• PETIT TRAITÉ D'ALCHYMIE INTITULÉ

    <o:p></o:p>

    LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE <o:p></o:p>

    NICOLAS FLAMEL<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Suit le grant Esclaircissement
    Et meilleur applanissement
    De ce qu'avois-je en mon Sommaire
    Par trop brief laissé de l'affaire.
    Sommaire estoit, cil sera somme,
    Que de science et d'art je nomme:
    Car y peings sans voile ne fart
    Toute la science et tout l'art
    Au faict des transmutations,
    Dont est propos en nations
    Sans que l'on sçache bien quoy c'est.
    Or le sçaura l'en net et prest
    La ou revise mes paroles,
    N'obmettant nulles paraboles
    Qu'au vray je n'en baille raisons
    Philosophales. Commençons,
    Mes que Dieu tout bon m'ait en ayde,
    Afin que me peine succede
    A l'amoureux de verité
    Pour qui m'y suis exercité,
    Par les principes et les causes,
    Par sommaires et fortes gloses,
    Y joignant sage theorie
    Bien exposee et bien nourrie.
    <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    PETIT TRAITÉ D'ALCHYMIE INTITULÉ
    LE SOMMAIRE PHILOSOPHIQUE
    DE NICOLAS FLAMEL


    <o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Qui veult avoir la congnoissance
    Des metaulx et pleine science,
    Comme se pourront transmuer,
    Et de l'ung en l'aultre muer,
    <o:p></o:p>

    5<o:p></o:p>

    Premier est mestier qu'il congnoisse
    Li chemin et entiere addresse
    De quoy se seulent en miniere
    Terrienne former, plus maniere
    Doibt-il par fondement sçavoir,
    <o:p></o:p>

    10<o:p></o:p>

    Et moult souvent ramentevoir
    D'apres leur source originelle
    Et leur race primaterelle,
    Comment faicts à la fin se defont
    Pour de rechief les faire à fond:
    <o:p></o:p>

    15<o:p></o:p>

    Car si à l'aultre est theorique,
    A cestuy point-cy gist practique,
    Par quoy revertir ils se peuvent
    Hors la miniere, com se treuvent,
    Estant emprent en leurs esprits,
    <o:p></o:p>

    20<o:p></o:p>

    Assavoir (pour n'estre repris)
    En leur soulphre et leur vif argent.
    Nature faict par art si gent
    Tous metaux, donc de soulphre sont
    Formez en vif argent qu'ils n'ont
    <o:p></o:p>

    25<o:p></o:p>

    Ce sont les spermes des metaulx,
    Quelqu'ilz soient, froids, moites ou chauds;
    L'un d'eulx masle est, l'autre est femelIe,
    Et leur complexion est telle.
    Mais les deux spermes dessusdicts
    <o:p></o:p>

    30<o:p></o:p>

    Sont composez, c'est sans desdicts,
    Des quatre elemens, seurement:
    CeIa j'afferme vrayement.
    C'est à sçavoir li premier sperme
    MascuIin, pour sçavoir li terme,
    <o:p></o:p>

    35<o:p></o:p>

    Qu'en philosophie on appelle
    Soulphre, par une façon telle,
    N'est autre chose qu'element
    De terre et du feu seulement
    Cestuy soulphre fixe est semblable
    <o:p></o:p>

    40<o:p></o:p>

    Au feu, sans estre variable,
    Et de nature metallique:
    Non pas soulphre vulgal inique,
    Car li soulphre vulgal n'a nulle
    Substance (qui bien le calcule)
    <o:p></o:p>

    45<o:p></o:p>

    Metallique, à dire le vray,
    Ainsi comme esprouvé je l'ay,
    Et n'est bon qu'à ces femmelettes
    Qui bottellent des allumettes.
    L'autre sperme, qu'est feminin,
    <o:p></o:p>

    50<o:p></o:p>

    C'est celuy, pour sçavoir le fin,
    Que soubs couleur d'allegorie
    En secrette philosophie
    On a coustume de nommer
    Argent vif; et n'est qu'eau et air.
    <o:p></o:p>

    55<o:p></o:p>

    Paroissent l'un eau, l'autre terre;
    Soulphre terre est qui feu enserre;
    Car en lui li feu sert d'agent,
    L'air est dans l'eau au vif argent.
    Ainsi l'apprend le magistere
    <o:p></o:p>

    60<o:p></o:p>

    A qui veut plus à plain s'enquerre.
    Cestuy n'est encor le vulgal;
    Qui dit à l'encontre, dit mal.
    Donc plusieurs hommes de science
    Ces deux spermes-là, soubz licence,
    <o:p></o:p>

    65<o:p></o:p>

    Ont figurez par deux dragons,
    Ou serpens pires que griphons:
    L'un ayant des aisles terribles,
    L'autre sans aisle, fort horribles.
    Li dragon figuré sans aisle
    <o:p></o:p>

    70<o:p></o:p>

    Est le soulphre, la chose est telle,
    Lequel ne s'envole jamais
    Du feu: voilà le premier mets,
    Mais despiteux, causant martyre
    A cil qui ne sçait la matire.
    <o:p></o:p>

    75<o:p></o:p>

    L'aultre serpent, qui aisles porte,
    C'est argent vif, dont bien m'importe,
    Qui est semence feminine,
    Faicte d'air et d'eau en la mine.
    Si est qu'au feu point ne demeure,
    <o:p></o:p>

    80<o:p></o:p>

    Ains s'envole quand voit son heure.
    Mais quand ces deux spermes distoincts
    Sont assemblez et bien conjoincts
    En leurs plus petites parties
    Convenablement assorties
    <o:p></o:p>

    85<o:p></o:p>

    Par la promouvante Nature
    Dedans le ventre du mercure,
    Qu'est le premier metal formé,
    Lors est celuy qui est nommé
    Mere de tous aultres metaulx.
    <o:p></o:p>

    90<o:p></o:p>

    Philosophes de monts et vaulx,
    Considerans son unité
    Qui sortait de dualité,
    Retroicissans le double type,
    Et ne figurant qu'ung principe,
    <o:p></o:p>

    95<o:p></o:p>

    Savoir cest androgyn metal,
    Des metaulx le primordial,
    L'ont appelé dragon volant,
    Pour ce qu'ung dragon semillant,
    Qu'est enflambé avec son feu,
    <o:p></o:p>

    100<o:p></o:p>

    Va par l'air, jectant peu à peu
    Feu et fumee venimeuse,
    Qu'est une chose fort hideuse
    A regarder telle laidure.
    Ainsi pour vray faict le mercure
    <o:p></o:p>

    105<o:p></o:p>

    Quant est poussé dessus le feu:
    Encor cest exemple instruit peu.
    Mais faictes comme font gens saiges
    Pour veoir aultres bariolaiges
    Au fray des dragons et serpens
    <o:p></o:p>

    110<o:p></o:p>

    En hayneuses amours grouppans:
    Je dy ceuIx de Mythologie
    Qu'estoit I'ancienne clergie,
    Com se veoit en Jason, Cadmus,
    Hercule, AEsacque, Acheloüs,
    <o:p></o:p>

    115<o:p></o:p>

    Puis aux deux monstres de Persee,
    Ou mieux iceulx du caducee
    Qui tant plus se sont assaillis,
    Et tant plus d'ire sont remplis
    Pour faire raige en leur blessure.
    <o:p></o:p>

    120<o:p></o:p>

    Appensez ore à ce mercure,
    Quand il est sur le feu commun,
    C'est à dire en des lieux aucun,
    En un vaisseau mis et posé,
    Et le feu commun disposé,
    <o:p></o:p>

    125<o:p></o:p>

    Pour luy allumer promptement
    Son feu de nature asprement
    Qu'au profond de lui est caché:
    Alors, si estes embusché,
    Voirez quelle chose effroyable
    <o:p></o:p>

    130<o:p></o:p>

    Faict feu commun, dict vegetable;
    Cil enflambera par ardure
    Au mercure feu de Nature,
    Tournant en rude inimitié
    Ce qu'estoit de douce amitié;
    <o:p></o:p>

    135<o:p></o:p>

    Jus endesvee est la concorde,
    Sus despit issit la discorde;
    Elemens sont en grant esmoy:
    Dans cest estrange desarroy,
    Nature, n'y pouvant que faire,
    <o:p></o:p>

    140<o:p></o:p>

    Leur laisse desmesler l'affaire.
    Eau se bat contre feu; contre eau
    Feu brandit et fouldre et carreau:
    Ung feu plus fort à l'opposite
    Les perce, chasse, irrite, agite:
    <o:p></o:p>

    145<o:p></o:p>

    Car lors, si estes vigilant,
    Verrez par l'air jectant, courant,
    Une exhalaison venimeuse,
    Mal odorante et maligneuse,
    Trop pire, enflambee en poyson,
    <o:p></o:p>

    150<o:p></o:p>

    Que n'est la teste d'un dragon
    Sortant à coup de Babylone
    Pour fiancer à Tysiphone.
    Autres philosophes sçavant
    Ont voulu chercher tant avant
    <o:p></o:p>

    155<o:p></o:p>

    Ung type à ce mercure double.
    Pour n'estre à deviner trop trouble,
    Qu'ilz l'ont figuré soubs la forme
    D'un lyon volant, sans difforme;
    Et l'ont aussi nommé lyon
    <o:p></o:p>

    160<o:p></o:p>

    Pour ce qu'en goulu gavion
    Le lyon devore les bestes,
    Tant plus sont jeunes et propretes,
    En les mangeant à son plaisir,
    Quand d'elles il se peut saisir;
    <o:p></o:p>

    165<o:p></o:p>

    Aulcunes pourtant ont puissance
    Contre luy se mectre en deffense,
    Et resister de grande force
    A sa fureur, quand il les force.
    Ainsi, vrai, ce mercure faict;
    <o:p></o:p>

    170<o:p></o:p>

    Pour mieulx entendre son effect,
    Quelque metal que vous mettez
    Avec lui (cet estrif notez),
    Soudain il le difformera,
    Devorera et mangera;
    <o:p></o:p>

    175<o:p></o:p>

    Le lyon faict en telle guise:
    Encor faut que je vous advise,
    Quelque soit sa voracité
    Et son aspre famelité,
    Qu'il y a deux metaux de priz
    <o:p></o:p>

    180<o:p></o:p>

    Sur luy qui remportent le priz
    De totale perfection:
    L'or, je dy l'ung, sans fiction,
    L'autre argent, ce ne nie aulcun;
    Tant est-il notoire à chascun
    <o:p></o:p>

    185<o:p></o:p>

    Que si mercure entre en fureur,
    S'ha son feu allumé d'ardeur,
    Il devorera comme un metz
    Ces deux nobles metaulx parfaictz,
    Et tost les mettra dans son ventre;
    <o:p></o:p>

    190<o:p></o:p>

    Nonobstant ce, lequel qu'y entre,
    Il ne le consumera point;
    Car pour bien entendre ce poinct,
    Ils sont plus que luy endurciz,
    Par digestion estroiciz,
    <o:p></o:p>

    195<o:p></o:p>

    A meurté pleine ou quasi pleine
    Ont creu, si qu'y default la graine;
    Sont de beaulté vray raccourci,
    Et parfaicts en nature aussi;
    Ce qu'onc ne se dict de mercure,
    <o:p></o:p>

    200<o:p></o:p>

    Où Nature a manqué de cure:
    Mercure est metal imparfaict;
    Non pourtant qu'en luy il n'y ayt
    Substance de perfection,
    Ains ha d'elle direction
    <o:p></o:p>

    205<o:p></o:p>

    Si que sa vertu est massee
    Et leans sa poincte esmoussee,
    Faulte de respiration.
    Pour franche declaration,
    L'or commun si vient du mercure,
    <o:p></o:p>

    210<o:p></o:p>

    L'or metal parfaict, sans arsure.
    De l'argent je dy tout ainsi,
    Sans alleguer ne cas ne si.
    De mesme les aultres metaulx
    Imparfaictz, moyens, bas et haults,
    <o:p></o:p>

    215<o:p></o:p>

    Trestous sont engendrez de luy:
    En effet, il n'y a nulluy
    Des philosophes qui ne dise
    Que c'est la mere, sans faintise,
    De tous metaulx certainement.
    <o:p></o:p>

    220<o:p></o:p>

    Par quoy il conste asseurement
    Que des que mercure est formé,
    En luy soit, sans plus informé,
    Double substance metallique;
    Cela fort clairement j'explique:
    <o:p></o:p>

    225<o:p></o:p>

    C'est tout premierement, pour l'une,
    La substance de blanche Lune,
    Empres celle du hault Soleil,
    Ce superbe metal vermeil;
    A bon escient n'en demords
    <o:p></o:p>

    230<o:p></o:p>

    Qu'acertes sont deux moult beaux corps
    Que ce Soleil et ceste Lune,
    Tant naïfvement par fortune
    S'esbanoyants emmy le sein
    De leur mercure primerain:
    <o:p></o:p>

    235<o:p></o:p>

    Car le mercure, sans doubtances,
    Si est formé de deux substances,
    Et sont ces deux en esperit
    Au mercure que j'ai descript.
    Mais tantost apres que Nature
    <o:p></o:p>

    240<o:p></o:p>

    Ha formé iceluy mercure
    De ces deux espritz masle et foemme,
    Mercure alors en droicte trame
    Ne demande qu'à les former
    Tous parfaictz, sans rien difformer.
    <o:p></o:p>

    245<o:p></o:p>

    Et corporels soudain les faire,
    Sans soy d'iceulx vouloir deffaire.
    Or quant ces deux esprits s'esveillent
    Et les deux spermes s'appareillent
    Qui veulent prendre ung propre corps,
    <o:p></o:p>

    250<o:p></o:p>

    Alors il faut estre records
    Qu'il estuet que leur mere meure,
    Nommé mercure, sans demeure,
    Ainsi que nous l'ont bien apprins
    Les jardiniers Alexandrins:
    <o:p></o:p>

    255<o:p></o:p>

    Puis, le tout bien unifié,
    Quand mercure est mortifié
    Par Nature, ne peut jamais
    Se vivifier (je promets)
    Comme il estoit premierement
    <o:p></o:p>

    260<o:p></o:p>

    Si com dient communement
    Aucuns orateurs alchymistes,
    Affermant en paroles mistes
    De mectre les corps imparfaictz,
    Et ceulx aussi qui sont parfaictz,
    <o:p></o:p>

    265<o:p></o:p>

    Soudain avec du vif argent.
    Je ne dy pas qu'aucun d'eux ment,
    Ne qu'à truffer rien les convie;
    Juger personne n'hai envie;
    Ne que leur contravention
    <o:p></o:p>

    270<o:p></o:p>

    Soit une circonvention,
    Mais seulement, sauf leurs honneurs,
    Pour certains ce sont de vrais jongleurs
    Car au faict de l'experience
    Sont et seront à la beance:
    <o:p></o:p>

    275<o:p></o:p>

    Trop povre est mercure vulgal
    Pour devenir philosophal,
    Et passeroient-ils bien leur vie
    A brasser telle phantasie
    Que ne seroit que temps doulu,
    <o:p></o:p>

    280<o:p></o:p>

    Labeur vain et despends tollu.
    Il est bien vray que le mercure
    Mangera par sa grande cure
    L'imparfaict metal, comme plomb
    Ou estaing (cela bien sçait-on);
    <o:p></o:p>

    285<o:p></o:p>

    Et que l'ung ou l'aultre en son ventre
    De telle guyse s'y concentre,
    Et pourra sans difficulté
    Multiplier en quantité;
    Mais pourtant sa perfection
    <o:p></o:p>

    290<o:p></o:p>

    Amoindrira sans fiction,
    Et mercure ne sera plus
    Parfaict: notez bien le surplus;
    Mais si, pour avoir son interne.
    L'on en separoit son externe,
    <o:p></o:p>

    295<o:p></o:p>

    Et mortifié s'il estoit
    Par art, autre chose seroit,
    Comme au cinabre, ou sublimé.
    Pourtant ne le veuille ensimé
    Que revivifier ne pusse.
    <o:p></o:p>

    300<o:p></o:p>

    Telle verité ne se musse;
    Car en le congelant par art,
    Les deux spermes, soit tost soit tard,
    Au mercure point ne prendroient
    Corps fix, ny aussi retiendroient
    <o:p></o:p>

    305<o:p></o:p>

    Com font es veines de la terre;
    Donc, pour garder que nul cy n'erre,
    Faut qu'en sa souvenance on ayt
    Par quel chemin arrive au fait
    Cestuy mesmement vray mercure
    <o:p></o:p>

    310<o:p></o:p>

    Que seule sçait ouvrer Nature;
    Non le fuïtif et vulgal,
    Ains cil qu'elle mue en metal:
    Car y en ha hung qu'el travaille
    Du metal; c'est le seul qui vaille.
    <o:p></o:p>

    315<o:p></o:p>

    Si peu congelé ne peut estre
    Par Nature, à dextre, à senestre,
    Dedans quelque terrestre veine,
    Que le grain fix soudain n'y vienne,
    Qui produit sera des deux spermes
    <o:p></o:p>

    320<o:p></o:p>

    Du Mercure, et puis les vrays germes,
    Comme es mines de plomb voyez,
    Si vous y estes envoyez.
    Car de plomb il n'est nulle mine
    Es pays où l'en en affine,
    <o:p></o:p>

    325<o:p></o:p>

    Que pour vray le grain fix n'y soit,
    Si que tout chascun l'apperçoit,
    C'est à sçavoir le grain de l'or
    Et de l'argent, qu'est un thresor
    En substance et en nourriture;
    <o:p></o:p>

    330<o:p></o:p>

    Icelle chose à tous soit seure;
    Telle les anciens l'ont preuvee,
    Itelle aussi je l'ay treuvee:
    Pourras de mesme la trouver,
    Si mets peine de l'esprouver.
    <o:p></o:p>

    335<o:p></o:p>

    La prime congelation
    Du mercure est donc mine à plomb;
    C'est aussi la plus convenable
    A luy, voir mesme indeclinable,
    Pour en perfection le mectre,
    <o:p></o:p>

    340<o:p></o:p>

    (Cela ne se doit point obmectre),
    Et pour tost le faire venir
    Au grain fix, et tousjours tenir
    Si ferme en bataille du feu
    Que de sa fougue il fasse ung jeu.
    <o:p></o:p>

    345<o:p></o:p>

    Car, comme paravant est dict,
    Mine de plomb, sans contredict,
    N'est point sans grain fix, pour tout vray
    D'or et d'argent; cela je sçay
    Par experience certaine,
    <o:p></o:p>

    350<o:p></o:p>

    Et n'y ay pas eu si grant peine,
    En suivant le dict des mineurs
    Et la façon des affineurs,
    Pour aplanos voir de mes yeux
    Ce qui me rendoit curieux.
    <o:p></o:p>

    355<o:p></o:p>

    Leur façon, si qu'elle est mauvaise
    A Nature, m'a faict bien aise,
    Desclosant la prime meurté
    Des grains de metallicité:
    Lesquelz grains Nature y a mis,
    <o:p></o:p>

    360<o:p></o:p>

    Ainsi comme Dieu l'a permis;
    Fructification insigne,
    Qui d'aultres plus amples designe:
    Car est ce grain-là seurement
    Qui multiplier vrayement
    <o:p></o:p>

    365<o:p></o:p>

    Se peut, tel qu'ung jeune scion,
    Pour venir en perfection,
    Et en tout entiere puissance,
    Comme sçay par l'experience;
    Prenant soing de le cultiver,
    <o:p></o:p>

    370<o:p></o:p>

    J'ay reussi à l'eslever,
    Verifiant sans contredict
    Ce que les sages en ont dict:
    Et cela pour bien vray j'assure.
    Mais luy estant dans son mercure,
    <o:p></o:p>

    375<o:p></o:p>

    C'est à dire n'onc separé
    De la mine, ains fort despuré;
    Car tout metal en mine estant
    Est mercure, aux sages duisant,
    Et multiplier se pourra,
    <o:p></o:p>

    380<o:p></o:p>

    Tant que la substance il aura
    De ce mercure en verité.
    Mais si le grain en est osté,
    Et separé de son mercure,
    Qui est sa mine, bien l'asseure,
    <o:p></o:p>

    385<o:p></o:p>

    Il sera lors ainsi que pomme
    Cueillie verde; et voilà comme
    On lait ce que Nature enseigne,
    Pour s'affubler de chose estraigne.
    Nature apprend au doigt, à l'oeuil,
    <o:p></o:p>

    390<o:p></o:p>

    A se tirer de cest escueil:
    Elle voult que l'on doint aus germes
    Le temps de venir à leur termes;
    Le grain de l'or, ne plus ne moins
    Que les cerises et les coings,
    <o:p></o:p>

    395<o:p></o:p>

    Ou que les pommes et les poires,
    Ont tous chacun leur heure, voires
    Ung determinable moment
    Pour estre à l'accomplissement:
    Car qui la pomme arracheroit
    <o:p></o:p>

    400<o:p></o:p>

    Dessus l'arbre tout gasteroit
    A sa prime formation
    Nul homme n'a eu notion,
    Ades n'ha et oncques n'aura,
    Combien qu'il s'y opiniastra,
    <o:p></o:p>

    405<o:p></o:p>

    Ne par art, n'aussi par science,
    Qu'il sçeusse donner la substance.
    Ne tant qu'il la peusse parfaire
    De meurir, comme pouvoit faire
    Belle-Nature bonnement,
    <o:p></o:p>

    410<o:p></o:p>

    Quand fruict estoit precedemment
    Dessus l'arbre, où sa nourriture
    Et substance avoit en droicture.
    Pendant doncques que l'on attend
    La saison de la pomme, estant
    <o:p></o:p>

    415<o:p></o:p>

    Sur son arbre, là où elle augmente,
    Se nourrist, venant grosse et gente,
    El'prend agreable saveur,
    Tirant tousjours à soy liqueur,
    Jusques à ce qu'elle soit faicte
    <o:p></o:p>

    420<o:p></o:p>

    De verde bien meure et parfaicte.
    Semblablement metal parfaict,
    Qu'est or, vient à ung mesme effect,
    Mais qu'il demeure en sa mine,
    Et meurisse en couleur citrine:
    <o:p></o:p>

    425<o:p></o:p>

    Car quand Nature a procreé
    Ce beau grain parfaict et creé
    Au mercure, soyez certain
    Que tousjours poursuivra son train;
    Sans faillir il se nourrira,
    <o:p></o:p>

    430<o:p></o:p>

    Augmentera et meurira
    Au degré de meurissement
    Et ponctuel accroissement
    Dont es mines est susceptible,
    Et là qu'à Nature est possible,
    <o:p></o:p>

    435<o:p></o:p>

    En son mercure luy restant;
    Mais faut patience habvoir tant
    Qu'il y aura quelque substance
    De son mercure, sans doutance,
    Comme faict sur l'arbre la pomme:
    <o:p></o:p>

    440<o:p></o:p>

    Car je fais sçavoir à tout homme
    Que le mercure, qu'est risté,
    Est l'arbre, (notez ce dicté),
    De tous metaulx: soyent-ils parfaictz,
    Soient aultres qu'on dict imparfaictz,
    <o:p></o:p>

    445<o:p></o:p>

    Ne peuvent mesungs nourriture
    Avoir que de leur seul mercure.
    Que moult bien dict est que dans or
    Gist grain d'or ! J'adjouste desor
    Tout l'or estre toute semence;
    <o:p></o:p>

    450<o:p></o:p>

    Mais deà qu'il reste en croissance,
    Doté sur pied du de fructu
    De sa gignitive vertu.
    Rien ne vit, ny brin de poulce,
    Et sus et jus s'accroist et pousse,
    <o:p></o:p>

    455<o:p></o:p>

    Meilleur allant en qualité
    Et s'exsuperant en bonté,
    Que fors Nature son office
    Fasse, bon ayde rend service
    Feal acquitté par engin
    <o:p></o:p>

    460<o:p></o:p>

    Qu'est ignoré d'esprit humin.
    Si default vigueur de Nature
    Tousjours robant sa procedure,
    Oeuvrant en cachette de nous,
    Par quoy la secourirez-vous ?
    <o:p></o:p>

    465<o:p></o:p>

    L'hom peult l'ayder, quand elle s'ayde,
    Elle agree ores le remede;
    Mais s'elle n'y est, c'est mescompte,
    Et l'on en retire que honte.
    Voyez-vous pas en l'Escripture ?
    <o:p></o:p>

    470<o:p></o:p>

    " Nature s'esbat en Nature,
    Nature aime Nature ". Adonc
    En elle est ce qu'ailleurs n'est onc.
    Cherches force generative,
    E1 se trouve en matiere vive
    <o:p></o:p>

    475<o:p></o:p>

    Ades; tant plus paroist vivace,
    Tant plus se demonstre efficace.
    Par quoy je dy, pour reviser
    Sur ce point, et vous adviser
    Que si vous voulez cueillir le fruict
    <o:p></o:p>

    480<o:p></o:p>

    Du mercure, qu'est Sol qui luist,
    Et Lune aussi pareillement,
    Quant yceulx sont separement
    Loingtains en chascune miniere,
    L'ung l'autre tant soit peu arriere,
    <o:p></o:p>

    485<o:p></o:p>

    Ne pensez pas les reconjoindre
    Ensemble, n'aussi les joindre
    Ainsi comme avoit faict Nature
    Au premier, (de ce vous asseure),
    Pour iceulx bien multiplier,
    <o:p></o:p>

    490<o:p></o:p>

    Augmenter et fructifier;
    Car quand metaulx sont separez
    De la mine, à part trouverez
    Chacun comme pommes petites,
    Cueillies trop verdes et subites
    <o:p></o:p>

    495<o:p></o:p>

    De l'arbre, lesquelles jamais
    N'auront grosseur, je vous promets;
    Le monde assez ha congnoissance,
    Par raison et experience,
    D'ung tel faict es fruicts vegetaux,
    <o:p></o:p>

    500<o:p></o:p>

    Et ne sont point ces mots nouveaux
    Que des la pomme, ou bien la poire,
    Est arrachee, (il est notoire),
    De dessus l'arbre, ce seroit
    Folie à qui la remettroit
    <o:p></o:p>

    505<o:p></o:p>

    Sur la branche pour r'engrossir
    Et parfaire; folz font ainsi,
    Et gens aveuglez, sans raison,
    Comme on voit en mainte maison;
    Car l'on sçait bien certainement,
    <o:p></o:p>

    510<o:p></o:p>

    Et à parler communement,
    Que tant plus elle est maniee,
    Tant plus tost elle est consomee.
    C'est ainsi des metaulx vrayment;
    Voir, qui voudroit prendre l'argent
    <o:p></o:p>

    515<o:p></o:p>

    Commun et l'or, puis en mercure
    Les remettre, feroit stulture;
    Car quelque grant subtilité
    Qu'on aye, aussi habileté
    Ou regime qu'on penseroit,
    <o:p></o:p>

    520<o:p></o:p>

    Abusé hom s'y trouveroit;
    Tant soit par eau, ou par ciment,
    Ou autre sorte infiniment,
    Plus que l'on ne peut racompter,
    Tousjours seroit-ce y mescompter,
    <o:p></o:p>

    525<o:p></o:p>

    Et tousjours besoigne à refaire,
    Comme aulcuns folz, sur cette affaire,
    Qui veulent la pomme cueillee
    Sur la branche estre rebaillee,
    Pour derechef elle parfaire,
    <o:p></o:p>

    530<o:p></o:p>

    Dont s'abusent à cela faire:
    Nonobstant qu'ont dict gens sçavans,
    Philosophes non decevans,
    Que le Soleil avec la Lune,
    Et Mercure, source commune,
    <o:p></o:p>

    535<o:p></o:p>

    Conjoints, les metaulx imparfaictz
    Rendront à tout essay parfaictz;
    Où la plus grand part des gens erre,
    N'ayant chose aultre sur Terre,
    Soit es vegetaux, animaux,
    <o:p></o:p>

    540<o:p></o:p>

    Ou pareillement mineraux,
    A dire c'est en tout ce monde,
    Tant peut-il s'estendre à la ronde,
    N'y ayant, dis-je, à l'art d'utile,
    De propre, d'idoyne et d'habile,
    <o:p></o:p>

    545<o:p></o:p>

    Que ces seuls trois en un seul corps;
    Mais les lisans ne sont records
    Qu'iceux philosophes entendus
    N'ont pas telz mots dicts, ni rendus,
    Pour donner entendre à chascun
    <o:p></o:p>

    550<o:p></o:p>

    Que ce soit or, n'argent commun,
    Ni le vulgal mercure aussi:
    Ilz ne l'entendent pas ainsi;
    A son meschief est prophete,
    Qui tant gauche les interprete,
    <o:p></o:p>

    555<o:p></o:p>

    Et vat leurs mots erronement,
    Sans fouir plus parfondement,
    Prendre com sonnent à l'aureille;
    Si tel fault, ce n'est pas merveille.
    Philosophes cachent haults sens
    <o:p></o:p>

    560<o:p></o:p>

    Qui ne s'adressent aus enfans;
    Quant citent les metaulx vulgaires,
    C'est par figures doctrinaires:
    Car ilz sçavent que telz metaux
    Sont tous morts, (ici point ne faux),
    <o:p></o:p>

    565<o:p></o:p>

    Que jamais plus ne reprendront
    Substance et vie, ains chomeront,
    Et l'un à l'autre n'aydera
    Pour parfaire; comme est, sera;
    <o:p></o:p>

    570<o:p></o:p>

    Car il est vray certainement
    Que ce sont les fruicts vrayement
    Cueillis de l'arbre avant saison;
    Les laissent-là pour tel'raison,
    Et recommandent qu'on les laisse
    <o:p></o:p>

    575<o:p></o:p>

    Sans repliquer ne quoy ne qu'est-ce:
    Car dessus iceux en cherchant
    Ne trouvent ce qu'ilz vont querant;
    Ilz sçavent assez bien qu'iceux
    N'ont aultre chose que pour eux
    <o:p></o:p>

    580<o:p></o:p>

    Et sont tant differens des nostres
    Qu'oncques ne baillent rien aux autres.
    Mais comme appert à ung chascun
    Il est grandement opportun
    Que les pommes des Hesperides
    <o:p></o:p>

    585<o:p></o:p>

    De facultés ne soient si vuides,
    Ains qu'elles embaument autour...
    Par quoy s'en vont chercher le fruict
    Sur l'arbre qui à eux bien duict,
    Lequel s'engrosse et multiplie
    <o:p></o:p>

    590<o:p></o:p>

    De jour en jour, tant qu'arbre en plie.
    Joye est de veoir telle besoigne;
    Pour ce moyen l'arbre on empoigne.
    Sans cueillir li fruict nullement,
    Pour le replanter noblement
    <o:p></o:p>

    595<o:p></o:p>

    En autre terre plus fertille,
    Plus mueble en sucs et plus gentille,
    Et qui donnera nourriture
    En ung seul jour par adventure
    Au fruict, qu'en cent ans il n'auroit.
    <o:p></o:p>

    600<o:p></o:p>

    Si au premier terroir restoit.
    Par cest exemple faut entendre
    Quel mercure qu'il convient prendre,
    Qui est l'arbre tant estimé,
    Veneré, clamé et aimé,
    <o:p></o:p>

    605<o:p></o:p>

    Ayant avec lui le Soleil
    Et Lune d'un mesme appareil,
    Lesquelz separez point ne sont
    L'ung de l'aultre, mais ensemble ont
    Spirituelle concordance
    <o:p></o:p>

    610<o:p></o:p>

    Avec corporelle accointance:
    Humidité, frigidité,
    Siccité et calidité,
    Si bien s'attemperant ensemble
    Qu'au soulphre l'argent vif ressemble,
    <o:p></o:p>

    615<o:p></o:p>

    Et s'entretient dans leurs principes
    Et leurs elemens participes
    Intime association.
    Apres, sans prolongation,
    Faut cil planter en aultre terre,
    <o:p></o:p>

    620<o:p></o:p>

    Plus pres du Soleil, pour acquerre
    D'iceluy merveilleux prouffit,
    Où la rosee il luy suffist;
    Car là où planté il estoit,
    Li vent incessamment battoit,
    <o:p></o:p>

    625<o:p></o:p>

    Et la froidure, en telle sorte
    Que peu de fruict falloit qu'il porte;
    Et là demeuroit longuement,
    Portant petits fruictz seulement.
    Philosophes ont ung jardin
    <o:p></o:p>

    630<o:p></o:p>

    Où le Soleil, soir et matin,
    Et jour et nuict est à toute heure,
    Et incessamment y demeure
    Avec une doulce rose,
    Par laquelle est bien arrosee
    <o:p></o:p>

    635<o:p></o:p>

    La terre ayant arbres et fruictz
    Qui là sont plantez et conduictz,
    Et prennent deüe nourriture,
    Par une plaisante pasture.
    Ainsi de jour en jour s'amende,
    <o:p></o:p>

    640<o:p></o:p>

    Recevans fort doulce prebende;
    Et là demeurent plus puissans
    Et forts, sans estre languissans,
    En moins d'un an, ou environ,
    Qu'en dix mille, (ce nous diron),
    <o:p></o:p>

    645<o:p></o:p>

    N'eussent là faict où ilz estoient
    Plantez, que les vents les battoient,
    Et n'avoient par fois au besoing
    Ce qu'en chevissance on leur doint.
    Or, pour mieulx la practique entendre,
    <o:p></o:p>

    650<o:p></o:p>

    A dire c'est qu'il les faulx prendre,
    Et puis les mettre dans un four
    Sur le feu, où soyent nuict et jour.
    Mais ce feu de bois ne doit estre,
    Ni de charbon; mais pour cognoistre
    <o:p></o:p>

    655<o:p></o:p>

    Quel feu te sera bien duisant,
    Faut que soit feu clair et luisant,
    D'une esgale temperature
    Et proportion de Nature,
    Geometricment ponctué
    <o:p></o:p>

    660<o:p></o:p>

    Et clibanicment gradué,
    Pour conduire à grant consonnance
    Par tous degrés de sa puissance,
    Ny plus ny moins que le Soleil.
    De tel feu feras appareil,
    <o:p></o:p>

    665<o:p></o:p>

    S'en ceste part veulx estre saige,
    Comme estant seul propre à l'usaige,
    Lequel ne doit estre plus chaut
    Ny plus ardent, sans nul défaut;
    Mais tousjours une chaleur mesme
    <o:p></o:p>

    670<o:p></o:p>

    Faut que ce soit, notez bien ce thesme,
    Où les plus sçavants ont failly,
    Et moult y sont deceuz nulluy,
    Car la vapeur est la rosee
    Qui gardera d'estre alteree
    <o:p></o:p>

    675<o:p></o:p>

    La semence de tous metaux.
    Tu vois que les fruictz vegetaux,
    S'ilz ont chaleur trop fort ardente,
    Sans rosee, en petite attente,
    Sec et gresle y demeurera
    <o:p></o:p>

    680<o:p></o:p>

    Le fruict, sur la branche mourra,
    Ou bien nulle perfection
    N'obtiendra. Pour conclusion,
    S'il est nourri en düe chaleur,
    Avec une humide moisteur,
    <o:p></o:p>

    685<o:p></o:p>

    Il sera beau et triumphant
    Sur l'arbre où prend nourrissement;
    Car chaleur et humidité
    Est nourriture, en vérité,
    De toutes choses en ce monde
    <o:p></o:p>

    690<o:p></o:p>

    Ayant vie, sur ce me fonde,
    Comme animaux et vegetaux,
    Et pareilIement mineraux.
    Chaleur de bois ou de charbon,
    Certes ne leur est pas trop bon:
    <o:p></o:p>

    695<o:p></o:p>

    Ce sont chaIeurs fort violentes,
    Et ne sont pas si nourrissantes
    Que celle qui du Soleil vient,
    Laquelle chaleur entretient
    Chascune chose corporelle,
    <o:p></o:p>

    700<o:p></o:p>

    Pour autant qu'elle est naturelle;
    Par quoy phiIosophes sçavans,
    A fond la nature cognoissans,
    N'ont aultre feu voulu eslire
    Pour l'oeuvre, à la vérité dire,
    <o:p></o:p>

    705<o:p></o:p>

    Que de nature seulement,
    Laquelle il suivent reiglement;
    Non pas que le philosophe face
    Ce que Nature fait et trace,
    Car Nature a tousjours la chose
    <o:p></o:p>

    710<o:p></o:p>

    Creé, comme icy je l'expose,
    Tant vegetaux que mineraux,
    Semblablement les animaux,
    Chascun selon son vray degré,
    Generante où elle a pris gré,
    <o:p></o:p>

    715<o:p></o:p>

    Comme s'estend sa dominance:
    Non donc que je donne sentence
    Que les hommes par leurs arts font
    Choses naturelles à fond;
    Mais, et c'est bien vray, quand Nature
    <o:p></o:p>

    720<o:p></o:p>

    A formé, par sa grant facture,
    Suivant son commun procedé
    Et pouvoir à elle accordé,
    Les choses qui se voyent, l'homme
    Lui peut ayder, et entend comme
    <o:p></o:p>

    725<o:p></o:p>

    Apres par art à les parfaire
    Plus que Nature n'a peu faire.
    Par ce moyen le philosophe
    De haut sçavoir et grosse estoffe
    (Pour vray du tout vous informer)
    <o:p></o:p>

    730<o:p></o:p>

    N'aultrement se propose oeuvrer
    Qu'en Nature, avec Sol et Lune,
    Au mercure, mere opportune,
    En puissance constituez,
    Et non à ceste heure actuez.
    <o:p></o:p>

    735<o:p></o:p>

    Sol et Lune, en telle closture,
    Ne different de leur mercure,
    Duquel, apres le saige Ytal,
    Fait mercure philosophal;
    Qu'il est plus puissant et plus fort,
    <o:p></o:p>

    740<o:p></o:p>

    Quand vient à faire son effort,
    Que n'est pas celuy de Nature.
    Cela peut bien la creature;
    Et certainement c'est beaucoup;
    Au monde entier n'est plus beau coup,
    <o:p></o:p>

    745<o:p></o:p>

    Ne chief-d'oeuvre tant admirable,
    Fors cil dont cest art est capable.
    Car le mercure que je dis
    De Nature, comme entrepris
    De deux membres de sa puissance,
    <o:p></o:p>

    750<o:p></o:p>

    Est trop borné dans son essence;
    N'est bon que pour simples metaulx
    Parfaicts, imparfaicts, froids ou chauds;
    Et fasse que fasse Nature,
    Plus loin n'istra sa geniture:
    <o:p></o:p>

    755<o:p></o:p>

    Non que la force lui defaille,
    Mais les minieres où travaille
    Ne lui permettent plein usaige
    Comme demanderoit l'ouvraige,
    Et ne laissent en desployer
    <o:p></o:p>

    760<o:p></o:p>

    Ny quanque est besoing en loyer.
    Son mieulx doncq n'est li mieulx possible,
    Ains ce que luy est disponible.
    Mais le mercure du sçavant
    Devient par l'art si triumphant,
    <o:p></o:p>

    765<o:p></o:p>

    Si riche en cause efficiente,
    Que de degrés ha plus de trente
    Par dessus l'aultre, voire cent
    Et mille, et vat tousiours croissant,
    Que pour metaux plus que parfaicts
    <o:p></o:p>

    770<o:p></o:p>

    Est bon, et pour les imparfaicts,
    En tout à la fin les parfaire,
    Et soudainement les refaire,
    Sans plus y rien diminuer,
    Adjouster, mectre, ny muer,
    <o:p></o:p>

    775<o:p></o:p>

    Les laisse sans rien estre obmis;
    Non que je die toutesfois
    Que les philosophes tous trois
    Les joingnent ensemble pour faire
    Leur mercure, ou des trois l'extraire,
    <o:p></o:p>

    780<o:p></o:p>

    Comme font un tas d'alchymistes,
    Qui en sçavoir ne sont trop mistes,
    Qui prennent l'or commun, l'argent,
    En guise de l'ung l'aultre agent,
    Avec le mercure vulgal:
    <o:p></o:p>

    785<o:p></o:p>

    Puis apres leur font tant de mal,
    Les tourmentant de telle sorte
    Qu'il semble que foudre les porte;
    Et par leur folle fantasie,
    Abusion et resverie,
    <o:p></o:p>

    790<o:p></o:p>

    Le mercure ilz en cuident traire
    Des philosophes et parfaire;
    Mais jamais parvenir n'y peuvent;
    Ainsi ne cognoistre ils se treuvent
    Quelle est la premiere matiere
    <o:p></o:p>

    795<o:p></o:p>

    De la pierre, ne sa vraie miniere.
    Mais jamais ilz n'y parviendront,
    N'oncques à ce bien atteindront,
    S'ilz ne vont sur celle montaigne
    Des sept, où n'y ha rien d'estraigne.
    <o:p></o:p>

    800<o:p></o:p>

    Et pardessus regarderont
    Les six que de loing ils verront.
    Au-dessus de ceste plus haulte
    Montaigne, cognoistront sans faulte
    L'herbe triumphante royale,
    <o:p></o:p>

    805<o:p></o:p>

    Laquelle ont nommé Minerale,
    Aulcuns philosophes, Herbale;
    Appellee est Saturniale.
    Mais laisser le marc il convient,
    Et prendre le jus qui en vient
    <o:p></o:p>

    810<o:p></o:p>

    Pur et net; de cecy d'advise,
    Pour mieux entendre ceste guise:
    On lait la paille, on prent le grain:
    De cecy l'on n'est incertain
    Au cas du commun labouraige,
    <o:p></o:p>

    815<o:p></o:p>

    Voir que du bled se faict triaige.
    Ainsi feras et plus encor
    A la plante juteuse d'or;
    Son jus donc qui tient Sol et Lune
    Tireras sans grevance aulcune,
    <o:p></o:p>

    820<o:p></o:p>

    Sans nulle separation
    Ne perverse desunion
    Des spermes d'avec le menstrue
    Qui physiquement leur congrue.
    Yceuxainc ne viendroient à bien,
    <o:p></o:p>

    825<o:p></o:p>

    Possible iroient cheants à rien
    Pour prou qu'on faussist la maniere
    Dont esgalement en miniere
    Et par poids cointement sont joincts.
    Sur ce l'en doibt noter deux poincts:
    <o:p></o:p>

    830<o:p></o:p>

    Semences ne se manient mie,
    L'homme n'en sçait l'oeconomie;
    Leur gouvernement appartient
    A Nature, qui pouvoir tient
    De Dieu de resgler leur meslange.
    <o:p></o:p>

    835<o:p></o:p>

    Mais par fois nous ostons l'estrange
    Et aultre superfluité
    Qui rompt l'homogeneité
    De la substance
    seminale,
    Par special la minerale
    <o:p></o:p>

    840<o:p></o:p>

    Où l'impur cuist avec le pur,
    Fors est le crud avec le meur;
    Car bien sçait-on que la criblure
    N'en pust faire basse nature;
    Faut Nature ayder au labeur,
    <o:p></o:p>

    845<o:p></o:p>

    Si qu'au faict de ceste liqueur
    Tu peux l'oser avec adresse,
    Belle douceur et gentillesse.
    Quant ce dur noeud hauras tranché,
    Emplus ne seras empesché,
    <o:p></o:p>

    850<o:p></o:p>

    Car d'elle tu pourras bien faire
    La plus grand'part de ton affaire.
    C'est le vray mercure gentil
    Des philosophes tres-subtil,
    Lequel tu mectras en ta manche;
    <o:p></o:p>

    855<o:p></o:p>

    En premier toute l'oeuvre blanche,
    Et la rouge semblablement.
    Si mes dits entens bonnement,
    Sont à toi; c'est chose adtiltree
    En entrant tout droit par l'entree
    <o:p></o:p>

    860<o:p></o:p>

    Que je designe. Si tu geings
    Dehors, d'aler plus oultre craings:
    Le peril est trop manifeste,
    Et l'adventure trop funeste.
    Car est icy comme à ce pont
    <o:p></o:p>

    865<o:p></o:p>

    D'où cil qui juste ne repont
    Est jecté bas, teste premiere,
    Au plus royde de la riviere.
    Mais des que tu seras dedans,
    Permis de prendre tes eslans,
    <o:p></o:p>

    870<o:p></o:p>

    Soit que tourner vueilles à dextre,
    Soit que desires vers senestre
    Ton chemin prendre. Pour le coup,
    O heureux artiste, ose tout;
    A toi lors tout devient permis,
    <o:p></o:p>

    875<o:p></o:p>

    Pour ce qu'emprent n'has rien oSmis,
    Et t'es tordu souventes foies
    Pour appareiller les deux voies
    Que possible est de parfournir.
    Veois celle que te plaist tenir,
    <o:p></o:p>

    880<o:p></o:p>

    Veois l'arbre dont le fruict vermeil
    Esplandit comme le Soleil;
    Veois cest aultre à pomme argentine,
    Mieulx odorante qu'aube-espine:
    Eslis celle que tu voudras,
    <o:p></o:p>

    885<o:p></o:p>

    Et sois tres-seur que tu l'auras:
    Car des deux n'est qu'une practique
    Qu'est souveraine et authentique:
    Toutes deux se font par voye une,
    C'est à sçavoir Soleil et Lune
    <o:p></o:p>

    890<o:p></o:p>

    Unis au ventre maternel
    Qu'est mercure connaturel,
    Les alimentant de son laict
    Et les amenant à leur faict
    Par lents degrés, sans violence,
    <o:p></o:p>

    895<o:p></o:p>

    Tousjours selon leur appetence.
    Ainsi leur force interieure,
    De jour en jour et d'heure en heure,
    S'esveloppe...
    Ainsi leur practique rapporte
    <o:p></o:p>

    900<o:p></o:p>

    Du blanc et rouge en telle sorte,
    Laquelle est tant simple et aisee
    Qu'une femme filant fuzee
    En rien ne s'en destourbera
    Quant telle besogne fera,
    <o:p></o:p>

    905<o:p></o:p>

    Non plus qu'à mettre elle feroit
    Couver des oeufs, quant il fait froit,
    Sous une poulle sans lavé,
    Ce que jamais ne fut trouvé;
    Car on ne lave point les oeufs
    <o:p></o:p>

    910<o:p></o:p>

    Pour mettre couver, vieils ou neufs,
    Mais tout ainsi comme ilz sont faicts
    Sous la poulle on les met de faict,
    Et ne faict-on que les tourner
    Tous les jours, et les contourner
    <o:p></o:p>

    915<o:p></o:p>

    Sous la mere, sans plus de plait,
    Pour soudain avoir le poullet.
    Le tout je l'ay declaré ample,
    Pour à prouffit mectre l'exemple.
    Premierement, ne laveras
    <o:p></o:p>

    920<o:p></o:p>

    Ton Mercure, mais le prendras
    Et le mettras avec son pere,
    Qui est le feu, ce mot t'appere,
    Sus les cendres, qui est la paille.
    Cest enseignement je te baille,
    <o:p></o:p>

    925<o:p></o:p>

    En ung verre seul qu'est le nid,
    Sans confiture ny avis,
    En seul vaisseau, comme dit est,
    De l'habitacle, entens que c'est
    En un fournel faict par raison,
    <o:p></o:p>

    930<o:p></o:p>

    Lequel est nommé sa maison;
    Et de l'oeuf poullet sortira,
    Qui de son sang te guerira
    Premier de toute maladie;
    Et de sa chair, quoy que l'on die,
    <o:p></o:p>

    935<o:p></o:p>

    Te repaistra pour ta viande;
    De ses plumes, afin qu'entende,
    Il te vestira noblement,
    Te gardant de froit seurement:
    Dont prierai l'haut Createur
    <o:p></o:p>

    940<o:p></o:p>

    Qu'il doint la grace à tout bon coeur
    D'alchymistes qui sont sur terre
    Briefvement le poullet conquerre,
    Pour puis en estre alimenté,
    Noury et tres-bien substanté.
    <o:p></o:p>

    945<o:p></o:p>

    Comme ce peu qu'ici declaire
    Me vient du hault Dieu nostre pere,
    Qui pour sa benigne bonté
    Le m'a donné en charité,
    Donc vous fait ce present petit,
    <o:p></o:p>

    950<o:p></o:p>

    Afin que meilleur appetit
    Ayez, cherchans et suyvans train
    Qu'il vous monstre soir et matin:
    Lequel j'ay mis sous un Sommaire,
    Afin qu'entendiez mieulx l'affaire,
    <o:p></o:p>

    955<o:p></o:p>

    Selon des philosophes sages
    Les dicts, qu'entendez davantage.
    Je parle un peu ruralement:
    Par quoy je vous prie humblement
    De m'excuser, et en gré prendre,
    <o:p></o:p>

    960<o:p></o:p>

    Et à fort chercher tousjours tendre.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>




    FIN DU SOMMAIRE<o:p></o:p>



    <o:p></o:p>





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