• L’Authentikos Logos

     

     

     (L’AUTHENTIKOS LOGOS) (NH VI, 3)

     

    I. ORIGINES DIVINES ET NATURE SPIRITUELLE DE L’ÂME

    Le Père du Tout et le Plérôme

    Avant que rien ne fut venu à l’être le Père du Tout était  seul à exister, lui, l’invisible et le caché, reposant dans sa gloire, celle qui est au ciel incorruptible et qu’il contient en lui.

    Alors donc  que rien n’était encore apparu, ni les cieux cachés ni les cieux visibles et avant que ne fussent révélés les mondes  invisibles et indicibles,  c’est d’eux que l’âme invisible  de la justice est  venue, ayant  mêmes membres, même corps et même esprit.  Qu’elle soit descendue ici-bas ou dans le Plérôme,  elle n’est pas séparée d’eux les mondes. Mais ils la voient et elle élève vers eux son regard par le Logos invisible.

    En  secret, son fiancé  l’a apporté. Il le lui a donné dans la bouche, pour qu’elle le mange à la manière d’une  nourriture ; et il lui a mis le Logos  sur les yeux comme un baume,  pour que son intellect acquière la vue,  perçoive ceux de sa race et prenne connaissance de sa racine, pour qu’elle se fixe à son rameau, d’où elle est venue originellement, pour qu’elle reçoive ce qui est sien et qu’elle quitte la matière

    L’âme, ses frères et leur héritage

      [   ]  [   ]  [   ] [...] mais comme un homme qui a épousé  une femme, ayant  des enfants. Cependant les véritables enfants de l’homme, ceux qui sont issus de sa semence,  appellent les enfants  de la femme : « nos frères ». Il en va de même de l’âme  pneumatique. Après avoir été rejetée dans le corps, elle est devenue  sœur du désir, de la  haine et de la jalousie, elle est devenue une âme  hylique, tant il est vrai que le  corps est venu du désir  et que le désir  est venu de l’être  matériel. C’est pourquoi l’âme  est devenue pour eux une sœur.

    Et pourtant  ce ne sont que des beaux-enfants. Il n’est pas possible  qu’ils héritent du mâle,  mais ils hériteront  seulement de leur mère.  Quand donc l’âme  veut hériter  avec les beaux-enfants – car les biens  des beaux-enfants sont les  passions, les vanités, les plaisirs de la vie, les jalousies, les  haines, les vantardises, les  propos creux, les accusations  [(mensongères)  ]  [   ]  [. . . elle abandonne son propre héritage.

    De la sottise à l’animalité

    Mais quand  une âme insensée  se choisit un esprit de   prostitution, il l’exclut et la jette  dans le lieu de prostitution. Car elle a choisi le vice, et elle a abandonné  la pudeur. En effet, la mort et la vie s’offrent à  chacun ; et ce que l’on désire  de ces deux choses, on le choisira pour soi.  Mais cette âme ainsi faite s’adonnera  à l’ivrognerie  et au vice. En effet, le vice c’est  le vin. Aussi ne se rappelle-t-elle plus  ses frères ni son père, parce que  le plaisir et les  gains agréables l’abusent. Lorsqu’elle  a renoncé à la connaissance, elle est tombée  dans l’animalité. Car un insensé  est dans un état animal.  Il ne sait pas ce qu’il  convient de dire et ce qu’il convient de  ne pas dire.

    Les vrais fils et les beaux-enfants

    Mais le fils  réfléchi est heureux d’être héritier  de son père et  son père se réjouit en lui  parce que chacun lui fait compliment  de lui. Il cherche aussi  comment doubler les biens  qu’il a reçus. En effet, les beaux-enfants ne désirent que l’héritage et leur désir ne peut s’unir à la  modération, car dès que la seule pensée d’un désir pénètre  dans un homme vierge, il  est déjà souillé. Et leur  gloutonnerie ne peut  s’allier à la modération.

    La paille et le froment

     Car si la paille se mêle  au froment, ce n’est pas la paille qui se  souille, mais c’est le froment.  En effet lorsqu’ils sont mêlés l’un à l’autre,  personne n’achètera le froment parce qu’il est souillé.  Mais on dira au vendeur avec une feinte courtoisie :  » Vends-nous cette paille »,  quand on verra le froment qui s’y trouve mêlé,  jusqu’à ce qu’on l’ait obtenue et jetée avec toutes les autres pailles ;  et cette paille se  mêle à toutes les autres matières.  Au contraire, quand une semence est pure, on la conserve dans des greniers, en sécurité. Mais, tout cela nous l’avons dit.

    II. LE COMBAT DE LA VIE CORPORELLE

    Le dessein du Père

    Et avant  que rien ne fût,  le Père est seul à exister.  Avant que ne fussent apparus les mondes qui sont dans  les cieux,  ni le monde qui est sur  la terre, ni Principauté, ni  Domination, ni Puissance seul existait celui qui n’est pas venu à l’être. Quand il lui plut, des êtres)]  [...] apparurent sur son  commandement, et [...]  [... Car] rien n’est  venu à l’être sans sa volonté.

     Mais, parce que le Père voulait  manifester sa richesse et sa majesté, il institua  ce grand combat en  ce monde, désirant  que les lutteurs se  révèlent et que tous ceux qui combattent  abandonnent  les choses qui sont venues à l’être et qu’ils  les méprisent grâce à une  connaissance supérieure et inaccessible,  et qu’ils s’empressent vers celui qui  est ; quant à ceux qui nous combattent,  étant nos adversaires, il veut que,  dans ce combat qu’ils nous livrent, nous vainquions  leur ignorance par notre  connaissance, parce que nous avons déjà connaissance de  l’Inaccessible d’où nous sommes émanés.

    Se détacher du monde

    Nous ne possédons rien en  ce monde, de crainte  que la Domination  qui est venue à l’être dans le monde ne nous retienne dans les mondes célestes,  ceux où demeure la mort universelle  entourée  des morts particulières.Nous résistons à t]outes les tentations de la part des Puissances du monde qui nous sont opposées,  afin de n’être pas couverts de honte. Ceux qui sont du monde,  nous ne nous en soucions pas ; ils  nous calomnient, et nous les ignorons ;  ils n[o]us jettent outrages et injures au  visage, nous les regardons  sans dire mot. Car ceux-là  accomplissent leur travail.

    Mais nous, nous cheminons dans la faim, dans la soif, parce que nos regards sont tournés vers notre demeure, le lieu vers où tendent notre manière de vivre et notre conscience; parce que  nous ne sommes pas attachés à ce  qui est venu à l’être, mais, parce que nous nous en détournons et que nos cœurs sont fixés sur ce qui existe, quelque malades, faibles et affligés que nous soyons.

    S’empresser vers le Logos

    Mais il y a une grande force cachée  en nous. Notre âme  est, certes, malade, parce qu’elle est  dans une maison de pauvreté, où  la matière lui blesse les yeux,  voulant l’aveugler.  C’est pourquoi, elle s’empresse vers  le Logos et se le met sur les yeux  comme un baume, qui les ouvre  rejetant la cécité (car de même que…) afin de lui jeter  un peu de] cécité sur la vue et ensuite, quand  celui-là est dans l’ignorance, il est tout entier ténèbres  et hylique ainsi, l’âme reçoit à chaque fois  un logos, pour se le poser  sur les yeux comme un baume,  afin qu’elle voie  et que sa lumière engloutisse  les ennemis qui la combattent :  qu’elle les aveugle par  son éclat et qu’elle les capture  lors de son avènement,  qu’elle les abatte par sa vigilance,  et qu’elle se manifeste ouvertement par sa puissance et sa couronne royale. Tandis que ses ennemis, couverts de honte, la suivent des yeux, elle monte à-haut, dans son trésor, là où est son Noûs,  et son sûr  dépôt, afin qu’aucun  de ceux qui sont venus à l’être ne se saisisse d’elle, et sans avoir reçu  d’étrangers dans sa maison;  en effet, nombreux sont ceux,  nés dans la maison, qui la combattent,  jour et nuit, sans prendre de repos le jour ni la nuit,  puisque c’est le désir qui  les tourmente. C’est pourquoi aussi 4 nous ne dormons ni ne sommeillons : car les filets déployés en  cachette, tendent leurs embûches pour nous prendre.

    Déjouer les pièges des pêcheurs

    En effet, si nous nous laissons saisir  dans un seul filet, il nous engloutira  dans son ouverture, tandis que l’eau  nous submergera en nous frappant. Et  nous serons entraînés au fond du filet, et  nous ne pourrons pas remonter pour en sortir,  à cause de la hauteur des eaux au dessus de nous.  Se déversant de haut en  bas, elles plongeront notre cœur  dans la fange boueuse, et nous  ne pourrons pas leur échapper.  Car, ce sont des mangeurs d’hommes, ceux qui nous saisiront et qui nous engloutiront avec joie.

    C’est ainsi qu’un pêcheur, jetant  l’hameçon à l’eau, jette  à l’eau plusieurs sortes d’appâts.  En effet, chaque  poisson a son appât  bien à lui; quand il le sent,  il s’empresse, guidé par l’odeur,  et lorsqu’il l’avale,  l’hameçon caché dans l’appât 29 l’enferre  et l’entraîne  de force, hors des eaux  profondes. Or, nul homme ne peut se saisir de ce poisson-là, dans les eaux profondes, si ce n’est par la ruse  mise en œuvre par le pêcheur. Sous le leurre de  l’appât, il a attiré le poisson  vers l’hameçon.

    Il en va ainsi  de nous en ce monde :  comme des poissons ! Et l’adversaire  nous surveille, nous  guettant comme un pêcheur,  car il veut nous saisir et, en effet, se réjouit  de nous manger. Il nous met sous les yeux plusieurs appâts  qui sont les choses de ce  monde. Il veut que nous  désirions l’une d’entre elles,  que nous n’y goûtions qu’un peu,  puis il nous terrasse par  le venin qu’il y a caché et nous prive  de liberté  pour nous entraîner en  esclavage. Car, s’il nous saisit  par un seul appât,  il est fatal, en effet, que <nous>  désirions le reste.  À la fin, ce genre de choses  devient un appât mortel. </nous>

    Les vices, appâts du diable

    Et voici les appâts  grâce auxquels le diable nous  tend des embûches. D’abord il  te jette un chagrin dans le  cœur, jusqu’à ce que tu te tourmentes  pour une petite chose de  cette vie, puis il nous terrasse  par ses poisons ; et ensuite viennent le désir  d’un vêtement, dont tu sois fier et l’amour  de l’argent, la jactance,  l’orgueil, la jalousie envieuse d’une autre jalousie, la beauté du corps, la dépravation.  De tous ces vices, le plus grand est  l’ignorance, jointe à la mollesse. Or, tous les pièges de cette sorte  sont soigneusement apprêtés par l’adversaire  et il les présente  au corps, parce qu’il veut que l’instinct de l’âme  l’oriente vers un de ceux-ci,  en sorte qu’il la domine. Comme un hameçon,  il l’attire de force dans  l’ignorance et abuse d’elle  jusqu’à ce qu’elle soit grosse de mal,  qu’elle enfante des fruits de la matière  et qu’elle vive  dans la souillure en poursuivant une foule  de désirs et de  convoitises, tandis que la douceur 2de la chair l’attire dans l’ignorance.

    III. ESCHATOLOGIE

    La remontée de l’âme

    Mais l’âme  qui y a goûté a reconnu que des passions  douces ne sont que pour un temps.  Elle a pris connaissance de la malice,  elle s’en est détachée, elle a  adopté une nouvelle conduite.

    Elle rejoint le Bon pasteur

    Désormais elle  méprise cette vie  parce qu’elle est passagère, et elle  recherche les nourritures qui l’introduiront dans la véritable vie. Elle abandonne les nourritures mensongères  et reçoit connaissance de sa lumière. Elle  marche dépouillée de ce  monde, drapée intérieurement de son véritable vêtement,  tandis qu’elle revêt la robe de fiancée  qui l’orne d’une beauté  du cœur et, non de vanité charnelle.  Elle prend conscience de sa profondeur et elle  se hâte vers son enclos, alors que  son pasteur se tient à la porte.  Donc, pour toutes les diffamations et tous les déshonneurs  qu’elle a subis en ce monde,  elle reçoit dix mille fois  plus de grâce et d’honneur.

    Déception des marchands de corps

    Elle a remis son corps à ceux  qui le lui avaient donné pour leur faire  honte, en sorte que les négociants  des corps sont assis et pleurent  parce qu’ils n’ont pu  négocier ce corps  et qu’ils n’ont trouvé aucune autre marchandise à sa place.

    Ils avaient pris beaucoup de peine à  façonner le corps de cette  âme, voulant y faire  déchoir l’âme invisible.  Or, ils ont retiré honte à présent de leur  ouvrage. Ils ont subi la perte de ce pour quoi  ils avaient peiné. Ils ne se sont pas avisés qu’elle a un corps  spirituel invisible;  ils pensaient: « Nous sommes le  pasteur qui la paît ».  Mais ils ne se sont pas avisés qu’elle connaît  un autre chemin qui leur est caché, celui  que son pasteur véritable  lui a enseigné par la connaissance.

    Égarement de ceux qui ne cherchent pas Dieu

    Mais ceux qui sont ignorants,  ne cherchent pas Dieu,  ni ne s’inquiètent de  leur demeure qui est  dans le repos, mais  se conduisent d’une manière animale, ceux-là  sont pires que les païens. D’abord parce qu’ils  ne recherchent pas Dieu, puisque c’est  la sécheresse de leur cœur qui les pousse  à pratiquer leur dureté.  Et de plus, s’ils trouvent quelqu’un d’autre à la recherche de son salut,  leur sécheresse de  cœur s’exerce contre  cet homme-là. Et s’il  n’arrête pas de chercher, ils  le tuent par  leur dureté,  pensant avoir accompli pour eux-mêmes  une bonne action. Pourtant  ils sont les enfants du diable.

    Car même les païens font  l’aumône et ils savent  que Dieu existe dans les cieux, et que le Père du Tout, est  supérieur aux idoles qu’ils vénèrent. Mais ils n’ont pas prêté l’oreille au Logos pour  s’enquérir de ses voies.

    Or voici comment se comporte l’homme insensé : bien qu’il entende l’invitation,  toutefois il est ignorant du lieu  où il a été invité. Et, lors du prêche, il ne s’est pas enquis : « Où est le temple  où j’irai et où j’implorerai mon espérance ? » Ainsi, à cause de son irréflexion, il est pire qu’un païen, car les païens connaissent le chemin pour aller à leur temple de pierre  voué à la corruption, et ils vénèrent  leur idole en qui leur cœur  se repose, car elle est leur espoir.

    Mais à cet insensé  on a annoncé le Logos, on a eu beau lui enseigner : « Demande et  recherche les chemins que tu dois parcourir  car il n’y a rien  de meilleur que cette chose-là ! : »  la nature même de la sécheresse de cœur s’attaque à  son esprit, avec l’aide de la puissance  de l’ignorance et  du démon de l’erreur.  Ils ne laissent pas son esprit se redresser pour que celui-ci ne fasse pas l’effort  de s’enquérir et de reconnaître son  espérance.

    Repos de l’âme qui a cherché Dieu

    Mais l’âme qui détient le Logos, elle, qui a fait l’effort de s’enquérir,  a reçu la connaissance de Dieu. Elle s’est épuisée à chercher, peinantdans le corps, s’usant les pieds jusqu’aux porteurs d’heureuses nouvelles, pour connaître l’Inaccessible. Elle a trouvé son orient, elle s’est reposée dans celui qui se repose, elle s’est laissée choir dans la chambre nuptiale. Elle a mangé au banquet dont elle était affamée, elle a goûté à une nourriture immortelle. Elle a trouvé ce qu’elle cherchait, elle a obtenu le repos de ses peines car la lumière qui s’est levée au-dessus d’elle ne se couche pas, celle à qui appartient la gloire  et la puissance et la révélation, pour les siècles des siècles,  Amen ! Authentikos  Logos.

     


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