•  La rencontre avec Peldarboum

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    Gloire au Maître !<o:p></o:p>

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    En vérité, le Vénérable Milarépa se résolut à partir méditer au Nord, vers les monts enneigés de la Porte du Cheval. Il y parvint pendant un mois d'automne et tous les villageois moissonnaient tandis qu'il se présentait à Guépa Lègsoum de Tchoung. Sur un champ vaste et beau, une jeune fille d'environ quinze ans, marquée du sceau de sagesse des Dakinis, dirigeait de nombreux paysans.

    <o:p> </o:p>

    S'approchant d'eux, Milarépa dit

    <o:p> </o:p>

    - Bienfaiteurs, le yogi que je suis mendie des vivres.

    <o:p> </o:p>

    La jeune fille répliqua :

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    - Yogi, allez là-bas, devant la porte de cette noble demeure, et restez-y ! Je vous rejoindrai bientôt.

    <o:p> </o:p>

    Parvenant à l'entrée de la bâtisse, le Jetsün en frappa le vantail de sa canne : celui-ci s'enfonça et s'ouvrit. De l'intérieur survint une vieille habillée d'oripeaux, avec une pleine charge de cendres dans les bras.

    <o:p> </o:p>

    - Ah ! vous les yogis errants ! s'exclama-t-elle, à la saison d'été vous mendiez le yaourt et le fromage frais ; à la saison d'hiver vous mendiez le grain et le fermenté. Il n'y a pour vous nulle saison où rester en place ! Mais ne serais-tu pas venu en escomptant qu'il n'y aurait personne, afin de voler la dot de ma fille ou celle de ma bru ?

    <o:p> </o:p>

    Ainsi braillait-elle, le corps tremblant et tressautant, sur le point de lancer son poids de cendres.

    <o:p> </o:p>

    - Grand-mère, tu auras plus tard le loisir de jeter cela. Ecoute un petit moment la mélodie de Milarépa

    <o:p> </o:p>

    Et pour elle, il dit ce chant aux neuf significations.

    <o:p> </o:p>

    Entre la félicité des paradis de liberté <o:p></o:p>

    Et la souffrance des mondes infernaux, <o:p></o:p>

    Il y a l'impossibilité de choisir sa naissance. <o:p></o:p>

    A l'heure où ces trois états s'approchent, <o:p></o:p>

    Grand-mère au coeur noir qui offense le Dharma, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi si tu étais la même <o:p></o:p>

    Quand tu as rejoint ce foyer, à l'origine.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Depuis le lever aux aurores <o:p></o:p>

    Jusqu'au coucher tardif dans la nuit, <o:p></o:p>

    Il y a l'incessant labeur. <o:p></o:p>

    A l'heure où ces trois états se rencontrent, <o:p></o:p>

    Grand-mère soumise, esclave sans vivres ni gages, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi s'il en a toujours été ainsi.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Entre le chef de famille, de si haute importance, <o:p></o:p>

    Et les taxes collectées même avec du néant, <o:p></o:p>

    Se tiennent fils ou neveux dont il ne faut pas manquer. <o:p></o:p>

    A l'heure où s'entrelacent ces trois situations, <o:p></o:p>

    Grand-mère insignifiante qui n'a de droits aucun, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi s'il en a toujours été ainsi.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Du voleur qui dérobe en vue de posséder <o:p></o:p>

    Au bandit qui ravit ce qu'il n'a obtenu, <o:p></o:p>

    Les rixes n'évitent pas les blessures mortelles. <o:p></o:p>

    A l'heure où se rencontrent ces trois situations, <o:p></o:p>

    Grand-mère vindicative qui lève le feu, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi s'il en a toujours été ainsi.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    S'intéresser au visage de la fille des autres, <o:p></o:p>

    Propager les paroles de son propre fils, <o:p></o:p>

    Rumeurs et railleries sont de tous les instants. <o:p></o:p>

    A l'heure où convergent ces trois situations, <o:p></o:p>

    Grand-mère capable de méditer la tolérance, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi s'il en a toujours été ainsi.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Quand se lever exige d'agripper un piquet <o:p></o:p>

    La marche prend alors des allures d'embuscade <o:p></o:p>

    Et s'asseoir imite le sac de terre qui s'écrase. <o:p></o:p>

    A l'heure où ces trois états se trouvent réunis, <o:p></o:p>

    Grand-mère succombant au déclin de ton corps <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi s'il en a toujours été ainsi.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Les sillons et les plis s'amoncellent sur la peau, <o:p></o:p>

    Chair et sang épuisés ne laissent que des os. <o:p></o:p>

    Il y a les muets, les sourds, les aveugles, les hébétés, les perclus. <o:p></o:p>

    A l'heure où ces trois états se rassemblent, <o:p></o:p>

    Grand-mère aux rides de colère exhibant le chagrin, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi s'il en est encore ainsi.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Boissons et nourritures sont froides et souillées. <o:p></o:p>

    Le manteau est rapiécé, pesantes les guenilles. <o:p></o:p>

    La couche est préparée de quatre briques crues. <o:p></o:p>

    A l'heure où sont réunies ces trois situations, <o:p></o:p>

    Grand-mère savante à jouer l'homme ou le chien, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    Et demande-toi s'il en sera encore ainsi.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Les paradis de liberté<o:p></o:p>

    Sont plus rares que les étoiles en plein jour.<o:p></o:p>

    La transmigration, les mondes de douleur<o:p></o:p>

    Sont plus fréquentés que le territoire des soucis quotidiens. <o:p></o:p>

    Le coeur vaincu quand se divisent le subtil et le grossier, <o:p></o:p>

    Grand-mère blessée, sans confiance face à la mort, <o:p></o:p>

    Livre ton esprit à la réflexion !<o:p></o:p>

    Agis pour la divine Loi !<o:p></o:p>

    Sers un Maître excellent !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Il a ainsi chanté.

    <o:p> </o:p>

    La compassion du Jetsün et sa mélodie suscitèrent chez la vieille femme une foi incontrôlable et elle laissa glisser entre ses doigts sa poignée de cendres. Au souvenir des actes perpétrés jadis, le repentir lui fit verser des larmes.

    <o:p> </o:p>

    La jeune fille qui était aux champs apparut dans l'embrasure de la porte.

    <o:p> </o:p>

    - En menaçant cette aïeule, yogi, tu ne ressembles pas à un pratiquant de la Doctrine. Quelle est la cause du conflit ? demanda-t-elle.

    <o:p> </o:p>

    La vieille lui dit :

    <o:p> </o:p>

    - Fille, ne lui reproche rien ! Il ne m'a pas insultée. Il m'a dispensé un enseignement en réponse aux mots querelleurs que je lui avais adressés. Il n'y a pas une de ses paroles qui ne m'ait frappée de plein fouet et le regret, la tristesse, en moi se sont levés. Dans l'excès du remords pour mon incapacité à pratiquer le Dharma, j'ai versé des larmes. Mais pour toi c'est bien différent ; tu jouis des plaisirs de la jeunesse et tu as la foi... Ce Lama est le dénommé Milarépa, offrons-lui nos hommages, notre respect et demandons-lui des instructions.

    <o:p> </o:p>

    - Que vous êtes étonnants tous les deux ! dit la fille. Si vous êtes bien le puissant Milarépa, j'ai certainement amassé des mérites pour bénéficier de cette rencontre. En expliquant l'histoire de la succession à tous les adeptes, vos disciples auraient ainsi à pratiquer une instruction qui transformerait leur vision et leur confiance. Cette lignée de transmission qui est la vôtre, racontez-la !

    <o:p> </o:p>

    Pensant que cette jeune fille serait une disciple méritante, Milarépa chanta la généalogie de la lignée.

    <o:p> </o:p>

    Samanta Bhâdra l'omniprésent <o:p></o:p>

    Personnifie le divin Corps de Vérité. <o:p></o:p>

    Le grand Vajradhara illustre <o:p></o:p>

    Les signes du Corps de Félicité. <o:p></o:p>

    Dans le Corps d’incarnation, <o:p></o:p>

    Shakya Thoubpa agit pour le bien des êtres. <o:p></o:p>

    Voilà mon Héritage.<o:p></o:p>

    Je suis le yogi qui appartient à ces trois lignées. <o:p></o:p>

    Serez-vous celle qui croirez en elles ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    - Cette descendance est magnifique ! s'exclama la jeune fille. On dirait la rencontre des neiges éternelles avec les sources des rivières. On raconte que les pratiquants pourraient intérieurement donner permanence au Corps de Vérité, à l'ultime réalité, en s'appuyant sur un Lama, qui instruit au moyen de métaphores et cite des exemples pris au-dehors. Sur quel Lama-racine vous reposez-vous ? Dites !

    <o:p> </o:p>

    - Ainsi est mon Lama-racine, dit Milarépa. Et il chanta la façon de se reposer sur un Lama excellent.

    <o:p> </o:p>

    Le Lama extérieur illustre du dehors <o:p></o:p>

    La source de la connaissance. <o:p></o:p>

    Le Lama intérieur dévoile du dedans <o:p></o:p>

    La source du savoir. <o:p></o:p>

    Le Lama véritable <o:p></o:p>

    Est celui qui montre à l'esprit l'ultime réalité.<o:p></o:p>

    Je suis le yogi qui possède ces trois Lamas. <o:p></o:p>

    Serez-vous celle qui croirez en eux ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    - Ces Lamas sont transcendants et glorieux s'exclama la jeune fille. On dirait une succession de turquoises sur une chaîne d'or. Avant de réclamer le Dharma à de tels Maîtres, quelle sorte d'initiation solliciter ?

    <o:p> </o:p>

    Pour lui répondre, Milarépa chanta.

    <o:p> </o:p>

    Le Vase placé au-dessus de la tête <o:p></o:p>

    Est l'initiation extérieure. <o:p></o:p>

    Identifier au Bouddha son propre corps <o:p></o:p>

    Est l'initiation intérieure.<o:p></o:p>

    Reconnaître en soi l'esprit en sa nature même <o:p></o:p>

    Est l'initiation véritable. <o:p></o:p>

    Je suis le yogi qui possède ces trois initiations. <o:p></o:p>

    Serez-vous celle qui les demanderez ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    - Ces initiations sont vraiment profondes s'exclama la jeune fille. Elles ressemblent au lion subjuguant de sa majesté tous les animaux carnivores. Après que l'on ait sollicité l'initiation, on dit qu'il y aurait une instruction significative pour l'entrée sur la voie de la libération. Quelle sorte d'enseignement est-ce ?

    <o:p> </o:p>

    Pour lui répondre, Milarépa chanta.

    <o:p> </o:p>

    Ecouter, réfléchir puis méditer <o:p></o:p>

    Est l'instruction extérieure. <o:p></o:p>

    Mener la connaissance à son extrémité <o:p></o:p>

    Est l'instruction intérieure. <o:p></o:p>

    Ne pas séparer ni réunir expérience et réalisation <o:p></o:p>

    Est l'instruction véritable. <o:p></o:p>

    Je suis le yogi qui possède ces trois instructions. <o:p></o:p>

    Serez-vous celle qui les demanderez ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    - Ces instructions ressemblent à l'apparition d'un reflet sur le miroir d'une eau claire, répondit la jeune fille. Les instructions une fois requises, on dit qu'il faut exercer une coupure totale et se retirer dans les solitudes. Qu'avez-vous sacrifié vous-même ?

    <o:p> </o:p>

    Pour lui répondre, Milarépa chanta.

    <o:p> </o:p>

    L'errance dans les montagnes désertes,<o:p></o:p>

    Voilà le sacrifice extérieur.<o:p></o:p>

    Livrer en pâture son propre corps<o:p></o:p>

    Voilà le sacrifice intérieur.<o:p></o:p>

    Trancher la Plus infime racine,<o:p></o:p>

    Voilà le sacrifice absolu.<o:p></o:p>

    Je suis le yogi possédé de ces trois sacrifices.<o:p></o:p>

    Etes-vous celle qui les recherchez ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    - Ces abandons sont extraordinaires ! s'exclama la jeune fille. Ils ressemblent au Garuda qui domine tous les oiseaux par la splendeur de son vol vers le ciel. Au moment où s'accomplit le sacrifice, on dit que le yogi devrait pratiquer le cri « Péh ! » pour lever sur la voie les mauvaises influences. Dites la signification du son « Péh ! »

                           

    Pour lui répondre, Milarépa chanta.

    <o:p> </o:p>

    Rassembler le flot mental dispersé<o:p></o:p>

    Est le « Péh ! » extérieur.<o:p></o:p>

    Revivifier l'engourdissement de l'intellect<o:p></o:p>

    Est le « Péh ! » intérieur.<o:p></o:p>

    S'installer dans la sphère naturelle de toutes choses<o:p></o:p>

    Est le « Péh ! » véritable.<o:p></o:p>

    Je suis le yogi qui crie ces trois « Péh ! ».<o:p></o:p>

    Serez-vous celle qui les clamerez ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    - Ces cris sont étonnants ! dit la jeune fille. Ils intensifient et accélèrent le dessein ; ils ressemblent aux ordres des trompettes d'une armée impériale. Quelles idées surgissent donc quand on accède à de telles expériences ?

                           

    Pour lui répondre, Milarépa chanta.

    <o:p> </o:p>

    La base naturelle de l'esprit<o:p></o:p>

    Apparaît, omniprésente. <o:p></o:p>

    La voie naturelle de la pratique<o:p></o:p>

    Apparaît, transparente. <o:p></o:p>

    Un Fruit non élaboré <o:p></o:p>

    Apparaît dans le Grand Symbole. <o:p></o:p>

    Je suis le yogi qui possède ces trois idées. <o:p></o:p>

    Serez-vous celle qui les réaliserez ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    - Ces idées se lèvent comme le soleil dans un ciel sans nuage et sont aussi extraordinaires que l'illumination de la matière, dit la jeune fille. Avec cette expérience, quelle sorte d'assurance obtient-on ?

    <o:p> </o:p>

    Pour lui répondre, Milarépa chanta.

    <o:p> </o:p>

    L'assurance d'une vue sans démons et sans dieux. <o:p></o:p>

    L'assurance d'une méditation jamais distraite, <o:p></o:p>

    D'une indépendance d'esprit absolue. <o:p></o:p>

    L'assurance de l'accomplissement <o:p></o:p>

    Sans espoir et sans crainte. <o:p></o:p>

    Je suis le yogi possédé de ces trois assurances. <o:p></o:p>

    Etes-vous celle qui les désirez ?<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Ainsi a-t-il chanté.

    <o:p> </o:p>

    Entraînée par une foi puissante, la jeune fille salua en touchant de sa tête les pieds du Jetsün. Puis, le guidant vers les pièces intérieures, elle offrit avec grâce diverses offrandes et dit :

    <o:p> </o:p>

    - Lama La, parce que l'ignorance m'aveuglait jusqu'alors je ne me suis pas souciée du Dharma. Par compassion, je vous prie de me l'enseigner car je veux vous suivre comme une servante.

    <o:p> </o:p>

    Découvrant ses propres fautes, elle présenta ainsi sa demande.

    <o:p> </o:p>

    O incomparable Lama très précieux, <o:p></o:p>

    Corps d'incarnation d'excellente origine !<o:p></o:p>

    J’étais ignorante, stupide et folle, <o:p></o:p>

    En ce monde que de mal caché ! <o:p></o:p>

    Avec l’extrême épaisseur des nuages d'orage ces trois mois d'été, <o:p></o:p>

    Je n’ai pas aperçu les levers du soleil. <o:p></o:p>

    Avec l'extrême vigueur du gel ces trois mois d'hiver, <o:p></o:p>

    Je n'ai pas pressenti la naissance des fleurs. <o:p></o:p>

    A cause du grand nombre des inclinations viles, <o:p></o:p>

    Je n'avais pas en vous reconnu le Maître accompli.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Par le pouvoir du mauvais karma, j'ai pris un mauvais corps <o:p></o:p>

    Qui raconte ainsi la vie d'une fille. <o:p></o:p>

    Avec la chape impure d'une renaissance médiocre <o:p></o:p>

    Je n'ai pas entrevu le Bouddha en chacun. <o:p></o:p>

    Par manque de persévérance j'oublie la Doctrine. <o:p></o:p>

    J'incline aux devoirs de la Loi mais la paresse m'emporte.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Un joli visage, au pouvoir d'un autre, est livré, <o:p></o:p>

    Une face laide ne trouve aucun compagnon. <o:p></o:p>

    On laisse derrière soi des parents bienveillants <o:p></o:p>

    Pour se suicider au profit d'un mari. <o:p></o:p>

    Notre patience est faible pour de grandes ambitions, <o:p></o:p>

    Nos lèvres savantes à comparer les litiges, <o:p></o:p>

    A ramasser les ragots de tout un district. <o:p></o:p>

    Nous devenons chien de garde des couples, <o:p></o:p>

    Bien que l'on se dépense pour la survie de tous, <o:p></o:p>

    L'on agit pour chacun en avare grincheuse. <o:p></o:p>

    Sans que l'on imagine impermanence et mort, <o:p></o:p>

    La souillure nous suit comme l'ombre le corps. <o:p></o:p>

    Ardemment désormais je pratiquerai la Doctrine. <o:p></o:p>

    Accordez-moi un enseignement facile et plaisant.

    <o:p> </o:p>

    Ainsi elle a demandé.

    <o:p> </o:p>

    Réjoui, Milarépa dit ce chant pour répondre à la Jeune fille.

    <o:p> </o:p>

    Ah !parfaite Peldarboum !<o:p></o:p>

    Votre histoire est celle de toutes les femmes. <o:p></o:p>

    Si l'on y ajoutait l'éloge, naîtrait la fatuité. <o:p></o:p>

    Si on la blâmait, la colère paraîtrait. <o:p></o:p>

    L'on toucherait aux maux cachés si l'on décrivait sa nature. <o:p></o:p>

    Ecoutez les paroles d'un vieil homme !<o:p></o:p>

    Quand les ablutions et la coquetterie sont écartées <o:p></o:p>

    Pour une pratique ardente de la Loi, <o:p></o:p>

    Vient le temps d'espérer purifier l'esprit. <o:p></o:p>

    L'hypocrisie et l’insatisfaction une fois abandonnées, <o:p></o:p>

    Il est temps de concevoir une position d'humilité. <o:p></o:p>

    Repoussée la servitude du fils et du mari, <o:p></o:p>

    Il est temps de s'appuyer sur un Maître excellent. <o:p></o:p>

    Les obligations de cette vie délaissées, <o:p></o:p>

    Il est temps d'accomplir le dessein de la suivante. <o:p></o:p>

    La soif de richesses et l'avarice chassées, <o:p></o:p>

    Il est temps de donner avec équité. <o:p></o:p>

    Vous serez avisée en sachant tout cela.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Vous les filles ressemblez à l'alouette :<o:p></o:p>

    Célérité de langue, difficulté pour le Dharma.<o:p></o:p>

    Vous les filles ressemblez au paon des forêts :<o:p></o:p>

    Savant pour le charme, malhabile au Dharma.<o:p></o:p>

    Vous les filles ressemblez au négociant :<o:p></o:p>

    Ingénieux à séduire, démuni pour le Dharma.<o:p></o:p>

    Si vous désirez agir selon la divine Loi,<o:p></o:p>

    Faites comme moi et suivez-moi !<o:p></o:p>

    Dans la montagne, méditez ces instructions !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Il a ainsi chanté, et Peldarboum offrit cette supplique.

    <o:p> </o:p>

    O vous Jetsün très précieux, <o:p></o:p>

    Vous l'excellent yogi parfait pour une alliance !<o:p></o:p>

    Je suis liée le jour par un labeur incessant, <o:p></o:p>

    Et la nuit, assommée, je m'en vais dormir. <o:p></o:p>

    Du matin au soir je suis esclave du vivre et du vêtement. <o:p></o:p>

    Je n'ai Pas le temps de pratiquer la Doctrine.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Milarépa répondit :

    <o:p> </o:p>

    - Vous savez que les ennemis sont les tâches de ce monde ; vous devez leur tourner le dos pour une pratique absolument pure. Et il dit ce chant des quatre abandons.

    <o:p> </o:p>

    O excellente Peldarboum ! <o:p></o:p>

    Vous qui êtes riche de foi, écoutez <o:p></o:p>

    La route sera plus longue dans la vie future, <o:p></o:p>

    Avez-vous entamé les apprêts du voyage ? <o:p></o:p>

    Si vous n'avez pas commencé les provisions, <o:p></o:p>

    Je vous prie de donner, avec générosité <o:p></o:p>

    L'adversaire joue le rôle d'un dogue nommé avarice. <o:p></o:p>

    On l'attache à son profit mais il apporte le mal. <o:p></o:p>

    Connaissiez-vous l'ennemi avarice ? <o:p></o:p>

    Si oui, laissez-le tomber !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    O excellente Peldarboum <o:p></o:p>

    Les ténèbres seront plus noires dans la vie future, <o:p></o:p>

    Avez-vous entamé les préparatifs d'éclairage ? <o:p></o:p>

    Si vous n'avez pas prévu de lampe, <o:p></o:p>

    Je vous prie de méditer car là est la lumière. <o:p></o:p>

    L'adversaire est ce sommeil des morts que l’on nomme ignorance. <o:p></o:p>

    On l'utilise à son profit mais il apporte le mal. <o:p></o:p>

    Connaissiez-vous l'ignorance ennemie ?<o:p></o:p>

    Si oui, débarrassez-vous-en !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    O excellente Peldarboum ! <o:p></o:p>

    La frayeur sera plus grande dans la vie future.<o:p></o:p>

    Avez-vous entamé l’appareil d'une escorte ? <o:p></o:p>

    Si vous n'avez pas organisé de convoi, <o:p></o:p>

    Je vous prie d'agir selon la Doctrine divine.<o:p></o:p>

    L'adversaire qui pose les objections a pour nom famille. <o:p></o:p>

    Il s'attache à être utile mais apporte le mal. <o:p></o:p>

    Connaissiez-vous l'ennemi famille ? <o:p></o:p>

    Si oui, abandonnez-le !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    O excellente Peldarboum !<o:p></o:p>

    Le chemin sera étroit et hasardeux dans la vie future. <o:p></o:p>

    Avez-vous commencé d'épargner pour une monture ? <o:p></o:p>

    Si vous n'avez pas prévu de coursier,<o:p></o:p>

    Je vous prie de montrer hardiesse et énergie.<o:p></o:p>

    L'adversaire est cet imposteur que l'on nomme paresse. <o:p></o:p>

    On l'attache à son profit mais il apporte le mal.<o:p></o:p>

    Connaissiez-vous l'ennemi indolence ?<o:p></o:p>

    Si oui, bannissez-le !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Ainsi il a chanté.

    <o:p> </o:p>

    La jeune fille dit

    <o:p> </o:p>

    - Lama La, je n'ai pas entamé les moindres préparatifs pour la vie future. Puisque maintenant je les commence, je vous prie, par compassion, de me donner une instruction à méditer.

    <o:p> </o:p>

    La requête lui ayant été offerte avec sincérité, Milarépa se sentit grandement réjoui.

    <o:p> </o:p>

    - Pourvu que vous pratiquiez loyalement vous n'avez pas besoin de changer de nom dans notre tradition, dit-il. Et puisque l'on peut se purifier sous une belle tignasse, vous n'avez pas besoin non plus de couper vos cheveux ni de transformer votre habit.

     

    Comme instruction à méditer, il chanta le but et les quatre exemples à garder en l'esprit.

    <o:p> </o:p>

    O précieuse Peldarboum<o:p></o:p>

    Riche de la foi que vous possédez !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Prenez en exemple l'espace,<o:p></o:p>

    Méditez l'absence de centre et de limite !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Prenez l'exemple de soleil et lune,<o:p></o:p>

    Méditez sur la clarté sans ombre !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Prenez la montagne en exemple,<o:p></o:p>

    Méditez ce qui ne bouge ni ne s'altère !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Prenez en exemple l'océan,<o:p></o:p>

    Méditez les profondeurs insondables !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Avec le but en l'esprit,<o:p></o:p>

    Méditez sans avidité ni mépris !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Ayant ainsi chanté, le Jetsün montra à la jeune fille les attitudes essentielles du corps et de l'esprit. Elle s'installa en méditation. En elle apparurent des expériences et des réalisations sages. Afin de révéler ses doutes, afin de mettre à jour les obstacles, elle offrit au Maître cette prière.

    <o:p> </o:p>

    O Seigneur Vénérable,<o:p></o:p>

    Corps d’émanation parfaitement né !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Je suis heureuse de contempler l'espace,<o:p></o:p>

    Mais un peu déconcertée par les nuages sombres.<o:p></o:p>

    Instruisez-moi sur eux !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Je suis heureuse de contempler lune et soleil,<o:p></o:p>

    Mais un peu déconcertée par étoiles et planètes. <o:p></o:p>

    Instruisez-moi sur elles !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Je suis heureuse de contempler la montagne, <o:p></o:p>

    Mais un peu déconcertée par la végétation. <o:p></o:p>

    Instruisez-moi sur elle !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Je suis heureuse de contempler l'océan, <o:p></o:p>

    Mais un peu déconcertée par ses vagues. <o:p></o:p>

    Instruisez-moi sur elles !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Je suis heureuse de contempler mon esprit, <o:p></o:p>

    Mais un peu déconcertée par son imagination. <o:p></o:p>

    Instruisez-moi sur elle !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Milarépa, pensant qu'elle avait expérimenté la méditation, fut vraiment joyeux. Pour lui répondre et afin de tirer profit des obstacles, de les dissiper, il chanta.

    <o:p> </o:p>

    O très bonne Peldarboum <o:p></o:p>

    Vous qui êtes riche de foi, écoutez !<o:p></o:p>

    Heureuse, vous méditez le ciel, <o:p></o:p>

    Les nuages pourpres en sont une merveille. <o:p></o:p>

    Restez dans le monde propre à l'espace !

    <o:p> </o:p>

    Heureuse, vous méditez lune et soleil, <o:p></o:p>

    Etoiles et planètes en sont le mystère. <o:p></o:p>

    Restez dans le monde propre des astres !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p><o:p></o:p>

    Heureuse, vous méditez la montagne,<o:p></o:p>

    La flore en est le prodige.<o:p></o:p>

    Restez dans le monde propre de l'altitude !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Heureuse, vous méditez l'océan,<o:p></o:p>

    Les vagues en sont le charme.<o:p></o:p>

    Restez dans le monde propre des flots !<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Heureuse vous méditez votre esprit,<o:p></o:p>

    L’imagination en est le signe.<o:p></o:p>

    Restez dans le monde propre à l'esprit lui-même !<o:p></o:p>

    Après qu'il eut parlé, Peldarboum médita et établit solidement la nature de la vraie réalité de l'esprit. Plus tard, elle mourut, et avec ce corps même, accompagnée de musique, elle partit pour la sphère de la béatitude.

    <o:p> </o:p>

    Ceci est le chapitre de la rencontre avec la disciple Peldarboum, une des quatre filles du Jetsün, à Guépa Lègsoum de Tchoung.

    <o:p> </o:p>





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