• Nouvel Age: Resurgence Traditionnelle ou parodie?

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    Quand l'imaginaire remplace la réalité...

     

    Christophe Levalois

     

    Le "Nouvel Age", plus souvent appelé "New Age", est un phénomène relativement récent qui a connu un très grand développement dans les années soixante-dix et quatre-vingt d'abord aux Etats-Unis, puis en Europe. Son influence grandissante se fait sentir dans tous les domaines de l'activité humaine: les entreprises, I'agriculture, la médecine, le commerce, les sciences, le cinéma, la musique, la littérature, etc. Ne serais-ce qu'aux Etats-Unis plus de dix mille associations le professent. Certains ouvrages qui s'en inspirent se vendent à plusieurs millions d'exemplaires dans le même pays, jusqu'à plusieurs dizaines de milliers en France. De nombreuses revues diffusent ses idées. Son ampleur et sa continuelle progression en font incontestablement un mouvement qui, demain, peut subvertir l'ensemble de la société. Aussi il convient de s'interroger sur ce phénomène, sa nature, son utilité ou sa nocivité, bref il importe de se positionner par rapport à lui. Bien sûr nous l'étudions dans ce qu'il a de plus sérieux et non à travers les charlatans et les profiteurs qui exploitent le filon ou toutes les personnes crédules qui en sont les victimes. Le "Nouvel Age" est bien plus profond que cette pitoyable écume folklorique.

     

    1- Une religiosité adaptée à notre temps

    Le "Nouvel Age" apparaît de prime abord comme un bric-à-brac de différentes traditions ainsi que de voies et de techniques anciennes diverses. Cela n'est pas nouveau. Des groupes spiritualistes du XlXe et XXe siècle comme le théosophisme ou les Rose-Croix pratiquent aussi le syncrétisme. La grande originalité du "Nouvel Age" est sa fluidité. Il n'a pas de dogmes, de table de la loi, d'organisation générale, de hiérarchie, de chefs de file, de centre géographique. Ce n'est ni une religion, ni une secte. C'est une nébuleuse qui peut prendre toutes les formes nécessaires pour que son message, et mieux sa vision, se concrétise auprès de publics fort divers. Il a les qualités de l'eau: il épouse les formes qu'il rencontre sur son chemin, s'adapte à tous les terrains, s'insinue quasiment partout.

    Cette démarche est remarquablement adapté aux exigences de notre temps. En effet, actuellement les modes se succèdent, les formes se transforment ou périssent vite, en somme le durable est toujours plus rare. On parle à ce propos d'accélération du temps. L'instabilité est la règle. Le fixe se liquéfie très rapidement. La vie des sociétés s'organise autour des flux. Prenons l'exemple de la richesse matérielle. Au Moyen-Age pour être riche il fallait posséder des terres. A partir du XVllle siècle, I'essentiel de la richesse se trouve dans le commerce et l'industrie. Aujourd'hui, elle se situe dans les grandes places boursières. Nous sommles passés d'une richesse visible, étendue, matérielle à une richesse qui occupe un espace toujours plus limité, qui est même parfois immatérielle(2). Au passage notons que cette richesse, outre sa fluidité, est également très volatile. C'est également valable pour les particuliers. Au Moyen-Age et aux Temps Modernes on utilisait des pièces, puis on s'est servi de papier-monnaie. Aujourd'hui, sauf pour les petites dépenses, on emploie des chèques, en somme de simples bouts de papier imprimé, et de plus en plus souvent une carte à mémoire. Le support est toujours plus petit. La richesse n'a presque plus de réalité palpable, matérielle. Cette évolution est extrêmement révélatrice et va de pair avec l'évolution générale (3). Un mouvement qui emploie les caractéristiques du temps et qui répond aux attentes de beaucoup ne peut que réussir. Cela explique en grande partie, à notre avis, le succès du "Nouvel Age".

     

    Il- Des sources très diverses

    De façon générale le "Nouvel Age" se présente comme un ensemble aux contours flous qui regroupe, ou récupère, des traditions venant d'horizons différents. Il y a un héritage antique: hermétisme, gnosticisme, néo-platonisme. Il intègre aussi les mouvements et enseignements ésotériques occidentaux, notamment le théosophisme et le spiritisme. L'autre grande source s'alimente aux spiritualités orientales: soufisme, yoga,
     tantrisme, taoisme (4), bouddhisme.

    Le "Nouvel Age" est né à la suite du mouvement hippie au début des années soixante aux Etats-Unis. Il s'est plus particulièrement développé dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Sa progression se poursuit toujours. En 1980, la journaliste américaine Marilyn Ferguson a écrit un livre qui a obtenu un grand succès sur cette "conspiration", ainsi qu'elle l'appelle. Il porte comme titre en français Les enfants du Verseau (5) et dresse un état des lieux. Il fait aussi figure de manifeste.

     

    III- Une conception du monde en rupture avec la modernité

    Pour les adeptes du "Nouvel Age" nous entrons dans une nouvelle ère astronomique: I'ère du Verseau. Ce changement doit entraîner de profondes transformations pour les sociétés humaines, à savoir plus de justice, une meilleure communication, un essor des spiritualités, I'abolition des frontières et l'émergence d'une conscience planétaire (6).

    Venons-en aux caractéristiques de la vision du monde du "Nouvel Age". Jean Vernette les a ainsi résumées (7):
    "- Primat de l'expérience personnelle et directe comme critère de validation d'un cheminement spirituel, ce qui va de pair avec l'acceptation tolérante de la pluralité des voies, dans cette idée universaliste que toutes les religions convergent vers une Unité transcendante;
    - une vision holistique des choses fondée sur l'origine unique de l'Energie animant l'ensemble des phénomènes humains et cosmiques et sur la loi des correspondances entre les différents ordres du réel;
    -I'amour et la compassion comme fondement du regard sur les êtres, dans un état d'esprit positif et ouvert qui bannit la peur;
    -la contestation des idoles de la modernité, de la dictature de la raison et de la technique, de l'establishment et du "système" en place, une attitude de contre-culture fondée sur le primat déjà signalé de la transformation intérieure pour transformer la société."
     Le texte cité en annexe complète parfaitement cette synthèse des principales idées du "Nouvel Age".

    Celui-ci se présente donc comme un mouvement de pensée qui aspire à fonder une nouvelle humanité.

     

    IV- Critique du "Nouvel Age

    Si un bon nombre des idées du "Nouvel Age" nous paraissent justes et salubres, d'autres, par contre, sont pleinement contre-traditionnelles (8), nous ne pouvons donc, pour ces dernières, que les rejetter. Par conséquent un tri s'impose. Nous commencerons celui-ci en évoquant la nocivité de certains de ses principes.

    Le premier reproche que l'on peut faire au "Nouvel Age" est de pratiquer un syncrétisme débridé et, de façon plus générale, de prôner tous les mélanges. Le syncrétisme vise à mélanger sans distinction des formes traditionnelles -symboles, pratiques religieuses, techniques, etc.- fort différentes. Cette démarche n'est en rien facteur d'unité, mais source de confusions et d'uniformité (9).

    Cette conception se retrouve dans un autre aspect capital du "Nouvel Age", son cosmopolitisme. On pourrait dans un premier temps adresser à celui-ci les observations faite au syncrétisme. Ils sont de même nature. C'est une tendance essentiellement moderne (10). Elle amène la destruction des différences, un nivellement et par là une chute qualitative des sociétés qui y sont confrontées. Ce phénomène, qui touche tous les aspects de l'activité humaine, est suffisamment visible pour qu'il ne soit pas utile de s'y attarder davantage ici. Le "Nouvel Age" montre là
     une contradiction due sans doute à l'imprégnation de slogans, de discours, voire d'idéologies bien d'aujourd'hui. Pourtant sa vision holistique et systémique lui permet de considérer une unité tout en distinguant ses différentes parties. En ne le faisant pas, elle confond mondialisme et cosmopolitisme avec universalisme. Le mondialisme tend à modeler l'ensemble des sociétés humaines en une seule. Il est donc extrêmement réducteur, mutilant et à terme funeste. L'universalisme reconnaît les différences tout en affirmant que l'on se rejoint par le haut, par l'esprit et uniquement par lui.

    On pourrait aussi relever ci et là, pour notre critique du "Nouvel Age", quelques formules, présentées sous forme de bons sentiments, propres à notre époque auquelles beaucoup de tenants dudit mouvement sacrifient plus ou moins consciemment. Nous ne dirons que quelques mots sur l'une d'elle: I'optimisme. Cela ressemble à la méthode Coué et de ce point de vue nous ne saurions trop la recommander pour son efficacité. Cela étant dit l'optimisme obligatoire et béat qui est proposé confine à la niaiserie. Il n'est pas question d'être pessimiste ou le contraire, mais de voir les choses telles qu'elles sont et de les aborder, voire de les affronter, avec courage et détermination. Si nous sommes pessimistes pour le temps présent, nous savons aussi qu'après l'hiver vient nécessairement un printemps et cela ne peut que nous inciter à un optimisme pour le long terme.

     

    V- Des éléments positifs

    Le "Nouvel Age" présente aussi des aspects que nous estimons positifs. Il y a tout d'abord la vision holistique et systémique qui rappelle à bien des égards le raisonnement par analogie des sociétés traditionnelles. Il s'agit là d'une rupture importante avec la pensée analytique et rationaliste du monde moderne.

    La primauté de l'esprit nous paraît être un autre point également fondamental. Il en découle que pour le "Nouvel Age" toute transformation extérieure est consécutive à un changement intérieur, une transformation en chacun de nous, et non l'inverse.

    Le non-dualisme est un autre aspect sympathique. Ainsi sont réconciliés, car complémentaires, des éléments différents: I'esprit et la matière, le masculin et le féminin, le sujet et l'objet, Dieul et le monde ou l'homme, etc.
     Le respect de la nature, le volontarisme, I'impératif de la méditation et du recentrage sur soi-même, la nécessité de la réflexion pour que l'action ne soit pas vaine, l'ouverture à d'autres dimensions de l'univers sont quelques uns des autres points positifs.

     

    Vl- Le Nouvel Age est peut-être une opportunité pour en finir avec le monde moderne

    Finalement que penser du "Nouvel Age" ? Pour certains catholiques conservateurs ce n'est ni plus ni moins que du paganisme (12) ! Peut-être ont-ils partiellement raison. Pour d'autres, il s'agit d'une pensée qui menace les fondements de la modernité. Ainsi, récemment, le philosophe Luc Ferry est parti en guerre contre l'"écologie profonde", proche du "Nouvel Age" par bien des aspects, dans un ouvrage intitulé Le Nouvel Ordre écologique (13) qui a connu un grand succès et a suscité de nombreux débats. Dans un entretien à L'Express (14) il a notamment déclaré: " La thèse selon laquelle l'homme n'est qu'un élément parmi d'autres est contraire à la philosophie qui a présidé à la Déclaration des droits de l'homme: c'est en s'arrachant à la nature que l'homme devient lui-même, c'est en se révoltant contre le déterminisme et la tradition qu'il construit une société de droit, c'est en s'évadant de son passé qu'il s'ouvre à la culture et qu'il accède à la connaissance... Depuis la Révolution française, toute notre culture démocratique, intellectuelle, économique, artistique, repose sur ce nécessaire déracinement, (...)"(15)

    La question qui se pose à nous est toute autre. Il s'agit de savoir si le "Nouvel Age" doit être combattu. En vue de quelles fins? Ou bien si cela est une perte de temps? Ou bien encore si le "Nouvel Age", malgré tout, ne présente pas des points intéressants qui sont autant de leviers capables de subvertir et de faire basculer dans les oubliettes de l'histoire le monde moderne ? Après tout, en ce monde rien n'est parfait mais tout est perfectible !

    Notre avis en ce qui concerne le "Nouvel Age" est double en raison de l'ambivalence de sa nature. C'est une caricature de la pensée traditionnelle à cause des points négatifs que nous avons énoncés plus haut (16) . De ce point de vue il est bien placé pour organiser la grande parodie finale évoquée par Guénon (17) en constituant une spiritualité mondiale s'accordant avec l'idéologie des droits de l'homme. Le "Nouvel Age" est certainement cela. Mais il n'est pas que ceta.

    En effet, il prépare aussi au passage trans-cyclique et participe à la mise à mort du monde moderne. C'est même un puissant levier pour hater sa fin. Il fournit les outils indispensables à un véritable renouveau. Ce sont notamment le recentrage sur soi-même, donc sur son intériorité, et l'ouverture de la conscience au cosmos (18) . Ainsi tout en favorisant une dissolution générale, il conduit les hommes -sans doute même à son insu - à un éveil dont la première étape consiste d'abord à être un bon réceptacle. Effectivement, comment dialoguer avec l'univers et ses forces si l'on n'est pas capable de le comprendre et de recevoir ses messages ? C'est pourquoi le "Nouvel Age", par-delà la parodie qu'il véhicule, prépare aussi les hommes à une véritable révolution, c'est-àdire, comme l'indique son sens étymologique, un retour à l'origine, à la lumière aurorale, à un monde où nous disent les textes anciens les divinités vivaient avec les hommes.

     

    Notes:

    1 Parmi les plus sérieuses en France: Sources, Nouvelles Clés, 3e millénaire.

    2 Lors des transactions boursières des sommes colossales sont échangées, apparaissent ou disparaissent. Elles n'ont pourtant quasiment aucune base physique. En effet, tout se passe par ordinateur.
    3 Dans Lignes d'horizon, Fayard, Paris, 1990, Jacques Attali annonce l'avènement d'un monde unifié de nomades. Il s'agit là d'une fluidité sociale et professionnelle. Il prévoit notamment pour les années à venir que (p.50): " L'homme, comme l'objet, y sera nomade, sans adresse, ni famille stable, porteur sur lui, en lui, de tout ce qui fera sa valeur sociale (...) I'éphémère sera le rythme de la loi;

    ( )

    4 Nous avons évoqué plus haut la fluidité du phénomène étudié. Un texte de Lao-tseu, le principal auteur taoiste, I'exprime parfaitement: " En ce monde, rien de plus souple et de plus faible que l'eau; cependant aucun être, quelque fort et puissant qu'il soit, ne résiste à son action; et aucun être ne peut se passer d'elle", Tao-tei-king, chapitre 78, traduction de Léon Wieger dans Les pères du système taoiste, Les belles lettres, 1983.
    5 Calmann-Lévy, Paris, 1981. Le titre de l'édition américaine est The Aquarian Conspiracy ( 1er édition:LosAngeles, 1980.
    6 Notons que l'on représente, en astrologie, le Verseau par un personnage de la mythologie grecque, Ganymède. Celui-ci tient une vase dont il déverse le contenu liquide. Il a donc un caractère fluidique très affirmé.
    7 Dans Le New Age, Presses Universitaires de France, collection Que sais-je ?, n°2674, 1992.
     8 René Guénon a distingué anti-Tradition de contre-Tradition. La première expression désigne une opposition destructrice à l'esprit traditionnel, la seconde sa parodie.
    9 Nous avons traité ce problème dans notre ouvrage intitulé Les ternps de confusion, essai sur la fin du monde moderne, Trédaniel, Paris, 1991. René Guénon, dans Aperçus sur l'initiation, Editions Traditionnelles, Paris, 1983, a observé sur le syncrétisme:  Le "syncrétisme, entendu dans son vrai sens, n'est rien de plus qu'une simple juxtaposition d'éléments de provenances diverses, rassemblés "du dehors", pour ainsi dire, sans qu'aucun principe d'ordre plus profond vienne les unifier. Il est évident qu'un tel assemblage ne peut pas constituer réellement une doctrine, pas plus qu'un tas de pierres ne constitue un édifice; (...) Le syncrétisme, dans tous les cas, est toujours un procédé esentiellement profane, par son "extériorité même ; et non seulement il n'est pas une synthèse, mais, en un certain sens, il en est même tout le contraire. En effet, la synthèse, par définition part des principes, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus intérieur; elle va, pourrait-on dire, du centre à ia circonférence, tandis que le syncrétisme se tient à la circonférence même, dans la pure multiplicité, en quelque sorte atomique, et de détail indéfini d'éléments pris un à un, considérés en eux-mêmes et pour eux-mêmes, et séparés de leur principe, c'est-à-dire de leur véritable raison d'être." Le syncrétisme n'est pas, non plus, un comparatisme. Dans celui-ci on cherche avec méthode et prudence des éclairages dans d'autres traditions afin d'approfondir le problème posé ou la tradition du chercheur.
    10 Cf. également Les temps de confusion, essai sur la fin du monde moderne, op.cit.

    11 Qui est assimilé à la conscience universelle.
     12 C'est par exemple le cas de Pierre Debray qui expose son point de vue dans La conspiration du verseau, C.M.N., Paris, 1990. Une autre analyse catholique, bien plus mesurée et fruit d'une analyse plus profonde, est donnée par Samuel Rouvillois, dans "Vers un Nouvel Age?" , Fayard collection Le Sarment, Paris, 1993. Cet auteur, professeur de philosophie dans un institut catholique, reconnaît que (p.179) " ... les questions posées et les problèmes soulevés sont pertinents et aigus, (...)". Néanmoins, il conclue sévèrement en affirmant notamment que p.180) (...) le niveau intellectuel des réponses proposées par le Nouvel Age est celui du simplisme réductionniste et de l'idéologie." Il ajoute qu'il faut (pp.180-181) " (...) refuser de céder au bricolage scientifico-mystique d'une pensée qui n'a de prise sur nos mentalités qu'en profitant de la complète ignorance religieuse et de l'état de sous-culture que connaissent la plupart des jeunes générations. Accueilli par des intelligences presque exclusivement formées à l'école de l'informatique et ds médias, le Nouvel Age risque de nous engager dans une régression culturelle massive, sous couvert de réponses métaphysiques et spirituelles.
    13 Grasset, Paris, 1992.
    14 24 septembre 1992. Egalement interrogé dans L'Express, en date du 5 novembre 1992, Edgar Morin s'est montré plus nuancé. Il a tout d'abord émis des réserves à l'encontre de l'appel de Heidelberg lancé en juin 1992, au moment du sommet de Rio consacré à l'ecologie, par des biologistes et signé par 52 Prix Nobel lequel s'élève contre les écologistes et les "idéologies irrationnelles" qui s'opposeraient au "progrès industriel et scientifique". A la question p.121) "On voit aussi pointer partout une certaine mythologie du global, une sorte de néoscientisme religieux, comme celui des adeptes du new-âge, où tout est dans tout", il a répondu: "ll ne faut pas tout mélanger, mais malheureusement, ou heureusement, tout est lié (...) En science, comme dans la vie quotidienne, il nous faut lutter conte la pensée réductrice qui désintègre les réalités d'ensemble et les problèmes fondamentaux, contre la pensée compartimentée qui est incapable de relier par l'esprit ce qui est pourtant relie dans le monde où nous vivons. Je prône la pensée qui situe tout objet dans son contexte et son environnement. Je prône la pensée qui relie mais qui sait distinguer: ce que j'appelle la "pensée complexe"."

    15 Alain Finkielkraut, dans un article intitulé 'L'universel et le national" paru dans Le courrier de l'Unesco, juin 1989, I'explique ainsi (p.30 et p.32): " Prenant à contre-pied sa propre etymologie (nascor, en latin, veut dire naître"), la nation révolutionnaire déracinait donc les individus et les définissait par leur humanité plutot que par leur naissance. Il ne s'agissalt pas de restituer une identité collective à des êtres sans coordonnées ni repères; il s'agissait, au contralre, en les délivrant de toute appartenance définitive, d'affirmer radicalement leur autonomie. Libérés de leurs attaches et de leur ascendance, les individus l'étaient aussi de l'autorité transcendante qui jusqu'alors régnait sur eux. Ni dieu ni père, ils ne dépendaient pas plus du ciel que de l'hérédité."

     
    16 On peut y ajouter l'emploi de certaines pratiques comme le channeling nouvelle forme de spiritisme. Sur ce sujet voir L'erreur spirite de René Guénon, Editions Traditionnelles, Paris, 1991. Sur les techniques utilisées par le "Nouvel Age" voir de Marie Borrel et de Ronald Mary L'Age d'Etre et ses techniques, collection "L'Age d'Etre", Presses Pocket, Paris, 1990.
    17 Notamment dans Le règne de la quantité et les signes des temps, Gallimard, Paris, 1946. 18 Cela ne peut qu'entraîner l'abandon de l'individualisme, autre point positif.
     8 René Guénon a distingué anti-Tradition de contre-Tradition. La première expression désigne une opposition destructrice à l'esprit traditionnel, la seconde sa parodie.
    9 Nous avons traité ce problème dans notre ouvrage intitulé Les temps de confusion, essai sur la fin du monde moderne, Trédaniel, Paris, 1991. René Guénon, dans Aperçu sur l'initiation, Editions Traditionnelles, Paris, 1983, a observé sur le syncrétisme: " Le Syncrétisme, entendu dans son vrai sens, n'est rien de plus qu'une simple juxtaposition d'éléments de provenances diverses, rassemblés "du dehors", pour ainsi dire, sans qu'aucun principe d'ordre plus profond vienne les unifier. Il est évident qu'un tel assemblage ne peut pas constituer réellement une doctrine, pas plus qu'un tas de pierres ne constitue un édifice, (...) Le syncrétisme, dans tous les cas, est toujours un procédé esentiellement profane, par son "extériorité même; et non seulement il n'est pas une synthèse, mais, en un certain sens, il en est même tout le contraire. En effet, la synthèse, par définition, part des principes, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus intérieur; elle va, pourrait-on dire, du centre à la circonférence, tandis que le syncrétisme se tient a la circonférence même, dans la pure multiplicité, en quelque sorte atomique, et de détail indéfini d'éléments pris un à un, considérés en eux-mêmes et pour eux-mêmes, et séparés de leur principe, c'est-à-dire de leur véritable raison d'être." Le syncrétisme n'est pas, non plus, un comparatisme. Dans celui-ci on cherche avec méthode et prudence des éclairages dans d'autres traditions afin d'approfondir le problème posé ou la tradition du chercheur.


    10 Cf. également Les temps de confusion, essai sur la fin du monde moderne, op.cit.

    11 Qui est assimilé à la conscience universelle. 
     





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