• Les sources et le sens du catharisme occitan

    Hautpoul - Mazamet

     

    Louis Perez  
     I. La naissance du catharisme dans la société occitane

     

    A partir du IVe siècle, le rôle du clergé, au sein de la chrétienté, ne s'est plus limité au seul aspect spirituel. Il a acquis, un peu partout, un pouvoir temporel notable. Les responsables de l'Eglise étaient, pour la plupart, issus de la noblesse, et leur changement de statut impliquait rarement pour autant un changement de comportement et de mentalité. L'évêque était un grand seigneur féodal, l'équivalent d'un comte ou d'un vicomte. L'acquisition de cette charge donnait lieu à de nombreuses tractations et jeux d'influences à un haut niveau. A l'époque, voir un évêque à la tête d'une armée, revêtu d'une cotte de mailles, semblait aussi naturel que de le voir prêcher les évangiles.

      Ce droit d'ingérence dans les affaires temporelles, bien que contraire à l'enseignement du christianisme primitif, a été maintes fois justifié, en particulier par la théorie de l'augustinisme dont le promoteur, le pape Innocent III, lança la première croisade contre les Cathares. Selon cette théorie, c'est la supériorité, par essence, du spirituel sur le temporel qui autorise l'intervention du premier dans le second.  

     
    La toute-puissance de l'Eglise

     

    Ainsi, l'Eglise se trouvait-elle à la tête d'un domaine immense s'étendant à travers toute l'Europe. Le pape et ses évêques veillaient au maintien et à l'extension de ce domaine qui constituait la source principale de leurs revenus, prélevés directement auprès des fidèles sous forme d'un impôt, la dîme. A cela s'ajoutaient d'autres revenus liés à l'exercice du culte, comme les droits perçus à l'occasion des célébrations de cérémonies et de sacrements tels les funérailles, les mariages, les baptêmes ou les messes commémoratives.

      L'Eglise s'inscrivait parfaitement dans le système féodal. Elle possédait comme argument majeur son autorité morale, dont elle usait et abusait. L'excommunication constituait un moyen de pression redoutable dans le jeu subtil des influences politiques et lors des différents conflits opposant l'Eglise aux féodaux. On peut citer l'exemple de Raymond VII, comte de Toulouse, qui fut excommunié après avoir repris sa ville et son comté par les armes. L'excommunication fut l'argument le plus efficace pour le contraindre à signer le traité de Meaux qui scella la fin de l'indépendance des comtes de Toulouse. Dans ce cas, le roi de France trouva un appui important auprès de la papauté, et il est évident que ce service ne fut pas gratuit. Il se traduisit, en particulier, par une extension des pouvoirs de l'Eglise sur tout le comté. Ce pouvoir fut accru, notamment, par la confiscation des biens des personnes frappées par l'Inquisition. Bien que réticent aux pratiques révoltantes de celle-ci, Raymond VII se devait de la protéger, car c'était l'une des obligations figurant dans le traité de Meaux.

      Pendant la première moitié du XIIe siècle, les comtes de Toulouse successifs délaissèrent leurs domaines, pour se consacrer presque exclusivement aux croisades en Terre Sainte. Raymond IV, en particulier, qui fut le chef opérationnel de la première croisade. Cela valut la gloire aux comtes, mais eut pour effet d'affaiblir leur pouvoir en Languedoc. L'Eglise reçut de nouveaux territoires car elle assura une partie du pouvoir pendant l'absence de l'autorité civile. .

     
    L'Eglise et la bourgeoisie

     

    Depuis longtemps, l'Eglise considérait comme dangereux pour son autorité l'enrichissement de la bourgeoisie. Certainement la considérait-elle comme une concurrente dans le jeu complexe du pouvoir au sein de la société féodale. Pour maintenir les populations des villes dans l'obéissance et la soumission à son autorité, elle disposait de certains atouts qu'elle utilisait en collaboration et en complémentarité avec ceux de la noblesse. Ainsi, bien que la pratiquant elle-même parfois - comme le prouvent les comptes de l'abbaye de St-Sernin - elle interdit longtemps l'usure, qui désignait à cette époque tout intérêt, aussi minime soit-il, payé sur un prêt d'argent, comme elle condamne le marché noir et la spéculation.

      Or, après la période troublée des alentours de l'an mil, commence à naître, dès la fin du XIe siècle, une société grouillante, active, voyageant à travers toute l'Europe et le Proche-Orient, une société en pleine mutation où l'argent et la spéculation prennent une place de plus en plus grande. Ce phénomène, général dans l'ensemble de l'Europe, s'accompagne d'une croissance incontrôlée de la population urbaine.

      Le développement rapide de la production et du commerce donnent lieu à un système de plus en plus complexe que les différentes autorités locales gérent au mieux pour préserver leurs intérêts et ceux de leurs protégés. C'est l'époque où se multiplient les péages et les octrois qui sont des taxes d'entrée ou de passage des personnes et des marchandises, comparables aux droits de douane actuels. Ce contexte est favorable à des ascensions sociales fulgurantes, à la constitution rapide de fortunes. La spéculation foncière fait rage. Les usuriers réalisent des profits considérables.  

     
    Les assemblées de notables

     

    A leur retour de croisade, les comtes de Toulouse trouvent une cité qui, livrée à elle-même, a dû s'organiser seule pour faire face à sa rapide expansion économique. Toulouse était devenue une sorte de "République urbaine" à l'italienne, comparable à celles qui se créèrent, au même moment, en Lombardie ou encore à Marseille. Ce phénomène, caractéristique de l'époque, est grandement lié à la forte croissance économique. En 1152 Raymond V crée la première organisation officielle sous le nom de "commun conseil de la cité et du faubourg de Toulouse" auquel le comte délègue un certain nombre de ses pouvoirs administratifs. Ce conseil prend le nom, dès le XIIIe siècle, de conseil des Capitouls, institution qui fonctionnera jusqu'à la Révolution Française, bénéficiant de pouvoirs de plus en plus étendus, même judiciaires, sans comparaison avec ceux des autres cités du royaume.

      Pendant la période difficile de la croisade contre les Albigeois, le soutien inconditionnel que le comte de la population et des Capitouls l'incita à étendre progressivement les prérogatives de ces derniers : levée de l'impôt, justice... Raymond VI puis Raymond VII abandonnent ainsi presque tous leurs pouvoirs. Il est difficile de déterminer, d'après les documents dont disposent les historiens, s'ils agissent ainsi parce qu'ils font une entière confiance aux Capitouls ou s'ils y sont contraints par les circonstances. 

     
    Le monde paysan s'émancipe

     

    La condition des paysans dans l'ensemble des territoires du Sud de la France est très différente de celle du Nord. La notion de servage ne correspond pas à une dépendance stricte et héréditaire envers le seigneur, mais plutôt à celle d'un ouvrier ou d'un employé sous contrat. Celui-ci peut, en effet, signer des contrats et se déplacer librement. Certains paysans ont acquis une réelle indépendance : ils disposent de leur propre exploitation et peuvent ainsi s'enrichir et acquérir une notabilité locale. De plus, entre le XIIe et le XIVe siècle, la prospérité des bourgs a un effet d'entraînement sur les campagnes.

      Cette paysannerie émancipée avait pour habitude de critiquer le prélèvement de la dîme par le clergé, qui à ses yeux ne se justifiait pas, contrairement à la taille prélevée par le seigneur.

      La recherche excessive du pouvoir temporel et l'oubli de la voie spirituelle par le clergé séculier va jeter sur ce dernier un puissant discrédit moral. Tout occupés par le maintien et l'extension de leurs possessions, et par le jeu du pouvoir, les prélats acquièrent un peu plus encore la mentalité et le comportement des laïcs qu'ils côtoient. L'attrait du pouvoir et de l'opulence conduisent les ecclésiastiques à une dégradation morale de plus en plus manifeste.

      Ainsi, l'Eglise prêche de grands principes qu'elle-même ne respecte pas lorsqu'ils contrarient ses intérêts. Son attitude vis-à-vis de l'usure en est un bon exemple. Quant à l'excommunication, il est clair pour tout le monde qu'elle constitue essentiellement un moyen de pression et que le dogme religieux est un critère de décision très secondaire.

      Le manque de scrupules des clercs dans l'exercice de leur ministère, les interdits et les prélèvements financiers dont ils accablent la population, laissent apparaître clairement qu'ils ne peuvent ni ne cherchent à être un exemple moral et spirituel de l'enseignement religieux : amour du prochain, charité, humilité, respect des engagements…

      L'Eglise est en opposition directe avec presque toutes les couches de la société, et on comprend aisément que celles-ci aient saisi l'occasion de se défaire de ce joug, lorsqu'elle s'est offerte sous la forme d'une nouvelle religion qui ne présentait pas les mêmes défaillances.
     
    II. La réponse cathare

     

    Si, aujourd'hui, le catharisme peut sembler n'avoir été qu'une philosophie spirituelle abstraite débouchant sur une vie ascétique, il est alors difficile de comprendre pourquoi cette doctrine a été massivement adoptée par toute une population, et pourquoi cette même population a ensuite soutenu les porteurs de son message face aux envahisseurs du Nord et face à l'Inquisition.

      Au delà de la connaissance de la doctrine, analysons l'impact social du mouvement cathare. Quelles perspectives dégageait-il, quelles opportunités offrait-il ? Quelle autorité les prédicateurs cathares se sont-ils forgée pour rencontrer un tel écho dans la population ?

     
    Un sens nouveau à la souffrance et au salut

     

    A l'éternelle question du pourquoi nous vivons et pourquoi nous souffrons, les Cathares apportent une réponse très facile à comprendre pour le commun des mortels. Puisque c'est Satan qui a créé ce vaste piège qu'est le monde visible, et qu'il a enfermé les âmes dans des prisons de chair lors de la Chute, tout ce qui se déroule sur la scène terrestre débouche sur la souffrance, les périodes de bonheur n'étant que des illusions trompeuses destinées à nous faire apprécier notre prison quotidienne. Le salut vient de la non-compromission avec le mal, ce qui demande une discipline de vie et une relation à Dieu très fortes.

      A l'époque où naît le mouvement cathare, l'Occident est en butte aux grandes pestes et aux grandes famines de la fin du premier millénaire. Nombre de gens pensent qu'ici-bas est un enfer et, pour comprendre et accepter la souffrance, le lien avec Dieu devient primordial. Or, entre la vision cathare d'une création oeuvre du diable, et la vision catholique de la création corrompue par le diable, la première présente l'intransigeance nécessaire face aux difficultés du moment. Ainsi, tout en restant dans une perspective chrétienne, se trouve résolue la question de savoir comment Dieu, qui est amour, peut laisser souffrir les hommes, qu'il a créés corps et âmes, selon la conception catholique. Cette question, en effet, n'a plus de fondement dès lors que le corps est l'oeuvre du diable. La nouvelle question qui se pose alors est celle de la paix de l'âme qui, dans l'Eglise cathare, est assurée par le consolamentum, à la fois consolation donnée par le parfait au croyant juste avant la mort, et rituel de passage à la qualité de parfait pour les croyants ayant passé les épreuves d'approbation.

      A une époque où le catéchisme n'était pas enseigné, on comprend que les catholiques méridionaux n'aient pas été effarouchés par cette dissemblance : création au lieu de corruption, par le diable. De fait, si les Cathares s'étaient contentés d'exprimer leur vérité sans prétendre être les seuls vrais chrétiens, il est possible qu'ils n'aient pas été pourchassés, comme ce fut le cas en Bosnie où la religion bogomile a perduré jusqu'au XVe siècle. Il n'empêche que cette nuance était lourde d'implications qui ont d'ailleurs échappé aux clercs au moment où naquit l'hérésie. En 967, date du premier concile réunissant à Saint-Félix en Lauraguais les chefs des Eglises "alternatives" de toute l'Europe (Languedoc, Bosnie, Lombardie, Flandre, Provence, Champagne, Saxe...), les Cathares se structurent en diocèses, et ce qui n'était qu'une mouvance devient un mouvement avec des prédicateurs dont le message correspond à ce qu'ils vivent.

     
    La perspective d'une vie chrétienne déculpabilisée

     

    Tout en donnant à la souffrance et au salut un sens nouveau, le message cathare offrait aux gens une liberté qui leur permettait de vivre délivrés de l'angoisse du péché, car l'essentiel était de vouloir le bien, même si on ne l'atteignait pas. Seul le diable a commis le péché originel. La notion de péché est remplacée par celle de néant : pécher, c'est rester dans le néant du monde visible, lequel est totalement étranger au monde de Dieu. Dans le monde du mal, le bien n'est pas, par définition, dans son élément et c'est une victoire que de l'y installer. Il n'y a pas lieu de culpabiliser vis-à-vis des égarements dans le monde du diable, mais de renoncer, en conscience, à ce qui n'a pas de valeur. Ici, l'homme est identifié à sa capacité de libre arbitre et non pas à sa capacité de pécher.

      Chacun est libre de choisir à quoi il renonce, en devenant parfait, ou simple croyant. Alors que le parfait vivait une catharsis quotidienne, faisant voeu de chasteté et de pauvreté, pratiquant le végétarisme et la non-violence, le simple croyant, pour sa part, n'avait pas d'engagements particuliers, mais il était encouragé à la vertu dans les maisons de parfaits, sans être pour autant menacé de châtiment. Pour le parfait, il n'y a pas à se mortifier, mais à vivre le mieux possible les épreuves de la vie. Pour tous, il n'y a pas absolution des actes mauvais, mais rédemption par les actes de bien. Après la mort, seul le parfait a la possibilité d'accéder au royaume de Dieu, mais l'espérance de rachat est donnée au simple croyant par le principe de la réincarnation. L'enfer n'existe pas en tant que châtiment post-mortem à perpétuité, mais comme illusion quotidienne à laquelle il convient d'échapper.

      Cette philosophie changeait donc complètement les règles des choix dans la vie, de même que les critères d'appréciation du mérite de chacun. Le pauvre pouvait être tranquilisé, le riche rester riche sans remords. Pour le noble comme pour le paysan, l'essentiel était de ne pas se prendre au piège de l'attachement à ses biens ou à ses pouvoirs.

      On peut se demander si le catharisme n'aurait pas pu apparaître comme un christianisme réactualisé, car tous les éléments du catholicisme y sont réinterprétés. On peut se demander aussi si le besoin de retour aux sources et de renouveau spirituel propres à chaque nouveau millénaire n'a pas joué en faveur des Cathares. Mais il est certain que l'impact du catharisme vient plus de ce qu'il autorise, soutient ou condamne, que de ce qu'il explique.

     
    La satisfaction des aspirations sociales

     

    Qu'ils l'aient voulu ou non, les Cathares amenaient de l'eau au moulin de ceux qui étaient victimes de la toute puissance des pouvoirs constitués. Ces infatigables prédicateurs servaient d'amplificateurs à ceux qui revendiquaient des droits nouveaux ou contestaient les autorités en place, car lorsqu'une aspiration coïncidait avec la position cathare, elle était accréditée. Ainsi, adhérer par intérêt aux opinions des Cathares pouvait vouloir dire soutenir le catharisme ; et, réciproquement, aider les Cathares pouvait signifier partager toutes leurs opinions, ce qui démultipliait l'impact social du mouvement.

      Sur le plan familial, les Cathares n'encourageant ni le mariage ni la procréation, ils n'étaient pas opposés au divorce, à l'union libre et à l'avortement. Ayant pour unique intérêt la libération des âmes - qui peuvent se réincarner indifféremment dans un sexe ou dans l'autre - ils accordaient aux hommes et aux femmes l'égalité de droits en matière de propriété et de travail, ainsi que l'égalité quant à la fonction sociale (1).

      Sur le plan social, les parfaits n'étant pas hostiles au prêt d'argent, ils intéressaient les bourgeois dont l'enrichissement était entravé par la noblesse et le clergé. Tolérants à l'égard des autres religions, ils n'admettaient pas que les Juifs ne puissent avoir accès aux hautes fonctions sociales, exclusivement réservées aux Catholiques par la papauté.

      Sur le plan politique, le respect des autorités en place et la soumission à leurs exigences, les Cathares refusaient le serment dans les affaires civiles, renforçant ainsi l'opposition à la vassalité vis-à-vis du roi de France. Opposés aux croisades et contestant les redevances exigées par la papauté, ils s'attiraient la sympathie de la noblesse.

      N'étant pas défavorables à la quête chevaleresque, pas plus qu'à l'idéal de la Dame, recherché dans l'amour courtois, ils avaient bonne place dans l'estime des chevaliers et des troubadours, qui fréquentaient les mêmes routes qu'eux.  

     
    Une opportunité de modifier les clivages sociaux

     

    En ne prenant pas part aux conflits entre clercs, nobles et bourgeois, mais en pesant de leur autorité morale, les Cathares apparaissent comme des gens capables de modifier l'équilibre des forces dans une société bloquée dans le clivage opposant pouvoir féodal et pouvoir clérical. De sorte que les nobles les ménageaient, les considérant comme le meilleur rempart anti-clérical, et que les bourgeois les soutenaient, les utilisant même pour convoyer des fonds de ville en ville.

      Eux-mêmes se prétendant les seuls vrais chrétiens, ne réclamant ni dîme, ni pouvoir, travaillant de leurs mains et ne portant pas d'armes, n'avaient aucun mal à présenter le clergé comme usurpateur, sans autre autorité que celle de l'excommunication et du mensonge, telle la menace de l'enfer. Leur vie est la preuve vivante que la vraie foi permet d'instaurer les valeurs fondamentales que sont la charité, le courage et la justice. Par la pratique quotidienne de ces vertus et par le fait qu'ils pouvaient accueillir des croyants dans leurs maisons, ils sont parvenus à créer un courant de sympathie sociale. On fait appel à eux pour rendre la justice dans les conflits de la vie courante. Ceux qui leur demandent asile ou raisons d'espérer reçoivent toujours le secours attendu. A l'écoute des besoins des gens de toute classe, ils insufflent un esprit de solidarité sociale qui vivifie le Languedoc.

      A tel point qu'il y a eu rapidement des croyants dans toutes les familles, des parfaits et des parfaites, même dans la noblesse, et des convertis dans le clergé. On estime qu'avant la croisade de 1209, l'Eglise des "bons chrétiens" rassemblait plus de cinquante pour cent de la population, et même jusqu'à quatre-vingts pour cent à Fangeaux. Rien d'étonnant dès lors, que quand les croisés, arrivant dans une ville, demandaient qu'on leur livre les hérétiques, pas un seul parfait n'ait été dénoncé. Et lorsque l'Inquisition s'appliquera à "nettoyer" l'hérésie, la population prendra parti pour les purs, les cachant, les nourrissant, allant jusqu'à attenter à la vie des inquisiteurs. Si les problèmes des Cathares étaient devenus ceux de tous, c'est qu'au départ, les problèmes de tous étaient ceux des Cathares.

     
    Légitimes parce que vertueux et tolérants

     

    Le succès du catharisme n'est pas le fruit du seul militantisme acharné, c'est aussi celui de la capacité de ses représentants à mettre en pratique ce qu'ils disent. Ce sont des gens détachés de tout intérêt personnel, qui exigent plus d'eux-mêmes que des autres. Se montrer honnêtes, autonomes, encourager le riche comme le pauvre aux vertus de courage et de charité, développer la solidarité, faisaient partie de leur manière de vivre la foi, et cela a sans doute beaucoup plus compté que la doctrine qui les inspirait et que tout le monde ne comprenait peut-être pas. Du reste, ils ne furent pas condamnés au bûcher pour des questions de doctrine, mais parce qu'on les a accusés de laisser les parfaits mourir de faim, alors qu'il s'agissait, en fait, de jeûnes purificatoires prolongés. Pas d'accusation officielle d'idôlatrie, mais de trouble de l'ordre public, alors qu'il s'agissait, en réalité, de non-reconnaissance de l'autorité religieuse, qui, au demeurant, n'était plus vraiment reconnaissable.

      Si les Cathares ont été si largement suivis, c'est parce qu'ils ont su apporter un souffle spirituel vrai et un nouvel ordre de valeurs dans toutes les couches de la société. Si les pages qu'ils ont écrites figurent parmi les plus mystérieuses du Moyen Age, c'est qu'on peut difficilement concevoir la dimension d'une foi qui leur permettait d'aller au bûcher en chantant. Or, cette foi est aussi la clef de leurs comportements quotidiens, et s'ils avaient cherché à n'être que des martyrs, le catharisme n'aurait pas connu pareil essor.

      Henri PEYRAN

     




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