• Thomas D'Aquin (1228-1274)

     

    Philosophe et théologien, docteur de l'Eglise.

    Sa vie :

    C'est dans le château de sa famille lombarde que naît Thomas, près d'Aquin. Après avoir été élevé par les bénédictins du mont Cassin, il poursuit ses études à l'université de Naples, et à l'issu de celles-ci, prend la décision de rejoindre l'ordre dominicain en 1244. Riche, sa famille ne tolère

     

    pas qu'il puisse entrer dans un ordre mendiant et elle le fait emprisonner pendant plus d'une année à Roccasecca. Après cet emprisonnement, il poursuit ses études à Paris pendant trois années puis accompagne encore à Cologne l'un de ses maîtres, Albert Le Grand qui tente d'accorder la théologie à la philosophie. Il y est ordonné prêtre en 1250. Thomas revient à Paris enseigner à l'université, de 1252 à 1259. Puis c'est à Rome qu'il enseigne. Il commence d'y rédiger ses premiers écrits théologiques. Après avoir obtenu un doctorat et prêché dans plusieurs villes d'Italie, il revient à la demande du roi et de l'université à Paris où il enseigne à nouveau de 1269 à 1272. Il devient ensuite régent des études à Naples. C'est là, le 6 décembre 1273 qu'il a une vision qui provoque l'écriture de sa Somme théologique (accessible sur Internet chez les dominicains). Cet ouvrage qu'il dicte à des secrétaires, a recours à la dialectique comme à la scolastique, pour élaborer une explication de la foi qui s'accorde à la raison. La pertinence de son oeuvre qui comprend encore une Somme contre les Gentils, traité sur Dieu et la création, un Commentaire des sentences, d'autres traités de théologie, lui valent d'être surnommé après sa mort le « Docteur Angélique » et d'être canonisé en 1323. Son oeuvre a fondé, par sa rigueur et son autorité, la doctrine de l'ةglise catholique, apostolique, romaine. Mort sur la route du Concile de Lyon, il fut enterré à l'église Saint-Sernin à Toulouse en 1368. Pie V l'a proclamé Docteur de l'ةglise en 1567.

    Sa pensée :

    Thomas d'Aquin a mis la philosophie au service de la pensée théologique et particulièrement la philosophie d'Aristote, mais en la dépassant là où elle était historiquement conditionnée. Le seul autre grand philosophe chrétien à avoir autant mis à profit la pensée d'Aristote est Hegel (19ème siècle). La pensée de Saint Thomas reste l'oeuvre maîtresse de la pensée théologique et on l'appelle le docteur commun. Avec un grand respect de la tradition et un grand courage intellectuel, il a cherché la clarté, la mise en ordre des idées, la réduction des problèmes particuliers aux premiers principes. Il a réussi à unir la raison et la Révélation, la nature et la grâce, le monde et l'ةglise. Développée par toute une école la pensée thomiste est vraiment majeure pour des questions centrales de la théologie.

    "Comprendre Dieu est impossible à un intellect créé quel qu'il soit ; mais que notre esprit l'atteigne de quelque manière, c'est déjà une grande béatitude, selon S. Augustin.

    Pour en avoir l'évidence, il faut savoir que « comprendre » c'est connaître parfaitement, c'est-à-dire connaître un objet autant qu'il est connaissable. Aussi, lorsqu'une vérité est démontrable scientifiquement, celui qui ne la connaît qu'à la manière d'une opinion, pour une raison seulement plausible, ne la comprend pas. Par exemple, si quelqu'un sait par démonstration que la somme des trois angles d'un triangle est égale à deux droits, il comprend cette vérité ; mais si un autre la reçoit comme probable par le fait que des savants ou la plupart des hommes l'affirment ainsi, celui-là ne comprend pas ; car il ne parvient pas à cette manière parfaite de connaissance dont cette vérité est susceptible.

    Or, nul intellect créé ne peut parvenir à cette manière parfaite de connaître l'essence divine telle qu'elle est connaissable, et en voici la preuve. Un objet quelconque est connaissable dans la mesure où il est un être en acte. Dieu, dont l'être est infini, ainsi qu'on l'a fait voir, est donc infiniment connaissable. Or, nul intellect créé ne peut connaître Dieu infiniment. En effet, un intellect créé connaît l'essence divine plus parfaitement ou moins selon qu'il est pénétré d'une plus grande ou d'une moindre lumière de gloire. Puisque la lumière de gloire, qui est créée, dans quelque intellect créé qu'elle soit reçue, ne peut jamais y être infinie, il est donc impossible qu'un intellect créé connaisse Dieu infiniment. Par suite, est impossible qu'il ait de Dieu une connaissance compréhensive." Somme, pars prima, question 12, article 7

    La scolastique :

    Saint Thomas s'inscrit dans le grand courant de la scolastique. La scolastique commence avec Saint Anselme (1033-1109) et fait recours à la logique et à la dialectique comme mode de connaissance philosophique et théologique. L'enseignement consiste d'abord en une lecture de la Bible suivie des commentaires du maître.

    L'essor urbain des XI et XIIè siècles conduit à un accroissement des écoles et un développement de questions (quaestiones), nouveaux problèmes théologiques suscités par l'actualité. On commence à confronter foi et raison (ce qui choque les théologiens traditionnalistes comme Saint Bernard). La quaestio donne naissance à la disputatio : argumentation et recherche de conclusion.

    Abélard (1079-1142) introduit systématiquement le procédé du doute en amenant des arguments dans un sens puis dans l'autre (venant de l'ةcriture ou des Pères) avant de trancher et de répondre aux arguments. Un peu approximatif d'un point de vue théologique, il est condamné par le concile de Sens (1140) à l'instigation de Saint Bernard.

    Pierre Lombard (vers 1100-1160) mettra cette technique à profit avec ses sentences, exposé d'ensemble de la foi chrétienne, qui sera pendant des années l'ouvrage de base de l'enseignement théologique.

    L'âge d'or de la scolastique, c'est la fin du XIIè et le XIIIè siècle. On découvre et traduit les philosophes perses, arabes (Avicenne, Averroës) et juifs (Maïmonide) qui ont été en contact direct avec Aristote, puis on dispose des textes mêmes d'Aristote. Albert le grand et Thomas d'Aquin estiment avoir trouvé chez Aristote le système philosophique le plus adéquat pour la construction d'une théologie chrétienne. La controverse s'engage avec les tenants du courant traditionnel défendu par les franciscains Bonaventure (1221-1274) et Duns Scot (vers 1270-1308) fidèles au néoplatonisme de Saint Augustin.

    Les XIVè et XVè siècles voient le déclin de la scolastique face à des mouvements mystiques. Le nominalisme propagé par Guillaume d'Occam propage une défiance vis à vis de la raison. La théologie protestante sera elle radicalement augustinienne. Pour certains, la décadence de la scolastique fut le début de l'effritement de la pensée chrétienne qui mènera quelques siècles après aux philosophies athées (nous essayerons d'examiner ce point très ardu ultérieurement).

    Le néo-thomisme

    Le thomisme n'est pas mort avec le moyen-âge, il retrouve un regain d'intérêt au XXème siècle après que le pape Léon XIII, thomiste convaincu, demande aux philosophes et théologiens chrétiens de construire une nouvelle philosophie capable de comprendre le monde qui s'appuie sur le thomisme. Jacques Maritain sera l'un des artisans du néo-thomisme. Le thomisme est à nouveau enseigné dans les séminaires.





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