• Mère Cécile Bruyère

    Il serait difficile de dépeindre en quelques lignes la personnalité assez exceptionnelle de la première abbesse de Sainte-Cécile. Douée d'une haute intelligence, d'une énergie très virile tempérée par une exquise sensibilité féminine, elle avait reçu une formation générale et artistique étendue. Ses riches dons naturels avaient été merveilleusement épanouis par une vie théologale intense. Rares sont ceux qui l'ont approchée sans avoir été impressionnés par le charme humain et surnaturel de sa personne. Les moniales de Sainte-Cécile profitèrent largement de son enseignement qui, sous une forme très simple et toute spontanée, les initiait aux vérités les plus hautes. Mère Cécile a transmis son amour de l’Église et de la liturgie dans un petit traité théologique et mystique : La Vie spirituelle et l’Oraison, d’après la Sainte Écriture et la Tradition monastique. Il fut publié en 1886, traduit par la suite en différentes langues et réédité jusqu’à nos jours.

    Fécondité d’un abbatiat

    En raison du rayonnement de dom Guéranger, le jeune monastère exerça très vite une grande attraction dans le monde monastique : des maisons de fondations récentes venaient demander conseil et bénéficier, par le biais de la communauté de Sainte-Cécile et de son abbesse, de l’expérience du père abbé. Ainsi mère Marie Cronier de Dourgne et surtout les bénédictines de Maredret dont les fondatrices vinrent se former à Sainte-Cécile avant de rejoindre leur monastère belge. Des abbayes plus anciennes aussi, comme saint-Nicolas de Verneuil, sollicitèrent l’appui de mère Cécile qui y répondit généreusement.

    Les vocations affluaient, provenant de tous les milieux, de toutes les provinces, et même des pays étrangers. Comme l’essaim monastique s’augmentait rapidement, mère Cécile dut envisager, à la fin des années 1880, de fonder dans le nord de la France le monastère Notre-Dame de Wisques et à peine dix ans plus tard celui de Saint-Michel de Kergonan en Bretagne.

    Les épreuves et la mort

    En 1893, de fausses accusations furent portées contre la première abbesse de Sainte-Cécile. Atteinte dans son honneur et dans l’œuvre même à laquelle sa vie s’était dépensée, mère Cécile ne se départit jamais d’une paix qu’elle sut propager autour d’elle. Elle offrit largement son pardon, mais l’épreuve qui n’avait entamé ni sa foi ni son courage avait ébranlé définitivement ses forces physiques. 

    La loi française sur les associations de 1901 entravant le maintien d’une libre vie monastique, mère Cécile dut conduire ses moniales sur les routes de l’exil jusqu’à l’île de Wight en Angleterre : la communauté s’installa d’abord à Northwood, puis à Ryde

    C’est alors que mère Cécile fut atteinte d’une paralysie dont l’évolution se révéla inexorable. Elle s’éteignit le 18 mars 1909, après quarante-deux ans de gouvernement. La Congrégation de Solesmes tout entière se reconnaît redevable à son égard, en raison de son rôle maternel et fondateur exercé tant par son enseignement que par sa prière et l’exemple de sa vie.


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