• Qu'est-ce-que le Bouddhisme ?

     

    Si l’esprit est plus compatissant, automatiquement une sorte de porte intérieure s’ouvre et il devient très facile de communiquer avec les autres y compris avec les animaux, même les insectes. Extrait de "Un voyage vers le bonheur" (Sa Sainteté le Dalaï Lama)

    Extrait de Un voyage vers le bonheur

    (Sa Sainteté le Dalaï Lama)
    © Editions Vajra Yogini 1997 (81500 Marzens, France)

    Comme je vois dans cette assemblée des gens tellement différents les uns des autres, il me sera très difficile de dire quelque chose qui puisse tous vous satisfaire [...] Cependant je vais essayer de cerner les points fondamentaux et essentiels du bouddhisme [...]

    Il y a deux catégories de religions : le premier groupe que j’appelle habituellement religions théistes comprend le christianisme, le judaïsme, l’islam ainsi que certaines formes d’hindouisme ancien. Ce groupe affirme l’existence de Dieu comme croyance fondamentale.

    Le second, que j’appelle non-théiste, comme la religion jaïn, une partie de la philosophie samkhya (un aspect ancien très sophistiqué de l’hindouisme) et le bouddhisme. Ici, il n’y a ni Dieu, ni créateur, ni tout puissant : en fin de compte on est soi-même un créateur. L’un d’eux, principalement le bouddhisme, n’accepte pas la théorie d’une âme permanente. C’est la distinction entre bouddhisme et non-bouddhisme. La théorie de base du bouddhisme ne croit pas à une âme ou à un soi permanent.

    Tout le monde sait que, selon la motivation, le bouddhisme se subdivise généralement en deux groupes : le Hinayana et le Mahayana.

    La première motivation est principalement concernée par notre propre libération. Ainsi, par les pratiques de la conduite morale, de la concentration en un point et de la sagesse nous obtenons la libération.

    L’autre motivation consiste à ne pas penser qu’à nous-mêmes mais à nous préoccuper de tous les êtres. Par la pratique des six perfections (Skt. Paramita) fondée sur les trois entraînements suprêmes, elle permet de parvenir à la bouddhéité : c’est la voie du bodhisattva.

    Du point de vue des principes philosophiques, il y a quatre différentes écoles de pensée : Vaibhasika, Sautantrika, Cittamatra et Madhyamika. En ce qui concerne le comportement, l’essence de toute la tradition bouddhique est la non-violence.

    Pourquoi la non-violence est-elle importante ?

    La raison philosophique est basée sur le concept de la loi de l’interdépendance -les choses existent en corrélation. Par exemple, notre survie, notre propre bonheur, dépendent de nombreux facteurs. De la même façon, la douleur et la tragédie dépendent de nombreux facteurs. Ainsi toutes les choses sont liées. A cause de cette nature interdépendante et afin d’obtenir notre propre bonheur, nous devons être attentifs aux causes immédiates. Tout comme nous sommes concernés par l’expérience des conséquences de nos actes, nous devons être attentifs aux causes immédiates comme aux causes à long terme ou éloignées.

    Nous voyons donc à quel point la non-violence devient très importante. Le contenu essentiel du bouddhisme peut être résumé en deux points  : du point de vue de la conduite, c’est la non-violence et du point de vue de la philosophie, c’est la vue de l’interdépendance. Ici la non-violence a deux niveaux : si nous pouvons aider d’autres êtres, faisons le, servons les autres ; si nous ne le pouvons pas, au moins ne leur faisons pas de mal. Ce sont les deux niveaux de la non-violence ou de l’ahimsa.

    La philosophie de l’interdépendance peut avoir diverses interprétations selon les différents systèmes. Dans l’un d’eux, la signification de l’interdépendance correspond au fait que tous les phénomènes conditionnés surgissent en dépendance de causes et de conditions. Ce qui implique qu’il n’y a pas de créateur, les choses dépendent simplement de leur propres causes qui elles-mêmes dépendent de leurs propres causes : il n’y a pas de commencement. Dû aux causes et conditions, tout change constamment. De nouvelles circonstances produisent des faits nouveaux qui agiront à leur tour comme cause et produiront quelque chose de différent, de nouveau. Tel est le processus de la production en dépendance. Ce concept de l’interdépendance est accepté par toutes les différentes écoles bouddhistes.[...]

    Ainsi les points essentiels du bouddhisme sont la non-violence (Skt. ahimsa) et la vue de l’interdépendance. C’est l’essence du bouddhisme. C’est sur ce fondement que le Bouddha exposa le premier sermon des quatre nobles vérités : la vérité de la souffrance, la vérité de l’origine de la souffrance, la vérité de la cessation de la souffrance et la vérité du chemin [qui mène à la cessation de la souffrance]. Le Bouddha enseigna ces quatre nobles vérités parce que nous ne voulons pas souffrir et que la souffrance dépend de causes et de conditions. Voilà pourquoi il expliquala vérité de l’origine de la souffrance ou des causes et conditions de la souffrance. En d’autres mots, Bouddha nous proposa d’identifier la souffrance ainsi que les causes de ces différents niveaux de souffrances.

    Notre but est d’obtenir le bonheur, et encore une fois, celui-ci dépend de ses propres causes. Il existe un bonheur temporaire et un bonheur permanent. Le bonheur permanent est plus important, c’est pourquoi, pour obtenir un bonheur permanent, le Bouddha présenta la troisième noble vérité, c’est-à-dire, la vérité de la cessation ou en d’autres termes, la cessation de la souffrance, la réalisation du nirvana ou état de bonheur. Il expliqua également les causes grâce auxquelles l’état de cessation de la souffrance peut être réalisé, c’est-à-dire la vérité du chemin, L’enseignement des quatre nobles vérités parle du bonheur et de ses causes ainsi que de la douleur, de la souffrance et de ses causes.

    Je considère que le but de notre vie est le bonheur. Dès la naissance nous avons le droit d’être heureux et le bonheur permanent doit se développer en nous-mêmes, personne ne peut nous le donner, aucun facteur extérieur ne peut produire ce bonheur permanent. Il doit être accompli par notre propre développement intérieur. C’est pourquoi le Bouddha a enseigné les quatre nobles vérités. Mais voyons comment les intégrer dans notre pratique !

    [...]

    En définitive, la nature fondamentale de l’esprit est neutre. Elle peut être influencée par des émotions négatives ou positives. Prenons le cas de personnes qui sont "soupe au lait". Lorsque j’étais jeune, par exemple, je m’emportais assez facilement, cependant cette humeur ne persistait jamais vingt-quatre heures. Si l’émotion négative était de la nature de notre esprit, alors aussi longtemps que l’esprit fonctionne, la colère devrait demeurer. Or, ce n’est pas le cas. De la même façon les émotions positives ne sont pas non plus de la nature de l’esprit. L’esprit est quelque chose de neutre, reflétant toutes sortes d’expériences ou de choses différentes. En outre, quelle est la démarcation entre les émotions négatives et positives ?

    Il n’existe pas de démarcation absolue, cependant il y a une démarcation relative. Les émotions qui produisent du bonheur, un bonheur plus subtil, plus permanent, un bonheur satisfaisant qui dure, sont positives. Il en est ainsi parce que nous considérons le bonheur comme quelque chose de bien, comme notre but, comme ce que nous devons atteindre. Nous tenons pour positif, tout ce qui nous permet d’aller dans cette direction ou qui peut produire le bonheur. Certaines émotions qui en fin de compte nous apportent le bonheur, celles que nous appelons émotions positives, telles que la compassion, l’amour, la sagesse, en définitive, nous transforment en une personne plus heureuse, plus sérieuse, plus digne de confiance. Il en est ainsi, parce qu’elles sont bénéfiques à cela. Même si du point de vue de l’absolu, nous ne pouvons pas les identifier comme telles, au niveau conventionnel tout le monde les apprécie, les aime et c’est pourquoi elles sont appelées positives.

    Bien que les émotions positives et négatives soient de puissance égale, les émotions négatives apparaissent habituellement sans raison, elles ne sont rien d’autre que de l’émotion. Si nous examinons de façon impartiale ou réfléchissons profondément à la valeur de la colère, de la haine, de la jalousie, du doute, de la méfiance, de la peur, nous voyons qu’il n’existe pas de fondement profond à ces émotions. A l’inverse, l’amour, la compassion, le pardon ont des raisons d’être plus profondes. Du point de vue bouddhiste, notamment de la philosophie Madhyamika, ces émotions négatives sont en définitive établies sur l’ignorance.

    L’ignorance ici se réfère à un esprit qui perçoit la nature des objets comme ayant une existence indépendante. Lorsque certaines émotions négatives se développent, il est bien évident qu’à ce moment là, ce envers quoi nous nous sentons négatifs apparaît comme absolu, comme vraiment cent pour cent négatif. Aussi longtemps que cette émotion négative persiste, l’objet en cause apparaît comme quelque chose de cent pour cent négatif. Dès que cette émotion diminue, l’impression que l’on a de cet objet devient également plus positive. Ceci démontre comment l’émotion négative ne peut pas fonctionner sans le soutien de l’ignorance. Voilà pourquoi toutes les émotions négatives sont établies sur la base d’une telle ignorance.

    L’ignorance ou la conception erronée, quelle que soit sa puissance, peut être affaiblie puis éliminée par le développement d’une compréhension plus profonde établie grâce à l’analyse et à la méditation. C’est la nature de l’esprit.

    Fondamentalement, nous avons un désir inné pour le bonheur. Cependant, dans un deuxième temps, le bonheur et la tristesse dépendent des émotions positives et négatives. Par ailleurs, la nature ultime de l’esprit est quelque chose de pur ; il y a donc une possibilité de réduire ces émotions négatives et d’accroître les émotions positives. Voilà pourquoi il existe un moyen de surmonter la souffrance. Ce point est important.

    C’est ce que le Bouddha a expliqué dans la deuxième noble vérité : karma et émotions, la vérité de l’origine de la souffrance qui se réfère ici aux états d’esprit et aux karmas contaminés. Afin de comprendre complètement le sens de la deuxième noble vérité, nous devons de toute évidence nous imprégner du sens de la vérité de la cessation (de la souffrance), la troisième noble vérité.

    Le premier sermon du Bouddha explique les quatre nobles vérités, le second explique pleinement la troisième noble vérité. Dans cette dernière, l’explication la plus profonde concerne la nature de l’esprit en rapport avec les quatre nobles vérités. Il y a donc une possibilité de réduire les émotions négatives de cette manière et d’atteindre un bonheur permanent qui est le nirvana.

    Une fois que nous avons compris le but, comment pouvons-nous éliminer les émotions négatives ?

    Cela est possible par la pratique, par l’entraînement de l’esprit. Pour développer un effort authentique, un effort inlassable, il nous faut une certaine détermination. Pour cela, il est extrêmement important de connaître la signification de la souffrance. S’il n’existe pas d’alternative, si penser à la souffrance est quelque chose d’inutile, alors il vaut mieux l’oublier. Par contre, s’il existe une possibilité de surmonter la souffrance, alors cela vaut la peine d’y réfléchir et de la comprendre. Plus nous en sommes convaincus et plus grande sera la détermination à surmonter cette souffrance.

    [...]

    Les émotions négatives ferment cette possibilité. Il semble alors que nous sommes délibérément isolés du reste de l’humanité et le ressentiment, la solitude, la peur, le doute puis le désespoir ou la dépression surviennent. Alors que la compassion nous donne une force intérieure, ouvre notre porte intérieure, et nous apporte ainsi de meilleures expériences.

    [...]

    A ce propos, j’aimerais également signaler que très souvent les gens ont l’impression erronée que le sentiment "égoïste" est négatif, qu’il ne devrait pas y avoir d’ego, pas d’ego fort. A mon avis, il y a deux types d’egos tout comme il y a deux types de désirs. Il y a donc deux sentiments de je :

    -  un sentiment de je fort qui en oublie le droit des autres et se considère lui-même plus important que les autres. Ce type d’égoïsme est mauvais.

    -  mais en même temps il y a un autre type d’égoïsme qui dit je peux faire ceci, je peux aider, je peux servir . Cette sorte d’égoïsme est positif.

    Je pense que les bodhisattvas ont un ego extraordinairement fort. Ils ont un ego énorme. Cet ego développe une incroyable détermination. Pour eux les jours, les mois, les années ne sont rien. Ils comptent par éons, pas un éon, ni deux mais des millions d’innombrables éons. Une telle durée de temps impensable ne les décourage jamais. L’infinité des êtres dont le nombre est illimité ne les décourage pas non plus. Leur détermination de faire quelque chose pour un nombre infini d’êtres et pour une période illimitée est inaltérable. A moins d’un ego solide et fort, une telle détermination est impossible à développer. Ceci est un ego positif, nécessaire, utile, constructif que nous devons développer.

    L’autre forme, c’est l’égoïsme stupide qui ne tient pas compte des droits des autres, simplement les oublie et pire encore, cherche à obtenir sa propre satisfaction et exploite les droits des autres. En fin de compte avec ce type d’égoïsme, nous perdrons, nous souffrirons ; c’est pourquoi cet égoïsme est idiot. Il est négatif.

    En ce qui concerne le désir aussi, nous trouvons deux sortes de désir :

    -  le désir dirigé vers quelque chose de raisonnable, fondé sur la raison. C’est un bon désir. Avec ce désir la détermination se développe et du point de vue bouddhiste, grâce à ce désir, nous pouvons finalement atteindre la bouddhéité.

    -  puis un autre désir sans raison valable, simplement "je veux ceci, je veux cela", ce genre de désir sans fondement correct, mène très souvent au désastre.

    Lorsque les enseignements insistent sur le fait que le désir est la source de la souffrance, certaines personnes ont l’impression que tout désir est mauvais. C’est une idée fausse. A propos de l’ego nous devons aussi faire la même distinction claire et nette.

    La pratique suivante a pour objet l’impermanence. Nous y trouvons à nouveau deux niveaux :

    -  le niveau le plus grossier comme par exemple la mort, la malchance, lorsque certaines expériences changent ou prennent fin ;

    -  et celui plus subtil du changement d’un moment à l’autre. La physique moderne a également découvert ce niveau d’impermanence.

    Du point de vue bouddhiste, la cause de notre vie, de notre corps est l’émotion négative de l’ignorance. Si nous regardons de plus près, il n’y a pas de possibilité de bonheur permanent aussi longtemps que tout est contrôlé, influencé, gouverné par l’ignorance. Une fois que cette ignorance est éliminée, c’est le nirvana. Tant que que ce même esprit est influencé par l’ignorance et que cette situation persiste, c’est le samsara. Dès que l’influence de l’ignorance est éliminée, qu’elle a disparu, c’est "moksha", la libération. Moksha n’est pas quelque chose venant d’un autre pays ou une terre de béatitude ; cette conception est erronée. Moksha, la libération, n’est pas une chose extérieure. Moksha se trouve juste à l’intérieur de nous. Aussi longtemps que notre esprit est influencé par l’ignorance, c’est le samsara. Dès que cela change, qu’il n’est plus soumis à l’influence de l’ignorance, c’est moksha, c’est la libération.

    C’est pourquoi la réalisation, ou la prise de conscience, du niveau le plus subtil de l’impermanence est très utile pour développer la détermination d’atteindre la libération.

    C’est ainsi que, lorsque nous pensons aux différents niveaux de la nature de l’impermanence, nous entrons dans la seconde étape de pratique de la méditation sur la voie progressive vers l’Eveil. En méditant sur la signification du niveau le plus grossier de l’impermanence nous engendrons une forte aspiration à accomplir quelque chose de mieux dans la vie prochaine et lorsque nous pensons au niveau subtil de l’impermanence, nous engendrons une forte aspiration à atteindre le nirvana ou la libération.

    De la même façon que nous prenons soin de nous-mêmes en réfléchissant à la manière d’éradiquer la souffrance et de réaliser le nirvana ou la libération (un état de bonheur suprême), si au lieu de nous concentrer uniquement sur nous-mêmes, nous appliquons cette méthode de pensée et d’attention au bien-être d’autrui et réfléchissons à l’élimination de leurs souffrances, nous engendrons alors l’altruisme ou le souhait de réaliser lEveil pour le bien de tous les êtres. Nous appelons cette motivation "l’esprit d’Eveil" (Skt. Bodhicitta). C’est grâce à cette sorte de détermination que nous voulons accéder à la bouddhéité afin de servir tous les êtres.

    Que nous autres, êtres humains dotés d’un esprit, soyons capables de développer une telle détermination, une telle volonté aussi ferme, est vraiment quelque chose qui m’émerveille !

    Sans parler en termes religieux, une personne qui a développé un esprit aussi précieux que celui de Bodhicitta devient quelqu’un de très courageux, de très brave, de très utile à la société et quelqu’un qui a un cœur chaleureux. Si nous considérons le point de vue de la pratique de la religion bouddhiste, alors cet esprit d’Eveil est une qualité tellement merveilleuse, qui lorsqu’elle est engendrée, purifie toutes les négativités et permet aussi d’accumuler toutes les qualités positives. Lorsque nous aurons engendrés un esprit aussi précieux, celui-ci nous assurera une bonne renaissance ou encore un chemin excellent dans le futur. En d’autres termes, il nous préparera, lui-même, pour le voyage sur le chemin vers l’Eveil.

    Avec ce type de détermination vient la pratique des dix Perfections (Skt. Paramita) telles que la générosité, la moralité, la patience, l’effort, la concentration et la sagesse. Ce sont les six perfections principales. Si nous entrons dans les détails nous comptons effectivement dix paramitas mais, en général, on parle des six paramitas.

    Tel est le chemin de la pratique du Mahayana, celle du bodhisattva. Puis au niveau supérieur, nous avons la pratique du Tantrayana. Si nous complétons davantage cette pratique du Mahayana par la pratique du Tantrayana, nous trouvons alors le Kriya Tantrayana, l’Oupa (Charya) Tantrayana, le Yoga Tantrayana et le Maha Anouttara Yoga Tantrayana.

    Dans l’enseignement tantrique se visualiser en tant que déité est considéré comme très important. Il s’agit non pas d’une simple visualisation mais tout d’abord d’une méditation sur la vacuité (Skt.Shounyata) ; cette sagesse est alors transformée par notre imagination dans la forme de la déité, dans la forme du Bouddha. Puis, en gardant à l’esprit ce corps de Bouddha comme sujet de méditation, nous méditons sur la nature véritable, la vacuité ou l’ainsité de ce corps ou de cette forme. C’est de cette manière que nous entrons dans la profondeur de la pratique du Tantra. D’un côté nous méditons sur la nature de la déité et en même temps nous méditons sur sa nature ultime. Ainsi, sur la base de l’esprit d’Eveil, la détermination, on associe une sagesse très puissante. En conséquence, certains actes courroucés deviennent parfois aussi très utiles. C’est pourquoi il existe des déités courroucées et il est indispensable de bien faire la distinction entre la colère sans haine et l’amour ou la compassion sans attachement. C’est important. Telle est la pratique du Tantra en général.

    Dans le Tantrayana du Maha anouttara yoga la pratique unique ou particulière est de faire la distinction entre les différents niveaux de l’esprit : l’esprit grossier, l’esprit subtil et l’esprit subtil le plus profond. Il existe certaines techniques pour neutraliser le niveau grossier de l’esprit et ainsi activer l’esprit subtil le plus profond qui est alors transformé en sagesse. Cette sagesse est plus puissante que les sagesses qui n’appartiennent principalement qu’au niveau grossier de l’esprit. Tel est le système du véhicule du Tantra appelé Maha Anouttara Yoga.

    Dans le bouddhisme tibétain nous associons les enseignements fondamentaux des quatre nobles vérités à l’esprit d’Eveil et les six perfections au yoga de la déité et à certains types de pratiques de yoga. Tout d’abord nous posons les fondements, puis nous nous y appuyons pour atteindre le sommet de la pratique.

    Il est important de savoir que sans la pratique du Tantrayana ou sans la pratique de l’esprit d’Eveil (Skt. Bodhicitta), uniquement avec la pratique des quatre nobles vérités, nous pouvons atteindre la libération et obtenir un résultat satisfaisant. A l’opposé, il est impossible d’enseigner uniquement les dix perfections ou le Tantrayana sans une pratique fondée sur les quatre nobles vérités.

    Autrement dit, sans le Tantrayana, juste par le Soutrayana, nous pouvons pratiquer et atteindre un résultat satisfaisant, mais le contraire, sans pratiquer le Soutrayana, en pratiquant uniquement le Tantrayana, il est impossible d’obtenir un résultat satisfaisant. C’est comme si tous les enseignements avaient une fondation, un premier étage, un second, etc. Sans le rez-de-chaussée il est impossible de construire le premier étage. Le contraire est possible n’est-ce-pas ?

    Ceci est important car parfois les êtres sont impatients et désirent obtenir la bouddhéité immédiatement sans vouloir considérer les quatre nobles vérités ou les six perfections... mais l’obtenir simplement par des pratiques de déités ou de (visualisation de) mandalas... en récitant quelque chose !!! C’est incorrect, nous devons avancer pas à pas.

    C’est tout. Merci beaucoup.

    Puisse l’esprit d’Eveil précieux et suprême
    Naître là où il n’est pas né,
    Ne pas dégénérer là où il est déjà apparu,
    Mais s’accroître de plus en plus.

    Avril 2001

    Sa Sainteté le Dalaï Lama





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