• Evangiles Apocryphes

    Évangile de Marie

    Apocryphe copte du second siècle

    ( les 6 premières pages semblent manquer)

    1 " Qu'est-ce que la matière ?

    2 Durera-t-elle toujours ? "

    3 Le Maître répondit :

    4 " Tout ce qui est né, tout ce qui est crée,

    5 tous les éléments de la nature

    6 sont imbriqués et unis entre eux.

    7 Tout ce qui est composé sera décomposé ;

    8 tout reviendra à ses racines ;

    9 la matière retournera aux origines de la matière.

    10 Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. "

    11 Pierre lui dit : " Puisque Tu te fais l'interprète

    12 des éléments et des événements du monde, dis-nous :

    13 Qu'est-ce que le péché du monde ? "

    14 Le Maître dit :

    15 " Il n'y a pas de péché.

    16 C'est vous qui faites exister le péché

    17 lorsque vous agissez conformément aux habitudes

    18 de votre nature adultère

    19 là est le pêché.

    20 Voilà pourquoi le Bien est venu parmi vous ;

    21 Il a participé aux éléments de votre nature

    22 afin de l'unir de nouveau à ses racines. "

    23 Il continua et dit :24 " Voici pourquoi vous êtes malades

    25 et pourquoi vous mourrez,

    26 c'est la conséquence de vos actes ;

    27 vous faites ce qui vous éloigne...

    28 Comprenne qui pourra ! "

    [PAGE 8]

    1 " L'attachement à la matière

    2 engendre une passion contre nature.

    3 Le trouble naît

    5 "Soyez en harmonie..."

    6 Si vous êtes déréglés,

    7 inspirez-vous des représentations

    8 de votre vraie nature.

    9 Que celui qui a des oreilles

    10 pour entendre entende. "

    11 Après avoir dit cela, le Bienheureux

    12 les salua tous en disant :

    13 " Paix à vous, que ma Paix

    14 naisse et s'accomplisse en vous !

    15 Veillez à ce que personne ne vous égare

    16 en disant :

    17 "Le voici,

    18 Le voila."

    19 Car c'est à l'intérieur de vous

    20 qu'est le Fils de l'Homme ;

    21 allez à Lui :

    22 ceux qui Le cherchent Le trouvent

    23 En marche !

    24 Annoncez l'Évangile du Royaume. "

    [PAGE 9]

    1 " N'imposez aucune règle,

    2 hormis celle dont je fus le Témoin.

    3 N'ajoutez pas de lois à celles de celui qui a do Loi,

    4 afin de ne pas en devenir les esclaves. "

    5 Ayant dit cela, Il partit.

    6 Les disciples étaient dans la peine ;

    7 ils versèrent bien des larmes, disant :

    8 " Comment se rendre chez les païens et annoncer

    9 l'Évangile du Royaume du Fils de l'Homme ?

    10 Ils ne l'ont pas épargné,

    11 comment nous épargneraient-ils ? "

    12 Alors, Marie se leva,

    13 elle les embrassa tous et dit à ses frères :

    14 " Ne soyez pas dans la peine et le doute,

    15 car Sa Grâce vous accompagnera et vous protégera :

    16 louons plutôt Sa grandeur,

    17 car Il nous a préparés.

    18 Il nous appelle à devenir pleinement des êtres humains. "

    19 Par ces paroles, Marie tourna leurs curs vers le Bien ;

    20 ils s'éclairèrent aux paroles du Maître.

    [PAGE 10]

    17 Alors, je Lui dis :

    18 "Seigneur, dans l'instant, celui qui contemple

    19 Ton apparition,

    20 est-ce par l'âme qu'il voit ?

    21 Ou par l'esprit ?"

    22 Le Maître répondit :

    23 Ni par l'âme ni par l'esprit ;

    24 mais l'intellect étant entre les deux,

    25 c'est lui qui voit et c'est lui qui [...]"

    Les quatre pages suivantes semblent manquer.

    [PAGE 15]

    1 " "Je ne t'ai pas vu descendre,

    2 mais maintenant je te vois monter ",

    3 dit le Désir,

    4 " Pourquoi mens-tu, puisque tu fais partie de moi ? "

    5 L'âme répondit :

    6 " Moi, je t'ai vue,

    7 toi, tu ne m'as pas vue.

    8 Tu ne m'as pas reconnue ;

    9 j'étais avec toi comme avec un vêtement,

    10 et tu ne m'as pas sentie. "

    11 Ayant dit cela,

    12 elle s'en alla toute joyeuse.

    13 Puis se présenta à elle la troisième atmosphère,

    14 appelé Ignorance ;

    15 celle-ci interrogea l'âme, lui demandant :

    16 " Où vas-tu ?

    17 N'as-tu pas été dominée par un mauvais penchant ?

    18 Oui, tu étais sans discernement, et tu as été asservie. "

    19 L'âme dit alors :

    20 " Pourquoi me juges-tu ? Moi je n'ai pas jugé.

    21 On m'a dominée, moi je n'ai pas dominé ;

    22 on ne m'a pas reconnue,

    23 mais moi, j'ai reconnu

    24 que tout ce qui est composé sera décomposé

    25 sur la terre comme au ciel. "

    [PAGE 16]

    1 Libérée de cette troisième atmosphère, l'âme continua de monter.

    2 Elle aperçut la quatrième atmosphère.

    3 Elle avait sept manifestations.

    4 La première manifestation est Ténèbres ;

    5 la seconde, Désir ;

    6 la troisième, Ignorance ;

    7 la quatrième, Jalousie mortelle ;

    8 la cinquième, Emprise charnelle ;

    9 la sixième, Sagesse ivre ;

    10 la septième, Sagesse rusée.

    11 Telles sont les sept manifestations de la Colère

    12 qui oppriment l'âme de questions :

    13 " D'ou viens-tu, homicide ?

    14 Ou vas-tu, vagabonde ? "

    15 L'âme répondit :

    16 " Celui qui m'opprimait a été mis a mort ;

    17 celui qui m'étreignait n'est plus ;

    18 mon désir alors s'est apaisé,

    19 et je fus délivrée de mon ignorance. "

    [PAGE 17]

    6 Je vais au Silence ". "

    7 Après avoir dit cela, Marie se tut.

    8 C'est ainsi que le Maître s'entretenait avec elle.

    9 André prit alors la parole et s'adressa à ses frères :

    10 " Dites, que pensez-vous de ce qu'elle vient de raconter?

    11 Pour ma part, je ne crois pas

    12 que le Maître ait parlé ainsi ;

    13 ces pensées diffèrent de celles que nous avons connues. "

    14 Pierre ajouta :

    15 " Est-il possible que le Maître se soit entretenu

    16 ainsi, avec une femme,

    17 sur des secrets que nous, nous ignorons ?

    18 Devons-nous changer nos habitudes,

    19 écouter tous cette femme ?

    20 L'a-t-iI vraiment choisie et préférée à nous ? "

    [PAGE 18]

    1 Alors Marie pleura.

    2 Elle dit a Pierre :

    3 " Mon frère Pierre, qu'as-tu dans la tête ?

    4 Crois-tu que c'est toute seule, dans mon imagination,

    5 que j'ai inventé cette vision ?

    6 ou qu'à propos de notre Maître je dise des mensonges ? "

    7 Levi prit la parole :

    8 " Pierre, tu as toujours été un emporté ;

    9 je te vois maintenant t'acharner contre la femme,

    10 comme le font nos adversaires.

    11 Pourtant, si le Maître l'a rendue digne,

    12 qui es-tu pour la rejeter ?

    13 Assurément, le Maître la connaît très bien

    14 Il l'a aimée plus que nous.

    15 Ayons donc du repentir,

    16 et devenons l'être humain dans son intégrité ;

    17 laissons-Le prendre racine en nous

    18 et croître comme Il l'a demandé.

    19 Partons annoncer l'Évangile

    20 sans chercher a établir d'autres règles et d'autres lois

    21 en dehors de celle dont Il fut le témoin. "

    [PAGE 19]

    1 Dès que Levi eut prononcé ces mots,

    2 ils se mirent en route pour annoncer l'Évangile.

    FIN DE L'EVANGILE SELON MARIE

     

    Évangiles de la nativité et de l'enfance

    Le Protévangile de Jacques


     

     

         Le nom de " Protévangile " fut donné au XVIe siècle par l'humaniste français qui le publia en Occident, parce que le texte relate des événements antérieurs aux récits des évangiles canoniques. Le plus ancien manuscrit connu (Papyrus Bodmer 5) porte le titre : Nativité de Marie, Révélation de Jacques.

    Le livre se dit écrit par l'apôtre Jacques le Mineur, frère de Jésus selon l'Évangile, demi-frère selon ce texte. Il est très ancien (milieu du second siècle) et s'inspire librement des récits canoniques de l'enfance.

    L'ouvrage ne doit rien aux judéo-chrétiens, comme en témoigne son ignorance des coutumes juives. Probablement son auteur était-il d'origine païenne, issu de l'Egypte ou de l'Asie Mineure. Il rédigea son texte dans un but apologétique, pour régler, auprès des Grecs et des Juifs, la question délicate de l'incarnation de Jésus.

    Or, pas d'incarnation sans l'absolue pureté de Marie, non seulement vierge avant, pendant et après, mais maintenue dès sa conception dans une sorte d'état angélique, où hommes et anges prêtent leur concours.

    L'écrit a connu à travers les siècles une grande fortune : il a inspiré d'autres livres du même genre, dont le plus connu est l'évangile du Pseudo-Matthieu (VIe siècle), qui force le ton, côté miracles. Il est à l'origine de plusieurs fêtes liturgiques, célébration d'Anne et Joachim, Conception et Nativité de Marie, Présentation de la Vierge. L'art chrétien y a abondamment puisé. Mais surtout cette célébration de la pureté a nourri les développements ultérieurs de l'aspect marial.

     



    PLAN

    1-5 Histoire des parents de Marie jusqu'à sa naissance.
    6-9 Enfance de Marie, chez elle, puis dans le Temple.
    10-16 Conception de Jésus et difficultés de Joseph.
    17-21 Naissance de Jésus, épisode de Salomé.
    22-25 Poursuite d'Hérode et assassinat de Zacharie.

    Nativité de Marie. Révélation de Jacques

    I.1. Les histoires des douze tribus racontent qu'un homme fort riche, Joachim, apportait au Seigneur double offrande, se disant : " Le supplément sera pour tout le peuple et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu'il me soit propice. "

    I.2. Vint le grand jour du Seigneur1, et les fils d'Israël apportaient leurs présents. Or Ruben se dresse devant lui et dit : " Tu n'as pas le droit de déposer le premier tes offrandes, puisque tu n'as pas eu de postérité en Israël. "

    I.3. Joachim eut grand chagrin, et il s'en alla consulter les registres des douze tribus du peuple, se disant : " Je verrai bien dans leurs archives si je suis le seul à n'avoir pas engendré en Israël ! " Il chercha, et découvrit que tous les justes avaient suscité une postérité en Israël. Et il se souvint du patriarche Abraham ; sur ses vieux jours, le Seigneur Dieu lui avait donné un fils, Isaac.

    I.4. Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert ; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il jeûna2, se disant : " Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m'ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson. "

    II.1. Et sa femme Anne avait deux sujets de se lamenter et de se marteler la poitrine. " J'ai à pleurer, disait-elle, sur mon veuvage et sur ma stérilité ! "

    II. 2. Vint le grand jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit : " Jusqu'à quand te désespéreras-tu ? C'est aujourd'hui le grand jour du Seigneur. Tu n'as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m'a donné la maîtresse de l'atelier. Je ne puis m'en orner, car je ne suis qu'une servante, et il porte un insigne royal. "

    II.3. Anne lui dit : " Arrière, toi ! Je n'en ferai rien, car le Seigneur m'a accablée d'humiliations. Et peut-être ce présent te vient-il d'un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute. "

    Et Judith la servante dit : " Quel mal dois-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix ? Le Seigneur Dieu a clos ton sein et ne te donne point de fruit en Israël ! "

    II.4. Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit la robe de ses noces. Et vers la neuvième heure3, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s'assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : " Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma prière, ainsi que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac. "

    III.1. Levant les yeux au ciel, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier. Aussitôt elle se remit à gémir : " Las, disait-elle, qui m'a engendrée et de quel sein suis-je sortie ? Je suis née, maudite devant les fils d'Israël. On m'a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu.

    III.2. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant toi, Seigneur. Las, à quoi se compare mon sort ? Non plus aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant ta face, Seigneur.

    III.3. Las, à quoi se compare mon sort ? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend gloire, Seigneur. "

    IV.1. Et voici qu'un ange du Seigneur parut, disant : " Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et l'on parlera de ta postérité dans la terre entière. " Anne répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie. "

    IV.2. Et voici, deux messagers survinrent, qui lui dirent : " Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : "Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d'ici. Voici que Anne ta femme a conçue4 en son sein".

    IV.3. Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : " Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple. "

    IV. 4. Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l'attendait, aux portes de la ville5. Dès qu'elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s'écria : " Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m'a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n'est plus veuve et la stérile a conçu6 ! " Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.

    V.1. Le lendemain, il apportait ses offrandes : " Si le Seigneur Dieu m'a été favorable, pensait-il, la lame d'or du prêtre me le révélera7. " Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l'autel du Seigneur ; et il sut qu'il n'y avait pas de faute en lui. " Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m a fait grâce et m'a remis tous mes péchés. " Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et rentra chez lui.

    V.2. Six mois environ s'écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. " Qu'ai-je mis au monde ? " demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : " Une fille. " Et Anne dit : " Mon âme a été exaltée en ce jour ! " Et elle coucha l'enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia8, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie.

    VI.1. De jour en jour, l'enfant se fortifiait. Quand elle eut six mois, sa mère la mit par terre, pour voir si elle tenait debout. Or l'enfant fit sept pas, puis revint se blottir auprès de sa mère. Celle-ci la souleva, disant : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, tu ne marcheras pas sur cette terre, que je ne t'ai menée au temple du Seigneur. " Et elle apprêta un sanctuaire dans sa chambre et elle ne laissait jamais sa fille toucher à rien de profane ou d'impur. Et elle invita les filles des Hébreux, qui étaient sans tache, et celles-ci la divertissaient.

    VI.2. Quand l'enfant eut un an, Joachim donna un grand festin où il convia les grands prêtres, les prêtres, les scribes, les Anciens et tout le peuple d'Israël. Il présenta l'enfant aux prêtres qui la bénirent : " Dieu de nos pères disaient-ils, bénis cette enfant, et donne-lui un nom illustre à jamais, dans toutes les générations. " Et tout le peuple s'écria : " Qu'il en soit ainsi ! Amen ! " Et ils la présentèrent aux grands-prêtres, et ceux-ci la bénirent, disant : " Dieu des hauteurs, abaisse ton regard sur cette petite fille et bénis-la d'une bénédiction suprême, qui surpasse toute bénédiction. "

    VI.3. Et sa mère l'emporta dans le sanctuaire de sa chambre et elle lui donna le sein. Anne éleva un chant au Seigneur Dieu : " Je chanterai un cantique sacré au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée et m'a enlevé l'outrage de mes ennemis. Et le Seigneur mon Dieu m'a donné un fruit de sa justice, unique et considérable devant sa face. Qui annoncera aux fils de Ruben qu'Anne donne le sein ? Écoutez, écoutez, ô les douze tribus d'Israël : Anne donne le sein ! "
    Et elle reposa l'enfant dans le sanctuaire de sa chambre, sortit et servit ses hôtes. Quand le banquet fut achevé, ils descendirent joyeux et ils glorifièrent le Dieu d'Israël.

    VII.1. Les mois se succédèrent : l'enfant atteignit deux ans. Joachim dit : " Menons-la au temple du Seigneur, pour accomplir la promesse que nous avons faite. Sinon le Maître s'irriterait contre nous et rejetterait notre offrande. " Mais Anne répondit : " Attendons sa troisième année, de peur qu'elle ne réclame son père ou sa mère. " Joachim opina : " Attendons. "

    VII.2. L'enfant eut trois ans. Joachim dit : " Appelons les filles des Hébreux, celles qui sont sans tache. Que chacune prenne un flambeau et le tienne allumé : ainsi, Marie ne se retournera pas et son cœur ne sera pas retenu captif hors du temple du Seigneur. " L'ordre fut suivi, et elles montèrent au temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l'enfant et l'ayant embrassée, il la bénit et dit : " Le Seigneur Dieu a exalté ton nom parmi toutes les générations. En toi, au dernier des jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d'Israël. "

    VII.3. Et il la fit asseoir sur le troisième degré de l'autel. Et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle. Et ses pieds esquissèrent une danse et toute la maison d'Israël l'aima.

    VIII.1. Ses parents descendirent, émerveillés, louant et glorifiant le Dieu souverain qui ne les avait pas dédaignés. Et Marie demeurait dans le temple du Seigneur, telle une colombe9, et elle recevait sa nourriture de la main d'un ange.

    VIII. 2. Quand elle eut douze ans, les prêtres se consultèrent et dirent : " Voici que Marie a douze ans, dans le temple du Seigneur. Que ferons-nous d'elle, pour éviter qu'elle ne rende impur le sanctuaire du Seigneur notre Dieu ? "

    Et ils dirent au grand-prêtre : " Toi qui gardes l'autel du Seigneur, entre et prie au sujet de cette enfant. Ce que le Seigneur te dira, nous le ferons. "

    VIII. 3. Et le prêtre revêtit l'habit aux douze clochettes10, pénétra dans le Saint des Saints et se mit en prière. Et voici qu'un ange du Seigneur apparut, disant : " Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu'ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un signe en fera sa femme. "

    Des hérauts s'égaillèrent dans tout le pays de Judée et la trompette du Seigneur retentit, et voici qu'ils accoururent tous.

    IX.1. Joseph jeta sa hache et lui aussi alla se joindre à la troupe. Ils se rendirent ensemble chez le prêtre avec leurs baguettes. Le prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le temple et pria. Sa prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de signe. Or Joseph reçut la sienne le dernier. Et voici qu'une colombe s'envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête.

    Alors le prêtre : " Joseph, Joseph, dit-il, tu es l'élu : c'est toi qui prendras en garde la vierge du Seigneur. "

    IX.2. Mais Joseph protesta : " J'ai des fils, je suis un vieillard et elle est une toute jeune fille. Ne vais-je pas devenir la risée des fils d'Israël ? "

    " Joseph, répondit le prêtre, crains le Seigneur ton Dieu, et souviens-toi du sort que Dieu a réservé à Dathan, Abiron et Corê. La terre s'entrouvrit et les engloutit tous à la fois, parce qu'ils lui avaient résisté. Et maintenant, Joseph, crains de semblables fléaux sur ta maison ! "

    IX. 3. Très ému, Joseph prit la jeune fille sous sa protection et lui dit : " Marie, le temple du Seigneur t'a confiée à moi. Maintenant je te laisse en ma maison. Car je pars construire mes bâtiments. Je reviendrai auprès de toi. Le Seigneur te gardera. "

    X.1. Cependant, les prêtres s'étaient réunis et avaient décidé de faire tisser un voile pour le temple du Seigneur.

    Et le grand-prêtre dit : " Appelez-moi les jeunes filles de la tribu de David11, qui sont sans tache. " Ses serviteurs partirent, cherchèrent et en trouvèrent sept. Mais le prêtre se souvint que la jeune Marie était de la tribu de David et qu'elle était sans tache devant Dieu. Et les serviteurs partirent et l'amenèrent. 2. Et l'on fit entrer ces jeunes filles dans le temple du Seigneur. Et le prêtre leur dit : " Tirez au sort laquelle filera l'or, l'amiante, le lin, la soie, le bleu, l'écarlate et la pourpre véritable. "

    La pourpre véritable et l'écarlate échurent à Marie. Elle les prit et rentra chez elle.

    C'est à ce moment-là que Zacharie devint muet et que Samuel le remplaça jusqu'à ce qu'il eût retrouvé la parole.

    Et Marie saisit l'écarlate et se mit à filer.

    XI.1. Or elle prit sa cruche et sortit pour puiser de l'eau. Alors une voix retentit : " Réjouis-toi, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes. ". Marie regardait à droite et à gauche : d'où venait donc cette voix ? Pleine de frayeur, elle rentra chez elle, posa sa cruche, reprit la pourpre, s'assit sur sa chaise et se remit à filer.

    XI.2. Et voici qu'un ange debout devant elle disait : " Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce devant le Maître de toute chose. Tu concevras de son Verbe. "

    Ces paroles jetèrent Marie dans le désarroi. " Concevrai-je, moi, du Seigneur, dit-elle, du Dieu vivant, et enfanterai-je comme toute femme? "

    XI.3. Et voici que l'ange, toujours devant elle, lui répondit : " Non, Marie. Car la puissance de Dieu te prendra sous son ombre.

    Aussi le saint enfant qui naîtra sera-t-il appelé le fils du Très-Haut. Tu lui donneras le nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. " Et Marie dit alors : " Me voici devant lui sa servante ! Qu'il m'advienne selon ta parole. "

    XII.1. Et elle reprit son travail de pourpre et d'écarlate puis l'apporta au prêtre.

    Et quand le prêtre le reçut, il la bénit et dit : " Marie, le Seigneur Dieu a exalté ton nom et tu seras bénie parmi toutes les générations de la terre. "

    XII.2. Pleine de joie, Marie se rendit chez sa parente Elisabeth et frappa à la porte. En l'entendant Elisabeth jeta l'écarlate, courut à la porte, ouvrit, et la bénit en ces termes : " Comment se fait-il que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car vois-tu, l'enfant a tressailli et t'a bénie. "

    Or Marie avait oublié les mystères dont avait parlé l'ange Gabriel12. Elle leva les yeux au ciel et dit : " Qui suis-je, pour que toutes les femmes de la terre me proclament bienheureuse? "

    XII.3. Et elle demeura trois mois chez Elisabeth. Et de jour en jour son sein s'arrondissait. Inquiète, elle regagna sa maison et elle se cachait des fils d'Israël. Elle avait seize ans, quand s'accomplirent ces mystères13.

    XIII.1. Son sixième mois arriva, et voici que Joseph revint des chantiers ; il entra dans la maison et s'aperçut qu'elle était enceinte. Et il se frappa le visage et se jeta à terre sur son sac et il pleura amèrement, disant : " Quel front lèverai-je devant le Seigneur Dieu ? Quelle prière lui adresserai-je ?

    Je l'ai reçue vierge du temple du Seigneur et je ne l'ai pas gardée. Qui m'a trahi ? Qui a commis ce crime sous mon toit ? Qui m'a ravi la vierge et l'a souillée? L'histoire d'Adam se répète-t-elle à mon sujet ? Car tandis qu'Adam faisait sa prière de louange, le

    serpent s'approcha et surprit Eve seule ; il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe. "

    XIII.2. Et Joseph se releva de son sac et appela Marie : " Toi la choyée de Dieu, qu'as-tu fait là ? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu ? Pourquoi t'es-tu déshonorée, toi qui as été élevée dans le Saint des Saints et as reçu nourriture de la main d'un ange ? "

    XIII.3. Et elle pleura amèrement, disant : " Je suis pure et je ne connais pas d'homme. " Et Joseph lui dit : " D'où vient le fruit de ton sein ? " Et elle répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, j'ignore d'où il vient. "

    XIV.1. Et Joseph, rempli de frayeur, se tint coi, et il se demandait ce qu'il devait faire d'elle. " Si je garde le secret sur sa faute, se disait-il, je contreviendrai à la loi du Seigneur. Mais si je la dénonce aux fils d'Israël, et que son enfant vienne d'un ange, ce dont j'ai bien peur, alors je livre à la peine capitale un sang innocent. Que ferai-je d'elle ? Je la répudierai en secret. "

    La nuit le surprit dans ces réflexions.

    XIV.2. Et voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : " Ne t'inquiète pas à propos de cette enfant. Ce qui est en elle vient de l'Esprit saint. Elle t'enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus. Car il sauvera son peuple de ses péchés. "

    Joseph se réveilla et glorifia le Dieu d'Israël qui lui avait donné sa grâce. Et il garda la jeune fille.

    XV.1. Or le scribe Anne vint le voir et lui dit : " Joseph, pourquoi n'as-tu point paru à notre réunion? -Mon voyage m'avait fatigué, répondit-il, et j'ai passé le premier jour à me reposer. " Mais Anne se retourna et vit Marie enceinte.

    XV.2. Et il partit en courant chez le prêtre et lui dit : " Eh bien, ce Joseph dont tu te portes garant, a commis une faute ignoble.-Quoi donc ? " demanda le grand-prêtre. L'autre reprit : " Il a déshonoré la jeune fille que le temple du Seigneur lui avait confiée et il l'a épousée secrètement, sans avertir les fils d'Israël ! " Et le grand-prêtre lui dit : " Joseph a-t-il fait cela ? " Et l'autre répondit : " Envoie tes gens et tu verras que la jeune fille est enceinte. " Des serviteurs partirent et la trouvèrent dans l'état qu'il avait dit. Ils la ramenèrent au temple et elle comparut au tribunal.

    XV.3. Le grand-prêtre lui dit : " Marie, qu'as-tu fait là? Pourquoi as-tu perdu ton honneur ? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu, toi qui fus élevée dans le Saint des Saints et qui reçus nourriture de la main des anges? Toi qui entendis leurs hymnes et dansas devant eux ? Qu'as-tu fait là ? "

    Et elle pleura amèrement et dit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je suis pure devant sa face et ne connais pas d'homme. "

    XV.4. Et le grand-prêtre dit : " Et toi, Joseph, qu'as-tu fait? " Et Joseph répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur et que vivent son Christ et le témoin de sa vérité je suis pur vis-à-vis d'elle. " Le grand-prêtre insista.

    " Ne rends pas de faux témoignage ! Dis la vérité ! Tu l'as épousée en cachette, tu n'as rien dit aux fils d'Israël et tu n'as pas incliné ta tête sous la puissante main qui eût béni ta postérité ! " Et Joseph garda le silence.

    XVI.1. Le grand-prêtre reprit : " Rends-nous la jeune fille que tu avais reçue du temple du Seigneur. " Joseph fondit en larmes. Le grand-prêtre ajouta : " Je vous ferai

    boire l'eau de l'épreuve rituelle14 et votre faute éclatera à vos yeux. "

    XVI.2. Le grand-prêtre prit de l'eau, en fit boire à Joseph puis il l'envoya au désert15, Or celui-ci revint indemne. Et il fit boire aussi la jeune fille et l'envoya au désert. Et elle redescendit, indemne. Et tout le peuple s'étonna que leur faute n'eût pas été manifestée.

    XVI.3. Alors le grand-prêtre dit : " Puisque le Seigneur Dieu n'a pas révélé de péché en vous, moi non plus je ne vous condamne pas. " Et il les laissa partir. Et Joseph prit Marie et rentra chez lui, heureux et louant le Dieu d'Israël.

    XVII.1. Il parut un édit du roi Auguste qui invitait tous les habitants de Bethléem en Judée, à se faire recenser. Et Joseph dit : " J'irai inscrire mes fils. Mais que faire avec cette enfant? Comment la recenser? Comme ma femme ? Je ne puis décemment. Comme ma fille ? Mais les fils d'Israël savent que je n'ai pas de fille. Qu'en ce jour donc, le Seigneur en décide à son gré. "

    XVII.2. Et il sella son âne et la jucha dessus. Son fils tirait la bride et Samuel suivait. Et ils entamaient le troisième mille quand Joseph se retourna et la vit fort rembrunie. " L'enfant qu'elle porte, pensa-t-il, doit la faire souffrir. " Il se tourna une nouvelle fois et vit qu'elle riait. Il lui dit : " Marie, qu'as-tu donc? Je vois tour à tour joie et tristesse sur ton visage. " Et elle lui dit : " Joseph, deux peuples sont sous mes yeux16. L'un pleure et se frappe la poitrine, l'autre danse et fait la fête. "

    XVII. 3. Ils étaient à mi-chemin17, quand Marie lui dit : " Joseph, aide-moi à descendre de l'âne. L'enfant, en moi, me presse et va naître. " Il lui fit mettre pied à terre et lui dit : " Où t'emmener? Où abriter ta pudeur? L'endroit est à découvert. "

    XVIII.1. Mais il trouva là une grotte18, l'y conduisit et la confia à la garde de ses fils. Puis il partit chercher une sage-femme juive dans le pays de Bethléem. [Il en trouva une qui descendait de la montagne et il l'amena19.]

    XVIII. 2. " Or moi20, Joseph, je me promenais et ne me promenais pas. Et je levai les yeux vers la voûte du ciel et je la vis immobile, et je regardai en l'air et je le vis figé d'étonnement. Et les oiseaux étaient arrêtés en plein vol.

    Et j'abaissai mes yeux sur la terre et je vis une écuelle et des ouvriers étendus pour le repas, et leurs mains demeuraient dans l'écuelle. Et ceux qui mâchaient ne mâchaient pas et ceux qui prenaient de la nourriture ne la prenaient pas et ceux qui la portaient à la bouche ne l'y portaient pas Toutes les faces et tous les yeux étaient levés vers les hauteurs.

    XVIII. 3. Et je vis des moutons que l'on poussait, mais les moutons n'avançaient pas. Et le berger levait la main pour les frapper, et sa main restait en l'air. Et je portai mon regard sur le courant de la rivière et je vis des chevreaux qui effleuraient l'eau de leur museau, mais ne la buvaient pas.

    Soudain la vie reprit son cours.

    XIX.1. Et je vis une femme qui descendait de la montagne et elle m'interpella : " Eh, l'homme, où vas-tu ? " Je répondis : " Je vais chercher une sage-femme juive.

    - Es-tu d'Israël ? me demanda-t-elle encore. - Oui ", lui dis-je. Elle reprit : " Et qui donc est en train d'accoucher dans la grotte ? "

    [Et Joseph dit à la sage-femme : " C'est Marie, ma fiancée ; mais elle a conçu de l'Esprit saint, après avoir été élevée dans le temple du Seigneur. "]

    Et je lui dis : " C'est ma fiancée. - Elle n'est donc pas ta femme ? " demanda-t-elle. Et je lui dis : " C'est Marie, celle qui a été élevée dans le temple du Seigneur. J'ai été désigné pour l'épouser, mais elle n'est pas ma femme, et elle a conçu du Saint-Esprit. " Et la sage-femme dit : " Est-ce la vérité ? " Joseph répondit : " Viens et vois. "

    Et elle partit avec lui,

    XIX.2. et ils s'arrêtèrent à l'endroit de la grotte. Une obscure nuée enveloppait celle-ci. Et la sage-femme dit : " Mon âme a été exaltée aujourd'hui car mes yeux ont contemplé des merveilles : le salut est né pour Israël. " Aussitôt la nuée se retira de la grotte et une grande lumière resplendit à l'intérieur, que nos yeux ne pouvaient supporter. Et peu à peu cette lumière s'adoucit pour laisser apparaître un petit enfant. Et il vint prendre le sein de Marie sa mère. Et la sage-femme s'écria : " Qu'il est grand pour moi ce jour ! J'ai vu de mes yeux une chose inouïe. "

    XIX.3. Et la sage-femme sortant de la grotte, rencontra Salomé et elle lui dit : " Salomé, Salomé, j'ai une étonnante nouvelle à t'annoncer : une vierge a enfanté, contre la loi de nature. " Et Salomé répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, si je ne mets mon doigt et si je n'examine son corps, je ne croirai jamais que la vierge a enfanté. "

    [Et elle s'approcha, et la disposa, et Salomé examina sa nature. Et elle s'écria qu'elle avait tenté le Dieu vivant : " Et voici, je perds ma main, brûlée par un feu. " Et elle pria le Seigneur et la sage-femme fut guérie dès cet instant.

    Or un ange du Seigneur se dressa devant Salomé, disant : " Ta prière a été exaucée devant le Seigneur Dieu. Approche-toi et touche le petit enfant, et pour toi aussi il sera le salut. " Salomé obéit et fut guérie selon qu'elle avait adoré, et elle sortit de la grotte. Et voici, un ange du Seigneur fit entendre une voix.]

    XX.1. Et la sage-femme entra et dit : " Marie, prépare-toi car ce n'est pas un petit débat qui s'élève à ton sujet. " A ces mots, Marie se disposa. Et Salomé mit son doigt dans sa nature et poussant un cri, elle dit : " Malheur à mon impiété et à mon incrédulité ! disait-elle, j'ai tenté le Dieu vivant ! Et voici que ma main se défait, sous l'action d'un feu. "

    XX.2. Et Salomé s'agenouilla devant le Maître, disant : " Dieu de mes pères, souviens-toi que je suis de la lignée d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Ne m'expose pas au mépris des fils d'Israël, mais rends-moi aux pauvres. Car tu sais, ô Maître, qu'en ton nom je les soignais, recevant de toi seul mon salaire. "

    XX.3. Et voici qu'un ange du Seigneur parut, qui lui dit : " Salomé, Salomé, le Maître de toute chose a entendu ta prière. Étends ta main sur le petit enfant, prends-le. Il sera ton salut et ta joie. "

    XX.4. Et Salomé, toute émue, s'approcha de l'enfant, le prit dans ses bras, disant : " Je l'adorerai. Il est né un roi à Israël et c'est lui. " Aussitôt Salomé fut guérie, et elle sortit de la grotte, justifiée. Et voici qu'une voix parla : " Salomé, Salomé, n'ébruite pas les merveilles que tu as contemplées, avant que l'enfant ne soit entré à Jérusalem21. "

    XXI.1. Alors que Joseph se préparait à partir pour la Judée22, une vive agitation éclata à Bethléem de Judée. Les mages arrivèrent, disant : " Où est le roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. "

    [Cette nouvelle alarma Hérode qui dépêcha des serviteurs, les convoqua et ils le renseignèrent sur l'étoile. Et voici, ils virent des astres en Orient et ils les guidaient jusqu'à leur arrivée dans la grotte et l'étoile s'arrêta au-dessus de la tête de l'enfant23.]

    XXI.2. Cette nouvelle alarma Hérode qui dépêcha des serviteurs auprès des mages. Il convoqua aussi les grands prêtres et les interrogea au prétoire : " Qu'est-il écrit sur le Christ ? demanda-t-il. Où doit-il naître ? " Ils répondirent : " A Bethléem en Judée. Ainsi est-il écrit. " Et il les congédia.

    Puis il interrogea les mages, leur disant : " Quel signe avez-vous vu au sujet du roi nouveau-né ? " Et les mages répondirent : " Nous avons vu une étoile géante, parmi les autres constellations, si éblouissante qu'elle les éclipsait toutes. Ainsi avons-nous compris qu'un roi était né à Israël et nous sommes venus l'adorer. "

    Hérode leur dit : " Partez à sa recherche, et si vous le trouvez, faites-le moi savoir afin que moi aussi j'aille l'adorer. "

    XXI.3. Les mages partirent. Et voici, l'astre qu'ils avaient vu en Orient les conduisit jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à la grotte, et au-dessus de la tête de l'enfant, il s'arrêta24.

    Quand ils l'eurent vu là, avec Marie sa mère, les mages tirèrent des présents de leurs sacs, or, encens et myrrhe.

    XXI.4. Mais comme l'ange les avait avertis de ne pas repasser par la Judée, ils rentrèrent chez eux par un autre chemin.

    XXII.1. Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit en colère et envoya des tueurs avec mission de faire périr tous les enfants jusqu'à l'âge de deux ans.

    XXII.2. Quand Marie apprit ce massacre, saisie d'effroi, elle prit l'enfant, l'emmaillota et le cacha dans une mangeoire à bétail.

    XXII.3. Élisabeth, qui avait appris que l'on cherchait Jean, l'emporta et gagna la montagne, et elle regardait à la ronde où le dissimuler mais elle n'apercevait point de cachette. Alors elle se mit à gémir, disant : " Montagne de Dieu, accueille une mère et son enfant ! " Car la frayeur l'empêchait de monter. Aussitôt la montagne se fendit et la reçut en son sein, tout en laissant filtrer une clarté pour elle. Car un ange du Seigneur était avec eux et il les protégeait.

    XXIII.1. Mais Hérode cherchait toujours Jean, et il envoya des serviteurs à l'autel, auprès de Zacharie, pour lui demander : " Où as-tu caché ton fils ? " Il répondit : " Je suis le serviteur de Dieu et je demeure attaché à son temple. Est-ce que je sais où est mon fils? "

    XXIII.2. Les serviteurs repartirent et rapportèrent à Hérode ses propos. Celui-ci, furieux, s'écria : " Son fils va donc régner

    sur Israël ? " Et il renvoya ses serviteurs pour l'interroger encore : " Dis-moi la vérité. Où est ton fils ? Sais-tu que ma main a pouvoir de répandre ton sang? " Les serviteurs partirent et transmirent le message.

    XXIII.3. Mais Zacharie lui fit répondre : " Je suis le martyr25 de Dieu. Dispose de mon sang ; mais mon esprit, le Maître le recevra, parce que c'est un sang innocent qu'à l'entrée du temple tu t'apprêtes à faire couler. "

    Et vers l'aube, Zacharie fut assassiné, et les fils d'Israël ignoraient tout de ce meurtre.

    XXIV.1. A l'heure de la salutation, les prêtres partirent, et Zacharie ne vint pas, comme à l'accoutumée, au-devant d'eux, en prononçant les bénédictions. Les prêtres s'arrêtèrent, et attendirent Zacharie pour le saluer avec des prières et glorifier le Dieu très haut.

    XXIV.2. Son retard cependant les plongea tous dans l'angoisse. L'un d'eux s'enhardit et entra dans le sanctuaire ; près de l'autel du Seigneur, il aperçut du sang figé. Et une voix retentit : " Zacharie a été assassiné. Son sang ne s'effacera pas avant que vienne le vengeur26 " Ces paroles le remplirent d'effroi. Il sortit et annonça aux prêtres ce qu'il avait vu et entendu.

    XXIV.3. Résolument, ils entrèrent et constatèrent le drame. Et les lambris du temple gémirent et eux déchirèrent leurs vêtements du haut en bas. Ils n'avaient pas trouvé son cadavre, mais ils avaient vu son sang pétrifié. Ils sortirent effrayés et annoncèrent que Zacharie avait été assassiné.

    A cette nouvelle, toutes les tribus du peuple se lamentèrent et menèrent le deuil trois jours et trois nuits.

    XXIV.4. Et après les trois jours, les prêtres délibérèrent pour savoir qui succéderait à Zacharie. Le sort tomba sur Syméon. C'était lui que le Saint-Esprit avait averti qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir contemplé le Christ dans la chair.

    XXV.1. Et moi, Jacques, qui ai écrit cette histoire à Jérusalem, je résolus, lors des troubles qui éclatèrent à la mort d'Hérode, de me retirer au désert, jusqu'à ce que la paix fût revenue à Jérusalem. Et je glorifierai le Maître qui m'a donné la sagesse d'écrire cette histoire.

    XXV.2. La grâce sera avec tous ceux qui craignent le Seigneur.

             Amen.

           Nativité de Marie. Révélation de Jacques.
           Paix à celui qui a écrit et à celui qui lit !

    NOTES :

    1. Formule imprécise, qui trahit l'ignorance de l'auteur.
    2. Durée coutumière du jeûne, cf. Matthieu 4, 2.
    3. Trois heures de l'après-midi.
    4. Ou : " concevra ", les manuscrit hésitent. Le passé rend la conception de Marie miraculeuse comme celle de Jésus, puisque effectuée en l'absence de Joachim.
    5. Elle le rencontra, précise l'évangile du Pseudo-Matthieu, à la " Porte dorée " : l'art médiéval fera la part belle à cette scène.
    6. Même remarque qu'à la note 4.
    7. Cette lame d'or était fixée sur la tiare du grand-prêtre. Elle symbolisait la gloire de Dieu, dont elle portait le nom gravé, et seuls les purs en apercevaient l'éclat.
    8. Anne ne nourrit son enfant qu'une fois sortie de son temps d'impureté.
    9. Symbole de pureté.
    10. Pour cette robe de cérémonie, cf. Exode 28, 17-21 et 33-35.
    11. Encore une bourde : il n'y a pas de tribu de David.
    12. En contradiction avec saint Luc, pour qui Marie garde précieusement toutes choses en son cœur.
    13. Nouvelle distraction de l'auteur. Il ne s'est pas écoulé quatre ans depuis la sortie du Temple, cf. p. 74.
    14. L'ordalie que subissait la femme soupçonnée d'adultère, cf. Nombres 5, 11-31.
    15. Que l'auteur suppose commencer aux portes de Jérusalem.
    16. Ce sont les incroyants et les croyants.
    17. Géographie fantaisiste. On notera en outre que l'auteur, qui ne fait nulle référence à Nazareth, suppose que Joseph et Marie habitent à Jérusalem. Pourquoi vont-ils se faire recenser à Bethléem ?
    18. Première référence à la grotte, avec celle de Justin, Dialogues, 78.
    19. Les passages entre crochets reproduisent les variantes du papyrus Bodmer qui diffère en quelques épisodes de tous les autres manuscrits.
    20. Ici se place un hors-d'œuvre, influencé par les contes orientaux.
    21. Sans doute pour la présentation au temple.
    22. L'auteur n'a aucune idée de l'emplacement de Bethléem, de Jérusalem ni de la Judée. Certains en ont conclu, aidés par d'autres indices, que l'auteur était un Égyptien qui n'avait sans doute pas voyagé. Cf. La forme la plus ancienne du protévangile de Jacques, par E. De Strycker, Société des Bollandistes, Bruxelles 1961.
    23. Recension incohérente. Comment les mages sont-ils à la fois devant Hérode et en route vers la grotte ? Pourquoi cette allusion à plusieurs étoiles et à une seule ? Cf. E. De Strycker, op. cit.
    Le Pseudo-Matthieu ajoute : Le troisième jour après la naissance du Seigneur, Marie sortit de la grotte, entra dans une étable et déposa l'enfant dans la crèche, et le bœuf et l'âne l'adorèrent. Alors s'accomplit la parole du prophète Isaïe : " Le bœuf a reconnu son maître et l'âne la crèche de son maître. " Ces animaux avaient l'enfant entre eux et l'adoraient sans cesse. Alors s'accomplit la parole du prophète Habacuc : " Tu te feras connaître entre deux animaux. "

    24. Étoile mentionnée aussi par Ignace d'Antioche (Lettre aux Éphésiens 19, 1-2) et le Pseudo-Matthieu.
    25. Le grec martus a à la fois le sens de martyr et de témoin.
    26.
    Allusion probable à l'empereur Titus qui détruisit le Temple en 70.

     

    Evangile du Pseudo-Thomas


     

     

          Qu'y a-t-il d'exact dans les nom et titres de ce personnage, à part le terme de " pseudo " ? Ce " Thomas, philosophe israélite ", n'a rien à voir avec le disciple de Jésus ni avec l'évangile de Thomas présenté plus loin.
    Israélite ? Ses ignorances font plutôt songer à un chrétien d'origine païenne. Philosophe ? Le récit révèle plus d'imagination que de sagesse; de naïveté que de mystique.

    Le texte dont les recensions sont nombreuses en grec latin, géorgien, slavon, arménien, remonterait à une source syriaque antérieure à l'an 400. Amalgamé avec le Protévangile, il a inspiré des romans de l'enfance, encore plus prodigues en merveilleux, dont le Livre arménien de l'enfance et l'Évangile arabe de l'enfance.

    Il énumère apparemment de simples anecdotes. Une intention plus subtile commande cependant la série. On y voit grandir l'enfant Jésus et ses miracles, d'abord inconsidérés, se diriger vers la forme parfaite que leur donnera la maturité d'un Jésus de douze ans.

     



                PLAN :

    1-5 miracles capricieux du bambin.
    6-8 premier essai de scolarisation. Attitude rétive de Jésus.
    9-13 Jésus fait des progrès.
    14-15 ses maîtres aussi.
    16-18 les miracles de Jésus grandi.
    19 la perfection atteinte.

    Par Thomas, philosophe israélite, récit de l'enfance du Seigneur


     

     

    I.1. Moi, Thomas l'Israélite, je crois très utile de faire connaître à tous nos frères d'origine païenne, les actions enfantines de notre Seigneur Jésus-Christ et les merveilles qu'il accomplit après qu'il fut né en notre pays.

    II.1. Ce petit enfant Jésus, âgé de cinq ans, jouait, après un orage, au bord d'une rivière. Il dirigeait des ruisselets dans des fossés et cette eau redevenait aussitôt limpide, obéissant à sa moindre parole.

    II.2. Ensuite, ayant pris de la terre glaise, il pétrit douze petits moineaux. C'était un jour de sabbat; une volée de gamins jouaient avec lui.

    II.3. Un Juif, voyant à quoi s'occupait Jésus ce jour-là, s'empressa de tout rapporter à Joseph son père. " Dis, ton fils est près de la rivière; il a pris de l'argile et il a façonné douze moineaux. Il se moque du sabbat ! "

    II.4. Joseph se rendit sur les lieux. Dès qu'il aperçut son fils, il le gronda: " Pourquoi te livres-tu à des activités interdites le jour du sabbat ? " Mais Jésus frappa dans ses mains et cria aux moineaux " Partez ! " Les oisillons déployèrent leurs ailes et s'envolèrent en pépiant.

    II.5. Sidérés, les Juifs s'en allèrent conter à leurs chefs ce que Jésus avait accompli sous leurs yeux.

    III.1. Cependant, le fils d'Anne le scribe, qui se trouvait là, avec Jésus, saisit une branche de saule et dispersa les eaux drainées par Jésus.

    III.2. Ce que voyant, Jésus se fâcha, et lui dit: " Méchant ! Impie ! Insensé ! Quel mal te faisaient mes canaux et cette eau ? Eh bien, maintenant, deviens comme un arbre sec, et ne porte plus ni feuille, ni racine, ni fruit. "

    III.3. Aussitôt l'enfant se dessécha, des pieds à la tête. Et Jésus s'en retourna chez Joseph.

    Les parents de l'enfant desséché vinrent ramasser leur fils, pleurant sur sa jeunesse. Ils l'apportèrent à Joseph et ils le blâmaient d'avoir un fils capable de ces miracles-là.

    IV.1. Une autre fois, Jésus se promenait dans le village, quand un enfant, en courant, le heurta à l'épaule. Irrité, Jésus lui dit: " Tu ne poursuivras pas ta route. " A l'instant, l'enfant s'écroula, mort. A cette vue, certains s'exclamèrent: " D`où sort cet enfant, dont chaque parole devient immédiatement réalité ? "

    IV.2. Les parents du jeune mort allèrent se plaindre à Joseph: " Avec un fils comme le tien, tu ne dois plus rester avec nous, dans le village, ou alors apprends-lui à bénir, au lieu de maudire. Car il fait mourir nos enfants. "

    V.1. Joseph prit son fils à part et le tança: " Qu'est-ce qui t'a pris? Ces gens souffrent, ils nous détestent et veulent nous chasser ! " Jésus répondit: " Je sais que les paroles que tu dis ne viennent pas de toi; aussi, par égard pour ta personne, me tairai-je. Mais eux recevront leur châtiment. " Aussitôt, les plaignants furent frappés de cécité.

    V.2. Les assistants étaient dans la crainte et le désarroi. " Toute parole issue de sa bouche, bonne ou mauvaise, disaient-ils, s'accomplit et produit un miracle. " Et quand ils eurent vu les prouesses de Jésus, Joseph se leva, prit son fils par l'oreille et la lui tira vigoureusement.

    V.3. L'enfant s'emporta et lui dit: " Ne te suffit-il pas de chercher et de ne pas trouver ? Voilà que tu te mets à agir sans réfléchir. Ignores-tu que je suis à toi1 ? Laisse-moi donc tranquille ! "

    VI.1. Un maître d'école, du nom de Zachée, qui se trouvait dans le quartier, entendit ce que Jésus disait à son père. Il était sidéré qu'un enfant s'exprimât de la sorte.

    VI.2. Peu de jours après, il aborda Joseph et lui dit: " Tu as un fils plein d'astuce et d'intelligence. Confie-le-moi. Je lui enseignerai ses lettres, et quand il les saura, je l'instruirai de toutes les sciences. Je lui apprendrai à saluer ses aînés, à les honorer comme des aïeux et des pères et à aimer les enfants de son âge. "

    VI.3. Il énuméra donc à l'enfant toutes les lettres depuis alpha jusqu'à oméga, avec beaucoup de soin et de clarté.

    Mais Jésus, levant ses yeux sur son maître Zachée, lui dit: " Toi, qui ne connais pas les significations de l'alpha, comment veux-tu apprendre aux autres le bêta? Hypocrite, enseigne d'abord l'alpha, si tu le connais et alors nous te croirons quand tu nous parleras du bêta. " Et il se mit à interroger son maître sur la première lettre, et l'autre ne savait que répondre.

    VI.4. Et devant un grand auditoire, l'enfant dit à Zachée: " Apprends, maître, la disposition de la première lettre et remarque ses lignes

    droites et ce trait transversal qui les rapproche et les unit, tandis qu'elles se joignent en leur sommet. Le caractère de la lettre A se compose de trois signes, de même importance, de même qualité et d'égale mesure2 "

    VII.1. Lorsqu'il eut entendu l'enfant expliquer les significations si nombreuses et si profondes de la première lettre, le maître Zachée resta bouche bée. Après une telle réponse et un tel enseignement, il se tourna vers l'assistance: " Quel malheur et quelle pitié ! Je me suis couvert de ridicule en attirant cet enfant chez moi.

    VII.2. Reprends-le donc, je t'en prie, Joseph, mon frère. Je ne supporte pas la sévérité de son regard; je ne veux plus lui entendre dire un mot. Cet enfant n'est pas de ce monde. Il commande- rait jusqu'au feu! Sans doute a-t-il été créé avant la fondation de l'univers Quel ventre l'a porté ? Quel sein l'a nourri ? Je l'ignore. Mais moi, mon cher ami, il m'étourdit, je ne peux suivre ses raisonnements. Je me suis trompé, oh, quelle misère ! Je cherchais un élève, j'ai trouvé un maître !

    VII.3. " Oui, mes amis, j'avoue mon humiliation. Moi, un vieillard, me laisser battre par un gamin ! Il m'a ôté tout courage et je n'ai plus qu'une envie, mourir. Je ne peux plus le regarder en face. Quand tous diront que j'ai été dépassé par un bambin, qu'aurai-je à répondre ? Et que raconterai-je, sur les éléments du premier caractère,

    après ce qu'il en a dit ? Je ne sais, mes amis. Car de lui je ne connais ni le commencement ni la fin.

    VII.4. Aussi, je t'en prie, Joseph, mon frère, ramène-le dans ta maison. Cet enfant-là est extraordinaire, c'est un Dieu, un ange, ou je ne sais quoi encore. "

    VIII.1. Tandis que les Juifs essayaient de réconforter Zachée, l'enfant partit d'un grand éclat de rire et dit: " Eh bien, pour que ta mésaventure ne soit pas inutile, que les aveugles de ceur retrouvent la vue ! Moi, je suis venu du ciel pour les maudire, mais aussi les appeler en haut, comme me l'a ordonné celui qui m'a envoyé à cause de vous. "

    VIII.2. Dès que l'enfant eut cessé de parler, tous ceux qui étaient tombés sous l'effet de sa malédiction se relevèrent, sains et saufs. Et personne dès lors n'osait l'irriter, de peur d'être maudit et estropié.

    IX.1. Quelques jours après, Jésus jouait sur la terrasse d'une maison, quand l'un de ses petits camarades dégringola du haut du toit et se tua. L'accident mit tous les enfants en fuite. Jésus resta seul.

    IX.2. Les parents de la victime arrivèrent et l'accusèrent d'avoir provoqué sa chute. Et Jésus avait beau se défendre, ils continuaient à le rudoyer.

    IX.3. Alors, d'un saut, Jésus fut au bas de la terrasse. S'arrêtant devant le cadavre de l'enfant, il cria d'une voix forte: " Zénon (ainsi s'appelait-il), debout ! Et dis-le, est-ce moi qui t'ai fait tomber? " Aussitôt l'enfant se releva et dit: " Non, Seigneur, tu ne m'as pas fait tomber mais tu m'as ressuscité ! " Les assistants étaient stupéfaits. Quant aux parents de l'enfant, ils glorifièrent Dieu à cause de ce miracle et ils adorèrent Jésus.

    X.1. Un peu plus tard, un jeune homme qui coupait du bois dans le voisinage, laissa échapper sa hache qui lui entailla la plante du pied. Perdant tout son sang, il se mourait.

    X.2. Ce fut l'affolement. Les gens accoururent.

    Jésus lui aussi, arriva en hâte. Fendant la foule, il vint toucher le pied blessé et le jeune homme sur-le-champ fut guéri. Il lui dit: " Debout maintenant ! Coupe tes bûches et souviens-toi de moi ! " Et la foule qui avait été témoin de la scène l'adora, disant: " L'esprit de Dieu habite véritablement ce petit ! "

    XI.1. Quand il eut six ans, sa mère lui donna une cruche et lui demanda d'aller puiser de l'eau et de la rapporter à la maison. Mais dans la cohue, il heurta la cruche et elle se brisa.

    XI.2. Alors Jésus étendit le manteau dont il était couvert, recueillit l'eau dedans et l'apporta à sa mère. A la vue de ce miracle, elle l'embrassa et elle conservait en son cur les mystères qu'elle lui voyait accomplir.

    XII.1. Une autre fois, à la saison des semailles, l'enfant sortit avec son père pour semer du blé dans leur champ.

    Et tandis que son père semait, l'enfant Jésus jeta un seul grain en terre. Et quand vint la moisson et qu'il battit sa récolte, il en tira cent mesures. Appelant tous les pauvres

    du village sur l'aire, il leur distribua son blé et l'excédent revint à Joseph. Jésus avait huit ans quand il fit ce miracle.

    XIII.1. Son père était charpentier et il fabriquait en ce temps-là des charrues et des jougs. Un riche le chargea de lui faire un lit. Il se trouva que l'une des pièces était plus

    courte que l'autre, et Joseph était bien contrarié. Mais Jésus dit à son père: " Pose les planches à terre, et reste à ta place si tu veux les rendre égales. " Joseph fit comme l'enfant avait dit. Et Jésus se mit à l'autre bout, saisit l'élément le plus court et en l'étirant, lui donna la même longueur que l'autre, sous les yeux admiratifs de Joseph ! Celui-ci prit son fils dans ses bras, le couvrit de baisers et dit: " Je suis heureux que Dieu m'ait donné cet enfant ! "

    XIV.1. Joseph, voyant que l'intelligence de l'enfant croissait avec son âge, et répugnant toujours à ce qu'il restât illettré, le prit et le mena chez un autre maître. Celui-ci dit à Joseph: " Je lui apprendrai d'abord les lettres grecques puis les lettres hébraïques. " Ce maître connaissait les prédispositions de Jésus et il était inquiet. Cependant, ayant écrit l'alphabet, il se dépensa en de longues explications auxquelles l'enfant ne répondait mot.

    XIV.2. Enfin, Jésus lui dit: " Si tu es véritablement un maître, et si tu connais bien tes lettres, dis-moi la signification de l'alpha, et moi je te dirai celle du bêta. "

    Vexé, le maître lui envoya une gifle. L'enfant, sous le coup de la douleur, le maudit: aussitôt le maître perdit connaissance et tomba face contre terre.

    XIV.3. L'enfant revint dans la maison paternelle. Et Joseph, navré, commanda à sa mère: " Ne le laisse plus passer la porte, puisque les gens qui le mettent en colère meurent. "

    XV.1. Peu de temps après, un nouveau maître, ami intime de Joseph, lui dit: " Amène-moi l'enfant à l'école. Peut-être réussirai-je par la douceur à lui apprendre ses lettres. " Joseph lui dit: " Si tu as le courage, frère, prends-le avec toi. " Il le prit donc avec lui, rempli de crainte et de préventions, et l'enfant trottait gaiement.

    XV.2. Sans émoi, il entra dans l'école, avisa un livre posé sur un pupitre, le saisit, et au lieu de lire les lettres contenues dedans, ouvrant la bouche, il parla selon l'Esprit saint et il enseignait la Loi aux gens qui se trouvaient là, à l'écouter. Sa parole attira une foule attentive, et l'on admirait la maturité de son jugement, la vivacité de ses raisonnements et l'éloquence de ce bambin.

    XV.3. Apprenant cela, Joseph, inquiet, courut à l'école. Il craignait une catastrophe pour le maître. Or celui-ci dit à Joseph: " Mon frère, sache-le, j'avais pris cet enfant pour un élève. Mais il déborde de grâce et de sagesse.

    Alors, je t'en prie, mon frère, ramène-le chez toi ! "

    XV.4. A ces mots, l'enfant lui sourit et dit: " Tu as bien parlé et tu m'as rendu un juste témoignage. Eh bien grâce à toi celui-là aussi que j'avais frappé sera guéri. " Et instantanément l'autre recouvra la vie. Joseph prit l'enfant et rentra chez lui.

    XVI.1. Joseph envoya son fils Jacques lier des fagots et les apporter à la maison. L'enfant Jésus le suivit. Tandis que Jacques ramassait ses branches, une vipère le piqua à la main. Déjà il agonisait, tout raidi, quand Jésus s'approcha et souffla sur la morsure. Les douleurs se calmèrent sur-le-champ et c'est l'animal qui mourut. Jacques, lui, était déjà sur pied.

    XVII.1. Plus tard, chez un voisin de Joseph, un petit enfant malade expira. Sa mère pleurait amèrement.

    Entendant ce deuil et ces cris affreux, Jésus se précipita.

    Il vit l'enfant mort, lui toucha la poitrine et dit: " Mon tout petit, je te défends d'être mort ! Vis, et reste avec ta mère ! " Aussitôt, le marmot ouvrit ses yeux et sourit.

    Jésus dit à la femme: " Prends-le, donne-lui son lait et souviens-toi de moi. "

    XVII.2. La foule qui assistait à la scène était dans l'admiration et disait: " En vérité, cet enfant est un Dieu ou un ange de Dieu ! Toutes ses paroles deviennent réalité ! " Et Jésus s'en alla jouer avec d'autres enfants.

    XVIII.1. A quelque temps de là, il se produisit un grand vacarme, près d'une maison en construction. Jésus se leva et alla voir. Un homme gisait, sans vie. Il lui prit la main et dit: " Je te le dis, homme, lève-toi, et remets-toi à l'ouvrage. " Aussitôt il se leva et l'adora.

    XVIII.2. Alors la foule, émerveillée, s'écria: " Cet enfant vient du ciel ! Il a déjà sauvé beaucoup de gens et il en sauvera tout au long de sa vie ! "

    XIX.1. Quand il eut douze ans, ses parents, selon la coutume, se rendirent à Jérusalem pour la fête de Pâques avec la caravane des pèlerins. La Pâque terminée, ils s'en retournèrent chez eux. Tandis qu'ils cheminaient, l'enfant Jésus remonta à Jérusalem. Ses parents le croyaient toujours dans la caravane.

    XIX.2. Après une journée de route, ils le cherchèrent parmi leur famille et ne le trouvant pas, pleins d'angoisse, ils retournèrent le chercher à la ville. Au troisième jour, ils le découvrirent assis dans le Temple, au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous étaient attentifs et s'étonnaient qu'un enfant pût fermer la bouche aux Anciens et aux docteurs du peuple, et qu'il sût éclairer les principaux points de la Loi et les paraboles des prophètes.

    XIX.3. Marie, sa mère, s'approcha et dit: " Pourquoi nous as-tu fait cela, mon enfant ? Nous étions bien inquiets et nous te cherchions. " Mais Jésus leur dit: " Pourquoi me cherchez-vous? Ne savez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? "

    XIX.4. Scribes et pharisiens dirent: " Est-ce toi, la mère de cet enfant ? Elle répondit: " Oui, c'est moi. " Et ils lui dirent: " Tu es heureuse parmi les femmes, car Dieu a béni le fruit de ton sein ! De gloire, de vertu et de sagesse comme la sienne, non, nous n'avons jamais vu ni entendu ! "

    XIX.5. Alors, Jésus se leva et suivit sa mère, et il était soumis à ses parents. Sa mère conservait toutes ces choses dans son cur. Et Jésus grandissait en sagesse, en âge et en grâce. A lui la gloire aux siècles des siècles.

    Amen !

    NOTES :

    1. Le texte se comprendrait mieux et serait plus conforme aux évangiles canoniques si l'on introduisait ici une négation: " Ignores-tu que je ne suis pas à toi (mais à mon Père céleste) ? "
    2. Les manuscrits étant ici très altérés, le texte est conjectural. L'allusion à la Trinité est cependant fort nette.
     

    EVANGILE APOCRYPHE DE THOMAS
     

    Voici les paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu'a transcrites Didyme Jude Thomas.

    Et il a dit : " Celui qui parvient à l'interprétation de ces paroles ne goûtera point de mort ! "

     


     

     

    1.      Jésus dit : " Que celui qui cherche ne cesse point de chercher jusqu'à ce qu'il trouve ; lorsqu'il trouvera, il sera troublé; et lorsqu'il sera troublé, il admirera, et il régnera sur l'univers ! "

    2. Jésus dit : " Si ceux qui vous guident vous disent : " Voici, le Royaume est dans le ciel ! "- alors les oiseaux du ciel y seront avant vous. S'ils vous disent . " Il est dans la mer ! "- alors, les poissons y seront avant vous Mais le Royaume est à l'intérieur de vous et il est à l'extérieur de vous ! "

    3. " Lorsque vous vous connaîtrez, alors on vous connaîtra, et vous saurez que c'est vous les fils du Père qui est vivant. Mais si vous ne vous connaissez point, alors vous serez dans un dénuement, et vous serez le dénuement ! "

    4. Jésus dit : " Que le vieillard chargé de jours ne tarde pas à interroger le petit enfant de sept jours sur le Lieu de la Vie, et il vivra ! Car il apparaîtra que beaucoup de premiers seront derniers, et ils deviendront un ! .

    5. Jésus dit : " Connais ce qui est en face de ton visage, et ce qui t'est caché se révélera à toi. Car rien de caché ne manquera d'être révélé' ! "

    6. Ses disciples l'interrogèrent; ils lui dirent : " Veux-tu que nous jeûnions ? Quelle est la manière dont nous prierons, dont nous ferons l'aumône, et quelle façon de se nourrir respecterons-nous ? " Jésus dit : " Ne dites point de mensonge et, ce que vous avez en haine, ne le faites point : car toutes ces choses sont manifestes à la face du ciel; rien de ce qui est caché ne manquera d'être révélé et rien de ce qui est dissimulé ne tardera à être publié ! "

    7. Jésus dit : " Bienheureux est ce lion que l'homme mangera en sorte que le lion devienne homme. Mais maudit est l'homme que le lion mangera en sorte que le lion devienne homme ! "

    8. Puis il dit que : " L'homme est pareil à un sage pêcheur qui a jeté son filet dans la mer. Il l'a remonté de la mer plein de petits poissons au milieu desquels ce sage pêcheur a trouvé un poisson grand et excellent. Il a rejeté tous les petits poissons dans la mer; sans hésiter il a choisi le grand poisson. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! "

    9. Jésus dit : " Voici; le semeur est sorti. Il a empli sa main et il a jeté, certains sont tombés sur la route : les oiseaux sont venus et les ont recueillis. D'autres sont tombés sur le roc : ils n'ont point trouvé à s'enraciner dans la terre et n'ont point produit d'épis vers le haut. D'autres sont tombés sur les épines qui ont étouffé la graine, et le ver les a mangés. D'autres sont tombés sur la bonne terre et ceci a fait monter un fruit excellent : elle a donné jusqu'à soixante par mesure, même cent vingt par mesure. "

    10. Jésus dit : " J'ai jeté un feu sur l'univers, et voici : je veille sur lui jusqu'à ce qu'il embrase. "

    11. Jésus dit : " Ce ciel passera, et celui qui est au-dessus de lui passera : mais ceux qui sont morts ne vivront point, et ceux qui vivent ne mourront point. "

    12. Aujourd'hui, vous mangez des choses mortes et vous en faites ce qui est vivant ; et quand vous serez dans la Lumière, que ferez-vous en ce jour-là, étant un, vous devenez deux; et lorsque vous deviendrez deux qu'est-ce alors que vous ferez ? "

    13 Les disciples disent à Jésus : " Nous savons que Tu nous quitteras : qui sera grand au-dessus de nous ? " Jésus leur dit : " Là où vous irez, vous vous rendrez vers Jacques le Juste, celui à cause duquel le ciel ainsi que la terre ont été créés. "

    14. Jésus dit à ses disciples : " Comparez-moi, et dites-moi à qui je suis semblable. " Simon Pierre lui dit : " Tu es semblable à un ange juste ! " Matthieu lui dit : " Tu es semblable à un homme sage et philosophe ! " Thomas lui dit : " Maître, à qui tu es semblable, pour que je le dise, mon visage ne parvient absolument point à le saisir. " Jésus dit : " Je ne suis point ton maître, car tu as bu ; tu t'es enivré de la source bouillonnante qui est à moi et que j'ai répandue. Puis il le prit et s'écarta ; il lui dit trois mots. Et, lorsque Thomas revint vers ses compagnons, ils le questionnèrent : " Qu'est-ce que Jésus t'a dit ? " et Thomas leur répondit : " Si je vous dis une seule des paroles qu'il m'a dites, vous prendrez des pierres et me les jetterez, et un feu sortira des pierres et vous consumera ! "

    15. Jésus leur dit : " Lorsque vous jeûnerez, vous engendrerez pour vous-mêmes un péché; lorsque vous prierez, on vous condamnera, lorsque vous ferez l'aumône, vous accomplirez un mal pour vos esprits ! Quand vous pénétrerez en n'importe quelle contrée et que vous parcourrez les campagnes, lorsque l'on vous accueillera mangez ce que l'on mettra devant vous; ceux qui sont malades dans ces endroits, guérissez-les. Car ce qui entrera dans votre bouche ne vous souillera point mais ce qui sort de votre bouche, c'est cela qui vous souillera ! "

    16. Jésus dit : " Lorsque vous voyez celui qui n'a pas été engendré de la femme, prosternez-vous, visage contre terre, et adorez-le : Celui-ci est votre Père ! "

    17. Jésus dit : " Certainement les hommes pensent que je suis venu pour jeter une paix sur l'univers. Mais ils ne savent pas que je suis venu pour jeter sur terre des discordes, le feu, l'épée, la guerre. Si en effet il y a cinq dans une maison, ils se trouveront trois contre deux et deux contre trois, père contre fils et fils contre père- et ils se lèveront solitaires. "

    18. Jésus dit : " Je vous donnerai ce que jamais il n'a vu, et ce que jamais oreille n'a entendu, et ce que jamais main n'a touché, et cela qui n'est jamais monté au cur de l'homme. "

    19. Les disciples disent à Jésus : " Dis-nous comment notre fin sera. " Jésus dit : " Avez-vous donc dévoilé le commencement, pour que vous questionniez sur la fin ? Car là où est le commencement, là sera la fin. Bienheureux est celui qui atteindra le commencement : il connaîtra la fin, et il ne goûtera point de mort ! "

    20. Jésus dit : " Bienheureux celui qui a existé avant qu'il ait été créé ! "

    21. " Si vous devenez pour moi des disciples et que vous écoutiez mes paroles, ces pierres vous serviront. "

    22. " Car vous avez là, dans le Paradis, cinq arbres qui ne changent été ni hiver, et dont les feuilles ne tombent point : celui qui les connaîtra ne goûtera point de mort ! "

    23. Les disciples disent à Jésus : " Dis nous à quoi est semblable le Royaume des cieux. " Il leur a dit : " Il est pareil à une graine de sénévé; elle est la plus petite de toutes les semences, mais, lorsqu'elle tombe sur la terre labourée, elle produit une grande tige et devient un abri pour les oiseaux du ciel. "

    24. Marie dit a Jésus : " A qui tes disciples sont-ils semblables ? " Il lui a dit : " Ils sont semblables à de petits enfants qui ont pénétré dans un champ qui ne leur appartient pas. Quand les propriétaires du champ viendront en disant " Quittez-nous notre champ ! " ils se dépouilleront devant eux pour leur laisser leur champ et le leur rendre. "

    25. " C'est pourquoi je vous dis ceci : Si le maître de maison sait que le voleur vient, il veillera avant que celui-là arrive et il ne laissera pas se percer une entrée dans la demeure de son royaume pour en emporter ses meubles. Vous donc, soyez vigilants face à l'univers. Ceignez vos reins avec une grande énergie, afin que les brigands ne trouvent pas de moyen de vous atteindre; car le profit que vous guettez, ils le trouveront ! "

    26. Qu'il y ait au milieu de vous un homme avisé : lorsque le fruit est venu, en précipitation, sa faucille à la main il est allé et il l'a moissonné. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! "

    27. Jésus vit des petits qui tétaient; il dit a ses disciples : " Ces petits qui tètent sont semblables à ceux qui entrent dans le Royaume. " Eux lui dirent : " Si nous sommes petits, entrerons-nous dans le Royaume ? " Jésus leur dit : " Lorsque vous ferez des deux un, et que vous ferez l'intérieur comme l'extérieur et l'extérieur comme l'intérieur, et le haut comme le bas ! Et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle t, et lorsqu'à la place d'un il vous referez des yeux, et une main à la place d'une main, et un pied à la place d'un pied, et une image à la place d'une image, alors vous y entrerez ! "

    28. Jésus dit : " Je vous choisirai, un entre mille et deux entre dix mille et ils se lèveront étant un ! "

    29, Ses disciples lui disent : " Instruis-nous sur le lieu où tu es, car il nous est nécessaire de questionner à son sujet ! " Il leur dit : " Que celui qui a des oreilles entende ! Si une lumière existe à l'intérieur d'une créature lumineuse, alors elle illumine l'univers tout entier, et si elle n'illumine point, elle est une ténèbre. "

    30. Jésus dit : " Aime ton frère comme ton âme, veille sur lui comme sur la prunelle de ton il. "

    31. Jésus dit : " La paille qui est dans l'il de ton frère, tu la vois; mais la poutre qui est dans ton il, tu ne la vois point ! Lorsque tu auras rejeté la poutre qui est dans ton il, alors tu y verras pour rejeter la paille hors de l'il de ton frère. "

    32. " Si vous ne jeûnez pas au monde, vous ne trouverez point le Royaumes. Si vous ne faites point du Sabbat le Sabbat, vous ne verrez point le Père. "

    33. Jésus dit : " Je me suis tenu au milieu de l'univers et, dans la chair je me suis manifesté à ceux-ci. Je les ai tous trouvés qui étaient ivres, je n'en ai trouvé aucun assoiffé parmi eux. Et mon âme s'est affligée pour les enfants des hommes. Parce qu'ils sont des aveugles dans leur cur et qu'ils ne voient pas, parce que vides ils sont venus au monde, et vides ils cherchent encore à sortir du monde ! Qu'il vienne cependant quelqu'un qui les redresse ! Alors, quand ils auront cuvé leur vin, ils se repentiront. "

    34. Jésus dit : " Si la chair a été créée à cause de l'esprit, c'est un miracle. Mais si l'esprit a été créé à cause du corps, c'est un miracle de miracle. Mais moi, je m'émerveille [] comment cette grande richesse être qui est peut-elle habiter la pauvreté ?

    35. Jésus dit : " Là où il y a trois dieux, ce sont des dieux. Là où ils sont deux ou un, je suis avec lui ! "

    36. Jésus dit : " Un prophète n'est pas reçu dans sa ville, et un médecin n'opère point de guérison sur ceux qui le connaissent. "

    37. Jésus dit : " Une ville qui est édifiée sur une montagne élevée, et qui est forte, il n'est pas possible qu'elle tombe, et l'on ne peut la cacher ! "

    38. Jésus dit : " Ce que tu entendras de ton oreille, et de l'autre oreille, proclame-le sur vos toits ! Car personne n'allume une lampe et ne la met sous le boisseau ou ne la met dans un endroit caché : mais il la place sur le candélabre afin que tous ceux qui entrent et sortent voient sa lumière. "

    39. Jésus dit : " Si un aveugle conduit un autre aveugle, tous les deux tombent dans une fosse. "

    40. Jésus dit : " Il n'est pas possible que quelqu'un entre dans la maison du puissant et qu'il lui fasse violence s'il ne lui a point lié les mains : alors il dévalisera sa maisonnée "

    4l. Jésus dit : " N'ayez point souci, du matin au soir et du soir au matin, de ce que vous vous vêtirez ! "

    42. Ses disciples lui disent : " Quel jour nous apparaîtras-tu, et quel jour te verrons-nous ? Jésus dit : " Lorsque vous vous dépouillerez sans que vous ayez honte, que vous oserez vos vêtements et les déposerez à vos pieds à la manière des petits enfants, et que vous les piétinerez ! Alors vous serez les fils du Vivant, et vous n'aurez plus de crainte. "

    43. Jésus dit : " Vous avez désiré bien des fois entendre ces paroles-ci que je vous dis, mais vous n'avez pas eu un autre de qui les entendre. Il viendra des jours où vous me chercherez, et où vous ne me trouverez pas. "

    44. Jésus dit : " Les pharisiens et les scribes ont pris les clés de la science et les ont cachées : ils ne sont point entrés et ils n'ont pas, non plus, laissé ceux qui voulaient entrer. Mais vous, soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes ! "

    45. Jésus dit : " Un cep de vigne a été planté au dehors du Père. Il ne s'est point fortifié : on l'arrachera jusqu'à sa racine et il périra. "

    46. Jésus dit : " Celui qui a dans sa main on lui donnera. Mais celui qui n'a pas, le peu qu'il a lui sera enlevé ! "

    47. Jésus dit : " Vous, soyez des passants ! "

    48. Ses disciples lui dirent : " Qui es-tu, toi qui nous dis ces choses ? " " - Par les choses que je vous dis, ne reconnaissez-vous pas qui je suis? Mais vous êtes, vous-mêmes, devenus pareils aux Juifs : ils aiment l'arbre et ils détestent son fruit, ils aiment le fruit et ils détestent l'arbre ! "

    49. Jésus dit : " Qui a blasphémé contre le Père on lui pardonnera, et qui a blasphémé contre le Fils, on fui pardonnera : mais celui qui a blasphémé contre l'Esprit Saint on ne lui pardonnera point, ni sur terre ni dans le ciel. "

    50. Jésus dit : " On ne récolte point de raisin sur les ronces, et l'on ne cueille point de figues sur l'épine blanche; elles ne donnent pas de fruit ! [...] l'homme bon tire de son grenier des choses bonnes, mais l'homme pervers tire de son grenier pervers - qui est dans son cur - des mauvaises, et il en sème de mauvaises parce qu'il tire des mauvaises de l'outrance de son cur. "

    51. Jésus dit : " Depuis Adam jusqu'à Jean Baptiste parmi ceux qui ont été engendrés de femmes il n'en est point de plus grand que Jean-Baptiste ! Mais, de crainte que ses yeux ne se perdent j'ai dit : " Celui qui parmi vous sera petit connaîtra le Royaume et sera plus élevé que Jean ! "

    52. Jésus dit : " Il n'est pas possible qu'un homme monte deux chevaux, ni qu'il tende deux arcs. Et il n'est pas possible qu'un domestique serve deux maîtres : sinon il honorera l'un et l'autre le rudoiera ! Jamais homme ne boit du vin vieux et ne désire au même instant boire du vin nouveau; on ne verse pas du vin nouveau dans de vieilles outres, pour qu'elles ne se fendent point, et l'on ne verse pas du vin vieux dans des outres neuves, afin qu'il ne se gâte. On ne coud pas un vieux morceau a un vêtement neuf, car une déchirure se produirait. "

    53. Jésus dit : " Si deux sont l'un avec l'autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne : " Déplace-toi ! " et elle se déplacera. "

    54. Jésus dit : " Bienheureux les solitaires et les élus, car vous trouverez le Royaume ! Parce que vous êtes issus de lui, de nouveau vous y retournerez. "

    55. Jésus dit : " Si les gens vous demandent : " D'où êtes-vous venus ? " dites-leur : " Nous sommes venus de la Lumière, du lieu où la Lumière se produit d'elle-même jusqu'à ce qu'elle manifeste l'image. " Si l'on vous dit : " Qu'êtes-vous ? "- dites : " Nous sommes ses fils et nous sommes les élus du Père qui est vivant. " S'ils vous demandent : " Quel signe de votre Père est en vous? " - dites-leur : " C'est un mouvement et un repos ". "

    56. Ses disciples lui dirent : " Quel jour le repos de ceux qui sont morts se produira-t-il, et quel jour sera-ce que le monde nouveau viendra ? " Il leur a dit : " Ceci que vous attendez est survenu, et vous ne l'avez point reconnu. "

    57. Ses disciples lui dirent : " Vingt-quatre prophètes ont parlé en Israël et tous, ils se sont exprimés en toi. "Il leur a dit : " Vous avez délaissé celui qui est vivant en face de vous, et vous avez parlé des morts ! "

    58. Ses disciples lui dirent : " La circoncision est-elle utile ou non ? " Il leur a dit : " Si elle était utile, c'est circoncis que leur Père les engendrerait de leur mère. Mais la véritable circoncision dans l'esprit donne tout le profit ! "

    59. Jésus dit : " Bienheureux les pauvres, car le Royaume des cieux est à vous ! "

    60. Jésus dit : " Celui qui ne trahira pas son Père et sa mère ne pourra être mon disciple, et s'il ne hait point son frère et sa sur et ne prend pas sa croix comme moi, il ne deviendra pas digne de moi ! "

    61. Jésus dit : " Celui qui a connu le monde est tombé dans un cadavre; et, celui qui est tombé dans un cadavre le monde n'est plus digne de lui ! "

    62. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil a un homme qui a une semaille. La nuit, son ennemi est venu et a semé de l'ivraie par-dessus la semaille qui est bonne. Et cet homme n'a pas laissé qu'on arrache l'ivraie, " De crainte - leur a-t-il dit - qu'en allant ôter l'ivraie vous n'enleviez avec elle le froment. En effet, au jour de la moisson, les ivraies seront devenues reconnaissables : on les ôtera et on les brûlera ". "

    63. Jésus dit : " Bienheureux l'homme qui a peiné : il a trouvé la Vie ! "

    64. Jésus dit : " Tournez vos regards vers le Vivant, tant que vous êtes vivants, afin que vous ne mouriez point, et cherchez à le voir ! " Voyant un Samaritain qui porte un agneau et qui entre dans la Judée, Il questionna ses disciples au sujet de l'agneau, et ils lui ont répondu : " Il le tuera et le mangera ! " Mais il leur a dit : " Il ne le mangera point encore vivant, mais seulement s'il le tue et que celui-ci devienne cadavre. " Ils lui dirent : " En nulle autre occasion il ne le blessera ! " Il leur a dit " Vous-mêmes, cherchez-vous donc un lieu de repos, afin que vous ne deveniez point des cadavres et que l'on ne vous mange point ! "

    65. Jésus dit : " Deux se reposeront la sur un lit : l'un mourra, l'autre vivra. " Salomé dit : " Qui es-tu homme; de qui es-tu né, pour être monté sur mon lit et avoir mangé à ma table ? " Jésus lui dit : " Je suis celui qui a été créé de Son égal ; on m'a donné de ce qui est à mon Père. " " Je suis ta disciple ! " " A cause de cela, je dis ceci : Lorsqu'on deviendra ouvert, on sera plein de lumière; mais lorsqu'on se trouvera composé, on sera plein de ténèbres. "

    66. Jésus dit : " Quand je dis mes mystères [] mystère ; quand ta main droite fera, que ta main gauche ignore qu'elle le fait. "

    67. Jésus dit : " Il y avait un homme riche qui avait beaucoup de biens. Il songea : " J'userai de mes biens afin d'ensemencer mon champ, de planter, de remplir mes greniers de récoltes, de sorte que le besoin ne me touche pas. " Telles étaient les choses qu'il pensait en son cur. Mais, pendant cette nuit-là, il mourut. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende "

    68. Jésus dit : " Un homme avait des hôtes. Lorsqu'il eut préparé le festin, il envoya son serviteur pour appeler ces hôtes. Celui-ci alla chez le premier et lui dit : " Mon maître t'invite ! " Il répondit : " J'ai de l'argent à recevoir de marchands, ils viennent vers moi ce soir et j'irai pour leur donner des ordres. Je m'excuse pour le festin. " Il alla chez un autre et lui dit : " Mon maître t'a invité. " Il lui dit : " J'ai acheté une maison et l'on me demande une journée : je ne suis pas libre. " Il alla vers un autre et lui dit : " Mon maître t'invite ! " Il lui répondit : " Mon ami va se marier, et c est moi qui ferai le festin. Je n'irai pas ; je m'excuse pour le festin ! " Il alla vers un autre et il lui dit : " Mon maître t'invite ! " Il lui dit : " J'ai acheté un champ, et je ne suis pas encore allé percevoir le fermage. Je ne viendrai pas ; je m'excuse pour le festin ! " Le serviteur revint et dit à son maître : " Ceux que tu as invités au festin se sont excusés. " Le maître dit à son serviteur : " Va dehors, dans les rues, et ceux que tu trouveras, amène-les pour qu'ils dînent. " Les acheteurs et les marchands n'entreront pas dans les lieux de mon Père "

    69. Il a dit : " Un personnage avait un vignoble qu'il avait donné à des cultivateurs pour qu'ils le travaillent et qu'il en reçoive d'eux le fruit. Il envoya son serviteur pour que les cultivateurs lui donnent le fruit du vignoble ; et ceux-ci s'emparèrent de son serviteur, le frappèrent et il s'en fallut de peu qu'ils ne le tuent. Le serviteur revint et le dit a son maître. Son maître songea : " Peut-être ne les a-t-il pas reconnus ? " Il envoya un autre serviteur : cet autre aussi, les cultivateurs le frappèrent. Alors, le maître envoya son fils ; il se dit : " Sans doute respecteront-ils mon enfant ? " Mais, quand ils surent que celui-ci était l'héritier du vignoble, ces cultivateurs le saisirent et le tuèrent. Que celui qui a des oreilles entende. "

    70. Jésus dit : " Qu'on me montre cette pierre que ceux qui construisent ont rejetée ! C'est elle la pierre d'angle. "

    71. Jésus dit : " Celui qui connaît le Tout, quand il est privé de lui-même, il est privé de tout ! "

    72. Jésus dit : " Bienheureux serez-vous lorsque l'on vous traira et que lion vous persécutera; mais ils ne trouveront pas de place dans le lieu tant qu'ils vous auront persécutés ! "

    73. Jésus dit : " Bienheureux sont-ils, ceux que l'on a persécutés dans leur cur. Ce sont ceux-là qui ont connu le Père ! Bienheureux ceux qui sont affamés, parce qu'ils se rassasieront le ventre à volonté ! "

    74. Jésus dit : " Lorsqu'il vous reste de quoi partager, à vous, cela que vous possédez vous sauvera. Mais si vous ne pouvez partager, cela, que vous n'avez point en vous, cela vous tuera. "

    75. Jésus dit : " Je []rai [ ] et personne ne pourra []. "

    76. On Lui dit : " Parle à mes frères pour qu'ils partagent avec moi les biens de mon Père ! " Il lui a répondu : " Homme, qui m'a fait partageur ? " Il se retourna vers ses disciples et leur dit : " Que je ne sois point un partageur ! "

    77. Jésus dit : " La moisson est grande mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le Seigneur pour qu'Il envoie des ouvriers à la moisson. "

    78. Il a dit : " Seigneur, beaucoup sont autour de l'ouverture mais personne dans le puits ! "

    79. Jésus dit : " Beaucoup se tiennent dehors à la porte, mais ce sont les solitaires seuls qui entreront dans la chambre nuptiale. "

    80. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil à un homme négociant, qui a un fardeau et qui a trouvé une perle. Ce négociant est un sage : il a vendu le fardeau et s'est acheté la perle seule. Vous aussi, cherchez son trésor qui ne périt point, qui demeure, dans lequel la teigne ne pénètre pas pour ronger et que le ver ne détruit point. "

    81. Jésus dit : " Je suis la Lumière, celle qui est sur eux tous. Je suis le Tout, et le Tout est sorti de moi et Tout est revenu à moi. Fends le bois, je suis là, soulève la pierre et tu m'y trouveras ! "

    82. Jésus dit : " Pourquoi êtes-vous sortis dans la campagne ? Pour voir un roseau agité par le vent, pour voir un homme enveloppé de beaux atours ? Ils sont chez les rois et chez vos notables, ceux qu'enveloppent de beaux atours, et ils ne connaissent pas la vérité ! "

    83. Dans la foule, une femme lui dit : " Bienheureux le ventre qui t'a porté et le sein qui t'a nourri ! " Il lui a dit : " Bienheureux ceux qui ont entendu la parole du Père et qui la gardent ! En vérité, des jours viendront où vous direz : " Heureux le ventre qui n'a point engendré et ces mamelles qui n'ont point allaité " ! "

    84. Jésus dit : " Celui qui a connu le monde est tombé dans le corps; et celui qui est tombé dans le corps, le monde n'est pas digne de lui. "

    85. Jésus dit : " Que celui qui s'est fait riche règne, et que celui qui a une force soit miséricordieux ! "

    86. Jésus dit : " Celui qui est près de moi est près du feu, et celui qui est loin de moi est loin du Royaume. "

    87. Jésus dit : " Les images apparaissent à l'homme mais la Lumière qui est en elles est cachée. Dans l'image de la Lumière du Père, elle se révélera, et son image sera voilée par sa Lumière. "

    88. Jésus dit : " Maintenant, quand vous voyez votre apparence, vous vous réjouissez. Mais, lorsque vous verrez vos images qui se sont produites avant vous, qui ne meurent point et qui ne se manifestent point, quelle grandeur supporterez-vous ? "

    89. Jésus dit : " Adam a été produit par une grande puissance et une grande richesse, mais il n'a pas été jugé digne de vous, car s'il avait été digne vous n'auriez pas été soumis à la mort. "

    90. Jésus dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux ont des nids; mais le Fils de l'Homme n'a pas de lieu où incliner sa tête et se reposer. "

    91. Il a dit, lui, Jésus : " Le corps qui dépend d'un corps est un malheureux et l'âme qui dépend de ces deux est une malheureuse ! "

    92. Jésus dit : " Les anges et les prophètes viennent vers vous ; ils vous donneront les choses qui vous appartiennent. Vous-mêmes, donnez-leur ce que vous possédez et dites-vous : " Quel jour vont-ils venir et prendre ce qui est à eux ? " "

    93. Jésus dit : " Pourquoi lavez-vous le dehors de la coupe et ne pensez-vous pas que celui qui a fait l'intérieur, c'est lui aussi qui a fait l'extérieur ? "

    94. Jésus dit : " Venez à moi, car mon joug est excellent et mon autorité est douce, et vous trouverez pour vous le repos ! "

    95. Ils lui dirent : " Dis-nous qui tu es, afin que nous croyions en toi. " Il leur a dit : " Vous scrutez l'aspect du ciel et de la terre mais Celui qui est par-devant vous, vous ne le connaissez pas et, cette conjoncture-ci, vous ne savez pas comment la scruter. "

    96. Jésus dit : " Cherchez et vous trouverez ! Mais les choses sur lesquelles vous m'avez interrogé en ces jours et que je ne vous ai point dites à ce moment, je veux maintenant les dire, et que vous ne les cherchiez plus. "

    97, " Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens pour qu'ils ne le jettent point sur le fumier, et ne jetez pas les perles aux pourceaux de peur qu'ils n'en fassent de l'ordure "

    98. Jésus dit : " Celui qui cherche trouvera, à celui qui voudra entrer, on ouvrira. "

    99. Jésus dit : " Si vous avez de l'argent, ne le donnez pas à intérêt, mais à celui qui ne donnera rien en retour. "

    100. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil à une femme qui a mis un peu de levain dans des mesures de farine et qui en a fait de grands pains. Que celui qui a des oreilles entende ! "

    101. Jésus dit : " Le Royaume du Père est pareil à une femme qui porte un vase plein de farine et qui s'en va par un long chemin. L'anse du vase s'est brisée : la farine s'est répandue derrière elle sur le chemin sans qu'elle le sache et sans qu'elle y remédie. Lorsqu'elle est arrivée à sa maison, elle a posé le vase et elle a trouvé qu'il était vide. "

    102. " Le Royaume du Père est pareil à un homme qui veut tuer un grand personnage. Dans sa maison, il a dégainé l'épée et il l'a plantée dans le mur pour s'assurer que sa main serait ferme. Ensuite il a tué le personnage. "

    103. Les disciples lui dirent : " Tes frères et ta mère sont là dehors. " Il leur a dit : " Vous et ceux qui font la volonté de mon Père, ce sont là mes frères et ma mère; ce sont eux qui entreront dans le Royaume de mon Père. "

    104. On montra à Jésus une pièce d'or et on lui dit : " Les gens qui appartiennent à César nous demandent les taxes. " Il leur a dit : " Donnez à César ce qui est à César, donnez à Dieu ce qui est à Dieu et, ce qui est à moi, donnez-le-moi ! "

    105. " Celui qui n'a pas comme moi haï son Père et sa mère ne pourra être mon disciple, et celui qui a comme moi aimé son Père et sa mère ne pourra être mon disciple. Ma mère, en effet a [] parce qu'en vérité elle m'a donné la vie. "

    106. Jésus dit : " Malheureux ces Pharisiens, parce qu'ils sont pareils à un chien qui est couché sur sa ration et qui fait ce mal de ne point manger et de ne point en laisser les restes à manger. "

    107. Jésus dit : " Bienheureux cet homme qui connaît à quel point les voleurs vont entrer. Qu'il veille, qu'il rassemble sa force, et qu'il ceigne ses reins avant que ceux-ci soient entrés. "

    108. Ils dirent : " Allons; prions et jeûnons aujourd'hui ! " Jésus dit : " Quel est donc le péché que j'ai commis, ou en quoi ai-je été défait ? Mais, tant que l'époux n'est pas sorti de la chambre nuptiale, jamais alors on ne jeûne, et jamais on ne prie ! "

    109. Jésus dit : " Celui qui connaîtra Père et mère, l'appellera-t-on : " Fils de prostituée " ? "

    110. Jésus dit : " Lorsque vous ferez que les deux soient un vous deviendrez fils de l'Homme et si vous dites : " Montagne, déplace-toi ! "- elle se déplacera. "

    111. Jésus dit : " Le Royaume est pareil à un pasteur qui a cent brebis. L'une d'elles, qui est la plus grande, s'est égarée. Il a laissé les quatre-vingt-dix-neuf autres et il a cherché cette seule brebis jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée. Après avoir pris cette peine, il a dit à la brebis : " Je t'aime plus que les quatre-vingt-dix-neuf ! " "

    112. Jésus dit : " Celui qui boira de ma bouche deviendra comme moi. Quant à moi, je deviendrai ce qu'il est, et ce qui est caché lui sera révélé. "

    113. Jésus dit : " Le Royaume est pareil à un homme qui a dans son champ un trésor caché et qui ne le sait pas. Il ne l'a pas trouvé avant de mourir, et il a laissé son champ à un fils qui ne savait pas cela. Celui-ci a pris ce champ-là, il l'a vendu, et celui qui l'a acheté est allé le labourer ; il a trouvé le trésor, et il a commencé de prêter à intérêt à ceux qu'il veut. "

    114. Jésus dit : " Celui qui a trouvé le monde et qui s'est fait riche, qu'il renonce au monde ! "

    115. Jésus dit : " Les cieux et la terre dureront devant vous, et celui qui vit du Vivant ne verra pas mourir, parce qu'il est dit ceci : " Celui qui se tient à soi seul, le monde n'est pas digne de lui. "

    116. Jésus dit : " Malheur à cette chair qui dépend de l'âme et malheur à cette âme qui dépend de la chair ! "

    117 Ses disciples lui dirent : " Quel jour le Royaume viendra-t-il ? " " - Il ne viendra pas quand on l'attendra. On ne dira pas : " Voici il est ici ! " ou " Voyez, il est là ! " mais le Royaume du Père est répandu sur la terre et les hommes ne le voient point. "

    118. Simon Pierre leur dit : " Que Marie sorte de parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie ! " Jésus dit : " Voici; moi, je l'attirerai pour que je la rende mâle afin qu'elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous, les mâles ! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des cieux. "

                FIN DE L'EVANGILE SELON THOMAS





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