• Jésus dans l’islam


    Yahya Pallavicini


    « Lorsque nous avons conclu l’Alliance avec les Prophètes,
    avec toi, avec Noë, Abraham, Moïse et Jésus, fils de Marie ;
    nous avons conclu avec eux une alliance solennelle, afin que
    Dieu demande des comptes aux véridiques de leur sincérité ;
    mais Il a préparé, pour les incrédules, un châtiment
    douloureux ».1
    Nous voudrions témoigner que l’on peut, à travers quelques aspects
    de la Tradition islamique souvent ignorés ou mal interprétés,
    bénéficier de certains des innombrables enseignements et
    manifestations de la Divine Providence. C’est justement par le
    moyen de tels signes qu’il est possible de mieux connaître et de
    mieux approfondir la réalité dans laquelle nous vivons et la Vérité
    qui se cache en chacun de nous.
    Peu nombreux sont, en effet, ceux qui savent que le Saint Coran,
    manifestation de la Parole de Dieu pour les musulmans, recèle
    de nombreux passages se référant à Marie, vierge aussi pour
    l’islam, et à son fils Jésus, en arabe ‘Isâ , alayhi-s-salâm, sur lui
    la paix.
    Nous nous limiterons essentiellement à trois moments de la
    fonction spirituelle et eschatologique de Jésus : la naissance, la
    crucifixion et la seconde venue. Nous citerons en premier lieu les
    1 Coran XXXIII, 7-8, traduction de Denise Masson
    Jésus dans l’islam
    versets relatifs à la naissance de Jésus, tels qu’ils ont été révélés
    dans la Sourate de Marie :
    « Mentionne Marie, dans le Livre. Elle quitta sa famille et se
    retira en un lieu vers l’Orient. Elle plaça un voile entre elle et
    les siens. Nous lui avons envoyé notre Esprit : il se présenta
    devant elle sous la forme d’un homme parfait. Elle dit : “Je
    cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux;
    si toutefois tu crains Dieu !” Il dit : “Je ne suis que l’envoyé
    de ton Seigneur pour te donner un garçon pur”. Elle dit :
    “Comment aurais-je un garçon ? Aucun mortel ne m’a jamais
    touchée et je ne suis pas une prostituée”. Il dit : “ C’est ainsi :
    Ton Seigneur a dit : ‘Cela m’est facile’. Nous ferons de lui un
    Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de nous. Le
    décret est irrévocable.”
    « Elle devint enceinte de l’enfant puis elle se retira avec lui
    dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent auprès du
    tronc du palmier. Elle dit : “Malheur à moi ! Que ne suis-je
    déjà morte, totalement oubliée !”
    « L’enfant qui se trouvait à ses pieds l’appela : “Ne t’attriste pas !
    Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds. Secoue vers
    toi le tronc du palmier ; il fera tomber sur toi des dattes fraîches
    et mûres. Mange, bois et cesse de pleurer. Lorsque tu verras
    quelque mortel, dis : ‘J’ai voué un jeûne au Miséricordieux ; je
    ne parlerai à personne aujourd’hui’.”
    « Elle se rendit auprès des siens, en portant l’enfant. Ils dirent :
    “Ô Marie ! Tu as fait quelque chose de monstrueux ! Ô soeur
    d’Aaron ! Ton père n’était pas un homme mauvais ta mère
    n’était pas une prostituée”.
    « Elle fit signe au nouveau-né et ils dirent alors : “Comment
    parlerions-nous à un petit enfant au berceau ?” Celui-ci dit :
    10
    YAHYA SERGIO YAHE PALLAVICINI
    “ Je suis, en vérité, le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre ;
    Il a fait de moi un Prophète ; Il m’a béni, où que je sois. Il m’a
    recommandé la prière et l’aumône — tant que je vivrai — et la
    bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent, ni malheureux.
    Que la Paix soit sur moi, le jour où je naquis ; le jour où je
    mourrai ; le jour où je serai ressuscité”. Celui-ci est Jésus, fils
    de Marie. Parole de Vérité dont ils doutent encore. Il ne convient
    pas que Dieu se donne un fils ; mais Gloire à Lui !... Lorsqu’Il
    a décrété une chose, Il lui dit : “Sois !”... et elle est. Dieu est, en
    vérité, mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-le ! Voilà la
    voie droite ! »2
    Certains commentateurs interprètent l’éloignement de Marie
    au désert, pour s’isoler des siens, comme une hégire, un exode,
    un exil ou une retraite spirituelle voulus par Dieu pour ceux qu’Il
    a choisi comme modèles de servitude parfaite. D’autres personnages
    des Saintes Ecritures qui sont proches de la figure de Marie ont
    aussi pleuré et souffert dans l’abandon et la solitude du désert.
    La première d’entre tous, Agar, servante de Sarah, épouse
    d’Abraham et mère du peuple arabe, qui reçoit une première fois,
    dans le désert, l’annonce de la naissance de son fils Ismaël, chef
    de lignée des arabes. Et c’est en fuyant une fois encore dans le
    désert et au désespoir devant les larmes de son fils Ismaël assoiffé,
    que lui viennent à nouveau le réconfort et le secours d’un ange.
    Dans la tradition islamique, l’ange Gabriel est aussi appelé
    l’Esprit fidèle (ar-Rûh al-amîn), et c’est proprement en tant que
    tel qu’il peut transmettre, à la vierge Marie, la parole et l’esprit
    divins. Rûhunâ, le terme arabe traduit généralement par « notre
    Esprit », signifie plus exactement l’Esprit de Dieu qui donne la
    vie, et qui est insufflé, à la Vierge Marie, par l’intermédiaire de
    Son ange fidèle manifesté sous la forme d’un homme parfait.
    Seul le réceptacle immaculé de la Vierge, exemple de pureté
    et de dévotion sublimes, peut être digne de recevoir l’esprit de
    11
    2 Coran XIX, 16-36,
    Jésus dans l’islam
    Dieu. En ce sens, l’annonce de cette bonne nouvelle a ici valeur de
    transmission de la parole de Dieu et de Son ordre, afin que Marie
    puisse non seulement s’ouvrir à une nouvelle connaissance plus
    élevée de la Réalité de Dieu, mais qu’en en comprenant aussi la
    profondeur, elle soit aidée à intégrer et préserver la parole de Dieu
    qui vient de lui être insufflée. Par là même, elle se trouve en mesure
    d’apprendre à nourrir vraiment cette forme qu’elle-même va devoir
    engendrer. L’ange a donc pour fonction d’être l’ « Esprit fidèle »
    de la Volonté de Dieu qui a décrété la providentielle nécessité de
    se voiler à nouveau, de se re-voiler (révéler), en se manifestant, cette
    fois, sous la forme d’un homme parfait. C’est précisement cet
    aspect de perfection humaine que revêt l’ange, comme pour
    anticiper l’aspect extérieur, nécessairement parfait, qu’aura le
    nouveau message divin.
    La déclaration de l’ange révèle que la conception de Jésus est
    un pur mystère de l’omnipotence de Dieu, et de Sa miséricorde. La
    réaction (a‘udhu birRahmâni) de Marie à la vue de l’homme —
    « Je cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux ;
    si toutefois tu crains Dieu ! » —, est celle d’une personne pure qui
    craint Dieu. C’est bien en raison d’une telle crainte qu’elle se tourne
    vers Dieu et qu’elle peut aussi exhorter l’homme, en réalité l’ange,
    à faire de même. Il n’y a d’ailleurs rien de fortuit à ce que tout
    musulman soit tenu d’utiliser exactement cette même parole,
    prononcée par Marie, avant toute lecture coranique, comme une
    nécessaire purification avant de pouvoir être le récitant de la
    parole de Dieu, et comme une protection contre les immenses
    dangers qu’il y aurait à approcher du sacré sans crainte et sans
    intention droite.
    Considérons maintenant avec un peu plus d’insistance le passage
    coranique montrant Jésus comme un « signe » (ayah), comme un
    acte de miséricorde (rahmatan) et comme un « ordre décrété »
    (amran maqdiyyan). Dans la perspective de tout croyant, ne peut
    être mis en doute le fait que chaque chose soit directement reliée à
    12
    YAHYA SERGIO YAHE PALLAVICINI
    la Suprême Volonté de Dieu, et qu’ainsi l’ordre véritable ne puisse
    que participer des règles et lois transmises en toute miséricorde par
    Dieu, en des temps et des modalités connus de Lui seul et à travers
    l’expression de signes évidents. Jésus représente parfaitement tout
    cela puisqu’il est un signe évident de la Volonté divine de rétablir
    l’ordre, en confirmant la loi précédemment révélée. Par le plus grand
    miracle, il est lui-même instrument agissant de la présence de Dieu
    en lui. Ainsi, comme à aucun autre prophète avant lui, il lui est
    permis non seulement de rappeler aux mécréants, grâce aux miracles,
    le souvenir de Dieu, mais d’être aussi l’agent opératif de la Volonté
    de Dieu, qui seule peut rendre la vie.
    S’agissant de Marie et des douleurs qu’elle endura, on peut
    remarquer combien il semble que ce soient précisément celles-ci
    qui l’amènent au lieu de la nativité, tandis qu’il appartient
    clairement à Dieu, et à Dieu seulement, de la conduire, dans les
    tourments et les efforts nécessaires, au lieu le plus juste et de la
    meilleure façon qui soit. En effet, même une femme d’exception
    comme Marie obéit à l’ordre divin des temps d’Eve, qui est celui
    de devoir enfanter dans la douleur. Elle transmet ainsi
    l’enseignement que la possibilité de mériter et de recevoir la grâce
    n’est pas donnée sans souffrances.
    Ces dernières considérations trouvent une certaine
    correspondance avec ce que dit Marie, quand elle souhaite être
    morte ou oubliée Il semble que l’on puisse aussi interpréter ces
    expressions comme la nécessité de devoir vraiment mourir à nousmêmes,
    et comme l’exigence de devoir vivre uniquement dans le
    souvenir de Dieu qui seul peut faire renaître à une nouvelle vie.
    Cette nouvelle vie est comme l’eau du ruisseau qui coule aux pieds
    de Marie, et il nous semble reconnaître dans la voix qui la
    réconforte, la même voix que celle de Jésus naissant et donnant
    la vie, comme une « source d’eau vive »3.
    13
    3 Jean, 7, 37 ; 4, 14, Apocalypse 22, 1
    Jésus dans l’islam
    Dans l’injonction de manger (fa-kulî) des fruits du palmier
    (nakhla) et de boire(wa-shrabî), nous voyons également comment
    Marie obéit à l’ordre divin de goûter les bienfaits du palmier et
    en reçoit immédiatement les avantages qu’elle manifeste dans la
    beauté naturelle et dans le signe de la splendeur et de la fraîcheur
    de ses yeux (qarri’ainan). C’est investie de cette force nouvelle
    que Marie se prépare à offrir un sacrifice particulier, celui du jeûne
    spirituel du silence (çawman) consistant, selon beaucoup de
    croyants sincères, à ne pas parler et à ne pas écouter les hommes
    afin d’être plus libre d’entendre Dieu. Et cette parole de Dieu ne
    tarde pas à se faire entendre, puisque c’est juste en vertu de ce
    silence que Jésus nouveau-né, encore au berceau, répond
    miraculeusement à ceux qui offensent l’honneur et la sainteté de
    sa mère. Il dit :
    « Je suis, en vérité, le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre ;
    Il a fait de moi un prophète ; Il m’a béni, où que je sois. Il m’a
    recommandé la prière et l’aumône — tant que je vivrai — et la
    bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent, ni malheureux.
    Que la Paix soit sur moi, le jour où je naquis ; le jour où je
    mourrai ; le jour où je serai ressuscité. »4
    La première présentation que Jésus fait de lui-même nous
    indique quelle est la station initiale du chemin spirituel ; celle de
    la connaissance de la condition de parfaite servitude à l’égard de
    Dieu (Innî ‘AbduLlâh), dans la plénitude et la totalité de ses aspects
    intérieurs et extérieurs. Il y a, au-delà même de la sincérité et de
    l’intention droite implicites dans l’expression « serviteur de Dieu »,
    une référence aux aspects essentiels de la prière rituelle (bi-ççalâti),
    entendue aussi comme action sacrée dans le quotidien,
    et à l’aumône rituelle (wa-z-zakâti) qui se réfère aussi à l’aumône
    de purification en vue d’obtenir la pureté du coeur. Cet état, inné
    en Jésus, lui confère naturellement toute autorité pour l’enseigner,
    14
    4 Coran XIX, 30-32
    YAHYA SERGIO YAHE PALLAVICINI
    soit dans son aspect rituel de charité, soit dans son aspect intérieur
    et profond, en relation avec la station de pauvreté spirituelle qui
    résulte de l’abandon des attachements matériels à ce monde.
    Jésus est pieux (barran) depuis le jour où il naquit, et il donne
    la paix éternelle (as-Salâm) le jour de sa mort. Le jour où il sera
    ressuscité vivant (ub’athu hayyan), il viendra juger tous les êtres,
    y compris ceux qui auront oeuvré seulement pour les biens de ce
    monde ou pour une paix sans Justice, oubliant par la-même Dieu
    et Sa parole de Vérité (qawl al-Haqq). « Oui, il en est de Jésus
    comme d’Adam auprès de Dieu : Dieu l’a créé de terre, puis Il lui
    a dit : “Sois”, et il est (Kun fa-yakun) ».5
    Ce passage est très symbolique de la toute puissance divine
    puisqu’il montre comment il a suffi à notre Créateur, le Créateur
    de toute chose, de dire « Sois » (Kun) pour que cela « fût » (fayakun).
    On peut peut-être, si Dieu le veut, en méditant sur sa
    Majesté, mieux comprendre ainsi le véritable sens de notre propre
    naissance.
    Par ailleurs, les versets de la Sourate des Femmes apportent
    d’autres éléments sur le mystère de la crucifixion :
    « Nous les avons punis parce qu’ils n’ont pas cru, parce qu’ils
    ont proféré une horrible calomnie contre Marie et parce qu’ils
    ont dit : “Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie,
    le Prophète de Dieu”. Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont pas
    crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi.
    « Ceux qui sont en désaccord à son sujet restent dans le doute ;
    ils n’en ont pas une connaissance certaine ; ils ne suivent
    qu’une conjecture ; ils ne l’ont certainement pas tué, mais
    Dieu l’a élevé vers Lui, (bal rafa’ahu -llâhu ilayhi) : Dieu est
    puissant et juste.
    15
    5 Coran III, 59
    Jésus dans l’islam
    Il n’y a personne, parmi les gens du Livre, qui ne croie en lui
    avant sa mort et il sera un témoin (shahîdan) contre eux, le
    Jour de la Résurrection (yawm al-qiyâmah). »6
    Il parait important que la révélation coranique, qui clôt le cycle
    des révélations, présente la scène de la dernière manifestation du
    Christ aux hommes dans le jugement universel.
    Ces versets présentent Jésus dans sa fonction de témoin des
    croyants au jour de la résurrection, jour dans lequel il redescendra
    du lieu où Dieu l’a élevé. La langue arabe sacrée du texte donne :
    « bal rafa’ahu-llâhu ilayhi » qui peut être traduit par : « mais
    Dieu l’a élevé à Lui ». Une telle élévation peut être comprise comme
    l’élévation que Dieu accorde à Jésus dans l’accomplissement, ou
    mieux, dans la réalisation de sa fonction prophétique qui doit,
    relativement, d’un point de vue spatial et temporel, nécessairement
    se terminer pour qu’il puisse être réuni à sa nature vraie et à son
    essence spirituelle ; cette essence qui lui a donné naissance comme
    elle a donné naissance à toute chose.
    C’est précisément dans cette perspective qu’il faudrait interpréter
    l’autre passage coranique : « Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont
    pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. » Il est sans nul
    doute bien impossible à la volonté humaine de s’opposer à la
    volonté de Dieu, et nul ne peut assurément tuer ou crucifier ce
    qui représente proprement l’Esprit de Dieu, en Soi nécessairement
    immortel. Seul peut être mortel ce qui est soumis à l’espace et au
    temps, comme la forme du symbole qui ne doit pas être confondu
    avec le Principe Ordonnateur de l’essence divine.
    Dans la particularité miraculeuse et bénite de la fonction de
    Jésus, se trouve la mort providentielle du corps purifié qui assume
    une image semblable à celle de Jésus aux yeux de ceux qui en sont
    les témoins. Ces derniers peuvent non seulement bénéficier des
    grâces attachées au sacrifice symbolique de Jésus, mais aussi du
    16
    6 Coran IV, 156-159
    YAHYA SERGIO YAHE PALLAVICINI
    souvenir de la vision de celui qui doit mourir pour pouvoir donner
    la Vie et surtout laisser au monde la Vérité et la Voie. En d’autres
    termes, s’il apparaît impossible de mettre à mort l’Esprit de Dieu,
    la fin spatio-temporelle de Jésus, directement reliée au miracle
    de sa naissance, apparaît tout autant miraculeuse. En effet,
    quelqu’ait été son pouvoir de rendre la vie, c’est proprement en
    mourant qu’il réussit à accomplir l’ultime et la plus élevée des
    volontés de Dieu : devenir pour ses témoins nourriture spirituelle
    de la Vie Eternelle.7
    En jetant un rapide coup d’oeil aux biographies de certains
    saints musulmans, comme l’émir Abd-al-Qâdir ou le Cheikh Ahmad
    al-‘Alawi (radiyallâhu ‘anhumâ), on ne s’étonnera pas de
    remarquer combien, dans les descriptions de rencontres avec ces
    maîtres, certaines personnalités occidentales ont été frappées par
    la ressemblance de leurs visages avec les représentations du Christ.
    Une telle ressemblance exprime la proximité de leur station
    spirituelle., au degré de connaissance de la présence de Dieu dans
    le Christ. Cela vient confirmer l’universalité de la présence
    christique dans une fonction spirituelle que l’on retrouve, même
    sous des formes différentes, dans les diverses communautés
    religieuses et particulièrement dans l’islam, où Jésus est attendu
    comme annonce de l’Heure et juge à la fin des temps.
    Le dernier aspect de la fonction de Jésus que nous voulons
    aborder ici est celui du Christ (al-Masîh) comme annonce de
    l’Heure.
    17
    7 Du Vème siècle jusq’au début duXème, les artistes byzantins représentèrent
    presque toujours le Christ vivant sur la croix. La pensée orientale se fixait
    principalement sur la divinité du Christ, et la croyance générale était qu’il ne
    pouvait véritablement s’agir d’une mort, entendue comme séparation de
    l’âme et du corps, puisque tant l’âme que le corps du Christ demeuraient
    unis dans la nature divine. En conséquence, certains théologiens affirmaient
    qu’après avoir rendu le dernier soupir, le corps de Jésus resta, d’une façon
    providentielle, encore en vie afin d’accomplir l’union hypostatique ( cfr.
    Grondijs L.H. in L’iconographie byzantine du Crucifié mort sur la Croix,
    Utrecht, 1945 ).
    Jésus dans l’islam
    « Lorsque le fils de Marie leur est proposé en exemple, ton
    peuple s’en détourne ; ils disent : “Nos divinités ne sont-elles
    pas meilleures que lui ?” Ils ne t’ont proposé cet exemple que
    pour discuter. Ce sont des amateurs de disputes. Lui n’était
    qu’un serviteur auquel Nous avions accordé notre grâce et
    Nous l’avons proposé en exemple aux fils d’Israël. Si Nous
    l’avions voulu, Nous aurions fait, d’une partie d’entre vous,
    des anges, et ils vous remplaceraient sur la terre. Jésus est,
    en vérité, l’annonce de l’Heure. N’en doutez-pas et suivez-
    Moi. Voilà un chemin droit ! Que le démon ne vous écarte pas.
    Il est votre ennemi déclaré. Lorsque Jésus est venu avec des
    preuves manifestes, il dit : “Je suis venu à vous avec la Sagesse
    pour vous exposer une partie des questions sur lesquelles vous
    n’êtes pas d’accord. Craignez Dieu et obéissez-moi ! Dieu est,
    en vérité, mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le ! Voilà
    un chemin droit !” »8
    Nous croyons en vérité, mais Dieu est plus Savant, que certains
    signes avertisseurs comme l’absence de foi, l’oubli, l’infidélité,
    l’indifférence coupable, le désordre, le manque total de sincérité,
    de sérieux, d’intégrité, de cohérence, pour n’en citer que quelques
    uns, ne sont que les conséquences de l’absence de référence à
    Dieu, Lui qui est véritablement le seul et unique point de référence
    vers lequel nous devons nous tourner.
    Cela nous ramène à ce que le métaphysicien français Abd-al-
    Wâhid Yahyâ, plus connu en Occident sous le nom de René
    Guénon, rappelle dans son oeuvre qui rassemble cet héritage de
    sagesse nécessaire pour reconnaître les signes de la fin des temps.
    Force est de constater que ces signes de l’endurcissement des
    coeurs correspondent très exactement à ce que lui-même appelle
    la « solidification » ; cette fermeture aux influences bénéfiques
    du Très-Haut qui est suivie de la « dissolution », dans un
    nivellement parodique des vertus spirituelles.
    18
    8 Coran XLIII, 57-64
    YAHYA SERGIO YAHE PALLAVICINI
    Du reste, comme il est rapporté de diverses façons dans tous
    les textes sacrés, l’un des sombres présages de l’Apocalypse est
    précisement l’inversion de la perspective orthodoxe du sacré qui
    distrait les hommes par les illusions confuses du Prince de ce
    monde et les rend esclaves du « faux Messie », l’antéchrist, addajjâl,
    celui qui précède le Christ de la seconde venue. La
    conséquence de ces influences néfastes est déjà manifeste pour
    ceux qui veulent bien ouvrir les yeux et qui ont des oreilles pour
    entendre.
    Dans l’islam, Jésus est considéré comme le prototype du saint
    contemplatif en qui prédomine l’aspect de l’amour pour Dieu.
    L’amour est le symbole de la tension de l’aspiration spirituelle
    qui vise à l’union avec l’objet de son désir, en l’occurence Dieu.
    En Jésus, l’union des aspects complémentaires est particulièrement
    évidente, de sorte qu’il est lui-même le symbole de l’amour de la
    créature pour le Créateur et de la miséricorde de Celui-ci pour
    celle-là. Il est avant tout ‘abd, serviteur de Dieu, et en même temps
    Rûh Allah, Son Esprit, sans que ces deux aspects, unis en lui, y
    soient pour autant confondus.
    De même, ses deux venues sont complémentaires : la première
    comme rasûlAllah, envoyé de Dieu porteur d’une nouvelle forme
    de la Révélation divine, la seconde comme Sceau des Saints,
    englobant tout, et annonce que l’Heure est venue de
    l’accomplissement du Pacte contracté par les créatures à l’égard
    de leur Créateur.
    Suivant une tradition, s’il subsiste encore dans la volonté de
    Dieu encore une raison pour que le monde existe, c’est seulement
    pour la présence effective, ici-bas, de quelque saint. C’est
    précisément à cette sainteté qu’il faut aspirer pour bénéficier
    encore de cette miséricorde divine toujours présente, et se
    préparer de la meilleure façon au jour du jugement, ce jour qui
    verra justement redescendre le Christ de la seconde venue pour
    juger toute l’humanité. Jésus a élevé la relation entre Dieu et
    19
    Jésus dans l’islam
    les hommes et rappelé à la parfaite adoration en esprit
    et en vérité.
    Qu’il nous soit permis de conclure par un verset du Saint Coran,
    où Jésus, parlant lui-même, dit :
    « Craignez Dieu (fattaqu Llâh) et obéissez-moi ! Dieu est, en
    vérité, mon Seigneur et votre Seigneur : Servez-Le : c’est là le
    chemin droit (sirâtun mustaqîm) »9
    20
    9 Coran III, 50-51


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