• Une figuration du Zodiaque sur la Cathédrale de Notre-Dame de Paris

     

    G. Audebrand, I. Ravier)

    (merci à M.-H. Bertocchio)

    Soleil et Lune

        Sur le portail de la Vierge de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris (façade ouest) se trouve représenté un Zodiaque pouvant paraître quelque peu étrange. Ci-dessous figure une photographie de celui-ci. Il s'agit d'une vue générale où l'on distingue les signes de part et d'autre des vantaux.

    Vue générale du portail nord de Notre-Dame de Paris où figure un Zodiaque

    VUE GENERALE DU PORTAIL NORD

        Voici à présent deux plans plus resserrés :


        Sur le côté gauche, nous retrouvons dans un sens descendant les signes du Lion, des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau (ces deux derniers signes échappent au plan resserré présenté).

    Sur le côté droit se trouvent représentés, toujours dans un

     

    sens descendant, les signes du Cancer (anciennement nommé l'Ecrevisse, ce qui figure effectivement sur le monument), de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et du Capricorne (ces deux derniers signes échappent au plan resserré présenté). Cet ordre de présentation peut paraître surprenant. Si nous nous reportons à la Roue zodiacale, l'ordre de succession des signes au cours de l'année (voir figure ci-dessous) ne fournit aucune explication sur la séquence proposée (1).


    L'ordre de succession des signes du Zodiaque dans l'année : du Bélier aux Poissons

    L'ORDRE DE SUCCESSION ANNUEL DES SIGNES DU ZODIAQUE
    (DU BELIER AUX POISSONS)



        En revanche, si nous nous reportons à l'ordre intérieur du Zodiaque, la difficulté disparaît. Cet ordre est fondé sur deux branches, l'une marquée par le Lion, l'autre par le Cancer. Cette organisation répond au principe de polarisation entre Ciel et Terre, actif et passif, masculin et féminin, yang et yin, essence et substance, etc. Voici son diagramme général, obtenu en plaçant les deux signes principiels (Lion pour le masculin, Cancer pour le féminin) en haut. Ces deux signes ouvrent chacun une branche comprenant cinq signes placés sous leur juridiction respective, comme autant d'attributs compris dans leur nature (2):

       

    Les deux branches du Zodiaque 

        LES DEUX BRANCHES DU ZODIAQUE

    ORDRE DE SUCCESSION DES SIGNES ZODIACAUX

        Nous voyons ici que la branche marquée par le Lion ouvre une série voyant se succéder Vierge, Balance, Scorpion; Sagittaire et Capricorne et que la branche marquée par le Cancer préside à la succession des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau. Nous retrouvons dans ces deux ordres ceux figurant sur les petites colonnes du portail de la Vierge, à une exception près. En effet, sur le monument, les bas-reliefs du Lion et du Cancer sont inversés. Sous le Lion se situent les signes des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau, appartenant à la branche Cancer. Sous le Cancer prennent place les signes de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et du Capricorne, relevant tous de la branche solaire. Il ne s'agit ici nullement d'une erreur, mais de ce que René Guénon a appelé un "échange hiérogamique" (3). Ce dernier consiste dans l'échange entre les attributs masculins (célestes) et les féminins (terrestres). René Guénon cite l'exemple, tiré de la Tradition chinoise, de Fo Hi (figure céleste) et Niou Koua (figure terrestre). Le premier donne à la seconde le compas (le cercle étant une forme symbolisant le Ciel) et la seconde donne au premier l'équerre (le carré étant une forme symbolisant la Terre) (4). L' "échange hiérogamique" met en exergue la rencontre du Ciel et de la Terre, engendrant la manifestation. Cet aspect ressort ainsi dans le portail de Notre-Dame : le principe masculin (Lion) donne les signes sous sa juridiction au principe féminin (Cancer) et réciproquement.

        Il paraît intéressant de constater que seuls les quatre premiers signes de chaque branche prennent place sur les colonnes latérales. Les signes situés en partie basse de l'organisation intérieure du Zodiaque (Poissons et Verseau, d'une part, Sagittaire et Capricorne de l'autre) sont disposés sur le socle sur lequel reposent lesdites colonnes. Ce positionnement symbolise une proximité de ces signes avec le principe substantiel, passif (la Terre des extrêmes-orientaux). Il s'agit du support servant à l'essence pour se manifester. La composition architecturale de la partie du portail étudiée exprime ceci, via le Zodiaque. Si nous schématisons cette disposition, nous retrouvons la figure cosmologique primordiale, celle de l'axe vertical (symbolisant l'activité non agissante du Ciel) rencontrant le plan horizontal (représentant le support passif de la Terre). Cette rencontre produit les êtres manifestés, composés d'essence et de substance :
    schématisation de la disposition du Zodiaque de Notre-Dame

    Schématisation de la disposition du Zodiaque de Notre-Dame de Paris

        Relativement au Zodiaque, l'axe central est ici simplement suggéré, invisible, concevable seulement à partir des deux colonnes. Le monde manifesté est le domaine de la dualité : ce qui est Un n'apparaît que sous la forme duelle. Nous retrouvons dans cette disposition l' "Arbre de la science du bien et du mal", que l'on devrait davantage nommer "l'Arbre de la science du lumineux et de l'obscur" (yang et yin) pour éviter le piège du moralisme. Cet arbre se situe au centre du Jardin d'Eden, au même lieu que l' "Arbre de vie", lequel est en rapport avec l'axe central reliant l'être humain à la divinité, à l'Unité, au Principe. Le premier arbre n'est ainsi que la polarisation du second (5). L'homme choit lorsqu'il perd de vue l'axe central et qu'il oscille constamment entre les deux aspects du monde manifesté en perdant de vue le principe qui les unit, qui les synthétise dans sa propre nature. A cet égard, il est intéressant de constater que, dans le portail de la cathédrale, l'axe central est occupé par la figure de la Vierge elle-même, tenant l'Homme dans ses bras. Il serait trop long de développer ici cette question du symbolisme marial et féminin. Limitons-nous ici à constater que, de chaque côté de la Vierge, entre elle et les colonnes du Zodiaque, se trouvent les deux vantaux menant à l'intérieur de l'édifice. Ceci symbolise le rôle de la tradition chrétienne : entrer dans la tradition pour retrouver l'axe central, correspondant à la réalisation spirituelle de l'être.

        Rappelons que, dans une société traditionnelle, tout se subordonne aux principes. Toute chose manifestée ne constitue qu'un symbole de réalités supérieures. Ainsi, l'architecture sacrée, art duquel relève la construction des cathédrales, applique ce principe : un monument sert à symboliser certaines vérités. Nous trouvons dans le recours au symbolisme zodiacal au sein des édifices catholiques le rattachement de l'astrologie occidentale à cette Tradition, traduisant en ceci la parole biblique (Genèse) :

    "1.14 Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années;
    1.15 et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.
    1.16 Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles.
    1.17 Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre,
    1.18 pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres."

        Le Zodiaque lui-même, sa figuration sur certains monuments religieux et ce texte sont autant d'expressions différentes de la même réalité, présentant des points de vue différents sur ce même objet, se complétant tous pour faire accéder à une connaissance.
    (1) Pour ceux ne connaissant pas les symboles astrologiques, indiquons qu'ils se suivent dans cet ordre (identique à celui désigné par la flèche entourant le Zodiaque) : Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau, Poissons.
    (2) Pour plus de développements, voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les deux branches du Zodiaque (première partie) ; mêmes auteurs, Les âges planétaires.
    (3) Voir : René Guénon, La Grande Triade, éditions Gallimard, coll.NRF, chapitres VIII et XV. Retour au texte.
    (4) Pour de plus amples développements, voir : Ibid., chapitre XV.
    (5) Voir : René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, éditions Gallimard, collection NRF, chapitre IX.
     
     SECONDE PARTIE DE L'ETUDE

    A la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur le portail de la Vierge, un Zodiaque distribue ses signes de manière à figurer un échange hiérogamique (1). Cet échange se réalise entre les principes masculins et féminins et concerne leurs attributs respectifs. La Tradition chinoise symbolise ceci par l’échange des emblèmes terrestre et céleste (équerre et compas respectivement) entre Fo-Hi (principe masculin) et Niou-Koua (principe féminin). Le Zodiaque de Notre-Dame l’exprime en plaçant les signes inclus dans la branche Cancer (principe féminin, la Terre) sous celui du Lion (principe masculin, le Ciel) et inversement. La disposition des signes zodiacaux s’effectue donc ici en deux colonnes telles que :


    Le Zodiaque hiérogamique1

            Pour saisir la signification de cette compénétration de signes, il convient de rappeler en premier lieu que principe masculin et principe féminin ne peuvent s’envisager que corrélativement, dans la mesure où ils ne sont qu’une polarisation de l’Unité, comme l’illustre le Tai Qi (figure ci-dessous). Cette compréhension fait l’indissolubilité du lien entre Ciel et Terre.

     Symbole du Tai Qi

     

    LE TAI QI

     

            Le principe masculin est clair, intérieur, actif, émetteur, analogue du yang extrême oriental et de l’essence dans la terminologie occidentale. Le principe féminin est sombre, extérieur, passif, récepteur, analogue du yin extrême oriental et de la substance dans la terminologie occidentale. Les deux interagissent pour engendrer la manifestation et prennent successivement la prépondérance l’un sur l’autre, en un mouvement cyclique (2). Lorsque l’un décroît, l’autre croît à raison. D’un côté, l’essence active la potentialité de la substance, laquelle sert alors de réceptacle se conformant à cette activité. De l’autre, la substance, sombre et passive, inhibe le yang en lui donnant une forme de plus en plus fixée, arrêtée.

     

            La composition intérieure du Zodiaque occidental (3) nous montre ces diverses modifications de la substance (le yin) et de l’essence (yang) :

     

    Les deux branches du Zodiaque 

        ORDRE INTERIEUR DE SUCCESSION DES SIGNES ZODIACAUX

     

            En nous reportant au Zodiaque de Notre-Dame, nous nous apercevons que les deux colonnes de signes montrent, à gauche, le principe masculin (Lion) tel qu’il apparaît successivement en modifiant la substance et, à droite, le principe féminin et sa manière graduelle d’inhiber, d’enfermer l’essence en en limitant progressivement les possibilités. Nous retrouvons ceci dans le diagramme de Fo-Hi et de Niou-Koua, évoqué dans la première partie de cet article. Leur échange d’outils (le compas et l’équerre) symbolise que chacun de ces principes anime l’instrument de l’autre en y « ajoutant » sa propre nature, complémentaire donc de celle de l’instrument. De leur rencontre naît tel ou tel élément manifesté.

     

            Nous ne reviendrons pas ici sur toutes les étapes de ces modifications. S’agissant de notre sujet, nous l’illustrerons pour chacun des deux principes afin de préciser la signification de l’échange hiérogamique et d’en voir l’application dans le Zodiaque.

     

            La branche sous le Lion telle que figurée dans le Zodiaque de Notre-Dame montre le principe masculin dans son activité progressive sur la substance. Il s’agira pour lui, conformément à ce qu’il symbolise, de regrouper autour d’une unité la dualité inhérente à la substance et de la coordonner. Les diverses possibilités du principe masculin y sont perçues indirectement, par reflet, via la réaction du principe féminin, comme l’on observe le vent par le feuillage qu’il agite. Le premier signe sous le Lion est ici les Gémeaux. La dualité d’opposés/complémentaires que ces derniers représentent s’effectue autour d’un centre, situé symboliquement au milieu de l’axe joignant les deux extrêmes (4). Analogiquement, le mouvement cyclique (Gémeaux) se déroule autour d’un centre et ses variations (montée/descente, jour/nuit) correspondent à la dualité sus évoquée, comme l’illustre le symbole ci-dessous. Le centre ne se situe pas sur la trajectoire parcourue, pas plus qu’il ne se trouve pris dans l’opposition entre termes complémentaires. Seuls ces facteurs extérieurs rendent compte de la présence du centre en tant que tel.


    Diagramme représentant les Gémeaux
     
    Symbolisation des rapports entre dualité de complémentaires et mouvement cyclique, tous deux réalisé autour d’un centre. Ce diagramme correspond aux valeurs Gémeaux.
     

            De ce principe est tiré par exemple le mouvement ellipsoïdal des objets célestes se groupant en orbite autour du Soleil : ces ellipses (5) le désigne comme foyer central, le font apparaître tel. Le mouvement autour du Soleil est considéré traditionnellement comme une réaction du milieu à sa présence, ce qui est une autre forme pour exprimer l’échange hiérogamique.

            Cette dualisation et ce mouvement cyclique posent une seconde modification, consistant dans un attachement, analogue de l’attraction entre les deux genres ou de la force de gravitation retenant les planètes dans leur orbite
    (6)
    . Cette attraction est symbolisée par le signe sous celui des Gémeaux : le Taureau. Elle rend à son tour compte de la présence d’une unité, d’un centre, tout se liant à lui et en fonction de lui. Nous pouvons ainsi continuer jusqu’au Verseau où la substance devient des plus volatiles et s’échappe. Ce qui a été reçu (Cancer) est finalement remis à d’autres, s’extériorise le plus (Verseau).

     

            Inversement, la branche sous le Cancer telle que figurée dans le Zodiaque de Notre-Dame montre le principe féminin dans son rôle inhibiteur du principe masculin, enveloppant celui-ci progressivement de sorte à en restreindre les possibilités, à les fixer pour que la manifestation se produise. Se faisant, l’essence n’en perd pas pour autant son rôle actif. Il continue de modeler la substance, mais avec des possibilités moindres. En premier lieu, le principe féminin vient enfermer l’unité en une organisation tripartite (la Vierge, dont le graphisme est évocateur (voir figure infra)). Nous en voyons un exemple dans la composition du corps humain selon trois centres (un sous le nombril, un au niveau de la poitrine et un entre les deux yeux, correspondant à des centres subtils (7)) et selon trois « étages » : les parties inférieure et médiane et la tête. Il est intéressant de noter que la substance propre à notre monde, par analogie avec la Substance primordiale, comporte en elle trois propriétés (nommées gunas dans la Tradition hindoue) : la tendance ascendante, la tendance expansive (à l’horizontale) et la tendance descendante (8). L’essence modifie ces trois tendances pour que la manifestation se produise. Elle vient ainsi s’y enfermer sous cette triple contrainte, ce que retrace la théorie de l’échange hiérogamique. Un principe vient toujours se réduire dans la manifestation en un ensemble hiérarchisé, ayant pour fonction d’orchestrer le mouvement.

     

    Signe zodiacal de la Vierge

     

    SIGNE DE LA VIERGE

     

            Si nous descendons encore d’un degré, nous voyons que l’organisation tripartite se trouve à son tour enfermée dans un rapport Terre – Ciel que figure le signe de la Balance. La face inférieure, terrestre, est plate (carrée), la face supérieure est bombée, évoquant le ciel couvrant la terre. Nous passons ici du nombre 3 (Vierge) au nombre 2 (Balance). Dans la numération traditionnelle, le 2 représente la Terre et le 3 le Ciel. Dans le passage de la Vierge à la Balance, nous trouvons ainsi le mouvement descendant, l’inhibition de l’essence par la substance.

     

    Signe zodiacal de la Balance

     

    SIGNE DE LA BALANCE

     

            Ce rapport Terre-Ciel rend compte de manière plus réduite de l’organisation, sous la forme de lois lui étant propres, par conséquent de modes de rééquilibrage constants destinés à ramener vers le centre, vers le point d’équilibre (le Lion dont nous étions partis) mais de manière divisée, par contradiction ou plutôt complémentarité : refroidir quand il fait chaud, réchauffer quand il fait froid, élever ce qui est bas, abaisser ce qui est élevé, etc. Le principe exprimé par le Lion ne sert plus ici que de point de référence « extérieur » pour déterminer une action correctrice. Il est en train de descendre, ceci étant également symbolisé par la graphie de la Balance : un Soleil se couchant.

     

            De proche en proche, le principe masculin achève sa descente. Le Capricorne, achevant l’inhibition de l’essence par la substance, désigne cette essence « ternie ». La fermeté intérieure est devenue rigidité. Nous y assistons à l’enfermement dans une individualité de ce qui la dépassait initialement. Le yang, l’essence, ne joue plus que dans un périmètre réduit, dans une « peau ». Cet enfermement le dissimule tout en rendant compte de sa présence. Au fond, il s’agit toujours de la loi du symbolisme : les formes voilent mais en cela expriment les réalités supérieures.

     

    ...............................


    (1) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Une figuration du Zodiaque sur la Cathédrale de Notre-Dame de Paris (première partie).
    (2) Nous en avons des illustrations dans le cycle d’une journée, dans celui d’une saison, dans celui d’une vie, dans celui d’un monde.

    (3) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les deux branches du Zodiaque (première partie).

    (4) Voir sur ce sujet : René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Guy Trédaniel éditeur, chapitre VII, La résolution des oppositions.
    (5) Le caractère non strictement circulaire des orbites est lié au caractère imparfait de la manifestation, tendant à tout rendre sous forme duelle (l’ellipse est tirée du cercle en dédoublant son centre).

    (6) On pourrait s’étonner de ce que c’est le mouvement cyclique qui amène la force de gravitation et non l’inverse comme le prône aujourd’hui la science moderne. Néanmoins, l’attraction, force de nature moins subtile (au sens traditionnel du terme) que la forme cyclique, n’est qu’un moyen de réaliser ce mouvement qui forme le véritable principe de celle-ci. Pour mieux le saisir, rappelons-nous que c’est la dualité des sexes et la possibilité de leurs échanges (analogue des Gémeaux) qui fait l’attraction (Taureau) entre eux et non l’inverse.
    (7) Cet enchaînement entre Lion et Vierge se retrouve s’agissant de la symbolisation du cœur dans la Tradition. Les trois Dan Tian (« champs de cinabre » : inférieur, médian et supérieur) résultent d’une division analogue du centre, du cœur de l’individualité. Voir : G. Audebrand et I. Ravier,
    La symbolisation du cœur en astrologie traditionnelle
    .
    (8) Voir : René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Guy Trédaniel éditeur, chapitre V, Théorie hindoue des trois gunas.
     

     

    A la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur le portail de la Vierge, un Zodiaque distribue ses signes de manière à figurer un échange hiérogamique (1). Cet échange se réalise entre les principes masculins et féminins et concerne leurs attributs respectifs. La Tradition chinoise symbolise ceci par l’échange des emblèmes terrestre et céleste (équerre et compas respectivement) entre Fo-Hi (principe masculin) et Niou-Koua (principe féminin). Le Zodiaque de Notre-Dame l’exprime en plaçant les signes inclus dans la branche Cancer (principe féminin, la Terre) sous celui du Lion (principe masculin, le Ciel) et inversement.

     

    Pour saisir la signification de cette compénétration de signes, il convient de rappeler en premier lieu que principe masculin et principe féminin ne peuvent s’envisager que corrélativement, dans la mesure où ils ne sont qu’une polarisation de l’Unité, comme l’illustre le Tai Qi (figure ci-dessous). Cette compréhension fait l’indissolubilité du lien entre Ciel et Terre.


     

     

    LE TAI QI

     

    Le principe masculin est clair, intérieur, actif, émetteur, analogue du yang extrême oriental et de l’essence dans la terminologie occidentale. Le principe féminin est sombre, extérieur, passif, récepteur, analogue du yin extrême oriental et de la substance dans la terminologie occidentale. Les deux interagissent pour engendrer la manifestation et prennent successivement la prépondérance l’un sur l’autre, en un mouvement cyclique (2). Lorsque l’un décroît, l’autre croît à raison. D’un côté, l’essence active la potentialité de la substance, laquelle sert alors de réceptacle se conformant à cette activité. De l’autre, la substance, sombre et passive, inhibe le yang en lui donnant une forme de plus en plus fixée, arrêtée.

     

    La composition intérieure du Zodiaque occidental (3) nous montre ces diverses modifications de la substance (le yin) et de l’essence (yang) :


     

    ORDRE INTERIEUR DE SUCCESSION DES SIGNES ZODIACAUX

     

    En nous reportant au Zodiaque de Notre-Dame, nous nous apercevons que les deux colonnes de signes montrent, à gauche, le principe masculin (Lion) tel qu’il apparaît successivement en modifiant la substance et, à droite, le principe féminin et sa manière graduelle d’inhiber, d’enfermer l’essence en en limitant progressivement les possibilités. Nous retrouvons ceci dans le diagramme de Fo-Hi et de Niou-Koua, évoqué dans la première partie de cet article. Leur échange d’outils (le compas et l’équerre) symbolise que chacun de ces principes anime l’instrument de l’autre en y« ajoutant » sa propre nature, complémentaire donc de celle de l’instrument. De leur rencontre naît tel ou tel élément manifesté.

     

    Nous ne reviendrons pas ici sur toutes les étapes de ces modifications. S’agissant de notre sujet, nous l’illustrerons pour chacun des deux principes afin de préciser la signification de l’échange hiérogamique et d’en voir l’application dans le Zodiaque.

     

    La branche sous le Lion telle que figurée dans le Zodiaque de Notre-Dame montre le principe masculin dans son activité progressive sur la substance. Il s’agira pour lui, conformément à ce qu’il symbolise, de regrouper autour d’une unité la dualité inhérente à la substance et de la coordonner. Les diverses possibilités du principe masculin y sont perçues indirectement, par reflet, via la réaction du principe féminin, comme l’on observe le vent par le feuillage qu’il agite. Le premier signe sous le Lion est ici les Gémeaux. La dualité d’opposés/complémentaires que ces derniers représentent s’effectue autour d’un centre, situé symboliquement au milieu de l’axe joignant les deux extrêmes (4). Analogiquement, le mouvement cyclique (Gémeaux) se déroule autour d’un centre et ses variations (montée/descente, jour/nuit) correspondent à la dualité sus évoquée, comme l’illustre le symbole ci-dessous. Le centre ne se situe pas sur la trajectoire parcourue, pas plus qu’il ne se trouve pris dans l’opposition entre termes complémentaires. Seuls ces facteurs extérieurs rendent compte de la présence du centre en tant que tel.



    Symbolisation des rapports entre dualité de complémentaires et mouvement cyclique, tous deux réalisé autour d’un centre. Ce diagramme correspond aux valeurs Gémeaux.
     

    De ce principe est tiré par exemple le mouvement ellipsoïdal des objets célestes se groupant en orbite autour du Soleil : ces ellipses (5) le désigne comme foyer central, le font apparaître tel. Le mouvement autour du Soleil est considéré traditionnellement comme une réaction du milieu à sa présence, ce qui est une autre forme pour exprimer l’échange hiérogamique.

    Cette dualisation et ce mouvement cyclique posent une seconde modification, consistant dans un attachement, analogue de l’attraction entre les deux genres ou de la force de gravitation retenant les planètes dans leur orbite
    (6)
    . Cette attraction est symbolisée par le signe sous celui des Gémeaux : le Taureau. Elle rend à son tour compte de la présence d’une unité, d’un centre, tout se liant à lui et en fonction de lui. Nous pouvons ainsi continuer jusqu’au Verseau où la substance devient des plus volatiles et s’échappe. Ce qui a été reçu (Cancer) est finalement remis à d’autres, s’extériorise le plus (Verseau).

     

    Inversement, la branche sous le Cancer telle que figurée dans le Zodiaque de Notre-Dame montre le principe féminin dans son rôle inhibiteur du principe masculin, enveloppant celui-ci progressivement de sorte à en restreindre les possibilités, à les fixer pour que la manifestation se produise. Se faisant, l’essence n’en perd pas pour autant son rôle actif. Il continue de modeler la substance, mais avec des possibilités moindres. En premier lieu, le principe féminin vient enfermer l’unité en une organisation tripartite (la Vierge, dont le graphisme est évocateur (voir figure infra)). Nous en voyons un exemple dans la composition du corps humain selon trois centres (un sous le nombril, un au niveau de la poitrine et un entre les deux yeux, correspondant à des centres subtils (7)) et selon trois « étages » : les parties inférieure et médiane et la tête. Il est intéressant de noter que la substance propre à notre monde, par analogie avec la Substance primordiale, comporte en elle trois propriétés (nommées gunas dans la Tradition hindoue) : la tendance ascendante, la tendance expansive (à l’horizontale) et la tendance descendante (8). L’essence modifie ces trois tendances pour que la manifestation se produise. Elle vient ainsi s’y enfermer sous cette triple contrainte, ce que retrace la théorie de l’échange hiérogamique. Un principe vient toujours se réduire dans la manifestation en un ensemble hiérarchisé, ayant pour fonction d’orchestrer le mouvement.

     

    SIGNE DE LA VIERGE


     

    Si nous descendons encore d’un degré, nous voyons que l’organisation tripartite se trouve à son tour enfermée dans un rapport Terre – Ciel que figure le signe de la Balance. La face inférieure, terrestre, est plate (carrée), la face supérieure est bombée, évoquant le ciel couvrant la terre. Nous passons ici du nombre 3 (Vierge) au nombre 2 (Balance). Dans la numération traditionnelle, le 2 représente la Terre et le 3 le Ciel. Dans le passage de la Vierge à la Balance, nous trouvons ainsi le mouvement descendant, l’inhibition de l’essence par la substance.

     

    SIGNE DE LA BALANCE

     

    Ce rapport Terre-Ciel rend compte de manière plus réduite de l’organisation, sous la forme de lois lui étant propres, par conséquent de modes de rééquilibrage constants destinés à ramener vers le centre, vers le point d’équilibre (le Lion dont nous étions partis) mais de manière divisée, par contradiction ou plutôt complémentarité : refroidir quand il fait chaud, réchauffer quand il fait froid, élever ce qui est bas, abaisser ce qui est élevé, etc. Le principe exprimé par le Lion ne sert plus ici que de point de référence « extérieur » pour déterminer une action correctrice. Il est en train de descendre, ceci étant également symbolisé par la graphie de la Balance : un Soleil se couchant.

     

    De proche en proche, le principe masculin achève sa descente. Le Capricorne, achevant l’inhibition de l’essence par la substance, désigne cette essence « ternie ». La fermeté intérieure est devenue rigidité. Nous y assistons à l’enfermement dans une individualité de ce qui la dépassait initialement. Le yang, l’essence, ne joue plus que dans un périmètre réduit, dans une« peau ». Cet enfermement le dissimule tout en rendant compte de sa présence. Au fond, il s’agit toujours de la loi du symbolisme : les formes voilent mais en cela expriment les réalités supérieures.


     

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    (1) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Une figuration du Zodiaque sur la Cathédrale de Notre-Dame de Paris (première partie). Retour au texte.

    (2) Nous en avons des illustrations dans le cycle d’une journée, dans celui d’une saison, dans celui d’une vie, dans celui d’un monde.Retour au texte.

    (3) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les deux branches du Zodiaque. Retour au texte.

    (4) Voir sur ce sujet : René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Guy Trédaniel éditeur, chapitre VII, La résolution des oppositions. Retour au texte.

    (5) Le caractère non strictement circulaire des orbites est lié au caractère imparfait de la manifestation, tendant à tout rendre sous forme duelle (l’ellipse est tirée du cercle en dédoublant son centre). Retour au texte.

    (6) On pourrait s’étonner de ce que c’est le mouvement cyclique qui amène la force de gravitation et non l’inverse comme le prône aujourd’hui la science moderne. Néanmoins, l’attraction, force de nature moins subtile (au sens traditionnel du terme) que la forme cyclique, n’est qu’un moyen de réaliser ce mouvement qui forme le véritable principe de celle-ci. Pour mieux le saisir, rappelons-nous que c’est la dualité des sexes et la possibilité de leurs échanges (analogue des Gémeaux) qui fait l’attraction (Taureau) entre eux et non l’inverse. Retour au texte.

    (7)Cet enchaînement entre Lion et Vierge se retrouve s’agissant de la symbolisation du cœur dans la Tradition. Les trois Dan Tian (« champs de cinabre » : inférieur, médian et supérieur) résultent d’une division analogue du centre, du cœur de l’individualité. Voir : G. Audebrand et I. Ravier, La symbolisation du cœur en astrologie traditionnelle. Retour au texte.

    (8) Voir : René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Guy Trédaniel éditeur, chapitre V, Théorie hindoue des trois gunas.

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