• Le Puy en Velay

     

    Par André Douzet

     

    Site d'André Douzet  

     

    UN ANCIEN SANCTUAIRE
    Il est pratiquement certain que le site qui deviendra Le Puy-en-Velay est un des plus anciens, des plus riches et des plus hermétiques sanctuaires de tout notre pays.
    On estime, par l’importance des vestiges antiques retrouvés, que le lieu devait être destiné à l’usage d’un culte plus qu’à des destinations de vie sédentaire (au sens large), de défense ou administrative. Le point “stratégique” du pays, dans l’Antiquité, était St Paulien (Ruessio) alors que le Puy, à cette époque Anicium (Mont Anis) n’était, sur le plan démographique, qu’un gros hameau. Ce ne sera qu’après les invasions barbares du VIe S. que le Puy deviendra le siège épiscopal du pays Vellave sous l’impulsion de l’évêque Vosy. Le premier écrit en ce sens date de 591 (“Locus d’Anicium” Grégoire de Tours).

    AU DEBUT ETAIT LE DOLMEN

    Les vestiges mégalithiques ne manquent pas dans le pays du Velay. Dans ses proches alentours on dénombre pas moins de 116 témoignages de ces époques... dont deux énigmatiques “tombes de géants”. Mais, sans doute, le lieu majeur était un dolmen situé sur le “Rocher d’Anis”. Indiscutablement il s’agissait d’une construction druidique contenue dans un périmètre païen sacré. Ce lieu, aménagé sur le point culminant du secteur le “Haut Rocher Corneille”, jouissant d’une exposition parfaitement visible des alentours.
    De ces époques mégalithiques restent d’autres témoignages tel le puits aux origines très anciennes que l’on trouvait derrière l’abside. Au Ve S., lors de la construction de la première église furent mis à jour les restes d’un important lieu de culte Gaulois, puis Gallo-Romain. Certaines pierres portant des gravures romaines sont toujours visibles (enclos de Prévôté): Hercule, chasse et combats d’animaux...

    L’EAU DE L’ERE NOUVELLE

    Il y eut aussi une petite fontaine, sourdant timidement en surface, tout aussi antique dont l’emplacement était encore connue au 17e S. sous le nom de “Fontforte”. On en retrouve des notes dans les écrits peu connus du fontainier de Monsieur Sauray de St Arhain. Le nom de cette source serait assimilé aux propriétés étranges d’une eau tiède et gazeuse surgissant en cet endroit. Le point d’eau fut condamné soit-disant en raison de « l’humidité stagnante et malsaine »... mais Sauray mentionne encore que l’eau augmentait son débit et « bouillonnait légèrement selon un rythme étrange que certains prenaient pour un cycle lunaire!! La légende dit qu’elle s’est tarie mais qu’elle devrait ressurgir et marquer ‘le début d’une nouvelle ère’ ». A l’infra-rouge on situe rigoureusement l’ancien appareillage de sortie de l’eau. Il ne peut donc y avoir confusion avec celle du puits datant du Moyen-Age auquel se rapporte l’inscription latine « Par la grâce divine, cette fontaine est pour les malades un remède suppléant gratuitement les déficiences de l’art d’Hippocrat »...

    LA PIERRE DES FIEVRES

    Il est primordial de souligner que la réputation miraculeuse du Puy-en-Velay provient surtout, à l’origine, d’un dolmen et particulièrement du plateau de celui-ci.
    Certainement le site devait générer, pour les peuples antiques, une tradition magique à hauts pouvoirs thaumaturgiques. La renommée du lieu était telle que les premiers évangélisateurs s’y heurtèrent sévèrement en tentant d’implanter ici leur religion nouvelle.
    La vierge vint alors à la rescousse et voici sous quelle forme: une femme du pays, victime d’une fièvre maligne implore le secours de Notre-Dame. Celle-ci lui apparaît dans son sommeil et lui impose de « se faire porter sur un grand mégalithe, en forme d’autel, se trouvant sur le rocher d’Anis dans une profonde forêt... et là seulement je te guérirai! ». A peine posée sur la pierre la dévote sombre dans un profond sommeil durant lequel la Vierge lui demande « d’aller dire à St Georges, évangélisateur de la région, de construire ici une église ». La malade se releva de la roche totalement guérie et informa le saint homme de l’évènement miraculeux.

    La Vierge, le Cerf, la neige et les roses

    Nous sommes en juillet. L’évêque St Georges se rend sur place. Aussitôt la Vierge lui apparaît, le site se couvre de neige et un cerf énigmatique trace, de ses empreintes, un tracé qui définira l’emplacement de l’oratoire marial. St Georges, suivant l’animal, marque le plan avec des branches mortes d’épineux... qui aussitôt se transforment en roses merveilleuses.

    Les besoins d’une cause hermétique

    Observons que si, pour les besoins de la cause, religion et paganisme font bon ménage, le choix des symboles émaille le récit de façon hermétique: la sombre forêt (le règne végétal aussi domaine des Druides) et le dolmen de basalte (règne minéral), la guérison grâce à la vierge, le profond sommeil et l’éveil (l’initiation), l’intervention de St Georges, la neige en juillet (mois caniculaire: le chien), le cerf (animal sacré) et le premier rectangle (ou carré doré), les buissons morts et les roses merveilleuses (symbolisme évident de la rose ‘croissante’)... Ce récit à lui seul contient tous les ingrédients symboliques des récits hermétiques, et alchimiques de la Tradition des Hautes Origines...

    Va et annonce!!!

    Et les miracles se poursuivent au fil du temps.
    Deux siècles s’écoulent sur ce site formidable où s’unissent étrangement paganisme et religion et il n’y a toujours là qu’un modeste oratoire à la Vierge... et celle-ci se manifeste de nouveau. Il s’agit, cette fois, d’une femme paralysée qui, venue de Ceyssac, est déposée sur la pierre sacrée du dolmen maintenant christianisé. La patiente, là encore, sombre dans un profond sommeil. Elle se réveille guérie et délivre un message de la Vierge réitérant sa demande: « Va et annonce à Vouzi, l’evesque, ce que tu as veu et lui dy qu’en remède et salut des languissants et des pêcheurs face icy édiffier en mon nom une maison en lasquelle le siège épiscopal soit translaté ». ‘L’evesque’ en question est Vouzy (et non Vouzi) et se trouve être le 7ème (???) successeur de Georges...
    Très intrigué par ces miracles répétitifs, le saint homme se rend à Rome pour s’en remettre au Pape. Ce dernier l’invite fermement à accéder aux ordres de la Vierge, et ratifie sa décision papale en déléguant, sur place, le sénateur Scutaire qui est un remarquable architecte roman. On suppose qu’en 493 s’élève enfin la première église.
    La Tradition ajoute que l’édifice fut sanctifié par des anges qui, en une nuit transférèrent de Rome, de très notables et très sacrées reliques utiles à consacrer définitivement le sanctuaire.

    LE NOMBRIL, LES OREILLES... ET LA LANGUE DES OISEAUX

    Deux églises se succéderont... A chaque fois elles deviendront trop petites pour contenir le flot, sans cesse augmentant, des pèlerins. Si le problème de l’agrandissement se posait, il était hors de question de déplacer, ou de modifier, le choeur du sanctuaire miraculeux tracé par la volonté mariale.
    Alors les maîtres constructeurs lancent la basilique dans l’espace en la soutenant par d’énormes pilastres, ancrés sur les pentes, qui supportent près de la moitié de la basilique. Cette maîtrise de l’architecture date du retour des croisades, ce qui peut expliquer, peut-être, l’empreinte de l’art byzantin et arabe que l’on retrouve souvent dans l’édifice.
    Un ancien texte relate que « l’on entre dans la cathédrale par le nombril et que l’on en ressort par les oreilles... ». Cette remarque semblerait s’expliquer, sur le plan matériel, par un itinéraire d’accès pénétrant sous la grande façade où l’ancien escalier devint une sorte de galerie qui débouchait de part et d’autre du choeur par deux portes imposantes.

    Les degrés des mots

    Mais, peut-être, faut-il trouver une autre explication au “second degré”: Le nombril est le centre et aussi le lien avec l’origine. Rompu, il devient le témoin de la génération dans laquelle l’humanité descend. Il est aussi l’ancien “passage” de l’énergie vitale pour le foetus. Entrer dans le sanctuaire par le nombril, c’est y accéder par le chemin de l’initié, par la terre mère, par la chambre de Maîtrise, par l’obscurité génératrice... par la Matière! En ressortir par les oreilles, c’est avoir effectué le contact avec le divin, le sacré, l’universel cosmique... C’est avoir eu connaissance du souffle qui engendre le Verbe, le Mot, l’initiation Orale, primordiale qui n’a plus besoin du livre ni de l’écrit... C’est enfin, alors, avoir “entendu” et “Etre” à présent l’Etre qui entend et détient “l’Entendement”, à savoir: la Maîtrise!

    Au troisième degrés: l’X!

    Au 3ème degré, c’est le jeu du grand “JE” qui lie le labyrinthe des entrailles, se déroulant selon la loi du jeu de l’oie, à la méandre de l’entendement seulement franchissable par l’étrange colimaçon maître du Son.
    Ultime “jeu de mot”: le nombril en langue Oiselée est le “Nombre Il” soit: le Nombre inconnu, celui que l’on ne prononce ni n’écrit jamais. Nombre Inconnu = Nombre On = X!!! Donc pronom personnel de la 3ème personne du singulier, c’est à dire Son. Et par la magie des mots et du verbe l’inconnu devient possessif... ou ‘possessible’. Mais aller plus loin est une autre histoire. On peut tout au plus ajouter, sur ce registre, l’inhabituelle présence d’un très beau St André grandeur nature, en bronze, opposé à l’axe de la Vierge Noire... sur sa croix en X… comme à Chartres!!!

    UNE STATUETTE, DES ROUAGES, 7 GALETS ET DES VERTEBRES

    XVIIIe S.: l’état, devenu inquiétant, de l’édifice impose d’urgents travaux de consolidation. J.C. Portal, architecte, à la demande de Mgr Galard Téraube entreprend les actions nécessaires... Mais de quelle étrange manière...
    L’accès souterrain au choeur est obstrué. Il donne à présent sous le porche pour se diriger à gauche vers le cloître, à droite vers l’église. Le grand escalier, à présent, s’achève sous la ‘Porte Dorée’ face à la célèbre Pierre des Fièvres de basalte noir.
    Les travaux de Fontanges, à cette époque, relatent qu’à cette occasion une sorte de petite galerie “archaïque” fut mise à jour. L’ouvrier qui s’y aventura n’en revint jamais... Puis ce fut le tour des abbés Mulley et Casaiyt de tenter la visite de l’étroit et bas passage. Ils remontèrent assez vite mais refusèrent d’en dire plus malgré leur grand état d’agitation. Ce n’est qu’en 1893, qu’un curieux d’archéologie retrouve la récolte des deux abbés ainsi que le cahier personnel de Mulley où est relatée l’expédition souterraine: une petite statuette féminine “à l’enfant” en un métal “gras, luisant et très lourd”, une série de 7 galets tracés de signes inconnus, d’étranges rouages crantés en pierre bleues, noires, très dures et... deux vertèbres humaines d’une taille démesurée. Les notes de Mulley accompagnées de croquis reflètent une grande inquiétude mêlée d’une interrogation qu’il avoue sans réponse. Il ajoute que l’existence de cette faille était mentionnée, pour l’avoir consultée, sur un document très ancien détenu par l’évêché. Le document et les objets existent toujours et sont à présent la propriété d’un amateur régional... mais discret.

     

    TROIS NOTRE-DAME DU PUY... OU PLUS!

    Le premier pèlerinage avait la Pierre des Fièvres pour objet de dévotion. Il y eut ensuite le culte à la Vierge sous la forme d’une statue très ancienne.

    La première de toutes

    Nous savons qu’elle n’était pas noire, mais de pierre blanche, et de facture locale du début XIIe S. D’après Maurice Colinon des médailles pèlerines antérieures au XIIe S. en faisaient une vierge en majesté, sa main droite tenant une fleur de lis... peut-être même sans l’enfant sur ses genoux.

    La seconde peut-être templière?

    On sait que de cette première vierge existait une copie détenue par les templiers de la commanderie St Barthélemy du Puy. Elle était d’ailleurs déposée sur leur défense avancée du bastion de Bourganeuf et prodiguait sa protection divine sur ce rempart difficile à tenir. L’origine de cette statue est connue: Au cours de la 3ème croisade (1189-1199) le seigneur du Puy, Raoul de Montgeniez, captif des musulmans, leur fut racheté par les templiers. C’est en reconnaissance de ce rachat que les chevaliers du Temple du Puy reçurent cette réplique commandée par de Montgeniez. Si certains historiens doutent de la présence des templiers à Bourganeuf... Pourquoi de Montgeniez fit don d’une réplique à des chevaliers inexistants? En outre on peut, aussi, se demander si la copie de la vierge noire d’Aurillac n’est pas celle de l’Ordre??? qui possédait, c’est certain, la commanderie de Bessamorel à 25 km du Puy!

    La première statue fut suivie d’une représentation noire dont l’origine était incontestablement orientale. De celle-ci, en 1777 ou 1778, Faujas de Saint-Fond fait un relevé et une description précise: 72 cm de hauteur, de couleur noire et sculptée dans du cèdre (on se souviendra que les 2 portes du sanctuaire étaient en cèdre... et leur décor relevait du style oriental, ainsi que leur texte couffique « Dieu l’a voulu ainsi »...). Assise « à la manière de certaines divinités égyptiennes » elle est vêtue d’un manteau de forme conique « du goût le plus barbare ». Faujas continue son étude et sous le manteau, vert-bleu pour le haut, ocre pour le bas, trouve la statue emmaillotée de bandelettes de « toile de fil ». « L’enfant-Jésus qui paraît de loin collé sur l’estomac de sa mère montre sa petite tête noire par une ouverture faite au manteau ». (L’estomac de la Vierge aurait-il un rapport avec son nombril? Alors nous aurions une autre relation avec ‘l’entrée par le nombri’” vue plus avant...) Faujas observe ainsi que la tête de la Vierge n’avait pas de cheveux ni d’oreilles (sortie du sanctuaire par les oreilles?). Mais surtout ce qui semble le plus frapper dans ce visage noir de la statue était « un nez démesurément long et des yeux de verre forts petits qui lui donnaient un air hagard et étonné qui inspire la surprise et même l’effroi » La tête était recouverte de trois coiffes.
    Selon la tradition St Louis aurait rapporté de la 7ème croisade (1254) cette « image noire façonnée par Jérémie le prophète », offerte par le sultan sur le choix et le conseil de sa favorite.

    Cinq cent quarante ans plus tard...

    Le 19 janvier 1794 les révolutionnaires sortent la statue de la cathédrale, la dépouillent de ses bijoux et, stupidement, la condamnent à être brûlée.
    C’est dans un char de boueux qu’elle ira, le 8 juin, place du Martouret (Hôtel de Ville). Là, après lui avoir coupé le nez, un commissaire de la Révolution, jette la statue dans les flammes dévastatrices. Des témoins rapporteront que les bandelettes brûlèrent avec d’étranges flammes vertes et, qu’une fois consumées, elles laissèrent apparaître dans le dos de la vierge une petite fermeture qui éclata sous l’effet de la chaleur. D’une petite cavité s’éjecta un petit rouleau de parchemin. Les révolutionnaires n’autorisèrent pas que fut sauvé l’étrange document qui fut emporté dans les flammes avec son secret et celui de l’origine de l’étrange Vierge Noire.
    Le soir les cendres furent dispersées afin que personne ne puisse les utiliser en reliquaires. Mais la tradition affirme que fut trouvé, dans les restes calcinés, un jaspe couleur de sang et gravé de hiéroglyphes... Ce dernier aurait été en lieu et place du coeur de la statue noire. Tradition ou réalité? Réalité, nous affirme la personne qui le détient avec les restes de la petite ferrure dorsale ainsi qu’un petite anneau minéral de même origine...

    Une quatrième statue...de substitution

    « En la place qui lui avait été réservée dans la construction de l’autel au siècle précéden »... et en 1844, l’Eglise décide de remplacer la vierge détruite par une autre ou une copie. Le choix se portera sur celle de l’église St Maurice, également de teinte sombre, qui sera couronnée, le 8 juin 1956, au nom de Pie IX... le jour anniversaire du bûcher de l’antique statue isiaque. C’est cette représentation mariale, visitée par des milliers de pèlerins, qui est honorée lors des processions du 15 août, et aussi lors des Jubilés du Puy, deux à trois fois par siècle.

    LE JUBILE DU PARDON... ET DE L’ECRASEMENT

    Celui du Puy se déroule lorsque le vendredi Saint se trouve le 25 mars, jour de l’Annonciation... depuis celui de 992, et de manière régulière depuis 1065. Ce “Grand Pardon” est le 3ème dans le temps derrière celui de Rome et de Jérusalem. De son origine au dernier de 1932, ce Jubilé s’est déroulé 29 fois en 9 siècles... Mais à quel prix!
    1407: D’après Juvénal des Ursins 250 personnes ‘esteintes’ (étouffées) pour 200 000 participants.
    1502: « Y rendirent leur âme à Dieu plus de cent personne » raconte Médicis. 4000 confesseurs ne suffirent pas à la tâche.
    1622: Un record d’affluence: 300 000 personnes... aucun décès par écrasement.
    Le Jubilé, depuis le 19e S., dure 12 jours et il n’y eut jamais moins de 100 000 participants.
    Les prochains “Pardons” auront lieu en 2005, 2016 et... 2157!

    L’ETRANGE MISSION DE JEANNE D’ARC AU PUY

    Jubilé de 1429. Dans le flot anonyme de la foule, cinq pèlerins méritent notre attention: Bertand de Poulengy, Jean de Metz, tous deux lieutenants de Jeanne d’Arc. Ils accompagnent Isabelle Romée, mère de la Pucelle, et ses deux frères.
    Isabelle Romée intercédait pour sa fille à l’occasion du Grand Pardon. A ces instants la Pucelle se présentait au roi et dévoilait sa divine mission... Curieux hasard! Ce dernier est d’autant plus étrange et analogique que Notre Dame du Puy est liée au Symbole de l’Annonciation, de la chasteté, de la pureté! Ce fait est encore amplifié par le fanion de combat de Jeanne figurant la Vierge en Annonciation à qui un ange présente un lis... virginal et royal! Mais aussi nous n’oublierons pas, qu’après avoir été le lieu d’instigation de la première croisade et d’instauration de la croisade contre les Albigeois, la ville du Puy, en 1421, fut plus que favorable au roi de France et au Dauphin... et peut-être révélatrice de l’épopée de Jeanne d’Arc!

    LA VIERGE... TROIS POINTS C’EST TOUT!

     

    La vierge au manteau et... au trois points

    Toujours à propos de la vierge, il sera utile, à l’amateur éclairé de curiosités hermétiques de s’attarder dans le musée Crozatier. On y remarque parmi les collections archéologiques et minéralogiques des chefs d’oeuvres de la peinture... dont la pièce maîtresse, du XVe S., est la “Vierge au Manteau”. On peut d’ailleurs se demander d’où lui vient ce titre insolite, car si l’on observe de plus près cette merveille (1420) il y a deux détails bien plus intéressants que le manteau qui retiendront toute notre attention.
    La vierge porte, sur son bras gauche, l’Enfant Jésus. C’est ce dernier que nous observerons. Vêtu d’une longue tunique, il porte sa main droite au front et semble, peut-être, bénir en tenant ses doigts d’une bien curieuse façon. En opposition seul le pouce et l’index de la main gauche sont visibles et tiennent... une longue épine. Cette dernière est entourée, très nettement de trois gros points sombres en triangle, bien visibles et insolites dans cette peinture où rien ne nous prépare à ces détails trop précis pour être fantaisie ou facétie de l’auteur... Même et surtout pas le titre. Faut-il voir, ici, un discret rappel de la relique apportée par St Louis, lors des croisades, à la cathédrale du Puy: une épine de la vraie couronne d’épine du Christ... aujourd’hui visible à Notre Dame de St Etienne?... Ou une symbolique plus “constructive”, “humaniste”, “fraternelle”... accentuée encore par l’alphabet des signes de la main illustré par toutes les mains du tableau, montrant ainsi une réelle connaissance ésotérique à haut degré d’un initié certain!

     

    L’AIGUILHE DE ST-MICHEL
    Origine

    C’est au sommet de ce dyke de lave, d’une hauteur avoisinant les 90 mètres, que fut construit un oratoire par Truanus vers 960... Puis vers 1080, l’édifice devint une grande chapelle, et enfin une église, avec son clocher, à la fin du XIIe S.

    Légendes...

    Une légende dit que ce « gigantesque menhir » est en vérité « la crotte de Gargantua »... ce qui accréditerait qu’il y ait eu au sommet, bien avant les chrétiens, un culte solaire indéniable avec probablement un point mégalithique.
    On raconte aussi qu’il y a longtemps une jeune fille calomniée, voulant montrer sa pureté, s’en était remise à St Michel en se précipitant dans le vide du haut du pic. Elle toucha terre doucement devant ses juges médusés par ce miracle. Mais par un excès de confiance, elle réitéra l’expérience... sans doute lassé, St Michel, cette fois se détourna de l’interessée qui ne fut pas freinée dans sa chute mortelle. On pouvait trouver, au début du siècle deux étranges cupules en forme de pieds “à talons” au bord du vide qui accréditait le récit légendaire.

    1... 3... 5... l’axe décliné

    Mais nous voici arrivés au sommet des escaliers accédant à l’église St Michel d’Aiguilhe. Devant nous l’entrée ouvrant sur la “Gracieuse Façade” de la fin du XIe S

    Deux piliers encadrent la porte d’accès. A hauteur des chapiteaux et de part et d’autre, sont deux bustes de lions... l’un interrogateur et l’autre dévorateur comme le veut la Tradition.
    Le linteau de la porte est décoré de deux sirènes à buste de femme tenant leur chevelure écartée.
    Au-dessus, un demi cercle creux, non orné, ouvre la charge d’arc. Une frise d’entrelacs supporte à son tour trois autres demi-cercles garnis de scènes religieuses. Après une frise en arc de 34 carrés d’égales dualités: 17 blancs, 17 noirs. De la courbe l’architecte passe ensuite à la droite.
    Après trois rangées de frises horizontales, nous passons à cinq arcades surmontées d’une frise géométrique blanche (carrés).
    Dans l’arcade centrale, un Christ bénissant est entouré d’anges et de saints. Son vêtement forme un triangle parfait: côté haut = la tête, côté bas droite = le livre ouvert, côté bas gauche = la main ouverte bénissante. De part et d’autre du Christ les archatures sont soutenues par des sortes de mains droites, ouvertes et montantes.
    Le chercheur ne s’y trompera pas face à cette façade du XIe S. intacte dans ses symboles d’origine: le cheminement de l’esprit passe du double vertical ouvrant sur l’intérieur... se poursuit par une montée du 1 au 3 par des demi-cercles... puis le cercle engendre la droite par des segments horizontaux ouvrant, au nombre de 3, sur le 5 dont l’axe (3) est occupé par un Christ-triangle que deux mains ouvertes abritent “au montant”!
    Et, si ces déclinaisons n’étaient pas suffisantes, le Maître constructeur ajoute un cercle parfait: fait d’univers matriciel (rond, noir et central) engendrant le mouvement créatif (entrelacs en action et bouclants) dans un carré long, carré royal ou... doré!
    Tout y est! Et même l’ultime détail solaire de l’occulus central qui est désaxé par rapport à la façade. Il ne s’agit pas là d’une erreur de construction ou d’un réemploi maladroit, mais bel et bien d’une volonté manifeste d’un décalage d’ouverture voulu et étudié, que l’on retrouve dans certaines églises templières, d’un nombre précis de degrés... correspondant à l’écart du soleil levant du solstice d’été à celui d’hiver... (ou à d’autres déclinaisons hors propos ici) sous la juste main du Christ bénissant l’Entrée-Sortie du sanctuaire dans la pénombre propice!

    LE PUY DES INITIES ET LE MOT DE LA FIN

    Est-il utile de préciser que les évènements du passé de cette ville sont partie prenante, tenants et aboutissants dans une oeuvre de connaissance à haut niveau?
    Le Puy, dans le mot prononcé en Langue Oiselée, est à part égale d’eau, terre, profondeur et ténèbre = Puits! Et air, feu (volcan) et minéral = Puy! En un Mot le Puy est Tradition: ce qui est en haut est en bas! Le Puy-en-Velay s’ancre en matière comme en Esprit de Verbe... dans le cosmique universel et le tellurique terrestre!
    Le Puy que visitèrent tant de rois, de princes, de papes, de hauts dignitaires pour y prêcher croisades, pèlerinages, missions!
    Le Puy pour y “puiser” le repos de l’âme, de l’action, de la paix, de la sérénité!
    Le Puy puisant ses origines sacrées dans la pierre des druides pour les transposer au travers des Vierges, des Notre-Dames, des Mariales qu’elles soient blanches ou noires, révélées dans une seule dualité et le même Verbe oiselé.
    Le puy aux aiguilhes... de pierres qui dressèrent aux cieux des pièces mégalithiques comme autant d’autels à la gloire de l’univers, et du culte marial relayé et révélé.
    Le Puy aux aiguilhes... que la langue transforme en lancées d’"Ayguières” d’eaux purificatrices que quelques puits remontent des profondeurs matricielles aux margelles où elles deviennent Lustrales pour autoriser le rituel du passage initiatique, de la mort à la vie, qu’est le baptême devin l’insondable démiurge.

    Dernier détour par Rennes-le-Château ?

    Alors vraiment à ce moment nous pouvons nous souvenir de ce cri poussé par l’évêque Vosy à l’instant du tracé de l’emplacement de la cathédrale « Quam Terribilis est Locus Iste! » “Ce lieu est terrible”. Nous retiendrons que ce texte est celui à l’entrée de l’église de Rennes-le-Château… Mais, qui retiendra que dans le mot “TERRIBLE”... il y a le son “TERRE” et que déjà l’ESSENCE-CIEL” (l’essentiel) est dit? Jean Peyrard précise que l’évêque aurait ajouté « C’est ici la maison de Dieu et la porte du ciel ». Peut-être cette porte s’ouvre-t’elle sur le temps ou sur... la durée à des moments ponctuels que seuls le sacré et le Verbe savent nous faire appréhender, reconnaître (au sens noble) et parfois seulement deviner ou entrevoir... fugitivement! C’est ce moment de lumière que nous souhaitons aux chercheurs.
    André DOUZET





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