• L’Alchimie Simplifiée

    Par René Schwaeble

    Cours pratique à la portée de tous

    Avant Propos

    À mon Maître vénéré J. K. HUYSMANS

    Tous les dictionnaires définissent ainsi, ou à peu près, l’alchimie: « Science chimérique recherchant la Pierre philosophale et la Panacée universelle ». Les dictionnaires devraient, dès lors, définir la médecine: « Science chimérique recherchant la guérison des cors aux pieds » ; car, en Alchimie, la Pierre philosophale ne tient pas plus de place que les cors aux pieds en médecine.

    L’Alchimie est la Science de la Vie, de la Vie dans les trois règnes (1), elle a pour but de séparer le principe actif de la matière inerte ; c’est la métaphysique de la chimie organique et de la chimie inorganique (2), comme l’Astrologie est la métaphysique de l’astronomie. Elle étudie les causes et principes, la loi Universelle et éternelle de l’Évolution qui change insensiblement le plomb en or, et perfectionne l’Homme malgré lui.

    Avec le règne animal, l’alchimie devient thérapeutique, médecine, elle veut obtenir la subtile quintessence des produits, leur véritable concentration vitale, elle rêve de distribuer la Vie,d.’enfanter l’homuncule, prolonger l’existence grâce à la Panacée ; avec le règne végétal, elle devient agriculture, elle greffe, elle rêve de ressusciter, d’arriver, à la palingénésie ; avec le règne minéral, elle devient chimie, elle rêve de transmuter les métaux et les métalloïdes.

    Enfin, avec le règne divin, l’alchimie devient herméneutique, elle enseigne à convertir le pain et le vin au Corps et au Sang (la vie devrait être présente dans le sacrifice de la Messe : ce fut le Concile de Nicée qui décida de se contenter du simulacre de la présence).

    On le voit, toujours l’alchimie s’occupe de transvaser la Vie.

    Il n’y a point de magie en alchimie, l’Homme n’ordonne pas au mercure de se transformer en or, il peut uniquement tirer d’un corps la Vie pour en réveiller un autre. Médecine est seulement aydante à la nature, car si naturee n’y est elle n’a d’effet. Nature seule crée les spermes.

    Et le pieux alchimiste (3) ne dessèche point devant ses fourneaux à la recherche de l’or.

    Philosophe savant, il aspire à la solution du problème de l’Unité (Unité de Vie, Unité de Matière), solution qu’il ne doit pas atteindre, sous peine d’anéantissement – car il ne peut égaler Dieu, il ne peut créer, il ne doit être qu’un instrument – et, sachant que tout s’enchaîne, que ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut, que l’Harmonie règne sur la Terre et dans le Monde, il avance dans la connaissance de l’Absolu.

    Et, maintenant, à ceux qui sourient au mot « alchimie » je conseille de lire  L’Alchimie et les Alchimistes de Figuier : ils y trouveront le récit de transmutations inexplicables. Au reste, nos savants officiels ne nient pas ; celui-ci a écrit dans ce livre : « L’état présent de la chimie empêche de considérer comme impossible le fait de la transmutation des métaux » ; Dumas dans ses Leçons sur la philosophie chimique : « L’Expérience n’est point en opposition jusqu’ici avec la possibilité de la transmutation des corps simples » ; Berthelot : « Des considérations tirées d’ordres très divers viennent à l’appui de ces vues sur la décomposition possible des corps réputés simples ».

    En somme, la question ne paraît pas beaucoup plus avancée qu’à ses débuts. Aujourd’hui, le brave Tiffereau (4), âgé de quatre-vingt-dix ans, raconte avoir fait de l’or au Mexique ; M. Jollivet-Castelot (5), le très érudit et très aimable directeur du groupe de Douai lequel sans négliger les traditions moyenâgeuses ne dédaigne pas les derniers progrès de la chimie officielle, prétend avoir reçu d’un adepte la clé du Grand Œuvre ; un Américain, Edward Brice, obtient de l’or et de l’argent en formant d’abord un sulfite d’antimoine, puis un sulfite de fer, enfin un sulfite de plomb ; Strindberg, l’illustre homme de lettres suédois, fabrique un peu d’or en opérant sur du sulfate de fer, du chromate de potasse et du permanganate de potasse dont les poids atomiques sont précisément ceux de l’or ; Le Brun de Vilroy disait arriver à un accroissement (6) de cuivre de 90 à 100 % en traitant du phosphate de soude, du chlorure de sodium, du sulfate de cuivre et du sulfure de potassium ; un autre Américain, Emmens, s’enrichit à vendre l’or sorti des dollars mexicains soumis à un battage puissant dans des conditions frigorifiques telles que les chocs répétés ne puissent produire même une élévation momentanée de température ; M. de Rochas prépare de l’argent allotropique. Et l’on trouvera aux Arts-et-Métiers plusieurs brevets pour la fabrication des métaux précieux (Voir, entre autres, celui pris, il y a une trentaine d’années, par M. Frantz et le docteur Favre), procédés consistant à combiner divers éléments métalliques avec le Silicate de soude (7). (Aussi bien, il existe sûrement à Paris un peu de Pierre philosophale ! Dans l’un des piliers du chœur de Notre-Dame (8) , Guillaume de Paris, évêque, auteur de plusieurs sculptures du portail, a scellé une provision de Pierre : pour trouver ce pilier il suffit de suivre le regard d’un corbeau ornant l’une des trois portes : le regard fixe le point où est cachée la Pierre.

    Ce n’est pas ici la place d’une liste des alchimistes de ce mystérieux et attirant Moyen Age ni de leurs traités ; Albert le Grand, Roger Bacon. Saint Thomas d’Aquin, Raymond Lulle, Arnauld de Villeneuve, Basile Valentin, ParacelseLe Livre des Lumières, Le Composé des Composés, Miroir d’Alchimie, La Clavicule, la Fleur des Fleurs, Nouvelle Lumière, Moëlle d’Alchimie, Char du triomphe de l’Antimoine, L’entrée ouverte au palais fermé du Roi… Hoefer, dans son Histoire de la Chimie, en a dressé une fort complète.

    Mais quelle est la cause de l’obscurité du style alchimique, pourquoi Ripley, par exemple, expose-t-il la recette de la Pierre en ces termes : « II faut commencer au soleil couchant, lorsque le mari Rouge et l’épouse Blanche s’unissent dans l’esprit de vie pour vivre dans l’amour et dans la tranquillité, dans la proportion exacte d’eau et de terre. De l’Occident avance-toi à travers les ténèbres, vers le Septentrion ; altère et dissous le mari et la femme entre l’hiver et le printemps ? » Faut-il attribuer cette obscurité à la peur qu’avaient nos gens de passer pour sorciers et d’être brûlés comme tels ? Mais rien ne pouvait mieux les accuser de sorcellerie que ce style bizarre ! Faut-il l’attribuer au désir de né pas bouleverser le monde en indiquant la recette de la Pierre philosophale ? Alors, pourquoi écrire tant de livres ! A la volonté de n’être compris que des leurs ? Mais, les leurs n’arrivent pas à les comprendre ! À l’intention de ne pas désobéir à Dieu qui leur a dévoilé le secret (9) ? Mais, ils s’efforcent de le dévoiler !

    Je crois, moi, que parmi ceux qui se mêlèrent d’ouvrer des traités d’alchimie il y eut pas mal de «fumistes», (la race n’en est pas disparue : Quelques ouvrages d’Eliphas Lévi valent la fameuse Table d’Hermès), pas mal de charlatans, pas mal d’escrocs. Mais, il importe de ne point trop rire de certaines expressions, de « lion (10) dévorant » par exemple pour « acide » ; les infortunés alchimistes ne connaissaient pas le terme élégant de « Tetramethylmélaphenylènediamine » ! J’ai en passant, on le verra, expliqué bon nombre de ces expressions qui disent les pensées les plus profondes avec une naïveté si charmante. Qu’on lise le Livre des figures de Flamel, Le Livre de la Philosophie naturelle des Métaux de M. Bernard Allemand, Comte de La Marche Trévisane, surnommé le bon Trévisan, L’opuscule très excellent de la Vraye Philosophie naturelle des Métaux avec un advertissement d’éviter les folles dépenses qui se font par faute de vraye Science, de Maître Denis Zacaire, gentilhomme guiennois, on trouvera, en vérité, des pages adorables ; « le bonhomme Flanel se félicite de savoir sa chère femme Pernelle discrette et secrette, Zacaire assure que il ne passait jour, mêmement les fêtes et dimanches, que les alchimistes ne s’assemblassent ou au logis de l’un d’eux ou à notre- Dame-la-Grande qui est l’église la plus fréquentée de Paris pour parlementer des besognes qui s’étaient passées ’aux jours précédents, il avoue sans honte ses mésaventures pécuniaires : Si c’était profit Dieu le sait, et moi aussi gui dépensai des écus plus de trente… Tout l’augment que j’en reçus ce fut à la façon de la livre diminuée… » Qu’on lise ce passage d’Alexandre de la Tourrette : « Nous voyons aussi comment ce très excellent alchimiste notre bon Dieu a basty son four (qui est le corps de l’homme) d’une si belle et propre structure qu’il n’y a rien à redire : avec ses soupiraux et registres nécessaires, comme sont la bouche, le nez, les oreilles, les yeux ; afin de conserver en ce four une chaleur tempérée et son feu continuel, aéré, clair et bien réglé pour y faire toutes les opérations alchmistiques ».

    I

    La matière est une, elle évolue – Preuves de cette unité et de cette évolution –

    Création du soufre, du nickel, de l’azote

    La matière est une, la matière évolue. Unité de matière, unité de vie.

    Sur un plat de verre étendre du verre pulvérisé en une couche égale, semer quelques grammes, cinq par exemple, de graines de cresson, les arroser d’eau distillée, et les alimenter d’air soigneusement filtré. Incinérer la récolte obtenue : dans cette cendre végétale on trouve de la potasse, de l’huile, du soufre, et des oxydes de fer et de manganèse. Prendre, maintenant, cinq grammes de graines pareilles à celles qu’on a semées, les calciner et les analyser : on y trouve beaucoup moins de fer que dans les résidus produits par l’incinération de la récolte. C’est une véritable transmutation de la silice.

    Des plantes, cultivées dans un sol privé de fer et alimenté d’air soigneusement filtré, finissent par contenir des quantités notables de sels de fer. Le fer s’est bien formé par la combinaison des gaz de l’air et de l’eau avec les matières du sol. Le blé, semé dans un sable stérile, produit des grains assez abondants en phosphate, alors que ni l’air ni le sol ne contiennent des traces d’acide phosphorique.

    Au Mexique, les chercheurs d’or disent : « La chose n’est pas mûre », ce qui signifie que le minerai sur lequel tombe leur pioche est en voie de préparation Les mines d’argent peuvent contenir de l’or à l’état natif ; elles peuvent en contenir aussi à l’état naissant : dans ce cas, l’or est encore dans le ventre de sa mère. (Allotropie, voir Chap. II). Une mine d’argent s’accroît, se transforme en or ; une mine d’or ne s’accroît pas, l’or étant un corps mort (11), c’est-à-dire mûr, adulte, le dernier degré de l’évolution métallique, un corps qui en se putréfiant redonnera du fer (le platine, qui a toutes les propriétés chimiques de l’or, n’est que de l’or blanc, de l’or dont la couleur est repliée à l’intérieur. Voir Chapitre V).

    Prendre du sulfhydrate d’ammoniaque ; pour précipiter le soufre sans dégagement gazeux d’hydrogène sulfuré, employer l’acide oxalique ordinaire en dissolution, l’ajouter goutte par goutte afin d’éviter la réaction acide. Le soufre précipité pèse toujours 10 à 15% de plus que le soufre contenu à l’état primitif dans le sulfhydrate d’ammoniaque. D’où vient ce soufre en excédent ?

    Prendre de l’huile d’olive fine, pas rance, et du cuivre rouge porphyrisé (poudre de bronze) ; mettre 10 grammes de ce cuivre dans un matras à fond plat, et dessus verser 70 grammes de cette huile. Fermer hermétiquement le matras, l’exposer au soleil et l’agiter chaque jour. Le cuivre se dissout, donnant une liqueur verte, l’oléate de cuivre. Si l’on veut reprendre le cuivre à l’état métallique, le plus simple sera (non d’y ajouter de l’ammoniaque, de l’acide ou autre chose) de faire résinifier l’oléate de cuivre et de le mettre en fusion. A l’analyse, il donne du cuivre et du nickel. D’où vient ce nickel ?

    Prendre un bocal de verre à large ouverture muni d’un bouchon également de verre et une capsule d’une capacité de 20 à 25 centimètre cube. Mettre dans la capsule 10 centimètres cubes d’eau distillée et 4,7 à 4,6 milligrammes d’acide sulfurique SO3, (quantité suffisante pour saturer 20 milligrammes d’ammoniaque AzO3). Introduire la capsule et son contenu dans le bocal et fermer hermétiquement. Exposer le tout à des insolations régulières pendant une quinzaine de jours, dans les mois où le soleil s’élève le plus au-dessus de l’horizon. Rentrer l’appareil le soir ; il ne doit point voir le soleil levant.

    Les insolations subies, retirer la capsule, la mettre sous une cloche dans une chambre noire et dessécher par l’acide sulfurique. Cela fait, on trouve autour de la capsule une couronne de sulfate d’ammoniaque cristallisé AzH4 O, SO3 , et au fond de la capsule de petites boules liquides à l’état sphéroïdal AzO4d’un rouge brun. Ces boules donneront un poids de 26 milligrammes et le sulfate d’ammoniaque de 79 milligrammes. Total : 105 milligrammes. Les 79 milligrammes de sulfate d’ammoniaque contiennent 16,7 milligrammes d’azote, et les 26 milligrammes d’acide hypoazotique 7,9 milligrammes d’azote. En tout : 24,6 milligrammes d’azote.

    D’où vient cet azote ?

    II

    Constituation moléculaire – Isométrie, allotropie, progression de Mendelejeff – Les quatre éléments atomiques. La Genèse – ce que sont le soufre, le Mercure et le Sel Philosophiques

    La matière est une, tous les corps sont formés de la même substance matérielle. Tous les composés d’une masse sont simples, ou, si l’on préfère, tous les corps sont composés – composés de mêmes atomes diversement groupés. La matière vit, évolue ; plongez un cristal d’alun incomplet dans un bain approprié, il réparera par phénomène d’hérédité ce qui lui aura été enlevé et s’accroîtra régulièrement. Tous les matériaux se transforment dans la terre, la grande cornue, donnant naissance à des métaux, à de la houille et d’autres corps plus ou moins parfaits suivant le temps de cuisson (l2) (Groupements atomistiques). Toutes les modalités de la matière proviennent des groupements moléculaires.

    Comme les autres corps, les divers métaux dérivent du même atome et s’accroissent selon des lois déterminées. Ils évoluent.

    Les propriétés des métaux et autres matériaux résultent de la constitution moléculaire.

    Beaucoup de composés, suivant qu’ils cristallisent dans un système ou dans un autre, acquièrent des propriétés différentes sans que leur composition s’altère ou change. Le soufre possède des propriétés très différentes suivant la température à laquelle on , l’expose et la forme cristalline qu’on lui fait prendre. Et le fameux mot isomérie n’explique rien. On nomme isomères les corps qui, ayant une composition identique, jouissent de propriétés différentes.

    Quand l’isomérie se présente dans les corps, réputés simples, elle devient l’allotropie. Toute molécule étant formée par un groupe d’atomes, ceux-ci peuvent différer non seulement par là qualité et le nombre, mais encore par la manière dont ils sont juxtaposés dans la molécule ; AMOR et ROMA s’écrivent avec les mêmes lettres et n’ont pas le même sens. L’acide fulminique a la même composition (carbone, oxygène, azote) que l’acide cyanique : le premier soumis à la plus faible élévation de température détone avec violence, l’autre résiste à la chaleur rouge. Voilà deux corps isomères. Le zinc, cassant à la température ordinaire, est-il le même métal que le zinc ductile et malléable entre 100 et 150° ? N’est-il pas plutôt un corps allotropique de celui-ci ? (l3)

    Tous les corps sont des modifications polymériques d’un seul et même élément, des modifications de durée plus ou moins longue.

    Mendelejeff a rangé sur une spirale les corps simples suivant la progression de leurs poids atomiques, les séparant par des distances proportionnelles à l’écart de ces poids. Plusieurs des cases réservées par Mendelejeff à des corps inconnus ont été remplies par des éléments récemment découverts, comme Neptune s’est rencontré à l’endroit du ciel où l’attendait.

    Le Verrier. En considérant les rayons de cette toile ; d’araignée un voit que les corps ayant mêmes propriétés, c’est-à-dire constituant même famille chimique, ont des poids atomiques multiples- les uns des autres. Ils sont donc formés de la polymérisation du plus léger d’entre eux.

    Certaines propriétés ont donné, le groupe des métaux. Si sous une pression considérable et continue, à une température constante et relativement élevée, avec l’action d’une eau chargée de sels métalliques l’on carbonisait du bois, on obtiendrait de la houille. De même, l’on peut fabriquer de l’or.

    En somme, pour passer de la théorie à la pratique, ü s’agit d’accomplir en peu de temps ce que la Nature fait dans un intervalle beaucoup plus long. La Pierre philosophale est un agent qui, jeté au sein d’un métal, produit une transformation atomistique semblable à celle que les matières organiques subissent lorsqu’une levure les fait fermenter. Transmuter le plomb, par exemple, en or, c’est augmenter sa densité et sa couleur par un nouvel arrangement atomistique.

    Les corps simples – comme les composés – peuvent se ramener à quatre éléments atomiques (L’élément atomique est chose pondérable, l’élément atomistique, l’énergie, est impondérable ; un atome d’H est constitué par trois formes de dynamisme, chaleur, électricité, magnétisme ; à l’état libre, il redevient matière interplanétaire, le mouvement) : hydrogène, oxygène, azote, carbone, lesquels, bien entendu, peuvent se ramener à la substance unique mue par la lumière astrale – qu’il, n’est d’ailleurs nullement nécessaire de savoir manier puisque la lumière obscure qui compose les atomes peut devenir elle-même, à l’aide de notre feu matériel, l’agent mutatif. Les métaux sont donc composés dans des proportions variables d’H, d’O, de C et d’Az (atomes matérialisés), matériaux qui, ainsi que l’ont fort justement fait remarquer les anciens alchimistes, se trouvent partout.

    Ceux-là prétendaient que les métaux (l4) sont formés de Soufre, de Mercure et de Sel (qu’il ne faut pas confondre avec le soufre, le mercure et le sel ordinaires ni avec le Soufre, le Mercure et le Sel philosophiques, mais qu’on peut rendre philosophiques, c’est-à-dire vivants, protéiques), ou, si l’on préfère, de Soufre ou C (atome secondaire) qui leur donne la densification, qui les rend fixes, de Mercure ou H (atome primitif) qui leur donne la volatilisation, et de Sel ou O (atome primitif) qui résout le Soufre et le Mercure et les ramène à l’état de terre inanalysable (au moins pour nos chimistes officiels), à l’état de « Corps simples » ; l’Az n’est qu’un agent, le ferment.

    Les atomes primitifs HO fixés sous la forme métalloïque (On appelle état métalloïque la condensation dynamique de l’H, la captation de la lumière astrale, de la vie, de l’AZOTH. Un corps à l’état métalloïque n’est ni mâle ni femelle, à l’analyse il ne révélera aucune substance cataloguée officiellement. L’état métalloïque c’est le passage du pondérable à l’impondérable ; un oxyde métallique suroxygéné jusqu’à contenir 7 éléments d’O pour un de métal – ce qui est possible – se résoudra sous la forme d’une eau volatile), les atomes primitifs HO fixés sous la forme métalloïque, disons-nous, donnent le Mercure universel, le grand menstrue qui nourrit l’univers, qui dissout sans cesse, amalgame, triture les matériaux de notre planète. Les deux atomes secondaires, Az et C, fixés également à l’état métalloïque, donnent la Terre primitive ou adamique ou limon dont on extrait le Sel philosophique.

    Il est écrit : La terre était informe et nue, et les eaux l’entouraient de toutes parts, et l’esprit de Dieu flottait sur les eaux, et les ténèbres couvraient la face de l’abîme.

    Eh bien, au fiat lux l’Az et le C se séparent du grand HO. L’Éternel n’avait pas encore donné à la matière première sa forme et sa fonction. Ce grand HO c’est l’énergie cosmique dans laquelle baignent les planètes, c’est la vie universelle, la lumière obscure, le Pantogène. C’est l’Etre, c’est Tout (l5). Au fiat lux le Mercure universel se dissocie donnant l’O (la terre) et l’H (l’atmosphère). Sur cette terre l’O se transforma en Az et l’H en C ; d’où la chlorophylle, les végétaux. Des végétaux naquirent l’iode, le chlore, le brome, le fluor, le bore. Puis, vinrent les métaux de nature animale, l’ammonium et le phosphore. De la putréfaction des eaux sortit le soufre. Enfin, arrivèrent les métaux hydrocarbonés et les métaux dérivant de la silice.

    Qu’est-ce que le Soufre philosophique ? le Mercure philosophique ? le Sel philosophique ?

    Au temps de la conception de l’enfant, le sperme est le véhicule du Soufre, le père, et l’ovule le réceptacle du Mercure, la mère ; le placenta dans lequel ils se réunissent, c’est l’Œuf philosophique, les eaux font fonction de Sel, le ventre maternel représente l’Athanor, et la circulation artérielle et veineuse le grand agent calorique, la lumière obscure. Il faut donc, pour obtenir un accroissement métallique, pour faine évoluer un métal, le placer dans certaines conditions avec le nutriment nécessaire, » rappelant que, suivant la prédominance du Soufre (16) ou du Mercure, les matériaux sont négatifs ou positifs ; l’or, par exemple, est mâle, positif, l’argent négatif, femelle (les expressions vulgaires « or mâle, or femelle » ne veulent rien dire. De même « or jaune, or rouge » ; il n’y a qu’un or, l’or jaune ; l’or rouge est un alliage).

    Peu importent les noms des corps ! Considérons seulement leur constitution atomistique et leur système de cristallisation.

    III

    Expériences pour la création de l’Or – Le Fixe, le Volatil – Corps décomposables et indécomposables – Fixation et Mutation des éléments

    Prendre du cuivre rouge en limaille (ces procédés ne sont que des expériences de laboratoire : ne pas croire qu’ils enrichiront), le mélanger avec des grains de poivre concassé et de girofle, mettre le tout dans un creuset brasqué et à bonne fonte ; quand le cuivre est liquide, réajouter les mêmes condiments jusqu’à ce qu’il devienne jaune. Puis, lingoter. Le cuivre est alors inoxydable, mais il ne supporte pas la coupelle. Il a les qualités chimiques de l’or, non les qualités physiques. L’acide azotique ne l’attaque pas. C’est de l’or non mûr, de l’or naissant.

    C’est un cuivre allotropique. Reste à fixer cette allotropie. Pour cela (l7) il faudra fournir des éléments atomistiques d’O qui rendront le cuivre nias dense, et enlever des éléments d’H. L’Az sera l’agent de la mutation.

    Autre expérience :

    Prendre 100 grammes d’argent en limaille et 100 grammes de soufre. Mélanger le tout, le mettre dans un têt à rôtir qu’on introduira dans un fourneau à moufle. Chauffer d’abord légèrement, agiter fréquemment la matière pour l’empêcher de s’attacher, et, lorsque le Soufre s’enflammera, faire attention à ce que la matière ne s’attache pas au fond du têt. Laisser refroidir. Prendre la masse restant, peser son poids de soufre, pulvériser le tout au mortier.

    Remettre dans le têt et rôtir à nouveau. Recommencer cette opération au moins huit fois. À la dernière, chauffer jusqu’au rouge sombre pour enlever l’excès de soufre.

    Prendre cette matière, la fondre dans un creuset avec les réducteurs ordinaires. Prendre le lingot, le passer au départ. Le lingot dissous, retirer la poudre brune restant au fond de la capsule, bien la laver. La poudre sèche, prendre une coupelle, y mettre de plomb le poids double de celui de la poudre, coupeller. Il reste sur la coupelle un bouton jaune inattaquable par l’eau régale et les autres acides. C’est de l’or ayant dépassé la limite de l’oxydabilité de l’or ordinaire mais conservant son poids spécifique. C’est de l’or meilleur que l’or vulgaire, de l’or à 24 carats.

    Le Fixe est un corps dont le dynamisme calorique est à l’étal pondérable. Si l’on prend ce pondérable et si on le rend volatil, la substance elle-même devient volatile (dissociation) sans qu’on puisse retrouver les éléments primitifs. Un fulminate d’or ou d’argent « taquiné » trop brusquement devient explosif (chaleur lumineuse, puissance balistique. La lumière ! la vie Cristallisée ! l’explosif ! Dans les opérations alchimiques on arrive à des dissociations brusques, et, si l’on ne sait pas fixer les éléments à leur état naissant, on entre dans la série des explosifs. Tout explosif est composé de H, O, Az et C) ; après l’explosion on ne retrouve aucune trace des éléments composant la matière d’or ou d’argent : tout est devenu volatil, pas de résidu, pas de fixe.

    Le fulminate d’or (pondérable, fixe) comporte du calorique à un état de condensation physique qui, sous l’effort d’un mouvement brusque, libère cette chaleur et volatilise les éléments constitutifs de l’or. Mettons dans une cuiller de fer un peu de fulminate d’or et exposons le tout à un foyer : quand la température détermine le départ de la chaleur constitutive du fulminate, une explosion a lieu, la cuiller est percée. L’explosion a eu lieu verticalement de haut en bas, le volatil est tombé par terre. – Quant au fulminate d’argent, il explose latéralement.

    Voici un exemple qui fera comprendre le changement d’état physico-chimique des corps volatils :

    Le soufre vulgaire, corps volatil, n’est qu’une résine métallique dont la composition atomistique est C4 H8, la densité 2 et le poids atomique 32. Si l’on extrait de ce soufre 4 éléments d’H, la densité arrive à 4 et l’on a le sélénium dont le poids atomique est 79. Si, au contraire, on introduit dans le soufre 8 éléments de C et 16 d’H on a le tellure dont la densité est 6.258, la composition atomistique C12 H24 et le poids atomique 129, Ces deux métaux ne sont que des hydrocarbures minéraux de nature volatile (comme l’arsenic et l’antimoine qui dérivent d’ailleurs aussi du soufre) et non fixe comme celle du Soufre philosophique. De ces hydrocarbures on peut extraire une huile physique et volatile.

    Pour comprendre l’isomorphie de ces hydrocarbures minéraux qui sont tous volatils, prenons du plomb et du sélénium en poids égaux – ou du tellure ou de l’arsenic ou de l’antimoine ; ces corps fondus donneront un sulfure métallique isomorphe des sulfures métalliques obtenus avec le soufre vulgaire. Donc, ces sulfures métalliques ont la propriété de volatiliser le Fixe et d’en changer les Qualités physiques et chimiques.

    Toute substance métallique contient en elle : 1° le soufre vulgaire, volatil, métalloïde ; 2° un soufre fixe, mélalloïque, lequel est un état intermédiaire entre le soufre vulgaire et le Soufre philosophique (il peut devenir Soufre philosophique) ; les alchimistes l’appelaient androgyne. (Ce Soufre philosophique n’est lui-même qu’un carbone à l’état métalloïque, c’est-à-dire vivant, c’est le soufre vulgaire rendu fixe au feu, capable de teindre. Le Mercure philosophique est un hydrogenium fixe, et le Sel philosophique un oxygenium fixe. Ces trois substances réunies dans les proportions voulus donnent un composé vivant, la Pierre philosophale fixe devant nos conditions barométriques, le point critique de dissociation n’existant plus).

    La densité des métaux dépend de la quantité de C et d’O, et le poids atomique n’en est que la conséquence. Plus un métal est oxygéné et carburé, plus il est dense ; plus il est hydrogéné, plus il est léger. Le mercure (dont la composition atomistique ( C12 H24 O16 ) étant très hydrogéné est très volatil, se distille facilement – comme l’eau. Pour qu’un métal devienne plus lourd, il doit absorber de l’O et le garder à l’état constitutif (fixe, chaleur obscure), non susceptible de muer. Pour qu’un métal s’oxyde, il doit perdre de son volatil, de ses éléments d’H, il doit avoir des éléments d’H disponibles (l8).

    Si dans un corps décomposable on enlève un ou des éléments atomistiques constituant l’H, l’O ou autres – suivant ce que l’on veut obtenir – le résidu sera un corps indécomposable ou « corps simple » (chimie inorganique) ; si à un corps indécomposable on ajoute un ou des éléments atomistiques d’H, d’O ou autres, on obtiendra un corps décomposable, volatil (chimie organique). Il ne doit se produire dans ces réactions ni dégagement gazeux ni période calorique ; autrement, les éléments volatils qu’on aurait voulu ajouter s’en iraient sous forme gazeuse d’hydrogène, d’ammoniaque ou d’acide carbonique – Prenons, par exemple, du plomb

    dont la composition atomistique est C16 H7 O13 ; si l’on enlève 3 éléments atomistiques d’H, on aura le tallium , (C16 H4 O13), métal plus dense que le plomb et dont les chlorures, en se comportant comme les chlorures d’argent, ne violacent pas à la lumière. On aura ainsi enlevé une partie du volatil et on l’aura remplacée par une quantité de C à l’état métallique.

    L’élément le plus vulgaire susceptible de muer étant le C pur, prenons du C et le volatil (ou H), Jetons les en présence dans de telles conditions qu’ils ne puissent s’échapper, et employons la chaleur lumineuse amenant l’AZOTH universel, lequel ne se fixe pas, mais rend l’H et le C pondérables (graphitoïde). Voici le fixe et le volatil fixé, le ciel et la terre conjoints, voilà un corps pondérable, indécomposable, un hydrocarbone particulier, non volatil, se présentant sous la forme métalloïque et indestructible par les éléments atmosphériques. C’est donc un corps simple, et le premier des corps simples, c’est une eau congelée, chaotique, l’eau régénérée des anciens alchimistes.

    Si on dissout, par exemple, du soufre ordinaire, corps « simple, indécomposable », volatil, dans le carbone, corps fixe, on aura une huile volatile, le sulfure de carbone. Quand on laisse évaporer lentement ce sulfure de carbone, le soufre cristallise en octaèdres, et on a le carbone gazeux, volatil – en sens inverse puisqu’il tombe, étant plus lourd que l’air ; le fixe est devenu volatil. Ce carbone gazeux se comporte comme l’hydrogène, brûle avec une flamme rouge et bleue et redonne du charbon amorphe. Si l’on réduit ce carbone amorphe, on produit un métal de couleur jaune s’oxydant rapidement à l’air. Voilà la mutation des éléments.

    Le soufre vulgaire joue dans la mutation des éléments le rôle de l’oxygène, à poids égal au point de vue des équivalents atomiques.

    En somme, dans la fixation des alchimistes il faut par voie de substitution déplacer ou extraire des éléments atomistiques (additionner, soustraire, équilibrer. FIXER LE VOLATIL, VOLATILISER LE FIXE) (l9) .

    IV

    La Pierre Philosophale – Voie Humide – Confection du Soufre, du Mercure et du Sel Philosophiques

    La Pierre philosophale n’accroît pas la matière métallique : c’est un réducteur puissant, un agent protéïque, agissant par voie de substitution d’atomes hydrogénés, laissant un résidu fixe, l’or vulgaire, corps mort (mort puisqu’on lui a enlevé une partie de son H pour le remplacer par autant d’équivalents de C).

    Tous les métaux contiennent le Soufre, le Mercure, le Sel non mûrs ; la Pierre contient le Soufre, le Mercure, le Sel évolués. Passons à la confection de la Pierre. Il y a deux voies, la voie humide et la voie sèche.

    VOIE HUMIDE. – II faut pour obtenir le Soufre fixe dont nous allons avoir besoin employer l’or qui est le métal en contenant le plus. H s’agit de tirer de l’or son Soufre fixe et d’obtenir un Mercure métallique auquel le conjoindre.

    Il s’agit, en somme, d’extraire le principe vital du mâle et de le conjoindre avec celui de la femelle. D’abord, réduire l’or en chaux : pour cela, prendre de l’or en feuilles, le dissoudre dans du mercure vulgaire, laver et pétrir jusqu’à ce que l’amalgame soit dur et que l’eau sorte claire. Mettre dans une capsule de porcelaine cet amalgame et l’acide obtenu de la façon suivante : prendre 1 kilo d’acide azotique à 40°, y ajouter 300 grammes de matière animale sans éléments graisseux (du mou, par exemple) ; chauffer jusqu’à dissolution complète de la matière organique, et filtrer sur l’amiante. C’est un acide oxalique dont la composition atomique est C4 H2 O9 (alors que l’acide oxalique ordinaire a pour composition C2 H2 O4 ).

    Cet acide, tout en ne dissolvant pas l’or, fait disparaître le mercure.

    Filtrer sur l’amiante. Ainsi, on a OUVERT L’OR (20). C’est la calcination par voie humide. Il ne reste que le Fixe.

    Cette chaux (la terre primitive) de couleur blanche, c’est la Magnésie, la Terre vierge, le Pélican qui va se percer les flancs pour donner le Soufre, menstrue, nourriture de l’Universel Pondérable.

    Prenons cette chaux blanche aurifère bien lavée, mettons-la dans un matras de forme ovale à long col, versons sur cette terre une huile soufreuse (et non sulfureuse), de nature minérale, car nature s’esjouist de sa nature…, l’huile sidérale, l’huile de pierre, le pétrole (21), le VITRIOL, l’huile du verre (Vitrioleum). Cette huile appliquée aux métaux vulgaires, lorsqu’ils ont été ouverts, les fait évoluer, changer d’états atomistique, chimique et physique. Elle les accroît. C’est l’opération de Basile Valentin. – Voir Le Char triomphal de l’antimoine (22).

    Après avoir étiré l’extrémité du col du matras afin d’obtenir un long tube capillaire qui servira de soupape, plaçons le tout dans un bain de sable à une température ne dépassant pas 80° (feu de digestion) et commençant par 30°. Ne remplir qu’aux deux tiers, la matière se gonflant. Le pélican se perce les flancs, un sang vermeil s’en échappe. L’huile suffisamment rouge, remettre de l’huile soufreuse, recommencer l’opération précédente jusqu’à ce que l’huile ne se teigne plus. (Dans le matras, la matière doit atteindre la couleur voulue en moins d’un mois).

    Maintenant, il faut procéder à la Sublimation ou Séparation du pur et de l’impur contenus dans la chaux aurifère (laquelle ne comprend que du Fixe ou chaleur obscure absolue). Ouvrir l’œuf, en retirer la matière, la joindre à l’huile colorée et distiller plusieurs fois au filtre ordinaire. Laver le résidu en versant de la nouvelle huile jusqu’à ce qu’elle ne se colore plus.

    Alors, placer la liqueur pourpre dans une capsule de porcelaine, et procéder jusqu’à consistance résineuse à l’évaporation lente (température ne dépassant pas 30°). On a ainsi extrait le Soufre ou la virtualité du corps métallique, c’est-à-dire son alcaloïde (23). La composition atomistique du Soufre philosophique, de cette gomme résineuse est C8 H16. La confection du Soufre telle que nous venons de l’indiquer demande quarante jours au moins, quatre mois au plus.

    Au reste, nous avons dit que tous les matériaux de notre planète- – et particulièrement la magnésie ordinaire, le kaolin, le talc, la terre à foulon, le beurre des montagnes ou base du ferment de Basile Valentin – contiennent en proportions variant avec leur spécificité un Soufre qu’on peut rendre philosophique. Le Soufre philosophique n’est point le ferment de tel ou tel métal ; le Soufre philosophique c’est la vie animique arrivée à maturité. Le Soufre obtenu, il faut le conjointe au Mercure philosophique.

    Ce Mercure doit posséder une chaleur obscure mais pourtant radiante puisque toute chaleur obscure mise en action devient phosphorescente et qu’il faudra mettre en action le Mercure pour qu’il se conjoigne au Soufre. Le Mercure doit constituer le Volatil dans l’Œuf philosophique (le Volatil qui, nous venons de le dire, contiendra du Fixe, de la chaleur obscure – chaleur de constitution).

    Comment obtenir le Mercure philosophique ? Les anciens recommandaient de l’extraire de l’argent ; mais l’opération est délicate et peu productive.

    Nous procéderons donc autrement.

    On prend 100 grammes de bismuth à l’état métallique et porphyrisé, et 300 grammes de bichlorure de mercure, on mélange le tout, on l’écrase sur un marbre de verre avec la molette de verre en arrosant avec de l’alcool. On transforme la pâte obtenue en trochisques que l’on fait sécher lentement à l’étuve sur une plaque de marbre. (L’on fera bien de mettre des gants de caoutchouc et de s’emplir les narines de coton cardé). Puis, on place ces trochisques dans une cornue de porcelaine dont le chapiteau s’enlève à volonté, et au col de laquelle on ajoute un vaisseau de rencontre muni d’un matras trempant dans un mélange réfrigérant. Les jointures lutées, l’on chauffe progressivement jusqu’à ce qu’une perle de mercure descende dans le vaisseau de rencontre. Quand il ne passe plus de mercure, on chauffe jusqu’à 500° afin d’en faire disparaître le reste. Alors, on démonte l’appareil, et l’on aperçoit en haut du chapiteau des fleurs argentines cristallisées que l’on retire. Dans la Danse de la cornue on trouve un caput mortuum que l’on pulvérise avec le mercure du matras en y ajoutant 100 gr de bichlorure de mercure. On redistille jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fleurs argentines. On introduit les eaux provenant des deux distillations et les fleurs argentines dans un matras de forme ronde à long col, et l’on met le tout au bain de sable, commençant par une température de 50 à 60° pour finir par 100°. Chaque jour on fait faire un demi-tour au matras pendant 15 à 18 jours jusqu’à ce que l’on obtienne une eau limpide à reflets métalliques, brillant comme le mercure vulgaire (de même densité mais de propriétés différentes). C’est notre Mercure philosophique dont la composition atomistique est C16 H28. Voilà le vif argent transformé en argent vif. On a ainsi rendu ce qui était fixe volatil sous la forme d’une eau pesante ; c’est donc l’opération opposée à celle qui donne le Soufre philosophique. Ce Mercure n’est nullement vénéneux, sa partie arsenicale, l’impur, étant disparue. La confection du Mercure, telle que nous venons de l’indiquer, demande deux mois. Il s’agit, maintenant, d’opérer la Conjonction, c’est-à-dire de conjoindre notre Soufre, notre Mercure et le Sel philosophique.

    Mais comment obtenir ce Sel Philosophique ? Ce Sel ne doit pas contenir de matière volatile, ce doit être une matière morte, une eau, qui amènera la putréfaction, qui sera un ferment. Il ne doit donc plus contenir de chlore qui est volatil. Faire décrépiter un kilo de sel marin naturel, l’introduire dans un creuset, et mettre le tout à un feu de fonte. Quand la matière est liquide, on la coule dans une bassine, et l’on couvre – vivement pour éviter la volatilisation du sel. Le produit fondu et refroidi, on le dissout dans l’eau et l’on filtre. Et on évapore jusqu’à siccité.

    On recommence ces opérations jusqu’à ce que le sel, ayant perdu son eau de constitution, soit fusible comme la cire vierge, à une température de 30°. On obtient ainsi le Sel philosophique, nitre, et non vulgaire azotate de potasse, d’ammoniaque ou de soude. Sa composition atomistique est C6 H9 O15, sa densité 4, son poids atomique 59. Voilà donc de l’oxygène à l’état métalloïque. La confection du Sel telle que nous venons de l’indiquer demande trois mois au plus. Pour le Sel avoir des matras de cristal ; car ce Sel dissout la silice.

    Ce Sel va servir de nourriture au Soufre et au Mercure dans la confection de la Pierre.

    Le Soufre philosophique a les reflets métalliques du scarabée et par transparence apparaît rouge pourpre ; il ressemble étrangement à l’aniline et à ses dérivés. Le Mercure philosophique, limpide, d’aspect métallique, donne dans l’obscurité une lumière mauve ; il est fluorescent et le matras qui le contient semble un tube de Crooks ; ses rayons fluorescents ont une action sur le chlorure d’argent et modifient singulièrement divers oxydes métalliques. Le Sel philosophique est de couleur blanche argentine, il forme de petits cristaux réfringents : c’est la Terre fouillée des Sages, le Talc philosophique, l’Alun de Plume de Basile Valentin.

    Notes :

    (1) L’on commence à s’apercevoir que les trois règnes vivent, évoluent. L’énergie que dégage le radium est une manifestation de sa vie. (Ne pas croire que le radium ne s’use pas, ne meurt pas). Tout vit et dégage de l’énergie perceptible sous forme lumineuse : Nicolas Flamel appelait Dragon rouge la chaleur obscure ou chaleur de constitution pouvant devenir radiante. Le corps humain émet des rayons ; Paracelse, en son traité de l’Essence de la nature, l’a dit quelques années avant M. Charpentier !

     

    (2) II n’y a point de chimie inorganique puisque les trois règnes vivent.

     

    (3) J’ai même quelque tendresse pour le vulgaire « souffleur » uniquement préoccupé des richesses. Le souffleur évoque le Moyen Age, son lacis de ruelles noires zigzaguant au hasard, de venelles aux fenêtres bardées, aux étages débordant les uns au-dessus des autres comme tiroirs » moitié tirés… Le souffleur cherche la Pierre dans les sel commun, sel ammoniac, sel de pin, sel sarracin, sel métallique alun de roche, alun. de glace, alun de plume, marcassite, lait des Vierges, matières herbales, animales, végétales, plantables, pierres minérales, eauxfortes, coperose, œufs ; par séparation, des éléments en athanor et par alambic et pellican, par circulation, décoction, réverbération, ascension et descension, fusion, ignition, rectification, évaporation, conjonction, élévation, sublimation et commixtion, sublimation, calcination, congélation d’argent vif par herbes, pierres, huyles, fumiers, feu et vaisseaux très étranges, etc., etc. Le souffleur essaie de retirer des serpents, des vers, des crapauds la Vie parce qu’il pense que chez eux elle est plus intense. Et le bon souffleur qui cherche à créer la Vie cherche aussi à la détruire, il cherche les poisons, il cherche les microbes, les ferments.

     

    (4) Tiffereau a écrit : L’or et la transmutation des métaux, Mes voyages au Mexique, L’art de faire de l’or. Les métaux sont des corps composés. L’accroissement de la matière minérale, etc.

     

    (5) M. Jollivet-Castelot, président de la Société hermétique de France, a écrit : Comment on devient, alchimiste, La vie et l’âme de la matière, Lhylozoïsme, Les chimistes unitaires. La science alchimique, etc. Il a dirigé une revue L’hyperchimie (Rosa-Alchemica).

     

    (6) Dans ce pseudo accroissement de la matière métallique l’on peut, obtenir un accroissement, mais on ne l’obtient qu’à l’état pyrophorique. C’est évidemment un résultat, c’est le métal ouvert, c’est le premier pas. Mais pour que cet accroissement fût pondérable il faudrait pouvoir lingoter le métal. Et ça…

     

    (7) L’Opuscule très excellent de la vraie philosophie naturelle des métaux de Denis Zacaire. (Edition de 1612. A. Lyon chez Pierre Ringaud, en rue Mercière, à l’enseigne de la Fortune) porte en sous-titre ces mots Traictant de l’augmentation d’iceux.

     

    (8) Notre-Dame (portail St-Marcel), la tour St-Jacques (sculptures) et la Sainte-Chapelle (vitraux) constituent les derniers monuments alchimiques de Paris. Voir aussi, 51 rue de Montmorency, la maison ayant appartenu à Nicolas Flamel, jadis appelée Maison du Grand Pignon : le pignon a été remplacé par un étage, mais on lit encore sur In. façade : « Nous hommes et femmes laboureurs demourans au porche de ceste maison qui fut faite en l’an de grâce mil quatre cens et sept, sommes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une pate nostre et un ave Maria, en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pêcheurs trespassez. Amen. »

     

    (9) Celui qui révèle ce secret est maudit (Arnauld de Villeneuve). Je te jure sur non âme que si tu dévoiles ceci tu seras damné (Raymond Lulle).

     

    (10) « Lion » signifiait aussi « Soufre philosophique » 25/25

     

    (11) Ce qui est mort est mûr. Dans (se qui est mûr on trouve la semence, la graine.

     

    (l2) Le temps est Un des grands secrets de la nature. Or, les chimistes modernes ne veulent point des longues expériences. Tandis que les alchimistes ne redoutaient point celles qui duraient plusieurs année.

     

    (l3) La densité d’un corps ne, varia donc pas plus que son poids ; seul le volume varie, et le poids atomique change. Il faut considérer le zinc ductile comme un corps différent du zinc cassant, comme un corps de densité différente.

     

    (14) Le métal c’est la matière fixée sons une forme cristalline ; le métalloïde n’est pas fixe.

     

    (15) L’eau est composée de deux métaux, l’hydrogenium et l’oxygemium. L’air est composé de deux métalloïdes.

     

    (l6) Le soufre philosophique a reçu collection de noms : Soleil, roi, mâle, lion, etc., etc De même, le Mercure philosophique : Lune blanche, reine, femelle, bain de roi, etc., etc.

     

    (l7) Voici comment l’on opérera : Le cuivre étant laminé en feuilles minces, prendre urne brique bien cuite, la pulvériser finement, ajouter à cette poudre de brique le tiers du poids de chlorhydrate d’ammoniaque, bien mélanger le tout. Mettre au fond du creuset un peu de cette poudre, une lame du cuivre obtenu précédemment, et superposer ainsi plusieurs couches (cémentation) de 5 millimètres d’épaisseur chacune, Jusqu’à remplir le creuset aux 2/3. Prendre du sable fin ou du verre pilé, en ajouter sur le tout une couche d’un centimètre d’épaisseur. Mettre le creuset au four de verrier. Commencer par un petit feu pendant une heure, le hausser successivement jusqu’à fusion du tout, chauffer jusqu’à ce que du couvercle du creuset il ne s’échappe plus de vapeurs vertes. Le chlore a disparu. L’ammonium a fait alliage. ( Captation de l’AZOTH. Fixation de l’azote). Laisser refroidir le creuset, le casser. Reprendre les lamines de cuivre, qui sont friables comme du verre et de couleur blanche : c’est la marcassite, des anciens. Pulvériser ces lamines, en mettre trois fois le poids de l’argent, et fondre. Procéder par la méthode du départ. L’on voit l’or tomber l’état de poudre noire, poudre que l’on met à la coupelle avec du plomb. Une partie du cuivre s’est transformée en or.

     

    (l8) Plus un corps est oxygéné et carburé, plus il est coloré, plus il approche de la couleur jaune (exemple : l’or) ; plus il est hydrogéné, plus il approche de la couleur blanche (exemple : le mercure, l’antimoine). Quelle est la véritable couleur de l’argent ?

     

    (l9) La façon de quoi nature besogne sous terre en la procréation des métaux n’est autre que par décoction continuelle de la vraie matière d’iceux, laquelle décoction sépare te monde de l’immonde, le pur de l’impur, le parfait de l’imparfait, par évaporation continuelle. Es mines où il se trouve diversité de métaux et de matières, les unes grossières, les autres subtiles et pures, ces dernières sont volontiers élevées au plus haut. Notre science doit donc commencer par sublimation pour purifier la matière.

     

    Les philosophes ont appelé la seconde opération conjonction w dissolution : à la naissance de l’œuvre la partie volatile emporte avec elle le fixe ; il faut donc que le fixe retienne le volatil, que le volatil devienne fixe et le fixe volatil. – Zacaire.

     

    (20) Ouvrir, fermer : haine, amour ; solve, coagula ; répulsion, attraction ; voilà fout le Grand Œuvre.

     

    (21) A propos du pétrole, du vulgaire pétrole, voici une expérience bien simple : Mélanger 500 grammes d’acide sulfurique et 250 grammes d’acide azotique, verser doucement ce mélange dans un matras contenant un kilo de pétrole (placer au préalable le matras dans un baquet d’eau afin de prévenir réchauffement). Dans la liqueur ainsi obtenue faire dissoudre une pièce d’argent. Impossible ensuite de reprendre l’argent, un nouveau métal s’est formé.

     

    (22) Le mélange de cette huile de pierre et de l’or ouvert produit une substance grasse, onctueuse qui rend le verre malléable. On donne au verre selon les oxydes métalliques qu’on ajoute à ce mélange les différentes couleurs des pierres précieuses dont on lui donne également la pureté par la coction.

     

    (23) Ce qui reste sur le filtre on le mettra à sécher et l’on aura une terre noire, la terre damnée, laquelle terre ne peut être ramenée à l’état de corps métallique. C’est un poison violent, c’est le fameux arsenic des anciens – qu’il ne faut pas confondre avec notre arsenic vulgaire.

    V.

    Variations atomistiques étranges – Teinture, les quatre modalités de l’énergie – L’Athanor – Chaleur obscure, chaleur lumineuse – L’Oeuf Philosophique

    Le Soufre, le Mercure et le Sel obtenus, arrivons à la Conjonction, à la Fixation des éléments, c’est-à-dire à l’opération qui les rend fixes, non volatils, au feu, incomburables par l’O.

    Il serait inutile, en effet, de projeter directement soufre philosophique sur de l’argent, par exemple, en fusion : l’on n’obtiendrait qu’une variation des poids atomistique et spécifique, le lingot n’aurait pas la couleur d’or. Toutefois attaqué par 1’acide azotique étendu d’eau, il prendrait une belle couleur jaune et la conserverait jusqu’à son entière dissolution. Et si l’on faisait repasser l’argent à l’état métallique et le refondait sans y ajouter de Soufre le phénomène se reproduirait. Lazarus Erken a dit : « Quand tu auras joint le soufre métallique au métal ; vulgaire ne crois point que la teinture soit extérieure ; la matière demeure comme un métal non mûr. Basile Valentin prétendait qu’en prenant un certain Soufre non mûr provenant des sulfures d’antimoine l’on obtiendrait une teinture non visible, intérieure (elle serait dans l’atome, ne le colorerait pas), et que pour le rendre visible il faudrait y ajouter de l’or ouvert qui augmenterait sa puissance colorante et la rendrait fixe au feu ».

    Mettre 100 grammes de soufre en fleur, 100 gr. de potasse pure non carbonatée et 100 gr. d’acide Azotique dans un vase de grès ou de porcelaine, recouvrir ce vase d’une plaque de verre et l’exposer au jour ; au bout de huit jours la matière se gonfle et rend visible ce qui était invisible, elle devient rouge, se liquéfie. Continuer cette putréfaction, en remuant de temps en temps avec un agitateur de verre, jusqu’à ce qu’apparaissent des efflorescences de carbonate de potasse et de soude et à la surface une croûte grise d’hyposulfite. Dessécher la substance, la mettre au creuset, fondre. Sortir la matière du creuset, verser sur cette matière de l’alcool pur, faire digérera feu lent de 80 à 85°. L’alcool se teint en rouge. Décanter. Prendre une pièce d’argent, la tremper brusquement dans le liquide et la laver dans l’eau fraîche : la pièce est teinte superficiellement.

    Évaporer l’alcool jusqu’à ce qu’il reste une résine, la projeter sur de l’argent en fusion (après l’avoir entourée de cire), donner un bon feu de fonte, retirer le creuset du feu. Quand il est froid, enlever le culot d’argent. Ce culot est teint intérieurement et pas extérieurement : si on le passe à l’acide azotique, il apparaît jaune. II faut pour opérer la Conjonction avoir recours à l’Athanor ou fourneau philosophique ; il faut connaître le Sec (ce qui est en bas, la terre, le solide ; le type du Sec est le C pur cristallisé sous forme de silicate hyalin – diamant – ou des composés divers), l’Humide (ce qui est en haut, l’air, le gaz, l’H), le Chaud (l’O, le comburant universel, le feu, la matière radiante), le Froid (l’Az, l’agent, l’eau, le liquide), les quatre modalités de l’énergie, pour amener les matériaux à une maturité qu’ils n’acquièrent naturellement que grâce à un grand nombre de siècles et aux divers événements cosmogoniques et géologiques.

    L’athanor est un fourneau à réverbères composé de quatre parties indépendantes les unes des autres et pouvant se superposer. La partie supérieure figure une coupole ; elle est munie d’un thermomètre maintenu par un bouchon de liège. Dans la deuxième partie, cylindre parfait ; quatre ouvertures circulaires, garnies de vitres, sont percées, qui permettent de surveiller l’opération ; c’est dans cette partie que loge le Têt contenant du sable fin sur lequel reposera l’Œuf philosophique (avoir soin d’enfoncer doucement l’Œuf jusqu’à ce que la surface de la matière qu’il renferme coïncide avec celle du sable). Le vase contenant le sable est ou supporté par une légère grille placée horizontalement entre la seconde et la troisième parties de l’athanor ou maintenu par des agrafes. La troisième partie forme, à l’intérieur, un cône tronqué de façon à présenter en haut une ouverture de même diamètre que le Têt placé au-dessus. La quatrième partie comporte à l’intérieur un cône renversé et plein, situé immédiatement au-dessus du foyer, maintenu par des agrafes et laissant autour de lui un vide circulaire qui, en montant, se réduit à l’épaisseur d’un doigt.

    L’intérieur de l’athanor doit être émaillé en blanc vif ou enduit d’une couche de carbonate de magnésie délayé dans un peu d’eau gélatineuse.

    Il faut se servir d’une lampe ayant une couronne de matière radiante, de zirconium ou de magnésie, fournissant des rayons chimiques à température basse. Une lampe ordinaire ne donnerait pas de chaleur lumineuse puisque sa chaleur serait étouffée par le support de l’Œuf, ne pouvant, comme la chaleur radiante du zirconium, traverser les corps opaques. C’est le feu clibanique dont parle Glauber.

    Dans la lampe on met l’huile suivante : Prendre un kilo d’huile d’olive faite à froid, un kilo de sel marin décrépité, mettre le tout dans une cornue, mettre à la digestion pendant 4 ou 5 jours à 100° maximum. Distiller à feu doux : il sort une huile blanche transparente comme de l’eau. Lorsque des veinules rouges montent en haut de la chape de la cornue arrêter la distillation. Cette huile blanche brûle à flamme bleue, elle a besoin de très peu d’O, elle dure la moitié de temps plus que l’huile d’olive ordinaire.

    Pour confectionner la lampe à zirconium (voir La Chimie métallurgique de Daubrey, au chapitre des métaux rares), prendre une mèche de coton de 7 à 8 brins, la tremper dans une solution de zirconium (zirconium et acide acétique), laisser sécher, préparer la couronne, calciner légèrement au feu bleu du gaz comme l’on fait pour les becs Auer. Il est bon d’avoir plusieurs lampes afin de pouvoir les changer quand il le faut ; quant à la couronne, une seule suffit.

    La mèche est supportée par des fils inoxydables de nickel ou de maillechort.

    Bien entendu, l’athanor repose sur trois briques afin de permettre à l’air d’y pénétrer.

    La chaleur obscure est la chaleur de constitution des corps (24) ; la chaleur lumineuse est la chaleur de combinaison, elle a pour but de capter l’AZOTH universel, la Vie. L’œuf de la poule contient la vie à l’état latent – chaleur obscure, chaleur de constitution ; pour que cette vie se manifeste, il faut appliquer une nouvelle force extérieure, la chaleur lumineuse produite par la poule ou là couveuse artificielle. (Au reste, la chaleur de la poule est réellement un peu lumineuse ainsi qu’on peut l’observer par les temps secs).

    La chaleur lumineuse pénètre jusqu’au centre de la Terre en tant que fonction chimique – et non en tant que matière radiante ou réflexible : les rayons qui traversent la terre sont les rayons violet, ultraviolet et noir. Je signale ce point à ceux qui s’occupent d’astrologie (25).

    Chaleur obscure et chaleur lumineuse représentent les deux dragons de Nicolas Flamel, la chaleur obscure (dragon rouge) étant contenue dans le Fixe, et la Chaleur lumineuse (dragon bleu) dans le Volatil.

    L’athanor installé, il faut prendre 30 grammes de Soufre philosophique, les porphyriser dans un mortier de verre, y ajouter 60 grammes de Mercure philosophique et procéder par imbibition en continuant la porphyrisation. On obtient une pâte épaisse, opaque. Puis, on ajoute 90 grammes de Sel philosophique. On introduit le tout réduit en poudre subtile dans un matras de verre, l’Œuf philosophique (d’un verre dur et ne contenant pas de plomb – qui pourrait le faire crever. On obtient ce verre en prenant du quartz non alumineux et en le fondant dans un creuset de chaux vive) (26). L’Œuf fermé hermétiquement (au préalable, on y aura fait le vide, en le faisant chauffer une demi-heure dans de l’eau à 100°, et en fermant, ensuite, à la lampe), on le place dans l’athanor de façon à ce qu’il reçoive la chaleur lumineuse par réflexion ; sans quoi l’AZOTH ne pourrait y pénétrer.

    On commence par une température de 40°. Cette chaleur ne sert qu’à inciter la chaleur obscure du composé. La Salamandre vit du feu et s’en engrosse.

    Au bout du troisième jour, des nuages .sombres montent et descendent ou se résolvent en pluie. C’est l’aile de corbeau, c’est la mort, c’est la Putréfaction au cours de laquelle s’opère la Conjonction.

    À ce moment il faut bien surveiller la température : l’Œuf pourrait éclater en créant des vapeurs vénéneuses.

    On apercevra une phosphorescence plus ou moins vive, toute putréfaction étant accompagnée de phosphorescence. La putréfaction – qui rend la chaleur obscure lumineuse, le fixe volatil – réveille le côté sporadique des métaux (27).

    La matière minérale possède infiniment moins de chaleur obscure rayonnante que les matières végétale et animale – ce qui fait que son évolution demande infiniment plus de temps.

    VI

    Le Petit Oeuvre – L’Elixir de Vie – Poudre de projection

    Dans l’Œuf philosophique le calme renaît, la vie revient. Au bout d’un mois, la matière devient gris cendre. On augmente le feu de 10°. Des pustules apparaissent, colorées comme le scarabée. C’est le régime de la fermentation, c’est le paon- indiquant que l’union du mâle et de la femelle est consommée (28), c’est l’arrivée de la chlorophylle métallique.

    La matière s’éclaircit, blanchit ; c’est le Lait virginal, la Vierge immaculée, la Lune droite des Sages, la Pierre Philosophale au blanc, pas absolument fixe. Si l’on ne veut transmuer les métaux qu’en argent, métal encore oxydable, si l’on ne veut accomplir gué le Petit Œuvre, on peut ouvrir l’Œuf. Il ne reste plus, alors, qu’à mêler la Pierre ainsi obtenue à de l’argent dans les conditions et proportions indiquées ci-après pour l’or.

    Pour avoir la Pierre au rouge, la Pierre absolument fixe, pousser la chaleur à 58° ; au bout d’une vingtaine de jours, la matière devient faune citron.

    Pousser à 80° ; au bout d’une quinzaine, la matière devient rouge. Encore un mois et elle devient d’un rouge brillant, transparent. Bientôt, elle s’affaisse et passe à l’état de pierre ou sel. Ce sel, soluble dans l’alcool, constitue ce que les anciens appelaient l’Élixir de vie pour les trois règnes.

    Ne pas croire toutefois que la panacée universelle guérisse les jambes cassées, les organes détruits, etc. Contenant la vie, laquelle est la même pour les trois règnes, elle ne fait que communiquer un peu de cette vie aux malades qui en ont besoin ; elle introduit simplement dans l’économie une activité solaire oui redonné de l’énergie à la masse cérébrale, organe régulateur de la vie physique et chimique ; ce n’est qu’un tonique, un tonique puissant.

    Ce sel dissous dans l’alcool apporte la vie aux trois règnes :

    1° au règne minéral. Prendre un gramme de la liqueur, le mettre sur une terre ferrugineuse ou sesquioxyde de fer. Procédant par voie de coction ne dépassant pas 30°, l’on verra naître dans ce sesquioxyde un métal différent du fer.

    2° au règne végétal. Mettre l gramme de la liqueur sur 8 à 10 grammes de terre ordinaire (terre prise dans les champs) calcinée sans fusion, l’on verra naître des végétaux (d’abord mousses, puis fougères, puis graminées). La terre ayant été calcinée ne pouvait contenir de germes. – Les fakirs enferment une graine de blé ou autre dans leurs mains : au bout d’un certain temps de coction, la plante croît ; une fois sortie des mains elle meurt. Au préalable, les mains ou la graine ont été trempées dans la liqueur.

    3° au règne animal. Prendre de la terre ordinaire et préparée comme ci-dessus, la porphyriser au mortier, l’arroser d’une nouvelle quantité de liqueur : on voit apparaître le ver, la mouche, le papillon.

    Revenons à la Pierre Philosophale. L’Œuf ouvert, mettre en un creuset brasqué au charbon de l’or chimiquement pur ; lorsqu’il est en fusion, ajouter de la Pierre philosophale la tierce partie du poids de l’or, et couvrir le creuset. Cette opération a pour but d’amener l’or à l’état de ferment ou levain de tous les métaux. Dans le creuset l’or sur lequel on a mis la Pierre s’enfle, puis se réduit en poudre rouge pourpre.

    C’est la poudre de projection (laquelle est inanalysable puisqu’elle tue, amène à maturité toutes les substances), c’est l’or devenu ferment de l’or. Dans cet état elle n’a d’action que de l sur 1.000 ; l kilo de métal, plomb ou autre, ne donnerait qu’un gramme d’or quelle que fût la quantité de poudre employée. Pour multiplier sa puissance, reprendre la poudre, la remettre au foyer avec de l’or comme ci-dessus ; ajouter de la Pierre toujours comme ci-, dessus ; la poudre ainsi obtenue a une action de 10 sur 1.000. À la troisième opération, l’action sera de 100 sur 1.000, et à la quatrième de 1.000 sur 1.000.

    La poudre qui contient les éléments fixes et lies éléments volatils (chaleur obscure et chaleur lumineuse) – le tout inséparable maintenant – amène à l’état lumineux, fixe au feu la chaleur obscure du métal sur lequel on l’aura projetée. Pour faire la projection, enrober de cette poudre la valeur d’un grain de millet dans une petite feuille de cire vierge (laquelle empêche l’atmosphère de l’oxyder), jeter sur un métal en fusion cette boulette ; aussitôt, le métal brille et semble doué d’un mouvement de rotation sur lui-même. Couvrir le creuset, fermer le fourneau, élever la température, laisser refroidir. Le culot a diminué en volume.

    VII

    Alchimistes et Alchimie

    À Paris existent encore la rue Nicolas-Flamel et la rue Pernelle. (Il y a, aussi, la place Maubert, c’est-à-dire Maître Albert) près de la Tour Saint-Jacques, et le Conseil municipal ne songe nullement à les débaptiser, plus respectueux, probablement, de la charmante légende de Flamel et de sa femme que des services qu’ils rendirent à la science.

    Nicolas Flamel, écrivain d’abord au Charnier des Innocents, puis à l’Église Saint-Jacques, acheta un jour pour deux florins un livre doré fort vieux et beaucoup large, fait de déliées écorces, avec une couverture toute gravée de figures étranges. Le livre contenait trois fois sept feuillets, le septième sans écriture, mais montrant peints une verge, des serpents se combattant, un autre serpent crucifié, des déserts, des fontaines. Et, au premier feuillet, il y avait écrit en grosses lettres : « Abraham le Juif, prince, prestre lévite, astrologue, et philosophe, à la gent des Juifs par l’ire de Dieu dispersée aux Gaules. Salut. D. I. »

    L’auteur enseignait la transmutation métallique en paroles communes, avertissait die tout sauf du premier agent qu’il avait peint en figuré par très grand artifice.

    Ayant chez lui ce beau livre, Flamel ne fit nuit et jour qu’y étudier, entendant très bien toutes les opérations qu’il démontrait, mais ne sachant avec quelle matière commencer. Et quand sa femme Pernelle vit le livre elle en fut autant amoureuse, prenant un extrême plaisir de contempler ces belles gravures d’images et portraits fit peindre toutes ces figures et les montra à, plusieurs grands clercs qui n’y entendirent jamais plus que lui. L’un cependant, maître Anseaulme, dit que véritablement le premier agent y était indiqué, le vif argent, qu’il, fallait fixer par longue décoction dans un sang très pur de jeunes enfants. Cela fut cause que, durant le long espace de vingt un ans, Flamel fit mille brouilleries, non toutefois avec le sang, ce qui est méchant et vilain. Enfin ayant perdu espérance de jamais comprendre ces figures, il fit un vœu à Dieu et à M. Saint-Jacaques de Gallice pour demander leur intervention. Donc avec le consentement de Pernelle, portant sur lui l’extrait d’icelles, ayant pris l’habit et le bourdon, il se mit en chemin, et tant fit qu’il arriva à Montjoye, et puis à Saint-Jacques (Santiago en Espagne) où avec une grande dévotion il accomplit son vœu. Cela fait, dans Léons au retour, il rencontra un médecin juif de nation, et alors chrétien, lequel était fort savant en sciences sublimes, appelé Maître Cauches. Quand Flamel lui eut montré les figures de son extrait, il lui demanda incontinent, ravi de grand étonnement et joie, s’il savait nouvelle du livre duquel elles étaient tirées (livre que les cabalisles croyaient à jamais perdu). Et notre pèlerin lui ayant répondu qu’il avait espérance d’en avoir de bonnes nouvelles si quelqu’un déchiffrait ces énigmes, tout à instant. Maître Gauches commença de les déchiffrer.

    Tant il y a que par la grâce de Dieu et intercession de la bienheureuse Sainte Vierge et benoîts Sainte Jacques et Jean, Flamel sut ce qu’il désirait, c’est-à-dire les premiers principes, non toutefois leur première préparation qui est une chose très difficile sur toutes celles du monde.

    Mais il l’eut à la fin après les longues erreurs de trois ans ou environ durant lequel temps il ne fit qu’étudier et travailler.

    Finalement, il trouva ce qu’il désirait. La première fois qu’il fit la projection, ce fut sur du mercure dont il converti demi-livre en pur argent, meilleur que celui de la minière. Ce fut le 17 de janvier un lundi environ midi, en sa maison présente Pernelle seule l’an de la restitution de l’humain mil trois cent quatre-vingt-deux.

    Flamel et sa femme fondèrent et rentèrent plus de quatorze hôpitaux dans la ville de Paris, bâtirent tout de neuf trois chapelles, décorèrent de grands dons, et bonnes rentes sept églises avec plusieurs réparations en leurs cimetières, outre ce qu’ils firent à Boulogne qui n’est guère moins. Puis Flamel fit peindre sur la quatrième arche du cimetière des innocents, entrant par la grande porte de la rue Saint-Denis et prenant la main droite, les plus vraies et essentielles marques de l’art, sous néanmoins des voiles et couvertures hiéroglyphiques, peur représenter deux choses selon la capacité, premièrement les mystères de notre résurrection future au jour du jugement du bon Jésus, et encore toutes les principales et nécessaires opérations du magistère de la philosophie naturelle.

    Voilà l’histoire véridique. Maintenant, que Flamel soit né à Pontoise ou à Boulogne, en 1330 ou 1331, peu importe ; retenons seulement ceci : Nicolas Flamel apprit d’un manuscrit le moyen de faire de l’or. À ceux qui souriraient je conseillerai de lire l’interprétation que lui-même à donné de ses symboles alchimiques. Paracelse n’est pas moins connu que Flamel encore qu’il n’eut pas même été comme lui « souffleur ». Paracelse, malgré ses affirmations, n’a jamais travaillé dans le laboratoire, il ne connaît que la théorie, plus philosophe, plus penseur que chimiste. Il tire plutôt sa renommée de sa parole que des quelques préparations pharmaceutiques auxquelles son nom demeure attaché.

    Le premier, il comprit que chaque chose contient une âme, un principe actif, ce que nous appelons caloïde, il enseigna qu’il faut séparer le pur de l’impur, Obtenir la subtile quintessence des produits, leur stable concentration vitale, que l’Alchimie est la Science de la Vie dans les trois règnes, et que la Médecine n’existe pas sans 1’Alchimie et l’Astrologie laquelle montre que chaque astre signe chaque animal, chaque végétal, chaque minéral de son sceau spécial, et que tout s’enchaîne, se correspond. Philippe Bombast naît en 1491 ou 1493, au village de Maria Einsiedeln (Notre-Dame des Ermites – d’où surnom d’Ermite qu’Érasme appliquera à Paracelse – dans le canton de Schwitz). Son père, Guillaume de Hobenheim, homme curieux de science et possédant une belle bibliothèque, exerce la médecine dans ce village, et, comme tout le monde, s’occupe alchimie. Il surnomme l’enfant « Auréolus. » Âgé de deux ans, Auroélus s’amusait, devant la maison paternelle, à tirer la queue d’un gros porc : celui-ci, furieux, se retourna, et lui coupa les deux testicules. De là, peut-être, le mépris, que, plus tard, Paracelse affiche pour les femmes. Instruit en alchimie et magie par son père, par le fameux Trithemius, abbé de Spanheim, par Scheyt, évêque de Sergach, par Mathieu Schlacht, Philippe s’en va, à la façon des Bohémiens, par les villes et par les campagnes, tirant des horoscopes, lisant dans les lignes de la main, vendant le secret de la Pierre philosophale, évoquant les morts, chantant des psaumes interrogeant médecins, bateleurs, bourreaux, barbiers, vieilles femmes, sorciers. Il marche au hasard, prétend avoir visité toute l’Europe, avoir été, en Russie, pris par les Tartanes et conduit par eux à Constantinople, après avoir poussé jusqu’en Égypte, à seule fin de se mieux connaître à la science hermétique ! Mais, Théophraste Paracelse (ainsi se surnomme-t-il lui-même : à cette époque, déjà, un médecin pour réussir devait étonner la galerie) n’a point quitté l’Allemagne, cela se voit aux descriptions fantaisistes qu’il donne des autres pays ! Car, il ment, il ment atrocement (et pourtant, il accuse Ariatofe de mentir selon les habitudes des Grecs, lesquels ne considèrent pas le mensonge comme un mal !). Il invente les histoires les plus folles. Il demeure longtemps aux mines de Bohème, où Sigismond Fueger de Schwartz lui enseigne la minéralogie et la métallurgie. Il suit l’armée en qualité de chirurgien.

    Les médecins redoutent le mercure et l’opium : lui les recommande – heureusement, d’ailleurs, puisque, grâce à ces substances, il guérit lèpre, maladies vénériennes, gale, hydropisies légères, douleurs aiguës ! Il vante Hippocrate, et maudit les Arabes et les docteurs scolastiques. « Parlez-moi plutôt, s’écrie-t-il, des médecins spagyriques. Ceux-là, do moins, ne sont pas paresseux comme les autres ; ils ne sont pas habillés de beau velours, soie ou taffetas ; ils ne portent pas de bagues d’or aux doigts, ni de gants blancs. Les médecins spagyriques attendent avec patience, jour et nuit, le résultat de leurs travaux. Ils ne fréquentent pas les lieux publics ; ils passent leur temps dans le laboratoire. Ils portent des culottes de peau, avec un tablier de peau pour s’essuyer les mains. Ils mettent leurs doigts dans les charbons et dans les ordures. Ils sont noirs et enfumés comme des forgerons et des charbonniers. Ils parlent peu et ne vantent pas leurs médicaments, sachant bien que c’est à l’œuvre que l’on reconnaît l’ouvrier, ils travaillent sans cesse dans le feu pour apprendre les différents degrés de l’art alchimique… ».

    Paracelse jure de guérir toutes les maladies, assure avoir rendu la santé à dix-huit princes sur le point de périr entre les mains des médecins galénistes, il promet le possible et l’impossible. An demeurant, peut-être moins menteur que hâbleur : il se persuade que ce qu’il dit est vrai, s’emporte furieusement contre ceux qui osent sourire. Car, il n’a pas toujours expérimenté ce qu’il prône, il prend pour argent comptant les racontars, se les assimile instantanément ! II n’a pas même lu, il ne lit même pas : ignorant Geber, il se proclame l’inventeur du Sel philosophique ! Il raconte ce qui lui passe par la tête, mélangeant empirisme, superstition, routine, disant choses idiotes et choses sublimes. Et il faut qu’on l’écoute, qu’on l’approuve, qu’on l’admire pour ne pas recevoir de grosses injures.

    Il guérit Érasme et Æcolampade. Ce dernier, en 1527, lui fait obtenir une chaire de professeur de médecine et de philosophie à l’Université de Bâle. A sa première leçon, il met en tas tous les livres de médecine qu’il trouve dans l’amphithéâtre et les brûle, s’écriant : « Oui, je vous le dis, le poil follet de ma nuque en sait plus long que vous et vos auteurs ; les cordons de mes souliers sont plus savants que votre Galien et votre Avienne, et ma barbe a plus d’expérience que vos universités. Suivez-moi donc, marchez derrière moi, suivez-moi tous, je suis votre roi ! »

    Ses idées subversives lui amenèrent nombre d’admirateurs – et nombre d’ennemis.

    En 1529, il guérit, grâce à son laudanum, le noble chanoine Liechtenfessins de violentes douleurs d’estomac, lui réclame cent louis d’or d’honoraires, prix convenu, ne peut les obtenir, le cite en justice ; il perd son procès, injurie les juges, doit (quitter précipitamment la ville.

    Et le voici qui recommence ses pérégrinations, visitant Colmar, Nuremberg, Saint-Gall, Augsbourg, Salzbourg, où, le 24 septembre 1541, il meurt à l’hôpital Saint-Étienne, laissant pour toute bibliothèque la Bible, la Concordance de la Bible, le Nouveau-Testament et les Commentaires de Saint-Jérôme sur les Évangiles. Je ne puis m’empêcher en écrivant ces monographies de penser aux deux alchimistes que je connais (j’entends par « alchimiste » celui qui ne recule pas devant le titre, qui a le courage d’en assumer la traditionnelle bizarrerie), l’un, Tiffereau, dont j’ai parlé à l’Avant-propos, l’autre, le docteur Jobert.

    Les voyages orageux de Paracelse ne rappellent-ils pas l’existence mouvementée de Tiffereau, de ce brave vieillard luttant toujours pour la défense sa découverte, pour cet or dont il a réussi à fabriquer au Mexique quelques parcelles et qu’il ne peut retrouver ?

    Et l’existence légèrement mystérieuse de Flamel ne rappelle-t-elle pas celle du docteur Jobert qui, il y a quelques années, dans son petit laboratoire de la rue de Vaugirard, voulut bien, par deux fois, la première en présence de Victorin de Joncière, l’illustre et regretté compositeur, la seconde en présence de Léon Champrenaud, le directeur de La Voie, une des revues d’occultisme les plus sérieuses et les plus transcendantes, faire de l’argent ?

    VIII

    La Transmutation – ou l’Accroissement – fut indéniable

    Nous avions apporté nous-mêmes le creuset et le plomb. Au plomb le docteur ajouta un certain poids d’une poudre de sa composition, et le lingot obtenu donna à l’analyse d’un essayeur officiel un poids d’argent supérieur au poids de la poudre.

    Et pourtant, à quelque temps de là, une polémique – fort courtoise, d’ailleurs – s’éleva entre le docteur Jobert et M. Jules Delassus, le très savant collaborateur de la revue L’Hyper chimie, au sujet d’une expérience effectuée en présence de ce dernier.

    À la vérité, l’expérience avait eu lieu sur des quantités minimes de métal, trop minimes pour que l’analyse décelât un appréciable résultat. Et nous sommes persuadés que le jour où le docteur Jobert emploiera de plus importantes quantités M. Jules Delassus pourra reconnaître la véracité de la transmutation ou de l’accroissement.

    En attendant, voici une recette du Dr Jobert, que nous avons essayée et dont nous garantissons le résultat.

    Transformation du cuivre en argent.

    Prendre 100 grammes de sulfate de cuivre pur, 60 grammes de phosphate de soude, 60 grammes de chlorure de sodium.

    Faire dissoudre à chaud le sulfate de cuivre dans un litre d’eau. Ajouter le chlorure de sodium. Puis, ajouter goutte à goutte, en agitant le tout, le phosphate de soude dissous au préalable dans deux fois son poids d’eau. Filtrer. Prendre cette liqueur, y ajouter 150 grammes de sulfure de potassium au préalable dissous et filtré. Faire bouillir et évaporer jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la moitié de la liqueur. Filtrer à nouveau. Prendre la liqueur et la mettre dans un vase de verre assez haut. Prendre deux lames de cuivre rouge bien décapé, les relier à un générateur d’électricité quelconque d’une puissance de 8 volts. Mettre les deux lames ainsi reliées dans la liqueur en les maintenant éloignées l’une de l’autre de 5 centimètres environ.

    Faire passer le courant jusqu’à ce que la liqueur soit décolorée. De rouge, elle doit devenir blanche. Retirer les lames de cuivre. La négative sera chargée d’un enduit blanc. La mettre dans un bon creuset et la faire fondre. Retirer le culot du creuset, le mettre à dissoudre sur un feu doux dans de l’acide azotique dédoublé de la moitié de son poids d’eau. Au fond de la capsule, il s’est formé un résidu. Filtrer. Ajouter peu à peu dans cette liqueur une dissolution de chlorure de sodium. L’eau devient laiteuse. La laisser reposer, réajouter dans la liqueur claire, un peu de dissolution de chlorure de sodium jusqu’à’ ce qu’il ne se forme plus de précipité. Laisser reposer au moins 4 ou 5 jours, car la précipitation est très longue à se faire. Décanter, filtrer. Mettre à sécher le résidu, et y ajouter trois fois son poids de plomb pauvre.

    Mettre dans un creuset, faire fondre en ajoutant borax, salpêtre et charbon jusqu’à ce que la scorie soit bien liquide. Laisser refroidir le creuset, et passer à la coupelle le bouton.

    Ce n’est évidemment qu’une expérience de laboratoire qui n’enrichira pas. Mais elle pose le problème, et nous voudrions qu’elle encourageât les curieux, curieux de science et curieux de littérature.

    (24) Le radium est analogue au Mercure des Philosophes auquel Basile Valentin attribue des propriétés détruisant les matières organiques qui l’avoisinant ; dissolvent les métaux ouverts et les amenant à maturité. Le radium fait fonction de feu froid.

    (25) Certains alchimistes (Artéfius, Basile Valentm, Paracelse, le Cosmopolite, etc.) ont assimilé les métaux aux planètes, expliquant les propriétés de ceux-là par les propriétés de celles-ci, employant la phraséologie astrologique. Voir le Dictionnaire mytho-hermétique de Pernety au mot « Zodiaque ». Voir, aussi, le quatrième livre des Archidoxes magiques de Paracelse.

    (26) On trouvera ce verre à Paris, chez Poulencq.

    (27) Tout corps qui se putréfie absorbe de l’O. Un métal auquel on fournit de l’O s’oxyde, se ronge, disparaît peu à  peu par combustion, par chaleur sèche, se résout sur lui-même ; c’est une véritable putréfaction, c’est la dissociation des éléments atomiques.

    (28) Là, un lion rouge, hardi prétendant, était marié, dans un bain tiède, avec la fleur de lis. (Faust. – Goethe V2.2)


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