• Les VOIES de la SAGESSE

     

    <o:p></o:p><o:p></o:p>

    Vous avez souhaité, mes frères, que j'écrivisse pour vous quelques instructions sur la philosophie spirituelle à laquelle, vous et moi, nous avons eu le bonheur d'être appelés. Je ne sais rien de mieux pour répondre utilement à vos désirs, que de m'entretenir, avec vous, sur les voies qui conduisent l'homme à la sagesse et qui l'y soutiennent. Car la possession de toutes les sciences possibles ne serait pour nous qu'un trésor embarrassant, incertain et même pernicieux, si nous n'étions bien instruits d'avance, quel doit être leur véritable but, et quels sont les moyens que nous avons continuellement à prendre pour remplir parfaitement leur objet.<o:p></o:p>

    En me livrant à l'envie d'être utile, je m'expose, sans doute, au danger de ne pas toujours plaire ; peut-être qu'il m'échappera des vérités gênantes ; mais, malgré tous les avantages qu'un vrai désir nous y ferait trouver, soyez sûrs qu'elles me coûteront autant à dire, qu'elles pourront vous coûter à entendre, et je gémirai pour vous, s'il n'est pas en mon pouvoir de concilier le bien de l'homme, autant que je le voudrais, avec ses plaisirs.<o:p></o:p>

    Au reste, que ceux qui craindraient ces vérités, ou qui ne se proposeraient pas d'en profiter, n'aillent pas plus loin ; ils ne feraient qu'augmenter mes peines, à moi-même, en me montrant que je les aurais affligés en vain, et en éloignant d'eux ces voies salutaires dont je me propose de vous rapprocher.<o:p></o:p>

    L'homme n'existe que pour prouver qu'il y a un agent suprême ; il n'a été placé au milieu des ténèbres de la création que pour démontrer, par sa propre lumière, l'existence de cet agent suprême, et pour en convaincre tous ceux qui avaient voulu et qui voudraient le méconnaître.<o:p></o:p>

    Vous savez, mes frères, quels sont les immenses pouvoirs dont il fut revêtu pour opérer une semblable manifestation, vous devez sentir en même temps qu'il était absolument nécessaire que cela fût ainsi ; car, comment aurait-il fait connaître la grandeur de l'être qu'il venait représenter dans l'univers, s'il n'eût été grand lui-même ; et comment ceux qu'il devait subjuguer, auraient-ils reconnu la force de celui qui l'envoyait, s'il n'eût pas été en état de leur en faire éprouver l'étendue, c'est-à-dire, de les convaincre par sa propre autorité, que celui dont il la tenait en avait une réelle et à jamais invincible ? C'est aussi par la possession de toutes les vertus, que l'homme était vraiment l'image du Créateur ; et même il faut convenir encore une fois, que cette image devait être infiniment puissante, puisqu'elle devait tellement frapper les êtres, qu'ils fussent inexcusables, s'ils osaient en nier le modèle.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Il est donc bien vrai que l'homme ne pouvait jamais accomplir son oeuvre, c'est-à-dire, prouver l'existence de son principe ou de son modèle, s'il ne conservait pas sans cesse sa similitude et sa ressemblance avec ce modèle. Une seule de ces facultés affaiblies suffisait pour dénaturer la ressemblance, puisque, dans le principe dont il était l'image, rien ne s'altère, rien n'est faible, mais au contraire, tout s'y soutient sans cesse dans le même degré de puissance et de supériorité.<o:p></o:p>

    Je ne vous rappellerai point ici l'inique prévarication qui fit déchoir l'homme de cet état glorieux par lequel il devait opérer dans l'univers temporel, ce que le chef divin universel opère sans cesse dans l'univers des esprits. La triste épreuve de la privation, où cette prévarication nous a assujettis, suffit pour nous en faire concevoir l'étendue ; et pour notre avancement dans la sagesse, je crois qu'il est aussi utile de sentir continuellement toute l'horreur de ce crime, que de la connaître. Ce n'est point sur ce sujet que je dois m'étendre, d'autant que les instructions que vous avez entre les mains sont plus amples que toutes celles que j'aurais à vous donner sur ce point.<o:p></o:p>

    Mais je vous ferai observer que malgré notre dégradation horrible, l'homme n'a pas été dénaturé, que son essence et ses droits sont toujours les mêmes ; ainsi que sa destination actuelle doit toujours être, comme dans son origine, de prouver à tout ce qui l'environne l'existence d'un agent suprême, l'unité, la divinité de cet agent : en un mot, d'en représenter ici-bas tous les actes et toutes les vertus. Vous en sentez, sans doute, la nécessité, puisque si telle était la première loi donnée à l'homme, il est inévitable qu'elle n'ait son accomplissement, et toutes les entraves auxquelles nous nous sommes soumis, ne la détruiront jamais. Nous pourrons nous y soustraire pendant un temps ; nous pouvons nous en éloigner par nos habitudes vicieuses et nos désirs faux et corrompus ; mais, au milieu de nos égarements, cette loi nous poursuit encore, et, quels que soient nos efforts, nous ne pouvons jamais l'éviter.<o:p></o:p>

    Disons plus, les premiers ennemis du Créateur sont eux-mêmes persécutés par la loi qui leur avait été donnée. Elle n'était point comme celle de l'homme, de ramener dans la voie droite ceux qui s'en étaient écartés, puisque avant leur crime, aucun être n'était hors de sa propre loi, et par conséquent tous faisaient un avec la loi divine universelle ; mais elle consistait à honorer sans cesse le principe qui les avait émanés à reconnaître l'ineffable grandeur de ses puissances, et à jouir des transports que leur causaient les influences intarissables de la vie. Or, si les lois éternelles ne peuvent jamais manquer de s'accomplir, ces mêmes êtres, malgré les ténèbres et la corruption dans lesquelles ils rampent, reconnaîtront, sans doute, un jour l'autorité de la main qui les arrête et qui les punit. Alors ce seul acte de résipiscence prouvera l'immutabilité de leur loi ; loi inhérente à l'essence divine même, qui ne peut permettre de succès aux attaques criminelles de quelque être que ce soit. Quant à ce qui suivra cet acte de résipiscence, la sagesse divine en est seule instruite, et il n'est pas permis à l'homme d'en juger.<o:p></o:p>

    Il y a néanmoins une différence très essentielle entre la loi donnée à l'homme et celle donnée aux êtres, dont je viens de parler. Ceux-ci n'avaient pour objet que le culte divin et pur qu'ils devaient rendre au Créateur : l'homme avait bien, à la vérité, ce même objet, mais il en avait un autre à remplir : savoir, celui que j'ai déjà exposé, et qui lui imposait l'obligation de rappeler à la vie ceux qui avaient cru devoir s'en approprier les droits. La différence consiste donc, en ce que les premiers êtres n'avaient qu'une loi, et que l'homme en avait deux ; aussi sa puissance était-elle d'un rang supérieur, et c'est pour cela qu'il était vraiment l'être le plus propre à représenter le principe universel, puisque par l'universalité des puissances que ce principe lui avait accordées, il approchait le plus de la ressemblance avec son auteur.<o:p></o:p>

    Si cependant vous avez senti avec moi, que toute loi doit avoir son accomplissement, il suit que l'homme, quoique dégradé, est toujours soumis à sa première loi, et qu'il doit avoir aujourd'hui deux lois à remplir, comme dans son origine, puisque sa loi première était double. En un mot, il suit que même dans l'état de punition que nous subissons, nous avons toujours et le premier être à honorer, et son oeuvre temporel à faire, ou à faire revivre l'unité.<o:p></o:p>

    Tel est, n'en doutons pas, mes frères, le véritable objet de la sagesse ; tel est le but réel, solide et satisfaisant, infiniment fécond, auquel l'âme de l'homme doit tendre sans cesse, comme au seul aliment qui puisse la nourrir, la seule lumière qui puisse l'éclairer, et le seul fruit qui ne lui fasse point craindre d'amertume.<o:p></o:p>

    Vous pourriez avoir quelque inquiétude sur ce que j'ai dit que l'homme devait même aujourd'hui accomplir sa loi première, au lieu que les premiers ennemis du Créateur n'accomplissent pas encore la leur, et n'y parviendront que par la suite des temps ; vous pourriez, dis-je, croire que cette puissance infaillible attachée aux décrets divins, n'est pas aussi universelle que je vous l'ai annoncée. Pour lever cette difficulté, il faut observer que, retarder ou suspendre sa loi, ce n'est pas l'abolir ; que cette loi n'est pas moins entière et irrévocable, quoique l'être qui l'avait reçue s'en éloigne, et même que, dans un pareil cas, cette loi montre sa force et son immutabilité, puisqu'elle tient dans un pâtiment inexprimable, l'être qui la néglige ou qui l'oublie.<o:p></o:p>

    L'homme peut lui-même éprouver cette triste vérité dans les différentes chutes qui lui arrivent pendant ce passage élémentaire. Il sent combien sa loi le presse et le tourmente, quand toutefois il n'est pas soutenu par les illusions ; il sent qu'en s'écartant de sa loi, il ne la détruit point du tout, puisqu'au contraire, il est indispensablement obligé d'y revenir pour être heureux. Vous voyez donc par là que, malgré la suspension continuelle des ennemis du Créateur, la loi des uns et des autres est toujours la même et s'accomplit sans interruption, parce que, quand elle ne s'accomplit pas pour les êtres et pour leur avantage, elle s'accomplit sur les êtres et pour leur molestation. La raison en est que la loi dont nous parlons, provenant de la source universelle, la justice y tient comme toutes les autres vertus, et que, quand l'une de ces vertus est abandonnée, l'autre agit plus fortement et avec plus de rigueur.<o:p></o:p>

    S'il est donc certain que, même dans notre état de réprobation, nous ayons toujours un oeuvre à faire, et que cet oeuvre soit double, ou qu'il ait à la fois pour but, et d'honorer le premier être, et de manifester sa gloire dans la création : rien ne doit nous paraître plus important que de nous occuper des devoirs que ce double objet nous impose : et c'est là le sujet dont je me propose de m'entretenir avec vous.<o:p></o:p>

    Le premier de ces deux objets s'explique par lui-même, et vous concevez, sans doute, qu'honorer le premier être, c'est le regarder comme chef unique universel, de ne croire à aucune autre puissance qu'à la sienne, ou à celles qui viennent de lui, de frémir en vous-mêmes sur votre néant, comparé à son infinie immensité qui ne souffre dans son essence, ni dans les fruits de son essence, qui ne souffre, dis-je, ni défectuosités, ni ténèbres, mais, au contraire, qui crée et qui maintient l'ordre et la vie partout.<o:p></o:p>

    Cet objet n'étant fondé que sur l'amour, est le propre de l'esprit pur, c'est celui qui a précédé l'existence des choses, c'est celui par où tout finira ; mais, dans notre état actuel, nous n'en avons que des lueurs passagères, qui toutefois sont pour nous des biens sans prix et inestimables, puisqu'en nous retraçant à la fois les délices du principe dont nous descendons et les bienfaits inépuisables dont il nous comble, elles nous lient à lui par les noeuds indissolubles de notre essence, et nous soulèvent ainsi pour nous aider à passer sans naufrages les torrents qui inondent les régions de notre habitation terrestre.<o:p></o:p>

    Si c'est là notre destination première, et celle à laquelle nous devons retourner après les temps, elle est donc immuable et irrévocable pour nous ; par conséquent, dans notre état même actuel, nous ne devons jamais la perdre de vue, et quoique nos hommages envers le premier être ne puissent pas se comparer à ceux que nous lui pouvions rendre dans notre origine, ils sont néanmoins tellement nécessaires et tellement indispensables, que nous ne saurions les lui refuser, sans nier notre propre nature et la sienne, et sans nous précipiter dans l'abîme des maux et des douleurs.<o:p></o:p>

    Aussi nous manquerions absolument notre but principal, mes frères, si ce premier être n'était en tout notre premier objet, et si, dans notre conduite, nous avions d'autres vues que de le faire connaître, aimer, respecter et surtout de laisser paraître sa gloire, en nous abaissant devant lui dans une humilité profonde : ce sont là les seuls hommages vraiment dignes de lui, parce que s'il a la supériorité sur tous les êtres, s'il est à jamais seul et unique, si enfin le plus sublime et le plus grand de ses privilèges est l'unité, les êtres ne peuvent mieux l'honorer qu'en reconnaissant continuellement, comme en laissant pleinement dominer cette vérité. D'ailleurs, instruits comme vous l'êtes des propriétés et des vertus des nombres, vous devez savoir ce qu'il y aurait à attendre pour celui qui se séparerait de l'unité. Tenons-nous-y donc si fortement attachés, qu'elle soit en tout notre guide et notre vraie boussole ; ce n'est que par là que nous remplirons le premier objet de notre émanation.<o:p></o:p>

    Le second objet ou celui de la manifestation de l'existence de l'être premier aux yeux de nos semblables et aux yeux des ennemis de la vérité, n'est véritablement qu'une confirmation et une extension de cette loi antérieure, dont je viens de vous montrer l'utilité et la nécessité. Elle ne doit avoir que le même but et la même intention, c'est-à-dire que même en prouvant aux ennemis de l'être premier qu'il existe, il faut encore que ce soit par lui que nous le prouvions ; il faut que, cherchant en tout sa vraie loi, reconnaissant en tout sa puissance, nous le fassions connaître par sa grandeur, mais aussi que nous le fassions honorer par l'honneur que nous lui portons.<o:p></o:p>

    Ce second objet renferme donc deux branches essentielles, quoique intimement unies pendant toute la durée du temps : savoir, celle de nous rendre par nos efforts les images mêmes de cet être dont nous avons à prouver ici-bas l'existence, et celle d'amener ses ennemis à lui rendre tous les hommages qui lui sont dus.<o:p></o:p>

    Or, quelle tâche plus immense que celle de nous rendre les images mêmes de ce principe premier, et cependant comment le faire connaître, si nous n'en présentons en nous que des images défigurées ?<o:p></o:p>

    Quel emploi, dis-je, plus vaste et plus utile, pouvons-nous faire de nos facultés, que de nous occuper, sans cesse, à les rendre semblables à celles de l'être dont nous descendons.<o:p></o:p>

    La première, et, sans doute, la plus essentielle de toutes les vertus dont cet être premier nous fournisse le modèle, est cet amour inépuisable par lequel il soutient et vivifie sa créature, malgré qu'elle s'abandonne à la corruption de sa volonté déréglée, et qu'elle agisse sans cesse contre son propre bien. En un mot, l'amour de cet être premier est tellement illimité et dominant sur toutes ses vertus, qu'il nous en fait sentir les effets comme malgré nous, et lors même que nous employons tous nos efforts à les éloigner. C'est même là où nous apprenons combien cet amour doit être indulgent, tolérant et miséricordieux, puisqu'il doit aller jusqu'à chérir ceux qui nous contrarient et nous molestent le plus, à l'image de ce principe dont l'amour est inépuisable et régénère sans cesse sa créature en purifiant continuellement les souillures qu'elle se fait à elle-même par ses outrages contre ce principe.<o:p></o:p>

    Mais, mes frères, la loi étant réciproque, et sentant en vous-mêmes combien il est dur et difficile d'en venir à ce point de vertu d'aimer ceux qui ne nous présentent que de l'amertume, vous devez apprendre, pour ne le jamais oublier, que si vos semblables doivent vous aimer, malgré toutes les oppositions et les répugnances qu'ils peuvent apercevoir en vous, votre première tâche doit être de diminuer, autant qu'il est possible, ces oppositions et ces répugnances que vos frères ont à supporter de votre part. Vous devez avoir sans cesse devant les yeux, la faiblesse et l'infirmité de notre nature, pour qui les épreuves et les combats sont si pénibles, que la première de vos vertus doit être, en ce genre, d'avoir toujours égard à cette faiblesse, de la ménager avec soin et avec attention, afin de ne pas lui causer des chocs trop rudes qui l'exposent à succomber, à s'irriter, à se scandaliser.<o:p></o:p>

    Vous voyez comment l'amour mène à la charité, et, en effet, pendant ce passage temporel, l'amour ne peut avoir une autre base, puisque c'est par la charité que ces vertus divines descendent jusque dans le séjour de notre corruption ; puisque c'est par la charité que l'univers a pris naissance et qu'il se soutient ; puisque c'est par la charité qu'il se dissoudra, afin que les temps d'expiation étant expirés, la paix renaisse dans Israël, et que le coeur de l'homme aille s'abreuver directement dans sa source.<o:p></o:p>

    Quant aux autres vertus du Créateur que nous sommes également destinés à manifester, comme la même tâche, ni la même mesure n'est donnée à tous, nous ne sommes comptables, chacun, que des dons que nous avons reçus. Elles émanent directement de la pure grâce de l'auteur de toutes choses : ce serait en vain, que nous réunirions tous nos efforts pour accumuler ces dons sur nous, ils ne sont plus à notre disposition : depuis que nous les avons perdus, ils sont entrés dans la main qui les avait répandus sur nous ; et elle seule est en droit de s'ouvrir comme de se fermer. Nous ne pouvons plus par nous-mêmes que nous en former des idées imparfaites. Tel est le sens de ce que nous entendons par intelligence, sagesse, vertus, lumières, puissances, toutes expressions dont l'homme devait montrer physiquement la réalité, s'il eût agi conformément à sa loi d'origine. Mais quelle que soit notre impuissance aujourd'hui, je vous ai annoncé que la loi donnée à l'homme devait avoir son accomplissement : quelle sera donc la voie qui suppléera à notre faiblesse, pour que l'oeuvre du Créateur ne reste pas imparfait ? C'est sa puissance elle-même qui vient à notre secours : c'est son action, ou plutôt son amour, puisque celui qu'il nous a envoyé, il le nomme lui-même son bien-aimé : or, enverrait-il son bien-aimé pour soulager des êtres qu'il n'aimerait point ?<o:p></o:p>

    Voilà, mes frères, la seule voie dont nous disposions, et qui, en effet, est continuellement dans nos mains, c'est cette union intime par laquelle nous représenterons l'amour que notre Créateur a pour nous ; c'est cette vive charité qui nous rendra mutuellement compatissants pour nos misères ; c'est enfin cette véritable terre sur laquelle la sagesse ensemence avec profusion tous ses dons, quand elle la trouve bien préparée, et par conséquent, c'est là ce champ immense où doivent germer toutes les vertus du principe divin, que nous sommes venus tous pour manifester sur la terre.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>





    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique