• Enseignement de Namkhaï Norbou Rinpoché

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    Le Refuge et la Bodhicitta; le miroir; l'énergie et le Tantrisme; les voies des Soutra et des Tantra<o:p></o:p>

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    REFUGE<o:p></o:p>

    Ce matin, nous allons voir quel est le vrai sens de la Bodhicitta.<o:p></o:p>

    Lorsque nous commençons à nous intéresser à un Enseignement comme le Bouddhisme, les premières choses dont on nous parle sont le Refuge, l'engagement et le vœu de la Bodhicitta. D'une part, la Bodhicitta est une connaissance, d'autre part, c'est un engagement. Quand un pratiquant comprend ce qu'est la Bodhicitta, les principes du Refuge et de la Bodhicitta deviennent alors les mêmes. Quand on n'en comprend pas le sens, il faut alors analyser et cela donne lieu à une sorte de coutume.<o:p></o:p>

    En Occident, la plupart des gens ont vécu et grandi dans la culture chrétienne. Quand un enfant naît, on le baptise, car pour être considéré comme un chrétien, il doit avoir reçu le baptême. Il nous semble qu'il faille faire quelque chose pour changer nos habitudes. Aujourd'hui, ceux qui s'intéressent un peu au Bouddhisme, demandent toujours de prendre Refuge, ce qui devient alors un rituel, exactement comme le baptême. Cela, en fait s'appelle une coutume et n'est pas le principe du Refuge.<o:p></o:p>

    Lorsqu'on parle de Refuge, il s'agit de l'engagement de prendre Refuge dans le Bouddha, le Dharma et la Sangha : on prononce alors les paroles de prise de Refuge. En voila l'explication :<o:p></o:p>

    Tout d'abord, le refuge en Bouddha car il a enseigné la Voie. En premier, il a enseigné les Quatres Nobles Vérités. Il faut savoir que la condition de l'existence humaine est la transmigration et la souffrance. Puis, il a expliqué les causes de la souffrance et le moyen de la faire cesser. Le moyen de faire cesser la souffrance s'appelle la Voie. Bouddha l'a enseigné à celui qui ne comprend pas cela, c'est pourquoi on prend Refuge en lui.<o:p></o:p>

    Mais ce n'est pas suffisant, il faut suivre la Voie de son Enseignement: c'est prendre Refuge dans le Dharma. Bouddha a dit "Je te donne la Voie mais ta réalisation dépend de toi"; cela signifie que si l'on veut se réaliser, obtenir un résultat concret, on doit suivre un Enseignement, c'est pourquoi le Refuge dans le Dharma est très important. Puis il y a le Refuge dans la Sangha, c'est-à-dire la Communauté, dont la signification peut varier.<o:p></o:p>

    Dans les Soutras Bouddhistes, le Hinayana, on considère que la vraie Sangha est la communauté des Arhat. Au contraire, dans le Mahayana, la Sangha est formée par les Bodhisattvas, et dans le Tantrisme, ce sont les Daka et Dhakini.<o:p></o:p>

    Tous sont des compagnons de voyage, mais quelle est l'importance de leur contribution? Nous vivons tous au milieu des circonstances des causes secondaires; Quel que soit l'endroit où je vis, je dois trouver la possibilité de pratiquer cet Enseignement de Bouddha. Je dois, tout d'abord, avoir la possibilité de le comprendre et de le suivre. Non seulement j'ai reçu ou lu quelque chose relatif à cet Enseignement, mais je l'applique dans mon existence. Toutes ces possibilités qui nous donnent aide et assistance, montrent l'importance de la Sangha. On donne souvent l'exemple d'un groupe de personnes qui veulent traverser un fleuve en bateau. Tous les compagnons deviennent alors importants car, si au milieu du fleuve, l'un d'entre eux se comporte mal ou détruit le bateau, personne n'arrivera de l'autre côté.<o:p></o:p>

    Le principe du Refuge est de réaliser la connaissance de l'individu et le Refuge final est l'Etat de Bouddha. En prenant Refuge, je cherche à me réaliser; je ne recevrai pas cette Réalisation passivement mais en appliquant l'Enseignement que Bouddha a donné. Tout devient alors une communication de la connaissance du Bouddha. Le Refuge final est donc l'Etat du Dharmakaya du Bouddha. Cependant, ce n'est pas en faisant des prières à Bouddha que je m'illuminerai un jour. Bien sûr, il y a aussi des façons de prier dans le Bouddhisme parce que les prières servent à se préparer à recevoir la Sagesse. Quand le soleil apparaît dans le ciel, il n' a aucunement l'idée d'envoyer des rayons de lumière, ni de ne pas les envoyer à certains endroits. De même, tous les Êtres Illuminés répandent leur Sagesse infinie, mais ensuite, cela dépend de l'individu s'il reçoit cette Sagesse ou non. Comme nous disons toujours, s'il y a une grotte tournée vers le nord, la lumière du soleil ne l'éclairera jamais, mais ce n'est pas la faute du soleil, ni un manque de capacité de sa part, tout dépend de la grotte.<o:p></o:p>

    C'est ainsi que nous nous préparons à recevoir la Sagesse, à nous Illuminer, à l'aide de prières et de rituels. Pour recevoir la Sagesse, il faut avoir une capacité supérieure. Lorsque quelqu'un a des obstacles à la compréhension, il peut essayer de détruire ces négativités pour avoir la possibilité de s'éveiller. Donc, le but final du Refuge est d'entrer dans une certaine Connaissance et la Bodhicitta a le même principe.<o:p></o:p>

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    LA BODHICITTA, LE MIROIR<o:p></o:p>

    Quand nous parlons de cultiver la Bodhicitta, cela signifie semer quelque chose pour le faire croître. Mais peut-être que certains d'entre vous ne connaissent pas le sens de la Bodhicitta.<o:p></o:p>

    Relativement, elle commence par la compassion dont parle les Soutras Bouddhistes, c'est-à-dire la Bodhicitta de l'engagement et de l'application. Pour comprendre cela, on donne l'exemple d'une personne qui à l'intention de faire un voyage, puis qui l'accomplit. Si un maître explique que notre condition est la souffrance commune à tous les êtres, au travers de cette connaissance, il nous vient alors de la compassion pour les autres et on cherche le moyen de résoudre le problème. Par exemple, si on trouve sur notre chemin quelqu'un d'affamé, de malade, ou qui est tombé au milieu de la rue, la compassion surgit en nous parce que c'est un être humain comme nous. Il nous vient alors l'idée de l'aider, d'intervenir, de faire quelque chose, ce qui est une façon d'accomplir un acte de compassion.  S'il a faim, on lui donne un peu de nourriture, s'il est malade, on l'amène chez le médecin, s'il est faible, on l'aide à marcher. Mais tout cela est une aide, une intervention très provisoire. Si quelqu'un a une vraie connaissance de la compassion, ça ne s'arrête pas là. Ce qui est plus important, c'est de voir la cause. Je peux me demander pourquoi cet homme n'a rien à manger, je peux peut-être lui donner un peu d'argent ou de nourriture, mais cela ne résoudra pas ses problèmes pour toujours. Si cette personne ne sait pas gagner sa vie, je peux l'y aider, mais ça ne suffit pas.<o:p></o:p>

    On remonte ainsi jusqu'à la cause principale. Si l'on va plus profondément, on découvre que la cause n'est autre que ce qui provient de l'attachement et du dualisme. Pour surmonter cela, on doit se retrouver vraiment dans notre État. Mais ce n'est pas facile de le faire comprendre à celui à qui on l'explique; ni d'être prêt à l'aider. Il est donc très important d'acquérir la capacité d'aider. Au lieu de créer des problèmes supplémentaires aux autres, il faut d'abord se construire soi-même. Provisoirement, on peut intervenir pour le bien des autres mais, en même temps, il faut développer la capacité de les aider. La Bodhicitta, dont on parle beaucoup dans les Soutras, est basée sur cela. On parle de Bodhicitta relative et absolue.Celle à laquelle nous pensons beaucoup est la Bodhicitta relative. Nous disons que nous nous engageons pour le bien des autres, pour diriger notre intention<o:p></o:p>

    vers la compassion et c'est pour cette raison que l'on accomplit quelques bonnes actions, gouvernées alors par la compassion.<o:p></o:p>

    Mais le but final de la Bodhicitta est d'entrer vraiment dans la connaissance de notre propre État. Dans les Soutras Bouddhistes, surtout ceux du Mahayana, on dit que si cette fameuse vacuité, Shounyata, n'est pas gouvernée par la compassion, elle n'est pas si importante. Il existait un maître, un Mahasiddha indien, nommé Saraha, dont peut-être certains d'entre vous ont lu les chants, qui disait que cette fameuse Shounyata n'est rien sans la compassion. Ce qui signifie qu'il faut trouver un moyen d'unir les vérités absolue et relative. Parfois, nous faisons peut-être une confusion. Surtout lorsque l'on considère les Soutra où l'on parle beaucoup de Shounyata qui doit nous amener à la connaissance de l'illusion de toutes les choses relatives, comme si, en réalité, il n'existait rien. D'un autre côté, on parle de la Bodhicitta et on dit que Bodhicitta et Shounyata doivent aller ensemble. Mentalement, on les rassemble, bien que cela ne correspond à rien de concret.<o:p></o:p>

    Il ne faut pas faire cette confusion. Quand on parle de Shounyata, le Vide, il s'agit de notre propre condition : quand nous observons, recherchons, on ne trouve rien. Cependant, il y a toujours quelque chose de concret qui continue. Cette continuation, ce mouvement, tout ce qui se manifeste, est un aspect de la compassion. Le comprendre est la vraie compassion.<o:p></o:p>

    Il existe un mot tibétain souvent utilisé dans l'Enseignement Dzog-Chen qui est une clé pour comprendre ce que signifie vraiment la compassion : Thoug-Djé. Thoug est l'esprit, Djé, le Seigneur Suprême. L'esprit est le fondement de la condition relative, la Nature de l'esprit est l'Etat absolu. Mais il n'existe rien qui s'appelle Nature de l'esprit en dehors de l'esprit, de même que l'esprit est la Nature de l'esprit. <o:p></o:p>

    Prenons l'exemple du miroir. Le miroir a la capacité de refléter toutes les choses relatives. Si nous analysons la nature du miroir, on peut définir qu'elle est claire, pure et limpide. Lorsque des qualités là sont présentes, la capacité de refléter existe. Cependant, tout reflet n'est autre que cette nature car on ne peut dire que ce reflet se trouve en dehors du miroir ni qu'il est le miroir. Telle est la relation entre l'esprit et la Nature de l'esprit, la vérité absolue; ce ne sont pas deux objets qu'on peut analyser ou juger.<o:p></o:p>

    De même, Thoug, en tibétain, veut dire l'esprit, Djé est le Suprême, car au travers de lui se manifestent toutes les visions pures et impures. Toutes ces visions sont des aspects de l'énergie et cette compréhension est la vraie compassion. D'habitude le mot Thoug Djé est traduit par compassion dans les Soutras et les Tantras. Par contre, dans l'Enseignement Dzog-Chen, il est traduit par Énergie et nous savons ce qui signifient énergie et compassion. On doit bien comprendre cela si on veut appliquer la compassion pour aider le autres.<o:p></o:p>

    Il faut connaître la condition des autres êtres, êtres conscient de la souffrance et de la transmigration. Tout cela est une sorte de manifestation relative à l'esprit. Lorsqu'on est vraiment conscients de cela, comment est-il possible de ne pas avoir une grande compassion? c'est-à-dire une vraie compassion non construite mentalement. C'est pourquoi vous devez comprendre que lorsqu'on prend ce vœu de Bodhicitta, cet engagement, on construit quelque chose. Cette Bodhicitta ne fonctionne qu'au niveau relatif mais ne doit pas s'arrêter là, on doit se diriger vers la Bodhicitta absolue et ainsi cela devient plus simple pour nous amener à la connaissance. Dans les temps anciens, ce terme de Bodhicitta était toujours utilisé, dans l'Enseignement Dzog-Chen, pour désigner l'État de l'individu. Dans les textes anciens et originaux du Dzog-Chen, on utilise les termes Yé-Shi, c'est-à-dire la Base ou État primordial et Nying-Po, l'Essence; Djang choub kyi sem , est le terme tibétain pour le mot sanskrit Bodhicitta.<o:p></o:p>

    Ce terme a un sens précis : Djang veut dire : propre depuis l'origine, qui n'a jamais été sali. Nous avons l'impression qu'il faut nettoyer quelque chose mais c'est une chose propre depuis l'origine. Choub signifie : obtenir, posséder la connaissance et ses qualités, etc., c'est un verbe au passé qui indique que, depuis l'origine, on a obtenu cela et que tout est parfait. Sem signifie l'esprit, aussi bien dans son sens relatif que dans sa Nature, car on ne peut comprendre d'aucune autre façon qu'au travers des choses relatives. Donc, ces mots décrivent l'État de tout individu. Pour traduire cette longue périphrase, on utilise simplement le terme État Primordial. Et chaque individu possède cette qualification qui lui est propre. <o:p></o:p>

    Lorsqu'on utilise l'exemple du miroir qui a la capacité de refléter, cela même est considéré comme la Bodhicitta. Il y a correspondance entre les Enseignements du Dzog-Chen et des Soutra, car dans les Soutra, il est dit que l'on ne peut définir la Bodhicitta absolue tant que l'on est pas entré dans la connaissance de Shounyata. Vous voyez donc bien, en ce cas, que la Bodhicitta n'est pas seulement un vœu, ni un moyen pour transformer le mode de pensée, ce qui est l'aspect relatif de la Bodhicitta. Nous pouvons comprendre que Bodhicitta est très importante, non seulement au début, mais jusqu'à la fin.<o:p></o:p>

    Beaucoup de gens disent généralement : "Comment se fait-il que Norbou ne parle pas beaucoup de la Bodhicitta?" Ils disent que je ne parle pas de la compassion parce qu'ils voient d'autres maîtres tibétains commencer les Enseignements par le Refuge et la Bodhicitta. Dans le Mahayana Soutra, l'un des concepts les plus développés est la Bodhicitta, au sens relatif , c'est-à-dire la compassion. Il y a dans ces textes, beaucoup d'exemples et d'explications sur la façon dont les maîtres ont fait comprendre cela aux gens concrètement. Peut-être qu'en ce qui me concerne, je ne développe pas beaucoup cet aspect, car dans le Dzog-Chen, les caractéristiques des Enseignements étant différents, il faut aller au niveau de la pratique, de la connaissance. <o:p></o:p>

    C'est pourquoi on a pu dire qu'il manque un peu de compassion dans l'Enseignement de Norbou, mais ce n'est pas vrai, je suis très conscient de la nécessité de la compassion car je sais que la véritable compassion ne peut venir si on n'est pas entré dans la connaissance. Il ne suffit pas d'avoir de la compassion en paroles et de construire un compassion relative. Ce genre de construction peut tout aussi bien être fausse, de toute façon, elle est limitée.<o:p></o:p>

    Bouddha a dit : "En prenant l'exemple de soi-même, on ne dérange pas les autres", c'est simple à comprendre et cela concerne toutes les choses relatives. Bouddha a expliqué , dès le début, la souffrance, les causes de la souffrance et la façon de faire cesser cette souffrance. Tout cela est ma propre condition et celle des autres.<o:p></o:p>

    Quand je suis conscient de ma propre condition, je connais vraiment celle des autres. Telle est l'explication de la vraie Bodhicitta.<o:p></o:p>

    En général, dans notre vie quotidienne, notre attitude est liée au corps, à l'énergie et à l'esprit. Si l'on comprend bien la compassion et la Bodhicitta, on doit l'intégrer. Le plus important n'est pas de réciter les vœux de Bodhicitta ou de transformer l'esprit pour quelques minutes, mais plutôt de tenter d'en comprendre le sens et de se trouver dans cette condition tout le temps. <o:p></o:p>

    Il y a une parole très importante d'un des maîtres les plus célèbres du Dzog-Chen Sem-Dè, appellé Yong-Tön Dordjé Pal. Un autre érudit lui rendit visite et lui demanda : "Vous êtes bien un pratiquant du Dzog-Chen, n'est-ce pas?" Yong-Tön Dordjé Pal a répondu "oui". L'autre a alors demandé :"Vous les pratiquants du Dzog-Chen, vous méditez toujours, n'est-ce pas?" Et Yong-Tön Dordjé Pal lui a demandé à son tour : "Que suis-je en train de méditer?" L'autre a demandé encore "Alors, vous ne méditez pas?", et le maître a répondu par une question : "Quand suis-je jamais distrait?".<o:p></o:p>

    Tout est là, c'est une clé de l'Enseignement Dzog-Chen. Si quelqu'un connaît toutes sortes de pratiques, il peut en faire autant qu'il veut, mais en conclusion, il doit bien comprendre ce qui est enseigné et transmis, puis l'appliquer dans la vie quotidienne, c'est-à-dire être présent, ne pas être distrait. Lorsqu'on parle de Bodhicitta, c'est de cela qu'il s'agit.<o:p></o:p>

    Dans la tradition tibétaine, pour le Refuge et la Bodhicitta, nous utilisons des tas de mots et nous chantons, mais tout cela ne sert qu'à diriger l'esprit vers l'essentiel. Si je doit entrer dans la Bodhiccita absolue, il me faut partir de ma condition relative. A partir de cette Bodhiccita relative, je me dirige vers l'Etat de la Bodhicitta absolue. Aussi, si je prononce des mots, je dois les dire en y pensant et non comme un perroquet. Ceci est valable pour toutes les pratiques de la tradition Bouddhiste tibétaine : chants, rituels, liturgies, etc. Beaucoup de gens disent que ces Bouddhistes tibétains sont très ritualistes, en sachant très bien que l'illumination se réalise par la contemplation et non par les rites. ils trouvent cela un peu étrange, surtout en occident où des aspects du Bouddhisme Mahayana, le Zen, a été introduit en premier et dans lequel il y a beaucoup moins de rituels que dans le Bouddhisme tibétain. Lorsqu'on connaît le véritable principe des rituels, on voit qu'ils ont un sens très précis : on peut découvrir que ne pas pratiquer cela est un défaut. Mais si on ne comprend pas, cela peut paraître très étrange.<o:p></o:p>

    Prenons un exemple pour mieux comprendre. Lorsque nous pratiquons la méditation, nous devons partir de notre condition telle qu'elle est. Dans la vie quotidienne, nous sommes en pleine confusion : notre corps, notre énergie, notre esprit sont agités, nous ne sommes pas dans l'Etat de la Présence. En regardant à l'extérieur, nous acceptons ou nous refusons ce qui se manifeste au travers de la dualité. En même temps, nous créons de l'attachement et tout cela devient de plus en plus lourd, de plus en plus important.<o:p></o:p>

    Nous avons parlé de l'exemple du miroir qui a la capacité de refléter, ce qui correspond à la Nature de l'esprit ; mais nous ne nous trouvons pas dans cette connaissance, nous vivons dans la dualité, comme si le miroir était un objet pour nous. Nous regardons dans le miroir et y voyons apparaître quelques reflets. Nous ne savons pas que ces reflets sont des manifestations de l'énergie du miroir. Nous considérons ce qui se reflète comme beau ou laid et pensons que cela existe concrètement. Si nous avons ce concept concret et que quelque chose que nous trouvons beau apparaît, cela nous plaît; si c'est quelque chose que nous trouvons de laid, nous le refusons.<o:p></o:p>

    Ainsi naît une manière d'acceptation ou de refus. Et cela devient de plus en plus lourd, car nous ne nous trouvons pas dans la connaissance de la Nature du miroir.<o:p></o:p>

    Si nous nous trouvons vraiment dans cette Nature, le reflet est vu comme une qualification du miroir et non comme quelque chose créant le bien et le mal. Pour le miroir, cela ne change rien, c'est toujours une manifestation de sa capacité de refléter.<o:p></o:p>

    Donc, quand nous ne comprenons pas, nous sommes dérangés par ces reflets, ne sachant pas que ce sont des reflets.Toute notre vie, il en a été ainsi et nous sommes hyper agité. La première chose à faire est de se calmer, c'est pourquoi, dès le début de tous les Enseignements, on enseigne Shi-Nè, l'état de calme. Quand on l'a trouvé, il ne faut pas s'arrêter à cela. Il n'existe pas d'individu dont la nature soit seulement cet état de calme. Il existe toujours une onde, qui est son mouvement et qu'on appelle Djou-Wa dans la pratique, qui est comme une vague se déplaçant dans l'océan.<o:p></o:p>

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    L'énergie et le tantrisme<o:p></o:p>

    Lorsqu'on a obtenu cet état de calme, on doit commencer à travailler avec le mouvement. Dans divers Enseignements, cela s'appelle Lhaktong, en tibétain, il n'est pas important de connaître les termes tibétains, mais il faut savoir que cette onde, ce mouvement, existe par nature en nous. Celui qui a la capacité de travailler avec cela peut être amené à un développement de la Réalisation.<o:p></o:p>

    D'où vient ce mouvement et quelle est sa caractéristique? c'est l'énergie. Si on sait travailler avec cette énergie, on a plus de possibilité de Réalisation totale.<o:p></o:p>

    L'énergie est reliée à la respiration et aux sons. La voix signifie beaucoup de choses ca elle provient de la respiration. Elle symbolise le son. Quand quelqu'un parle, on entend des sons provenant de sa respiration. C'est pourquoi lorsqu'on parle des trois aspects de l'existence, on ne parle pas simplement de l'énergie, ou de la respiration, mais de la voix. Dans le Tantrisme, des moyens ont été enseignés pour utiliser cette énergie. Dans la pratique de la Transformation, on ne reste pas simplement silencieux en pensant dans son esprit, mais on intègre la dimension de ce qui se présente en chantant, en utilisant des sons, des mantras. Les mantras sont composés de lettres qui symbolisent directement l'énergie.<o:p></o:p>

    Par exemple, dans le Tantrisme, on enseigne de visualiser des lettres en différents points du corps. On peut se demander pourquoi des lettres plutôt que des petites boules; c'est que visualiser une lettre revient à intégrer la fonction de l'énergie à la forme. En visualisant des lettres colorées, on intègre l'énergie à la fonction d'éléments spécifiques. C'est ce qui est fait dans les rituels.<o:p></o:p>

    A cause de nos habitudes humaines, on donne beaucoup trop d'importance à la tradition, c'est-à-dire à la façon de chanter, etc. On ne nous enseigne pas pourquoi ces choses sont ainsi et pourquoi on doit les faire. Quand j'avais environ sept ans, j'étais dans un très grand monastère du Tibet oriental. Les moines m'ont enseigné des rituels à mémoriser. Après sept ans, on m'a enseigné à jouer des instruments : la cloche, le Damarou, etc.. et à faire les Moudra. Quand on est petit, on apprend très facilement : mais on ne m'a pas enseigné pourquoi on devait le faire et ce que cela signifiait. A cette époque, je n'étais pas comme un enfant de sept ans aujourd'hui, je ne savais même pas demander et, s'il m'en était devenu l'idée, peut-être ne m'auraient-ils pas répondu. Voilà comment certains enseignent, c'est même devenu une sorte de tradition. On a raison de penser que cela ressemble à un système sans signification et que ces Bouddhistes tibétains sont trop ritualistes. Cependant, tous ces rituels proviennent du Tantrisme, enseignant au niveau de l'énergie, de la voix de l'individu; depuis le<o:p></o:p>

    début, le Tantrisme provient de manifestations, c'est d'ailleurs pourquoi on l'appelle l'Enseignement de la Transformation. Vous pourrez remarquer que, dans les Tantras Supérieurs, l'Anuttara Tantra, il y a beaucoup plus de divinités féroces que pacifiques parce que liées à la passion de la colère, une des passions les plus mouvementées.<o:p></o:p>

    Si vous demandiez à un maître du Tantrisme quelle est la pratique portant le plus rapidement des fruits dans la voie de la transformation, il répondra certainement qu'il faut faire la pratique d'un Herouka féroce.<o:p></o:p>

    Vous trouverez peut-être étrange que la pratique d'une divinité joyeuse et pacifique soit un peu plus lente !<o:p></o:p>

    Lorsqu'on fait une transformation, celle-ci provient du fonctionnement de l'énergie et, pour une divinité féroce, cette énergie est plus mouvementée. D'autre part, ces divinités sont souvent représentées en union yab-youm, aspect de joie déjà sous-entendu. On comprends alors à quoi servent ces pratiques où il y a du mouvement.<o:p></o:p>

    Dans le Tantrisme, il existe donc toutes ces pratiques où interviennent les formes et les couleurs liées à l'énergie.<o:p></o:p>

    Il y a, à ce point de vue, quelque chose d'important que vous devez comprendre : il faut avoir une idée claire de la différence existant entre Soutra et Tantra. Leurs principes sont différents, on dit que ce sont respectivement les voies du renoncement et de la transformation. Supposons que nous ayons à nous confronter à une passion et, parmi ces passions, la plus grave est la colère car, de cette passion provient la vision karmique infernale. La colère est donc une chose grave. Dans les Soutra Bouddhistes, que dit-on à ce sujet? Pour les Bodhisattvas, on dit qu'il faut appliquer les six Prajnya dont l'une est la patience Zöpa. Pour pouvoir supporter, on doit beaucoup s'entraîner à la compassion. On apprend aussi quelles sont les conséquences de cette colère. Il y a beaucoup<o:p></o:p>

    d'explications sur cet entraînement à la patience, Zöpa. Si quelqu'un me frappe, par exemple, et que j'ai la capacité d'avoir la présence de la compassion, je ne peux alors avoir de la compassion pour cet être qui s'est mis en colère et a donc créé une mauvaise action. Si je réponds à cela, je vais à mon tour, créer une autre action négative. Il existe un Enseignement du maître Shantidéva qui donne des explications très longues et détaillées sur la patience, que ceux qui suivent cet Enseignement s'entraînent à pratiquer dans la vie. Tel est ce qu'on appelle le renoncement. C'est extrêmement difficile, aussi faut-il persévérer.<o:p></o:p>

    Un maître de mon collège, lorsque nous avions étudié ce texte de Shantidéva, donnait toujours un exemple de patience. Dans sa jeunesse il était au collège du monastère Dzog-Chen où il y avait un étudiant plus âgé que la moyenne des élèves. Il n'était pas très brillant mais il était très sincère et cherchait à faire de son mieux. Ce monastère était situé en haute altitude et il n'y avait pas de bonne terre pour construire le maisons. Dès qu'il pleuvait, il fallait monter sur le toit pour battre la terre sinon l'eau entrait à l'intérieur. Bien sûr à cette époque, il n'existait pas de ciment, peut-être même n'y en a-t-il pas encore ! Un jour, il y avait eu une pluie très forte, l'eau tombait à l'intérieur et mouillait tous les livres. Puis, la pluie s'est arrêtée un moment et tous les étudiants sont montés sur le toit pour battre la terre avec des bâtons terminés par de plaques de bois ou des pierres.<o:p></o:p>

    Parmi eux, il y avait ce vieux moine que le plus jeunes taquinaient sans cesse. A un certain moment, le vieux s'est mis en colère mais comme il s'était tellement entraîné dans sa pratique qu'il lui était venu à l'esprit qu'il ne devait pas se mettre en colère. Il a pris un bâton, s'est approché des jeunes étudiants et, avant de donner un coup, il a cité une phrase de Shantidéva : "Toutes les bonnes actions que j'ai accumulées pendant mille kalpas (c'est-à-dire pendant très longtemps) en faisant des dons aux autres ou des offrandes au Bouddha et aux Bodhisattvas,<o:p></o:p>

    toute cette accumulation de vertu, je la détruit en une seule grande colère". Il a récité cela puis il a frappé tous les jeunes. Voilà ce que m'a raconté mon maître qui se trouvait dans ce monastère à ce moment-là. C'est pour cela qu'il disait qu'être patient n'est pas facile à appliquer bien que cela soit facile à comprendre. Dans les Soutra, il existe des pratiques où l'on utilise des antidotes pour bloquer les actions mais il n'est pas facile de trouver le principe pour empêcher la naissance de la colère.<o:p></o:p>

    Une autre méthode comme le Tantrisme existe pour des personnes ayant plus de capacité : c'est ce qu'on appelle la transformation. Au moment de la colère, on ne la bloque pas, on ne falsifie rien, on reste dans la continuation de la colère. Cette colère nous charge et nous donne une certaine sensation d'énergie, on transforme cette énergie en en changeant la direction. Au lieu de se mettre en colère contre quelqu'un ou quelque chose, on se transforme aussitôt soi-même en la forme de la divinité dans laquelle on s'est entraîné à se transformer. Par exemple, si on s'est entraîné à la pratique de Vajrakilaya, on se transforme en cette forme horrible qui fait trembler le monde entier. Avec la présence de cette manifestation, on peut continuer à être en colère. Au début on s'est mis en colère à partir d'un concept dualiste parce que je suis "moi" et que lui est "lui", qu'il m'est antipathique, que ce qu'il m'a dit ne m'a pas plu, que j'ai riposté, etc.. Mais si j'entre dans la dimension de Vajrakilaya avec la personne à laquelle je m'oppose, je ne vis plus la dualité. Cela n'a plus aucun sens que je<o:p></o:p>

    me dispute avec cette personne devenue Vajrakilaya.<o:p></o:p>

    Mais il faut prendre garde, certains pensent que, lorsqu'ils sont en colère, ils peuvent se transformer en un Herouka et frapper leur adversaire ! ils se croient devenus les plus forts et avoir eu raison de leurs ennemis définitivement. C'est une façon dualiste de voir les choses, alors que la manifestation d'un Herouka n'est pas un concept dualiste. Dans la dimension d'un Herouka, on est présent dans l'Etat de la contemplation. Donc, si on est présent dans cet État, la contemplation se développe avec les passions car elle est à chaque fois présente dans leurs manifestations. Dans le Tantrisme, on dit que les passions sont comme du bois pour faire du feu : plus il y a de bois, plus le feu est grand  si, bien sûr, on se trouve dans cet État de la Présence. Telle est la voie de la Transformation.<o:p></o:p>

    Il y a beaucoup de confusion, à l'heure actuelle, pour la compréhension du Bouddhisme Tantrique parce que certains maîtres ne donnent pas beaucoup d'explications. Non pas qu'ils cherchent à cacher quelque chose mais ils n'ont pas l'idée que les gens puissent faire ce genre de confusion.<o:p></o:p>

    Ils commencent à enseigner le Refuge, la Bodhicitta et des pratiques de purification, en reliant ces moyens au Tantrisme. Il semble alors qu'il y ait, dans le tantrisme, des choses auxquelles il faille renoncer ou accepter. Mais ce n'est pas vraiment le principe du Tantrisme.Bien sûr, on peut faire toutes sortes de pratiques, cependant il est très important s'en comprendre le sens exact et de savoir ce que signifie la transformation, le renoncement et l'auto-libération.<o:p></o:p>

    Aune certaine époque, lorsque Padmasambhava y avait été invité par le roi, tous ces textes des Soutra, puis des Tantras avaient été introduits au Tibet. Dans le Tantrisme, on distingue les Tantras inférieurs et supérieurs que, dans l'école Nyingmapa, la plus ancienne, on nomme Tantra externes et internes. Tous ces tantras sont principalement basés sur la purification; ceux qu'on appelle Kriya Tantra, Upaya Tantra et Yoga Tantra, sont devenus, en quelque sorte, les Tantras officiels du Tibet, à cette époque. Lorsque le monastère de Samyè a été fondé, le temple a été construit avec la liturgie de Yoga Tantra.<o:p></o:p>

    Dans le Yoga Tantra, que veut dire un Mandala? c'est la dimension de la vision pure, un paradis pourrait-on dire, c'est-à-dire la façon dont s'est manifestée la dimension d'un Être illuminé ou d'une divinité. Au contraire, dans les Tantras internes ou supérieurs, un Mandala veut dire une description du moment même de la transmission, qui est devenu un exemple, un moyen pour entrer dans la voie de la transformation. Donc, dans ces Trantra supérieurs, il n'y a aucun concept d'une divinité qui existerait en dehors de soi. Il n'existe pas de divinité, avec son Mandala, qu'on construit à l'extérieur, à laquelle on fait des offrandes et devant laquelle on se prosterne. Tour cela fait partie du système du Yoga Tantra dans lequel la pratique et l'attitude du pratiquant sont régies par le concept de la présence externe de la divinité. Dans les Tantra inférieurs, tous les détails de la manifestation de la dimension de cette divinité a donc une importance considérable. Au contraire, dans les Tantra supérieurs, appelés Anuttara Tantra, les formes de la divinité et du Mandala existent seulement pour en avoir une idée et ne sont utilisées que pour introduire le disciple à une connaissance.<o:p></o:p>

    Mais, dans le Tantrisme tibétain actuel, il y a un mélange entre le Yoga Tantra et l'Anuttara Tantra. Les maîtres le savent mais pas les gens et cela crée un obstacle à la connaissance de la transformation. Pourquoi y a-t-il eu ce mélange? Pour une raison très précise. Dans les Tantra inférieurs, l'attitude du pratiquant est un peu semblable à celle préconisée dans les Soutras. Quand on fait une offrande, on doit offrir de belles choses, douces et propres. Si quelqu'un y ajoute un peu de viande ou de vin, il fait le contraire. On dit que ces Yoga Tantra, et surtout Kriya Tantra, sont nés surtout pour des gens comme les Brahmanes. Au contraire dans l'Anuttara Tantra, il y a de nombreux moyens pour transformer qui nous permettent de surmonter nos concepts limités. Vous avez peut-être vu que certains instruments, au lieu d'être très beaux, avec des joyaux, etc.. sont en os humain. Dans la Gana Poudja, par exemple, on peut utiliser de la viande et du vin. Cela peut paraître contradictoire, mais pour celui qui connaît le principe de la transformation, cela prend, au contraire, un sens très précis. Cependant, ce n'est pas très facile à comprendre pour tous. C'est ainsi que lorsque ces Tantras supérieurs on été introduits au Tibet, la règle était que l'Anuttara Tantra ne devait pas être diffusée publiquement. Padmasambhava a transmis ce type d'Enseignement seulement à quelques personnes importantes comme le roi, la reine et des maîtres. Le temps a passé et, peu à peu, les maîtres ont diffusé l'Anuttara Tantra sous la forme du Yoga Tantra.<o:p></o:p>

    C'est très bien et on peut toujours faire ainsi. Cependant, si quelqu'un n'est pas au fait de cela, il ne découvrira jamais ce qu'est la voie de la transformation. Il semble alors que la transformation est semblable au renoncement. Il est donc très important de ne pas faire cette confusion.<o:p></o:p>

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