• Par Serge Hutin


    INTRODUCTION
    Pour introduire l’Alchimie il m’a semblé tout indiqué de reproduire ici un texte écrit par mon ami Serge
    Hutin († 1/11/97) pour le volume 506 « L’ALCHIMIE » de la collection « Que Sais-je » :
    « Rien de plus aisé, en apparence, que de définir l’Alchimie : c’est, dit-on couramment, l’art de la
    transmutation des métaux, cette pseudo-science du Moyen Age, dont le but était la fabrication de l’or.
    Et beaucoup complètent cette définition par une condamnation dédaigneuse et catégorique, s’écriant
    avec le chimiste Fourcroy : « L’alchimie a occupé beaucoup de fous, ruiné une foule d’hommes cupides
    ou insensés, et dupé une foule encore plus grande d’hommes crédules. *
    » Cependant, si on étudie un peu moins légèrement la question, on s’aperçoit que, sous le terme
    Alchimie, se cache une réalité historique extrêmement complexe. « L’histoire de l’Alchimie, écrit Berthelot,
    est fort obscure. C’est une science sans racine apparente, qui se manifeste tout à coup au moment
    de la chute de l’Empire Romain et qui se développe pendant tout le Moyen Age, au milieu des mystères
    et des symboles, sans sortir de l’état de doctrine occulte et persécutée; les savants et les philosophes
    s’y mêlent et s’y confondent avec les hallucinés, les magiciens, les charlatans et parfois même avec les
    scélérats, escrocs, empoisonneurs et falsificateurs de monnaie. » Le problème est loin d’être clair et, si
    de nombreux travaux érudits ont été consacrés à l’Alchimie, cette dernière n’en continue pas moins à
    être profondément discréditée aux yeux de la majorité du grand public, qui, d’ordinaire, ne fait
    guère de différence entre « alchimiste », « sorcier » et « charlatan »: l’Alchimie aurait été une sorte
    d’art plus ou moins magique, consistant à combiner avec ingéniosité tours de passe-passe, cornues et
    invocations au Diable, dans le but d’obtenir de l’or, ou de passer pour en obtenir aux yeux des badauds
    émerveillés... Si l’Alchimie n’avait été que cela durant toute la longue période où elle a été cultivée,
    elle ne mériterait certes pas d’avoir été étudiée par tant d’historiens et de savants modernes, à commencer
    par le grand chimiste Berthelot. Mais, lorsque l’on sait différencier les véritables alchimistes des
    escrocs et des charlatans qui prétendaient être des adeptes de l’art sacré, on s’aperçoit que l’Alchimie,
    loin de se réduire à la simple fabrication de l’or, était en réalité quelque chose de beaucoup plus noble,
    et aussi de beaucoup plus complexe. Aussi une étude impartiale, même rapide, de cette antique «
    Science d’Hermès » est-elle du plus haut intérêt. C’est à une exploration véritablement passionnante
    des temps passés que nous convions le lecteur...
    QU’EST-CE QUE L’ALCHIMIE?
    » Reprenons la définition courante de l’Alchimie « l’art de faire de l’or ». L’alchimiste, c’était donc
    un «faiseur d’or «, quelqu’un qui cherchait à s’enrichir aux moindres frais possibles et, le plus souvent,
    aux dépens d’autrui... Or ce préjugé est une grave erreur : les tentatives expérimentales des vrais
    alchimistes pour transmuter les métaux étaient entreprises, non pour s’enrichir, mais dans le but d’adjoindre
    une preuve matérielle à leur système, « dans l’intérêt de la science », comme on dirait aujourd’hui.
    D’où les multiples précautions employées par les adeptes pour cacher leurs secrets aux yeux des
    profanes; d’où leur dédain pour ceux qu’ils appelaient «souffleurs », c’est-à-dire les simples faiseurs
    d’or, ceux qui cherchaient empiriquement la Pierre philosophale et, ignorant les théories initiales,
    essayaient au hasard les procédés les plus hétéroclites, et finissaient parfois leur carrière comme
    escrocs ou faux monnayeurs.
    » Etymologie. - Mais qu’était-ce donc que l’Alchimie proprement dite ? Interrogeons d’abord
    l’étymologie du mot : celui-ci est arabe dans sa forme (el-himyâ), mais grec dans sa racine. Kimyâ
    dérive sans doute de Khem (« le pays noir »), nom qui désignait l’Égypte dans l’Antiquité. Le mot
    même nous apporte donc d’utiles renseignements quant à la patrie d’origine, réelle ou symbolique, de
    l’art sacré
    » Caractères généraux. - En ce qui concerne sa physionomie générale, l’alchimie présente tous
    les caractères d’un art occulte, caché, réservé à certains initiés et qui ne doit pas être communiqué au
    vulgaire. C’est en cela que, dès l’abord, elle diffère profondément de la science moderne : l’Alchimie
    se transmet par tradition, orale ou écrite. Elle se transmet en secret, de maître à disciple. Elle a
    comme assises de vieux secrets transmis par une littérature emblématique et des révélations : l’alchimiste
    n’a pas à découvrir quelque chose de nouveau, mais à retrouver un secret. C’est pourquoi
    l’Alchimie est restée si semblable à elle-même durant de longs siècles : si son symbolisme et certains
    de ses développements ont pu revêtir des formes variées durant le Moyen Age, voire même au xvie
    siècle, ses théories de base sur la constitution de la matière n’ont pas changé. - L’Alchimie est un art
    occulte, disions-nous ; c’est aussi un art maudit, qui a été condamné par des théologiens (et avant eux
    par le Droit romain tardif), et qui s’est développé en marge des cadres officiels du savoir, et parfois
    contre eux.
    Il nous faut maintenant envisager l’Alchimie telle quelle était définie par les alchimiste eux-mêmes.
    » La Philosophie hermétique. - Les alchimistes se donnaient volontiers le titre de Philosophes
    et, en fait, ils étaient des « philosophes » d’un genre particulier qui se disaient dépositaires de la
    Science par excellence, contenant les principes de toutes les autres, expliquant la nature, l’origine et la
    raison d’être de tout ce qui existe, relatant l’origine et la destinée de l’univers entier. Cette doctrine
    secrète, c’était la mère de toutes les sciences, la plus ancienne de toutes, celle qui étudiait le monde et
    son histoire et qui, selon la tradition, avait été révélée aux hommes par le dieu Hermès (le Thoth
    égyptien), d’où le nom de Philosophie hermétique donnée à cette doctrine. - Mais c’est abusivement
    que l’on confond cette doctrine et les opérations proprement dites : l’Alchimie était, avant tout, une
    pratique et, en tant que telle, elle était l’application de la Philosophie hermétique.
    » Les théories alchimiques. - L’Alchimie, au sens strict du terme, était donc un art pratique, une
    technique. Mais, en tant que telle, elle reposait sur tout un ensemble de théories relatives à la constitution
    de la mati¬re, à la formation des substances inanimées et vivantes, etc., théories qui constituaient
    comme les postulats d’où partait l’alchimiste.
    » L’Alchimie pratique; ses buts. - L’Alchimie pratique, application directe de l’Alchimie théorique,
    était la recherche de la Pierre philosophale. Elle revêtait deux aspects principaux, complémentaires:
    la transmutation des métaux, qui était le Grand OEuvre au sens restreint du terme, et la Médecine
    universelle. C’étaient là les deux pouvoirs essentiels de la Pierre.
    » Les alchimistes supposaient que les métaux étaient vivants, et qu’à l’état de santé ils devaient
    apparaître sous la forme de l’or, métal parfait. D’où la définition la plus courante de l’Alchimie :
    « L’Alchimie est la science qui enseigne à préparer une certaine médecine ou élixir, lequel, étant
    projeté sur les métaux imparfaits, leur communique la perfection dans le moment même de l’obtention
    (1) »
    (1) Roger Bacon, Miroir d’Alchirnie. trad. A. Poisson.
    » Mais, en liquéfiant la Pierre, on obtenait l’Elixir de longue vie, qui devait assurer à son possesseur
    la prolongation de la vie, voire même la quasi-perpétuité de l’existence; et du même coup la Panacée,
    remède miraculeux qui restaurait la force et la santé de l’organisme. Telle était la Médecine universelle
    : il s’agissait de trouver ce qu’on appellerait aujourd’hui un « régénérateur cellulaire ».
    » La Pierre philosophale devait également communiquer à son détenteur toutes sortes de pouvoirs
    merveilleux : se rendre invisible, commander aux puissances célestes, se déplacer à son gré dans
    l’espace, etc. Mais ces pouvoirs magiques sont surtout mentionnés à la fin du Moyen Age, de même que
    les autres problèmes qui, jusqu’à la Renaissance, sont venus se greffer sur celui de la Pierre : l’Alkaest
    (découvrir un « dissolvant universel », capable de dissoudre tous les corps), l’Homunculus (fabriquer
    artificiellement un homme), etc.
    » L’Alchimie mystique. - Il est une toute autre conception de l’Alchimie : selon certains auteurs
    et, en particulier, les penseurs de la Franc-Maçonnerie, l’Alchimie était une mystique. La terminologie
    alchimique en réalité, un sens figuré, et désignait « l’or spirituel ». Le but de l’alchimiste, ce n’était pas
    la recherche de l’or matériel : c’était l’épuration de l’âme, les métamorphoses progressives de l’esprit.
    Les « métaux vils », c’étaient les désirs et les passions terrestres, tout ce qui entrave le développement
    de l’être humain authentique. La Pierre philosophale, c’était l’homme transformé par la transmutation
    mystique. La transmutation du plomb en or, c’était l’élévation de l’individu vers le Beau, le Vrai, le
    Bien, l’accomplissement de l’archétype que chaque homme porte en lui. L’homme était la matière
    même du grand OEuvre, et ainsi s’explique ce passage des Sept chapitres d’Hermès : « L’OEuvre est
    avec vous et chez nous, de telle sorte que, le trouvant en vous-même, où il est continuellement, vous
    l’avez aussi toujours quelque part que vous soyez, sur terre et sur mer ; »
    » L’ « Ars Magna ». - Mais la conception la plus grandiose de ]’Alchimie est l’Ars Magna («
    grand Art »), appelée quelquefois Art royal : en Europe, on la trouve développée surtout chez les
    auteurs du xve et postérieurs. Voici la définition qu’en donne un de ses interprètes modernes, A. Savoret
    : « L’Alchimie vraie, l’Alchimie traditionnelle, est la connaissance des lois de la vie dans l’homme et
    dans la nature, et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute
    adamique, a perdu et peut recouvrer sa pureté, sa splendeur, sa plénitude et ses prérogatives primordiales
    : ce qui, dans l’homme moral, n’appelle rédemption ou régénération ; réincrudation dans l’homme
    physique - purification et perfection dans la nature ; enfin, dans le règne minéral proprement dit, quintessenciation
    [le problème de la quintessence consistait à extraire de chaque corps ses propriétés les
    plus actives] et transmutation. Le but de l’Alchimie reposait ainsi sur la constatation d’une chute, d’une
    déchéance, d’une dégradation des êtres de la nature. Le suprême Grand OEuvre (OEuvre mystique, Voie
    de l’Absolu, OEuvre du Phénix) était la réintégration de l’homme dans sa dignité primordiale. La
    Pierre philosophale donnait à l’adepte l’excellence illuminative, physique et morale, le bonheur parfait,
    l’influence sans limites sur l’Univers, la communion avec la cause première. Trouver la Pierre
    philosophale, c’était découvrir l’Absolu, la véritable raison d’être de toutes les existences, posséder la
    Connaissance parfaite (Gnose). L’ascèse et la pratique s’allient étroitement dans cette Alchimie transcendante
    : « Habile à inventer entre les ordres divers de l’être des correspondances fantasques, écrit
    A.-M. Schmidt, elle impose à ses sectateurs une ascèse bien réglée. Tandis que, dans I’OEuf philosophique,
    globe de cristal soigneusement clos, ils surveillent la coction et la métamorphose du compost,
    mélange secret d’où, comme d’un embryon, prisonnier de l’utérus, naîtra la Pierre philosophale, ils
    doivent passer par les exercices gradués d’une lente purification. Ils professent la croyance que, pour
    parfaire le Grand OEuvre, régénération de la mati¬re, ils doivent poursuivre la régénération de leur
    âme... De même que, dans leur vase scellé, la mati¬re meurt et ressuscite, parfaite; de même, ils
    souhaitent que leur âme, succombant au trépas mystique, renaisse pour mener en Dieu une existence
    extasiée. Ils se targuent en toutes choses de se conformer à l’exemple du Christ, qui dut, pour la
    vaincre, subir, ou plutôt accepter, l’atteinte de la mort. Ainsi pour eux l’imitation du Christ est non
    seulement une méthode de vie spirituelle, mais encore un moyen de régler le cours des opérations
    matérielles d’où proviendra le magistère. » L’adepte devient ainsi capable d’accomplir I’OEuvre physique,
    la régénération du cosmos. La transmutation, après s’être opérée dans le secret de l’âme humaine,
    doit se manifester dans le monde matériel. La Pierre philosophale, matière animée plus parfaite
    que tous les êtres, semblable à la matière première de la Création lorsque le Chaos eut été animé par le
    Feu divin , étend son action à tous les règnes . animal, végétal, minéral. L’alchimiste, connaissant les
    lois qui, selon lui, ont présidé à la formation des êtres, peut reproduire les corps que nous avons sous
    les yeux : « Ce que la Nature a fait dans le commencement, disaient les alchimistes, nous pouvons le
    faire également en remontant au procédé qu’elle a suivi ; ce qu’elle fait peut-être encore, à l’aide des
    siècles, dans ses solitudes souterraines, nous pouvons le lui faire achever en un instant, en l’aidant et en
    la mettant dans des circonstances meilleures » (Hoefer). Mais l’adepte recherche aussi la découverte
    et la fixation d’un ferment mystérieux, qui n’est autre que la Pierre elle-même, et qui permet non
    seulement de retarder presque indéfiniment la désagrégation des corps, mais encore assure la progression
    rapide des êtres vers l’état supérieur, régénérant tous les êtres imparfaits, changeant les métaux «
    lépreux » en or et rendant la santé aux malades. L’alchimiste devient un véritable Surhomme, régénérateur
    du Monde.
    » Il est ainsi beaucoup plus difficile qu’on ne le pense de donner une réponse précise à la question :
    qu’est-ce que l’Alchimie ? Ce mot recouvre différents domaines, qui peuvent être groupés en cinq
    aspects .principaux :
    - 1. Une doctrine secrète, la Philosophie hermétique.
    - 2. Des théories que l’on pourrait qualifier de «scientifiques » sur la constitution de la matière.
    - 3. Un art pratique, dont les buts principaux sont la transmutation des métaux et la médecine universelle.
    - 4. Une mystique.
    - 5. L’Ars magna, alliance curieuse de mysticisme, d’aspirations religieuses, de théosophie et de
    procédés pratiques, sorte de synthèse des aspects précédents.
    » Il a été autant d’alchimistes que de catégories précédemment distinguées : les une s’intéressant
    PLANCHE 1
    On y voit l’alchimiste paisiblement endormi sur une grève
    De quel sommeil s’agit - il ? Pas du sommeil ordinaire mais d’un état qui en diffère
    profondément ce n’est nullement par désir de, donner à leurs images une présentation
    curieuse que les adeptes se complaisent volontiers à nous raconter des songes (ce serait
    le cas de citer ici l’ouvrage le plus célèbre de BERNARD le TREVISAN: « Le Songe
    Vert » Il s’agit un fait d’un état qui pourrait se comparer au sommeil prophétique ou
    magique recherché par les candidats à certaines initiations antiques en pense aussi (.bien
    que le contexte en soit tout différent aux malades qui venaient s’endormir dans le temple
    d’Esculape cri espérant que leur sommeil magnétiqueserait favorisé d’un songe significatif.
    L’alchimie traditionnelle est, comme, toutes les disciplines tantriques une, ascèse
    libératrice destinée à procurer la sortie de l’artiste hors du labyrinthe des apparences
    sensibles - sortie transitoire d’abord (durant le temps que se poursuivent les voyages de
    l’alchimiste en imagination magique) mais destinée si les opérations aboutissement à leur
    fin ultime, à devenir définitive.
    L’Homme endormi c’est bien l’alchimiste alors que s’instaure en lui cet étrange état
    second : son corps physique est assoupi, sa conscience objective (la perception des
    apparences sensibles) se trouve suspendue; et, durant tout le temps que dure cet état,
    l’imagination magique devient capable de voyager librement dans les plans supérieurs
    aux apparences; et c’est cet état impératif qui se trouve si volontiers perdu de vue par les
    auteurs. s’occupant d’alchimie. Le propre du travail
    de l’adepte engagé dans la poursuite du Grand OEuvre est non seulement d’être à certaines
    phases, extrêmement intensément attentif aux phénomènes qui se traduisent d’une manière
    sensible mais aussi de devenir de mieux en mieux apte à s’abstraire des apparences
    sensibles pour devenir finalement capable de librement agir sur un ou plusieurs autres
    plans.
    On remarquera que l’homme et le paysage où il se trouve sont insérés dans un cartouche
    fermé de deux rosiers entrelacés- ce qui. symbolise la nécessité d’unir les doux principes,
    les deux polarités indissolublement complémentaires. On remarquera aussi les deux fleurs
    qui pendent en bas du la figure; la planche est en noir, mais leurs couleurs respectives ne
    font pas de doute pour l’Hermétiste celle qui correspond à la polarité féminine est blanche,
    celle qui correspond à la polarité masculine est rouge
    Revenons a notre personnage endormi.
    Il y a deux manières différentes, toutes deux intéressantes, d’interpréter le paysage dans
    lequel il s’insère. D’une part, en penserait volontiers à une sorte de crique rocheuse, dont
    la partie droite est surmontée par un bouquet d’arbres qui semblent être des chênes
    kormès. On notera l’importance occulte (c’est une image archétypique prodigieusement
    importante) du symbole traditionnel de la mer, milieu et source de la vie tant multiforme
    : en alchimie la mer symbolisera tout naturellement la matière- première de l’oeuvre (y
    compris au niveau des opérations de laboratoire) de même que - sur le plan cosmologique
    - elle représente si bien les virtualités indéfinies du chaos primordial, organisé par la
    Lumière divine alors que (voir la Genèse.) « l’Esprit divin planait sur les eaux ».
    D’autre, part, les rochers situés immédiatement contre le dormeur (celui sur lequel il
    repose. sa tête n’étant un fait qu’une partie de l’ensemble rocheux) semblerait n’en former
    qu’un, d’où; s’épanche une eau limpide aux reflets métalliques.
    L’une des clefs opératoires de; l’alchimie est ainsi qualifiée : « ouvrir le rocher avec la
    verge de Moïse » .Car, outre son sens initiatique, la figure a un sens très précis dans le
    domaine des manipulations de laboratoire.
    Laissons, à ce propos, la parole b l’alchimiste contemporain MAGOPHON, dans son
    intéressante « Hypostase » à la réédition par Emile NOURRY du Mutus-Liber. cet auteur
    s’interrogeant sur la nature du sujet de l’OEuvre, écrit : Les uns disent que c’est un corps:
    d’autres affirment que c’est une eau. Les uns et les autres sont dans le vrai, car une eau,
    dénommée « la belle d’argent », jaillit de corps que les Sagesappellent la Fontaine des
    Amoureux de Science. C’est le mystérieux sélage des Druides, la matière qui donne le sel
    (de sel pour sal et agere, produire). Le secret du magistère est d’en dégager encore. le
    soufre et d’en utiliser le mercure, car tout est dans tout. Certains artistes prétendent
    s’adresser ailleurs pour cet effet et nous ne nierons pas
    que l’hydrargyre de cinabre puisse être de quelque secours dans le travail, si en sait
    dûment le préparer soi-même ; mais en ne doit l’employer qu’à bon escient et à propos.
    Le sens initiatique va de soi : le symbolisme de l’eau pure qui jaillit du rocher est celui du
    « miracle » de l’illumination
    hermétique (mais il n’est possible qu’aux êtres prédestinés). Ce serait le lieu de
    citer ici, mais dans ce contexte spécial, cotte phrase de MAGOPHON : Alors, sur
    cette pierre abrupte fleuriront les deux roses qui pendent aux branches de l’églantier, l’une blanche et
    l’autre rouge.
    Cc. n’est pas « hasard » si !us deux branches - en l’aura sans doute remarqué s’entrecroisent
    d’abord puis divergent avant de se réunir, enfin, par le sommet :cela serait ~)
    rapprocher de la structure même du dingramme kabbalistique de l’arbre des Sephiroth.
    notre ami Marcel SPAETH nous faisait en effet remarquer que cette célèbre figure pourrait
    s’appliquer, en alchimie tantrique, au problème de l’union des deux contraires:d’abord
    réunies au « FONDEMENT »( MALKUTH), elles divergent pour s’unir à un échelon
    supérieur - au niveau de la Sephira « BEAUTE » (TIPHERETH); puis, divergeant à nouveau,
    elles se réunissent - c’est alors le, couronnement effectif des Noces chymiques - au
    niveau transcendant de la (KETHER). C’est ce strict parallélisme entre, les réalisations
    tentées sur les différents plans qui est capital en alchimie et qui nous explique aussi la si
    grande difficulté (sinon l’impossibilité) des notions trop simples visant à tout prix à la
    faire rentrer dans le cadre de nos connaissances scientifiques.

    Maist à côté de l’homme endormi se trouve., une échelle sur laquelle deux anges (l’un
    montant, l’autre descendant) sonnent de la trompette pour réveiller le dormeur. C’est la
    fameuse échelle de Jacob, réunissant la terre au ciel (qui, sur la Planche, est figuré avec
    dix étoiles brillantes et - visible derrière un rideau de nuages - le croissant lunaire). Cette
    échelle, que les adeptes nomment parfois « Escalier des Sages » caractérise fort bien le
    but fondamental des opérations alchimiques : il s’agit, profitant des correspondances
    entre « ce qui est en haut et ce qui est en bas » (Voir le premier verset de la Table d’Emeraude),
    de parvenir à nous échapper - transitoirement d’abord puis définitivement - des
    limites spatio-temporelles qui nous enserrent sans pitié au monde des apparences sensibles.
    La présence des deux anges n’est pas une simple allégorie : sans coopération des forces
    actives des. Entités supérieures, porteuses de la Lumière divine, le Grand OEuvre - aux
    divers niveaux où il doit se réaliser - serait impossible.
    Laissons, cette, fois encore, la parole à MAGOPHON ( qui n’était autre que le Dr. Marc
    HAVEN:
    Ce. Verbe vient- de Dieu, porté par les anges, les messagers de feu. C’est un
    Souffle divin qui agit de manière, invisible, mais certaine, et ce n’est pas une hyperbole.
    Sans le concours du ciel, le travail-de-l’homme - est - inutile. On ne greffe les arbres ni
    en ne sème le grain en toutes saisons.
    La présonce des trompettes n’est pas, non plus, un simple détail allégorique courant. Le plus
    grand secret opératif de l’alchimie, confié seulement d’une manière orale pax le maître à son
    disciple, est en effet le suivant : la révélation des très puissantes formules sonores (en sanscrit,
    elles sont appelées mantras – au singulier : mantram qui, en déterminent certains rythmes
    vibratoires déterminant les transformations spéciales souhaitées (que ce soit au niveau de la
    matière ou dans les régions supérieures. Ces formules devront être modulées, chantées, d’une
    manière correcte ; autrement, les phénomènes voulus ne se produiraient pas -même au niveau
    des simples opérations minérales. On conçoit donc que ce soit l!c e secret le plus jalousement
    gardé par les alchimistes traditionnels.
    Cette première planche, qui sert de page de titre à l’ouvrage, n’est pas du tout – le lecteur aura
    pu s’en apercevoir, un « hors-d’oeuvre » : au contraire, on y trouve symbolisés toute une série
    de secrets importants et nous voyons déjà comment l’alchimie traditionnelle dépasse
    singulièrement, « l’art de faire de, l’or » oùla réduit si volontiers encore.. l’imagination populaire.
    En fait, elle nous apparaît comme une prodigieuse tentative pour dépasser le plan terrestre
    pour atteindre enfin « l’illimité » interpréta(si bien concrétisés par lu ciel et la mer -
    horizons indéfinis).
    PLANCHE 2
    Ala partie inférieure, un homme et une femme – l’alchimiste et sa compagne de travaux - à genoux,
    l’athanor (fourneau alchimique) entre eux deux.
    On remarquera, tout en bas de l’athanor, le foyer --alimenté non par du charbon
    ou du bois mais par une lampe à huile, pourvue de mèches d’amiante (en augmentant le
    nombre de celles-ci, en peut faire croître la chaleur à un rythme égal). à l’intérieur se
    trouve enclose la cornue de verre ou de cristal, fermement obturée
    (par le « sceau d’Hermes »), qui est l’oeuf philosophique; nous sommes ici devant le
    procédé alchimique dit de la «voie humide » pour l’accomplissement du Grand-oeuvre.
    (la « Voie sèche », elle, se. réalisant au creuset).
    Au milieu de le figure, nous voyons reparaître cet oeuf philosophique, très agrandi cette fois, et
    au sein duquel nous remarquons les figures mythologiques de Neptune, d’Apollon et de Diane.
    MAGOPHON nous fait remarquer : Tout oeuf comprend un germe - la vésicule de. Purkinjo qui est
    notre sel; le jaune qui est notre soufre; et l’albumine, qui est notre mercure. La tout est enfermé dans
    un matras qui correspond à le coquille. Les trois produits sont personnifiés ici par Apollon, Diane et
    Neptune, le dieu des eaux pontiques. Le même alchimiste contemporain donne également les précisions
    pratiques suivantes : La grandeur de l’oeuf importe.
    Dans la nature,-l’oeuf varie du celui du roitelet à celui de l’autruche, mais, dit la Sagesse, «in media
    virtus». Il nous faut dire. aussi quelque chose du verre. philosophique. Les auteurs en parlent peu, et
    encore avec réserve. Mais nous savons, par l’expérience que le meilleur est celui de Venise. Il le faut
    de bonne épaisseur, limpide, sans bulles. On employait encore, autrefois, le gros verre de Lorraine
    fabriqué par les gentilshommes souffleurs; mais un bon praticien doit apprendre à faire ses matras luimême
    L’alchimiste et sa compagne sont figurés à genoux. Sont -ils donc tout simplement
    en prière ?
    En partie seulement : leurs positions des bras et celles des doigts ne sont pas du tout
    gratuites- Nous touchons là, en fait, à un autre secret opératif de le voie tantrique : la
    connaissance des gestes précis appropriés (leur nom sanscrit est moudras) qui commandant
    l’obtention de tel ou tel effet magique; ce secret opératif étant évidemment
    complémentaire de celui due mantras.Mais, en réalité, le couple alchimique paraît
    trois fois sur la planche : à la partie inférieure, au milieu (au premier plan), enfin
    dans l’intérieur du matras (c’est en fait l’alchimiste et son épouse qui y sont figurés
    sous l’aspect, respectivement, d’Apollon et de Diane).
    Les différences de vêture ne sont pas du tout accidentelles. on remarquera que si, en
    bas de la figure, les deux époux sont vêtus dans leurs habits de ville (tels qu’ils étaient
    d’usage au moment de l’impression des planches : la seconde moitié du 17éme siècle), il
    n’en est pas de même pour les deux autres figurations de l’alchimiste et de sa femme.
    Nous sommes ici en fait devant l’un des grands secrets rituels du la voie tantrique à deux
    (1). Dans de nombreuses gravures alchimiques de la Renaissance et du grand siècle, nous
    voyons bel et bion apparaître un homme portant un costume antique spécial et dont la tête se trouve
    surmontée d’une sorte de couronne métallique en forme de soleil rayonnant, tandis que; la femme lui
    faisant face porte au contraire un diadème en forme de croissant lunaire. L’un figure Apollon, l’autre
    Diane. En fait, il ne s’agit pas du tout l’ d’une simple, allégorie mais d’une réalité très concrète : le
    couple tantrique en train d’exécuter, avent la réalisation effective des noces chimiques, une sorte, de
    danse rituelle symbolisant le rapprochement magique qui doit s’opérer entre les deux natures divines
    opposées mais complémentaires.
    Lc dieu Neptune (ou Poséidon, si on préfère employer son nom original Grec)
    Est figuré plus grand que les deux personnages humains enfermés dans le matras : cela
    nous rappelle Que l’union alchimique entre partenaires prédestinés ne peut se réaliser
    sans l’intervention (et sous une forme effective, tangible) de la grâce divine
    . Le, dieu porte trident, symbole que, l’on retrouve dans toutes les formes traditionnelles
    de tantrisme (qu’elles soient orientales ou occidentales); le trident, cet attribut de Poséidon,
    dieu des Atlantes; or il semble, bien que le berceau de la voie tantrique soit à
    retrouver dans l’ancien continent atlantique.
    La présence du couple à l’intérieur de l’oeuf philosophique fait songer à ces tableaux de Jérôme
    BOSCH (qui avait reçu la plus haute initiation de la société secrète gnostique des Frères du Libre –
    Esprit) ou doux amants (des époux tantriques en fait) échappent aux apparences sensibles, enclos
    dans une sorte de bulle transparente
    Les deux personnages qui tiennent le matras ne sont autres, à nouveau, que l’alchimiste
    et sa compagne - mais parvenus cette fois au succès total : ils ont désormais accompli les
    noces chimiques, et peuvent donc devenir des êres libérés (ce que symbolisent à merveille
    les ailes dont le dessinateur a doté ses deux personnages). Dans le tantrisme hindou
    (mais, dans ses diverses formes, la voie tantrique observe des traditions tout à fait semblables
    - seules les formes, les détails extérieurs peuvent varier), le port par une prêtresse
    du sari doré révèle que celle-ci a célébré la phase ultime de la danse sacrée, quand se
    réalise la communion humaine totale en la Lumière divine; la couleur des vêtements
    figurés sur les deux personnages de la planche étant sans doute de cette nuance-la
    On remarquera que les deux personnages, au moment da leur triomphe, semblent
    porter des vêtements identiques : du point de vue symbolisme traditionnel, cela serait
    certes normal, le réalisation des noces chimiques ayant pour effet de concrétiser l’engagement
    du couple alchimique sur Le chemin de la reconquête. effective de l’androgynat
    primordial, sur tous les plans.
    Au-dessus des deux personnages inférieurs, nous voyons des rideaux qui s’ouvrent.
    Cela nous laisse très clairement supposer que les opérations alchimiques ne se
    réalisent pas du tout seulement sur le plan des apparences sensibles, mais à un autre

    niveau : au moment, précisément où ils effectueront le geste spécial, le moudra figure sur
    la figure (après qu’ils auront prononcé la formule vibratoire à laquelle il correspond) ,
    l’alchimiste et sa compagne verront leur imagination magique s’éveiller les transportant
    (leur conscience mourant au plan physique) sur les eaux. supérieures
    Tout un haut de la figure, nous voyons un Soleil radieux (avant, alternativement,
    neuf rayons rectilignes et neuf rayons sinueux), qui trône au-delà des nuages les plus
    épais. C’est la Lumière divine dans son plein épanouissement.
    (l) On remarquera, dans la célèbre tapisserie hermétique de le Dame à la Licorne que la
    jeune fille a changé de vêtements d’une scène à l’autre:.
    Planche 3
    Cette Planche constitue bel et bien l’équivalent parfait (pour l’alchimie occidentale)
    d’un mandala tantrique tibétain : nous voyons, par ce grand diagramme symbolique,
    comment les divers plans de manifestation s’emboîtent en fait les uns dans les
    aut-res, l’ensemble étant lui-même contenu dans l’Existence, divine, qui par définition
    même totalise toutes choses; celle-ci est l’Illimité.
    En marge, le soleil et la lune symbolisent les deux grandes polarités divines perpétuellement
    affrontées; complémentarité indissoluble du Père et de la Mère, du masculin
    et, du féminin, du positif et du négatif. La coexistence des nuages blancs et des nuages
    sombres venant renforcer ce symbolisme métaphysique
    Au sommet trône Jupiter porté par son aigle, et tenant. à la main un sceptre qui se
    termine par une fleur de lys. On notera que sur diverses gravures hermétiques où nous
    voyons l’alchimiste et sa compagne accomplissant la danse rituelle dont nous parlions
    plus haut (à) nous pouvons voir l’adepte porter un sceptre - symbole de sa royauté
    hermétique. L’Aigle est un oiseau symbolique très important dans l’alchimie traditionnelle,
    et il faudrait toute une étude spéciale pour en épuiser les diverses significations
    (l’excellent ouvrage d’Alexandre Volguine : Le symbolisme de l’Aigle paru à Nice aux
    Editions des « Cahiers Astrologiques »,étant l’ouvrage d’introduction capital en la matière).
    Faisons simplement remarquer que l’aigle, dans les formes christiques d’hermétisme,
    est volontiers symbole féminin. Jupiter chevauchant l’aigle, ce pourra donc être la
    polarité masculine pénétrant le réceptacle féminin, : l’accomplissement même des noces
    divines. Dans les assemblées rituelles des hauts grades du certaines organisations rosicruciennes
    traditionnelles, l’aigle sera le bijou spécialement porté par la femme.
    Passons maintenant aux trois cercles concentriques. Ils correspondent aux régions
    supérieures (différentes du plan physique) que l’illumination alchimique permet à
    l’adepte de visiter
    Dans le cercle le plus intérieur, nous voyons l’alchimiste et son épouse qui naviguent
    dans une barque : l’homme la dirige, tandis que sa femme lance deux lignes. L’une,
    va en direction du dauphin (l’animal cher au dieu Apollon) qui s’ébat dans les flots,
    tandis que l’autre rejoint le dieu Neptune, -lequel semble saisir le fil de la main gauche
    tandis que sa main droite manie le trident. Le dieu des eaux est figuré sur son char que
    traîne un animal fabuleux (sorte de cheval marin monstrueux à deux tètes).
    Ce qu’il ne faut pas oublier en étudiant cette figure, c’est que la « navigation
    hermétique » n’est pas du tout une vague allégorie, mais correspond en alchimie tantrique.
    àune réalité imaginative très précise. En effet, le couple alchimique - tout au mains
    une fois qu’il sera effectivement parvenu à développer son imagination magique (ce qui
    constitue l’un des grands secrets opératifs propres aux diverses formes de tantrisme) -
    devient à même, lors de l’une des étapes successives de son illumination magique, de
    circuler dans une sorte d’esquif, de nacelle (ou encore de bulle) sur les « eaux » spéciales
    qui constituent en fait l’une des régions du plan astral. Si, évidemment, la. barque où
    navigue le couple tantrique n’est évidemment pas de nature matérielle mais psychique,
    cela n’en implique pas moins le caractère concret, vécu de telles expériences.
    Dans le second cercle , nous voyons un paysage champêtre, où se trouvent diverses
    habitations. On remarquera la présence du bélier à gauche, du taureau à droite :
    ces deux symboles ont été placés là comme témoins en quelque sorte; ils sont, évidemment,
    les deux signes astrologiques du même nom, ce, qui bien salutairement nous rappelle
    la nécessité de n’entreprendre le Grand OEuvre par « voie humide » (car tel est le
    procédé décrit dans le Mutus Liber) qu’en observant des règles impératives quant au
    choix de la période de l’année solaire où les opérations devraient être entreprises.
    Quant au paysage rural, il ne doit naturellement pas être interprété comme
    une réalité d’ordre géographique, mais ne pourrait non plus se dissoudre dans l’allégorie
    : il s’agit d’une autre étape du voyage. tantrique un imagination magique, libérée au cours
    duquel le couple d’alchimistes se trouve explorer une autre des régions supérieures.
    On remarquera la splendide jeune femme, à côté de laquelle fleurissent des marguerites,
    et qui tient elle-même à la main un vase rempli de fleurs. Elle figure le Vierge,
    Diane, Isis, perpétuellement jeune et dispensatrice de toutes les bénédictions.
    Au bas du cercle intermédiaire, nous retrouvons le couple alchimique, en train,
    cette fois, d’accomplir une pêche magique dont lus résultats semblent être destinés à se
    faire sentir dans le troisième et dernier cercle, celui des régions invisibles supérieures. La
    femme, à senestre, tient une lanterne grillagée - la lanterne des philosophes de la main
    gauche tandis que sa main droite lance un filet. L’homme, de sa main droite, accomplit un
    moudra, tandis que sa main gauche lance (dans le troisième cercle) une ligne au beau
    milieu des eaux sombres, où elle accroche une sirène. On remarquera que cette dernière
    a le même visage que la si radieuse jeune femme porteuse. d’abondance: c’est toujours la
    perpétuellement jeune « mère Nature », mais figurée cette fois, comme la Tentatrice,
    l’illusionniste par excellence (c’est Maya de la métaphysique indienne), la redoutable qui
    règne sur l’océan insondable des virtualités indéfinies, de la matière première, du chaos.
    Mais le chaos ténébreux n’occupe que la partie inférieure du troisième cercle. A
    gauche, nous le voyons animé par un vol d’oiseaux, tandis que près des deux tiers se
    trouvent en fait occupés par les régions supérieures, de plus en plus railleuses, - sans
    cesse plus libres- où s’épanouit la Lumière- divine. On marquera toute le série de traits
    parallèles : ils symbolisent les octaves successives, aux fréquences vibratoires de plus en
    plus élevées, des régions ultimes du Clavier Cosmique – celle où s’achève l’illumination
    alchimique, celles qui touchent au Divin pur, à l’Illimité.

    Au sommet trône une altière figure masculine (sans doute Apollon), à côté
    de laquelle se, tient un paon : les couleurs de la queue du paon caractérisant, signalons le,
    l’une des phases terminales du Grand OEuvre (ces nuances se trouvent apparaître dans
    l’oeuf philosophique à une phase terminale bien déterminée , du magistère de la voie
    humide
    L’adepte Magophon. insiste à juste titre sur l’importance du symbolisme hermétique
    du la pêche. Il nous dit toujours dans son « hypotypose » au Mutus Liber
    combien cette figuration a pour but de démontrer que à l’opérateur doit déployer toutes
    ses facultés et mettre en oeuvre toutes les ressources de l’art pour capturer le poisson
    mystique, dont parle d’ESPAGNET. Et il nous précise : le guideau doit être tressé en
    mailles très fines d’amiante, qui a la propriété d’être incombustible et demeurer inaltérable
    . L’appareil bien disposé dans les eaux profondes on se munira d’une lanterne dont
    l’éclat attirera la proie dans les rêts. On peut, suivant d’autres symboles, employer la
    ligne; mais l’arcane est dans la préparation de la bourse, et le mot est de circonstance, car
    il ne s’agit de rien moins que de prendre le poisson d’or .
    De telles précisions nous rappellent la nécessité de se rappeler sans cesse que le
    symbolisme alchimique est volontiers susceptible de valoir en même temps au stade, du
    laboratoire (les opérations matérielles) et à celui de l’oratoire (les exercices spirituels qui
    jalonnent les étapes de l’ascèse illuminatrice). Les oiseaux qui volent à gauche, dans le
    grand cercle, sont des aigles; au point de vue opératif minéral, ils symbolisent les sublimations
    du mercure philosophale. Et MAGOPHON nous précise : Elles sont indiquées
    par le vol d’oiseaux et indispensables, car elles préparent la robe nuptiale d’Apollon et
    de Diane, sans laquelle leur union mystique serait impossible. C’est pourquoi Jupiter, le
    dieu qui gouverne l’aigle, préside à ces opérations.
    -(1) Voir notre explication de la Planche 2.
    Planche -4
    Tendue sur des piquets, cinq draps reçoivent la rosée céleste (flos coeli) à la partie
    inférieure nous voyons l’alchimiste et son épouse recueillir cette rosée en tordant l’étoffe
    pour l’en exprimer : la divine liqueur tombe dans le récipient d-isposé à cet effet.
    Sur le sol, en remarquera des formations végétales d’allure curieuse. Or, flos-coeli
    ; est le nom volontiers donné par les « fils de sciences » à une algue bleue, le nostoc, qui
    apparaît soudain - comme mystérieusement tombée du ciel (d’où son nom populaire -
    lui-même- aux résonances alchimiques : crachat de la lune) - dans les près ou les jardins
    après la pluie. Des alchimistes traditionnels ont- effectivement employé le nostoc pour
    préparer la matière première de 1’OEuvre. Mais la rosée proprement dite soigneusement
    recueillie (et d’ordinaire au printemps) de la manière bien indiquée sur la figure, est
    d’usage très courant en alchimie opérative; d’où le nom de « Frères de la rosée
    guide »quelquefois donné aux alchimistes rosicruciens du 17e siècle.
    On remarquera la partie supérieure de la planche, où - entre le Soleil et la
    Lune - nous voyons descendre l’éventail des influences célestes (de deux polarité
    complémentaaires). Le flos coeli peut également, en effet, désigner un mystérieux
    agent céleste de nature magnétique. L’alchimie opérative suppose en fait la connaissance
    précise des forces magnétiques: magnétisme solaire, magnétisme lunaire,
    magnétisme terrestre et même (semble-t-il) ce que. les astronomes modernes nomment
    rayons cosmiques.
    D’autre part, il ne faut pas oublier que les alchimistes semblent (comme jadis les
    fulguratores étrusques) aussi avoir eu la maîtrise d’une source colossale d’énergie : celle
    provenant de la captation directe du « feu du ciel », c’est à dire de la foudre. Quant à la
    possibilité- de capter directement cet autre « feu du ciel » que sont les rayons solaires, il
    semble bien que les adeptes en aient également eu la maîtrise. Voici, à ce propos, ce
    qu’écrit MAGOPHON dans son commentaire à la planche précédente (car il se demande
    comment le il doit être possible d’allumer la lanterne magique portée par la compagne de
    l’alchimiste) : Certains auteurs, et non des moindres, ont prétendu que le plus grand
    artifice opératoire consiste à capter un rayon de soleil, et à l’emprisonner dans un flacon
    fermé au sceau d’Hermès
    Ce miracle, le photographe l’accomplit en quelque sorte, en se servant d’une plaque
    sensible qu’on prépare de différentes manières.
    Enfin, la « manne céleste », l’agent secret indispensable à la réussite des opérations, peut désigner
    les influences magiques, surnaturelles dont l’adepte doit s’assurer le concours.

    A gauche de la figure, nous voyons figuré , le Bélier; à droite le Taureau.
    D’une part, le s’agit l’ d’une clef astrologique, qui nous indique les signes du Zodiaque
    sous lesquels on doit toujours commencer le Grand OEuvre (par le procédé de la voie
    humide). Mais MAGOPHON nous fait également remarquer : le Bélier l’Hermès Criophore,
    qui est le même que Jupiter Ammon; et le Taureau, dont les cornes dessinent le croissant
    ,attribut de Diane et d’Isis, qui s’identifient avec la Vache Io amante de Jupiter, est la
    Lune des Philosophes. Ces deux animaux personnifient les deux natures de la Pierre
    Le même adepte contemporain ajoutant, en ce qui concerne le symbolisme du Taureau : On
    apprendra, non sans surprise, que les Courses de Taureaux sont une figuration dramatique du Grand
    OEuvre. Tous les jeux ont une origine hermétique. La cocarde rouge que porte l’animal, et à laquelle est
    attachée une prime accordée au vainqueur, est l’image de la rose des philosophes. La grosse affaire,
    c’est d’être un bon matador. Aussi, d’aprés la tradition espagnole, « pour accéder au Gouvernement il
    faut triompher du taureau le taureau mystique évidemment. Cette victoire conférerait la « Chevalerie »
    la vraie noblesse, celle de la Science, et par conséquent, le sceptre. Au point de vue initiatique, en
    pourra observer que le symbolisme du Taureau pourrait ainsi s’identifier à celui à celui du
    Gardien du Seuil.
    L’un des édifices figurés juste au bord de l’horizon (la construction conique
    à droite) est surmonté de la Croix de Lorraine : ce n’est pas seulement l’emblème
    d’une grande province française mais c’est un symbole ésotérique traditionnel. (à ce,
    propos, nous renvoyons au rapport de G.-A. MATHIS présenté au Second Congrès
    Européen du Symbolisme, Metz, 9 et 10 Octobre 1965).
    Planche 5
    Nous y voyons l’alchimiste et son épouse se livrer à une série de manipulations
    précises dont l’objet est la liqueur recueillie dans le planche précédente. IL s’agit d’en
    opérer la coction : le couple alchimique verse donc la rosée dans un pot; mis sur le feu.
    Mais cédons une fois de plus la parole de MAGOPHON .
    Dans la figure au-dessous , l’homme y ajoute un produit visqueux et tient de
    l’autre main une substance (qu’il n’est pas difficile de découvrir, si l’on songe que l’oeuf
    l’un des noms donnés à la matière première d’où sortira la pierre philosophale) est analogue
    aux autres. Sur le même plan, à côté, un personnage nu, décoré d’une demi lune et
    accolé d’un enfant, reçoit un flacon où se remarquent quatre petits triangles (1). Ils
    représentent les proportions des éléments mis en oeuvre, à savoir un de soufre pour trois
    de mercure. Le corps lunaire intervient dans cette opération; il est indiqué par un écu
    portant la lune d’argent sur champ de gueules.
    Dans la figure du milieu, à gauche, la femme se dispose à écumer le compost:
    le mercure des philosophes doit en effet être très soigneusement ûrgé de ses éléments
    hétérogènes, en séparant le subtil de l’épais, le pur de l’impur. MAGOPHON nous fait
    remarquer : La Lune, des philosophes n’est pas toujours l’argent, encore que ce métal
    convienne au travail à un certain moment. Pour dérouter le profane les adeptes donnent
    ce nom au mercure et à son sel, dont le préparation présente les plus grandes difficultés.
    Pour que le mercure soit propre aux opérations, il est indispensable de l’animer Cette
    animation su fait au moyen du soufre préparé à cet effet.
    La figure en haut à droite et les deux de la partie inférieure représentent les digestions et
    distillations qui doivent. être réalisés.
    On remarquera sur chacune des figures du cette planche la présence d’une ouverture
    creusée dans la muraille qui débouche sur lu ciel : le s’agit sans doute là d’une symbolisation
    des perspectives illimitées qui s’offrent à la vue psychique de l’adepte lorsqu’il
    atteint l’illumination alchimique. Cette fenêtre, nous la voyons également paraître dans
    les deux planches suivantes.
    --------------
    (1) ou plutôt des figures de cette forme

    Planche 6
    Dans cette planche, continuation de la précédente, noua «voyons le couple alchimique,
    oeuvrant toujours de concert.
    MAGOPHON écrit : On remarquera que les opérations y sont toujours effectuées
    par un homme et par une femme, symbolisant les deux natures,.-L’action extérieure de ces
    deux agents indique le travail intérieur des corps réagissant l’un sur l’autre. Dans la première
    figure, l’agent féminin joue un rôle passif, et l’agent masculin un rôle actif.
    Celui-ci est le soufre, celle-ci, la lune. Il ajoute, en ce qui concerne les opérations que
    nous voyons réalisées par le coupla alchimique : l’action manuelle ne concourt aux résultats
    qu’à la façon d’une cuisinière préparant son pot au feu. Lorsque les ingrédients
    sont dans la marmite, l’eau cuit le compost, portée à la température requise par le feu
    extérieur. La coction achevée, il n’y a
    plus qu’à extraire les produits et à les employer suivant la formule. Mais toute intervention
    intempestive est préjudiciable et nuit à l’oeuvre.
    On remarquera l’avant-dernière figure, où la femme, au lieu d’être vêtue dans ses
    habits usuels, porte un costume mythologique : elle est chaussée de sandales et vêtue
    d’une tunique par dessus laquelle se trouve une sorte de cuirasse étincelante , elle porte
    une écharpe en sautoir. De la main gauche, elle appuie l’arc,(symbole lunaire) sur le sol;
    de la main droite, elle présente à son époux le vase à l’intérieur duquel se trouve la rose
    hermétique. On remarquera que l’épouse de l’alchimiste ne porte plus une coiffure lunaire
    mais la coiffure solaire (rayonnante) portée par son époux à la phase précédente du
    rituel : ce fait corrcspond, symboliquement, à la phase alchimique où c’est le principe
    féminin qui devient actif.
    Sur trois des figures nous voyons apparaître la rose. Au point du vue opératif,
    MAGOPHON nous précise : Qu’est ce que la Rose? C’est la fleur de l’arbre philosophique
    par excellence qui présage le fruit. Or, l’arbre des philosophes est le mercure végétable;
    la Rose est donc l’inflorescence de le sève métallique mise en mouvement par le feu
    extérieur, qui excite le feu interne des corps. Mais les Sages parlent de deux feux différents
    dévolus à cette fonction. Le disciple doit donc penser qu’il existe, en dehors du feu
    naturel, un autre agent ainsi dénommé, et ce feu secret est le ferment des métaux qui joue
    dans le travail - un rôle - analogue à celui du levain dans la pâte du boulanger.
    La planche comporte – on l’aura remarqué – trois roses dont la grandeur diffère : elles
    représentent trois étapes successives dans la réalisation victorieuse du Grand OEuvre.
    MAGOPHON nous dit : Dans le régime de la coction, Philalèthe enseigne qu’on obtient
    d’abord la rose blanche, qu’il nomme la lune, la rose jaune ou safran, la rose rouge ou
    parfaite.
    Mais ce symbolisme hermétique ne doit pas être interprété dans le seul contexte de
    l’alchimie minérale : nous avons là un très grand symbole traditionnel, l’une des deux
    composantes indissolubles de la Rose-Croix
    Planche 7
    Ce qui en rend l’interprétation difficile est que nous y voyons tour à tour:
    le couple alchimique qui accomplit (en vêtements ordinaires) des opérations de laboratoire;
    des scènes mythologiques (Saturne croquant son fils au milieu d’un brasier); un
    épisode rituel.
    Au point de vue opérations de laboratoire, les quatre premières figures ne présentent
    -on le, constatera - aucune difficulté : il s’agit de manipulations diverses accomplies
    par l’alchimiste et sa compagne lors des opérations qui mènent à la réalisation du Grand
    OEuvre
    Cc sont les trois dernières figures, celles de la partie inférieure, qui sont, elles délicates à
    interpréter. La partie de gauche représente le dieu Saturne s’apprêtant, au milieu d’un
    brasier, à dévorer son fils. D’une part, le s’agit d’une étape capitale dans les opérations de
    laboratoire (celles du procédé de la «voie humide»).
    MAGOPHON écrit : Il est une eau qui renferme le feu du Cicl; c’est la rosée, ou
    flos coeli, que nous avons vu épreindre dans une planche précédente. On sait que la
    rosée renferme un principe acide qui brûle à la lettre. Les objets soumis à son action ne
    tardent pas à tomber en poussière. Nous devons faire observer, cependant, que la rosée
    philosophale diffère, en réalité de la rosée commune. Elle est, néanmoins, formée des
    véritables pleurs de l’Aurore unis à une substance terrestre qui est le sujet de l’OEuvre.
    Les deux dernières figures continuent ce symbolisme opératif spécial : Lorsque
    Saturne – continue MAGOPHON - a accompli son horrible festin, on doit, dit Philalèthe,
    faire passer sur lui toutes les eaux du déluge, non pas de. Manière à le noyer, mais à
    corriger les effets d’une digestion laborieuse en éliminant les toxines résultant de la
    fermentation . Ce lavage à grande eau dépouille, le corps de ses impuretés, en corrige les
    humeurs et le rend dispos pour les opérations subséquentes.. On le distille alors hermétiquement
    afin de n’en rien perdre; en précipité le sel qui se présente en petits cristaux très
    hygrométriques, et qu’on doit soustraire aussitôt aux influences de l’air. C’est pourquoi
    on l’enferme dans un flacon bouché à l’émeri et qu’on tiendra en réserve.
    D’autre part, on peut retrouver dans cette figuration - en nous souvenant que c’est
    l’homme lui-même qui est en fait le sujet principal de l’oeuvre - le symbolisme tantrique
    du «pot mis à cuire», c’est-à-dire de notre nature matérielle qui doit être totalement
    purifiée, sublimée.
    La toute dernière figure est, elle aussi, mais uniquement en partie, symbolique :
    l’alchimiste ne sacrifie pas un enfant de chair! mais l’homme qui s’engage sur la voie
    d’une union tantrique doit le plus souvent «sacrifier son fils» c’est à dire renoncer à avoir
    une postérité charnelle : de par se nature même une telle union ne peut procréer. (1)

    Mais la scène n’est pas seulement symbolique : elle semble nous décrire une autre phase
    du rituel privé accompli par le couple d’initiés. Les deux époux sont - à cette phase -
    dépourvus de vêtements, la femme ne portant alors que son diadème lunaire par-dessus
    son écharpe rituelle. L’homme brandit le sabre de la main droite, tandis que son épouse
    lui présente dela même main, une fiole constellée d’étoiles.
    (1) Dans les rares cas où il y a transmission héréditaire, d’une chaîne tantrique, la
    naissance d’un enfant, se fait par le moyen de l’union sexuelle courante
    Planche 8
    Dans la partie inférieure, nous retrouvons le couple alchimique à genoux de
    chaque côté de l’athanor. à nouveau, remarquez l’attitude des mains, qui accomplissent
    des moudras.
    Nous y retrouvons aussi le rideau qui se soulève - symbolisant d’une manière
    correcte l’accès soudain de l’illumination magique au plan supérieur.
    La partie supérieure de la planche nous montre l’union magnétique entre les
    deux « anges », c’est à dire les deux natures célestes (éternellement prédestinées l’une
    à l’autre) de l’alchimiste et de son épouse. Le plus radieux soleil, symbole de la Lumière
    divine, illumine la scène
    Les deux anges tiennent l’oeuf philosophique, à l’intérieur duquel se trouve figuré
    le dieu Mercure ( l’Hermès des grecs). La figure ayant aussi c’est très net, un sens
    opératif. MAGOPHON précise : La huitième planche nous fait voir le mercure des
    philosophes réalisé, tandis que la planche deux n’en présente que les éléments constitutifs.
    Les aigles volent autour de lui parce qu’on lui fait subir dans le matras les sublimations
    nécessaires, ce qui est indiqué au bas de la planche de l’athanor où l’on a mis
    l’oeuf à incuber.
    On remarquera que le dieu Mercure porte un symbole qui n’est pas la figuration
    habituelle du caducée, mais un emblème tantrique; remarquer aussi, tout en bas du matras
    les deux symboles qui terminent les rameaux feuillus que tiennent les deux aigles de tête :
    respectivement une étoile à sept branches et un triangle inverséque continuent trois tiges
    surmontées chacune d’un losange. Il s’agit sans nul doute de « hiéroglyphes » alchimiques

    Planche 9
    Dans la partie supérieure, nous revoyons figurée - mais elle se trouvera recueillie, cette
    fois, dans six récipients - la patiente récolte de la « rosée céleste » (flos coeli); avec, à
    nouveau, le rappel des deux symboles zodiacaux du Bélier et du Taureau. Pourquoi cette
    répétition? Parce que, dans les opérations qui vont nous être décrites maintenant, cet
    agent spécial doit servir dans une nouvelle combinaison. On remarquera que l’éclairage
    de la sciène n’est pas du tout le même : il semble que le Soleil et la Lune soient marqués
    par un épais rideau de nuages; d’où la clarté crépusculaire qui règne.
    Nous retrouvons l’éventail des couches parallèles, qui symbolisent la descente de l’esprit
    astral, qui joue un rôle permanent dans les opérations du Grand OEuvre,
    MAGOPHON, à ce propos, se montre fort sévère pour l’une des interprétations
    possibles de cet agent mystérieux :Des écrivains d’hier, nous dit-il, ont vu dans cet esprit
    astral une émanation magnétique de l’opérateur. D’après eux, il faudrait, pendant une
    période déterminée, subir un entraînement physique et moral, pour pratiquer avec succès
    Cette sorte de fakirisme ou de yoga. La force qu’on produit doit être proportionnelle à la
    puissance du fluide, de telle sorte que la poudre de projection obtenue multiplie par 100,
    1000 ou 10000, etc. …suivant le potentiel de l’artiste. Ces fantaisistes prétendent ainsi
    imprégner la matière de l’esprit astral comme on charge un accumulateur d’électricité
    Nous nous permettons de n’être pas d’accord sur ce point précis avecMAGOPHON.
    En fait, cette charge magnétique réalisée par l’opérateur est l’un des plus grands, secrets
    opératif de l’alchimie tantrique
    Ace sujet, nous nous permettrons de renvoyer à l’ouvrage d’une alchimiste anglaise du
    siècle dernier, Mary - Ann ATWOOD : « A modest enquiry into the Hermetic Mystery »
    (Voir la réédition ce livre donnée à New York, dans la «Philosophical-Library» publiée
    par University Books, Inc.).
    Il ne faut pas s’étonner de voir quelquefois des auteurs d’une compétence éprouvée
    ignorer, voire méconnaître certains aspects spéciaux de la quête alchimique.
    C’est que celle-ci est tellement vaste que rares sont les «artistes» qui en aient cultivé en
    fait, et simultanément, tous les aspects. Comme nous le disait si bien un jour notre ami
    Eugéne CANSELIET, « il est diverses sortes d’alchimie », mais chacune d’elles appliquent
    les mêmes lois fondamentales, qui joueront à différents niveaux.
    Dans les deux figures inférieures, nous voyons ce qui semble être deux autres étapes du
    rituel secret, accompli par le couple alchimique; ces personnages nous révèlent en même
    temps certaines précisions utiles pour le laboratoire et qui concernent l’usage opératif
    particulier de la « rosée céleste ».

    On remarquera, dans la figure de droite, que l’alchimiste porte les attributs de Mercure;
    sa femme lui tend un vase rempli de « rosée céleste », « d’eau divine ».
    MAGOPHON nous révèle ainsi le sens précis de cette figuration en ce qui concerne la
    pratique du Laboratoire : Philalèthe prescrit effectivement, de laver le mercure à plusieurs
    reprises, de façon à lui faire perdre une partie de sa nature huileuse. Ildécrit
    soigneusement cette opération, qui s’accomplit avec l’eau céleste portée à une certaine
    température,.modérée néanmoins, car il faut un rien de trop de Chaleur pour que la partie
    ignée du flos coeli reprenne le chemin des astres. L’adepte contemporain ajoutant : Mais
    nous devons éventer ici une ruse :cet auteur (le PHILALETHE) a confondu à dessein,
    dans son ouvrage, la voie sèche et la voie humide. Ce serait donc un tort d’appliquer à
    une technique ce qui convient, à l’autre.
    Derrière les personnages, nous remarquons un paysage qui semble à la fois marécageux
    et forestier : c’est un symbole de la « forêt des erreurs » dont la traversée victorieuse
    impose à tout initié.
    Planche 10
    Cette planche représente les étapes qui mènent aux Noces Chimiques, à la conjonction
    hermétique des deux natures antagonistes. MAGOPHON donne l’élucidation
    complète des parties supérieure et moyenne, au point de vue strictement opératif. Laissons
    – lui une fois de plus, la parole .
    La première figure expose, dans les plateaux d’une balance, le sel indiqué par
    l’étoile, de l’autre le soufre désigné par une fleur qui, avec le coeur, forme sept pétales.
    Cc sont les proportions du rapport. (Ce n’est pas simple hasard si les alchimistes arabes
    parlent quelquefois de leur « science de la balance »: la possibilité d’arriver aux
    proportions exactcs dans les mélanges employés et absolument nécessaire à la réussite
    des opérations du laboratoire. L’expression « science- de la balance » pouvant aussi,
    cela va de soi, être utilisée sur les autres plans d’application du Grand OEuvre). Un
    homme (l’alchimiste) verse sur cette fleur un liquide enfermé dans un flacon. C’est le
    mercure. Il tient, de l’autre main un récipient plein d’esprit astral pour l’utiliser selon
    le cas. La femme place tous ces produits dans un matras à long col; mais qu’on se
    rappelle ici ce que nous avons dit du rôle de la femme dans l’OEuvre : les deux agents
    personnifiés de la sorte sont les matières elles-mêmes, et les divers accessoires qui les
    accompagnent déclarent leur état d’exaltation.
    A la seconde rangée, l’artiste scelle le matras su sceau d’Hermès. Il en présente le
    col à la flamme d’une lampe de manière à ramener le verre à un état pâteux et ductile.
    Il doit l’étirer ensuite avec précaution de manière à l’ amenuiser au point voulu, tout
    en s’assurant qu’il ne se produit aucune capillarité par où pourrait s’échapper l’esprit
    du compost. Les choses en étant là après avoir sectionné le verre il en renverse sur
    elle-même la partie adhérente au matras pour en former un épais bourrelet.

    C’est alors que, l’oeuf philosophique étant placé dans l’athanor (2ème figure de la
    partie médiane), la coction pourra commencer
    À gauche du la partie inférieure, trône l’athanor, avec toutes ses particularités très précises.
    On remarquera, sur son flanc gauche, la présence d’un diagramme circulaire qui
    semble être un rappel des plans supérieurs montrés dans la troisième planche du Mutus
    Liber. IL nous rappelle, bien salutairement, la nécessité de toujours faire entrer en ligne
    de compte les différents nivaux d’application où se développe la quête hermétique.
    La dernière figure de la planche montre que la conjonction des deux natures s’est
    effectivement opérée : le Soleil et la Lune se sont unis.
    On remarquera la présence, sur le sol, de chiffres 10, et le sera utile de repenser
    encore au petit diagramme à gauche de l’athanor. MAGOPHON précise à ce sujet : Le
    travail a donné les couleurs requises. Elles sont ici synthétisées dans un cercle d’abord
    noir, puis blanc et enfin jaune et rouge. Le produit obtenu multiplié à dix, comme
    l’énoncent les chiffres.
    Mais la dernière figure, devrait également être interprétée en un sens rituel:
    L’alchimiste et son épouse personnifiant. ,respectivement, le Soleil et la Lune -
    Apollon et Diane.
    Planche 11
    A la partie inférieure, nous retrouvons notre couple alchimique agenouillé de
    chaque côté de l’athanor. Mais on y remarquera que, cette fois, l’ n’y a plus une seulement
    mais deux ouvertures de chaque côté du fourneau; de plus, les rideaux ont disparu,
    ce qui symbolise sans doute l’atteinte, du stade où le passage de l’imagination magique
    sur un autre plan est devenu tout naturel au couple hermétique après l’accomplissement
    des noces divines.
    A la partie supérieure, nous retrouvons les deux anges, symbolisant l’union des
    deux composantes célestes du couple alchimique.
    Mais, là encore, le symbolisme opératif se poursuit au point de vue du Grand
    OEuvre minéral : il s’agit cette fois de la phase triomphante où l’opérateur, centré
    dans le régime du Soleil, a pu obtenir l’or des philosophes, qui n’est pas l’or vulgaire.
    MAGOPHON nous précisant : Cette planche fait voir qu’on recommence ici toutes les
    opérations précédentes. Il faut élever le mercure à un plus haut degré de sublimation au
    moyen des aigles, le re distiller pour lui donner une animation plus grandes.

    Planche 12
    Apparemment, elle est semblable à la planche 9. Pourquoi ? Du point de vue des
    opérations minérales, MAGOPHON nous l’explique : La planche douze nous enseigne
    comment on peut porter ce mercure (le mercure des philosophes) à une échelle supérieure.
    Il faut, a cette fin, recommencer les imbibitions de flos coeli jusqu’à ce que le
    mercure, qui en est avide, en soit imprégné à saturation
    Pourtant, on remarquera que les deux personnages du bas n’ont plus la «forrêt
    des erreurs» à l’arrière-plan : il l’ont traversée, devenant vainqueurs du filet des apparences
    sensibles. D’autre part, en remarquera que la partie supérieure n’est plus du tout dans
    la pénombre : les nuages se dissipent et les influences supérieures peuvent donc jouer à
    plein. Les bâtiments à l’horizon, au lieu d’être en grands partie cachés, se présentent au
    contraire en pleine visibilité : tous leurs détails (nombreuses fenêtres) en sont devenus
    visibles. La vision magique des réalités suprasensibles est devenue nette, précise.

    Planche 13
    Cette planche reproduit la dixième, avec, simplement, quelques différences dans
    la grandeur ou la place de certains détails. Pourquoi ?
    MAGOPHON précise : La treizième planche est une répétition de la dixième car,
    dans l’OEuvre, toutes les opérations se suivent et se ressemblent; mais cette nouvelle
    conjonction, qui s’opère avec des matières sublimées à l’extrême, n’est autre que le
    commencement des multiplications. La travail est le même que celui de la planche dix et,
    dans la coction , on verra reparaître les couleurs. La durée de celle-ci décroît à mesure
    que la puissance multiplicatrice augmente, de tells manière qu’il ne faut, la fin, qu’un
    jour pour obtenir le résultat demandait des mois. (Nous sommes, ne l’oublions pas, dans
    le procédé long – celui de la « voie humide »). Les chiffres de cette planche donnent les
    puissances de transmutations obtenues par les coctions subséquentes.
    On remarquera que les résultats dont se targuent les alchimistes en matière de
    transmutation métallique dépassent en fait toute commune mesure avec notre apparent
    « bon sens » technique: théoriquement, le n’y avait aucune limite concevable à la grandeur
    de la quantité du métal vil susceptible d’être transmué en or, la croissance des
    quantités transformées se faisant en progression géométrique, ce qui (soit dit en passant)
    laisse sous-entendre chez les adeptes la connaissance effective des plus grands secrets de
    la constitution de la matière, ceux que redécouvrent seulement mais, hélas pour des fins
    si volontiers destructrices, les physiciens nucléaires d’aujourd’hui). Quant à l’objection,
    tellement facile, selon laquelle en aurait dû s’apercevoir - y compris dans les plus grands
    évènements historiques - du fait que les hommes aient ainsi trouvé le moyen d’acquérir
    des richesses illimitées, nous allons tenter d’y répondre. Le fait pour un alchimiste de
    chercher à faire de l’or n’est qu’une des étapes, et rien d’autre, dans l’ascèse libératrice
    d’un mode spécial qu’il cherche à mener à bien. Le but de l’alchimiste traditionnel est bel
    et bien de procurer aux adeptes le moyen du s’échapper du labyrinthe des apparences
    sensibles, pour accéder à un mode d’existence autre. Du fait de parvenir à un tel état
    (correspondent à celui que les doctrines indiennes nomment celui de « délivré vivant »)
    un homme ne pourra qu’être totalement détaché par rapport aux conditionnements passionnels
    qui asservissent l’homme ordinaire; et la soif frénétique des richesses matérielles,
    qui a engendré et engendre tant de crimes, n’en est pas l’un des plus minimes.
    Quand l’alchimiste demeure, malgré son triomphe, sur ce plan ci de manifestation,
    il aura recours aux transmutations que pour satisfaire à ses besoins les plus impératifs;
    or, par définition même, l’être vraiment très évolué ne peut qu’avoir restreint considérablement
    le nombre de ses besoins réels. Quant aux exceptions (les adeptes qui,
    comme Nicolas Flamel ou Jacques Coeur, furent réputés pour leur munificence),elles
    confirment la règle : quand un alchimiste est ainsi autorisé à réaliser des transmutations
    sur une grande échelle, il devra être dépensier, prodigue même - mais toujours à des fins
    altruistes, jamais par égoïsme personnel.

    On remarchera, à la partie inférieure, trois détails ayant sans doute leur importance :
    -1° le diagramme circulaire à quatre zones est bien plus grand, ce qui symbolise
    l’atteinte de la plénitude dans l’illumination;
    - 2° l’arc de Diane est tendu, alors qu’il ne l’était pas dans la planche 10;
    - 3° sur le sol ne figurent plus les sortes d’algues (sans doute le fameux « Nostoc,
    ou Crachat de la lune »), ce qui signifie que les étapes de cette substance végétale
    était indispensable pour préparer la Pierre sont maintenant dépassées.
    Planche 14
    Au point de vue opératif, cette planche est ainsi commentée par AGOPHON :
    On y voit le matras scellé hermétiquement avec son bourrelet, tel que nous l’avons
    décrit; le mortier et le pilon pour les broyages; la cuillère à écrémer; les balances pour
    déterminer les justes poids; le fourneau des premières opérations avant l’emploi de
    l’athanor. Nous rappelons qu’il faut entendre les broyages, la décantation, l’écrémage et
    tout le reste d’une manière philosophique, encore qu’une trituration, un décantage et
    écrémage soient positivement nécessaires pour rendre les matériaux propres au travail;
    mais, par la suite, ces opérations se font d’elles même et, pour ainsi dire, automatiquement
    par la réaction des corps les uns sur les autres. Il ajoute : Le disciple devra méditer
    profondément sur la femme à la quenouille et la suivre avec sagacité dans ses manifestations;
    elles ne sont pas indifférentes et tout y parle au vrai fils de science.
    On pourrait se remémorer à ce propos l’épisode, dans la légende d’Hercule (1),
    Où le héros file la laine aux pieds de la reine Omphale : au point de vue tantrique, cela
    symbolise à merveille la prédominance donnée à la Shakti, l’énergie divine active se
    trouvant transférée dans la polarité féminine...
    D’autre part, la quenouille nous ramène au symbolisme bien connu des Parques
    qui tissent les jours d’une existence humaine : or l’alchimie ne permet elle pas de vaincre
    le sort ordinaire des mortels, puisque ses adeptes peuvent espérer « monter au ciel sans
    passer par la mort », comme nous le dit une formule, hermétique?
    Dans la dernière figure, nous voyons la célèbre formule latine « Ora, Logo, Logo, Relogo,
    Labora et Invenies » « Prie, Lis, Lis, Relis, Travaille et tu Trouveras ».
    Axiomes qui. définissent la si longue patience que nécessite la réalisation du
    Grand OEuvre alchimique par la «voie humide».
    (1) Sur celle-ci, la meilleure étude d’ensemble est celle de notre ami Edmond
    DELCAMIP : Les travaux d’Hercule (N°12 de la Collection «le Lien d’Unité»).

    Planche 15
    MAGOPHON nous en explique ainsi le symbolisme opératif : La dernière planche
    représente l’apothéose de Saturne, victorieux de son fils Jupiter qui l’avait détrôné et
    gît, inerte, sur le sol. C’est la solarisation du plus vil des métaux, sa résurrection et sa
    glorification dans la lumière. Les deux branches d’églantier du frontispice sont chargés
    de baies rouges et de baies blanches remplies de semences actives dont chacune a le
    pouvoir de muer en or ou en argent tous les métaux impurs. Mais le même autour ajoute
    une affirmation qu’il nous est impossible d’admettre : De soi-disant mystiques, écrit-il en
    effet, voient dans cette planche une image de la résurrection du l’homme et de son retour
    dans la patrie céleste, et ils s’extasiaient béatement sur cette découverte qu’ils ne sont pas
    loin de considérer comme géniale Or il serait impossible de comprendre pleinement la
    signification de cette., planche si nous n’y faisions pas intervenir ce symbolisme de la
    résurrection initiatique.
    On remarquera que cette planche finale est en somme le complément de la toute
    première : nous y retrouvons nos deux mêmes branches. Mais on y remarquera diverses
    modifications significatives. Les deux branches s’entrecroisent toujours par leur base,
    mais celles-ci se mélange à une paire d’ailes déployées, évocatrices du Phénix alchimique
    - ce grand symbole de résurrection. Çà et là elles portent des fruits des baies blanches et
    rouges.
    Au lieu de se rejoindre au sommet, elles laissent un intervalle supérieur par
    lequel peut descendre la radieuse. clarté du Soleil épanoui, qui concrétise l’achèvement
    victorieux et total du Grand OEuvre. Les roses, toutes deux épanouies, ne pendent plus
    des branches : elles sont maintenant suspendues au corps des deux anges qui, dans la
    scène figurées à l’intérieur du cartouche couronnent le dieu.
    L’échelle n’est plus verticale mais posée sur le sol; on y retrouverait, en maçonnerie,
    le symbole des Kadoschs.
    Au bas de la scène ,un cadavre : c’est le corps physique ordinaire, qui sera
    définitivement abandonné lorsque. L’adepte sera devenu à même d’y substituer un corps
    glorieux (mais l’enveloppe charnelle est, en attendant, laissée en arrière, lors des ascensions
    imaginatives dans les»Paradis»).
    Nous retrouvons naturellement lu couple alchimique agenouillé. On aura noté que la
    lune est figurée à droite de l’homme, le soleil à gauche de la femme : cette apparente discordance
    symbolique nous rappelle en fait que l’accomplissement des noces chimiques, du mariage des deux
    natures hermétiques opposées suppose toujours une phase où les deux polarités s’inversent, l’époux
    devient passif et sa compagne active (on retrouve encore le symbolisme tantrique de la Shakti). Des
    lèvres de chacun des deux époux sort un cartouche s’élevant vers le ciel (les deux cartouches se
    réunissent derrière le dieu) et portant la formule latine Oculatus abis.

    Oculatus signifie « qui voit, qui a des yeux »; abis est la seconde personne
    du singulier du verbe abire, qui veut dire « sen aller », « sortir », « s’écarter de »
    « abandonner » ou encore « passer d’un état à un autre ».
    On pourrait, très simplement, traduire ces deux mots latins, par « ayant des yeux,
    tu t’en vas ».
    Cette formule est très révélatrice du but final libérateur de l’alchimie traditionnelle
    : il s’agit pour l’adepte de franchir le rideau des apparences sensibles
    pour « aborder sur l’autre rive », comme disent les initiés du tantrisme indien septentrional
    (mais la formule valant en fait pour toutes lus voies tantriques).
    Ayant atteint cet état, l’adepte n’est pas du tout « dans les nuages » : il voit les réalités
    supérieures d’une manière aussi concrète, aussi forte (plus intense même) que la vision
    objective des apparences sensibles. Il a définitivement franchi le rideau de l’illusion pour
    vivre désormais à un autre niveau d’existence.
    Au dessus du couple plane le dieu Saturne couronné par deux anges qui ne sont
    autres que les symboles des deux contreparties célestes de l’alchimiste et de sa compagne.
    Des deux mains étendues, le dieu tient une cordelière, dont chacune des extrémités
    est empoignée par le couple; cette disposition formant un angle droit, évocateur
    au point de vue initiatique.
    A cet égard, ce serat lieu de nous demander si cette; planche ne nous révèle pas
    aussi des détails précis sur certaines initiations rituelles pratiquées au 17ème siècle dans
    des Loges françaises d’alchimistes rosicruciens : l’utilisation à cet effet de l’échelle et du
    la cordelière serait à prendre, en considération..
    A cet égard n’oublions pas que le propre des initiations rituelles, c’est toujours de
    mettre en action les symboles propres à la voie suivie. Et l’existence des Legos hermétiques
    durant la Renaissance, , puis au 17éme et 18éme siècles, ne fait aucun doute - quel que
    puisse être le scepticisme des historiens profanes.
    Quant aux armoiries qui figurent tout en bas de la planche, le semble qu’elles ne
    soient autres en fait que celles de l’auteur même du Mutus - Liber (1),un gentilhomme
    français : SAULAT (ou plutôt SOULAT), sieur des MARETZ; son nom hermétique ayant
    été ALTUS.
    (à) Publié pour la première fois à La Rochelle en 1677
    INDICATIONS GENERALES
    Quand on essaye d’interpréter les figures hermétiques du Mutus Liber ou « Livre
    d’lmage,s sans Paroles », la difficulté pratique majerure provient de notre conditionnement
    « cartésien » (si caractéristique de la science profane) à envisager les choses d’un
    point de vue non seulement intellectuel. mais analytique, où les choses se trouvent rigoureusement
    séparées l’une de à’autre. Alors que nous nous trouvons, tout au contraire,
    devant des révélations intuitives et synthétiques, ou les figures comme c’est le plus souvent
    le cas dans la symbolique traditionnelle - ne désignant pas forcément un unique plan
    de réalité, et toujours le même.
    En effet, nous aurons eu l’occasion de constater que le Mutus Liber englobe
    divers claviers de révélation hermétique qui devraient être interprétés à leurs niveaux
    respectifs
    Assurément, il y a des indications très précises sur les procédés manuels à
    utiliser au laboratoire pour la préparation même de la Pierre Philosophales selon le procédé
    dit de « la Voie Humide » (par la cuisson de l’oeuf philosophique dans l’athanor).
    Nous aurons eu maintefois l’occasion, au cours de notre examen des figures, d’utiliser
    les commentaires détaillés où l’adepte MAGOPHON.» a su si bien montrer tout ce qui.
    Peut être tiré du Mutus Liber en matière de manipulations au laboratoire (1). Marc HAVEN,
    le grand hermétiste contemporain, nous dit fort justement : Dans ces planches, on
    trouve, clairement exprimés, le choix de la matière première, la conjonction du Soleil et
    de la Lune du Flos Coecli, l’action de Mars, de Saturne dévorant son enfant, de Mercure
    les différentes couleurs de l’OEuvre jusqu’à l’obtention da la Pierre au rouge, puis la
    projection et la multiplication. (2)
    Sans nul doute, les planches du Mutus Liber nous révèlent l’existence de manipulations
    matérielles au laboratoire : nous voyons le fourneau et l’oeuf philosophique, les mélanges
    à réaliser, la récolte de la rosée, etc. Même les figurations allégoriques ne sont pas
    sans receler aussi un sens opératif en matière, d’alchimie minérale. Prenons, par exemple,
    la figure où nous voyons Saturne s’efforcer de dévorer son fils. Or, Saturne c’est le
    plomb, alors que son fils Jupiter désigne un autre métal : l’étain.
    Mais nous avons pu voir que toute volonté de nous limiter aux seules opérations
    de laboratoire nous auraient conduits à laisser dans l’ombre les autres niveaux d’application
    de la quête alchimique traditionnelle. C’est ainsi que l’étude
    Approfondie des figures du Mutus Liber nous aura permis de constater aussi l’existence
    -de Pratiques rituelles secrètes ;
    - de formules et de gestes magiques ouvrent l’accès des niveaux vibratoire supérieurs
    aux apparences sensibles;
    - de voyages sur les autres plans en imagination magique;
    - de la nécessité de faire intervenir aussi les influences occultes et surnaturelles
    ;
    - de l’accomplissement effuctif des noces chimiques, de l’union sacrée des
    deux natures (masculine et féminine) antagoniste mais complémentaires.
    Diverses réalisations étant d’ailleurs possibles, selon qu’il s’agira du
    rite concrètement accompli par les deux officiants (mais à différents ni
    veaux), de réalisation mystique personnelle (car en chaque Être spirituel les
    polarités masculine et féminine se retrouvent) ou d’union avec une épiphanie
    divine. Nous retomberons ici sur les diverses formes de tantrisme (3)
    Et nous terminerons en laissant, une dernière fais, la parole à MAGOPHON :
    L’alchimie est une science occulte; nous dirons mieux, elle est la science occulte,
    tout entière, l’arcane universelle le sceau de l’absolu, le ressort magique des religions
    et c’est pourquoi on l’a appelée l’Art Sacerdotal ou Sacré (…).
    L’alchimie est la clef de toutes les connaissances, et sa divulgation complète
    est appelée à bouleverser de fond en comble les institutions humaines qui reposent sur
    le mensonge, pour les rétablir dans la vérité. Mais nous ajouterons que la subite divulgation
    aux profanes, des plus hauts secrets hermétiques serait non seulement nuisible
    « ne jetez pas des perles aux pourceaux », nous est - il salutairement rappelé, mais
    sans doute impossible. Rappelons - nous aussi les parties de l’Evangile de Jean sur
    l’incapacité des ténèbres à comprendre la Lumière...
    Serge HUTIN
    BIBLIOGRAPHIE
    Maurice ANIANE, Notes sur l’Alchimie (in recueil Collectif Yoga, Paris,»Cahicrs du
    Sud», 1953, p. 243-73).
    M. A. ATWOOD A Suggestive Inquiry into the Hermetic Mystery réédition,New York
    (iversity Books) 1960.
    Titus BURGKHARDT Alchemie Olten ( Walter Verlag), 1960
    Eugène CANSELIET, Alchimie Paris (Jean-Jacques Pauvert), 1963.
    Michel CAROPN et Serge HUTIN, Les Alchimistes (Editions du Seuil Collection «Le
    Temps qui court)
    Mircea ELIADE, Forgerons et Alchimistes, Paris, Paris (Flammarion), 1956
    - Le Yoga, Immortalité et Liberté Paris, (Payot) 1957
    Julius EVOLA, Métaphysique du Sexe, Paris, (Payot), 195,9.
    John FERGUSON, Bibliotheca Chemica. réédition, Londres, 1962, s.v. «ALTUS’-’.
    G.F. HARTLAUD, Der Stein dur Weisen. Munich, 1959
    Serge HUTIN, l’Alchimie (Presses Universitaires de France) Collection «Que sais-je?»
    N° 506;
    Voyages vers Ailleurs Paris (Fayard), 11062
    Carl Gustav JUNG , Psychologie et Alchimie, 2ème édition, Zurich (Rascher Verlag), 1952,
    (traduction Traduction anglaise, New -York, 1953); traduction français à paraître.
    KAMALA JNANA, Dictionnaire-, de Philosophie Alchimique,. Argentière Haute-
    Savoie,Edition G. Charlot) 1961
    LOSENSKY PHILET, Der Verbogene Gesetz, Ganstadt-bei-Bamberg (Isis-Verlag),
    1956
    Claude d’YGÉ, Nouvelle assemblée des philosophes chimiques. Paris, (Dervy Livres),
    1954


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