, de tout et de tous les autres. Vers l'âge de dix-huit ans, du balcon de chez elle, via Nazario Sauro, elle eut une vision: Jésus, souffrant sous le poids de sa croix était là, sous ses yeux. Il la regardait et lui disait: " Ame! Aide-moi!". Cette apparition suscita en elle le désir insatiable de souffrir pour Jésus et pour le salut des âmes. Commencèrent alors pour elle ces souffrances physiques qui, ajoutées aux souffrances spirituelles et morales, allèrent jusqu'à l'héroïsme.
    Sa famille, voyant tous ces phénomènes, la crut malade et fit appel à la science médicale. Mais tous les médecins interpellés à son chevet ne surent résoudre son cas, un cas aussi unique que singulier. A leur grande stupeur, Luisa, pourtant bien vivante, souffrait de rigidité cadavérique, et aucune cure au monde n'arrivait à la soulager de ses terribles souffrances. Ayant tout essayé sur le plan médical, il ne restait plus qu'un seul espoir: les prêtres. Ainsi fit-on appel à un prêtre augustin, le P. Cosma Loiodice, de retour chez lui après la condamnation des fameuses «lois siccardiennes»; et, à la stupeur générale, il suffit d'un signe de croix du père sur le pauvre corps de l'infirme pour que cette dernière retrouvât tous ses moyens. Du coup Luisa fut convaincue que tous les prêtres étaient des saints. Or, un jour le Seigneur lui dit: "non pas parce que ce sont des saints, mais parce qu'ils sont la continuité de mon sacerdoce dans le monde, tu dois te soumettre à leur autorité sacerdotale; ne les contrarie jamais, bons ou mauvais qu'ils soient". (cf. Vol. I). Luisa se soumettra à eux toute sa vie. Et elle en souffrira. Ce besoin quotidien d'avoir recours à eux pour redevenir normale était source de grande mortification pour elle. Au début, c'est d'ailleurs des prêtres eux-mêmes qu'elles subira toutes les incompréhensions et toutes les souffrances les plus humiliantes. Pour eux, Luisa était une jeune fille exaltée, une pauvre folle qui voulait attirer l'attention des autres sur elle. Il leur arrivait parfois de la laisser dans cet état pendant plus de vingt jours. Puis Luisa finit par accepter son rôle de victime et sa vie prit un nouveau tournant: le matin, elle se réveillait le corps raide et immobile. Recroquevillée au fond de son lit, personne n'arrivait à l'allonger. Impossible de relever ses bras, ni de bouger sa tête ou ses jambes. Comme nous le disions, il lui fallait la présence d'un prêtre qui, en la bénissant d'un signe de croix, aurait éliminé la
    rigidité de son corps. Sans cela elle ne pouvait retourner à ses occupations (travail de dentelle). Cas unique: ses confesseurs n'étaient pas ses directeurs spirituels. Une tâche que Notre Seigneur gardait pour Lui. Jésus préférait s'adresser à elle directement. Il l'éduquait, corrigeait ses fautes, et s'il le fallait, n'hésitait pas à lui faire des reproches, la portant peut à peu au plus haut sommet de la perfection. Luisa, sagement, fut instruite et préparée, pendant de longues années, à recevoir le don de la Volonté Divine.
    Après avoir su ce qui se passait à Corato, l'Archevêque de l'époque, Mgr Giuseppe Bianchi Dottula (22 décembre 1848-22 septembre 1892), consulta plusieurs prêtres et décida de prendre sur lui la responsabilité de cette affaire. Après mûres réflexions, il délégua un confesseur personnel en la personne de Don Michele De Benedictis, un excellent prêtre auquel la jeune fille ouvrira son âme en profondeur. Don Michele, un homme avisé, imposa des limites à ses souffrances. Luisa ne devait rien faire sans son consentement. Il lui ordonna de manger au moins une fois par jour, tout en sachant parfaitement qu'elle aurait immédiatement tout rejeté. Luisa ne devait vivre que du Divin Vouloir. Dès lors elle reçut l'autorisation de garder son lit pour toujours, victime d'expiation. Nous sommes en 1888. Luisa restera clouée sur son lit de souffrance jusqu'à sa mort, survenue cinquante neuf ans plus tard. Si Luisa acceptait jusqu'ici son état de victime, elle ne pouvait cependant garder son lit toute la journée. Il lui fallait obéir aux règles de l'obéissance. A partir du 1er janvier 1899, Luisa ne quittera plus son lit.
    En 1898, le nouvel Archevêque du lieu, Mgr Tommaso De Stefano (24 mars 1898- 13 mai 1906) décida de nommer un nouveau confesseur en la personne de Don Gennaro Di Gennaro. Celui-ci restera vingt-quatre ans à son service. Le nouveau confesseur, percevant les merveilles que produisait le Seigneur sur cette âme, ordonna à Luisa de mettre par écrit tout ce que la Grâce de Dieu opérait en elle. Toutes les raisons avancées par la Servante du Seigneur pour échapper à de telles obligations furent vaines: même ses capacités littéraires, très modestes, ne suffirent pas à la dispenser de faire ce qu'on lui demandait. Don Gennaro Di Gennaro, qui avait les idées claires, ne céda pas. Il était pourtant parfaitement au courant que la pauvre fille n'avait fréquenté que l'école primaire. Ainsi, le 28 février 1899, Luisa commença son journal, un énorme recueil de trente-six volumes! Le dernier chapitre fut achevé le 28 décembre 1939, date à laquelle elle reçut l'ordre de ne plus écrire.
    A la mort de son confesseur, le 10 septembre 1922, arriva un chanoine, Don Francesco De Benedictis, qui mourut le 30 janvier 1926, au bout de quatre ans de service. L'Archevêque, Monseigneur Giuseppe Leo (17 janvier 1920-20 janvier 1939) délégua un autre confesseur, Don Benedetto Calvi, un jeune prêtre ordinaire qui assista Luisa jusqu'à sa mort. Il partagea avec elle toutes les souffrances et toutes les incompréhensions qui l'affligèrent durant les dernières années de sa vie.
    Au début du siècle passé, la visite du Bienheureux Annibale Maria Di Francia dans les Pouilles fut une bénédiction pour nos populations. Venu chercher à Trani une nouvelle maison pour les hommes et les femmes de sa toute jeune Congrégation, il avait entendu parler de Luisa Piccarreta et avait décidé d'aller lui rendre visite. Les deux grandes âmes devinrent inséparables. Mais il ne fut pas le seul à la fréquenter. D'autres prêtres venaient la voir: le Père Gennaro Braccali, Jésuite, le Père Eustachio Montemurro, mort en odeur de sainteté, et Don Ferdinando Cento, Nonce Apostolique et Cardinal de Notre Sainte Mère l'Église. Le Bienheureux Annibale devint son confesseur extraordinaire et le réviseur officiel de ses écrits, examinés et soumis au fur et à mesure à l'approbation des autorités ecclésiastiques. Vers 1926, le Bienheureux Annibale ordonna à Luisa d'écrire un cahier de mémoires sur son enfance et son adolescence. Lui-même publia divers écrits de Luisa, dont le célèbre ouvrage L'Horloge de la Passion qui connut quatre éditions. Le 7 octobre 1928, à Corato, le couvent des soeurs de la Congrégation du Divin Zèle était achevé et Luisa, pour répondre au voeu du Bienheureux Annibale, y fut transférée. Le Bienheureux Annibale était déjà mort en odeur de sainteté à Messine.
    En 1938, la vie de Luisa Piccarreta subit un bouleversement total: Rome la désavouait publiquement et ses écrits furent mis à l'index. A la publication de la condamnation du Saint-Office, Luisa se soumit à l'autorité de l'Église. (1)
    De Rome, les autorités ecclésiastiques envoyèrent un prêtre lui réclamer tous ses écrits. Elle les lui remit immédiatement, et très gentiment. Ses écrits finirent dans les Archives secrètes du Saint-Office.
    Le 7 octobre 1938, sur ordre de ses supérieurs, Luisa dut quitter le couvent et se trouver un nouveau logis. Elle passa les neuf dernières années de sa vie dans un appartement de la via Maddalena, bien connu des personnes âgées de Corato qui assistèrent à la sortie de sa dépouille, le 8 mars 1947.
    Luisa connut une existence modeste. Elle occupait un appartement en location avec sa soeur Angelina et plusieurs autres femmes pieuses. Mais ce qu'elle possédait ne suffisait pas à payer son loyer. Alors elle faisait de la dentelle. Et ce qu'elle gagnait, en travaillant avec acharnement, lui permettait de subvenir aux besoins de sa soeur, dans la mesure où elle-même n'avait besoin ni de vêtements ni de chaussures. Sa nourriture se limitait à quelques grammes d'aliments que lui servait son assistante, Rosaria Bucci. Luisa ne demandait jamais rien. Elle ne désirait jamais rien, d'autant que son estomac rejetait immédiatement tout ce qu'elle mangeait. Mais son aspect n'était pas celui d'une mourante. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'elle respirait la santé. Non plus. Mais elle n'était jamais inerte. Ses forces s'épuisaient dans la souffrance, le travail; et pour ceux qui la connaissaient, sa vie était considérée comme un miracle permanent.
    Son détachement de tout ce qu'elle aurait pu gagner en dehors de son travail était admirable. Elle refusait l'argent et les offrandes que les autres voulaient lui donner. Au
    moment de la publication de ses ouvrages, alors que le Bienheureux Annibale était venu un jour lui remettre l'argent relatif à ses droits d'auteur, elle répondit: "Je n'y ai pas droit, car ce qui est écrit là n'est pas à moi" (cf. "Préface" du livre L'Horloge de la Passion, Messine, 1926). Lorsqu'une âme charitable s'avisait de lui envoyer de l'argent, elle le lui renvoyait immédiatement.
    L'appartement de Luisa ressemblait à un monastère. Sa porte était fermée au regard des curieux. Seules quelques personnes, animées de la même spiritualité, et les jeunes filles venant prendre des cours de dentelle, l'entouraient. De ce cénacle sortirent de nombreuses vocations religieuses. Mais cette oeuvre de formation n'était pas uniquement réservée aux filles. Il y avait aussi des garçons qui entrèrent dans les ordres et furent orientés vers le sacerdoce.
    Sa journée commençait vers cinq heures, l'heure à laquelle arrivait le prêtre pour la bénir et célébrer la messe, celle-ci était présidée par son confesseur ou par un de ses délégués: un privilège accordé par Léon XIII et confirmé par Saint Pie X en 1907. Après la messe, Luisa restait deux heures en prière. Vers huit heures, elle commençait son travail qui durait jusqu'à midi; à l'issue d'un repas frugal, elle se retirait dans sa chambre pour se recueillir. Dans l'après-midi - au bout de quelques heures de travail - elle récitait son chapelet. Le soir, vers 20h. Luisa prenait son journal et se mettait à écrire jusqu'à minuit. Elle se réveillait au petit matin, le corps immobile, bloqué, toute recroquevillée dans son lit, la tête penchée vers la droite. Et il fallait attendre l'intervention du prêtre pour pouvoir l'asseoir dans son lit et qu'elle puisse reprendre sa routine.
    Luisa mourut à l'âge de 81 ans, 10 mois et 9 jours, le 4 mars 1947, au bout de quinze jours de maladie, la seule et unique maladie que l'on ait réussi à diagnostiquer: une pneumonie. Elle mourut au petit matin, à l'heure même où le prêtre, en la bénissant, l'aurait libéré de son état. L'Archevêque du lieu était alors Mgr Francesco Petronelli (25 mai 1939-16 juin 1947). Luisa garda sa position assise. L'allonger était absolument impossible et - phénomène extraordinaire - son corps ne souffrait plus de rigidité.
    A l'annonce de sa mort, toute la population, tel un torrent en pleine crue, se déversa chez elle et il fallut faire appel aux forces de l'ordre pour contenir la foule qui, jour et nuit, venait la voir. Luisa était chère à leurs coeurs. "Luisa la sainte est morte!" s'écriait-on. Et tout le monde se précipitait. Ainsi, les autorités publiques et sanitaires acceptèrent d'exposer sa dépouille pendant quatre jours de suite, sans qu'il n'y ait aucun signe de corruption du corps. Luisa n'avait pas l'air morte. Elle était assise dans son lit, vêtue de blanc; on aurait dit qu'elle dormait car, comme nous le disions, son corps avait perdu toute rigidité. En effet, bouger sa tête, lever ses bras, plier ses mains et tous ses doigts, ne demandait aucun effort. On pouvait même soulever ses paupières et observer ses yeux; des yeux tout à fait brillants, absolument pas voilés. Pour tout le monde, Luisa était encore vivante, plongée dans un sommeil profond. Un conseil de médecins, convoqué
    pour la circonstance, prit le temps de bien examiner sa dépouille avant d'en conclure que Luisa était vraiment morte et qu'il ne s'agissait pas d'une mort apparente comme tout le monde croyait.
    Luisa disait toujours qu'elle était " née à l'envers", il est donc juste que sa mort fut "à l'envers" par rapport aux autres. Elle restera donc assise, sa position habituelle, position qu'elle gardera jusqu'au cimetière. Installée dans un cercueil aux parois de verre construit spécialement pour elle, tout le monde pouvait la voir, telle une reine assise sur son trône, toute de blanc vêtue, le Fiat posé sur sa poitrine. Plus de quarante prêtres, le Chapitre et le Clergé local, participèrent au cortège funèbre; les soeurs, à tour de rôle, la portaient sur leurs épaules, se créant un passage dans la foule immense: les rues étaient bondées. C'était incroyable. Il y avait des gens partout, sur les toits, aux balcons, et le cortège avait du mal à passer. Les obsèques de la petite fille de la Divine Volonté furent célébrées par le Chapitre au grand complet en l'Église Mère. Toute la population de Corato accompagna le corps jusqu'au cimetière. Tous voulaient ramener chez eux un petit souvenir, des fleurs. Au bout de quelques années, sa dépouille fut transférée en l'église Sainte-Marie-la-Grecque.
    En 1994, jour de la fête du Christ-Roi, Son excellence Monseigneur Carmelo Cassati, en présence d'une foule nombreuse de fidèles et de personnalités étrangères réunies en l'Église Mère, ouvrit officiellement le procès de béatification de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta.


    MARIA VALTORTA


    Maria Valtorta naquit à Caserta, le 14 mars 1897. Elle fut fille unique d‘un officier de chevalerie et d‘une ex-enseignante de français, tous deux originaires de la Lombardie.
    La fillette grandit et fut élevée successivement en divers établissements du nord de l‘Italie (Faenza, Milano, Voghera), où elle se distingua par un caractère fort, des remarquables qualités naturelles et par une extraordinaire ouverture spirituelle. Elle compléta sa formation dans le renommé Collège Bianconi de Monza.
    Pendant la première guerre mondiale elle s‘était enrôlée comme infirmière-samaritaine à l‘Hôpital Militaire de Florence, ville où elle résida longuement et fut marquée par de très dures épreuves. Le premier bourreau fut sa terrible maman qui, par deux fois, brisa son légitime rêve d‘amour. Enfin un voyou anarchiste lui asséna dans la rue avec une barre de fer un coup
    dans les reins. Elle s‘en était partiellement remise dans un séjour de deux ans à Reggio Calabria auprès de cousins aisés et affectionnés.
    En 1924, établie avec ses parents à Viareggio, elle s‘engagea dans sa paroisse comme déléguée d‘Action Catholique auprès de la jeunesse féminine. Ses souffrances augmentaient et ses ascensions d‘âme aboutissaient en offrandes héroïques d‘amour pour Dieu et pour l‘humanité.
    La vraie mission de Maria Valtorta, celle de la mystique écrivain, a mûri et s‘affirma dans les années centrales de sa longue infirmité, qui l‘a tenue clouée au lit depuis 1934 jusqu‘à sa mort, survenue à Viareggio le 12 octobre 1961.
    En 1943, infirme depuis neuf ans, en se conformant à l‘injonction de son confesseur, Maria écrivit son Autobiographie. C‘est là que se révéla son talent littéraire. En quelques mois elle remplit, d‘un seul jet, sept cahiers manuscrits en racontant sans détours sa vie, humaine jusqu‘à la passionalité, ascétique jusqu‘à l‘héroïsme. Aussitôt que cette tâche fut achevée, débuta une prodigieuse carrière d‘écrivain.
    Assise dans son lit, Maria Valtorta écrivait d‘un trait, de sa propre main, des cahiers, sans en organiser d‘avance la matière, sans corriger ensuite ce qu‘elle avait écrit. Souvent elle alternait le récit de l‘oeuvre majeure avec celui d‘autres sujets qui, ensuite, ont donné corps à des oeuvres mineures. L‘oeuvre majeure de Maria Valtorta, publiée en dix volumes, est L’Évangile tel qu’il m’a été révélé.
    Celles-ci, mise à part l‘Autobiographie, ont été publiées sous les titres suivants:
    — Les Cahiers de 1943, I Quaderni del 1944, I Quaderni dal 1945 al 1950: Sur divers sujets d‘ascèse, d‘exégèse, de doctrine, incluant des descriptions des scènes évangéliques et du martyre des premiers chrétiens;
    — Le livre d’Azarias: Commentaire des textes liturgiques (à l‘exclusion des Évangiles) du Missel Romain des fêtes et des dimanches;
    — Leçons sur l’Épître de Saint Paul aux Romains.
    AMICE PICARD LAÏQUE, MYSTIQUE BRETONNE+ 1653
    Marie-Amice Picard sortait du peuple, comme Armelle Nicolas. Elle était de la paroisse de Guiclan, au diocèse de Léon, où sa mémoire est restée en odeur de sainteté. Elle garda d‘abord les troupeaux et prit ensuite le métier de tisserande.
    À l‘âge de sept ans, elle entendit un sermon où le prédicateur exposait les mérites de la virginité et du martyre, et l‘enfant se sentant embrasée d‘amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ demanda aussitôt trois grâces à Dieu: la première de faire en tout sa volonté,
    le seconde de vivre et de mourir vierge, la troisième de souffrir les tourments des martyrs. Elle fut merveilleusement exaucée.
    À mesure qu‘elle grandit, Amice Picard répondit toujours aux aspirations divines, dans les plus cruelles épreuves imaginables ; elle repoussa toutes les demandes en mariage que ses parents voulaient lui imposer ; elle résista victorieusement toute une nuit aux tentatives criminelles d‘un scélérat qui, l‘ayant rencontré sur la grand‘route, au retour d‘un pèlerinage, essaya de la déshonorer, le couvrit de blessures et faillit la tuer ; enfin, après une vision affreuse de l‘enfer, abîme de feu ouvert au centre de la terre, où les pécheurs tombaient comme grêle, elle offrit héroïquement à Dieu, pour leur conversion, toutes les peines de corps et d‘esprit auxquelles il voudrait la soumettre.
    À l‘âge de trente-quatre ans, elle commença d‘éprouver, aux jours de leurs fêtes, tous les tourments successifs des martyrs ― 7 août 1635 ― et, pendant dix-huit ans qu‘elle vécut miraculeusement, au milieu de ces supplices dont un seul aurait dû terminer sa vie, elle ne prit d‘autre nourriture que la sainte Eucharistie. Elle rejetait les aliments qu‘elle essaya parfois d‘avaler, par obéissance à son confesseur. L‘autorité ecclésiastique la fit transporter à Saint-Pol-de-Léon, où elle fut soumise aux examens, aux contradictions et à la persécution des hommes, comme la chose devait arriver, privée même des sacrements, mais reconnue enfin comme une extatique très loyale et très chrétienne, après informations juridiques de l‘évêque, Mgr Cupif.
    Le vénérable P. Munoir, le missionnaire breton, a écrit sa vie extraordinaire qui n‘a pas encore été publiée : c‘est le témoignage d‘un saint. Celui du vénérable Michel Le Nobletz, l‘Élie de cet Élisée, l‘avait précédé, de vive voix, en plus d‘une circonstance remarquable.
    Amice Picard endurait donc sensiblement les souffrances inexprimables des martyrs, au fur et à mesure de leurs anniversaires, de sorte qu‘on a pu l‘appeler un martyrologe vivant. Le supplice commençait la veille des fêtes, à l‘heure des premières vêpres. La patiente se sentait disloquée dans tous ses membres, comme sur un chevalet, flagellée, écorchée vive, criblée des flèches aiguës, brûlée sur un gril, plongée dans l‘huile bouillante, décapitée même, comme un saint Cyriaque, un saint Barthélemy, un saint Sébastien, un saint Laurent, un saint Jean l‘Évangéliste, un saint Jean-Baptiste. On compta sur son corps jusqu‘à cent dix-sept blessures, à l‘occasion d‘une fête de saint Sébastien ― 1641.
    Dans la nuit qui précéda la messe des saints Marcellin, Pierre et Erasme, elle fut frappée de fouets plombés, roulée ensuite sur des verres cassés, bouillie dans une chaudière pleine d‘huile et de résine. On trouva, le matin, tout son corps écorché et enduit de ces matières : ses vêtements en étaient imprégnés ― 1er juillet 1641.
    Amice participait même à la Passion du Fils de Dieu et, le vendredi saint 1639, au rapport du V. P. Maunoir, « tous ceux qui étaient dans sa chambre, entendaient les coups, comme
    si l‘on eût fiché des clous dans du bois », et ils voyaient « le sang ruisseler sur son front et sur son corps ». Une demi-heure avant midi, elle parut crucifiée, les brans et les jambes allongés, immobiles et raides. Le sang sortait des plaies de ses mains, en forme d‘écume. La nuit du jeudi saint au vendredi saint ― 1649 ―, elle demeura tout le temps les bras en croix, avec des extensions incroyables, le visage meurtri et enflé.
    Ordinairement le jour même de la fête, elle était délivrée de tous ces maux, et, après la communion, elle tombait en extase et contemplait le bonheur des saints. C‘était la guérison miraculeuse et la récompense. Elle avait aussi un céleste consolateur, saint Jean l‘Évangéliste. Il la guérissait de ses blessures mortelles, il l‘encourageait contre les assauts des démons qui étaient ses bourreaux, il la soutenait dans ses peines, il la reprenait de ses fautes légères, il lui rappelait la pensée du sacrifice pour la conversion des pécheurs et la gloire de Dieu. La veille de sa fête ― 5 mai 1641 ―, « elle fut jetée dans une chaudière d‘huile bouillante où elle sentit des souffrances intolérables, mais son consolateur les supprima en un instant et, le lendemain, elle fut ravie en extase, pendant deux heures. Saint Jean lui présenta deux couronnes, l‘une de rayons éclatants et l‘autre d‘épines douloureuses, la priant de choisir, comme autrefois son ange présenta une couronne de roses et une couronne d‘épines à sainte Rose de Lima. Sainte Rose choisit la couronne d‘épines : mais Amice Picard répondit qu‘elle voulait seulement ce qu‘il plairait à Dieu de lui donner, et Dieu lui fit entendre qu‘elle devait supporter d‘abord la couronne d‘épines pour avoir la couronne de rayons ».
    Amice Picard avait des visions admirables du paradis, du purgatoire et de l‘enfer.
    La veille de la Toussaint ― 1638 ―, elle endura, pendant dix heures, quelques-unes des peines du purgatoire et entrevit celles de l‘enfer qui la remplirent d‘horreur et d‘effroi. Le jour même de la fête elle resta sept heures en extase et contempla la félicité des bienheureux.
    Le 19 mai 1641, jour de la Pentecôte, elle vit le ciel ouvert et, dans cette large ouverture, une foule de petits anges resplendissants qui portaient des roses blanches, et ces roses répandaient un parfum enivrant. Puis il tomba des nues quantités de lumières et de flammes, comme la neige en hiver, sur les habitants de la terre : les uns les recevaient sur la tête, les autres sur la poitrine, les autres sur les bras ou les mains. Et parfois ces feux mystérieux se retiraient brusquement, au moment d‘atteindre les parties qu‘ils visaient et ils retournaient d‘où ils étaient venus. La voyante reconnaissait des personnes qui étaient mortes, dans le purgatoire et au ciel. Elle vivait d‘ailleurs autant au ciel que sur la terre, et même davantage, puisque le pain des anges lui suffisait comme nourriture, et qu‘elle vivait en Dieu et de Dieu à l‘instar des martyrs, au milieu de toutes les tortures et de toutes les épreuves possibles.
    M. de Trébodennic, archidiacre de Léon, fut son hôte, son directeur et son protecteur pendant la moitié de sa vie, et durant son séjour à Saint-Pol : mais elle eut encore, les
    derniers temps, pour sa sauvegarde, un ange gardien terrestre sous la figure d‘un enfant de quatre ans, nommé Yves Lucas, filleul de l‘archidiacre, d‘une innocence, d‘une piété et d‘une intelligence surhumaine qui découvrait les mauvais anges, bourreaux d‘Amice, et les chassait avec la croix ou l‘eau bénite. Tout devait être extraordinaire et surnaturel dans la vie d‘Amice Picard et dans sa mort elle-même.
    Elle mourut, le jour de Noël 1652, dans une extase, après avoir souffert plusieurs jours d‘avance une agonie qui rappelait celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ au Jardin des oliviers, car elle était en proie à une tristesse, un délaissement intérieur et une frayeur du jugement inexplicable.
    Elle reçut les derniers sacrements avec une sainte ardeur. Sur sa demande, Mgr Henri de Laval du Bois-Dauphin, le nouvel évêque de Saint-Pol, vint lui donner sa bénédiction, escorté de ses chanoines, en sortant de la grand‘messe, et présida lui-même ses obsèques, avec tout le clergé séculier et régulier de la ville, au milieu d‘un concours innombrable de peuple, accouru de toutes parts. Le corps de la sainte fut inhumé à la cathédrale, dans la chapelle de Notre-Dame de Caël.
    Ainsi, l‘autorité religieuse la plus haute du diocèse consacra autant que possible le souvenir de ses vertus et de ses actes surnaturels.
    Hippolyte Le GOUVELLO : In ―Armelle Nicolas, dite la Bonne Armelle.


    BIENHEUREUSE ANNA MARIA TAÏGI
    ÉPOUSE ET MÈRE, TERTIAIRE TRINITAIRE(1769-1837)


    Née à Sienne, Anna-Maria Gianetti suivit son père à Rome où des revers de fortune l'avait contraint d'aller se fixer. La petite passa à peine deux ans à l'école où elle n'apprit qu'à lire. Ses parents faisaient retomber leur amertume sur leur fillette, mais l'angélique pauvrette redoublait de douceur envers eux.
    Anna-Maria entra très tôt en service afin d'aider ses parents. Elle grandissait, pieuse, travailleuse et coquette, prenant plaisir à se parer. Domenico, qui travaillait au jour le jour au palais Chigi, homme honnête, rude et prompt à la colère, offrit de l'épouser; Anna-Maria accepta sa proposition de mariage.
    Dans les premiers temps de son ménage, elle conserva ses habitudes mondaines, aimant à fréquenter le théâtre des marionnettes et à porter des colliers de verroterie. Après trois ans de cette vie ainsi partagée entre l'amour de Dieu et l'amour du monde, Anna-Maria se
    confessa au Père Angelo de l'Ordre des Servites, se convertit totalement et, avec l'assentiment de son mari, elle se fit recevoir dans le Tiers-Ordre des Trinitaires. Domenico ne demandait qu'une chose: que la maison soit bien tenue et paisible !
    Or, les parents d'Anna-Maria vinrent partager la vie du jeune foyer. Depuis leur arrivée, les scènes de criailleries qu'elle apaise de son mieux se répètent tous les jours, car sa mère acariâtre cherche sans cesse querelle à son gendre qui s'emporte facilement. Atténuant les heurts le mieux possible, elle s'empresse auprès de son époux trop vif qui jette le dîner par terre avec la table quand un plat lui déplaît. Après la mort de sa mère, son père vit aux dépens de sa fille et multiplie disputes sur disputes. Lorsque la lèpre l'atteint, la bienheureuse Anna-Maria le soigne tendrement et l'aide à mourir chrétiennement.
    Pour leurs sept enfants, la maison risquait de devenir un enfer, mais la bienheureuse demeurait si surnaturellement douce, que Domenico affirmera que c'était un vrai paradis chez lui, et que l'ordre et la propreté régnaient partout dans son pauvre gîte. Anna-Maria se levait de grand matin pour se rendre à l'église, et communiait tous les jours. Lorsqu'un membre de la famille était malade, pour ne donner à personne l'occasion de se plaindre et de murmurer, elle se privait de la messe et de la communion. Pour suppléer à cette privation involontaire, elle se recueillait pendant les moments libres de la journée.
    La bienheureuse Anna-Maria Taïgi tenait ses enfants toujours occupés. Après le souper, la famille récitait le rosaire et lisait une courte vie du Saint du jour, puis les enfants se mettaient au lit après avoir reçu la bénédiction. Le dimanche, ils visitaient les malades à l'hôpital. Sa tendresse maternelle ne l'empêchait pas d'appliquer fermement les sanctions méritées, telles la verge ou le jeûne. Ses enfants profitèrent avantageusement de cette éducation si équilibrée et devinrent vite l'honneur de leur vertueuse mère et le modèle de leurs camarades.
    Sa délicatesse envers les humbles était exquise. Elle nourrissait sa servante mieux qu'elle-même; à une qui cassait la vaisselle par maladresse, elle disait gentiment : « l faut bien faire gagner la vie aux fabricants de faïence ».
    Lors de sa réception comme membre du Tiers-Ordre de la Sainte Trinité, la bienheureuse s'était offerte comme victime expiatrice pour les péchés du monde. En retour de cette généreuse offrande, Dieu lui accorda la vision permanente d'un globe ou soleil lumineux dans lequel elle lisait les besoins des âmes, l'état des pécheurs et les périls de l'Église.
    Ce phénomène extraordinaire dura quarante-sept-ans. Surprise au milieu de ses occupations domestiques par les ravissements et les extases, Anna-Maria s'efforçait vainement de s'y soustraire. Grâce à elle, les malades avertis de leur fin prochaine mouraient saintement. Comme le sort des défunts lui était révélé, sa compassion pour eux lui inspirait de multiplier ses pénitences afin de libérer au plus tôt ces pauvres âmes qui venaient la remercier de leur délivrance.
    Bien que la bienheureuse Anna-Maria Taïgi souhaitait ardemment rester ignorée de tous, une foule de visiteurs composée de pauvres, de princes, de prêtres, d'évêques, du pape même, accourait pour demander conseil à sa sagesse inspirée. Simple et humble, elle répondait tout bonnement en se dérobant aux louanges, refusant toujours le plus petit cadeau.
    Or, celle qui répandait ainsi la sérénité et la lumière autour d'elle, fut privée de consolation spirituelle pendant vingt ans, et éprouvait le sentiment très net d'être reléguée en enfer. Pendant sept mois, les angoisses et les ténèbres de son âme s'étant accrues, Anna-Maria Taïgi expérimenta une véritable agonie, n'en continuant pas moins à diriger sa maison comme si de rien n'était.
    Malgré ses doigts devenus si douloureux, elle cousait beaucoup afin d'assurer le pain quotidien de la maisonnée. La femme du gouverneur de Savoie qui avait obtenu tant de grâces par les prières de la servante de Dieu, voulut lui donner une forte somme d'argent, mais la bienheureuse la refusa catégoriquement.
    Le Lundi-Saint, dans une extase, Anna-Maria apprit qu'elle mourrait le Vendredi-Saint. Après avoir béni tous les siens, et les avoir remerciés, elle rendit l'âme dans un cri de bonheur et de délivrance. Il semble que Dieu ait voulu montrer dans la personne de cette admirable bienheureuse, la possibilité d'allier des vertus éminentes et des dons surnaturels exceptionnels à la fidélité aux devoirs les plus humbles et les plus matériels de la vie commune. Le pape Benoît XV béatifia Anna-Maria Taïgi, le 30 mai 1920.
    Tiré de Marteau de Langle de Cary, 1959, tome II, p. 338-342 F. E. C. Édition 1932, pp. 201 - Résumé O. D. M.
    FIN


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