• Métaphysique et Ontologie du Pater

     

    Métaphysique et Ontologie du Pater (de Jean Duprat) résumé par Dominique S.

     

     
    Renaissance Traditionnelle N°16 - Octobre 1973. p 238–Tome IV

    Pater hêmôn ho en toîs ouranoîs
    hagisthêtô to onoma sou,
    elthatô hê basileia sou,
    genêthêtô to thelêma sou
    hôs en ouranô kai epi gês.
    To arton hêmôn ton epiosuion dos hêmîn sêmeron,
    kai aphes hêmin ta opheilêmata hêmôn
    hôs kai hêmeîs aphêkamen toîs opheiletais hêmôn
    kai mê eisenenkês hêmâs eis peirasmon,
    alla rhûsai hémâs apo toû ponêrou.

    Pater noster, qui es in caelis,
    sanctificetur nomen tuum,
    adveniat regnum tuum,
    fiat voluntas tua
    sicut in caelo et in terra.
    Panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie,
    et dimitte nobis debita nostrum
    sicut et nos dimittimus debitoribus nostris,
    et ne nos inducas in tetationem,
    sed libera nos a malo.

    Notre Père, qui es aux cieux,
    Que soit sanctifié ton Nom,
    que vienne ton Royaume,
    que se produise ta Volonté
    dans le ciel comme sur terre.
    Donne-nous aujourd'hui nôtre pain suressentiel,
    et décharge nous de nos dettes
    comme nous aussi donnons décharge à nos débiteurs,
    ne nous induis pas dans l'épreuve,
    mais délivre-nous du mal.



    Dans cet article, l'auteur Jean Duprat s'intéresse à un des passages les plus importants du Nouveau Testament : Le Pater, prière du Christ aux apôtres, qui permet aux chrétiens de différentes confessions de prier ensemble. La démonstration veut montrer que cette prière définit successivement une théogonie et une Cosmogonie . Il veut aussi montrer, qu'encore aujourd'hui, le Pater peut produire une action sur l'âme humaine pour la conduire à son Archétype.

    LES SEPT DEMANDES DU PATER


    On dénombre sept demandes dans le Pater, elle sont à l'impératif, ce qui enlève toute notion de temps présent, passé ou futur, et rajoute à l'intemporalité de cette prière.

    Français / Latin / Grec

    Sanctifier / sanctificetur / hagiasthêtô
    Venir / adveniat / elthatô
    Produire, faire / fiat / genêthêto
    Donner / da / dos
    Décharger / dimitte / aphes
    Ne pas induire / ne...inducas / mê eisenenkês
    Délivrer / libera / rhûsai

    LES DEUX NIVEAUX DE SYMBOLIQUE DU SEPTENAIRE


    Il faut donc s'interroger sur cette notion de septénaire et là on peut décrire deux niveaux du symbolisme du septénaire :

    6 + 1

    C'est l'intégration du sénaire dans l'unité, ici le 6 correspond par exemple aux 6 directions de l'espace, opposées 2 à 2 dans les 3 dimensions. On peut aussi comparer ce 6+1, au déroulement temporel hebdomadaire, avec 6 jours ordinaires et le sabbat, jour de nature différente, qui intègre les 6 premiers jours. On peut dire alors que" le centre intègre l'espace".

    4+3

    C'est le deuxième niveau de symbolisme du septénaire, on y retrouve les 7 demandes du pater que nous avons vu avec d'un côté 3 vœux, concernant Dieu, ils sont à la deuxième personne du singulier (NDLR : en français moderne : ton nom, ton règne, ta volonté), et de l'autre côté 4 demandes concernant l'homme (NDLR : toujours en français moderne : notre pain quotidien, nos offenses, ne nous soumets pas, délivre nous).
    Le 3+4 est ici en parfait accord avec la signification des nombres 3 et 4. 3 se rapporte moralement au ciel et 4 à la terre.

    LE NOMBRE 3

    Est lié au cercle, l'auteur rappelle que la division du cercle par 6 et donc par 3, est la plus aisée, et qu'elle est réalisable avec le seul compas. Le 3 est le premier nombre impair apparaissant dans l'unité, dans la succession des nombres.

    LE NOMBRE 4

    Lui, est interprété comme un carré, donc par modélisation spatiale, par un cube, dont la stabilité suggère la terre. Une autre expression de ce 4 est la croix, dont une variante est la croix de Saint André. Une croix "traditionnelle" présente une direction verticale privilégiée par rapport à l'horizontale. La croix de saint André elle, exclut qu'un aspect soit supérieur à l'autre. Ses 2 (ou 4 éléments) sont complémentaires et non additifs, symbolisant un plan déterminé d'existence. Si on situe cette dernière croix au niveau de la branche horizontale de la croix dressée, on obtient un volume, symbolisant la totalité du cosmos manifesté dans les 3 dimensions et les 6 directions vues précédemment.

    On peut dire enfin que le Pater s'image donc aussi, dans le soufre alchimique et son symbole la croix surmontée d'un triangle, comme dans le schéma du Temple, le carré surmonté de la coupole.

    Jean Duprat en profite pour un aparté dans laquelle il défini deux niveaux d'études du symbole terrestre et céleste. Et pour appuyer sa définition il va s'appuyer sur la Kabbale qui bien que très postérieure au Pater n'en est pas moins d'inspiration abrahamique et va définir :

    LES QUATRE MONDES

    - monde de l'émanation, état principiel de non manifestation
    - monde de la création, celui de la manifestation informelle, celui des anges
    - monde de la formation, des manifestations subtiles, du psychisme qui s'étend au-delà du psychisme humain
    - monde de la fabrication, de l'action, de la manifestation grossière

    NIVEAU D'APPLICATION DES TROIS PREMIERES DEMANDES DU PATER

    Revenons donc aux niveaux d'applications dans le pater.


    On note la double présence du ciel, une fois au pluriel (qui es aux cieux) : les cieux, séjour Divin et angélique, du Logos, de l'Absolu et de l'Essence et une fois au singulier (dans le ciel comme sur terre)

    RESONNANCES DU MOT "PATER"

    Le mot Pater est formé de la racine PA et du suffixe TR. On dit de la racine qu'elle évoque l'idée de manger, nourrir, de père nourricier (par opposition à un père géniteur). Il existe des notions latine de papare : manger en latin enfantin, ou pa-scere paître, mais aussi de parere : enfanter. L'auteur rapproche également le PA du PO de potês : maître de maison et possum : pouvoir. Et de conforter sa position en disant que celui qui a le pouvoir, peut engendrer, créer, et soutient l'être ainsi créé en le nourrissant.
    Le Père est le Tout-puissant, le Sur-être.

    Métaphysique et Ontologie du Pater 2ème partie (de Jean Duprat) résumé par Dany T.

     

    Dans cette 2ème partie J.DUPRAT fait une analyse sémantique du Pater d'après le texte
    Grec. Il reprend les 7 demandes : 3 concernant la Théogonie, 4 la cosmogonie.
    Il distingue donc :

    1/ THEOGONIE

    1ére Hypostase : Le Père : nom, principe

    TO ONOMA SOU : Ton nom
    Le nom permet de connaître, il est ce qu'il désigne. Le nom du Père est le Père lui-même.

    HAGIASTHETO TO ONOMA SOU : Que Sanctifié soit ton Nom.
    Avant que le nom Hypostatique soit affirmé, son identité essentielle est rappelée.
    Hagios est un nom d'essence : Le séparé, le tout autre.


    2ème Hypostase : Le Verbe : Royauté

    HÊ BASILEIA SOU : Ton Règne
    Le Roi de l'univers est le Verbe par lequel et dans lequel l'univers a été crée.

    ELTHATO HE BASILEIA SOU : Que vienne ton Règne
    Cette forme impérative aoriste est intemporelle, et implique l'adhésion du narrateur.
    Le récitant du Pater est non seulement impliqué spirituellement, mais il s'engage pour que ce règne vienne.Cependant l'homme unifié engage le principe qui est en lui.Le véritable auteur
    De la prière n'est pas celui qui la profère, mais le principe qui est en lui : LE SAINT ESPRIT.


    3ème Hypostase :L'Esprit : La Volonté

    TO THELEMA SOU : Ta Volonté
    THELO : vouloir, vouloir bien.

    GENETHETO TO THELEMA SOU : Que se produise ta Volonté
    Même remarque que précédemment concernant l'emploi de l'impératif aoriste.

    La racine THAL porte l'idée de former, verdoyer, fleurir, et aussi de fécondité.

    La procession du Saint Esprit appartient à la Volonté de Dieu, comme la procession du Verbe
    Appartient à l'acte d'Intelligence ( St Thomas : Somme théologique , Ia, q.27, art.3&4).

    Une circonstancielle vient compléter la mention de la Volonté :
    HÔS EN OURANÔ KAI EPI GÊS : De même dans le ciel, de même sur la terre

    Remarque : OURANOS(1) : Ciel en opposition avec TOI OURANOI : Aux cieux.
    (1)OURANOS dont la racine est VAR = couvrir, évoquant ce qui est au-dessus, l'au delà,
    la transcendance.Le pluriel suggère l'idée d'infinité.
    1ère Perspective :
    Les cieux seraient le lieu de la Divinité non qualifiée, le ciel le lieu du Dieu qualifié, de l'Être. GÊS désigne alors l'ensemble de la manifestation.
    2éme Perspective :
    OURANOS serait la manifestation informelle (spirituelle).
    GÊS la manifestation formelle (psychique et corporelle).

    Le point important est qu'ici soit affirmée la présence dans ''le monde '' de l'Esprit
    Dont un des noms propres est le Don (St Thomas ,somme théologique, Ia, q. 38, art.2).

    2/ COSMOGONIE : LA CROIX DU MONDE

    2éme partie du Pater : 4 demandes se référant aux 6 directions de l'espace cosmique.

    A/ Axis Mundi : Les eaux supérieures

    TON ARTON HÊMON TON EPIOUSION DOS HÊMÎN SÊMERON
    venant
    Notre Pain sur donne (le) nous aujourd'hui
    Essentiel


    Le Don du pain s'effectue de façon verticale, descendant du Principe à l'homme (allusion
    A l'Eucharistie). La descente se fait selon l'axe du monde qui est aussi l'arbre de vie.

    ARTOS : HO ARTOS : Pain de froment, tout ce qui est nécessaire à la vie, tout ce qui soutient l'être.

    EPOUSIOS : Sur-essentiel ou supra-essentiel
    Dérive de OUSIA : Essence, substance , être.
    OUSIA vient du verbe EIMI : Être, devenir, d'où : EPI-OUSIOS : qui sur-vient ce qui explique quotidien.

    SÊMERON : Le lien entre le présent et l'intemporel : Aujourd'hui.


    B/ La Croix de St André : 1ère Branche

    1/ KAI APHES HÊMÎM TA OPHEILÊMATA HÊMON.
    Et décharge nous de nos dettes
    La remise des dettes se réfère au mouvement horizontal, au plan humain, au mouvement de la périphérie vers le centre , une des branches horizontales de la croix.
    Être ramené au centre revient à être rendu libre, ou à recevoir la Lumière.

    2/ HÔS KAI HÊMEÎS APHÊKAMEN TOÎS OPHEILETAIS HÊMÔN
    Comme nous aussi donnons décharge à nos débiteurs

    APHÊKAMEN : indicatif aoriste, indique le passé sans précision de durée. C'est un temps historique. L'attitude du pardon des offenses est une conformité(l'homme devient ''ce qu'il est'') au Principe, qui est sous un certain rapport un retour au centre.L'attitude de pardon est à son niveau le rétablissement d'un équilibre rompu.


    C/ La Croix de St André : 2ème Branche

    KAI MÊ EISENENKÊS EIS PEIRASMON
    Et ne nous in(tro)duis pas dans l'épreuve
    la tentation


    L'induction en tentation se réfère au mouvement horizontal dirigé du centre vers la périphérie.
    Mouvement de dispersion, éloignement de l'unique nécessaire.
    La tentation peut être une épreuve initiatique conduisant vers les ténèbres extérieures ou à l'état édenique.

    D/Axis Mundi : Les eaux inférieures

    ALLA RHÛSAI HÊMÂS APO TOÛ PONEROÛ
    Mais délivre- nous du mal

    RHÛSAI : impératif aoriste de RHÛOMAI qui signifie tirer à soi, soustraire, préserver, ramener.
    Ramener au Principe ;il s'agit bien d'une remontée de l'être, précédée d'une descente aux
    Enfers.

    3/ L'ENSEMBLE

    La succession des demandes du Pater se déroule par la descente du Principe le plus élevé vers la manifestation et ses limites les plus inférieures. Figure du souffre alchimique.


    4/ LE RETOURNEMENT DU PATER

    Si le Chrétien récite toujours le pater comme il lui a été donné, la réalisation spirituelle suivra
    Un cheminement qui peut être symbolisé par un retournement du symbole :
    Cette nouvelle figure qui signifie, l'accomplissement du grand œuvre, correspond à la 12ème lame du tarot : l'homme pendu par un pied.

    Le texte du Pater ne peut être utilisé en faisant abstraction de la Tradition Chrétienne, dans laquelle ce texte est opérant.




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