• ELITISME ET FRANC-MAÇONNERIE


    Dans son beau poème, Ma Loge mère, Rudyard Kipling évoque la composition de cette Loge, imaginaire ou réelle : tous
    les métiers y sont représentés, des plus humbles aux cossus, toutes les religions et toutes les races. « Mais - conclut-il -
    nous connaissions les anciens landmarks et les observions scrupuleusement ». Est-ce la voie à suivre ?
    La diversité sociologique dans les Loges est un facteur essentiel d'identité pour la francmaçonnerie. En effet si nous ne
    recrutions que parmi l'élite sociale, rien ne nous différencierait vraiment des Clubs-service, Rotary, Lions-Club, etc., ni
    la bienfaisance, ni le réseau relationnel et l'initiation n'aurait d'autre attrait que la curiosité. D'ailleurs s'il s'agissait d'une
    élite financière très vite les accusations d'affairisme viendraient salir une institution que l'on ne se prive pas d'attaquer.
    Devons-nous être, alors, une élite intellectuelle ? S'il en était ainsi, cela reviendrait à lier l'initiation au quotient
    intellectuel. Or nous savons bien que tout le monde n'est pas initiable, intellectuel ou pas. Pour l'être il faut avoir en soi
    une aspiration, une attente. L'écrivain Paul Valéry en définit la portée dans cette pensée inscrite au frontispice du Palais
    de Chaillot :
    « II dépend de celui qui passe,
    que je sois tombe ou trésor,
    que je parle ou me taise ;
    ceci ne tient qu'à toi.
    Ami, n'entre pas sans désir. »
    En fait l'élitisme est consubstantiel de l'initiation ; tout initié se sent légitimement membre d'une élite, car l'initiation
    singularise, rend différent. Aujourd'hui les personnes se sentent de plus en plus massifiées, changées en numéros, en
    foule, et recherchent une identité à travers les tatouages, le piercing, des habillements extravagants ou des coiffures
    improbables... Or se sentir initié donne du sens à sa vie, offre précisément au moi la possibilité d'être, révèle en soi la
    personne. Car pour devenir un être à part entière il faut d'abord apprendre à s'aimer, ni trop - et l'égoïsme se développe
    - ni trop peu ou mal dans nos sociétés où l'apparente extérieure d'un individu entraîne un jugement définitif sur ce qu'il
    est... Aimer son prochain, c'est commencer par s'aimer soi-même, voilà ce que nous enseigne la fraternité maçonnique.
    Dans cette perspective nous proposons, à la G.L.N.F., un très grand nombre de Rites où les Frères peuvent se
    retrouver eux-mêmes en fonction de leur personnalité. La grande majorité a choisi des Rites où l'on présente des
    travaux en Loge, des « planches », sur des sujets symboliques ou directement liés à la maçonnerie. C'est une incitation,
    chez soi et en Loge, au travail et à l'approfondissement, cela permet à chacun de s'exprimer en fonction de son histoire
    personnelle, de son métier et de sa culture. Car l'enrichissement de tous vient de ce que l'on est au moins autant, et
    probablement plus, que de ce que l'on sait.
    Max Weber, puis Marcel Gauchet, ont mis l'accent sur « le désenchantement du monde » résultant de la perte
    d'influence des religions dans notre monde occidental. Ainsi, nous trouvons-nous confrontés à l'absence de
    transmission par la famille de toute culture religieuse, à l'athéisme, à l'individualisme, au déclin du patriotisme, à
    l'éclatement des valeurs en raison des particularismes culturels, à une civilisation, en somme, en pleine crise d'identité. Si
    la franc-maçonnerie ne relève pas ce défi elle disparaîtra. Or nous avons une réponse claire : offrir une spiritualité qui
    apportera de l'esprit à un monde matérialiste.


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