• Planche du F.’. Orateur
    à l’occasion du 20ème Anniversaire
    de la R.’. L.’. René Guénon à l’O.’. de Lausanne


    Vingt ans…

     Vingt ans déjà!

     Vingt ans seulement!

     Les adverbes « déjà » et « seulement » nous indiquent combien la notion de temps est relative et subjective pour chacun d’entre nous. En tout état de cause, la joie est grande, car si nous considérons la loge comme un organisme vivant, nous venons d’atteindre la maturité, l’âge adulte qui devrait nous ouvrir tout grand la Voie de la Sagesse et de l’Amour.

    Les huit FF.’. qui il y a vingt ans ont eu l’idée de fonder cette Loge, aspiraient à une F.’. M.’. ouverte, laborieuse et rayonnante. Pour cela ils ont pris le risque de la solitude.

    Bien sûr, nous n’existons jamais au singulier. Nous sommes entourés d’êtres et de choses. Je touche, je vois l’Autre, mais je ne suis pas l’Autre. Je suis tout seul. C’est donc l’être en moi, mon « exister » qui constitue l’élément absolument intransitif, quelque chose sans intentionnalité, sans rapport. Cet exister est la seule chose que nous ne puissions échanger avec les autres. Donc dans ce sens c’est s’isoler pour l’exister. La solitude n’est pas un isolement à la Robinson, ni une incommunicabilité d’un niveau de conscience, mais elle apparaît comme l’unité indissoluble entre existant et son œuvre d’exister. Concevoir une situation où la solitude est dépassée, c’est aller vers un événement ontologique où l’existant contracte l’existence. C’est dans ce dépassement que cette Loge naissante a trouvé un port dans la GLS de l’époque.

    Ainsi commence un travail, un travail initiatique d’abord pour élargir la Loge. C’est dans ce travail, avec son effort, sa peine et sa douleur que la Loge a retrouvé le poids de son existence directement lié à sa liberté d’ « existante ». Si nous poursuivons l’exemple de l’organisme pour la loge,  celle-ci est comme  le père offrant à son fils un possible, placé au-delà de ce qui est assumable par le père lui-même, mais qui reste encore sien dans un certain sens. Sienne - ou non indifférente- une possibilité qu’un autre assume : par l’initié une possibilité au-delà du possible. Une espèce de fécondité non biologique qui remet en question la subjectivité transcendantale du « pouvoir » incarné dans le centre et la source de nos actes intentionnels. Donc dans une certaine mesure notre avenir, ce n’est pas la mort, mais l’autre, car il prolonge notre durée et est en même temps le réceptacle de tous nos espoirs.  La relation avec l’avenir, la présence de l’avenir dans le présent, c’est ce face à face avec autrui. Le face à face est l’accomplissement même du Temps. La condition du temps est dans le rapport entre humains ou dans l’histoire.  Que représente justement les 20 ans de la Loge René Guénon face à l’histoire, face à l’histoire de la Maçonnerie, l’opérative d’abord et de la M.’. spéculative plus tard ? Face à l’histoire de la tradition universelle à laquelle nous nous rattachons avec plus ou moins de bonheur ?

    Je crois que la Loge René Guénon au cours de son existence,  a appréhendé, seule,  le mystère de la mort qui restera mystère sans être néant pour autant, nous n’avons pas essayé d’arrêter l’histoire en conciliant toutes les contradictions sur ce sujet, mais nous avons essayé de nous acheminer vers un pluralisme qui ne fusionne pas en unité. La dure école de la tolérance entre affirmation de soi et altérité a été la nôtre. Et c’est dans la relation du Même et de l’Autre que se produit l’Infini auquel notre brève existence se rattache. Pour la Loge comme pour chacun de nous la question se pose : « être ou ne pas être ? » Cette première question survient-elle en prenant conscience avec lucidité dans notre pensée, capable de penser jusqu’au bout, jusqu’à la mort, et qui jusque dans sa finitude, est soit héroïque ou angoissée ?  Ou au contraire, n’est-ce pas la « mauvaise conscience » posant la question de mon droit à l’être qui est déjà ma responsabilité pour la mort d’autrui, qui interrompt la naïveté de ma persévérance ? La crise de l’être, c’est déjà l’interrogation sur la justification de l’être, la réponse à la question : - Mon « Dasein » n’est-il pas l’usurpation de la place de quelqu’un ?

    Cette question n’attend pas de réponse théorique mais elle en appelle à la responsabilité. Responsabilité qui n’est pas la privation du savoir de la compréhension, mais, comme le dit Emmanuel Lévinas, l’excellence de la proximité éthique dans sa socialité, dans son amour sans concupiscence. La Loge comme chacun de ses membres tente un zoom back sur l’humain, en tant que retour à l’intériorité de la conscience non intentionnelle, à la « mauvaise conscience », à sa possibilité de redouter l’injustice plus que la mort, de préférer l’injustice subie à l’injustice commise et préférer ce qui justifie l’être à ce qui l’assure. Bien sûr, à ce jeu-là, tous nos membres fondateurs ne sont plus là, comme l’organisme humain, la loge vit en renouvelant ses cellules, certaines meurent, d’autres se séparent, quelques fois joyeusement, le plus souvent en une triste scission, mais c’est ainsi, à ce prix-là, que la vie se maintient dans le Temps.

     Dans l’hommage que nous aimerions rendre à nos FF.’. fondateurs, pris de Fraternité vraie pour tous les hommes régulièrement initiés, nous aimerions poser une question : Pourquoi avoir choisi ce nom, René Guénon (le nommer c’est reconnaître son  existence !) comme étendard ? D’habitude l’on choisit des personnalités à très grande notoriété comme Mozart, Voltaire, Benjamin Franklin ou la profondeur de concepts tel que: La Tradition, la Liberté, la Fraternité, le Progrès …. N’étant pas membre fondateur de cette loge, je ne peux pas répondre à cette question, mais ce que je peux essayer de faire c’est de voir qui il était vraiment et  ce qu’il représente pour nous aujourd’hui.

    R.G. ne peut pas être qualifié d’homme de lettre mais certainement d’homme de plume, l’œuvre publiée de son vivant est colossale et la partie posthume qu’il nous a laissée l’est tout autant. Il aimait s’affirmer Maître sans disciples. Quelle est son influence sur nous aujourd’hui ?

     De par son autorité, R.G. a généré une formidable impulsion, une action concordante à la mesure de la déchéance du monde moderne. Mais lorsqu’on mobilise une telle puissance, on en ressent immédiatement le choc en retour. Que R,G, aie eu les moyens d’y résister, personne n’en doute. Mais son « entourage » (nous par exemple !) plus ou moins immédiat le pouvait-il (ou le peut-il toujours) ? Bruno Hapel décrit ainsi cette violente réaction concordante qui s’est manifestée sous de multiples formes hiérarchisées : "Plus le milieu risquait d’être réceptif, plus la réaction a été subtilement orchestrée. Ainsi le rejet a été bien plus fort dans les milieux catholiques qu’il ne l’a été dans les milieux politiciens, universitaires et littéraires (c. à d. au sens de la Tradition : pseudo-intellectuels), les enjeux n’étant évidemment pas du même ordre. Le milieu guénonien a très vite été infiltré par les représentants de cette opposition concordante. C’est peut-être la raison qui a poussé R.G. a toujours nier avoir des disciples. Il était bien trop conscient des conditions de cette fin de cycle et de la disqualification de type anti-traditionnelle voir même contre-initiatique qui la caractérise. Le « milieu guénonien » au lieu d’être le fer de lance d’une action d’allégeance à la Tradition est devenu le centre d’une réaction dispersante. La preuve en est qu’il est impossible de lire l’œuvre de RG dans son intégrité et sa totalité. "

     Quant à l’influence de RG, il n’a jamais pensé créer un phénomène de résonance capable de faire vibrer le monde moderne au diapason de la fréquence traditionnelle dont il portait l’impulsion. R.G. est venu soutenir le monde moderne dont la puissance s’amoindrit au fil du temps pour finir par mourir en emportant avec elle l’ultime réceptacle de la tradition occidentale. Sa volonté était de faire en sorte que le monde occidental aborde cette fin de cycle dans les meilleures conditions possibles, par la « maîtrise » de sa propre nature à la lumière de l’Orient, seul apte à le guider. Son œuvre s’adresse aux occidentaux au sens large du terme, leur permettant dans un sacrifice libérateur (leurs individualités se « transformant » dans l’accomplissement de leurs missions respectives) de devenir les dépositaires de leur tradition et de la Tradition. Il semble que très peu de gens aient voulu l’entendre. Il est donc urgent de sortir de nos illusions et de cesser de voir des possibilités où il n’y en a pas.

    La Tradition occidentale n’a pas des inconvénients tels qu’il faille la fuir ou lui prêter des vertus qu’elle n’a pas. A ce propos, RG dit dans « Orient et Occident » :- Nous ne voulons pas non plus dissimuler les difficultés ; l’adaptation à telles ou telles conditions est toujours extrêmement délicate, et il faut posséder des théories inébranlables et fort étendues avant de songer à tenter la moindre réalisation. L’acquisition même de ces données n’est pas une tache aisée pour les occidentaux ; en tous cas ….elle est ce par quoi il faut nécessairement débuter, elle constitue l’unique préparation indispensable sans laquelle rien ne peut être fait, et dont dépendent essentiellement toutes les réalisations ultérieures, dans quelque ordre que ce soit. » En Yddish on dit : » Lerne, lerne …lerne !! »  En alchimie on dit : « lege, lege et relege ». Dans son aperçu sur l’initiation, R.G. se défend de tout prosélytisme : »- Quant à nous, nous ne sommes nullement chargé d’amener ou d’enlever des adhérents à quelque organisation que ce soit, nous n’engageons personne à demander l’initiation ici ou là, ni à s’en abstenir, et nous estimons même que cela ne nous regarde pas et ne saurait rentrer dans notre rôle. »

    RG collabore très tôt à des revues d’orientation divers sous des pseudonymes divers qui tous ont leur signification symbolique. Ceci ne facilite pas non plus la compréhension de sa démarche . Même si le fil conducteur de son œuvre n’est pas tout de suite apparent dans tout ce qu’il a écrit, une chose est certaine c’est que la Tradition, sa recherche, sa défense et le partage de ses connaissance sur ce sujet ont constitué ce fil d’Arianne qu’il a poursuivit avec une énergie, une constance et une honnêteté sans faille.

    Il est amusant de noter que « Re-né » est déjà un prénom initiatique mais quelques unes des ses signatures sont encore plus significatives :

    Palingenius, dans la Gnose signifie : du grec « palin » « de Nouveau » et genos « naissance ». le terme latin utilisé est genius qui évoque les états supra-humains…c’est donc plus que la traduction latine de son prénom René.

    Dans « La France anti-maçonnique » sa collaboration est le plus souvent anonyme sauf lorsque il signe « Le Liseur ». Ce qui signifie celui qui lit beaucoup, mais aussi, dans la production textile, c’est celui qui lit les desseins que l’on doit imiter , il fait le « lisage », c’est un opératif. Ainsi RG se considère aussi un opératif dans son travail de lecture, d’analyse, d’écriture.

    Dans la même revue il a utiliser « Le sphinx » qui dans la tradition égyptienne ne comporte qu’une tête d’homme et un corps de lion, l’alliance de la force et de la sagesse, ou de l’autorité spirituelle et du pouvoir  temporel. Médiateur des deux horizons souvent regardés comme le symbole du Christ en tant qu’union des natures divine et humaine en lui.

    « Abul-Hawl » est le terme arabe qui désigne le sphinx.

    A.W.Y. est le pseudonyme choisi par RG pour collaborer à la revue « The Speculative Mason » Alif, Wâw et Yâ sont les trois voyelles longues de l’arabe.

    La traduction de son nom en arabe ne correspond pas à ces trois initiales, car son nom se transcrit : Abd al wâhid yahya = Jean (yahya) serviteur (abd) de l’Unique (wâhid). Cette signature a été utilisée dans la revue de langue arabe Al-Ma’rifah (la Connaissance).

    Il est impossible d’évoquer ici en si peu de temps l’énorme corpus de recherches et de publication dont R.G. est l’auteur, mais

    je pense qu’à ce stade il serait utile de rappeler brièvement pour nos invités et nos nouveaux FF.’.,les trois phase de la vie et de l’œuvre de R.G. Comme elles nous avaient été présentées par le F.’. M. B. de la Loge La Grande Triade, lors de notre 10ième anniversaire.

    La première partie pourrait être intitulée « à la recherche de la tradition perdue. »

    La deuxième : « Mise en ordre des aspects essentiel de la métaphysique »

    Et la troisième partie : " Rassemblement des éléments épars, mise en ordre et exposé sur les connaissances traditionnelles utiles aux FF maçons, constituant la F.’. M.’. " qu’il considérait avec le Compagnonnage comme les deux seuls ordres initiatiques traditionnels authentiques de notre Occident Européen.

    1ère Partie : La recherche de la tradition perdue.

    R.G. de 20 à 27 ans a traversé une série de mouvements spiritualistes  qu’il a pu apprécier de l’intérieur. Aucun de ces mouvements n’ont satisfait son aspiration de rigueur traditionnelle  mais  il a ainsi pu donner à chacun la place qui lui revenait.

    Né à Blois en 1886, il monte à Paris en 1903 pour poursuivre ses études. A 20 ans il entre à l’école hermétique de Papus, puis dans l’ordre martiniste qui, à l’époque est l’antichambre d’un autre ordre la H.B. of L. (Hermetic Brotherhood of Luxor). A 21 ans il devient membre de la Loge symbolique « Humanidad » No 240 et membre du Chapitre et Temple correspondant.

    A 22 ans il participe au Congrès Spiritualiste et Maçonnique de 1908. Cette année la loge Humanidad devient Loge Mère du Rite de Memphis et Misraïm.

    Il entre ensuite à l’Eglise Gnostique qu’il quitte pour participer à la création de l’Ordre du Temple Rénové.

    Cette période se termine à 27 ans en 1913 juste avant la 1ère Guerre Mondiale à laquelle il ne participera pas car de nature faible. Il sera réformé.

     C’est à 27 ans qu’il quitte tous ces mouvements pour entrer en maçonnerie , qu’il reconnaît comme Ordre Initiatique Traditionnel authentique. Il est à la Grande Loge de France dans la Loge Thebah.

    Par cette entrée, nous abordons la deuxième partie de sa vie :

    Il va réunir un nombre important de données rigoureuses et mettre en ordre la plus part des questions essentielles de la métaphysique du point de vue traditionnel.

    Il construit cet œuvre métaphysique comme un mathématicien bâtit son œuvre théorique, sur des faits mathématiques en fonction d’un processus logique.

    Il met en place les données de ses réflexions en faisant des rapprochements analogiques entre les divers Traditions  qu’il a étudiées. Au lieu de créer une nouvelle métaphysique, il formule les métaphysiques traditionnelles existantes pour les rendre plus accessibles.

    Cela a été possible tout d’abord grâce à son rattachement (en plus de la maçonnerie) à une lignée de pensée hindouiste qui lui donne la connaissance des Védas de la « tradition primordiale » qui s’y trouve citée et sa connaissance du sanscrit.

    Deuxièmement par sa connaissance de l’Islam et de l’arabe. (Il a été nommé Professeur de philosophie à Setif dès 1916.)

    Troisièmement par sa connaissance de la F.’. M.’. spéculative actuelle, mais aussi par sa connaissance des ordres opératifs maçonniques dits « Anciens » qui ont subsisté en Angleterre, sans être ralliés à la Grande Loge Unie d’Angleterre, jusqu’à la dernière guerre.

    Son premier livre sort en 1921, soit à 35 ans : « Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues », livre signalé par les Hindous eux-mêmes comme étant le plus fidèle et le plus explicite pour des penseurs occidentaux. A cette époque il est en relation directe avec un ami indien : Sashi Kumar Hesch.

    Ce livre est important et il suffit d’énoncer les chapitres pour s’en rendre compte :

    -Que faut-il entendre par Tradition ?

    -Tradition et Religion

    -Caractères essentiels de la Métaphysique

    -Esotérisme et Exotérisme

    -Réalisation Métaphysique

    Voilà bien des questions que nous nous posons et qu’il expose en fonction des données des différentes traditions en s’effaçant derrière ces éléments-là.

    Il aborde ensuite la métaphysique en ses aspects plus particuliers :

    En 1923 à 37 ans, il publie »Théosophisme : Histoire d’une pseudo-religion. »

     

    Dans « Orient et Occident » il montre analogiquement les rapprochements possibles entre les deux mondes.

    « Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel »  sera publié peu après. Il essaie d’y tracer une ligne de démarcation pas toujours facile à établir entre les deux prétentions.

     « L’Esotérisme de Dante » revisite la Divine Comédie et nous révèle ses aspects symboliques les plus cachés.

    Cet après ces publications  de métaphysique pure qu’il comprend la nécessité de transmettre à ses contemporains une sorte de clé de l’interprétation des phénomènes matérialistes et scientifiques qui caractérisent notre époque. C’est pourquoi il publie en complément : « La Crise du Monde Moderne ». A propos duquel,  Léo Ziegler écrivait :-" Ici le temporel est mesuré, compté et pesé avec les « mesures éternelles » et il est trouvé bien léger ! "

    Cette période de publication s’achève en 1928, avec le décès de sa femme. Il a alors 42 ans. En 1928, il est encore à Paris et entre « Aux Etudes Traditionnelles ». Sa contribution est essentielle pour sortir progressivement la revue de la tendance occultiste qui la caractérisait afin de lui donner une base traditionnelle plus sérieuse. Il contribuera nettement à la renommée de cette revue en y écrivant régulièrement jusqu’à sa mort.

    En 1930, débute pour lui, au Caire une nouvelle vie qui a semblé des plus mystérieuses au monde profane. Il y demeure jusqu’à sa mort en 1951.

    Pourquoi ce voyage au Caire ? Parce qu’il décide de copier et de traduire là-bas des traités d’ésotérisme islamique qu’il ne pouvait trouver qu’en Egypte. La nécessité de ce travail s’impose à lui pour pouvoir puiser dans les textes originaux les éléments qui complètent l’ensemble de ceux qu’il a déjà publiés. Cette démarche est donc un aboutissement logique pour lui.

    En fait sa première attache avec l’ésotérisme islamique remonte à 1912 à Paris (soufisme sunnite).

     Pour être en harmonie avec la conception traditionnelle des ordres compagnonniques, des hermétistes cosmopolites et des Rose-Croix de la Fama-Fraternitatis des 16e et 17e siècle, pour être en harmonie spirituelle avec la terre où il travaille, il pratique l’ésotérisme musulman, car R.G. a toujours mis en pratique pour lui-même les principes traditionnels qu’il exposait dans son œuvre. Pour bien comprendre la démarche, il faut savoir que le soufisme (l’ésotérisme islamique) est à l’Orient arabe ce qu’est la F.’. M.’. et le Compagnonnage à l’Occident Européen. Pour lui il ne s’agit que d’une adaptation de la voie pratiquée en fonction du pays où l’on réside.

    Il poursuit donc sont œuvre au Caire en publiant sur la question de « l’être et du non-être »deux ouvrages : » Le Symbolisme de la Croix » en 1931 et « les Etats Multiples de l’Etre » en 1932, il a alors 45 ans.

    Il achève ainsi la deuxième phase de sa vie : la mise en place des données de la métaphysique.

    Ensuite commence pour lui une nouvelle période (la troisième) consacrée à la détermination des qualités et des conditions nécessaires aux voies initiatiques, notamment l’islam en Orient et la franc-maçonnerie en Occident. On pourra appeler cette période la mise en ordre et l’exposé des connaissances traditionnelles nécessaires à l’initiation (principalement à l’initiation maçonnique.) Pour ce faire il rassemble les éléments épars de la tradition pour les exposer, les mettre dans un certain ordre et dégager ceux qui sont fondamentaux pour l’initiation. Pendant cette période très féconde, il anime les « Etudes Traditionnelles » par toute une série d’articles de fond sur les traditions. Malheureusement la 2ème guerre mondiale coupe toutes les liaisons entre R.G et les Etudes Traditionnelles ainsi qu’avec tous ses FF MM.’. .

    En 1945, dès que cela est possible il publie rapidement une mise au point sur le monde moderne : « Le Règne de la Quantité et le signe des Temps ». Il vaut la peine de citer les têtes de chapitres : -Qualité et quantité, -Mesure et manifestation, -Quantité spatiale et espace qualifié, - Détermination qualitative du Temps.

    C’est à partir de cadre que Guénon va rechercher quelles sont les aptitudes et les qualifications nécessaires à l’initiation de l’homme d’aujourd’hui et les différences que cette initiation implique par rapport au monde profane qui se désacralise de plus en plus.

    Dans « Aperçu sur l’initiation «  il spécifie quelle est la Voie maçonnique en traitant successivement de : la voie initiatique et de la voie mystique ; des conditions de l’initiation ; de la transmission initiatique ; de tradition et transmission; de secret initiatique ; de rite et de symbole ; des épreuves initiatiques ; de la mort initiatique ; de l’initiation effective et de l’initiation virtuelle. Tous ces chapitres posent les questions que nous nous posons tout au long de notre vie maçonnique et certains éléments de réponse y sont même contenus.

    Ce livre a eu une telle résonance que sous l’impulsion de Dusmenil-Gramont, G.’. M.’. de la Grande Loge de France et plusieurs Officiers Conseillés Fédéraux fût fondée en 1947 au sein de la GLF la Loge «  La Grande Triade ».

    R.G. dans une lettre à un F.’. M.’., lui apprend la nouvelle ainsi : " Vous aurez peut-être déjà appris la fondation sous les auspices delà GLF de la « Grande Triade » (vous pouvez facilement voir d’où vient ce titre… dont le Vén. est le F.’. Ivan Cerf, le grand O.’. ….. On se propose d’y appliquer dans toute la mesure du possible les vues que j’ai exposées dans les « Aperçus sur l’initiation » quoi que ça ne soit assurément pas facile de retrouver les méthodes de réalisation de l’ancienne maçonnerie opérative."

    Cela démontre une fois de plus que l’œuvre de Guénon a été écrite pour les MM et qu’elle a été suivie de la fondation d’une Loge que l’on peut qualifier de « particulière ». Non seulement le savoir théorique des éléments de la Tradition est nécessaire mais il n’est pas suffisant en soi et il ne peut être efficace, initiatiquement parlant, qu’au sein d’un ordre réellement Traditionnel. L’œuvre de R.G. ne peut donc être appréciée à sa juste valeur que dans un cadre traditionnel authentique et seulement dans une moindre mesure dans le monde profane.

    Il publie par la suite "Initiation et Réalisation Spirituelle" qui parachève son instrument de connaissance initiatique.

    Un ouvrage posthume réunira les « outils »  qui permettent le travail initiatique en Loge, il s’intitule : "Les Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée". Le symbolisme traditionnel y est traité, ainsi que le symbolisme du centre et du monde, celui de la manifestation cyclique, de la forme cosmique, le symbolisme constructif ainsi que le symbolisme axial et de passage.

    Son ouvrage intitulé la "Grande Triade" est paru en 1946 alors que la Grande Triade a été fondée en 1947.

    C’est le 8 janvier 1951 que notre F.’. René Guénon est passé à l’O.’. Eternel.

     En guise de conclusion, nous pouvons nous dire fiers du choix du nom de notre Loge. C’est un hommage mérité à celui qui au 20ième siècle a probablement le plus œuvré pour une réactualisation de la Tradition Initiatique en Occident et spécialement au sein de la F.’. M.’. . Il est de notre devoir et c’est lui rendre hommage que de continuer à exister dans cet esprit et dans la voie que cette loge s’est choisie avec Sagesse. Une Sagesse, par moment insoupçonnée, pour contribuer plus encore à la construction de notre édifice; en loge, au sein de la GLSA, de la Maçonnerie Universelle et pour le bien de toute l’humanité.

     Permettez-moi, V.’. M.’., avant de clore cette planche d’anniversaire, de citer quelques vers d’un F.’. dont on a déjà abondamment parlé et que j’ai eu la chance d’avoir comme parrain :

    Ça s’intitule : "Prenez ma lampe"

     Prenez ma lampe en cette nuit

    Où vous partirez sur les sentes,

    Royaumes  de troublants esprits,

    Fantômes gris dans les tourmentes.

     

    Grimpez sur les chemins sans fin,

    Glacés au creux des lassitudes,

    Fuyant comme le flux sanguin

    Sous le derme des inquiétudes.

     

     

    A votre canne à bec d’airain,

    Suspendez, en ce fou voyage,

    Le quart de pain, l’outre de vin

    Et mille doses de courage.

     

    Vous franchirez chez les humains

    Le lac des sombres déchéances,

    Traînés sous le joug du destin

    Vers l’étoile d’une espérance

     

    Demain vous verrez s’exhaler

    L’éclat d’une nouvelle aurore

    Sur un monde transfiguré

    Où le soleil se lève encore.

     

     

    Ce poème est signé : A. H.

    Membre fondateur de la Loge René Guénon.


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