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    Les traductions des cinq traités d’Alchimie d’Albert
    Poisson, qui, curieusement sont six (table d’émeraude, le
    chemin du chemin, la clavicule, le miroir d’Alchimie, le
    Trésor des Trésors, le Composé des composés), ont été
    repris et réédités d’innombrables fois. Souvent, ces traités
    ont été diffusés séparément et parfois même sans que le
    nom du traducteur fut cité. La simple justice nous imposait
    de diffuser l’ouvrage d’origine, sources de ces versions
    anonymes ou récupérées. Nous nous sommes efforcés de
    respecter la mise en page originale, y compris la présence
    de pages blanches, ce qui nous a permis de découvrir des
    choses étranges : dans certaines dates, les chiffres sont de
    tailles différentes (fantaisie de typographe ou autre
    chose?), par ailleurs, certains mots courants sont
    orthographiés de manière inexacte et suspecte - fautes
    d’orthographes ?. Difficile à dire, les spéculations sont
    ouvertes….. Enfin, le format A4 normalisé est supérieur en
    taille au format du livre original, ce qui explique que la
    taille de la fonte utilisée soit si élevée, afin que
    l’homothétie soit aussi parfaite que possible. Bonne
    lecture.
    Fait le 11 avril 2001, en terre de France.
    C….
    CINQ TRAITES D’ALCHIMIE
    DES
    PLUS GRANDS PHILOSOPHES


    COLLECTION D’OUVRAGES RELATIFS
    AUX
    SCIENCES HERMÉTIQUES
    -------------------
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    DES PLUS GRANDS PHILOSOPHES
    PARACELSE, ALBERT LE GRAND, ROGER BACON, R. LULLE, ARN,
    DE VILLENEUVE
    TRADUITS DU LATIN EN FRANÇAIS
    Par ALB. POISSON
    PRÉCÉDÉS DE LA TABLE D’ÉMERAUDE, SUIVIS D’UN GLOSSAIRE
    BIBLIOTHÈQUE CHACORNAC
    1l, Quai Saint-Miche1, PARIS
    1899
    DE LA MÊME COLLECTION:
    _________________
    L’OR
    ET
    LA TRANSMUTATION DES MÉTAUX
    Par E. TIFFEREAU
    L’Alchimiste du XIXe Siècle
    Précédé de Paracelse et l’Alchimie au XVIe Siècle
    Par M. FRANCK, de l’institut
    I vol. in- 16 jésus, reliure ancienne . . . . . . . . . . . . 5 fr.
    _________________
    A. BRULER
    Conte astral, par Jules LERMINA
    Préface de PAPUS, directeur de l’Initiation
    I vol. in- 16 jésus, reliure ancienne . . . . . . . . . . . . 3 fr.
    PRÉFACE
    Les sciences actuelles sont les filles de science s mystérieuses
    dont l’origine se perd dans la nuit des temps, l’alchimie
    est la mère de la chimie, l’astrologie a précédé
    l’astronomie, à la base des mathématiques on trouve la
    cabale et la géométrie qualitative, dans le principe l’histoire
    se confond avec la mythologie, la médecine fut
    enseignée aux hommes par un dieu.
    L’on ne connaît bien une science que lorsqu’on sait son
    histoire. Depuis l’idée mère qui fonde la science jusqu’à
    nos jours, que d’efforts incessants, que de tâtonnement !
    Nous profitons des travaux de nos prédécesseurs, insouciamment,
    sans penser à la somme énorme de travail
    physique et intellectuel qu’ils ont dépensée pour nous
    frayer la voie. Beaucoup ont usé leur vie, dépensé leur
    fortune, renoncé aux plaisirs et aux honneurs par amour
    de la science. Combien sont morts martyrs affirmant
    jusqu’au dernier souffle la vérité éternelle !
    C’est Roger Bacon, persécuté toute sa vie par des moines
    ignorants, c’est la savante Hypalie lapidée par la
    VI PREFACE
    ____________________________________________________________________________________________________
    populace d’Alexandrie, c’est Averroës jeté en prison puis
    exilé, pour avoir avancé des idées contraires au Coran,
    c’est Bernard le Trévisan honni et tourmenté par ses
    parents furieux de le voir dépenser sa fortune dans des
    recherches alchimiques, c’est Denis Zachaire assassiné
    par son cousin auquel il avait refusé de révéler le secret
    de la pierre philosophale, c’est Cardan, pauvre toute sa
    vie et mourant de chagrin, ce sont Perrot et Paracelse,
    finissant leur carrière sur un lit d’hôpital, ce sont Bernard
    Palissy et Borri morts en prison.
    Rendre justice à ces grands hommes en remettant leurs
    travaux en Lumière, en les faisant revivre dans leurs
    oeuvres, tel a été notre but. Or, leurs ouvrages sont devenus
    rares, les grandes bibliothèques seules pourraient
    fournir aux chercheurs des documents suffisants, mais
    l’on sait combien il est difficile d’obtenir la permission de
    travailler dans une bibliothèque publique. D’autre part, se
    former une collection particulière est fort dispendieux et
    demande du temps et de la patience, souvent l’on ne
    trouve qu’après plusieurs années de recherches l’ouvrage
    que l’on désire; enfin la plupart de ces traités sont écrits
    en latin barbare, d’un style obscur très fatiguant à lire.
    Toutes ces raisons nous ont engagé à publier ces traductions.
    Les auteurs ont été choisis avec soins parmi les plus
    grands noms de l’alchimie: Arnauld de Villeneuve, Raymond
    Lulle le docteur illuminé, Albert le Grand, emPREFACE
    VII
    ____________________________________________________________________________________________________
    brassant tout dans sa vaste érudition, Roger Bacon le
    docteur admirable, devançant son siècle et substituant
    l’expérience et l’observation aux creuses divagations des
    scolastiques, enfin Paracelse, le grand Paracelse, bouleversant
    les vieilles théories, alliant l’alchimie à la
    médecine, jamais homme n’eut une plus grande influence
    sur son siècle.
    On a pris les traités les plus importants, quatre ou cinq
    sont traduits pour la première fois en français. Quant à la
    traduction, elle est aussi exacte que possible, les passages
    obscurs sont rendus mot à mot; nous nous sommes
    attaché à donner à la phrase la tournure qu’elle a dans
    le texte. Enfin les traités sont précédés d’une notice biographique
    et d’un index bibliographique.
    Nous terminons par un conseil : lire ce livre sans y être
    préparé, c’est s’exposer à ne pas le comprendre, aussi l’on
    fera bien auparavant de lire: « l’Alchimie et les Alchimistes
    » de M. Louis Figuier ou : «les Origines de l’Alchimie
    » de M. Berthelot.Pour les personnes qui n’auraient
    pas le temps de lire ces deux ouvrages, voici en peu de
    mots ce que c’est que l’Alchimie : C’est, dit Pernety,
    l’art de travailler avec la nature sur les corps pour les perfectionner.
    » Le but principal de cette science est la préparation
    d’un composé : la pierre philosophale, ayant la
    propriété de transmuer les métaux fondus en or ou en
    argent. La matière première de la pierre philosophale est
    VII PREFACE
    ____________________________________________________________________________________________________
    le Mercure des philosophes. On lui donne la propriété de
    transmuer en lui faisant subir diverses opérations, pendant
    lesquelles il change trois fois de couleur: de noir, il
    devient blanc, puis rouge. Blanc, il constitue l’élixir blanc
    ou petite pierre, qui change les métaux en argent. Rouge,
    il constitue la médecine ou élixir rouge ou grande pierre
    qui change les métaux en or.
    A. P OISSON
    ________
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    DES PLUS GRANDS PHILOSOPHES
    PARACELSE, ALBERT LE GRAND, ROGER BACON, R. LULLE,
    ARN. DE VILLENEUVE
    ____________________________________________________________________________________________________
    NOTICE SUR LA TABLE D’ÉMERAUDE
    D’HERMÈS
    La table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste, le Thaut
    égyptien est la pierre angulaire de l’alchimie. Les philosophes
    la citent à chaque instant aussi importe-t-il
    de connaître ce document.
    Elle se trouve dans tous les recueils importants de
    traités hermétiques : theatrum chimicum, Biblietheca
    chemica mangeli, Bibliotheca contracta Albinei, Bibliothèque
    des philosophes alchimiques de Salmon, etc.
    La traduction qui suit est celle de la Bibliothèque
    2 CINQ TRAITES D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    des philosophes alchimiques de Salmon revue et corrigée
    d’après le texte latin qui se trouve en tête de la
    Bibliotheca chemica contracta Albinei.
    _____________
    TABLE D’ÉMERAUDE
    Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable.
    Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut
    et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas,
    pour accomplir les miracles d’une seule chose. Et de
    même que toutes choses sont sorties d’une chose par la
    pensée d’Un, de même toutes choses sont nées de cette
    chose par adaptation.
    Son père est le Soleil, sa mère est la Lune, le vent l’a
    porté dans son ventre; la terre est sa nourrice. C’est là
    le père de tout le Thélême de l’Univers. Sa puissance
    est sans bornes sur la terre.
    Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais,
    doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre
    au ciel, et aussitôt redescend sur la terre, et il recueille
    la force des choses supérieures et inférieures.
    TABLE D’EMERAUDE D‘HERMES 3
    ____________________________________________________________________________________________________
    Tu auras ainsi toute la gloire du monde, c’est pour
    quoi toute obscurité s’éloignera de toi.
    C’est la force forte de toute force, car elle vaincra
    toute chose subtile et pénètrera toute chose solide. C’est
    ainsi que le monde a été créé.
    Voilà la source d’admirables adaptations indiquée
    ici. C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste,
    possédant les trois parties de la Philosophie universelle.
    Ce que j’ai dit de l’opération du soleil est complet.

    ARNOLDI DE VILLANOVA
    SEMITA SEMITAE
    ____________________________
    LE CHEMIN DU CHEMIN
    D’ARNAULD DE VILLENEUVE
    NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR ARNAULD
    DE VILLENEUVE
    Arnauld de Villeneuve est né vers 1245 en France,
    comme l’attestent Symphorianus Campegius et Joseph
    de Haitze. Quant au lieu précis de sa naissance il est
    incertain. Il étudia les langues mortes à Aix, la médecine
    à Montpellier. Il vint à Paris pour se perfectionner,
    la rumeur populaire l’accusant de nécromancie et d’alchimie,
    il s’enfuit à Montpellier,où il fut bientôt nommé
    professeur, puis régent. En 1755 on montrait encore à
    Montpellier, sa maison portant sculptés sur la façade un
    lion et un serpent se mordant la queue. La soif d’apprendre
    le fait passer en Espagne, il professe quelque
    temps l’alchimie à Barcelone (1286) et apprend l’arabe.
    Il visite ensuite les universités célèbres d’Italie: Bologne,
    Palerme, Florence. Il revient à Paris, mais ses
    propositions hérétiques, ayant excité contre lui les théologiens,
    il s’enfuit prudemment en Sicile, où Frédéric II
    le prit sous sa protection. Le pape Clément V atteint de
    la pierre, manda Arnauld de Villeneuve auprès de lui,
    avec promesse de pardon. Arnauld s’embarqua pour la
    France (les papes siégeaient alors à Avignon).
    8 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Mais en vue de Gênes il mourut, son corps fut enseveli
    dans cette ville (1313). Il eut pour amis et disciples
    Raymond LuI1e et Pierre d’Apono. Principaux ouvrages
    : Rosarium philosophorum, de Lapide philosophorum,
    Novum lumen, Flos florum, Semita semitae, Speculum
    alchimiae, de Sublimatione Mercurii, Epistola ad Robertum
    Regem, Testamentum novum. Tous ces traités se
    trouvent dans les éditions de ses oeuvres complètes:
    Opera omnia Arnoldi de Villanova, I vol. in-folio. Lyon
    (I520). Idem (I532). Bâle (1585). Argentinae (1613).
    Notice sur le Semita semitae : le Chemin du Chemin.
    Ce traité est à quelques passages près identique au :
    Flos florum. Il se trouve dans: I° les OEuvres complètes
    d’Arnauld de Villeneuve; 2° De Alchimia Opuscula complura
    veterum philosophorum. Francofurti (I550, in 4°).
    C’est sur ce texte qu’a été faite la présente traduc -
    tion. 3° Bibliotheca chemica Mangeli, Coloniae Allobrogum,
    2 vol. in-folio,I702. Tome Ier, page 702.
    Ce traité est traduit pour la première fois en français.
    ___________
    LE CHEMIN DU CHEMIN 9
    ____________________________________________________________________________________________________
    SEMITA SEMITAE
    LE CHEMIN DU CHEMIN
    Ici commence le Chemin du Chemin traité court,
    bref, succinct, utile à qui le comprendra. Les chercheurs
    habiles y trouveront une partie de la Pierre végétale
    que les autres Philosophes ont cachée avec soin.
    Père vénérable, prête -moi pieusement l’oreille. Apprends
    que le Mercure (I) est le sperme cuit de tous
    les métaux; sperme imparfait quand il sort de la terre,
    à cause d’une certaine chaleur sulfureuse. Suivant son
    .degré de sulfuration, il engendre les divers métaux dans
    le sein de la terre . Il n’y a donc qu’une seule matière
    première des métaux, suivant une action naturelle plus
    ou moins forte, suivant le degré de cuisson, elle revêt
    des formes différentes. Tous les Philosophes sont d’accord
    sur ce point. En voici la démonstration: Chaque
    chose est composée des éléments en lesquels on peut la
    décomposer. Citons un exemple impossible à nier et
    facile à comprendre: la glace à l’aide de la chaleur se
    résout en eau, donc c’est de l’eau. Or tous les métaux
    I. Mercure avec une majuscule indiquera toujours le Mercure
    des philosophes.
    10 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    se résolvent en Mercure ; donc ce Mercure est la matière
    première de tous les métaux. J’enseignerai plus
    loin la manière de faire cette transmutation, détruisant
    ainsi l’opinion de ceux qui prétendent que la forme des
    métaux ne peut être changée. Ils auraient raison si l’on
    ne pouvait réduire les métaux en leur matière première,
    mais je montrerai que cette réduction en la matière
    première est facile et que la transmutation est possible et
    faisable. Car tout ce qui naît, tout ce qui croît, se multiplie
    selon son espèce, ainsi les arbres, les hommes,
    les herbes. Une graine peut produire mille autres graines.
    Donc il est possible de multiplier les choses à l’infini.
    D’après ce qui précède, celui qui analyse les choses
    verra que si les Philosophes ont parlé d’une façon
    obscure, ils ont dit du moins la vérité. Ils ont dit en
    effet que notre Pierre a une âme, un corps et un esprit,
    ce qui est vrai. Ils ont comparé son corps imparfait au
    corps, parce qu’il est sans puissance par lui-même; ils
    ont appelé l’Eau un esprit vital, parce qu’elle donne au
    corps, imparfait en soi et inerte, la vie qu’il n’avait pas
    auparavant et qu’elle perfectionne sa forme. Ils ont appelé
    le ferment âme, car ainsi qu’on le verra plus loin, il
    a aussi donné la vie au corps imparfait, il le perfectionne
    et le change en sa propre nature.
    LE CHEMIN DU CHEMIN 11
    ____________________________________________________________________________________________________
    Le philosophe dit: « Change les natures et tu trouveras
    ce que tu cherches. » Cela est vrai. Car dans
    notre magistère nous tirons d’abord le subtil de l’épais,
    l’esprit du corps, et enfin le sec de l’humide, c’est-à-dire
    la terre de l’Eau, c’est ainsi que nous changeons les
    natures; ce qui était en bas nous le mettons en haut,
    de sorte que l’esprit devient corps, ensuite le corps
    devient esprit. Les philosophes disent encore que l’on
    fait notre Pierre d’une seule chose et avec un seul vaisseau
    ; et ils ont raison. Tout notre magistère est tiré de
    notre Eau et se fait avec elle. Elle dissout les métaux
    eux-mêmes, mais ce n’est pas en se changeant en eau
    de la nuée, comme le croient les ignorants. Elle calcine
    et réduit en terre. Elle transforme les corps en cendres,
    elle incinère, blanchit et nettoie, selon ce que dit
    Morien: « L’Azoth et le feu nettoient le Laiton, c’està-
    dire le lavent et lui enlèvent complétement sa noirceur.
    » Le laiton est un corps impur, l’azoth c’est l’argent-
    vif.
    Notre Eau unit des corps différents entre eux, s’ils
    ont été préparés comme il vient d’être dit; cette union
    est telle que ni le feu ni aucune autre force ne peut les
    séparer par la combustion de leur principe igné. Cette
    transmutation subtilise les corps, mais ce n’est pas là la
    12 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    sublimation vulgaire des simples d’esprit, des gens sans
    expérience, pour lesquels sublimer c’est élever. Ces
    gens-là prennent des corps calcinés, les mêlent aux
    esprits sublimables, c’est-à-dire au mercure, à l’arsenic
    au soufre etc, et ils subliment le tout à l’aide d’une
    forte chaleur.
    Les corps calcinés sont entraînés par les esprits et ils
    disent qu’il sont sublimés. Mais quelle n’est pas leur
    déception, quand ils trouvent des corps impurs avec
    leurs esprits plus impurs qu’auparavant! Notre sublimation
    ne consiste pas à élever; la sublimation des Philosophes
    est une opération qui fait d’une chose vile et corrompue
    (par la terre) une autre chose plus pure. De même
    quand l’on dit communément: Un tel a été élevé à l’Episcopat...
    par « élevé » on entend qu’il a été exalté et
    placé dans une position plus honorable. De même nous
    disons que les corps ont changé de nature, c’est-à-dire
    qu’ils ont été exaltés, que leur essence est devenue
    plus pure; on voit donc que sublimer est la même chose
    que purifier; c’est ce que fait notre Eau.
    C’est ainsi que l’on doit entendre notre sublimation
    philosophique sur laquelle beaucoup se sont trompés.
    Or, notre Eau mortifie, illumine, nettoie et vivifie ;
    elle fait d’abord apparaître les couleurs noires pendant
    LE CHEMIN DU CHEMIN 13
    ____________________________________________________________________________________________________
    la mortification du corps, puis viennent des couleurs
    nombreuses et variées, et enfin la blancheur. Dans le
    mélange de l’Eau et du ferment du corps, c’est-à-dire du
    corps préparé, une infinité de couleurs apparaissent.
    C’est ainsi que notre Magistère est tiré d’un, se fait
    avec un, et il se compose de quatre et trois sont en un.
    Apprends encore, Père vénérable, que les philosophes
    ont multiplié les noms de la Pierre mixte pour la mieux
    cacher. Ils ont dit qu’elle est corporelle et spirituelle,
    et ils n’ont pas menti, les Sages comprendront. Car elle
    a un esprit et un corps ; le corps est spirituel seulement
    dans la solution et l’esprit est devenu corporel par son
    union avec le corps. Les uns l’appellent ferment, les
    autres Airain.
    Morien dit: « La science de notre Magistère est comparable
    en tout à la procréation de l’homme. Premièrement,
    le coït. Secondement, la conception. Troisièmement,
    l’imbibition. Quatrièmement, la naissance. Cinquièmement,
    la nutrition ou alimentation.» Je vais t’expliquer
    ces paroles. Notre sperme qui est le Mercure,
    s’unit à la terre, c’est-à-dire au corps imparfait, appelé
    aussi Terre-Mère (la terre étant la mère de tous les éléments).
    C’est là ce que nous entendons par le coït.
    Puis lorsque la terre a retenu en soi un peu de Mercure,
    on dit qu’il y a conception. Quand nous disons que
    14 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    le mâle agit sur la femelle, il faut entendre par là que le
    Mercure agit sur la terre. C’est pourquoi les Philosophes
    ont dit que notre magistère est mâle et femelle et
    qu’il résulte de l’union de ces deux principes.
    Après l’adjonction de l’Eau, c’est -à-dire du Mercure,
    la terre croit et augmente en blanchissant, on dit alors
    qu’il y a imbibition. Ensuite le ferment se coagule, c’està-
    dire qu’il se joint au corps imparfait, préparé comme il
    a été dit, jusqu’à ce que sa couleur et son aspect soient
    uniformes, c’est la naissance, parce qu’à ce moment apparaît
    notre Pierre que les Philosophes ont appelée: le
    Roi, comme il est dit dans la Tourbe « Honorez notre
    Roi sortant du feu, couronné d’un diadème d’or ; obéissez-
    lui jusqu’à ce qu’il soit arrivé à l’âge de la perfection,
    nourrissez-le jusqu’à ce qu’il soit grand. Son père
    est le Soleil, sa mère est la Lune; la Lune c’est le
    corps imparfait. Le Soleil c’est le corps parfait. »
    Cinquièmement et en dernier lieu vient l’alimentation,
    plus il est nourri, plus il s’accroît. Or, il se nourrit de son
    lait, c’est-à-dire du sperme qui l’a engendré au commencement.
    Il faut donc 1’imbiber de Mercure, jusqu’à
    ce qu’il en ait bu deux parties, ou plus si c’est nécessaire.
    LE CHEMIN DU CHEMIN 15
    ____________________________________________________________________________________________________
    S’ENSUIT MAINTENANT LA PRATIQUE.
    Passons maintenant à la pratiqué, comme je l’ai annoncé
    plus haut. Et d’abord tous les corps doivent
    être ramenés à la matière première pour rendre la transmutation
    possible. Je vais ici te démontrer tout ce qui
    a été dit plus haut. Je te prie donc, ô mon fils, de ne pas
    dédaigner ma Pratique, parce qu’en elle se cache tout
    notre Magistère, comme je l’y ai vu dans ma foi occulte.
    Prends une livre d’Or, réduis -la en limaille très-brillante,
    mêle-la avec quatre parties de notre Eau purifiée, en
    la broyant et en l’incorporant avec un peu de sel et de
    vinaigre, jusqu’à ce que le tout soit amalgamé. L’or ayant
    donc été bien amalgamé, mets-le dans une grande quantité
    d’Eau-de-vie, c’est-à-dire de Mercure et mets-le tout
    dans l’Urinal sur notre centre purifié; fais au-dessous un
    feu très lent pendant un jour entier; laisse alors refroidir,
    et quand ce sera froid, prends l’Eau et tout ce qui
    est avec, filtre à travers une toile de lin, jusqu’à ce que
    la partie liquide ait passé à travers le linge. Mets à
    part ce qui restera sur le linge, recueille-le et l’ayant
    mis dans une nouvelle quantité d’Eau bénite dans le
    16 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    même vase que ci-dessus, chauffe un jour entier, puis
    filtre comme précédemment. Recommence ainsi jusqu’à
    ce que tout le corps soit converti en Eau, c’est-à-dire en
    la matière première qui est notre Eau.
    Ceci fait, prends toute cette Eau, mets-la dans un
    vase de verre et cuis à feu lent jusqu’à ce que tu voies
    la noirceur apparaître à sa surface; tu enlèveras les particules
    noires avec adresse. Continue jusqu’à ce que
    tout le corps soit changé en une terre pure. Plus tu
    recommenceras cette opération et mieux cela vaudra.
    Recuis donc, en enlevant la noirceur, jusqu’à ce que
    les ténèbres aient disparu, et que l’Eau, c’est-à-dire
    notre Mercure, apparaisse brillante. C’est alors que tu
    auras la Terre et l’Eau.
    Ensuite prends toute cette terre, c’est-à-dire la noirceur
    que tu as recueillie; mets-la dans un vaisseau de
    verre, verse par-dessus de l’Eau Bénite, en sorte que
    rien ne dépasse la surface de l’eau, que rien ne surnage
    et chauffe à feu léger pendant dix-jours; puis broye et
    remets de nouvelle Eau; recuis la terre ainsi coagulée et
    épaissie sans ajouter d’eau. Cuis enfin à feu violent toujours
    dans le même vase, jusqu’à ce que la terre
    devienne blanche et brillante.
    Ayant donc blanchi et coagulé notre terre, prends
    LE CHEMIN DU CHEMIN 17
    ____________________________________________________________________________________________________
    l'Eau de vie qui a été épaissie à l'aide d'une légère chaleur
    par la terre coagulée, cuis-la à un feu violent dans une
    bonne cucurbite munie de son chapiteau, jusqu'à ce que
    tout ce qu'il y a d'Eau dans le mélange ait passé dans le
    récipient et que la terre calcinée reste dans la cucurbite.
    Prends alors trois parties pour quatre d'un ferment, c'est-àdire
    que si tu as pris une livre du corps imparfait ou d'or, tu
    prendras trois livres de ferment, c'est-à-dire de Soleil ou de
    Lune.
    Il te faudra d'abord dissoudre ce ferment, le réduire en
    terre et répéter en un mot les mêmes opérations que pour le
    corps imparfait. Alors seulement tu les uniras, tu les
    imbiberas avec l'Eau qui a passé dans le récipient, et tu
    cuiras pendant trois jours ou plus. Imbibe de nouveau,
    recuis et recommence cette opération jusqu'à ce que ces
    deux corps restent unis, c'est-à-dire ne fassent plus qu'un.
    Tu pèseras. Leur couleur n'aura pas changé. Alors tu
    versera sur eux l’Eau déjà nommée, peu à peu, jusqu'à ce
    qu’ils n'en absorbent plus. Dans cette union des corps,
    ]'Esprit s'incorpore à eux et comme ils ont été purifiés, il se
    change en leur propre nature. C'est ainsi que le germe se
    transforme dans les corps purifiés, ce qui n'aurait pas eu
    lieu auparavant à cause de leur grossièreté et de leurs
    impuretés. L'esprit croît en eux, il augmente et se multiplie.
    18 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    RÉCAPITULATION.
    Maintenant, Père vénérable, je reviendrai sur ce
    que j’ai dit. en l’appliquant aux préparations des Philosophes
    anciens et à leurs enseignements si obscurs, si
    incompréhensibles. Cependant pèse les paroles des
    Philosophes, tu comprendras et tu avoueras qu’ils ont
    dit la vérité.
    La première parole de notre Magistère ou de l’OEuvre
    est la réduction du Mercure (le corps), c’est-à-dire
    la réduction du cuivre ou d’un autre métal en Mercure
    C’est ce que les Philosophes appellent la solution, qui
    est le fondement de l’Art, comme le dit Franciscus:
    « Si vous ne dissolvez les corps, vous travaillez en vain. »
    C’est de cette solution de laquelle parle Parménide
    dans la Tourbe des Philosophes. En entendant le mot
    de solution, les ignorants pensent de suite à l’Eau des
    nuées. Mais s’ils avaient lu nos livres, s’ils les avaient
    compris, ils sauraient que notre Eau est permanente, et
    que séparée de son corps elle devient dès lors immuable.
    Donc la solution des Philosophes n’est pas l’Eau
    de la nuée, mais c’est la conversion des corps en Eau
    de laquelle ils ont d’abord été procréés, c’est-à-dire en
    LE CHEMIN DU CHEMIN 19
    ____________________________________________________________________________________________________
    Mercure. De même la glace se change en l’eau qui lui
    avait d’abord donné naissance.
    Voici donc que par la grâce de Dieu tu connais le pre -
    mier élément qui est l’Eau et la réduction de ce même
    corps en la matière première.
    La seconde parole est « Ce qui se fait de la terre ».
    C’est ce que les Philosophes ont dit. « L’Eau sort de la
    terre. » Tu auras ainsi le second élément qui est la terre.
    La troisième parole des Philosophes est La purification
    de la Pierre. Morien dit à ce sujet: « Cette Eau se
    putréfie et-se purifie avec la terre, etc. » Le Philosophe
    dit :« Unis le sec à l’humide; or, le sec c’est la terre,
    l’humide c’est l’Eau. » Tu auras déjà l’Eau et la terre en
    elle-même et la terre blanchie avec l’Eau.
    La quatrième parole est que l’Eau peut s’évaporer par
    la sublimation ou l’ascension. Elle redevient aérienne
    en se séparant de la terre avec laquelle elle était auparavant
    coagulée et jointe; et tu auras ainsi la Terre, l’Air
    et l’Eau. C’est ce que dit le Philosophe dans la Tourbe:
    « Blanchissez-le et sublimez à un feu vif jusqu’à ce qu’il
    s’échappe un esprit qui est le Mercure. C’est pour cela
    qu’on l’appelle oiseau d’Hermès et poulet d’Hermogène.
    » Vous trouverez au fond une terre calcinée, c’est
    une force ignée, c’est-à-dire de nature ignée.
    20 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Tu auras donc les quatre éléments, la terre, le feu et
    cette terre calcinée qui est la poudre dont parle Morien.
    « Ne méprise pas la poudre qui est au fond parce qu’elle
    est dans un lieu bas. C’est la terre du corps, c’est ton
    sperme et en elle est le couronnement de l’OEuvre.
    Ensuite avec la terre susdite mets le ferment, ce ferment
    que les Philosophes appellent l’âme : et voici
    pourquoi: de même que le corps de l’homme n’est rien
    sans son âme, de même la terre morte ou corps immonde
    n’est rien sans ferment, c’est-à-dire sans son âme.
    Car le ferment prépare le corps imparfait, le change
    en sa propre nature comme il a été dit. Il n’y a pas.
    d’autres ferments que le Soleil et la Lune, ces deux
    planètes voisines se rapprochant par leurs propriétés
    naturelles. C’est ce qui fait dire à Morien: « Si tu ne
    laves pas, si tu ne blanchis pas le corps immonde et que
    tu ne lui donnes pas d’âme, tu n’auras rien fait pour le
    Magistère. L’esprit est alors uni à l’âme et au corps, il
    se réjouit avec eux et se fixe. L’eau s’altère, et ce qui
    était épais devient subtil. »
    Voici ce que dit Astanus dans la Tourbe des Philosophes:
    «L’esprit ne se joint aux corps que lorsque ceuxci
    ont été parfaitement purifiés de leurs impuretés.
    Dans cette union apparaissent les plus grands miracles,
    LE CHEMIN DU CHEMIN 21
    ____________________________________________________________________________________________________
    car toutes les couleurs imaginables se montrent alors et
    le corps imparfait prend d’après Barsen la couleur du
    ferment, tandis que le ferment lui-même demeure inaltéré.
    O Père plein de piété, que Dieu augmente en toi l’esprit
    d’intelligence pour que tu pèses bien ce que je vais
    dire: Les éléments ne peuvent être engendrés que par
    leur propre sperme. Or ce sperme c’est le Mercure.
    Considère l’homme qui ne peut. être engendré qu’à l’aide
    du sperme, les végétaux qui ne peuvent naître que
    d’une semence, autant qu’il en faut pour la génération
    et la croissance.
    Il en est, qui croyant faire pour le mieux, subliment le
    Mercure, le fixent, l’unissent à d’autres corps, et cependant
    ils ne trouvent rien. Voici pourquoi: un sperme
    ne peut changer, il reste tel qu’il était; et il ne produit
    son effet que lorsqu’il est porté dans la matrice de la
    femme. C’est pourquoi le Philosophe Mechardus dit:
    « Si notre Pierre n’est pas mise dans la matrice de la
    femelle, afin d’y être nourrie, elle ne s’accroîtra pas. »
    O mon Père, te voilà donc selon ton désir, en possession
    de la Pierre des Philosophes.
    Gloire à Dieu.
    Ici se termine le petit traité d’Arnauld de Villeneuve, donné
    au pape, Benoit XI, en l’an 1303.

    RAIMONDI LULLII
    CLAVICULA
    _______________
    RAYMOND LULLE
    LA CLAVICULE

    NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR RAYMOND
    LULLE
    Raymond Lulle naquit à Palma dans l’île Majorque
    en I235. Son père, sénéchal de Jacques 1er d’Aragon, le
    destinait à la carrière des armes. La jeunesse de R. Lulle
    fut turbulente et licencieuse, le mariage ne modifia pas
    sa conduite, mais à la suite d’un violent amour terminé
    d’une façon malheureuse, il renonça au monde et après
    avoir partagé ses biens entre ses enfants, il se retira dans
    la solitude. C’est alors qu’il forme le projet de convertir
    les infidèles, ce sera là la grande idée à laquelle il consacrera
    toute sa vie. Pour apprendre l’arabe, il achète un
    esclave musulman, mais celui-ci ayant deviné le but de son
    maître, tente de l’assassiner. A peine rétabli, Raymond
    Lulle fonde un monastère où l’on enseigne l’arabe,
    où l’on forme des missionnaires. Puis il parcourt l’Europe
    s’adressant aux papes, aux rois, aux empereurs,
    demandant aux uns leur autorité morale, aux autres
    des secours en argent pour faire fructifier son oeuvre.
    C’est dans ces pérégrinations qu’il se mit en relations à
    Paris avec Arnauld de Villeneuve et Duns Scot. Il visite
    l’Espagne, l’Italie, la France, l’Autriche. Joignant
    l’exemple à la parole, il passe deux fois en Afrique, est
    condamné à mort à Tunis, et n’échappe que grâce à la
    26 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    protection d’un savant arabe qui l’avait pris en affection.
    En 1311, nous le trouvons au concile de Vienne.
    C’est là qu’il reçut une lettre d’Edouard Il. Ce prince,
    se montrant favorable à ses projets, R. Lulle va en
    Angleterre. Le roi le fait enfermer dans la tour de Londres
    et le force à faire le grand-oeuvre. Raymond Lulle
    change en or des masses considérables de mercure et
    d’étain, cinquante mille livres, dit Lenglet Dufresnoy. De
    cet or on fit les nobles à la rose ou Raymondines Craignant
    pour sa vie, R. Lulle s’échappe de Londres et retourne
    en Afrique. A peine débarqué, il se met à prêcher,
    la populace indignée de son audace, le lapide. La nuit
    suivante des Gênois l’enlevèrent respirant encore de dessous
    un monceau de pierres et le portèrent à bord de leur
    vaisseau, mais il mourut en vue de Palma; il fut enterré
    dans le couvent des franciscains de cette ville (1313).
    Principaux ouvrages : Codicillus seu vade mecum,
    Testametum, Mercuriorum liber, Clavicula, Experimenta,
    Potestas divitiarum, Theoria et practica, Lapidarium,
    Testamentum novissimum, etc.
    Le présent traité: Clavicula seu Apertorium se trouve
    dans le Theatrum chimicum et dans la Bibliotheca chemica
    Mangeli. Comme son nom l’indique, c’est la clef de
    tous les autres ouvrages de Raymond Lulle.
    LA CLAVICULE DE RAYMOND LULLE
    DE MAJORQUE
    Traité connu aussi sous le nom de Clef universelle, dans
    lequel on trouvera clairement indiqué tout ce qui est
    nécessaire pour parfaire le Grand-OEuvre.
    Nous avons appelé cet ouvrage Clavicule, parce que
    sans lui, il est impossible de comprendre nos autres
    livres, dont l’ensemble embrasse l’Art tout entier, car nos
    paroles sont obscures pour les ignorants.
    J’ai fait beaucoup de traités, très étendus, mais divi -
    sés et obscurs, comme on peut le voir par le Testament,
    où je parle des principes de la nature et de tout ce qui a
    trait à l’art, mais le texte a été soumis au marteau de la
    Philosophie. De même pour mon livre du Mercure des
    philosophes, au second chapitre: de la fécondité des
    minières physiques, de même pour mon livre de la
    Quintessence de l’or et de l’argent, de même enfin pour
    tous mes autres ouvrages où l’art est traité d’une manière
    complète, sauf que j’ai toujours caché le secret principal.
    Or, sans ce secret nul ne peut entrer dans les mines des
    28 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    philosophes et faire quelque chose d’utile, c’est pourquoi
    avec l’aide et la permission du Très-Haut auquel il a
    plu me révéler le Grand-OEuvre, je traiterai ici de l’Art
    sans aucune fiction. Mais gardez-vous de révéler ce
    secret aux méchants; ne le communiquez qu’à vos amis
    intimes, quoique vous ne dussiez le révéler à personne,
    parce que c’est un don de Dieu qui en fait présent à qui
    lui semble bon. Celui qui le possédera, aura un trésor
    éternel.
    Apprenez donc à purifier le parfait par l’imparfait. Le
    Soleil est le père de tous les métaux et la Lune est leur
    mère, quoique la Lune reçoive sa lumière du Soleil. De
    ces deux planètes dépend le magistère tout entier.
    D’après Avicenne, les métaux ne peuvent être trans -
    mués qu’après avoir été ramenés à leur matière première,
    ce qui est vrai. Il te faudra donc réduire d’abord les
    métaux en Mercure; mais je n’entends pas ici Le mercure
    vulgaire, volatil, je parle du Mercure fixe; car le
    mercure vulgaire est volatil, plein d’une froideur flegmatique,
    il est indispensable qu’il soit réduit par le Mercure
    fixe, plus chaud, plus sec, doué de qualités contraires
    à celles du mercure vulgaire.
    C’est pourquoi je vous conseille, ô mes amis, de
    n’opérer sur le Soleil et la Lune qu’après les avoir raLA
    CLAVICULE 29
    ____________________________________________________________________________________________________
    menés à leur matière première qui est le soufre et le
    Mercure des philosophes.
    O mes enfants, apprenez à vous servir de cette matière
    vénérable, car je vous en avertis sous la foi du serment,
    si vous ne tirez le Mercure de ces deux métaux,
    vous travaillerez comme des aveugles, dans l’obscurité
    et dans le doute. C’est pourquoi, ô mes fils, je vous
    conjure de marcher vers la lumière. les yeux ouverts
    et de ne pas tomber en aveugles dans le gouffre de perdition.
    _______
    CHAPITRE I
    DIFFERENCES DU MERCURE VULGAIRE ET DU MERCURE
    PHYSIQUE.
    Nous disons le mercure vulgaire ne peut pas être le
    Mercure des Philosophes, par quelqu’artifice qu’on l’ait
    préparé ; car le mercure vulgaire ne peut tenir au feu
    qu’à l’aide d’un Mercure étranger corporel qui soit chaud,
    sec, et plus digéré que lui. C’est pourquoi je dis que
    notre Mercure physique est d’une nature plus chaude et
    plus fixée que le mercure vulgaire. Notre Mercure
    30 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    corporel se convertit en mercure coulant, ne mouillant
    pas les doigts; quand il est joint au mercure vulgaire, ils
    s’unissent et se joignent si bien à l’aide d’un lien d’amour,
    qu’il est impossible de les séparer l’un de l’autre,
    de même de l’eau mêlée à de l’eau. Telle est la loi de la
    nature. Notre Mercure pénètre le mercure vulgaire et
    se mêle à lui en desséchant son humidité flegmatique,
    lui enlevant sa froideur, ce qui le rend noir comme du
    charbon et le fait enfin tomber en poussière.
    Remarque bien que le mercure vulgaire ne peut être
    employé à la place de notre Mercure physique, lequel
    possède la chaleur naturelle au degré voulu; c’est
    même pour cela que notre Mercure communique sa
    propre nature au mercure vulgaire.
    Bien plus, notre Mercu re, après sa transmutation,
    change les métaux en métal pur, c’est-à-dire en Soleil et
    en Lune, ainsi que nous l’avons démontré dans la seconde
    partie de notre Pratique. Mais il fait quelque chose
    de plus remarquable encore, il change le mercure vulgaire
    en Médecine pouvant transmuer les métaux imparfaits
    en parfaits. Il change le mercure vulgaire en vrai
    Soleil et en vraie Lune, meilleurs que ceux qui sortent
    de la mine. Notez encore que notre Mercure physique
    peut transmuer cent marcs et plus, à l’infini, tout ce
    LA CLAVICULE 31
    ____________________________________________________________________________________________________
    que l’on aura, de mercure ordinaire, à moins que celuici
    ne vienne à manquer.
    Je veux aussi que vous sachiez autre chose, le Mer -
    cure ne se mélange pas facilement et jamais parfaitement
    à d’autres corps, si ceux-ci n’ont été auparavant ramenés
    à son espèce naturelle. C’est pourquoi lorsque tu
    voudras unir le Mercure au Soleil ou à la Lune du vulgaire,
    il te faudra d’abord ramener ces métaux à leur espèce
    naturelle qui est le mercure ordinaire, cela à l’aide
    du lien d’amour naturel; alors le mâle s’unit à la femelle.
    Aussi notre Mercure est-il actif, chaud et sec, tandis
    que le mercure vulgaire est froid, humide, passif comme
    la femelle qui est retenue à la maison dans une chaleur
    tempérée jusqu’à l’obumbration. Alors ces deux mercures
    deviennent noirs comme charbon; c’est là le secret de la
    vraie dissolution. Puis ils se joignent entre eux de telle
    sorte qu’il devient impossible de les séparer jamais. Ils se
    présentent alors sous forme d’une poudre très blanche,
    et ils engendrent des enfants mâles et femelles par le
    vrai lien d’amour. Ces enfants se multiplieront à l’infini
    selon leur espèce ; car d’une once de cette poudre, poudre
    de projection, élixir blanc ou rouge, tu feras des Soleils
    en nombre infini et tu transmueras en Lune toute
    espèce de métal sorti d’une mine.
    32 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE II
    EXTRACTION DU MERCURE DU CORPS PARFAIT.
    Prends une once de chaux de Lune coupellée, calcine -
    la selon la façon décrite à la fin de notre ouvrage sur le
    Magistère. Cette chaux sera ensuite réduite en poudre
    fine sur une plaque de porphyre. Tu imbiberas cette
    poudre, deux, trois, quatre fois par jour avec de la bonne
    huile de tartre préparée de la manière décrite à la fin
    de cet ouvrage ; puis tu feras sécher au soleil. Tu continueras
    ainsi jusqu’à ce que ladite chaux ait absorbé
    quatre ou cinq parties d’huile, la quantité de chaux
    étant prise pour unité; tu pulvériseras la poudre sur le
    porphyre comme il a été dit, après l’avoir desséchée, car
    alors elle se réduit plus facilement en poudre. Lorsqu’elle
    aura été bien porphyrisée, on l’introduira dans un matras
    à long col. Vous y ajouterez de notre menstrue
    puant fait avec deux parties de vitriol rouge et une partie
    de salpêtre ; vous aurez auparavant distillé ce menstrue
    par sept fois et vous l’aurez bien rectifié en le séparant
    de ses impuretés terreuses, si bien qu’à la fin ce
    menstrue soit complètement essentiel.
    LA CLAVICULE 33
    ____________________________________________________________________________________________________
    Alors on lutera parfaitement le matras, on le mettra
    au feu de cendres, avec quelques charbons, jusqu’à ce
    que l’on voie la matière bouillir et se dissoudre. Enfin
    l’on distillera sur les cendres jusqu’à ce que tout le menstrue
    ait passé et l’on attendra que la matière soit froide.
    Quand le vase sera complètement refroidi, on l’ouvrira,
    et la matière sera placée dans un autre vase bien propre
    muni de son chapiteau parfaitement luté. On placera le
    tout sur des cendres dans un fourneau. Le lut étant sec,
    on chauffera d’abord doucement jusqu’à ce que toute
    l’eau de la matière sur laquelle on opère ait passé dans
    le récipient. Puis on augmente le feu pour dessécher
    complètement la matière et exalter les esprits puants qui
    passeront dans le chapiteau et de là dans le récipient.
    Lorsque vous verrez l’opération arrivée à ce point, vous
    laisserez refroidir le vaisseau en diminuant peu à peu le
    feu. Le vase étant froid, vous en retirerez la matière que
    vous réduirez en poudre subtile sur le porphyre. Vous
    mettrez la poudre impalpable ainsi obtenue dans un vase
    de terre bien cuit et bien vitrifié. Puis vous verserez par
    dessus de l’eau ordinaire bouillante, en remuant avec un
    bâton propre, jusqu’à ce que le mélange soit épais comme
    de la moutarde. Remuez bien avec la baguette jusqu’à
    ce que vous voyiez apparaître quelques globules de mer34
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    cure dans la matière; il y en aura bientôt une assez grande
    quantité selon ce que vous aurez employé de corps parfait,
    c’est-à-dire de Lune. Et jusqu’à ce que vous en
    ayez une grande quantité, versez de temps en temps de
    l’eau bouillante et remuez jusqu’à ce que toute la matière
    se réduise en un corps semblable au mercure vulgaire.
    On enlèvera les impuretés terreuses avec de l’eau froide,
    on sèchera sur un linge, on passera à travers une peau
    de chamois. Et alors vous verrez des choses admirables
    _______
    CHAPITRE III
    DE LA MULTIPLICATION DE NOTRE MERCURE.
    Au nom du Seigneur. Amen.
    Prenez trois gros de Lune pure en lamelles ténues;
    faites-en un ama1game avec quatre gros de mercure vulgaire
    bien lavé. Quand l’amalgame sera fait vous le
    mettrez dans un petit matras ayant un col d’un pied et
    demi.
    Prenez ensuite notre Mercure extrait ci - dessus du
    corps lunaire, et mettez-le sur l’amalgame fait avec le
    LA CLAVICULE 35
    ____________________________________________________________________________________________________
    corps parfait et le mercure vulgaire; lutez le vase avec
    le meilleur lut possible et faites sécher. Ceci fait, agitez
    fortement le matras pour bien mélanger l’amalgame et
    le mercure. Puis placez le vase où se trouve la matière
    dans un petit fourneau sur un feu de quelques charbons
    seulement; la chaleur du feu ne doit pas être supérieure
    à celle du soleil lorsqu’il est dans le signe du lion. Une
    chaleur plus forte détruirait votre matière; aussi continuez
    ce degré de feu jusqu’à ce que la matière devienne
    noire comme du charbon et épaisse comme de la bouillie.
    Maintenez la même température jusqu’au moment
    où la matière prendra une couleur gris sombre; lorsque
    le gris apparaîtra, on augmentera le feu d’un degré et il
    sera deux fois plus fort; on le maintiendra ainsi jusqu’à
    ce que la matière commence à blanchir et devienne
    d’une blancheur éclatante. On augmentera le feu d’un
    degré et l’on maintiendra ce troisième degré jusqu’à ce
    que la matière devienne plus blanche que la neige et
    soit réduite en poudre plus blanche et plus pure que la
    cendre. Vous aurez alors la Chaux vive des Philosophes
    et sa minière sulfureuse que les Philosophes ont
    si bien cachées.
    _________
    36 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE IV
    PROPRIETE DE LA CHAUX DES PHILOSOPHES.
    Cette Chaux convertit une quantité infinie de mercure
    vulgaire en une poudre très blanche qui peut être
    réduite en argent véritable quand on l’unit à quelqu’autre
    corps comme la Lune.
    __________
    CHAPITRE V
    MULTIPLICATION DE LA CHAUX DES PHILOSOPHES.
    Prends le vaisseau avec la matière, ajoutes-y deux
    onces de mercure vulgaire bien lavé et sec; lute avec
    soin, et remets le vaisseau où il était d’abord. Règle et
    gouverne le feu selon les degrés un, deux et trois
    comme ci-dessus, jusqu’à ce que le tout soit réduit en
    une poudre très blanche; tu pourras ainsi augmenter ta
    Chaux à l’infini.
    ________
    LA CLAVICULE 37
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE VI
    REDUCTION DE LA CHAUX VIVE EN VRAIE LUNE.
    Ayant donc préparé une grande quantité de notre
    Chaux vive ou minière, prends un creuset neuf sans son
    couvercle; mets-y une once de Lune pure et lorsqu’elle
    sera fondue, ajoutes-y quatre onces de ta poudre agglomérée
    en pilules. Ces petites boules pèsent chacune le
    quart d’une once. On les jette une à une sur la Lune en
    fusion, tout en continuant un feu violent jusqu’à ce que
    toutes les pilules soient fondues; on augmente encore le feu
    pour que tout se mélange parfaitement; enfin on
    coulera dans une lingotière.
    Tu auras ainsi cinq onces d’argent fin, plus pur que le
    naturel ; tu pourras multiplier ta minière physique à ton
    gré.
    ________
    CHAPITRE VII
    DE NOTRE GRAND-OEUVRE AU BLANC ET AU ROUGE.
    Réduisez en Mercure, comme il a été dit plus haut
    votre Chaux vive tirée de la Lune. C’est là notre Mer38
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    cure secret. Prenez donc quatre onces de notre chaux,
    extrayez le Mercure de la Lune comme vous l’avez fait
    plus haut. Vous recueillerez au moins trois onces de
    Mercure que vous mettrez dans un petit matras à long
    col comme il a été dit. Puis faites un amalgame d’une
    once de vrai Soleil avec trois onces de mercure vulgaire
    et mettez-le sur le Mercure de la Lune. Agitez fortement
    pour bien mélanger. Lutez le vaisseau avec soin et
    mettez-le dans le fourneau, en réglant le feu au premier,
    second et troisième degré.
    Au premier degré, la matière deviendra noire comme
    du charbon; on dit alors qu’il y a éclipse de Soleil et de
    Lune. C’est la véritable conjonction qui produit un enfant,
    le Soufre, plein d’un sang tempéré.
    Après cette première opération, on continue par le
    feu du second degré jusqu’à ce que la matière soit grise.
    Puis on passe au troisième degré jusqu’au moment où
    la matière apparaît parfaitement blanche. On augmente
    alors le feu jusqu’à ce que la matière devienne rouge
    comme du cinabre et soit réduite en cendres rouges.
    Tu pourras réduire cette Chaux en Soleil très pur, en
    faisant les mêmes opérations que pour la Lune.
    ________
    LA CLAVICULE 39
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE VIII
    DE LA MANIERE DE CHANGER LA SUSDITE PIERRE EN UNE
    MÉDECINE QUI TRANSMUE TOUTE ESPECE DE METAL EN
    VRAI SOLEIL ET VRAIE LUNE ET SURTOUT LE MERCURE
    VULGAIRE EN METAL PLUS PUR QUE CELUI QUI SORT
    DES MINES.
    Après sa première résolution notre Pierre mult iplie
    cent parties de matière préparée, et après la seconde,
    mille. L’on multiplie en dissolvant, coagulant, sublimant,
    fixant notre matière qui peut ainsi s’accroître indéfiniment
    en quantité et en qualité.
    Prenez donc de notre min ière blanche, dissolvez-la
    dans notre menstrue puant, qui est appelé vinaigre
    blanc dans notre Testament, au chapitre où nous disons:
    « Prends du bon vin bien sec, mets-y la Lune, c’est-àdire
    l’Eau verte et C, c’est-à-dire du Salpêtre.... »
    Mais ne nous égarons pas; prenez quatre onces de
    notre Chaux vive et faites dissoudre dans notre menstrue,
    vous la verrez se résoudre en eau verte. D’autre
    part dans treize onces de ce même menstrue puant vous
    40 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    dissoudrez quatre onces de mercure vulgaire bien lavé,
    et dès que la dissolution sera achevé, vous mélangerez
    les deux solutions; mettez-les en un vase bien scellé,
    faites digérer au fumier de cheval pendant trente jours,
    puis distillez au bain-marie jusqu’à ce qu’il ne passe
    plus rien. Redistillez au feu de charbon afin d’extraire
    l’huile et alors la matière qui restera, sera noire Prenez
    celle-ci et distillez pendant deux heures sur les cendres
    dans un petit fourneau. Le vase étant froid, ouvrez-le et
    versez-y l’eau qui a été distillée ci-dessus au bain-marie.
    Lavez bien la matière avec cette eau. Puis distillez le
    menstrue au bain-marie ; recueillez toute l’eau qui
    passera, joignez-la à l’huile et distillez sur les cendres,
    comme il a été dit. Recommencez cette opération jusqu’au
    moment où la matière restera au fond du vaisseau,
    noire comme du charbon.
    Fils de la science, tu auras alors la Tête de corbeau
    que les Philosophes ont tant cherchée, sans laquelle le
    Magistère ne peut exister. C’est pourquoi, ô mon Fils,
    remémore-toi la divine Cène de Notre-Seigneur Jésus-
    Christ qui est mort, a été enseveli, et le troisième jour
    est revenu à la lumière sur la terre éternelle. Sachebien,
    ô mon Fils, que nul être ne peut vivre s’il n’est
    mort tout d’abord. Prends donc ton corps noir, calcineLA
    CLAVICULE 41
    ____________________________________________________________________________________________________
    le dans le même vaisseau pendant trois jours, puis laisse
    refroidir.
    Ouvre-le et tu trouveras une terre spongieuse et morte,
    que tu conserveras jusqu’à ce qu’il soit nécessaire
    d’unir le corps à l’âme.
    Tu prendras l’eau qui a été distillée au bain -marie,
    tu la distilleras plusieurs fois de suite, jusqu’à ce qu’elle
    soit bien purifiée et réduite en une matière cristalline.
    Imbibe donc ton corps qui est la Terre noire avec
    sa propre eau, l’arrosant peu à peu et chauffant le tout,
    jusqu’à ce que le corps devienne blanc et resplendissant.
    L’eau qui vivifie et qui clarifie a pénétré le corps. Le vaisseau
    ayant été luté, tu chaufferas violemment pendant
    douze heures, comme si tu voulais sublimer le mercure
    vulgaire. Le vase s’étant refroidi, tu l’ouvriras et tu y
    trouveras ta matière sublimée, blanche, c’est notre
    Terre Sigillée, c’est notre corps sublimé, élevé à une
    haute dignité, c’est notre Soufre, notre Mercure, notre
    Arsenic, avec lequel tu réchaufferas notre Or, c’est
    notre ferment, notre chaux vive et il engendre en soi
    le Fils du feu qui est l’Amour des philosophes.
    _______
    42 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE IX
    MULTIPLICATION DU SOUFRE SUSDIT.
    Mets cette matière dans un fort matras et verse par -
    dessus un amalgame fait avec la Chaux vive de la première
    opération, celle que nous réduisions en argent. Cet
    amalgame se fait avec trois parties de mercure vulgaire
    et une partie de notre Chaux; vous mélangerez et vous
    chaufferez sur les cendres. Vous verrez la matière s’agiter,
    augmentez alors le feu et en quatre heures la matière
    deviendra sulfurée et très blanche. Lorsqu’elle aura été
    fixée, elle coagulera et fixera le Mercure; une once de
    matière changera cent onces de Mercure en vraie Médecine;
    elle opérera ensuite sur mille onces, et ainsi de
    suite à l’infini.
    ________
    CHAPITRE X
    FIXATION DU SOUFRE MULTIPLIÉ.
    L’on prendra le soufre multiplié, on le placera dans.
    un matras et l’on versera par-dessus l’huile qui avait été
    mise de côté lors de la séparation des éléments.
    LA CLAVICULE 43
    ____________________________________________________________________________________________________
    On versera de l’huile jusqu’à ce que le Soufre s oit
    mou. Puis on mettra fondre sur les cendres, en chauffant
    au second et troisième degré, jusqu’à la blancheur
    inclusivement. Alors on ouvrira le vaisseau et l’on trouvera
    une plaque cristalline, blanche. Pour l’essayer,
    mets-en un fragment sur une plaque chaude, et s’il coule
    sans produire de fumée il est bon. Alors projettes-en
    une partie sur mille de mercure et celui-ci sera complétement
    transmué en Argent. Mais si la médecine avait
    été infusible et n’avait pas coulé, mets-la dans un creuset
    et verse dessus de l’huile, goutte à goutte, jusqu’à
    ce que la médecine coule comme de la cire, et alors
    elle sera parfaite et transmuera mille parties de mercure
    et plus à l’infini.
    __________
    CHAPITRE XI
    REDUCTION DE LA MEDECINE BLANCHE EN ÉLIXIR ROUGE.
    Au nom du Seigneur, prends quatre onces de la lame
    susdite et dissous-la dans l’Eau de la Pierre, que tu as
    conservée. Lorsque la dissolution sera achevée, mets
    fermenter au bain-marie pendant neuf jours. Alors
    44 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    prends deux parties en poids de notre Chaux rouge et
    ajoute-les dans le vaisseau, tu mettras fermenter de nouveau
    neuf jours. Ensuite tu distilleras au bain-marie
    dans un alambic, puis sur les cendres, en réglant le feu
    au premier degré jusqu’au moment où la matière deviendra
    noire. C’est là notre seconde dissolution et notre
    seconde éclipse du Soleil avec la Lune, c’est là le signe
    de la vraie dissolution et de la conjonction du mâle avec
    la femelle.
    Augmente le feu jusqu’au second degré, de façon que
    la matière devienne jaune. Ensuite on élèvera le feu
    au quatrième degré jusqu’à ce que la matière fonde
    comme de la cire et qu’elle soit d’une couleur hyacinthe.
    C’est alors une matière noble et une médecine royale
    qui guérit promptement toutes les maladies; elle transmue
    toute espèce de métal en or pur meilleur que l’or
    naturel.
    Maintenant rendons grâces au Sauveur glorieux qui
    dans la gloire des cieux règne un et trois dans l’éternité.
    LA CLAVICULE 45
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE XII
    RESUME DU MAGISTÈRE.
    Nous avons démontré que tout ce que renferme ce
    traité est véritable, car nous avons vu de nos propres
    yeux, nous avons opéré nous-même, nous avons touché
    de nos propres mains. Maintenant nous allons sans allégories
    et brièvement résumer notre OEuvre.
    Nous prenons donc la Pierre que nous avons dite,
    nous la sublimons avec l’aide de la nature et de l’art,
    nous la réduisons en Mercure. A ce Mercure on ajoute
    le Corps blanc qui est d’une nature semblable, et on cuit
    jusqu’à ce qu’on ait préparé la vraie minière.
    Cette minière se multipliera à votre gré. La matière
    sera de nouveau réduite en Mercure, que vous dissoudrez
    dans notre Menstrue jusqu’à ce que la Pierre devienne
    volatile et séparée de tous ses éléments. Enfin on
    purifiera parfaitement 1e corps et l’âme. Une chaleur
    naturelle et tempérée permettra ensuite de réussir la
    conjonction du corps et de l’âme. La Pierre deviendra
    minière; on continuera le feu jusqu’à ce que la matière
    devienne blanche, nous l’appelons alors Soufre et Mer46
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    cure des Philosophes ; c’est alors que par la violence
    du feu, le fixe devient volatil, en tant que le volatil se
    sera débarrassé de ses principes grossiers et se sera sublimé
    plus blanc que neige. On jettera ce qui reste au fond
    du vaisseau, car ce n’est bon à rien. Prenez alors
    notre Soufre qui est l’huile dont on a déjà parlé et vous
    le multiplierez dans l’alambic jusqu’à ce qu’il soit réduit
    en une poudre plus blanche que neige. On fixera les
    poudres multipliées par la nature et par l’art, avec de
    l’Eau, jusqu’à ce qu’à l’essai par le feu, elles coulent sans
    fumée comme de la cire.
    Il faut alors ajouter l’eau de la première solution ;
    tout s’étant dissous, on y mettra quelque chose de
    jaune qui est l’or, on unira et on distillera tout l’esprit.
    Enfin on chauffera au premier, second, troisième et
    quatrième degré jusqu’à ce que la chaleur fasse apparaître
    la vraie couleur hyacinthe, et que la matière fixe
    soit fusible. Tu projetteras cette matière sur mille parties
    de mercure vulgaire et il sera transmué en or fin.
    ________
    LA CLAVICULE 47
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE XIII
    CALCINATION DE LA LUNE POUR L’OEUVRE.
    Prenez une once de Lune fine coupellée et trois onces
    de mercure. Amalgamez, en chauffant d’abord l’argent en
    lamelles dans un creuset et en y ajoutant ensuite le mercure;
    remuez avec une baguette, tout en continuant à
    bien chauffer. On mettra ensuite cet amalgame dans du
    vinaigre avec du sel; on broyera le tout avec un pilon
    dans un mortier de bois, tout en lavant et enlevant les
    impuretés. On cessera quand l’amalgame sera parfait.
    Puis on lavera avec de l’eau ordinaire chaude et limpide,
    puis on passera à travers un linge bien propre.
    Ce qui restera sur le linge étant la partie la plus essentielle
    du corps, on le mélangera avec trois parties de sel,
    en broyant bien et en lavant. On calcinera enfin pendant
    douze heures. On recommencera à broyer avec du
    sel, et cela par trois fois, en renouvelant chaque fois le
    sel. Alors on pulvérisera la matière de manière à obtenir
    une poudre impalpable; on lavera à, l’eau chaude jusqu’à
    ce que toute saveur salée ait disparu. Enfin on passera
    à travers un filtre de coton, on desséchera, et l’on aura
    48 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    la Chaux blanche. On la mettra en réserve, pour s’en
    servir lorsqu’on en aura besoin, de peur que l’humidité
    ne l’altère.
    ________
    CHAPITRE XIV
    PROCEDE POUR PRÉPARER L’HUILE DE TARTRE.
    Prenez du bon tartre, dont la cassure soit brillante,
    calcinez-le au fourneau à réverbère pendant dix heures;
    ensuite vous le mettrez sur une plaque de marbre après
    l’avoir pulvérisé et vous le laisserez dans un lieu humide,
    il se résoudra en un liquide huileux. Lorsqu’il sera entièrement
    liquéfié, on le passera à travers un filtre de coton.
    Vous le conserverez soigneusement, il vous servira
    à imbiber votre chaux.
    ____________
    LA CLAVICULE 49
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE XV
    MENSTRUE PUANT POUR REDUIRE NOTRE CHAUX VIVE
    EN MERCURE, APRES L’AVOIR DISSOUTE LORSQU’ ELLE
    AURA ETE DEJA IMBIBE D’HUILE DE TARTRE.
    Prenez deux livres de vitriol, une livre de salpêtre et
    trois onces de cinabre. On rougit le vitriol, on le pulvérise,
    puis on ajoute le salpêtre et le cinabre, on broye
    toutes ces matières ensemble, et on met dans un appareil
    distillatoire bien luté.
    On distille d’abord à feu lent, c’est de toute néces -
    sité, comme le savent ceux qui ont fait cette opération.
    Cette eau distillera en abandonnant ses impuretés qui
    resteront au fond de la cucurbite et vous aurez ainsi
    cet excellent menstrue.
    _________
    CHAPITRE XVI
    AUTRE MENSTRUE POUR SERVIR DE DISSOLVANT A LA
    PIERRE.
    Prenez trois livres de vitriol romain rouge, une livre
    de salpêtre, trois onces de cinabre, broyez toutes ces
    50 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    matières ensemble sur le marbre. Puis mettez-les dans
    un grand et solide matras, ajoutez-y de l’Eau-de-vie
    rectifiée sept fois, puis scellez parfaitement le vaisseau
    et mettez-le pendant quinze jours dans du fumier de
    cheval. Ensuite on distillera doucement pour que toute
    l’eau passe dans le récipient. Puis on augmentera le
    feu jusqu’à ce que le chapiteau soit porté au blanc; on
    laissera ensuite refroidir. On enlèvera le récipient que
    l’on fermera parfaitement avec de la cire et on le conservera.
    Remarquez que ce menstrue doit être rectifié
    sept fois, en rejetant chaque fois le résidu. Après cela
    seulement il sera bon pour l’oeuvre.
    ROGERII BACHONIS
    SPECULUM ALCHEMAE
    ________
    ROGER BACON
    LE MIROIR D’ALCHIMIE

    NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR ROGER
    BACON
    Roger Bacon naquit en 1214 à Ilcester, comté de Sommerset.
    Il fit ses premières études à Oxford, et vint
    ensuite à Paris prendre les titres de maître ès-arts et de
    docteur en théologie. A cette époque, Albert le Grand
    professait publiquement à Paris. De retour en Angleterre,
    il entra dans l’Ordre des Franciscains vers 1240.
    Il apprit le grec, l’arabe, l’hébreu pour lire les anciens
    auteurs dans le texte. Il acquit ainsi une prodigieuse
    érudition. Il revint à Paris, qui lui offrait plus de facilités
    pour ses études. Ses supérieurs ignorants, effrayés de
    sa science, commencèrent à le persécuter. Clément IV
    qui l’admirait fut impuissant à le protéger, et Bacon dut
    se cacher de ses supérieurs pour écrire et envoyer au
    pape l’Opus majus. Nicolas III succéda à Clément IV.
    C’est sous ce pontife que Jérôme d’Esculo, général des
    Franciscains, passant par Paris, fit enfermer Roger Bacon,
    l’accusant de magie et d’hérésie. Jérôme d’Esculo fut
    lui-même élu pape sous le nom de Nicolas IV, et Roger
    Bacon désespérait de jamais sortir de son cachot quand
    54 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Raymond Gaufredi fut nommé général des Franciscains.
    Homme doux et savant, Raymond fit mettre en liberté
    Roger Bacon et plusieurs autres Franciscains. Bacon
    retourna en Angleterre, mais il avait trop souffert, il
    était trop vieux pour reprendre ses chères études. Il
    mourut à Oxford en 1294; à son lit de mort il laissa
    tomber ces tristes paroles: « Je me repens de m’être
    donné tant de peine dans l’intérêt de la science ! »
    Les ouvrages de R. Bacon relatifs à l’alchimie ont
    été réunis dans un recueil intitulé: Rogerii Baconis Thesaurus
    chimicus, un vol. in-8e. Francofurti, î6o3 et 1620.
    Liste des traités de Roger Bacon: Alchimia major,
    Breviarium de dono Dei, De leone viridi, Secretum secretorum,
    Speculum alchemiae, Epislola de secretis operibus
    artis et naturae ac nullitate magiae.
    Le présent traité se trouve en latin dans la Bibliotheca
    chemica mangeli, dans le Thesaurus chimicus, dans
    le tome Il du Theatrum chimicum, c’est d’après ce texte
    qu’a été faite la présente traduction.
    C’est un traité d’alchimie spéculative ou théorique.
    _______
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 55
    ____________________________________________________________________________________________________
    PETIT TRAITÉ D’ALCHIMIE
    DE ROGER BACON INTITULÉ MIROIR
    D’ALCHIMIE
    PREFACE.
    Dans leurs écrits les Philosophes se sont ex primés de
    bien des manières différentes, mais toujours énigmatiques.
    Ils nous ont légué une science noble entre toutes,
    mais voilée complètement pour nous par leur parole
    nuageuse, entièrement cachée sous un voile impénétrable.
    Et pourtant ils ont eu raison d’agir ainsi. Aussi,
    je vous conjure d’exercer avec persévérance votre esprit
    sur ces sept chapitres, qui renferment l’art de transmuer
    les métaux, sans avoir à vous inquiéter des écrits
    des autres philosophes. Repassez souvent dans votre
    esprit leur commencement, leur milieu, leur fin, et vous
    y trouverez des inventions si subtiles que votre âme en
    sera remplie de joie.
    ___________
    56 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE I
    DEFINITIONS DE L’ALCHIMIE.
    Dans quelques manuscrits anciens, on trouve de cet
    art plusieurs définitions desquelles il importe que nous
    parlions ici.. Hermès dit: « L’Alchimie est la science immuable
    qui travaille sur les corps à l’aide de la théorie
    et de l’expérience, et qui, par une conjonction naturelle,
    les transforme en une espèce supérieure plus précieuse.
    Un autre philosophe a dit: « l’Alchimie enseigne à transmuer
    toute espèce de métal en une autre, cela à l’aide
    d’une Médecine particulière, ainsi qu’on peut le voir par
    les nombreux écrits des Philosophes. » C’est pourquoi
    je dis: « l’Alchimie est la science qui enseigne à préparer
    une certaine Médecine ou élixir, laquelle étant projetée
    sur les métaux imparfaits, leur donne la perfection dans le
    moment même de la projection.
    ______
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 57
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE II
    DES PRINCIPES NATURELS ET DE LA GENERATION DES
    METAUX.
    Je vais parler ici des principes naturels et de la géné -
    ration des métaux. Notez d’abord que les principes des
    métaux sont le Mercure et le Soufre. Ces deux principes
    ont donné naissance à tous les métaux et à tous les
    minéraux, dont il existe pourtant un grand nombre d’espèces
    différentes. Je dis de plus que la nature a toujours
    eu pour but et s’efforce sans cesse d’arriver à la perfection,
    à l’or. Mais par suite de divers accidents qui entravent
    sa marche, naissent les variétés métalliques,
    ainsi qu’il est clairement exposé dans plusieurs philosophes.
    Selon la pureté ou l’impureté des deux princ ipes composants,
    c’est-à-dire du Soufre et du Mercure, il se
    produit des métaux parfaits ou imparfaits, l’or, l’argent,
    l’étain, le plomb, le cuivre, le fer. Maintenant recueille
    pieusement ces enseignements sur la nature des métaux,
    sur leur pureté ou leur impureté, leur pauvreté ou leur
    richesse en principes.
    58 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Nature de l’Or: l’Or est un corps parfait composé
    d’un Mercure pur, fixe, brillant, rouge et d’un Soufre
    pur, fixe, rouge, non combustible. L’Or est parfait.
    Nature de l’Argent: c’est un corp s pur, presque parfait,
    composé d’un Mercure pur, presque fixe, brillant,
    blanc. Son Soufre a les. mêmes qualités. Il ne manque à
    l’Argent qu’un peu plus de fixité, de couleur et de poids.
    Nature de l’étain c’est un corps pur, imparfait,
    composé d’un Mercure pur, fixe et volatil, brillant,
    blanc à l’extérieur, rouge à l’intérieur. Son Soufre a les
    mêmes qualités. Il manque seulement à l’étain d’être un
    peu plus cuit et digéré.
    Nature du plomb: c’est un corps impur et imparfait,
    composé d’un Mercure impur, instable, terrestre, pulvérulent,
    légèrement blanc à l’extérieur, rouge à l’intérieur.
    Son Soufre est semblable et de plus combustible.
    Il manque au plomb, la pureté, la fixité, la couleur; il
    n’est pas assez cuit.
    Nature du cuivre: le cuivre est un métal impur et
    imparfait, composé d’un Mercure impur, instable, terrestre,
    combustible, rouge, sans éclat. De même pour
    son Soufre. Il manque au cuivre, la fixité, la pureté, le
    poids. Il contient trop de couleur impure et de parties
    terreuses incombustibles.
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 59
    ____________________________________________________________________________________________________
    Nature du fer: le fer est un corps impur, imparfait,
    composé d’un Mercure impur, trop fixe, contenant des
    parties terreuses combustibles, blanc et rouge, mais sans
    éclat. Il lui manque la fusibilité, la pureté, le poids;
    il contient trop de Soufre fixe impur et de parties terreuses
    combustibles.
    Tout alchimiste doit tenir compte de ce qui précède.
    __________
    CHAPITRE III
    D’OU L’ON DOIT RETIRER LA MATIERE PROCHAINE DE
    L’ELIXIR.
    Dans ce qui précède on a suffisamment déterminé la
    genèse des métaux parfaits et imparfaits.
    Maintenant nous allons travailler à rendre pure et
    parfaite la matière imparfaite. Il ressort des chapitres
    précédents que tous les métaux sont composés de Mercure
    et de Soufre, que l’impureté et l’imperfection des
    composants se retrouve dans le composé; comme on
    ne peut ajouter aux métaux que des substances tirées
    d’eux-mêmes, il s’ensuit qu’aucune matière étrangère ne
    60 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    peut nous servir, mais que tout ce qui est composé des
    deux principes, suffit pour perfectionner, et même transmuer
    les métaux.
    Il est très surprenant de voir des personnes, pourtant
    habiles, travailler sur les animaux, lesquels constituent
    une matière très éloignée, alors qu’elles ont sous la main
    une matière suffisamment prochaine dans les minéraux.
    Il n’est pas impossible qu’un Philosophe ait placé l’OEuvre
    dans ces matières éloignées, mais c’est par allégorie
    qu’il l’aura fait.
    Deux principes composent tous les métaux et rien ne
    peut s’attacher, s’unir aux métaux ou les transformer, s’il
    n’est lui-même composé des deux principes. C’est
    ainsi que le raisonnement nous force à prendre pour
    Matière de notre Pierre, le Mercure et le Soufre.
    Le Mercure se ul, le Soufre seul ne peuvent engendrer
    les métaux, mais par leur union, ils donnent naissance
    aux divers métaux et à de nombreux minéraux.
    Donc il est évident que notre Pierre doit naître de ces
    deux principes.
    Notre dernier secret est très précieux et très caché:
    sur quelle matière minérale, prochaine entre toutes, doiton
    directement opérer? Nous sommes obligé de choisir
    avec soin. Supposons d’abord que nous tirions notre
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 61
    ____________________________________________________________________________________________________
    matière des végétaux: herbes, arbres et tout ce qui
    naît de la terre, Il faudra en extraire le Mercure et le
    Soufre par une longue cuisson, opérations que nous
    repoussons, puisque la nature nous offre du Mercure et
    du Soufre tout faits.
    Si nous avions élu les animaux, il nous faudrait travailler
    sur le sang humain, cheveux, urine, excréments,
    oeufs de poule, enfin tout ce que l’on peut tirer des
    animaux. Il nous faudrait, là encore, extraire par la
    cuisson, le Mercure et le Soufre. Nous récusons ces
    opérations pour notre première raison. Si nous avions
    choisi les minéraux mixtes, telles que sont les diverses
    espèces de magnésies, marcassites, tuties, couperoses
    ou vitriols, aluns, borax, sels, etc., il faudrait mêmement
    en extraire le Mercure et le Soufre par cuisson, ce
    que nous repoussons pour les mêmes raisons que Cidessus.
    Si nous choisissions l’un des sept esprits comme
    le Mercure seul, ou le soufre seul, ou bien le Mercure
    et l’un des deux soufres, ou bien le soufre-vif, ou l’orpiment
    ou l’arsenic jaune, ou l’arsenic rouge, nous ne
    pourrions les perfectionner; parce que la nature ne
    perfectionne que le mélange déterminé des deux principes.
    Nous ne pouvons faire mieux que la nature, et
    il nous faudrait extraire de ces corps le Soufre et le
    62 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Mercure, ce que nous repoussons comme ci-dessus,
    Finalement, si nous prenions les deux principes euxmêmes,
    il nous faudrait les mêler selon une certaine
    proportion immuable, inconnue à l’esprit humain, et ensuite
    les cuire jusqu’à ce qu’ils soient coagulés en une
    masse solide.
    C’est pourquoi nous écartons l’idée de prendre les
    deux principes séparés, c’est-à-dire le Soufre et le Mercure,
    parce que nous ignorons leur proportion et que
    nous trouverons des corps dans lesquels les deux principes
    sont unis dans de justes proportions coagulés et conjoints
    selon les règles.
    Cache bien ce secret: L’Or est un corps parfait et
    mâle sans superfluité ni pauvreté. S’il perfectionnait les
    métaux imparfaits fondus avec lui, ce serait l’élixir rouge.
    L’argent aussi est un corps presque parfait et femelle, et
    si par simple fusion, il rendait presque parfaits les
    métaux imparfaits, ce serait l’élixir blanc. Ce qui n’est
    pas et ce qui ne peut pas être, parce que ces corps
    sont parfaits à un seul degré. Si leur perfection était
    communicable aux métaux imparfaits, ces derniers ne se
    perfectionneraient pas et ce seraient les métaux parfaits
    qui seraient souillés par le contact des imparfaits. Mais
    s’ils étaient plus que parfaits, au double, au quadruple,
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 63
    ____________________________________________________________________________________________________
    au centuple, etc., ils pourraient alors perfectionner les
    imparfaits.
    La nature opère toujours simplement, c’est pour cela
    que la perfection est simple en eux, indivisible et non
    transmissible. Ils ne pourraient entrer dans la composition
    de la Pierre, comme ferments, pour abréger l’oeuvre;
    ils se réduiraient en effet en leurs éléments, la
    somme de volatil dépassant la somme de fixe.
    Et parce que l’or est un corps parfait composé d’un
    Mercure rouge, brillant, et d’un Soufre semblable, nous
    ne le prendrons pas comme matière de la Pierre pour
    l’élixir rouge; car il est trop simplement parfait, sans
    perfection subtile, il est trop bien cuit et digéré naturellement
    et c’est à peine si nous pouvons le travailler avec
    notre feu artificiel; de même pour l’argent.
    Quand la nature perfectionne quelque chose, elle ne
    sait cependant pas le purifier, le parfaire intimement,
    parce qu’elle opère avec simplicité. Si nous choisissions
    l’or et l’argent, nous pourrions à grand peine trouver un
    feu capable d’agir sur eux. Quoique nous connaissions
    ce feu, nous ne pouvons cependant arriver à la purification
    parfaite à cause de la puissance de leurs liens et de
    leur harmonie naturelle ; aussi repoussons l’or pour
    l’élixir rouge, l’argent pour l’élixir blanc. Nous trouve64
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    rons un certain corps, composé de Mercure et de
    Soufre suffisamment purs, sur lesquels la nature aura
    peu travaillé.
    Nous nous flattons de perfectionner un tel corps avec
    notre feu artificiel et la connaissance de l’art. Nous le
    soumettrons à une cuisson convenable, le purifiant, le
    colorant et le fixant selon les règles de l’art. Il faut donc
    choisir une matière qui contienne un Mercure pur, clair,
    blanc et rouge, pas complétement parfait, mélangé également,
    dans les proportions voulues et selon les règles,
    avec un Soufre semblable à lui. Cette matière doit être
    coagulée en une masse solide et telle qu’à l’aide de notre
    science et de notre prudence, nous puissions parvenir à
    la purifier intimement, à la perfectionner par notre feu,
    et à la rendre telle qu’à la fin de l’OEuvre, elle soit des
    milliers de mille fois plus pure et plus parfaite que les
    corps ordinaires cuits par la chaleur naturelle.
    Sois donc prudent; car si tu as exercé la subtilité et
    l’acuité de ton esprit sur ces chapitres où je t’ai manifestement
    révélé la connaissance de la Matière, tu possèdes
    maintenant cette chose, ineffable et délectable,
    objet de tous les désirs des Philosophes.
    _______
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 65
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE IV
    DE LA MANIERE DE REGLER LE FEU ET DE LE MAINTENIR.
    Si tu n’as pas la tête trop dure, si ton esprit n’est pas
    enveloppé complètement du voile de l’ignorance et de
    l’inintelligence, je puis croire que dans les précédents
    chapitres tu as trouvé la vraie Matière des Philosophes,
    matière de la Pierre bénite des sages, sur laquelle l’Alchimie
    va opérer dans le but de perfectionner les corps
    imparfaits à l’aide de corps plus que parfaits. La nature
    ne nous offrant que des corps parfaits ou imparfaits, il
    nous faut rendre indéfiniment parfaite par notre travail
    la Matière nommée ci-dessus.
    Si nous ignorons la manière d’opérer, quelle en est la
    cause, sinon que nous n’observons pas comment la nature
    perfectionne chaque jour les métaux ? Ne voyonsnous
    pas que dans les mines, les éléments grossiers se
    cuisent tellement et s’épaississent si bien par la chaleur
    constante existant dans les montagnes, qu’avec le temps
    elle se transforme en Mercure? Que la même chaleur, la
    même cuisson transforme les parties grasses de la terre
    66 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    en Soufre? Que cette chaleur appliquée longtemps à ces
    deux principes, engendre selon leur pureté ou leur impureté,
    tous les métaux ? Ne voyons-nous pas que
    la nature produit et perfectionne tous les métaux par la
    seule cuisson ? O folie infinie, qui donc, je vous le demande,
    qui donc vous oblige à vouloir faire la même
    chose à l’aide de régimes bizarres et fantastiques? C’est
    pourquoi un Philosophe a dit: « Malheur à vous qui
    voulez surpasser la nature et rendre les métaux plus que
    parfaits par un nouveau régime, fruit de votre entêtement
    insensé. Dieu a donné à la nature des Lois immuables,
    c’est-à-dire, qu’elle doit agir par cuisson continue,
    et vous insensés, vous la méprisez ou vous ne savez pas
    l’imiter. » Il dit de même: « Le feu et l’azoth doivent te
    suffire.» Et ailleurs: « La chaleur perfectionne tout. »
    Et ailleurs: «Il faut cuire, cuire, recuire et ne pas s’en
    fatiguer.» Et en différents passages: « Que votre feu soit
    calme et doux; qu’il se maintienne ainsi chaque jour,
    toujours uniforme, sans faiblir, sinon il s’ensuivra un
    grand dommage. — Sois patient et persévérant. —
    Broye sept fois. — Sache que tout notre magistère se
    fait d’une chose, la Pierre, d’une seule façon, en cuisant
    et dans un seul vase. — Le feu broye. — L’OEuvre est
    semblable à la création de l’homme. Dans l’enfance on
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 67
    ____________________________________________________________________________________________________
    le nourrit d’aliments légers, puis quand ses os se sont
    affermis, la nourriture devient plus fortifiante ; de même
    notre magistère est d’abord soumis à un feu léger avec
    lequel il faut toujours agir pendant la cuisson. Mais
    quoique nous parlions sans cesse de feu modéré, nous
    sous-entendons néanmoins que dans le régime de
    l’OEuvre il faut l’augmenter peu à peu et par degré jusqu’à
    la fin.
    _________
    CHAPITRE V
    DU VAISSEAU ET DU FOURNEAU.
    Nous venons de déterminer la manière d’opérer,
    nous allons maintenant parler du vaisseau et du fourneau,
    dire comment et avec quoi ils doivent être faits.
    Lorsque la nature cuit les métaux dans les mines à l’aide
    du feu naturel, elle ne peut y parvenir qu’en employant
    un vaisseau propre à la cuisson. Nous nous proposons
    d’imiter la nature dans le régime du feu, imitons-la donc
    aussi pour le vaisseau. Examinons l’endroit où s’élaborent
    les métaux. Nous voyons d’abord manifestement dans
    une mine, que sous la montagne il y a du feu, produi68
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    sant une chaleur égale, dont la nature est de monter sans
    cesse. En s’élevant elle dessèche et coagule L’eau épaisse
    et grossière, contenue dans les entrailles de la terre, et
    la transforme en Mercure. Les parties onctueuses minérales
    de la terre sont cuites, rassemblées dans les veines
    de la terre et coulant à travers La montagne, elles engendrent
    le Soufre. Comme on peut l’observer dans les filons
    des mines, le Soufre né des parties onctueuses de la terre
    rencontre le Mercure. Alors a lieu la coagulation de l’eau
    métallique. La chaleur continuant à agir dans la montagne,
    les différents métaux apparaissent après un temps
    très long. On observe dans les mines une température
    constante, nous pouvons en conclure que la montagne
    qui renferme des mines est parfaitement close de tous
    côtés par des rochers; car, si la chaleur pouvait s’échapper,
    jamais les métaux ne naîtraient.
    Si donc nous voulons imiter la nature, il faut absolu -
    ment que nous ayons un fourneau semblable à une
    mine, non par sa grandeur, mais par une disposition
    particulière, telle que le feu placé dans le fond ne trouve
    par d’issue pour s’échapper quand il montera, en sorte
    que la chaleur soit réverbérée sur le vase, clos avec soin,
    qui renferme la matière de la Pierre.
    Le vaisseau doit être rond, avec un petit col. Il
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 69
    ____________________________________________________________________________________________________
    doit être en verre ou en une terre aussi résistante que le
    verre; on en fermera hermétiquement l’orifice avec un
    couvercle et du bitume. Dans les mines, le feu n’est pas
    en contact immédiat avec la matière du Soufre et du
    Mercure; celle-ci en est séparée par la terre de la montagne.
    De même le feu ne doit pas être appliqué à nu
    au vaisseau qui contient la Matière, mais il faut placer
    ce vaisseau dans un autre vase fermé avec autant de
    soin que lui, de telle sorte qu’une chaleur égale agisse
    sur la Matière, en haut, en bas, partout où il sera
    nécessaire. C’est pourquoi Aristote dit dans la Lumière
    des lumières, que le Mercure doit être cuit dans un
    triple vaisseau en verre très dur, ou, ce qui vaut mieux,
    en terre possédant la dureté du verre.
    ________
    CHAPITRE VI
    DES COULEURS ACCIDENTELLES ET ESSENTIELLES QUI
    APPARAISSENT PENDANT L’OEUVRE.
    Ayant élu la Matière de la Pierre, tu connais de plus
    la manière certaine d’opérer, tu sais à l’aide de quel
    70 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    régime on fait apparaître les diverses couleurs en cuisant
    la Pierre. Un Philosophe a dit « Autant de couleurs,
    autant de noms. Pour chaque couleur nouvelle
    apparaissant dans l’OEuvre, les Alchimistes ont inventé
    un nom différent. Ainsi à la première opération de notre
    Pierre, on a donné le nom de putréfaction, car notre
    Pierre est alors noire ». « Lorsque tu auras trouvé la
    noirceur, dit un autre Philosophe, sache que dans cette
    noirceur se cache la blancheur, et il faut l’en extraire. »
    Après la putréfaction, la pierre rougit et on a dit là -
    dessus: « Souvent la pierre rougit, jaunit et se liquéfie,
    puis se coagule avant la véritable blancheur. Elle se
    dissout, se putréfie, se coagule, se mortifie, se vivifie, se
    noircit, se blanchit, s’orne de rouge et de blanc, tout
    cela par elle-même. »
    Elle peut aussi verdir, car un philosophe a dit: «Cuis
    jusqu’à ce qu’un enfant vert apparaisse, c’est l’âme de la
    pierre. » Un autre a dit: «Sachez que c’est l’âme qui
    domine pendant la verdeur.»
    Il apparaît aussi avant la blancheur les couleurs du
    paon, un philosophe en parle en ces termes: « Sachez
    que toutes les couleurs qui existent dans l’Univers ou
    que l’on peut imaginer, apparaissent avant la blancheur,
    ensuite seulement vient la vraie blancheur. Le corps sera
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 71
    ____________________________________________________________________________________________________
    cuit jusqu’à ce qu’il devienne brillant comme les yeux
    des poissons et alors la pierre se coagulera à la circonférence.
    »
    « Lorsque tu verras la blancheur apparaître à la surface
    dans le vaisseau, dit un sage, sois certain que sous
    cette blancheur se cache le rouge; il te faut l’en extraire,
    cuis donc jusqu’à ce que tout soit rouge. » Il y a enfin
    entre le rouge et le blanc une certaine couleur cendrée,
    de laquelle on a dit: « Après la blancheur, tu ne peux
    plus te tromper, car en augmentant le feu, tu arriveras
    à une couleur grisâtre.» «Ne méprise pas la cendre,
    dit un Philosophe, car avec l’aide de Dieu, elle se liquéfiera.
    » Enfin apparaît le Roi couronné du diadème
    rouge, SI DIEU LE PERMET.
    _________
    CHAPITRE VII
    DE LA MANIERE DE FAIRE LA PROJECTION SUR LES METAUX
    IMPARFAITS.
    Comme je l’avais promis, j’ai traité jusqu’à la fin notre
    Grand-OEuvre, Magistère béni, préparation des élixirs
    blanc et rouge. Maintenant nous allons parler de la
    72 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    manière de faire la projection, complément de l’OEuvre,
    attendu et désiré avec impatience. L’Elixir rouge, jaunit
    à l’infini et transforme en or pur tous les métaux.
    L’Elixir blanc blanchit à l’infini et donne aux métaux la
    blancheur parfaite. Mais il faut savoir qu’il y a des métaux
    plus éloignés que d’autres de la perfection et, inversement
    il y en a qui sont plus prochains. Quoique
    tous les métaux soient également amenés à la perfection
    par l’Elixir, ceux qui sont prochains, deviennent
    parfaits plus rapidement, plus complétement, plus intimement
    que les autres. Lorsque nous aurons trouvé le
    métal le plus prochain, nous écarterons tous les autres.
    J’ai déjà dit quels sont les métaux prochains et éloignés
    et lequel est le plus près de la perfection. Si tu es suffisamment
    sage et intelligent, tu le trouveras, dans un
    précédent chapitre, indiqué sans détour, déterminé avec
    certitude. Il est hors de doute que celui qui a exercé
    son esprit sur ce Miroir trouvera par son travail la vraie
    Matière, et saura sur quel corps il convient de faire la
    projection de l’Elixir pour arriver à la perfection.
    Nos précurseurs qui ont tout trouvé dans cet art
    par leur seule philosophie, nous montrent suffisamment
    et sans allégorie, le droit chemin ,quand ils disent:
    «Nature contient Nature, Nature se réjouit de Nature,
    LE MIROIR D’ALCHIMIE 73
    ____________________________________________________________________________________________________
    Nature domine Nature et se transforme dans les autres
    Natures. » Le semblable se rapproche du semblable,
    car la similitude est une cause d’attraction ; il y a
    des philosophes qui nous ont transmis là-dessus un secret
    remarquable. Sache que la nature se répand rapidement
    dans son propre corps, alors qu’on ne peut l’unir
    à un corps étranger. Ainsi 1’âme pénètre rapidement le
    corps qui lui appartient, mais c’est en vain que tu voudrais
    la faire entrer dans un autre corps.
    La similitude est assez frappante ; les corps, dans
    l’OEuvre, deviennent spirituels et réciproquement les
    esprits deviennent corporels; le corpe fixe est donc
    devenu spirituel. Or, comme 1’Elixir, rouge ou blanc, a
    été amené au delà de ce que sa nature comportait, il
    n’est donc pas étonnant qu’il ne soit pas miscible aux
    métaux en fusion, quand on se contente de l’y projeter.
    Il serait impossible ainsi de transmuer mille parties
    pour une. Aussi je vais vous livrer un grand et rare
    secret: il faut mêler une partie d’Elixir avec mille du
    métal le plus prochain, enfermer le tout dans un vaisseau
    propre à l’opération, sceller hermétiquement et
    mettre au fourneau à fixer. Chauffez d’abord lentement,
    augmentez graduellement le feu pendant trois jours
    jusqu’à union parfaite. C’est l’ouvrage de trois jours.
    74 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Tu peux recommencer alors à projeter une partie de ce
    produit sur mille de métal prochain, et il y aura transmutation.
    Il te suffira pour cela d’un jour, d’une heure.
    d’un moment. Louons donc notre Dieu, toujours admirable,
    dans l’Éternité.
    _________________
    PARACELSI
    THESAURUS THESAURORUM
    ALCHIMISTORUM
    ______
    PARACELSE
    LE TRÉSOR DES TRÉSORS
    DES ALCHIMISTES

    LE TRESOR DES TRESORS 77
    ____________________________________________________________________________________________________
    NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR PARACELSE
    Auréole Philippe Théophraste Paracelse Bombast ab
    Hohenheim, naquit en 1493 à Einsiedeln, près Zurich,
    canton de Schwytz. Son père Guillaume, médecin instruit,
    lui enseigna le latin, la médecine et l’alchimie. Les
    oeuvres d’Isaac le Hollandais, qu’il lut dans sa jeunesse,
    lui donnèrent un amour profond de l’alchimie. Dès lors
    il ne séparera jamais la médecine de l’alchimie et c’est
    l’union de ces deux sciences qui caractérisera l’école des
    paracelsistes. Son père l’envoya terminer ses études
    auprès de Trithême; Cet occultiste célèbre eut une
    grande influence sur les idées de Paracelse, car il lui
    enseigna la magie et l’astrologie. Trithême s’étant retiré
    dans un couvent, Paracelse se mit à voyager, il visita le
    Portugal, l’Espagne, l’Italie, la France, les Pays-Bas,
    la Saxe, le Tyrol, la Pologne, la Moravie, la Transylvanie,
    la Hongrie et la Suède. Peut-être même fut-il en
    Orient, comme il l’insinue lui-même. Il allait par les villes
    et les villages, soignant les malades, vendant des remèdes,
    tirant des horoscopes, évoquant les esprits; d’autre
    78 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    part il interrogeait les vieilles femmes, les bateleurs, les
    bohémiens, les empiriques, les bourreaux, les sorciers.
    L’un lui communiquait un secret, l’autre lui racontait
    une cure merveilleuse. Paracelse recueillait tout, jugeant,
    comparant, observant. C’est ainsi qu’il acquit sa science
    prodigieuse que les savants de son temps ne voulaient
    pas reconnaître, parce qu’elle ne se trouvait ni dans Galien,
    ni dans Hippocrate.
    En Hongrie il entre au service des Fugger, banquiers,
    alchimistes et métallurgistes; il put travailler à son gré
    dans leurs vastes laboratoires. En 1526, OEcolampade
    l’appelle à Bâle pour remplir la chaire de physique et de
    chirurgie (de chimie, dit Haller). Mais il dut bientôt
    quitter la ville, son enseignement violent lui ayant attiré
    des ennemis. Il recommence à voyager, soignant les princes
    et les grands, les prélats et les riches bourgeois. Il
    mourut en 1541 à l’hôpital de Salzbourg.
    OEuvres complètes: I° Paracelsi opera omnia medico,
    chemico, chirurgica, 3 vol, in-folio. Genevae, 1648 : 2° Bücher
    und Schriften Paracelsi, Io vol. in 4°. Bâle, 1589.
    Traités d’alchimie : Archidoxorum libri decem, — De
    proejarationibus, — De natura rerum, — De tinctura
    Physicorum, — Coelum Philosophorum, — Thesaurus
    thesaurorum, — De mineralibus.
    LE TRESOR DES TRESORS 79
    ____________________________________________________________________________________________________
    Le présent traité, traduit pour la première fois en fran -
    çais, se trouve page 126 tome Il de l’édition latine.
    _________
    LE TRÉSOR DES TRÉSORS DES ALCHIMISTES
    PAR PHILIPPE THÉOPHRASTE
    BOMBAST, LE GRAND PARACELSE.
    La nature engendre ce minéral dans le sein de la terre.
    Il y en a deux espèces que l’on peut trouver en diverses
    localités de l’Europe. Le meilleur que j’ai eu et qui a
    été trouvé bon après assai est extérieur dans la figure
    du monde supérieur, à l’Orient de la sphère solaire. Le
    second se trouve dans l’astre méridional et aussi dans la
    première fleur que le gui de la terre produit sur l’astre
    (I). Après la première fixation il devient rouge; en
    lui sont cachées toutes les fleurs et toutes les couleurs
    minérales. Les Philosophes ont beaucoup écrit sur lui
    I .Ce passage est incompréhensible. Pour ne pas qu’on puisse
    s’en prendre à nous, voici le texte: Optimum quod mihi oblatum,
    ac in experimentando. genuinum inventum est extra in figura majoris
    mundi, est in oriente astri sphoerae solis Alterum in Astro meridionali,
    jam in primo flore est, quem Viscus terrae per suum Astrum
    protrudit.
    80 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    parce qu’il est d’une nature froide et humide voisine de
    celle de l’eau.
    Pour tout ce qui est science et expérience, les Philosophes
    qui m’ont précédé ont pris pour cible le Rocher
    de la vérité, mais aucun de leurs traits n’a rencontré le
    but. ils ont cru que le Mercure et le Soufre étaient les
    principes de tous les Métaux, et ils n’ont pas mentionné,
    même en songe, le troisième principe. Cependant si par
    l’art spagyrique, on sépare en plus de l’Eau, il me
    semble que la Vérité que je proclame est suffisamment
    démontrée; ni Galien, ni Avicenne ne la connaissaient.
    S’il me fallait décrire pour nos excellents physiciens
    le nom, la composition, la dissolution, la coagulation,
    s’il me fallait dire comment la nature agit dans les
    êtres depuis le commencement du monde, il me suffirait
    à peine d’une année pour l’expliquer et des peaux de tout
    un troupeau de vaches pour l’écrire.
    Or, j’affirme que dans ce minéral, on trouve trois principes,
    qui sont: le Mercure, le Soufre et l’Eau métallique
    qui a servi à le nourrir; la science spagyrique peut
    extraire cette dernière de son propre suc quand elle
    n’est pas tout à fait mûre, au milieu de l’automne, de
    même la poire sur l’arbre. L’arbre contient la poire en
    puissance. Si les astres et la nature concordent, l’arbre
    LE TRESOR DES TRESORS 81
    ____________________________________________________________________________________________________
    émet d’abord des branches vers le mois de mars, puis les
    boutons poussent, ils s’ouvrent, la fleur apparaît, et ainsi
    de suite jusqu’en automne où la poire mûrit. C’est la
    même chose pour les métaux. Ils naissent d’une façon
    semblable dans le sein de la terre. Que les Alchimistes
    qui cherchent le Trésor des trésors notent ceci soigneusement.
    Je leur indiquerai le chemin, le commencement,
    le milieu et la fin; dans ce qui suit je vais décrire l’eau,
    le soufre et le baume particulier du trésor. Par la résolution
    -et la conjonction ces trois choses s’uniront en une.
    DU SOUFRE DU CINABRE.
    Prends du cinabre minéral et opère ainsi. Cuis -le
    avec de l’eau de pluie .dans un vase de pierre pendant
    trois heures; purifie-le ensuite avec soin et dissous
    dans une eau régale composée . de parties égales de
    vitriol, de nitre et de sel ammoniac (autre formule,
    vitriol, salpêtre, alun et sel ordinaire).
    Distille dans un alambic en cohobant. Tu sépareras
    ainsi soigneusement le pur de l’impur. Mets ensuite fermenter
    pendant un mois dans le fumier de cheval. Ensuite
    sépare les éléments selon ce qui suit: quand le
    signe apparaîtra, commence par distiller dans l’alambic
    82 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    avec le feu du premier degré. L’eau et l’air monteront,
    le feu et la terre resteront dans le fond. Cohobe et mets
    l’alambic au feu de cendres. L’eau et l’air monteront
    d’abord, puis l’élément du feu, que les artistes habiles
    reconnaîtront facilement. La Terre restera dans le fond
    de l’alambic, tu la recueilleras; beaucoup l’ont cherchée
    et peu l’ont trouvée. Tu prépareras selon l’Art cette
    terre morte dans un fourneau à reverbère, puis tu lui
    appliqueras le feu du premier degré pendant quinze
    jours et quinze nuits. Ceci fait tu lui appliqueras le
    second degré pendant autant de jours et autant de
    nuits (ta matière aura été enfermée dans un vase scellé
    hermétiquement). Tu trouveras enfin un sel volatil semblable
    à un alcali très léger, contenant en soi l’essence
    du feu et de la terre.
    Mélange ce sel avec les deux éléments que tu as mis
    de côté, l’air et l’eau. Chauffe sur les cendres pendant
    huit jours et huit nuits, et tu trouveras ce que beaucoup
    d’artistes ont négligé. Sépare selon les règles de l’art
    spagyrique et tu recueilleras une terre blanche privée
    de sa teinture. Prends l’élément du feu et le sel de la
    terre, fais digérer au pélican pour extraire l’essence. Il
    se séparera de nouveau une terre que tu mettras de
    côté.
    LE TRESOR DES TRESORS 83
    ____________________________________________________________________________________________________
    DU LION ROUGE.
    Ensuite prends le lion qui a passé le premier dans le
    récipient dès que tu aperçois sa teinture, c’est-à-dire le
    feu qui se tient au dessus de l’eau, de l’air et de la terre.
    Sépare-le de ses impuretés par trituration. Tu auras
    alors le véritable or potable. Arrose-le d’alcool de vin
    pour le laver; puis distille dans un alambic jusqu’à ce
    que tu ne perçoives plus au goût l’acidité de l’eau régale.
    Enferme ensuite avec soin cette huile de soleil dans
    une retorte fermée hermétiquement. Chauffe pour l’élever,
    de telle sorte qu’elle se sublime et se dédouble.
    Place alors le vaisseau toujours bien fermé dans un
    endroit frais. Chauffe de nouveau pour élever, replace
    au frais pour condenser. Répète cette manoeuvre trois
    fois. Tu auras ainsi la teinture parfaite du soleil.
    Réserve-la pour plus tard.
    DU LION VERT.
    Prends du vitriol de Vénus, préparé selon les règles
    de l’art spagyrique; ajoutes-y les éléments de l’eau et de
    84 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    l’air que tu avais mis de côté. Mélange, fais putréfier
    pendant un mois comme il a été dit.
    La putréfaction finie, tu remarqueras le signe des éléments.
    Sépare et tu verras bientôt deux couleurs, le
    blanc et le rouge. Le rouge est au-dessus du blanc. La
    teinture rouge du vitriol est tellement puissante qu’elle
    teint en rouge tous les corps blancs, et en blanc tous les
    corps rouges, ce qui est merveilleux. Travaille sur cette
    teinture dans une cornue et tu en verras sortir la noirceur.
    Remets dans la cornue ce qui a distillé, et recommence
    jusqu’à ce que tu obtiennes un liquide blanc.
    Sois patient et ne désespère pas de l’OEuvre.
    Rectifie jusqu’à ce que tu trouves le lion vert, bril -
    lant et véritable, que tu reconnaîtras à son grand poids.
    C’est la teinture de l’Or. Tu contempleras les signes
    admirables de notre lion vert, qu’aucun des trésors du
    lion romain ne pourraient payer. Gloire à celui qui a
    su le trouver et en tirer la teinture ! C’est le vrai baume
    naturel des planètes célestes, il empêche la putréfaction
    des corps, et ne permet pas à la lèpre, à la goutte, à
    l’hydropisie de s’implanter dans le corps humain. Lorsqu’il
    a été fermenté avec le soufre de l’or, on le prescrit
    à la dose d’un grain.
    Ah! Charles l’allemand, qu’as-tu fait de tes trésors
    LE TRESOR DES TRESORS 85
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    de science? Où sont tes physiciens? Où sont tes docteurs
    ? Où sont ces bandits qui purgent et médicamentent
    impunément? Ton firmament est bouleversé; tes
    astres, hors de leurs orbites, se promènent bien loin de
    la voie marécageuse qui leur avait été tracée; aussi tes
    yeux ont-ils été frappés de cécité, comme par un charbon
    incandescent, quand tu as contemplé notre splendeur
    et notre fierté superbe. Si tes adeptes savaient que
    leur prince Galien (qui est en enfer) m’a écrit des lettres
    pour reconnaître que j’ai raison, ils feraient le signe
    de la croix avec une queue de renard! Et votre Avicenne
    ! il est assis sur le seuil des enfers; j’ai discuté
    avec lui de son or potable, de la teinture physique,
    du mithridate et de la thériaque. O hypocrites, qui
    méprisez les vérités que vous enseigne un vrai médecin,
    instruit par la nature, fils de Dieu lui-même!
    Allez toujours, imposteurs, qui ne prévalez qu’à l’aide de
    hautes protections. Mais patience ! après ma mort, mes
    disciples se lèveront contre vous, ils vous traîneront à la
    face des cieux, vous et vos sales drogues, qui vous servent
    à empoisonner les princes et les grands de la chrétienté.
    Malheur sur vos têtes au jour du jugement ! Moi au
    contraire, je sais que mon règne viendra. Je règnerai
    86 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    dans l’honneur et la gloire. Ce n’est pas moi qui me
    loue, c’est la Nature, car elle est ma mère et je lui
    obéis encore. Elle me connaît et je la connais. La
    lumière qui est en elle, je l’ai contemplée, je l’ai démontrée
    dans le Microcosme et je l’ai retrouvée dans l’Univers.
    Mais il me faut revenir à mon sujet pour satisfaire les
    désirs de mes disciples, que je favorise volontiers, quand
    ils sont pourvus des lumières naturelles, quand ils connaissent
    l’astrologie et surtout quand ils sont habiles dans
    la philosophie, qui nous apprend à connaître la matière
    de tout.
    Prends quatre parties en poids de l’Eau métallique que
    j’ai décrite, deux parties de la Terre de Soleil rouge, une
    partie de Soufre du Soleil. Mets le tout dans un pélican,
    solidifie et désagrége trois fois. Tu auras ainsi la Teinture
    des alchimistes. Nous ne parlerons pas ici de ses propriétés
    puisqu’elles sont indiquées dans le livre des
    Transmutations. Avec une once de Teinture du Soleil, tu
    pourras teindre mille onces de Soleil; si tu possèdes la
    teinture du Mercure, tu pourras de même teindre complétement
    le corps du mercure vulgaire. De même la
    teinture de Vénus transmuera complétement en métal
    parfait le corps de Vénus. Toutes ces choses ont été
    LE TRESOR DES TRESORS 87
    ____________________________________________________________________________________________________
    confirmées par l’expérience. Il faut entendre la même
    chose pour les teintures des autres planètes : Saturne,
    Jupiter, Mars, la Lune. Car de ces métaux on tire
    aussi des teintures; nous n’en dirons rien ici, en ayant
    amplement parlé dans le traité de la Nature des choses et
    dans les Archidoxes.
    J’ai suffisamment décrit pour les spagyristes, la
    matière première des métaux et des minéraux, maintenant
    ils connaissent la teinture des alchimistes. Il ne faut
    pas moins de neuf mois pour préparer cette teinture;
    travaille donc avec ardeur, sans te décourager ; pendant
    quarante jours alchimiques, fixe, extrais, sublime, putréfie,
    coagule en pierre, et tu obtiendras enfin le Phénix
    des philosophes.
    Mais ne vas pas oublier que le soufre du cinabre est un
    Aigle, qui vole sans faire de vent, et qu’il transporte le
    corps du vieux Phénix dans un nid où il se nourrit de
    l’élément du feu. Ses petits lui arrachent les yeux, ce
    qui produit la blancheur. C’est là le baume de ses intestins
    qui donne la vie au coeur, selon ce qu’ont enseigné les
    cabalistes.
    __________
    ALBERTI MAGNI
    COMPOSITUM DE COMPOSITIS
    _______
    ALBERT LE GRAND
    LE COMPOSÉ DES COMPOSÉS

    LE COMPOSE DES COMPOSES 91
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    NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR ALBERT
    LE GRAND
    Albert le Grand, de l’antique famille des comtes de
    Bollstadt, naquit à Lavingen sur le Danube en Souabe
    (1193). Dans son enfance, il était fort peu intelligent,
    mais à la suite d’une vision son esprit se développa tout
    à coup, et il fit dès lors des progrès rapides dans toutes
    les branches de la science. Vers 1222, il entra dans l’Ordre
    de Saint-Dominique. Il enseigna dans les écoles de
    l’Ordre la théologie et la philosophie.
    C’est à Cologne qu’il distingua parmi ses élèves saint
    Thomas d’Aquin, ils se lièrent d’une amitié étroite et
    vinrent ensemble à Paris. La parole d’Albert le Grand
    attirait une telle foule d’auditeurs qu’il fut obligé d’enseigner
    sur les places publiques; l’une d’elles a conservé
    son nom, c’est la place Maubert ou de maître Albert.
    En 1248, il revint à Cologne. Pendant dix ans, il mena
    dans cette ville une existence paisible favorable à l’étude ;
    provincial de son ordre, jouissant d’une autorité incontestée
    auprès de ses contemporains, aidé par ses moines
    dans tous les travaux qu’il entreprenait, n’ayant pas
    92 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    à s’inquiéter des questions d’argent, combien son existence
    fut différente de celle de Roger Bacon!
    En 1259, Albert le Grand fut nommé évêque de Ratisbonne
    ; mais il ne tarda pas à renoncer aux soucis de
    l’épiscopat, et s’étant démis de sa charge il rentra dans le
    cloître. Il mourut à Cologne en 1280 âgé de 87
    ans.
    OEuvres complètes Beati Alberti, Ralisbonensis episcopi
    opera omnia, 21 vol, in-folio. Lugduni, I65I.
    Traités alchimiques : Libellus de Alchimia, — Concordantia
    philosophorum de lapide philosophico, — De rebus
    metallicis, — Compositum de compositis, — Breve compendium
    de ortu metallorum.
    Le présent traité, traduit pour la première fois en
    français, se trouve au tome IV du Theatrum chimicum,
    page 825. Hoeffer cite dans son Histoire de la chimie
    plusieurs passages de ce traité. Deux de ces passages
    ne se trouvent pas dans le : Compositum de compositis,
    mais dans le : Libellus de Alchimia (Theat. chimic.,
    tome II).
    Avec le traité De Alchimia, c’est le plus important
    des opuscules alchimiques d’Albert le Grand.
    ________
    LE COMPOSE DES COMPOSES 93
    ____________________________________________________________________________________________________
    LE COMPOSÉ DES COMPOSÉS D’ALBERT
    LE GRAND
    Je ne cacherai pas une science qui m’a été révélée par
    la grâce de Dieu, je ne la garderai pas jalousement pour
    moi seul, de peur d’attirer sa malédiction. Une science
    tenue secrète, un trésor caché, quelle est leur utilité ?
    La science que j’ai apprise sans fictions, je vous la
    transmets sans regrets. L’envie ébranle tout, un homme
    envieux ne peut être juste devant Dieu. Toute science,
    toute sagesse vient de Dieu ; c’est une simple façon
    de parler que de dire qu’elle vient de l’Esprit-Saint. Nul
    ne peut dire : Notre-Seigneur Jésus-Christ sans sousentendre
    : fils de Dieu le Père, par l’opération du Saint-
    Esprit. De même cette science de vérité ne peut être
    séparée de Celui qui me l’a communiquée.
    Je n’ai pas été envoyé vers tous, mais seulement vers
    ceux qui admirent le Seigneur dans ses oeuvres et que
    Dieu a jugé dignes. Que celui qui a des oreilles pour
    entendre cette communication divine recueille les secrets
    qui m’ont été transmis par la grâce de Dieu et
    qu’il ne les révèle jamais à ceux qui en sont indignes.
    94 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    La nature doit servir de base et de modèle à la
    science, aussi l’Art travaille d’après la Nature autant
    qu’il peut. Il faut donc que l’Artiste observe la Nature
    et opère comme elle opère.
    _________
    CHAPITRE I
    DE LA FORMATON DES METAUX EN GENERAL PAR LE
    SOUFRE ET LE MERCURE.
    On a observé que la nature des métaux, telle que nous
    la connaissons est d’être engendrée d’une manière générale
    par 1e Soufre et le Mercure. La différence seule de
    cuisson et de digestion produit la variété dans l’espèce
    métallique. .J’ai observé moi-même que dans un seul et
    même vaisseau, c’est-à-dire dans un même filon, la nature
    avait produit plusieurs métaux et de l’argent, disséminés
    ça et là. Nous avons en effet démontré clairement
    dans notre Traité des minéraux que la génération des métaux
    est circulaire, on passe facilement de l’un à l’autre
    suivant un cercle, les métaux voisins ont des propriétés
    semblables ; c’est pour cela que l’argent se change plus
    facilement en or que tout autre métal.
    LE COMPOSE DES COMPOSES 95
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    Il n’y a plus en effet à changer dans l’argent que la
    couleur et le poids, ce qui est facile. Car une substance
    déjà compacte augmente plus facilement de
    poids. Et comme il contient un soufre blanc jaunâtre,
    sa couleur sera aussi aisée à transformer.
    Il en est de même des autres métaux. Le Soufre est
    pour ainsi dire leur père et le Mercure leur mère.
    C’est encore plus vrai, si l’on dit que dans la conjonction
    le Soufre représente le sperme du père et que
    le Mercure figure un menstrue coagulé pour former la
    substance de l’embryon. Le Soufre seul ne peut engendrer,
    ainsi le père seul.
    De même que le mâle engendre de sa propre subs -
    tance mêlée au sang menstruel, de même le Soufre engendre
    avec le Mercure, mais seul il ne produit rien.
    Par cette comparaison nous voulons faire entendre que
    l’Alchimiste devra enlever d’abord au métal la spécificité
    que lui a donnée la Nature, puis qu’il procède
    comme la nature a procédé, avec le Mercure et le
    Soufre préparés et purifiés toujours en suivant l’exemple
    de la nature.
    96 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    DU SOUFRE.
    Le Soufre contient trois principes humides.
    Le premier de ces principes est surtout aérien et
    igné, on le trouve dans les parties extérieures du Soufre,
    à cause même de la grande volatilité de ses éléments,
    qui s’envolent facilement et consument les corps avec
    lesquels ils viennent en contact.
    Le second principe est flegmatique, autrement dit
    aqueux, il se trouve immédiatement placé sous le précédent.
    Le troisième est radical, fixe, adhérent aux
    parties internes. Celui-là seul est général, et on ne peut
    le séparer des autres sans détruire tout l’édifice. Le
    premier principe ne résiste pas au feu ; étant combustible,
    il se consume dans le feu et calcine la substance
    du métal avec lequel on le chauffe. Aussi est-il non
    seulement inutile, mais encore nuisible au but que
    nous nous proposons. Le second principe ne fait que
    mouiller les corps, il n’engendre pas, il ne peut non
    plus nous servir. Le troisième est radical, il pénètre
    toutes les particules de la matière qui lui doit ses propriétés
    essentielles. Il faut débarrasser le Soufre des
    deux premiers principes pour que la subtilité du troisième
    puisse nous servir à faire un composé parfait.
    LE COMPOSE DES COMPOSES 97
    ____________________________________________________________________________________________________
    Le feu n’est autre chose que la vapeur du Soufre; la
    vapeur du Soufre bien purifié et sublimé blanchit et
    rend plus compact. Aussi les alchimistes habiles ontils
    coutume d’enlever au Soufre ses deux principes superflus
    par des lavages acides, tels que le vinaigre des
    citrons, le lait aigri, le lait de chèvres, l’urine des
    enfants. Ils le purifient par lixivation, digestion, sublimation.
    Il faut finalement le rectifier par résolution de
    façon à n’avoir plus qu’une substance pure contenant la
    force active, perfectible et prochaine du métal. Nous
    voilà en possession d’une partie de notre OEuvre.
    DE LA NATURE DU MERCURE.
    Le Mercure renferme deux substances superflues, la
    terre et l’eau. La substance terreuse a quelque chose
    du Soufre, le feu la rougit. La substance aqueuse a une
    humidité superflue.
    On débarrasse facilement le mercure de ses impure -
    tés aqueuses et terreuses par des sublimations et des
    lavages très acides. La nature le sépare à l’état sec du
    Soufre et le dépouille de sa terre par la chaleur du soleil
    et des étoiles.
    Elle obtient ainsi un Mercure pur, complétement
    98 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    débarrassé de sa substance terreuse, ne contenant plus
    de parties étrangères. Elle l’unit alors à un Soufre pur
    et produit enfin dans le sein de la terre des métaux purs
    et parfaits. Si les deux principes sont impurs les métaux
    sont imparfaits. C’est pourquoi dans les mines on
    trouve des métaux différents, ce qui tient à la purification
    et à la digestion variable de leurs Principes. Cela
    dépend de la cuisson.
    DE L’ARSENIC.
    L’Arsenic est de même nature que le Soufre, tous
    deux teignent en rouge et en blanc. Mais il y a plus
    d’humidité dans l’arsenic, et sur le feu il se sublime
    moins rapidement que le Soufre.
    On sait combien le soufre se sublime vite et comment
    il consume tous les corps, excepté l’or. L’Arsenic peut
    unir son principe sec à celui du soufre, ils se tempèrent
    l’un l’autre, et une fois unis on les sépare difficilement ;
    leur teinture est adoucie par cette union.
    « L’Arsenic, dit Geber, contient beaucoup de mercure,
    aussi peut-il être préparé comme lui. » Sachez
    que l’esprit, caché dans le soufre, l’arsenic et l’huile
    animale, est appelé par les philosophes Elixir blanc. Il
    LE COMPOSE DES COMPOSES 99
    ____________________________________________________________________________________________________
    est unique, miscible à la substance ignée, de laquelle
    nous tirons L’Élixir rouge ; il s’unit aux métaux fondus,
    ainsi que nous l’avons expérimenté, il les purifie, non
    seulement à cause des propriétés précitées, mais encore
    parce qu’il y a une proportion commune entre ses éléments.
    Les métaux diffèrent entre eux selon la pureté ou
    l’impureté de la matière première, c’est-à-dire du Soufre
    et du Mercure, et aussi selon le degré du feu qui les a
    engendrés.
    Selon le philosophe, l’élixir s’appelle encore Médecine,
    parce qu’on assimile le corps des métaux au corps des
    animaux. Aussi disons-nous qu’il y a un esprit caché
    dans le Soufre, l’arsenic et l’huile extraite des substances
    animales. C’est là l’esprit que nous cherchons, à
    l’aide duquel nous teindrons tous les corps imparfaits en
    parfaits. Cet esprit est appelé Eau et Mercure par les
    Philosophes. « Le Mercure, dit Geber, est une médecine
    composée de sec et d’humide, d’humide et de sec.»
    Tu comprends la succession des opérations : extrais la
    terre du feu, l’air de la terre, l’eau de l’air, puisque l’eau
    peut résister au feu. Il faut noter ces enseignements, ce
    sont des arcanes universels.
    Aucun. des principes qui entrent dans l’OEuvre n’a de
    100 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    puissance par lui-même; car ils sont enchaînés dans les
    métaux, ils ne peuvent perfectionner, ils ne sont plus
    fixes. Il leur manque deux substances, une miscible
    aux métaux en fusion, l’autre fixe qui puisse coaguler et
    fixer. Aussi Rhasès a dit: « Il y a quatre substances qui
    changent dans le temps; chacune d’elles est composée
    des quatre éléments et prend le nom de l’élément dominant.
    Leur essence merveilleuse s’est fixée dans un corps
    et avec ce dernier on peut nourrir les autres corps. Cette
    essence est composée d’eau et d’air, combinés de telle
    sorte que la chaleur les liquéfie. C’est là un secret merveilleux.
    Les minéraux employés en Alchimie doivent
    pour nous servir avoir une action sur les corps fondus.
    Les pierres, que nous utilisons, sont au nombre de quatre,
    deux teignent en blanc, les deux autres on rouge.
    Aussi le blanc, le rouge, le Soufre, l’Arsenic, Saturne
    n’ont qu’un même corps. Mais en ce seul corps, que de
    choses obscures ! Et d’abord il est sans action sur les
    métaux parfaits. »
    Dans les corps imparfaits, il y a une eau acide, amère,
    aigre, nécessaire à notre art. Car elle dissout et mortifie
    les corps, puis les revivifie et les recompose. Rhasès dit
    dans sa troisième lettre : « Ceux qui cherchent notre
    Entéléchie, demandent d’où provient l’amertume aqueuLE
    COMPOSE DES COMPOSES 101
    ____________________________________________________________________________________________________
    se élémentaire. Nous leur répondrons : de l’impureté
    des métaux. Car l’eau contenue dans l’or et l’argent est
    douce, elle ne dissout pas, au contraire elle coagule et
    fortifie, parce qu’elle ne contient ni acidité ni impureté
    comme les corps imparfaits. » C’est pourquoi Geber a
    dit: « On calcine et on dissout l’or et l’argent sans utilité,
    car notre Vinaigre se tire de quatre corps imparfaits;
    c’est cet esprit mortifiant et dissolvant qui mélange
    les teintures de tous les corps que nous employons dans
    l’oeuvre. Nous n’avons besoin que de cette eau, peu
    nous importe les autres esprits. »
    Geber a raison ; nous n’avons que faire d’une teinture
    que le feu altère, bien au contraire, il faut que le feu lui
    donne l’excellence et la force pour qu’elle puisse s’allier
    aux métaux fondus. Il faut qu’elle fortifie, qu’elle fixe,
    que malgré la fusion elle reste intimement unie au métal.
    J’ajouterai que des quatre corps imparfaits on peut
    tout tirer. Quant à la manière de préparer le Soufre,
    l’arsenic et le Mercure, indiquée plus haut, on peut la
    reporter ici.
    En effet, lorsque dans cette préparation nous chauffons
    l’esprit du soufre et de l’arsenic avec des eaux acides
    ou de l’huile, pour on extraire l’essence ignée, l’huile,
    102 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    l’onctuosité, nous leur enlevons ce qu’il y a de superf1u
    en eux ; il nous reste la force ignée et l’huile, les seules
    choses qui nous soient utiles; mais elles sont mêlées
    à l’eau acide qui nous servait à purifier, il n’y a pas
    moyen de les en séparer ; mais du moins nous sommes
    débarrassés de l’inutile. Il faut donc trouver un autre
    moyen d’extraire de ces corps, l’eau, l’huile et l’esprit
    très subtil du soufre qui est la vraie teinture très active
    que nous cherchons à obtenir. Nous travaillerons donc
    ces corps en séparant par décomposition ou encore par
    distillation leurs parties composantes naturelles, et nous
    arriverons ainsi aux parties simples. Quelques-uns, ignorant
    la composition du Magistère, veulent travailler sur
    le seul Mercure, prétendant qu’il a un corps, une âme,
    un esprit, et qu’il est la matière première de l’or et de
    l’argent. Il faut leur répondre qu’à la vérité quelques
    philosophes affirment que l’OEuvre se fait de trois choses,
    l’esprit, le corps et l’âme, tirées d’une seule. Mais d’autre
    part on ne peut trouver en une chose ce qui n’y est
    pas. Or, le Mercure n’a, pas la teinture rouge, donc il ne
    peut, seul, suffire à former le corps du Soleil; il nous
    serait impossible avec le seul Mercure de mener l’OEuvre
    à bonne fin. La Lune seule ne peut suffire, cependant
    ce corps est pour ainsi dire la base de l’oeuvre.
    LE COMPOSE DES COMPOSES 103
    ____________________________________________________________________________________________________
    De quelque manière qu’on travaille et transforme le
    Mercure, jamais il ne pourra constituer le corps. Ils
    disent aussi: « On trouve dans le Mercure un soufre
    rouge, donc il renferme la teinture rouge. » Erreur !
    le Soufre est le père des métaux, on n’en trouve jamais
    dans le mercure qui est femelle.
    Une matière passive ne peut se féconder elle -même.
    Le Mercure contient bien un Soufre, mais, comme nous
    l’avons déjà dit c’est un soufre terrestre. Remarquons
    enfin que le Soufre ne peut supporter la fusion; donc
    l’Élixir ne peut se tirer d’une seule chose.
    ________
    CHAPITRE II
    DE LA PUTREFACTION.
    Le feu engendre la mort et la vie. Un feu léger dessèche
    le corps. En voici la raison: le feu arrivant au
    contact d’un corps, met en mouvement l’élément semblable
    à lui qui existe dans ce corps.
    Cet élément c’est la chaleur naturelle. Celle -ci excite
    le feu extrait en premier lieu du corps; il y a conjonction
    104 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    et l’humidité radicale du corps monte à sa surface tant
    que le feu agit au dehors. Dès que l’humidité radicale
    qui unissait les diverses portions du corps est partie,
    le corps meurt, se dissout, se résout; toutes ses parties
    se séparent les unes des autres. Le feu agit ici comme
    un instrument tranchant. Quoiqu’il dessèche et rétrécisse
    par lui-même, il ne le peut qu’autant qu’il y a dans le
    corps une certaine prédisposition, surtout si le corps est
    compact comme l’est un élément. Ce dernier manque
    d’une mixte agglutinant, qui se séparerait du corps après
    la corruption. Tout cela peut se faire par le Soleil, parce
    qu’il est d’une nature chaude et humide par rapport aux
    autres corps.
    ________
    CHAPITRE III
    DU REGIME DE LA PIERRE.
    Il y a quatre régimes de la Pierre: I° Décomposer;
    2° laver; 3° réduire; 4° fixer. Dans le premier régime
    on sépare les natures, car sans division, sans purification,
    il ne peut y avoir conjonction. Pendant le second
    LE COMPOSE DES COMPOSES 105
    ____________________________________________________________________________________________________
    régime, les éléments séparés sont lavés, purifiés, et ramenés
    à l’état simple. Au troisième on change notre Soufre
    en minière du Soleil, de la Lune et des autres métaux. Au
    quatrième tous les corps précédemment extraits de notre
    Pierre, sont unis, recomposés et fixés pour rester désormais
    conjoints.
    Il yen a qui comptent cinq degrés dans le Magistère:
    I° résoudre les substances en leur matière première ;
    2° amener notre terre, c’est à dire la magnésie noire
    à être prochaine de la nature du Soufre et du Mercure ;
    3° rendre le Soufre aussi prochain que possible de la
    matière minérale du Soleil et de la Lune ; 4° composer
    de plusieurs choses un Elixir blanc; 5° brûler parfaitement
    l’élixir blanc, lui donner la couleur du cinabre, et
    partir de là, pour faire l’Elixir rouge.
    Enfin il y en a qui comptent quatre degrés dans
    l’OEuvre, d’autres trois, d’autres deux seulement. Ces
    derniers comptent ainsi : 1° mise en oeuvre et purification
    des éléments ; 2° conjonction.
    Remarque bien ce qui suit: la matière de la Pierre des
    Philosophes, est à bas prix ; on la trouve partout, c’est
    une eau visqueuse comme le mercure que l’on extrait de
    la terre. Notre eau visqueuse se trouve partout, jusque
    dans les Latrines, ont dit certains philosophes, et quel106
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    ques imbéciles prenant leurs paroles à la lettre, l’ont
    cherchée dans les excréments.
    La nature opère sur cette matière en lui enlevant
    quelque chose, son principe terreux, et en lui adjoignant
    quelque chose, le Soufre des Philosophes qui n’est pas
    le soufre du vulgaire, mais un Soufre invisible, teinture
    du rouge. Pour dire la vérité, c’est l’esprit du vitriol
    romain. Prépare-le ainsi: Prends du salpêtre et du vitriol
    romain, 2 livres de chaque ; broye subtilement.
    Aristote a donc raison quand il dit en son quatrième
    livre des météores. « Tous les Alchimistes savent que
    l’on ne peut en aucune façon changer la forme des métaux,
    si on ne les réduit auparavant en leur matière première.
    » Ce qui est facile comme on le verra bientôt.
    Le Philosophe dit qu’on ne peut pas aller d’une extrémité
    à l’autre sans passer par le milieu. A une extrémité
    de notre pierre philosophale sont deux luminaires, l’or et
    l’argent, à l’autre extrémité l’élixir parfait ou teinture.
    Au milieu l’eau-de-vie philosophique, naturellement purifiée,
    cuite et digérée. Toutes ces choses sont proches
    de la perfection et préférables aux corps de nature
    plus éloignée. De même qu’au moyen de la chaleur, la
    glace se résout en eau, pour avoir été jadis eau, de même
    les métaux se résolvent en leur première matière qui
    LE COMPOSE DES COMPOSES 107
    ____________________________________________________________________________________________________
    est notre Eau-de-vie. La préparation est indiquée dans
    les chapitres suivants. Elle seule peut réduire tous les
    corps métalliques en leur matière première.
    ________
    CHAPITRE IV
    DE LA SUBLIMATION DU MERCURE.
    Au nom du Seigneur, procure-toi une livre de mercure
    pur provenant de la mine. D’autre part, prends du
    vitriol romain et du sel commun calciné, broye et mélange
    intimement. Mets ces deux dernières matières
    dans un large vase de terre vernissé sur un feu doux,
    jusqu’à ce que la matière commence à fondre et à couler.
    Alors prends ton mercure minéral, mets-le dans un
    vase à long col et verse goutte à goutte sur le vitriol et
    le sel en fusion. Remue avec une spatule de bois, jusqu’à
    ce que le mercure soit tout entier dévoré et qu’il
    n’en reste plus trace. Quand il aura complètement disparu,
    dessèche la matière à feu doux pendant la nuit.
    Le lendemain matin, tu prendras la matière bien desséchée,
    tu la broyeras finement sur une pierre. Tu mettras
    108 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    la matière pulvérisée dans le vase sublimatoire nommé
    aludel pour la sublimer selon l’art. Tu mettras le chapiteau
    et tu enduiras les jointures de lut philosophique,
    afin que le mercure ne puisse s’échapper. Tu
    placeras l’aludel sur son fourneau et tu l’y luteras
    de façon qu’il ne puisse s’incliner et qu’il se tienne
    bien droit ; alors tu feras un petit feu pendant
    quatre heures pour chasser l’humidité du mercure et du
    vitriol; après l’évaporation de l’humidité, augmente le
    feu pour que la matière blanche et pure du mercure se
    sépare de ses impuretés, cela pendant quatre heures; tu
    verras si cela suffit en introduisant une baguette de bois
    dans le vase sublimatoire par l’ouverture, supérieure, tu
    descendras jusqu’à la matière et tu sentiras si la matière
    blanche du mercure est superposée au mélange. Si cela
    est, enlève le bâton, ferme l’ouverture du chapiteau avec
    un lut pour que le mercure ne puisse s’échapper et augmente
    le feu de telle sorte que la matière blanche du
    mercure s’élève au-dessus des fèces, jusque dans l’aludel,
    cela pendant quatre heures. Chauffe enfin avec du
    bois de manière à obtenir des flammes, il faut que le
    fond du vase et le résidu deviennent rouges; continue
    ainsi tant qu’il restera un peu de substance blanche du
    mercure adhérente aux fèces. La force et la violence du
    LE COMPOSE DES COMPOSES 109
    ____________________________________________________________________________________________________
    feu finiront par l’en séparer. Cesse alors le feu, laisse
    refroidir le fourneau et la matière pendant la nuit. Le
    lendemain matin retire le vase du fourneau, enlève les
    luts avec précaution pour ne pas salir le Mercure, ouvre
    l’appareil; si tu trouves une matière blanche, sublimée,
    pure, compacte, pesante, tu as réussi. Mais si ton sublimé
    était spongieux, léger, poreux, ramasse-le, recommence
    la sublimation sur le résidu en ajoutant de nouveau
    du sel commun pulvérisé; opère dans le même vase
    sur son fourneau, de la même manière, avec le même
    degré de feu que plus haut. Ouvre alors le vase, vois si le
    sublimé est blanc, compact, dense, recueille-le et mets-le
    soigneusement de côté pour t’en servir quand tu en auras
    besoin pour terminer l’OEuvre. Mais s’il ne se présentait
    pas encore tel qu’il doit être, il te faudrait le sublimer
    une troisième fois jusqu’à ce que tu l’obtiennes pur,
    compact, blanc, pesant.
    Remarque que par cette opération tu as enlevé au
    Mercure deux impuretés. D’abord tu lui as ôté toute
    son humidité superflue; en second lieu tu l’as débarrassé
    de ses parties terreuses impures qui sont restées dans
    les fèces; tu l’as ainsi sublimé en une substance claire,
    demi-fixe.
    Mets-le de côté comme on te l’a recommandé.
    110 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    CHAPITRE V
    DE LA PREPARATION DES EAUX D’OU TU TIRERAS L’EAUDE-
    VIE.
    Prends deux livres de vitriol romain, deux livres de
    salpêtre, une livre d’alun calciné. Écrase bien, mélange
    parfaitement, mets dans un alambic en verre, distille
    l’eau selon les règles ordinaires, en fermant bien les
    jointures, de peur que les esprits ne s’échappent. Commence
    par un feu doux, puis chauffe plus fortement ;
    chauffe ensuite avec du bois jusqu’à ce que l’appareil
    devienne blanc, de telle sorte que tous les esprits distillent.
    Alors cesse le feu, laisse le fourneau refroidir ;
    mets soigneusement cette eau de côté, car c’est le dissolvant
    de la Lune ; conserve-la pour l’OEuvre, elle dissout
    l’argent et le sépare de l’or. Elle calcine le Mercure
    et le crocus de Mars ; elle communique à la peau
    de l’homme une coloratioa brune qui s’en va difficilement.
    C’est l’eau prime des philosophes, elle est parfaite
    au premier degré. Ta prépareras trois livres de
    cette eau.
    LE COMPOSE DES COMPOSES 111
    ____________________________________________________________________________________________________
    Eau seconde préparée par le sel ammoniac.
    Au nom du Seigneur, prends une livre d’eau prime et
    y dissous quatre lots de sel ammoniac pur et incolore ;
    la dissolution faite, l’eau a changé de couleur, elle a acquis
    d’autres propriétés. L’eau prime était verdâtre, elle
    dissolvait la Lune, était sans action sur le Soleil ; mais
    dès qu’on lui ajoute du sel ammoniac, elle prend une
    couleur jaune, elle dissout l’or, le mercure, le Soufre
    sublimé et communique une forte coloration jaune à la
    peau de l’homme. Conserve précieusement cette eau, car
    elle nous servira dans la suite.
    Eau tierce préparée au moyen du Mercure sublimé.
    Prends une livre d’eau seconde et onze lots de Mer -
    cure sublimé (par le vitriol romain et le sel) bien préparé
    et bien pur. Tu verseras peu à peu le Mercure dans
    l’eau seconde. Puis tu scelleras l’orifice de la fiole, de
    peur que l’esprit du Mercure ne s’échappe. Tu placeras
    la fiole sur des cendres tièdes, l’eau commencera aussitôt
    à agir sur le Mercure, le dissolvant et se l’incorporant.
    Tu laisseras la fiole sur les cendres chaudes, il ne
    devra pas rester un excès d’eau et il faudra que le Mer112
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    cure sublimé se dissolve entièrement. L’eau agit par imbibition
    sur le Mercure jusqu’à ce qu’elle l’ait dissous.
    Si l’eau n’a pu dissoudre tout le mercure, tu prendras
    ce qui reste au fond de la fiole, tu le dessècheras à feu
    lent, tu pulvériseras et tu le dissoudras dans une nouvelle
    quantité d’eau seconde. Tu recommenceras cette
    opération jusqu’à ce que tout le mercure sublimé se soit
    dissous dans l’eau. Tu réuniras en une seule toutes ces
    solutions, dans un vase de verre, bien propre, dont tu
    fermeras parfaitement l’orifice avec de la cire. Mets
    soigneusement de côté. Car c’est là notre eau tierce,
    philosophique, épaisse, parfaite au troisième degré.
    C’est la mère de l’Eau-de-vie qui réduit tous les corps
    en leur matière première.
    Eau quarte qui réduit les corps calcinés en leur matière
    première.
    Prends de l’eau tierce mercurique, parfaite au troisième
    degré, limpide, et mets-la putréfier dans le ventre
    du cheval en une fiole à long col, propre, bien fermée,
    pendant quatorze jours.
    Laisse fermenter, les impuretés tombent au fond et
    l’eau passe du jaune au roux. A ce moment tu retireras
    la fiole et tu la mettras sur des cendres à un feu très
    LE COMPOSE DES COMPOSES 113
    ____________________________________________________________________________________________________
    doux, adaptes-y un chapiteau d’alambic avec son récipient.
    Commence la distillation lentement. Ce qui
    passe goutte à goutte est notre eau-de-vie très limpide,
    pure, pesante, Lait virginal, Vinaigre très aigre. Continue
    le feu doucement jusqu’à ce que toute l’eau-de-vie
    ait distillé tranquillement; cesse alors le feu, laisse le
    fourneau se refroidir et conserve avec soin ton eau distillée.
    C’est là notre Eau-de-vie, Vinaigre des philosophes,
    Lait virginal qui réduit les corps en leur matière
    première. On lui a donné une infinité de noms.
    Voici les propriétés de cette eau: une goutte dépo -
    sée sur une lame de cuivre chaude la pénètre aussitôt
    et y laisse une tache blanche. Jetée sur des charbons,
    elle émet de la fumée ; à l’air elle se congèle et ressemble
    à de la glace. Quand on distille cette eau, les gouttes
    ne passent pas en suivant toutes le même chemin, mais
    les unes passent ici, les autres là. Elle n’agit pas sur les
    métaux comme l’eau forte, corrosive, qui les dissout,
    mais elle réduit en Mercure tous les corps qu’elle baigne,
    ainsi que tu le verras plus loin.
    Après la putréfaction, la distillation, la clarification,
    elle est pure et plus parfaite, débarrassée de tout principe
    sulfureux igné et corrosif. Ce n’est pas une eau
    qui ronge, elle ne dissout pas les corps, elle les réduit
    114 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    en Mercure. Elle doit cette propriété au Mercure
    primitivement dissous et putréfié au troisième degré de
    la perfection. Elle ne contient plus ni fèces ni impuretés
    terreuses. La dernière distillation les a séparées,
    les impuretés noires sont restées au fond de l’alambic.
    La couleur de cette eau est bleue, limpide, rousse ;
    mets-la de côté. Car elle réduit tous les corps calcinés
    et pourris en leur matière première radicale ou mercurielle.
    Lorsque tu voudras avec cette eau réduire les corps
    calcinés prépare ainsi les corps.
    Prends un marc du corps que tu voudras, Soleil ou
    Lune ; lime-le doucement. Pulvérise bien cette limaille
    sur une pierre avec du sel commun préparé. Sépare le
    sel en le dissolvant dans l’eau chaude ; la chaux pulvérisée
    retombera au fond du liquide ; décante. Sèche la
    chaux, imbibe-la trois fois d’huile de tartre, en laissant
    chaque fois la chaux absorber toute l’huile; mets
    ensuite la chaux dans une petite fiole; verse par-dessus
    l’huile de tartre, de façon que le liquide ait une épaisseur
    de deux doigts, ferme alors la fiole, mets-la putréfier
    au ventre du cheval pendant huit jours ; puis prends
    la fiole, décante l’huile et dessèche la chaux. Ceci fait,
    mets la chaux dans un poids égal de notre Eau-de-vie ;
    LE COMPOSE DES COMPOSES 115
    ____________________________________________________________________________________________________
    ferme la fiole et laisse digérer à un feu très doux jusqu’à
    ce que toute la chaux soit convertie en Mercure.
    Décante alors l’eau avec précaution, recueille le Mercure
    corporel, mets-le en un vase de verre ; purifie-le
    avec de l’eau et du sel commun, dessèche selon les
    règles, mets-en un linge fin et exprime-le en gouttelettes.
    S’il passe tout entier, c’est bien. S’il reste quelque
    portion du corps amalgamé, venant de ce que la dissolution
    n’a pas été complète, mets ce résidu avec une
    nouvelle quantité d’eau bénite. Sache que la distillation
    de l’eau doit se faire au bain-marie ; pour l’air et
    le feu, on distillera sur les cendres chaudes. L’eau
    doit être tirée de la substance humide et non d’ailleurs;
    l’air et le feu doivent être extraits de la substance sèche
    et non d’une autre.
    Propriétés de ce Mercure.
    Il est moins mobile, il court moins vite que l’autre
    mercure ; il laisse des traces de son corps fixe au feu ;
    une goutte placée sur une lame chauffée au rouge
    laisse un résidu.
    116 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Multiplication du Mercure philosophique.
    Lorsque tu auras ton Mercure philosophique, prendsen
    deux parties et une partie de la limaille mentionnée
    plus haut ; fais un amalgame en broyant le tout ensemble
    jusqu’à union parfaite. Mets cet amalgame dans une fiole,
    ferme bien l’orifice et place sur les cendres à un feu tempéré.
    Tout se résoudra en Mercure. Tu pourras ainsi
    l’augmenter à l’infini, car la somme de volatil dépassant
    toujours la somme de fixe, l’augmente indéfiniment en
    lui communiquant sa propre nature et il y en aura toujours
    assez.
    Maintenant tu sais préparer l’eau-de-vie, tu en connais
    les degrés et les propriétés, tu connais la putréfaction
    des corps métalliques, leur réduction à la matière
    première, la multiplication de la matière à l’infini. Je t’ai
    expliqué clairement ce que tous les philosophes ont caché
    avec soin.
    Pratique du Mercure des sages.
    Ce n’est pas le mercure du v ulgaire, c’est la matière
    première des philosophes. C’est un élément aqueux,
    LE COMPOSE DES COMPOSES 117
    ____________________________________________________________________________________________________
    froid, humide, c’est une eau permanente, c’est l’esprit
    du corps, vapeur grasse, Eau bénite, Eau forte, Eau des
    sages, Vinaigre des philosophes, Eau minérale, Rosée de
    la grâce céleste ; il a bien d’autres noms encore, et bien
    qu’ils soient différents, ils désignent tous une seule et
    même chose qui est le Mercure des philosophes ; il est la
    force de l’alchimie; seul il peut servir à faire la teinture
    blanche et la rouge, etc.
    Prends donc au nom de Jésus-Christ, notre M....
    vénérable, Eau des philosophes, Hylè primitive des sages;
    c’est la pierre qu’on t’a découverte dans ce traité, c’est
    la matière première du corps parfait, comme tu l’as deviné.
    Mets ta matière dans un fourneau, en un vaisseau
    propre, clair, transparent, rond, dont tu scelleras hermétiquement
    l’orifice, de sorte que rien ne puisse s’échapper.
    Ta matière sera placée sur un lit bien aplani, légèrement
    chaud; tu l’y laisseras un mois philosophique; tu
    maintiendras la chaleur égale, tant que la sueur de la matière
    se sublimera, jusqu’à ce qu’elle ne sue plus, que
    rien ne monte, que rien ne descende, qu’elle commence
    à pourrir, à suffoquer, à se coaguler et à se fixer, par
    suite de la constance du feu.
    Il ne s’élèvera plus de substance aérienne fumeuse et
    notre Mercure restera au fond, sec, dépouillé de son
    118 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    humidité, pourri, coagulé, changé en une terre noire,
    qu’on appelle Tête noire du corbeau, élément sec terreux.
    Quand tu auras fait cela, tu auras accompli la vérita -
    ble sublimation des Philosophes, pendant laquelle tu as
    parcouru tous les degrés précités : sublimation du
    Mercure, distillation, coagulation, putréfaction, calcination,
    fixation, dans un seul vaisseau et un seul fourneau
    comme il a été dit.
    En effet, quand notre pierre est dans son vaisseau, et
    qu’elle s’élève, on dit alors qu’il y a sublimation ou ascension.
    Mais quand ensuite elle retombe au fond, on dit
    qu’il y a distillation ou précipitation. Puis lorsqu’après
    la sublimation et la distillation, notre Pierre commence à
    pourrir et à se coaguler, c’est la putréfaction et la coagulation;
    finalement quand elle se calcine et se fixe par
    privation de son humidité radicale aqueuse, c’est la calcination
    et la fixation; tout cela se fait par le seul acte
    de chauffer, en un seul fourneau, en un seul vaisseau,
    comme il a été dit.
    Cette sublimation constitue une véritable séparation
    des éléments, d’après les philosophes: « Le travail de
    notre pierre ne consiste qu’en la séparation et conjonction
    des éléments; car dans notre sublimation l’élément
    LE COMPOSE DES COMPOSES 119
    ____________________________________________________________________________________________________
    aqueux froid et humide se change en élément terreux
    sec et chaud. Il s’ensuit que la séparation des éléments
    de notre pierre, n’est pas vulgaire, mais philosophique ;
    notre seule sublimation très parfaite suffit en effet à
    séparer les éléments; dans notre pierre il n’y a que la
    forme de deux éléments, l’eau et la terre, qui contiennent
    virtuellement les deux autres. La Terre renferme
    virtuellement le Feu, à cause de sa sécheresse ; l’Eau
    renferme virtuellement l’Air à cause de son humidité. Il
    est donc bien évident que si notre Pierre n’a en elle
    que la forme de deux éléments elle les renferme virtuellement
    tous les quatre.
    Aussi un Philosophe a -t-il dit : « Il n’y a pas de séparation
    des quatre éléments dans notre Pierre comme le
    pensent les imbéciles. Notre nature renferme un arcane
    très caché dont on voit la force et la puissance, la terre
    et l’eau. Elle renferme deux autres éléments, l’air et le
    feu, mais ils ne sont ni visibles, ni tangibles, on ne peut
    les représenter, rien ne les décèle, on ignore leur
    puissance, qui ne se manifeste que dans les deux autres
    éléments, terre et eau, lorsque le feu change les couleurs
    pendant la cuisson.
    Voici que par la grâce de Dieu, tu as lé second composant
    de la pierre philosophale, qui est la Terre noire,
    120 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Tête de corbeau, mère, coeur, racine des autres couleurs.
    De cette terre comme d’un tronc, tout le reste
    prend naissance. Cet élément terreux, sec, a reçu dans
    les livres des philosophes un grand nombre de noms, on
    l’appelle encore Laton immonde, résidu noir, Airain des
    philosophes, Nummus, Soufre noir, mâle, époux, etc.
    Malgré cette infinie variété de noms, ce n’est jamais
    qu’une seule et même chose, tirée d’une seule matière.
    A la suite de cette privation d’humidité, causée par la
    sublimation philosophique, le volatil est devenu fixe, le
    mou dur, l’aqueux est devenu terreux, selon Geber.
    C’est la métamorphose de la nature, le changement de
    l’eau en feu, selon la Tourbe. C’est encore le changement
    des constitutions froides et humides en constitutions
    bilieuses, sèches, selon les médecins. Aristote dit
    que l’esprit a pris un corps, et Alphidius que le liquide
    est devenu visqueux. L’occulte est devenu manifeste, dit
    Rudianus dans le Livre des trois paroles. L’on comprend
    maintenant les philosophes quand ils disent: « Notre
    Grand-OEuvre n’est autre qu’une permutation des
    natures, une évolution des éléments. » Il est bien évident
    que par cette privation d’humidité nous rendons la
    pierre sèche, le volatile devient fixe, l’esprit devient
    corporel, le liquide devient solide, le feu se change en
    LE COMPOSE DES COMPOSES 121
    ____________________________________________________________________________________________________
    eau, l’air en terre. Nous avons ainsi changé les vraies
    natures suivant un certain ordre, nous avons fait tourner
    les quatre éléments en cercle, nous avons permuté
    leurs natures. Que Dieu soit éternellement béni! Amen.
    Passons maintenant avec la permission de Dieu à la
    seconde opération qui est le blanchiment de notre terre
    pure. Prends donc deux parties de terre fixe ou Tête de
    corbeau; broye-la subtilement et avec précaution en un
    mortier excessivement propre, ajoutes-y une partie de
    l’Eau philosophique que tu sais (c’est l’eau que tu as
    mise de côté). Applique-toi à les unir, en imbibant peu à
    peu d’eau la terre sèche, jusqu’à ce qu’elle ait étanché
    sa soif; broye et mélange si bien, que l’union du corps,
    de l’âme et de l’eau soit parfaite et intime. Ceci fait, tu
    mettras le tout dans un matras scellé hermétiquement
    pour que rien ne s’échappe, et tu le placeras sur son petit
    lit uni, tiède, toujours chaud pour qu’en suant il débarrasse
    ses entrailles du liquide qu’il a bu. Tu l’y laisseras
    huit jours, jusqu’à ce que la terre blanchisse en
    partie. Tu prendras alors la Pierre, tu la pulvériseras,
    tu l’imbiberas de nouveau de Lait virginal, en remuant,
    jusqu’à ce qu’elle ait étanché sa soif; tu la remettras
    dans la fiole sur son petit lit tiède pour qu’elle se dessèche
    en suant, comme ci-dessus. Tu recommenceras qua122
    CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    tre fois cette opération en suivant le même ordre: imbibition
    de la terre par l’eau jusqu’à union parfaite, dessication,
    calcination. Tu auras ainsi suffisamment cuit la
    terre de notre pierre très précieuse. En suivant cet
    ordre : cuisson, pulvérisation, imbibition par l’eau, dessication,
    calcination, tu as suffisamment purifié la Tête de
    corbeau, la terre noire et fétide, tu l’as conduite à la
    blancheur par la puissance du feu, de la chaleur et de
    l’Eau blanchissante. Recueille ta terre blanche et mets-la
    soigneusement de côté, car c’est un bien précieux, c’est
    la Terre foliée blanche, Soufre blanc, Magnésie blanche,
    etc. Morien parle d’elle lorsqu’il dit... « Mettez pourrir
    cette terre avec son eau, pour qu’elle se purifie et avec
    l’aide de Dieu vous terminerez le Magistère. » Hermès
    dit de même que l’Azoth lave le Laton et lui enlève toutes
    ses impuretés.
    Dans cette dernière opération nous avons reproduit
    la véritable conjonction des éléments, car l’eau s’est
    unie à la terre, l’air au feu. C’est l’union de l’homme et
    de la femme, du mâle et de la femelle, de l’or et l’argent
    du Soufre sec et de l’Eau céleste impure. Il y a eu aussi
    résurrection des corps morts. C’est pourquoi le philosophe
    a dit: « Que ceux qui ne savent pas tuer et ressusciter
    abandonnent l’art » et ailleurs : « Ceux qui savent
    LE COMPOSE DES COMPOSES 123
    ____________________________________________________________________________________________________
    tuer et ressusciter profiteront dans notre science. Celuilà
    sera le Prince de l’Art qui saura faire ces deux
    choses.» Un autre philosophe a dit: « Notre Terre sèche
    ne portera aucun fruit, si elle n’est profondément imbibée
    de son Eau de pluie. Notre Terre sèche a une grande
    soif, lorsqu’elle a commencé à boire, elle boit jusqu’à la
    lie. » Un autre a dit : « Notre Terre boit l’eau fécondante
    qu’elle attendait, elle étanche sa soif, puis elle
    produit des centaines de fruits. » On trouve bien d’autres
    passages semblables dans les livres des philosophes,
    mais ils sont sous forme de parabole, pour que les méchants
    ne puissent les entendre. Par la grâce de Dieu,
    tu possèdes maintenant notre Terre blanche foliée toute
    prête à subir la fermentation, qui lui donnera le souffle.
    Aussi le Philosophe a dit : « Blanchissez la terre noire
    avant de lui adjoindre le ferment. » Un autre a dit :
    « Semez votre or dans la Terre foliée blanche.... et elle
    vous donnera du fruit au centuple. Gloire à Dieu. Amen.
    Passons à la troisième opération qui est la fermenta -
    tion de la Terre blanche. Il nous faut animer le corps
    mort et le ressusciter, pour multiplier sa puissance à
    l’infini, et le faire passer à l’état d’Elixir parfait blanc qui
    change le Mercure en Lune parfaite et véritable. Remarque
    que le ferment ne peut pénétrer le corps mort
    124 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    que par l’intermédiaire de l’eau qui fait le mariage et
    sert de lien entre la terre, blanche et le ferment. C’est
    pourquoi dans toute fermentation, il faut noter le poids
    de chaque chose. Si donc tu veux mettre fermenter la
    Terre foliée blanche pour la changer en élixir blanc renfermant
    un excès de teinture, il te faut prendre trois
    parties de Terre blanche ou Corps mort folié, deux parties
    de l’Eau-de-vie que tu as mise en réserve et une
    partie et demie de ferment. Prépare le ferment de telle
    sorte qu’il soit réduit en une chaux blanche ténue et fixe
    si tu veux faire l’élixir blanc. Si tu veux faire l’élixir
    rouge, sers-toi de chaux d’or très jaune, préparée selon
    l’art. Il n’y a pas d’autres ferments que ceux-là. Le ferment
    de l’argent est l’argent, le ferment de l’or est l’or,
    ne cherche donc pas ailleurs. La raison en est que ces
    deux corps sont lumineux, ils renferment des rayons
    éclatants qui communiquent aux autres corps la vraie
    rougeur et blancheur. Ils sont d’une nature semblable à
    celle du Soufre le plus pur de la matière, de l’espèce des
    pierres. Extrais donc chaque espèce de son espèce,
    chaque genre de son genre. L’oeuvre au blanc a pour
    but de blanchir, l’oeuvre au rouge de rougir. Ne mêle
    pas surtout les deux OEuvres, sinon tu ne feras rien de
    bon.
    LE COMPOSE DES COMPOSES 125
    ____________________________________________________________________________________________________
    Tous les Philosophes disent que notre Pierre se compose
    de trois choses : le corps, l’esprit et l’âme. Or,
    la terre blanche foliée c’est le corps, le ferment c’est
    l’âme qui lui donne la vie, l’eau intermédiaire c’est l’esprit.
    Réunis ces trois choses en une par le mariage, en
    les broyant bien sur une pierre propre, de façon à les
    unir dans leurs plus infinies particules, à en former un
    chaos confus. Quand tu auras fait un seul corps du tout,
    tu le mettras doucement dans une fiole spéciale, que tu
    placeras sur son lit chaud, pour que le mélange se coagule,
    se fixe et devienne blanc. Tu prendras cette
    pierre blanche bénite, tu la broieras subtilement sur une
    pierre bien propre, tu l’imbiberas avec un tiers de son
    poids d’eau pour abaisser sa soif. Tu la remettras ensuite
    dans la fiole claire et propre sur son lit tiède et chaud
    pour qu’elle commence à suer, à rendre son eau et finalement
    tu laisseras ses entrailles se dessécher. Recommence
    plusieurs fois jusqu’à ce que tu aies préparé par
    ce procédé notre très excellente Pierre blauche, fixe,
    qui pénètre les plus petites parties des corps très rapidement,
    coulant comme l’eau fixe quand on la met sur le
    feu, changeant les corps imparfaits en argent véritable,
    comparable en tout à l’argent naturel. Remarque que si
    tu recommences plusieurs fois toutes ces opérations dans
    126 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    le même ordre : dissoudre, coaguler, broyer, cuire, ta
    Médecine sera d’autant meilleure, son excellence augmentera
    de plus en plus. Plus tu travailleras ta Pierre
    pour en augmenter la vertu, et plus tu auras de rendement
    lorsque tu feras la projection sur les corps imparfaits.
    En sorte qu’après une opération une partie de l’Elixir
    change cent parties de n’importe quel corps en
    Lune, après deux opérations mille, après trois dix mille,
    après quatre cent mille, après cinq un million, après
    six opérations des milliers de mille et ainsi de suite à l’infini.
    Aussi les adeptes louent-ils tous la grande maxime
    des philosophes sur la persévérance à recommencer cette
    opération. Si une imbibition avait suffi, ils n’auraient
    pas tant discouru sur ce sujet. Grâces soient rendues à
    Dieu. Amen.
    Si tu désires changer cette Pierre glorieuse, ce Roi
    blanc qui transmue et teint le Mercure et tous les corps
    imparfaits en vraie Lune, si tu désires, dis-je, la changer
    en Pierre rouge qui transmue et teigne le Mercure, la
    Lune et les autres métaux en vrai Soleil, opère ainsi.
    Prends la Pierre blanche et divise-la en deux parties;
    tu augmenteras l’une à l’état d’élixir blanc avec son Eau
    blanche, comme il a été dit plus haut, en sorte que tu
    en auras indéfiniment. Tu mettras l’autre dans le nouveau
    LE COMPOSE DES COMPOSES 127
    ____________________________________________________________________________________________________
    lit des philosophes, net, propre, transparent, sphérique,
    et tu placeras le tout dans le fourneau de digestion. Tu
    augmenteras le feu jusqu’à ce que par sa force et sa
    puissance la matière soit changée en une pierre très rouge,
    que les Philosophes appellent Sang, or pourpre, Corail
    rouge, Soufre rouge. Lorsque tu verras cette couleur telle
    que le rouge soit aussi brillant que du crocus sec calciné,
    alors prends joyeusement le Roi, mets-le précieusement
    de côté. Si tu veux le changer en teinture du très puissant
    Elixir rouge, transmuant et teignant le Mercure,
    la Lune et tout autre métal imparfait en Soleil très véritable,
    mets-en fermenter trois parties avec une partie
    et demie d’or très pur à l’état de chaux tenue et bien
    jaune, et deux parties d’Eau solidifiée. Fais-en un mélange
    parfait selon les règles de l’Art, jusqu’à ne plus
    rien distinguer des composants. Remets dans la fiole
    sur un feu qui mûrisse, pour lui donner la perfection.
    Dès qu’apparaîtra la vraie Pierre sanguine rouge, tu
    ajouteras graduellement de 1’Eau solide.
    Tu augmenteras peu à peu le feu de digestion. Tu
    accroîtras sa perfection en recommençant l’opération.
    il faut chaque fois ajouter de l’Eau solide (que ta as
    gardée), qui convient à sa nature; elle multiplie sa puissance
    à l’infini, sans rien changer à son essence. Une
    128 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    partie d’Elixir parfait au premier degré projetée sur
    cent parties de Mercure (lavé avec du vinaigre et du
    sel, comme tu dois le savoir) placée dans un creuset
    à petit feu, jusqu’à ce que des fumées apparaissent, les
    transmue aussitôt en véritable Soleil meilleur que le naturel.
    De même en remplaçant le Mercure par la Lune.
    Pour chaque degré de perfection en plus de 1’Elixir,
    c’est la même chose que pour l’Elixir blanc, jusqu’à ce
    qu’il teigne enfin en Soleil des quantités infinies de Mercure
    et de Lune. Tu possèdes maintenant un précieux
    arcane, un trésor infini. C’est pourquoi les philosophes
    disent: « Notre Pierre a trois couleurs, elle est noire au
    commencement, blanche au milieu, rouge à la fin. » Un
    philosophe a dit : « La chaleur agissant d’abord sur l’humide
    engendre la noirceur, son action sur le sec engendre
    la blancheur et sur la blancheur engendre la rougeur.
    Car la blancheur n’est autre chose que la privation complète
    de noirceur. Le blanc fortement condensé par la
    force du feu engendre le rouge. » — « Vous tous chercheurs
    qui travaillez l’Art, a dit un autre sage, lorsque
    vous verrez apparaître le blanc dans le vaisseau, sachez
    que le rouge est caché dans ce blanc. Il vous faut l’en
    extraire et pour cela chauffer fortement jusqu’à l’apparition
    du rouge. »
    LE COMPOSE DES COMPOSES 129
    ____________________________________________________________________________________________________
    Maintenant rendons grâce à Dieu sublime et glorieux
    Souverain de la Nature, qui a créé cette substance et
    lui a donné une propriété qui ne se retrouve dans aucun
    autre corps. C’est elle qui, mise sur le feu, engage
    le combat avec celui-ci et lui résiste vaillamment. Tous
    les autres corps s’enfuient ou sont exterminés par le feu.
    Recueillez mes paroles, notez combien elles renferment
    de mystères, car dans ce court traité, j’ai rassemblé et
    expliqué ce qu’il y a de plus secret dans l’Alchimie ;
    tout y est dit simplement et clairement, je n’ai rien omis,
    tout s’y trouve brièvement indiqué, et je prends Dieu à
    témoin que dans les livres des Philosophes, on ne peut
    rien trouver de meilleur que ce que je vous ai dit. Aussi
    je t’en prie, ne confie ce traité à personne, ne le laisse
    pas tomber entre des mains impies, car il renferme les
    secrets des philosophes de tous les siècles. Une telle
    quantité de perles précieuses ne doit pas être jetée aux
    pourceaux et aux indignes. Si cependant cela arrivait, je
    prie alors Dieu tout puissant que tu ne parviennes jamais
    à terminer cet OEuvre divin.
    Béni soit Dieu, un en trois personnes.
    AMEN.
    _________
    GLOSSAIRE
    Aigle volante. — Mercure des philosophes.
    Alphidius. — Philosophe grec ; le manuscrit 65I4 de
    la bibliothèque nationale : Liber meteorum, est d’Alphidius.
    Malgré son titre, c’est un traité d’alchimie.
    Aludel. — Appareil sublimatoire, composé d’un vase
    de terre vernissé, surmonté d’un chapiteau en verre destiné
    à recevoir le sublimé.
    Ame. — C’est la partie volatile de la pierre ; plus
    spécialement ce mot désigne le ferment.
    Aristote. —Disciple d’Avicenne, il ne doit pas être confondu
    avec le philosophe grec, précepteur d’Alexandre.
    Ouvrages: De perfecto magisterio. —De practica Lapidis.
    Art spagyrique. — Synonyme d’Alchimie.
    Astanus. — Peut-être est-ce le même qu’Ostanès.
    Il existe plusieurs manuscrits de ce dernier dans les
    bibliothèques.
    Astre. — C’est le principe essentiel des métaux capable
    de changer les corps en sa propre nature (Paracelse).
    Avicenne. — AI Hussein Ebn Sina, né à Bokhara,
    disciple d’Alpharabi, alchimiste arabe, vivait au xIe siècle.
    GLOSSAIRE 131
    ____________________________________________________________________________________________________
    Ouvrages : Canon medicinae ; Tractatulus alchemiae; De
    conglutinatione lapidum.
    Azoth. — Mercure des Philosophes. Basile Valentin
    a fait un traité de l’Azoth.
    Barsen ou Basen. — Alchimiste cité dans la Tourbe.
    Chaux rouge. — Matière de la pierre au rouge.
    Cohober. — Remettre dans la cornue le liquide qui a
    distillé.
    Corps. — Partie fixe de la pierre.
    Crocus. — Matière de la pierre au rouge. Signifie
    .aussi oxyde.
    Degrés. — Le premier degré du feu correspond à 5o
    degrés centigrades, le second à l’ébullition de l’eau, le
    troisième à la fusion de l’étain, le quatrième à l’ébullition
    du mercure.
    Eau, eau bénite, métallique, eau des nuées, eau-de-vie.
    Mercure des philosophes.
    Entéléchie :forme essentielle et parfaite d’une chose.
    Feu de cendres. — Bain de sable.
    Geber. — Djafar al Soli, philosophe hermétique arabe,
    vivait au Ixe siècle. C’est le plus célèbre des alchimistes
    arabes. Ouvrages: Somme de perfection. — Testament.
    Gros. — Ancienne mesure de poids: 3 gr., 90. Un
    gros vaut 72 grains.
    132 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Hermès. — Thaut égyptien, le père de la chimie. Ouvrages
    : Table d’Emeraude. — Les sept chapitres.
    Hylè. — Matière de la pierre, Mercure des philosophes.
    Laton ou laiton. — Mercure des philosophes avant la
    putréfaction, c’est-à-dire avant la noirceur.
    Lion.— Lion vert, vitriol vert. Lion rouge, gaz hypoazotide.
    Lot. — Mesure de poids allemande, équivaut à une
    demi-once.
    Lune. — Argent, ou mercure ordinaire, ou encore
    matière au blanc.
    Magistère. — Synonyme de pierre philosophale et de
    Grand-OEuvre.
    Mercure des philosophes. — Matière première de la
    pierre.
    Métaux. — Les alchimistes n’en reconnaissent que
    sept, auxquels ils attribuent les noms des planètes. L’or
    ou soleil, l’argent ou lune, le mercure, Le plomb ou Saturne,
    l’étain ou Jupiter, le cuivre ou Vénus, le fer ou
    Mars.
    Médecine. — Synonyme d’élixir.
    Microcosme. — Ou petit monde, c’est l’homme, par
    opposition au macrocosme, qui est l’univers. Les philoGLOSSAIRE
    133
    ____________________________________________________________________________________________________
    -sophes entendent encore par microcosme leur magistère.
    Morien. — Disciple d’Adfar, philosophe hermétique
    romain. Ouvrages: De la transmutation des métaux.
    Dialogue du roi Calid et du philosophe Morien.
    Once. Ancienne mesure de poids équivaut à 31 gr. 25.
    Oiseau d’Hermès. — Mercure des philosophes.
    Pélican. — Vase circulatoire : il se compose d’une
    panse surmontée d’un chapiteau, duquel partent deux
    tubes qui rentrent latéralement dans la panse, de sorte
    que le liquide qui distille retombe constamment dans la
    panse.
    Phénix. — Oiseau fabuleux au plumage rouge;
    emblème de la pierre au rouge.
    Physicien. — Médecin. Ce mot s’emploie encore en
    Angleterre dans ce sens (physician).
    Poulet d’Hermogène. — Matière de la pierre au blanc.
    Rhasès. — Philosophe hermétique persan, vivait au
    xe siècle. Ses ouvrages existent manuscrits en traduction
    latine à la bibliothèque nationale: Lumen luminum.
    Liber perfecti magisterii. — De aluminibus et salibus.
    Soufre. —Second principe des. métaux. Signifie aussi
    la matière de la pierre. Soufre vif ou soufre rouge, matière
    de la pierre au rouge.
    134 CINQ TRAITÉS D’ALCHIMIE
    ____________________________________________________________________________________________________
    Sublimation. — Dans le sens philosophique, signifie
    purification.
    Tête de Corbeau. — C’est la matière pendant la
    putréfaction.
    Thélême. — Perfection.
    Tourbe des philosophes. — Turba philosophorum, le
    plus connu et le plus commun des anciens traités d’Alchimie.
    Attribuée au philosophe Aristée.
    Ventre du cheval. — Fumier chaud de cheval, fournit
    une température constante.
    Vinaigre, blanc, très aigre, des philosophes. — Mercure
    des philosophes.
    Vitriol. — Le vitriol vert ou le vitriol romain c’est
    tout un, signifie couperose verte. Vitriol bleu ou de
    Hongrie : couperose bleue.
    Nota. — Rudianus, Franciscus, et Mechardus sont
    complètement inconnus. Ce sont probablement des
    alchimistes grecs dont les oeuvres sont perdues.
    _________
    TABLE DES MATIERES
    PRÉFACE . . . . . . . . . . V
    Table d’Emeraude . . . . . . . I
    Notice biographique sur Arnauld de Villeneuve . 7
    Le Chemin du Chemin . . . . . . 9
    Notice biographique sur R. Lulle . . . . 25
    La Clavicule . . . . . . . . . 27
    Notice biographique sur Roger Bacon . . . 53
    Le Miroir d’Alchimie . . . . . . . 55
    Notice biographique sur Paracelse . . . . 77
    Le Trésor des Trésors . . . . . . . 79
    Notice biographique sur Albert le Grand . . . 91
    Le Composé des Composés. . . . . . 93
    Glossaire . . . . . . . . . . 128
    ___________
    Achevé d’imprimer, le I5 juin, à Paris
    Chez HENRI JOUVE, 15, rue Racine
    MDCCCXC


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