• LE SENS DE L’INITIATION

     

    Avant de frapper à la porte du Temple secret qui devra détenir la Lumière en puissance ; avant de
    franchir ses deux colonnes : le coeur et l’esprit qui supportent la partie dite matérielle du Temple
    individuel qu’est l’être humain, arrêtons-nous sur le seuil.
    Que pourrons-nous découvrir dans cette enceinte mystérieuse où le coeur emprunte à la palette
    universelle les nuances les plus fondues pour se parer de sentiments tendres ainsi que les coloris les
    plus tourmentés dont ses passions et ses désirs animiques s’alimentent ? Que sollicitons-nous en
    approchant de cet enclos privé où l’esprit tantôt s’éclaire et tantôt s’obscurcit ?
    La possibilité d’une théorie et d’une pratique nécessaires à l’harmonie corporelle, à l’équilibre sain du
    coeur et de l’esprit, conditions essentielles au rythme normal de ce tabernacle vivant qu’est l’homme,
    pour être en état de recevoir la Lumière primordiale, s’en imprégner et enfin rayonner pour donner à
    son tour.
    Quelle est cette Lumière primordiale ? ... La Sagesse tout simplement.
    Or, c’est l’Initiation qui doit conduire à la Sagesse, sommet accessible de la perfection humaine,
    auquel chacun - non seulement peut - mais a le devoir de prétendre.
    Toutefois, si le sentier s’ouvre devant les pas fragiles de la bonne volonté, il est certes hérissé
    d’obstacles de toutes sortes, il ne ménage pas les difficultés à surmonter, il réserve maints écueils où
    les chutes et les retours en arrière sont fréquents et, seuls, parviennent à la cime éclairée ceux dont les
    efforts ne se sont point lassés. C’est ce qui a fait dire au Maître Nazaréen : « Beaucoup seront appelés,
    mais peu seront élus ».
    De nos jours, l’Initiation semble avoir perdu de son étendue : effet de la spécialisation moderne. On
    cherche assez fréquemment à développer au maximum telle ou telle partie de l’individu sans tenir
    compte de telle ou telle autre, ce qui cause presque toujours d’assez préjudiciables déséquilibres à la
    complexe nature humaine et à la Société et qui, de ce fait, entravent la marche ascendante de
    l’évolution.
    Si nous ouvrons un dictionnaire d’usage courant, nous y lisons la définition suivante : initiation
    « cérémonies par lesquelles on était admis à la connaissance de certains mystères dans les religions
    anciennes, et qui accompagnent encore l’admission dans différentes sociétés secrètes ».
    Naturellement, le plus grand nombre d’individus n’y voient que la pompe rituelle et d’autres encore
    pensent que si les initiés s’intéressaient à des mystères, ce ne pouvait être que des rêveurs, des demifous
    hantés par le surnaturel.

    D’abord, qu’entend-on par « surnaturel » ? D’après les encyclopédistes, le surnaturel comprendrait
    tout ce qui excède les forces de la nature. Il est assez malaisé de supposer que quelque chose puisse
    dépasser les forces de la nature, puisque l’univers dans sa totalité est la nature même et, par
    conséquent, ses forces et ses lois ne peuvent exister « extra-natura ».
    De plus, beaucoup d’entre nous sont convaincus que la connaissance n’a de valeur que si elle est
    appuyée sur l’expérience scientifique.
    Et puisqu’il est avéré que la connaissance, synonyme de discernement, équivaut à « avoir l’idée, la
    notion d’une personne ou d’une chose », peut-on affirmer qu’elle n’a de valeur que si elle est appuyée
    sur l’expérience scientifique ?
    Comment alors, expliquerons-nous pourquoi la plupart des animaux ont la connaissance des plantes
    qui peuvent leur être nuisibles ? N’est-ce pas tout simplement ce sentiment intérieur qu’on appelle
    l’instinct qui les guide, sentiment naturel que ne distillent ni les cornues, ni les éprouvettes.
    Quant à l’être humain, il a lui aussi son instinct, mais encore son intuition, laquelle toujours d’après
    nos encyclopédistes, est : la connaissance claire, droite, immédiate, qui n’a pas besoin de
    l’intermédiaire du raisonnement, ni de l’expérimentation scientifique, et a son origine dans le
    sentiment.
    L’instinct et l’intuition sont encore des mystères que nous ne sommes pas parvenus à élucider
    complètement et dont nous nous servons pourtant, souvent inconsciemment. Les Sages de l’antiquité
    en avaient sans doute saisi le mécanisme puisqu’ils en usèrent comme de précieux instruments pour
    acquérir leur savoir individuel et universel.
    Et si nous avons aujourd’hui perdu la clé qui ouvre les arcanes de la nature, c’est parce que nos
    appétits matériels sont si voraces, nos exigences rationnelles, si pressantes que nous avons fini par
    oublier le chemin du véritable Temple initiatique où se joue l’évolution des êtres et des choses.
    De ce Temple, nous avons fait trois dépendances séparées : le corps, l’esprit et le coeur.
    Il n’est pourtant pas impossible de rétablir l’unité de ce précieux sanctuaire puisque tous, nous
    sommes en possession de facultés latentes qui ne demandent qu’à s’épanouir pour l’érection définitive
    de l’asile de la Sagesse.
    Devons-nous pour ce faire, remonter aux sources anciennes qui nous ont apporté la pureté de leurs
    ondes ? Serons-nous obligés de frapper à la porte des édifices sacrés ? Car enfin, ce Temple que nous
    avions le devoir d’unifier, ne le portons-nous pas en nous-mêmes ?... Le corps, le coeur, et l’esprit sont
    nos assises fondamentales et quand notre être tout entier s’éveille à la vie, à la beauté, à la
    compréhension des êtres et des choses, c’est un sanctuaire qui monte vers la Lumière éternelle comme
    une cathédrale majestueuse tend ses flèches au baiser des cieux étincelants.
    Nous ne nous perdrons pas dans les méandres des cycles passés, puisque aussi bien nous retrouvons la
    pensée des grands Initiés dans chacun des actes de notre vie et en toute chose. Leurs travaux, les
    symboles qu’ils ont adoptés pour les représenter, nous les rencontrons maintes fois dans les études que
    nous poursuivons, car le but que nous cherchons par des moyens qui nous sont personnels, est le
    même qu’ils ont atteint. Quand nous aurons mieux pénétré la parité de nos travaux avec les leurs, nous
    verrons bien souvent avec des yeux nouveaux, telle forme telle figure qui nous était autrefois
    indifférente. Ce qui nous paraissait peut-être, hier encore, singulier, s’éclairera pour nous d’une
    lumière inconnue. Notre coeur et notre esprit s’ouvriront à de nouvelles idées et nous les percevrons
    avec acuité, et nous retrouverons alors cette pensée commune derrière tous les symboles et les rites.

    Ce qui nous paraissait, hier encore, des traditions respectables mais bizarres, ou des simagrées sans
    objet, deviendra aujourd’hui le langage qui, de tout temps, a été parlé par les Initiés et les Sages. Et,
    choisissant ceux qui nous conviennent le mieux, nous serons néanmoins plein de respect pour les
    autres, car ils traduisent dans une langue qui n’est peut-être pas la nôtre, les pensées qui nous sont les
    plus chères.
    Franchissons le portail du Temple de la Nature où l’admiration de la Beauté nous amènera à des
    pensées nouvelles, à des sensations profondes, divines, et nous feront apparaître dans le monde
    extérieur mille images inattendues qui commenteront l’Infini.
    Puis, quand nous concentrerons notre pensée sur le travail quotidien, quand nous méditerons en silence
    pour résoudre tel grand problème qui, depuis bien des siècles, fait rêver les cerveaux, quand nous
    chercherons - pour songer à ces énigmes - le calme et la pondération, c’est la pensée de Pythagore qui
    sera notre guide et notre lumière. Elle nous conduira quand nous contemplerons l’infini des mondes
    que révèle une belle nuit, car nous songerons que tous ces univers sont soumis aux mathématiques, à
    ce Nombre qui fut sa loi.
    Nous invoquerons Orphée lorsque, transportés par les délicieuses harmonies de la Nature, nous nous
    réjouirons du chant des oiseaux, du frais et glissant murmure des sources, de la douce chanson des
    feuilles remuées quand la cime des arbres se balance. Alors, comprenant le sens de ces murmures,
    nous les écouterons au fond de notre coeur éveiller des paroles mystérieuses, et ces harmonies de la
    Nature nous pénétreront mieux.
    En prenant l’habitude de nous pencher vers ceux qui souffrent, en ouvrant notre coeur à toute créature
    en peine, nous nous unirons à l’oeuvre si belle de Jésus. C’est à Jésus que nous penserons quand, pareil
    à un arbre chargé de fruits, nous nous inclinerons vers tous ceux qui passent, avec toutefois une
    prédilection marquée vers le déshérité, le malheureux, vers tous ceux qui demandent, fut-ce seulement
    par les larmes, un appui, une protection.
    Il en est de même pour toutes les formes initiatiques, car toutes nous offrent la vie qui se dirige vers le
    même point.
    Le premier pas à cet égard, est d’avoir devant les yeux un idéal élevé, dont les Sages nous ont donné
    les grandes directives. Il faut d’abord se connaître pour ne pas demander à l’organisme des efforts qui
    causent une fatigue inutile. Cette connaissance nous amènera à voir notre place exacte dans l’univers
    et cette place n’est ni si infime que le feraient croire nos défaillances, ni si haute que le voudrait notre
    vanité. Mais elle nous donne de connaître et d’expérimenter les forces actives qui vivent autour de
    nous comme en nous, de comprendre que des rapports étroits existent entre l’homme et l’univers et
    qu’il est nécessaire à l’initié de se développer conformément aux lois naturelles, de manière à entrer en
    harmonie parfaite avec les forces cosmiques qui sont - pour celui qui fait appel à elles - de la plus
    grande et bienfaisante utilité. C’est cette ascèse, pratiquée dans le silence et le secret des temples
    antiques qui a fait crier au « surnaturel », alors qu’elle est le fond même de toute initiation parfaite.
    Comprendre et sentir, telles sont les deux voies qui se présentent à quiconque veut contribuer à
    l’évolution générale.
    Toutes deux sont nécessaires et il serait inharmonique de faire l’éducation de l’une au détriment de
    l’autre. L’équilibre des deux donne accès à la Vérité, à la Sagesse. C’est par la sentimentalité - que la
    raison éclaire - c’est par la raison - que la sentimentalité attendrit - que nous pouvons élargir notre
    champ d’action, voir que l’univers ne se limite pas à nos passions pas plus qu’à nos intérêts. C’est par
    elles que nous nous dégageons des mauvais courants, des pensées égoïstes et que notre esprit
    correspond dans des sphères plus élevées, à des pensées plus nobles, plus généreuses qui nous
    ravissent comme l’illumination du mystique ou l’inspiration du poète, comme la communion du
    psychisme avec les purs courants supérieurs.

    Autrefois, dans la plupart des initiations, le futur adepte était soumis à d’étranges fatigues. Aux Indes,
    les épreuves initiatiques durent encore de nos jours 7 ans, et elles sont des plus redoutables. En
    Egypte, elles duraient en quelques sortes toute la vie, puisque les initiés formaient une caste qui
    évoluait sans cesse vers un plus haut degré de perfection. Pythagore demandait une longue initiation à
    ceux qu’il admettait à son école, et l’une des épreuves - non la moindre - était un silence absolu qui
    durait au moins 2 ans, souvent plus.
    Mais aujourd’hui, ni la vie, ni le tempérament, ni les conditions climatiques ne disposent l’européen à
    se soumettre à d’aussi rigoureuses disciplines. Bien des gens se sont dangereusement blessés en
    essayant les pratiques des yogis par exemple, et point n’est besoin de s’expatrier, d’accomplir des
    actes étranges, de quitter sa famille et ses occupations pour faire acte d’Initié.
    Quelle que soit l’unité d’une doctrine, on ne peut la présenter sous la même forme à un asiatique et à
    un européen dont la mentalité est différente. D’autre part, les formes naturelles ne se sont pas
    identiques en tout lieu. Si les Egyptiens ont employé le papyrus et le lotus, les Grecs l’acanthe et les
    Européens le lys, le trèfle et d’autres plantes autochtones, c’est qu’ils ont puisé dans la nature
    environnante les modèles de leurs créations.
    Il en est de même en ce qui concerne la pensée. On l’a présentée dans la forme la plus accessible à
    ceux qui devaient l’entendre ; on l’a parée de toutes les magies de la forme et de la parole, ce qui n’a
    pas été sans la modifier quelque peu. Mais sous ces changeantes apparences, la pensée demeure la
    même. La bonté, la vertu, le désintéressement sont toujours la base de cette direction vers une
    amélioration de l’âme.
    Nous avons autour de nous tout ce qui est nécessaire pour accomplir notre évolution et le
    perfectionnement n’est pas dévolu à une contrée plutôt qu’à une autre. Les puissantes harmonies de la
    vie universelle, dites inanimées, depuis les premiers frissons de la vie organique jusqu’à l’ultime
    Pensée, nous baignent, ici et là, comme un grand fleuve dont les eaux bienfaisantes nous ravivent et
    nous donnent une force inconnue. C’est à nous de nous y plonger, d’y capter ces énergies qui nous
    modifient si profondément et développent en nous les possibilités qui nous font Adeptes, sans nous
    soumettre à de rudes épreuves.
    Les épreuves des initiations passées avaient pour but de savoir si celui qui se présentait aux Mystères
    était réellement sérieux, résolu, persévérant, assez discret pour recevoir la confidence des hauts
    secrets. Il fallait donc se rendre compte de la sécurité que présentaient les postulants, et aussi - puisque
    la plupart souhaitaient accomplir les actions de la thaumaturgie - essayer leurs forces psychiques en
    même temps que leurs forces morales. Aujourd’hui, c’est plutôt à l’esprit et au coeur qu’on adresse les
    questions qui remplacent ces épreuves.
    Quant au Grand Secret, il est accessible à tous, mais chacun doit se façonner, se perfectionner dans ce
    but. II faut le découvrir par soi-même le sentir et le comprendre, le posséder ensuite par son propre
    effort. Il ne saurait être communiqué par un mot, ni par un geste, ni par un livre. Le mot, le geste, le
    livre ne peuvent que le mettre sur le chemin de l’adepte. Ce n’est pas non plus, en récitant
    distraitement une formule que l’adepte acquerra des pouvoirs. Il ne les trouvera ni dans les Grimoires,
    ni dans aucun petit Albert, pas même dans des oeuvres de Stanislas de Guaïta ou d’Eliphas Levi. Du
    moins, ne les y trouvera-t-il pas comme une leçon qu’on récite. II lui faudra lire entre les lignes,
    pénétrer le sens occulte de ce qu’on lui révèle à demi. Il lui faut enfin comprendre et sentir, éduquer
    son esprit et son coeur. Tout cela ne se fait pas en lisant une page ou des volumes entiers, comme on
    lirait un beau roman pour se donner la sensation poignante du danger côtoyé.

    De même, il ne suffit pas d’une grande palette et d’une belle boîte de couleurs avec tout un jeu de
    pinceaux pour faire un peintre. Un enfant peut prendre la palette, user des pinceaux et des couleurs
    pour barbouiller une toile au gré de sa fantaisie et produire une cacophonie cruelle aux yeux qui la
    regardent. Ce n’est pas si rapidement que l’on apprend à faire un de ces chefs d’oeuvre qui attirent et
    retiennent le regard et dont la contemplation, après nous avoir enchantés, nous emporte dans un abîme
    de rêverie, car l’oeuvre d’art digne de ce nom nous exalte vers un idéal.
    Mais, nous nous devons d’insister particulièrement sur certaines énergies que l’adepte doit connaître et
    dont la possession, le contrôle lui sont nécessaires pour arriver au but qu’il s’est fixé. Ces forces nous
    les verrons d’abord en lui-même où il doit les discerner. Puis, cette connaissance parfaitement acquise,
    l’adepte doit apprendre à la maîtriser et à l’utiliser afin d’apporter à tous ceux qui en ont besoin
    lumière et santé.
    Avant tout, il faut nous souvenir que l’être humain - envisagé synthétiquement - comporte trois parties
    nettement distinctes et cependant solidaires les unes des autres : le corps, l’esprit et le coeur.
    Ces trois éléments de nous-mêmes sont régis par des énergies particulières : le corps reçoit et irradie la
    force vitale ; l’esprit vit et se développe grâce à la pensée ; le coeur a besoin de sentiment. Ces
    différentes forces soutiennent l’être humain, le font vivre, le mettent en contact permanent avec le
    monde extérieur.
    La vie est d’autant plus harmonieuse et utile aux autres que l’adepte sent en son corps une plus grande
    abondance d’influx vital ; en son esprit des énergies sans cesse renouvelées ; en son coeur une plus
    forte puissance émotionnelle.
    Lorsqu’il a atteint ce but, l’homme est en état d’agir sur lui-même et autour de lui en toute
    connaissance de cause en réglant volontairement les effets à produire.
    Lorsqu’il possède complètement ces forces, il peut, en usant de chacune d’entre elles, agir dans les
    trois domaines organique, mental et sentimental ; individuel, collectif et cosmique.
    Certes, ces forces sont naturelles, mais combien mystérieuses encore ! Notre défaut, c’est d’ignorer la
    Nature et de la ramener à la limite de notre vision en laissant de côté les grandes palpitations de la Vie
    universelle. C’est là justement qu’il faut chercher ce Grand Secret, dans les frémissements sonores et
    doux de la Nature desquels découle la loi des autres frémissements par quoi palpite et se meut la Vie.
    Le premier point à accomplir, c’est donc de se connaître. Ce n’est pas sans raison que les anciens
    avaient fait de cette connaissance le premier stade de leur Initiation. Savoir qu’elles sont nos qualités
    et nos défauts ; développer les unes, éliminer les autres. Se purifier, c’est la première partie de toutes
    les Initiations telles qu’elles ont été pratiquées dans tous les Temples et dans tous les groupements de
    philosophes.
    Nous devons d’abord épurer notre corps, lui donner par une hygiène rationnelle, des forces et une
    puissance qu’il a peut-être perdues par la maladie, suite à une alimentation défectueuse, par un
    manque d’air et d’exercices physique ou par la pratique d’exercices préjudiciables. Nous devons
    adopter une règle de vie plus saine, basée sur des principes qui dirigeront toute notre conduite. Notre
    corps doit obéir à notre esprit ; et pour cela, il adaptera son économie matérielle et tous les organes qui
    lui sont soumis, à des rythmes qui sont l’écho des rythmes universels. Nous ne devons pas en alourdir
    la partie spirituelle par des joies trop animales, ni détruire le bon fonctionnement des organes par des
    privations inconsidérées.

    Ce soin pris, il nous faudra faire l’éducation de notre esprit. Nous apprendrons à obtenir de lui une
    direction plus sûre, une volonté calme et agissante, en développant ses facultés sans lui permettre de
    dessécher sa vie sentimentale et en ne lui autorisant que des pensées dont les vibrations soient
    bienfaisantes autant en nous qu’autour de nous. Ainsi, nous obtiendrons l’empire sur nous-mêmes ce
    qui nous rendra maître de notre inconscient. Nous ne subirons plus sa ruée, mais, ne cédant qu’à notre
    esprit conscient, nous serons en état de pouvoir raisonner tous les actes de notre vie.
    Cultivons aussi le silence. C’est dans le silence que nous soulèverons le voile d’Isis. Taisons-nous et
    réfléchissons dans la manifestation des opinions adverses. Ce sera notre force de dire à la fin, cette
    parole conciliante rallie toutes les opinions. Soyons calme et notre exemple fera plus encore que les
    paroles. Voilà un des premiers pas à faire pour la conquête des forces externes et internes.
    Nous ferons ensuite l’éducation du coeur car il est erroné de croire que le sentiment soit une sorte
    d’infirmité qu’il faille faire disparaître. On confond trop souvent sensiblerie avec sensibilité. II y a
    nécessité, au contraire, à le développer dans tous les êtres, à faire participer toutes les créatures aux
    délicatesses de la sensibilité, aux lumières de l’intuition. Seulement, il est de toute première
    importance que l’être soit maître de sa sensation, qu’il enraye tout emballement, car tout dérèglement
    est dangereux pour la partie de nous-mêmes qu’il affecte.
    Si l’esprit comprend et conçoit, le sentiment frappe à l’intérieur de nous même un sens spécial. Et si la
    délicatesse de ce sens interne varie de l’un à l’autre, il n’en existe pas moins chez chacun de nous.
    Les philosophes ont dit avec sagacité : « c’est la raison qui éclaire l’homme, mais c’est le sentiment
    qui le conduit ».
    Plus que tout autre, l’Initié doit développer sa puissance émotionnelle. C’est sur elle qu’il doit compter
    pour percevoir avec plus de finesse et d’acuité toutes les forces qui se meuvent autour de lui, et se
    mettre en rapport plus direct et plus complet avec toutes les palpitations de la vie, à seule fin de leur
    emprunter les énergies qu’il doit répandre autour de lui. C’est à cette seule condition qu’il pourra
    remplir sa mission.
    Il ne faut pas supprimer le coeur ; non, certes. II faut seulement lui enseigner le véritable amour,
    l’amour qui cherche le bonheur des autres et non sa propre satisfaction. Si l’amour a fait souffrir un
    être, ce n’est pas en fermant son coeur qu’il en pourra guérir ; c’est en l’ouvrant bien davantage, en
    l’ouvrant tout grand, pour que tous ceux qui souffrent y trouvent asile. Nous devons comprendre que si
    nous cherchons notre seule joie, nous ne la trouverions que fragmentaire, car on ne récolte que ce que
    l’on a semé.
    Ainsi comprise, l’Initiation aura trouvé son véritable sens, car l’harmonie du corps amènera la santé, la
    vie ; la stabilité de l’esprit : l’ordre, la force ; et la pureté du coeur : la joie, la beauté, trinité idéale qui
    conduit infailliblement à la Sagesse.
    La santé, la vie - qu’elles soient organiques, cérébrales ou morales - ne résident que dans un parfait
    équilibre et c’est vers ce but que nous devons tendre.
    Et, quoiqu’on en pense, nous aurons acquis certains de ces hauts pouvoirs dits « surnaturels » à
    l’évocation desquels le scepticisme se dresse malveillant et destructeur.
    A quelque porte d’un Temple que nous frappions, à quelques Centre initiatique - digne de ce nom -
    que nous nous adressions, à quelque école sérieuse que nous fassions appel, que ce soit dans les ères
    antiques où de nos jours, malgré la diversité des formes, rites ou symboles, la voix du Sage - toujours
    la même - se fera entendre. Ecoutons-la :

    « Nouvel Adepte, avant d’entrer dans la lice, analyse-toi ; scrute les moyens physiques et moraux,
    dont tu disposes ».
    « Avant de combattre, il est nécessaire que tu te prépares à la lutte. Ne t’y engage pas avant d’avoir
    agrandi ton âme et multiplié tes forces ».
    « Au fond de ton être, dans ce trésor secret ignoré de toi-même, gît le joyau merveilleux, cette lampe
    d’Aladin qui doit diriger tes pas. C’est la Lumière qui a guidé les Grands Saints, c’est une parcelle de
    cette Pensée sublime qui auréola de tout temps le front des Grands Penseurs et des Initiés. Tu es de
    leur race. Ils t’ont légué ce trésor de l’Univers : leurs pensées, leurs élans, l’exemple de leurs actions.
    Tu as hérité de leurs vertus, de leurs qualités, de ce qui fut leur force et leur valeur morale ».
    « Il y a en toi une parcelle de cette pensée sublime qui anima, dans tous les âges, ceux qui ont voué
    leur effort à la plus belle oeuvre humaine, celle qui s’associe au plan éternel ».
    « Tu es un maillon de cette chaîne qui transmit à travers les âges les enseignements sublimes qui font
    vivre l’humanité ».
    « Tu possèdes en toi les qualités requises pour découvrir le Grand Arcane. Ton désir de pénétrer
    l’ombre, d’en dégager enfin le mystère, te fera trouver ce que tu cherches. Ta foi robuste t’évitera les
    découragements qui ne frôlent que les défaillants, qui n’abattent que les faibles ».
    « En t’élançant d’un libre essor dans le grand domaine de la pensée initiatique, sache-le : tu restes
    attaché à tes devoirs. Même si tu atteins les plus hauts sommets de la connaissance, tu n’en es pas
    moins lié à ton foyer, à ta famille, à tes amis, à tous tes frères. C’est en partageant l’effort de ceux qui
    t’entourent que tu te rends digne de les éclairer, de les secourir, de t’élever au-dessus d’eux pour te
    pencher, plus fraternel et plus tendre, sur leurs douleurs, sur leurs blessures ».
    « Cultive l’amour, un amour pur et élevé : cherche l’amitié de tes frères. Sois toujours à la hauteur de
    la noble tâche que tu assumes ».
    « Surtout agis. Rayonnes. N’oublie jamais de quelle mission admirable tu te trouves investi. Protège
    tous ceux qui sont faibles ; aide-les de toutes manières et fais-le discrètement ».
    « Relève les volontés défaillantes, stimule ceux qui sont las. Apporte à tous, ton sourire bienveillant, ta
    force calme et souveraine, ta parole douce et mesurée. Tends la main largement à ceux qui ont besoin
    de toi ; ils t’attendent sans te connaître ».
    « Tu deviendras bientôt le confident de ceux qui souffrent, leur espoir et leur soutien. Mérite cette
    confiance. Conserve l’espoir qu’ils te vouent. Ne cherche pas à les dominer, à les asservir. Ils désirent
    un ami et non un maître. Guide-les comme un frère aîné, console-les comme une mère ».
    « C’est à toi de répandre la Lumière, d’apporter partout où tu passes, cette Paix et cette Concorde que
    tu voudrais voir rayonner sur le Monde ».
    « Là est ta Voie, celle qui conduit au véritable bonheur, à la Sagesse, ultime but de ton Initiation ».

    « Et de ton corps harmonieux, de ton esprit lumineux, de ton coeur vertueux, tu feras de tout ton être le
    plus beau des Temples qu’aucune main humaine ait jamais construit : Temple au fronton duquel
    viendront s’inscrire ces simples mots : Fiat-Lux !!! ».

     


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