• Opératif / spéculatif

    Objet

    Si les origines de la maçonnerie se veulent opératives, c’est à dire en rapport avec les métiers de la construction, la maçonnerie actuelle est dite spéculative, les valeurs opératives ont été ré assimilées pour pouvoir s’appliquer à tous types de métiers qu’ils soient manuels ou intellectuels. Il y a dans nos rituels et traditions des restes, des traces des anciennes valeurs des maçons opératifs.

    Dans la franc-maçonnerie opérative le rayonnement du travail du maçon dans le monde profane était évident et visible car il dominait la ville de sa majesté : la cathédrale.

    Nous allons essayer de montrer que le maçon spéculatif est aussi capable d’avoir un certain rayonnement dans le monde profane et que ce rayonnement peut prendre appuie sur le travail réalisé en loge qu’il n’y a pas de rupture entre le monde maçonnique et le monde profane et que la véritable pratique de la maçonnerie n’est pas en loge mais à l’extérieure de la loge.

    Le travail dans la formation du maître Maçon

    Le travail est le point central de l’enseignement maçonnique en loge, cet attachement des maçons au travail apparaît dans le rituel du premier degré à plusieurs endroits :

    « Travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral »

    « Ils considèrent le travail comme le devoir primordial de l’être humain et l’honorent sous toutes les formes »

    Ce travail doit être mené avec méthode : « La règle à 24 divisions symbolise la journée du maçon, dont toutes les heures doivent être utilement employées ; la laie permet de réduire les aspérités de la pierre brute, symbolise la volonté de perfectionnement qui doit nous animer ; enfin, le ciseau activé par le maillet, qui vient parfaire l’œuvre, en rendant la pierre tout à fait conforme à son emploi, symbolise la méthode maçonnique »

    Il s’agit donc initialement d’un travail sur soi-même, mais ce travail a une utilité et une finalité. Le rituel donne une définition de la franc-maçonnerie : « c’est une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité ».

    On retrouve dans les deux cas les termes « perfectionnement intellectuel et moral ».

    Une démarche intellectuelle

    La démarche intellectuelle en loge se caractérise par

    • La pratique de l’introspection (le silence de l’apprenti, la réception de la convocation qui permet de se préparer à entendre l’intervention en loge, le fait que l’on ne puisse pas reprendre la parole lors du rituel de table, ni après l’orateur).
    • Le rituel qui permet de se mettre dans un état de réception pour commencer mais aussi pour finir le travail en loge.
    • Les symboles de la loge qui sont autant de sollicitations pour l’imagination, l’intuition, la réflexion.
    • Les travaux réalisés en loge, travail pour les changements de grade, travail des conférenciers…

    Le travail en loge n’est dans ce cas que l’aboutissement du travail réalisé hors de la loge pour le préparer. Sans un effort personnel en amont, la fréquentation de la loge ne présente que peu d’intérêt.

    Une démarche morale

    Ce travail doit se faire dans un esprit d’ouverture, le rituel indique « Que la Concorde, la fraternité et la charité guident nos pas et nos œuvres »

    Comme dans toute démarche de nature spirituelle, il ne faut pas porter de jugement sur les autres mais uniquement, être suffisamment ouvert pour recevoir et assimilé. C’est dans cet état d’esprit qu’il est possible de construire cette entité harmonieuse que l’on appelle la loge. Cela ne veut pas dire que l’on n’a pas sa propre personnalité, son propre intérêt, sa propre recherche qui, de fait, ne peuvent pas être partagés… mais on va trouver dans l’écoute des autres, dans leurs expériences… de nouveaux axes de recherches, d’études, de découvertes qui vont nous faire progresser. Tant que l’apport est positif chacun des frères a un véritable intérêt à participer aux tenues.

    La fréquentation devient donc une source d’enrichissements constants et progressifs

    • Sur le plan humain car il est permis de rencontrer des hommes d’exception toujours dans des domaines différents ;
    • Sur le plan initiatique où la maçonnerie permet de faire le lien entre les différents courants d’éducation, de spiritualité, de pratique, de croyance… en fonction des origines, des passés, des attirances, des recherches… des participants afin de découvrir que la gloire du bel ouvrage est largement partagé ;
    • Sur le plan spirituel où notre symbolisme du travail permet de prendre conscience qu’il n’y a pas de séparation entre le matériel et le spirituel, entre le spéculatif et l’opératif et que notre véritable épanouissement est certainement dans le bien faire quotidien.

    Une démarche temporelle

    Prendre son temps en maçonnerie essentiel pour les raisons suivantes :

    • La maçonnerie est une voie de connaissance par opposition aux voies mystiques et il faut du temps pour apprendre ;
    • La maçonnerie fait partie de la quatrième priorité quant à la conduite de sa vie.
      • La première concerne sa santé, sans elle rien n’est possible ;
      • Le second concerne son travail, dans une démarche non monastique, il est l’élément indispensable à la vie sociale ;
      • La troisième est en liaison avec sa famille et le respect de ses responsabilités et engagements envers ses ascendants, descendants et son conjoint ;
      • Enfin, il y a le reste et la maçonnerie fait partie du reste, aussi il faut la traiter comme telle et ne pas s’engager plus avant si les priorités précédentes ne sont pas couvertes ;
    • La maçonnerie est un lieu d’expérimentation exceptionnelle où nous avons l’opportunité de tester de multiples facettes de nos capacités. Lors de l’installation du collège des officiers de la loge, chacun deux reçoit une véritable lettre de mission.

    Une expérimentation sociétale

    Le vénérable maître est le patron de la loge, il est aidé dans la direction opérationnelle des travaux par les deux surveillants qui se partagent la formation des apprentis et des compagnons. Le secrétaire est la mémoire de la loge alors que l’orateur est le garant du respect des règles. Le trésorier nous rappelle l’importance des éléments financiers alors que l’hospitalier veille à réconforter les frères qui sont dans le besoin. L’expert est garant de la qualité des travaux et du respect du rituel alors que le maître des cérémonies veille à l’harmonie des déplacements en loge. Le couvreur s’occupe de la sécurité physique des travaux, le responsable de la colonne d’harmonie donne une dimension artistique aux cérémonies enfin le maître des banquets participe au réconfort des ouvriers à la suite des travaux.

    Toutes ces fonctions se retrouvent dans la direction d’une entreprise du monde profane. Les pratiquer en maçonnerie permet au préalable d’en mesurer les composants, les difficultés, les avantages en fonction de sa propre personnalité et de ses propres dispositions naturelles. La franc-maçonnerie est, en ce sens, un lieu unique de formation et d’expérimentation des relations sociales et professionnelles.

     Une expérimentation sociale

    L’expérience maçonnique peut et doit aussi être négative.Nous aurons dans notre vie maçonnique à rencontrer de mauvais frères, faux frères, des vénérables maîtres ou des surveillants tyranniques, dilettantes, incapables… Nous aurons des frustrations quant à nos augmentations de salaires, nos nominations à tel ou tel poste… Tout cela constitue des expériences négatives si nous ne les acceptons pas et des expériences positives si nous les acceptons.Quelle est la valeur de notre petit moi par rapport à la vie de la loge, de la société, de l’univers ? Ces désagréments doivent nous permettre de dépasser nos propres restrictions et limites et nous permettre d’évoluer dans un contexte plus large dont nous n’avons pas la maîtrise.

    Un bon enseignement pour la conduite de notre vie

    L’esprit de découverte

    Le symbolisme oblige à sortir de ses cadres de référence, comme une nouvelle naissance.C’est à dire reprendre l’esprit de découverte de l’enfance pour voir le monde différemment et non pas au travers des archétypes que l’éducation, la culture et la société nous ont inculqués.Retrouver l’esprit de découverte, c’est prendre conscience que nous sommes capables de penser, d’appréhender, de juger par nous-même sans faire référence aux autres. Cela veut dire que nous sommes devenus autonomes donc adultes. Sans cette liberté d’agir, nous vivrions encore dans des huttes et nous ne parlerions pas de Franc-maçonnerie en ce moment. Cette liberté de créer est comme la trace de l’impulsion initiale donnée au vivant, une sorte de trace du big bang du vivant tel que le décrit Aristote.Cette liberté, utiliser avec un sens moral dans le monde profane, fait effectivement progresser l’humanité.

    Elle s’inscrit dans la tradition pour faire évoluer la tradition. Une tradition qui n’évolue pas entraîne la mort des entités qui s’y rattachent.

    L’esprit de concentration

    Le rituel d’ouverture des travaux permet de passer du monde profane au monde maçonnique. C’est un élément de rupture qui apaise la production de pensée et favorise la concentration. La participation aux cérémonies initiation, augmentation de salaire, élévation… l’écoute des travaux du jour avec le droit de ne faire qu’une intervention, les déambulations en loge avec leurs formalismes… sont autant d’exercice de concentration qui incitent à « être présent dans le présent ».

    Faire bien ce que nous faisons, complètement et sans restriction constitue, à mon sens, une démarche spirituelle qui n’est liée ni aux dogmes, ni aux croyances, mais uniquement à l’expérience.

    C’est la grande expérience de la franc-maçonnerie.

    Le travail d’un maçon ne s’arrête jamais.

    Le rituel de fermeture comporte cette phrase étrange qui donne une vraie dimension au travail maçonnique. « Le travail d’un maçon ne s’arrête jamais Vénérable Maître, ce qui est cherché en loge se continue dans le monde et le devoir d’un maçon est de répandre à l’entour la lumière qu’il a entrevue dans les opérations de la loge de saint Jean »

    Elle comporte deux aspects : « ce qui est cherché en loge se continue dans le monde » c’est à dire que la recherche maçonnique et la recherche profane sont de même nature, la curiosité développée en loge, le désir de perfectionnement intellectuel et moral ne se partage pas, ils font un tout. Un bon maçon est avant tout un bon professionnel parfaitement intégré dans la société civile à laquelle il met à disposition les capacités qu’il a pu développer et expérimenter en loge.

    La deuxième partie de la phrase « le devoir d’un maçon est de répandre à l’entour la lumière qu’il a entrevue dans les opérations de la loge de saint Jean » montre que les valeurs développées à l’intérieur de la loge doivent être portées à l’extérieur. Parmi ces valeurs, celle qui nous semble la plus essentielle concerne notre capacité à « être présent dans le présent ». C’est à dire, à un instant donné, être totalement en sans limitation dans l’acte de l’instant. De cette fusion du moi et de l’action découle l’excellence qui a permis la construction des cathédrales et qui liée à notre créativité retrouvée, nous permet de tenir notre rôle de contributeur opératif dans la société civile.

     

     

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    C’est un lieu unique où nous pouvons rencontrer, connaître, apprécier, aimer… des femmes et des hommes que nous n’aurions jamais pu côtoyer ailleurs.

    C’est un lieu unique où les idées peuvent s’échanger avec méthode, respect et harmonie.

    C’est un lieu unique où différence rime avec complémentarité, où opposition rime avec enrichissement…

    C’est un lieu unique où l’on n’a rien à prouver mais tout à recevoir, où l’on peut expérimenter sans risquer.

    C’est un lieu unique d’apprentissage de soi, des autres, de la vie, de la mort… si on n’y recherche rien on n’y trouvera tout.

    Symbole, découverte et connaissance

    L’objet de ce travail peut se résumer par : Quelle est la démarche cognitive qui nous permet d’approcher le sens caché des symboles ? Ce travail est éminemment subjectif puis que l’observateur et en même temps l’observé. Le travail d’observation est donc faussé. Pour illustrer cette recherche nous allons prendre un exemple de symbole : Le pavé mosaïque.

     

     

    La maturation

     

    Avant de se lancer dans la volonté de découverte, il faut prendre le temps d’observer, de se laisser imprégner par le symbole, de le sentir, de le toucher, de l’entendre… C’est pourquoi, si nous souhaitons que ce travail soit notre propre travail et non pas une compilation de la pensée d’autrui, une année est souvent nécessaire pour un exposé de 20 minutes.

    La problématique n’est pas de briller, mais d’avoir une véritable et profonde réflexion qui nous permet d’approcher un peu plus de la lumière. Aussi, il est nécessaire d’organiser sa recherche en fonction de ses propres rythmes biologiques. Certains sont plus disponibles le matin, d’autres de soir, en fonction de votre cycle propre, vous devez vous réserver un temps pour vous mettre le symbole à l’esprit et laisser votre esprit méditer librement. Durant cette phase, il ne faut pas avoir peur d’oublier des idées, si elles ont une quelconque valeur, elles reviendront naturellement quand vous en aurez besoin.

    Sachez vous détacher, apprenez à ne pas vouloir.

    La recherche sur un symbole est avant tout une méditation sur ce symbole. Cette méditation part du symbole se déroule au gré de votre activité cognitive. Dans une première phase laissez la pensée filée sans vouloir la retenir, l’analyser, la formaliser. Progressivement elle se structurera et vous pourrez entrer dans la phase active du travail de recherche. Utilisez durant la phase de maturation les moments propices que sont les moments qui précèdent et qui suivent, le sommeil. Durant ces moments vous pouvez orienter votre esprit en direction du symbole puis vous le laissez travailler. En cela vous utilisez des techniques de méditation largement éprouvées dans le Bouddhisme.

     

     

    Lire ou ne pas lire

     

    Spontanément, le conseil serait de ne pas lire ce qui traite du symbole car la pensée des autres diminue notre capacité d’investigation. Ayant une bibliothèque de plusieurs milliers de livres, le conseilleur peut apparaître de mauvaise foi. En réalité, la lecture qui apporte l’expérience et la pensée des autres, n’est intéressante que dans ce qu’elle laisse après avoir oublié le livre, son titre, son auteur et son contenu. Le résiduel est sa pensée faite votre.

    Si vous lisez, lisez en début de période de recherche pour découvrir des axes d’investigation, plus que des certitudes. Ensuite, laisser faire votre esprit sans essayer de coller à la pensée des autres aussi célèbres soient-ils.

    Le risque de la lecture est un risque d’enfermement, ce que nous recherchons, c’est d’abord notre propre liberté pour notre propre évolution.

     

     

    Observer

     

    Observer l’environnement du symbole est la première action.

    Nos 9 observations immédiates sur le pavé mosaïque sont les suivantes :

    Le Vénérable Maître en fait trois fois le tour, dans le premier il encense l’extérieur du pavé, dans le deuxième il encense l’intérieur, enfin dans le troisième il l’entoure.

    Personne ne le traverse

    C’est un carré long composé de carrés noirs et blancs

    Le quadrillage est de 12 sur 6 soit 72 carrés 36 blancs et 36 noirs

    Il est encadré de 3 chandeliers

    Il supporte le tableau de loge

    Il se contient lui même au travers le tableau de loge

    Il est dans l’axe de la loge

    Les commentaires sur sa signification dans le rituel sont inexistants

     

     

    La règle du 3, 5, 7, 9

     

    L’interprétation d’un symbole est à étage, combien peut-on trouver de signification à un symbole ?

    Certainement 3 car c’est le chiffre des apprentis. A 5 on atteint le niveau de la plénitude. A 7 celui de l’action, c’est aussi la limite de ce qu’est capable d’assimiler l’esprit humain en terme de complexité. A 9, on doit être au bord de la connaissance qui nous fera basculer vers 10, c’est à dire au retour vers l’unité, au UN.

    Dans notre recherche nous devons nous fixer une limite dans l’interprétation et nous y tenir. Si un compas ne doit pas être ouvert à plus de 90 degrés, l’objectif 7 semble être un objectif ultime pour un laïc. Le chiffre étant choisi toute la réflexion d’organise autour de lui.

     

     

    Utilisation des observations

     

    Nous partons du point 1 : Le Vénérable Maître en fait trois fois le tour

     

     

     

    Analogie

     

    La démarche du Vénérable Maître au tour du pavé mosaïque est identique à la démarche du prêtre au tour d’un cercueil. L’encens a un rôle purificateur, il éloigne les esprits maléfiques, apaise les tensions, montre la verticalité. La loge est plongée dans la pénombre. L’ambiance est au recueillement. Nous sommes dans une cérémonie funèbre. Contrairement aux cérémonies profanes qui arrivent en fin de cycle, la cérémonie maçonnique est en début de cycle, elle ouvre la tenue. Elle correspond donc au passage du monde profane au monde sacré. En cela elle est la répétition de l’épreuve de la terre.

    Un axe de recherche serait : Où trouver une information sur les rituels d’enterrements ?

    Le Vénérable Maître chasse d’abord les forces néfastes vers l’extérieur (son premier voyage). Il les fait ensuite sortir du centre, cela n’est possible que grâce au premier voyage qui a fait le vide extérieur. Il ferme enfin l’espace sacré et nous ne sommes plus dans le monde profane. Cette première analyse nous donne déjà un élément à prendre en compte pour notre propre démarche, le vide intérieur n’est possible que s’il est précédé d’un vide extérieur. Des axes d’investigations futurs pourraient être : recherche spirituelle et ascétisme, recherche spirituelle et vie mondaine… mais aussi la mise en oeuvre de traitements alternatifs pour se préparer à la mort.

     

     

    Cette interprétation est aussi à rapprocher du point 2, « personne ne le travers par ce qu’il est sacré ».

     

    Le point 2 semble une conséquence du caractère sacré, aussi en tant que conséquence il ne pourra être exploité que plus tard dans le cheminement à des fins de confirmation.

     

     

    Exploitation du point 3 : « il est composé de carrés noirs et blancs »

     

     

     

    Analogie culturelle

     

    L’alternance de noir et de blanc n’est pas sans rappeler le symbole du Yin et du Yang des taoïstes. Rapprochement ne veut pas dire filiation : des symboles identiques peuvent utilisés avec une même signification par des traditions distantes sans qu’il y ait nécessairement des filiations ou des contacts entre ces traditions. L’analogie culturelle permet d’accélérer l’interprétation. Du Yin et du Yang, on retiendra le masculin et le féminin, la complémentarité, le mouvement, l’absence de vérité… La différence entre le symbole du Yin et du Yang et le pavé mosaïque repose dans la forme. L’un est souple et s’enroule et se déroule sur lui même, l’autre est rectiligne. L’un est un cercle, l’autre est un carré. Le cercle apporte une idée de mouvement, le carré une idée statique.

     

    Le coté statique de pavé peut avoir plusieurs interprétations :

    La première traite du dualisme. Si on considère qu’une des dimensions du pavé est dualiste et que le blanc représente le bien par opposition au noir qui représente le mal. Alors pour le traverser, il faut le faire soit en l’enjambant, soit en sautant de carrés blancs à carrés blancs.

    La deuxième traite de la voie du juste milieu. Elle montre la difficulté qu’il y a à cheminer sur la ligne de partage entre les blancs et les noirs, la traversée, dans ce cas, relève d’un tour d’équilibriste.

     

    Ces deux interprétations ne nous semblent pas satisfaisantes car elles présentent le pavé mosaïque comme statique alors que rien n’est statique dans l’univers. La question est alors, comment le mettre en mouvement ?

     

     

    Les points 3 « le pavé mosaïque est un carré long » et le point 5 « il est encadré de trois chandeliers » sont à rapprocher.

     

     

     

    Expérience vécue

     

    L’enchaînement triangle, carré, triangle entraîne la spirale. C’est une forme de déplacement qui s’appelle Taïsabaki dans les arts martiaux japonais. Cette succession illustre l’aspect dynamique du symbole. Le triangle a une potentialité dynamique dans une attitude statique, alors que le carré à une potentialité statique dans une attitude dynamique. Si nous mettons en rotation le pavé mosaïque, le blanc et le noir ce mélange pour exprimer la réalité grise du monde. Cette réalité est l’union des contraires, nous rejoignons de nouveau le symbole du Yin et du Yang où le blanc est taché avec un point noir et ou le noir est tâché avec un point blanc.

    Cette interprétation peut poser des difficultés existentielles à certains car elle montre que la lumière maçonnique a toujours sa part équivalente d’ombre, c’est aussi pour cette raison que les maçons travaillent de midi à minuit, de la moitié du jour à la moitié de la nuit. C’est aussi pour cette raison que Lao tseu remarque « plus la face est grande, plus le dos est grand ». Si on veut de grands avantages, on aura de grands désavantages, la difficulté est de voir en même temps les avantages et les désavantages, ce type de réflexion s’appelle de la stratégie. L’application militaire de la stratégie « l’art de la guerre » de Sun Tzu peut faire l’objet d’une relecture totalement différente au vue de cette interprétation du symbole.

    Les avantages et les inconvénients se compensent, aussi, pour diminuer les désillusions, il faut réduire les oscillations et se rapprocher du point d’équilibre. Nous gardons en réserve le concept de point d’équilibre qui nous servira plus tard.

     

     

    Tirer sur la ficelle

     

    Du point 1 « le Vénérable Maître en fait trois fois le tour » et du point 8 « il est dans l’axe de la loge », nous pouvons extraire le symbole de la croix.

     

    La croix est horizontale externe lors du premier voyage du vénérable maître, elle horizontale et interne lors du second voyage. Cela montre la relation qui existe entre le monde externe et le monde interne, entre le sacré et le profane. C’est une autre manière d’exprimer que le travail d’un mâcon ne s’arrête jamais et que ce qui est entrevue en loge doit être répandu dans le monde.

    Notre symbole se trouve donc à l’intersection de l’axe orient / occident et nord / sud. Dans ce cas où est la verticale ?

     

     

    Exploitons le point 7 « il se contient lui même »

     

     

     

    Utilisation des souvenirs

     

    Souvenir d’enfance de cette boite de camenber où un personnage montre le produit qui a dessus une étiquette du personnage qui montre le produit… et qui nous amène à l’infiniment petit. Sur le tableau de loge, il y a un pavé mosaïque qui lui même supporte un tableau de loge… Cette dimension est la verticale descendante qui concentre la pensée vers l’infiniment petit. En levant la tête, nous découvrons l’infiniment grand dans la voute étoilée. Trismegis nous enseigne : « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas, le macrocosme ressemble au microcosme ».

    Nous sommes donc en présence de la croix à six branches qui représente le symbole du monde.

    Le pavé mosaïque est à lui seul l’univers entier. Cela illustre un des grands paradoxes des mathématiques, l’infini à la puissance infini est égal à lui même.

    Re-lecture possible : René Guenon, Réflexion sur le symbolisme. Si Guenon voit dans la croix à six branches la représentation du monde et l’alliance entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Nous pensons pour notre part qu’il faut aller plus loin dans cette interprétation. Le pavé mosaïque est le point de convergence et le point d’expansion de la force. Intuition confirmer aussi par la double croix : la croix externe lors du premier voyage et la croix interne lors du second voyage. Pour construire, il faut un point d’appui, si ce point est fort la construction est solide, si la construction est solide, elle peut être belle… Passe Boaz !

     

     

    Les nombres

     

    Le pavé est de 12 sur 6. Ces dimensions ne donnent qu’un seul chiffre 12+6 = 18 et 8+1 =9 ; 12*6 = 72 et 7+2 = 9, il est composé de 36 blancs soit 3+6 = 9 et de 36 noirs qui donne aussi 9; 9+9 = 18 = 9 Lorsque l’on donne une valeur numérique aux lignes et aux colonnes, la somme des abscisses et des ordonnées permet de calculer une valeur numérique à chaque carré, la somme des valeurs est alors 720. Si on recommence la même opération avec le produit on obtient 1638. Ces deux nombres ont encore pour valeur 9. Le chiffre du pavé est obligatoirement 9, il nous faut donc découvrir le complément à 10 pour arriver à la connaissance.

     

     

    Intuition

     

    Bien que statique le pavé mosaïque est en mouvement. Le Vénérable Maître a défini un espace sacré, cet espace est vide et personne le travers. Les taoïstes voient dans le vide la véritable nature des choses. Une maison n’a d’intérêt que par le vide qu’elle crée, un bol n’a d’intérêt que par le vide qu’il contient… Qu’elle est l’utilité du vide du pavé mosaïque ? Nous mettons cette question en réserve.

     

     

    Revenons aux observations 3 « le carré long » et 5 « les trois chandeliers ».

     

     

    Cette disposition n’est pas satisfaisante le carré n’est pas fermé, il lui manque un chandelier. Nous avons vu l’utilité de cette disposition pour le mouvement (triangle, carré, triangle), mais malgré tout, l’absence du quatrième chandelier doit entraîner une investigation. Les chandeliers représentent sagesse, force et beauté. Il est dit : que la sagesse préside à la construction de notre édifice, que la force le soutienne, que la beauté l’orne. Il manque la quatrième dimension qui est celle de l’acteur. Celui qui fait. Celui qui fait ne peut être autre que nous, notre action n’est pas limitée à un point précis, elle couvre l’intégralité du monde pour peut qu’elle soit encadrée par la sagesse, la force et la beauté.

     

     

    Passer du concept à l’action

     

    Notre maçonnerie n’a aucune signification si elle n’est pas intégrée à une manière de vivre. Aussi, dans le monde profane les termes sagesse, force et beauté doivent prendre toutes leurs significations, sinon nous perdons notre temps sur les colonnes.

    La sagesse, c’est la réflexion avant l’action, c’est la mesure des avantages et des inconvénients de l’action et c’est la prise de décision en connaissance de cause.

    La force, c’est la détermination dans l’action, l’absence d’hésitation, la capacité d’assumer sa décision jusqu’à son terme, le respect de la parole et de l’engagement.

    La beauté, c’est l’esthétique de l’action, c’est la fierté du travail bien fait, c’est l’utilité de l’action dans son environnement.

     

     

    Synthèse

     

    Nous avons découvert :

    Que le pavé mosaïque était un espace sacré et qu’il avait une valeur de sanctuaire

    Qu’il était porteur de la dualité

    Que nous pouvions le transformer en spirale et supprimer par le mouvement son caractère dual

    Qu’il pouvait, par la croix à six branches, être assimilé au centre

    Qu’il était en même temps une représentation du macrocosme et du microcosme

    Qu’il nous appelait, par le chandelier absent, à participer à l’oeuvre

    Que son chiffre était 9

     

    Il ne nous reste donc plus que de faire la synthèse de notre recherche. Cette synthèse pourrait être formulée de la manière suivante :

    Le centre est invariant. Il est le siège de l’immobilité et la source du mouvement. Qui trouve le centre participe à la réalisation en fusionnant avec l’UN.

     

    Aussi limpide que soit la démarche, l’interprétation d’un symbole, in fine, ne peut être qu’hermétique. Nous ne pouvons en être que désolé. Ma compréhension et ma perception ne peuvent être transmis que par mon expérience et ma pratique. Le « de mon âme à ton âme » cher au Bouddhisme Zen n’existe que grâce à la conduite de la recherche du disciple par le maître dans la pratique de la méditation.

     

    Les 9 outils mis en oeuvre ont été les suivants :

    La maturation qui nous montre comment nous imprégner de la signification du symbole sans vouloir la trouver.

    La lecture et la non lecture où la découverte que la connaissance n’est faite que de l’oublie.

    L’observation qui signifie la vision juste ou encore être réellement présent dans l’instant.

    L’analogie, c’est écouter les correspondances dans le temps et dans l’espace.

    L’utilisation de l’expérience et des souvenirs, notre vie est notre richesse, notre expérience participe à la grande expérience de la vie, en naissant nous avons eu l’initiation en grandissant nous avons tous les éléments pour arriver à la connaissance : Ici et maintenant.

    Le fils d’ariane, les tours et les détours de la pensée sont comparables au flux et au reflux de vagues au bas de la falaise. Le moue a toujours vaincu le dur.

    Les nombres, se sont les outils de l’architecte, même petitement utilisés, ils peuvent nous aider à découvrir la face cachée.

    L’intuition, c’est elle qui nous donne notre force créatrice, notre originalité et notre humanité. Elle est l’expression de la femme qui sommeil en nous, elle a le goût de la pomme.

    Le passage à l’action, la réflexion ne doit pas paralyser l’action. Savoir et ne pas agir nous couvre de honte.

    La lumière

    La lumière dans le symbolisme maçonnique est liée à l’initiation qui suppose transmission d’une connaissance d’un initié à un impétrant. Deux composants sont nécessaires une méthode de transmission, une connaissance à transmettre. Les méthodes de transmission sont très nombreuses et disparates : "de mon âme à ton âme" du bouddhisme à l’utilisation de plantes hallucinogènes dans l’initiation des Indiens du sud des USA, de la répétition d’invocations à la contemplation de mandala, de la souffrance de l’ascèse à l’ivresse des cérémonies vaudou… Guenon site un proverbe soufisme : "il y a autant de voies pour arriver à Dieu qu’il y a de rayons dans le cercle".

    La démarche première du cherchant est de trouver la voie qui lui convient et la responsabilité de l’initiateur est de rejeter les cherchants qui ne sont pas faits pour la voie qu’il utilise dans son enseignement initiatique. Pour qu’il y ait initiation, il faut qu’il y ait transmission, cette transmission correspond à l’accès à une autre connaissance : le passage des ténèbres à la lumière. Par delà, le symbole même de la lumière, notre objectif est d’en rechercher la nature et la réalité. C’est le doute et non la certitude qui nous a fait rentrer en Maçonnerie, c’est le doute et non la certitude qui nous oblige à nous dépasser ; mais le doute peut aussi, s’il est trop fort, nous faire perdre le désir du combat vers la lumière et conduire à notre propre destruction.

     

    La lumière dans le rituel

     

    Lors de l’ouverture de la Loge, le rituel définit les fonctions nécessaires pour que la loge soit éclairée : "Trois la dirigent, cinq l’éclairent, sept la rendent juste et parfaite" Le Vénérable maître et les Frères Surveillants dirigent la loge, les Frères Secrétaire et Orateur sont nécessaires pour que la loge soit éclairée. C’est à dire qu’à la force, à la beauté et à la sagesse, il est nécessaire de rajouter la mémoire et la parole pour que la lumière jaillisse.

    C’est cette constatation qui permet de reconnaître dans la loge la représentation de l’être Cosmique, cette assimilation à l’être cosmique sera reprise pour illustrer la communication de la loge avec le Grand Architecte de l’Univers.

    Le rituel précise ce que nous venons chercher en Loge : la Lumière ; et que cette lumière est assimilée au Soleil, elle prend naissance à l’Orient pour finir sa course à l’Occident ; elle est représentée en Loge par le Vénérable maître qui siège à l’Orient "pour ouvrir la loge, éclairer les travaux et mettre les ouvriers à l’œuvre".

    Il est précisé que cette lumière est triple. Les trois colonnettes symbolisent cette représentation ternaire dans l’ordre inverse du déplacement du soleil à savoir Beauté, Force et Sagesse (deuxième surveillant puis premier surveillant et enfin Vénérable maître). Ce déplacement inverse n’est pas neutre, il nous montre comment remonter vers l’origine, vers l’Orient et quels sont les moyens à utiliser : la Beauté, puis la Force et enfin la sagesse. C’est à dire passer de l’émerveillement de l’enfance, à l’utilisation de la force pour construire dans l’âge adulte, puis à la capacité de transmettre et d’enseigner sur la fin de la vie.

    Le rituel prévoit la lecture des "versets de l’évangile ésotérique de St Jean". Ce texte nous donne un certain nombre de précisions sur la nature de la Lumière : Il y a assimilation de la Parole, de la Vie et de la Lumière. "Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu… En elle était la vie, et la vie était la Lumière des hommes".

    Mais il y a aussi une indication sur la force des ténèbres par rapport à la Lumière. La Lumière que l’on peut assimiler au principe actif, ne peut rien contre le principe passif : les ténèbres. A ce stade le texte est extrêmement pessimiste, il laisse entrevoir que le combat est déjà perdu : "La Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue."

    Il se poursuit de la manière suivante : "Cette lumière était la véritable Lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde. Elle était dans le monde, et le monde ne l’a point connue. Elle est venue chez les siens et les siens ne l’ont pas reçue.". Cette phrase doit éveiller notre attention, face aux ténèbres, il n’y a pas qu’une Lumière, il y en a plusieurs dont une est la "véritable Lumière" et cette véritable Lumière éclaire tout homme venant dans le monde, elle est donc universelle et indépendante du lieu et du temps. Le texte montre la difficulté de trouver cette vraie Lumière, elle est présente, mais non visible et impalpable. Le texte introduit une ambiguïté en précisant "Elle est venue chez les siens et les siens ne l’ont pas reçue" cette phrase réduit la portée universelle du concept. Y aurait-il parmi les hommes, des hommes particuliers qui seraient des hommes prédisposés à la connaissance de la Lumière ? "Mais à tous ceux qui l’on reçu, à ceux qui croient en son nom, elle a donné me pouvoir de devenir enfant de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.". La dernière phrase introduit un nouveau concept, celui de nouvelle naissance : celle de naître de Dieu. Cette nouvelle naissance est de nature spirituelle la suite du texte de Jean fait référence à l’esprit.

    Le rituel d’ouverture se poursuit par l’invocation du Grand Architecte de l’Univers qui "éclaire, protège et dirige nos travaux…" et le Vénérable maître nous demande de tourner nos regards vers la lumière en indiquant le Delta Lumineux et l’Oeil qui figure en son centre.

    Il est souhaitable de s’interroger sur la signification symbolique du Delta et de l’œil. Le Delta se place entre la Lune et le Soleil. Les deux astres représentent les deux yeux de l’être cosmique, la Lune est l’œil du passé, le Soleil l’œil de l’avenir, le delta qui figurent entre-les deux correspond au troisième oeil, celui de vacuité dans le présent. Placé au centre du triangle, il symbolise l’unité, l’Un, c’est à dire Dieu. En prolongeant cette réflexion, il signifie l’omniprésence de Dieu, mais aussi sa dépersonnalisation par rapport à une représentation humaine et son absence d’attachement à un homme ou à un groupe d’homme particulier puisqu’il est intégré à l’être cosmique. Cette dimension donne à l’idéal maçonnique une portée universelle : les moyens peuvent être spécifiques au lieu et au temps, l’idéal est au-delà du lieu et du temps. En ce sens que l’invocation du Grand Architecte de l’Univers est beaucoup plus universelle et beaucoup plus neutre que l’invocation de Dieu.

    Oeil représente aussi la conscience, il est assimilable au juge suprême qui gère le passage dans l’autre monde. Il correspond à la vision instantanée de tous les actes dont nous devons répondre avant d’arriver à la Lumière post-mortem, au creuset du monde. Le mystère qui entoure ce passage est représenté par le pavé mosaïque, lieu mystérieux par lequel il ne faut pas passer si ce n’est dans un contexte de préparation particulier dont l’explication sort du domaine de 1er degré. Ce lieu se caractérise par une égalité entre les ténèbres et la lumière ce qui semble vouloir nous dire Qui peut évaluer le bien et le mal, le beau et le laid ? Qui peut croire détenir la vérité, la connaissance ? Le pavé Mosaïque est un centre, que nous avons du mal à appréhender parce qu’il est inerte, qu’il ne peut pas être ressenti comme un symbole optimiste, ni même neutre contrairement à tous les autres symboles de la loge.

    Le rituel d’instruction précise la relation entre le soleil, la lune et le Vénérable maître, cette interprétation permet de voir deux niveaux d’utilisation de mêmes symboles pour apporter des visions différentes de la réalité spirituelle : Le Soleil représente la Raison qui éclaire les intelligences; la Lune figure l’imagination qui revêt les idées d’une forme appropriée et le Maître de la Loge symbolise le principe conscient qui s’illumine sous la double influence du rayonnement et de l’imagination.

    Nous pouvons préciser le concept de Lumière, en étudiant le contenu d’une ancienne instruction au grade d’apprenti. Cette instruction commence par une définition de ce qu’est la Franc-maçonnerie "C’est une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité". Cette phrase qui définit l’objectif de la Franc-maçonnerie. L’objectif est ambitieux et il porte sur des aspects exotériques que sont le perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité.

    La première question est de savoir quelle doit être la nature du perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité. Les expériences des siècles d’expansion de la pensée occidentale nous ont montrées les limites de la démarche. Les objectifs initiaux étaient assez souvent louables, les résultats visibles sont décevants.

    La deuxième question porte sur l’universalité de la démarche maçonnique. Les origines chrétiennes de la Franc-maçonnerie, nous montrent les limites de nos méthodes et de notre symbolisme.

    La troisième question est l’objet de notre travail : quelle est la nature de la lumière qui éclaire les Francs-maçons ?

    Le rituel d’instruction permet de préciser la notion d’homme éclairé. Q- Depuis quand êtes-vous Franc-maçon ?R - Depuis que j’ai reçu la lumière Q - Que signifie cette réponse ? R - Que nous devenons réellement Francs-maçons qu’à partir du jour où notre esprit s’est ouvert à l’intelligence des mystères de la Franc-maçonnerie

    En fait, nous ne devenons Francs-maçons que lorsque nous avons découvert la signification des mystères et symboles qui sont mis à notre disposition pendant nos travaux. La méthode ésotérique est faite de telle manière que chaque symbole peut avoir plusieurs significations qui se complètent et se précisent. A quel niveau de compréhension pouvons-nous nous autoriser à nous considérer comme éclairés ?

    Le rituel d’instruction se poursuit par une évocation des différents mystères de la Franc-maçonnerie. "La main droite placée en équerre sur la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui agitent dans la poitrine et préserve ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit". Cette phrase montre la nature de la démarche maçonnique : c’est une démarche de raison qui fait appel à la lucidité de l’esprit. L’universalité maçonnique est donc limitée au choix d’hommes pour lesquels le processus initiatique sera plus particulièrement basé sur l’appréhension intellectuelle du monde. Cette démarche s’inscrit dans la continuité du Siècle des lumières, elle est cousine de la démarche scientifique.

    La méthode maçonnique est une méthode basée sur la connaissance et non la croyance, ce que le rituel précise dans le dialogue suivant : Q- Que signifie la manière d’épeler le mot sacré ? R- La méthode de la Franc-maçonnerie, qui sollicite les efforts intellectuels de chacun, tout en évitant d’inculquer des dogmes

    En rejetant la référence à des dogmes, la Franc-maçonnerie oblige le cherchant à un réel effort intellectuel pour arriver à la connaissance. Cette phrase donne aussi un des éléments de la démarche, proche de la démarche cartésienne, la démarche maçonnique incite à diviser pour mieux appréhender la complexité. Elle procède par accumulation de petites connaissances plutôt que par appréhension d’une grande connaissance, elle ne se base pas sur une démarche brutale d’éveil comme celles que l’on peut rencontrer dans le Bouddhisme tibétain. L’initiation lors de la réception d’un nouveau Frère, n’est pas réelle, elle est potentielle, il revient au cherchant de poursuivre son travail. Nous verrons par la suite que cette recherche n’est pas limitée au seul univers maçonnique, l’ensemble de l’univers est ouvert à la sagacité du cherchant, par cela même, si parfois certain de nos Frères disparaissent de nos loges sans laisser de trace, nous pouvons toujours espérer que ce qu’ils ont vu en loge leur permet de continuer leurs recherches au travers du monde.

    Le rituel continu par : Q - Pourquoi la loge est-elle située de l’orient vers l’occident ? R - Elle est orientée comme tous les édifices sacrés, pour rappeler à ses adeptes que la Franc-maçonnerie leur indique la direction d’où vient la lumière. Il leur appartient de s’engager dans la voie ainsi tracée, afin de marcher par eux-mêmes à la conquête du vrai.

    Ce dialogue nous rappelle le caractère sacré de notre oeuvre, elle est assimilable à toutes les autres démarches ayant un caractère sacré. La question est alors de savoir s’il faut interpréter cette indication dans son sens littéraire ou dans son sens symbolique. Si on l’interprète dans son sens littéraire, il y a un point vers lequel tous les lieux sacrés devraient converger car en occident la recherche de la lumière se fait en allant vers l’orient alors qu’en orient la recherche de la lumière se fait en allant vers l’occident (lire à ce sujet "le voyage en occident" texte symbolique de l’initiation Bouddhiste). Si on l’interprète au sens symbolique, la tradition maçonnique se rattache aux traditions solaires qui ont progressivement rassemblé les attributs des différents Dieux en attributs d’un Dieu unique.

    Dans sa suite, le rituel précise un des sens qu’il faut apporter aux symboles d’orient et d’occident : L’Orient marque la direction d’où provient la lumière et l’occident la région sur laquelle elle s’arrête. L’occident figure donc le monde visible qui tombe sous les sens et, d’une manière générale, tout ce qui est concret. L’Orient au contraire, représente le monde intelligible qui ne se révèle qu’à l’esprit; en d’autre terme, tout ce qui est abstrait.

    La démarche maçonnique est ici clairement caractérisée comme une démarche de connaissance par opposition à une démarche de croyance. Elle est assimilable à la démarche gnostique. La gnose arrache l’âme de l’élue au sommeil épais ou elle est plongée grâce à des méthodes d’entraînement spirituel destinées à engendrer des états spéciaux de conscience et de supra-conscience. Le gnostique se sauve par la connaissance.

    Le rituel explique, en suite, de quoi il est nécessaire de se sauver et pour arriver à la Lumière maçonnique. Q - Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Franc-maçon ? R - Parce que j’étais dans les ténèbres et que j’ai désiré la Lumière Q - Expliquez cette réponse R - La société au milieu de laquelle nous vivons n’est que partiellement civilisée. Les vérités essentielles y sont encore entourées d’ombres épaisses, les préjugés et l’ignorance la dominent, la force, ou la ruse, y prime le droit. La plus grande somme de vérité et de lumière ne saurait donc mieux se rencontrer que dans les temples maçonniques, où des hommes éprouvés et choisis se consacrent à l’étude et au travail.

    Cet échange met en évidence ce que veut "combattre" la Franc-maçonnerie : l’ignorance et les préjugés, la force et la ruse, et, les moyens de ce combat sont l’étude et le travail. Le support de l’étude et du travail est le symbolisme. Le Symbolisme est l’expression de vérités abstraites. Nous devons au travers ce symbolisme découvrir ces vérités.

     

    Q - En quoi consistent les secrets de l’Ordre ? R - Dans la connaissance des vérités abstraites, dont le symbolisme maçonnique est la traduction sensible. Il ne suffit pas d’être mis en présence de la vérité pour qu’elle nous soit intelligible. La lumière n’éclaire l’esprit humain que lorsque rien ne s’oppose à son rayonnement. Tant que l’illusion et les préjugés nous aveuglent, l’obscurité règne en nous et nous rend insensible à la splendeur du vrai.

     

    Le travail doit d’abord être entrepris sur nous même, et nous devons progressivement nous dégager de nos anciennes visions pour arriver progressivement à la connaissance. Cette connaissance est de nature différente de la connaissance vulgaire car elle se situe non pas dans une perspective d’éclatement et de dénombrement, mais dans une perspective d’unification et de rassemblement.

     

    L’intelligence humaine assigne artificiellement des bornes à ce qui est, en réalité, un est sans limites. Nous ne percevons qu’en différentiant l’objet observé de son milieu. A ce point de vue, deux est le nombre de la Science. Mais en même temps il représente un antagonisme qu’il convient de concilier. Il y a lieu de ramener le binaire à l’unité au moyen du trois. Le ternaire, synthèse de ce qui apparaissait opposé, constitue pour nous la représentation intelligible de l’Unité. En raison de cela, la Franc-maçonnerie rappelle la loi du ternaire par ses principaux symboles.

     

    L’objectif est maintenant clairement défini et identifié, nous devons arriver à un point de convergence dans et par la connaissance. Le rituel défini ce point de convergence par la phrase suivante : Tout est un, vu qu’il ne saurait rien exister en dehors du tout : "un le tout"

    Au-delà des mots, il est nécessaire d’arriver à une perception réelle de l’Un. Cette perception entraîne la prise de conscience des forces qui régissent l’univers, vivre les courants de forces en se fondant en eux, nous permet non pas de maîtriser l’univers (ce qui constitue le péché originel) mais de vivre en pleine harmonie avec lui. A ce stade de notre investigation nous pouvons mieux comprendre les réelles significations symboliques des trois grandes lumières de la Franc-maçonnerie. C’est trois grandes lumières sont : l’équerre, le compas et le volume de la loi sacrée.

    L’équerre représente le carré, la terre, le monde sensible sans lequel il serait illusoire de vouloir progresser.

    Le compas représente le cercle, le ciel, le monde spirituel. Il est modulable mais le rituel d’instruction indique qu’il y a une limite à ne pas dépasser dans son utilisation, il est en principe ouvert à 60 degrés, il ne doit pas être ouvert à plus de 90 degrés, au-delà le risque pour l’esprit humain est certain. Nous pouvons donc aller à un certain niveau de connaissance, à un certain niveau de perception de l’univers, mais nous ne pourrons jamais devenir l’UN en gardant une existence autonome.

    Le volume de la loi sacrée symbolise le rattachement à la tradition, notre liaison avec ceux qui par le passé ont suivi une même démarche.

    Ce volume peut être la bible ouverte à II Chroniques 2, 5 : La maison que je vais bâtir doit être grande, car notre Dieu est plus grand que tous les dieux. Mais qui a le pouvoir de lui bâtir une maison, puisque les cieux des cieux ne peuvent le contenir ?

    L’intuition de l’auteur était bonne et la volonté de vouloir enfermer Dieu dans une maison ne pouvait qu’entraîner un échec. Le symbole de la voûte étoilée qui est utilisé dans nos loges est infiniment plus adapté à l’évocation du Grand Architecte de l’Univers.

    Le volume de la loi sacrée peut aussi être l’un des volumes suivants : les Veda, hindouiste ; le Tripitaka, bouddhiste ; le Coran, musulman ; le Tao të king, taoïste ; les Quartes livres de Confucius ; le Zend Avesta du Zoroastrisme. Parmi ces six ouvrages trois ne revendiquent pas une origine divine : le Tripikata , les Tao të king et les Quartes livres de Confucius. Ce qui veut dire que la notion de parole révélée est un ajout externe au rituel et sans fondement à partir du moment ou un de ces trois volumes est utilisable en loge.

    La notion de Dieu révélé est en contradiction avec la méthode de la Franc-maçonnerie. La révélation suppose de la part du croyant une démarche passive, il croît parce qu’on lui a dit de croire. La Franc-maçonnerie propose une démarche de découverte, nous recrutons avant tout des cherchants qui viennent vers nous parce qu’ils n’ont pas de certitudes, nous combattons les préjugés, les idées reçues… nous recherchons la vérité. La notion de révélation des religions monothéistes n’est apparue que pour des raisons techniques : souder un petit groupe contre un oppresseur. La cohésion dans les religions monothéistes, se fait sur le thème nous possédons la vérité et au nom de cette vérité nous pouvons aller conquérir le monde.

    Les autres philosophies Bouddhime, Confisïanisme, Taoïsme ont eu pour créateur des hommes issus des classes dirigeantes. Elles se sont diffusées plus par séduction que par conquête.

    Le monothéisme comprend en tous les composants des idéologies d’oppression et de l’intégrisme. Il s’oppose à l’approche gnostique dans laquelle il a vu très rapidement une déviation à combattre pour garder le monopole de la vérité. Il me semble donc préférable dans ce domaine de respecter à la lettre le rituel et les Land Marks, c’est à dire invoquer le Grand Architecte de l’Univers et s’abstenir de discussions religieuses en Loge.

    Le rituel de fermeture des travaux contient deux enseignements : Le premier indique que notre recherche ne doit pas se limiter à ce que nous avons vu en Loge mais que le monde profane peut aussi être très riche en enseignement. Le second précise notre devoir de propager la lumière maçonnique à travers le monde : Le travail d’un Maçon ne s’arrête jamais Vénérable maître, ce qui est cherché en Loge se continue dans le monde et le devoir d’un Maçon est de répandre à l’entoure la lumière qu’il a entrevue dans les opérations de la Loge de saint Jean.

     

    La réalité de la lumière maçonnique

     

    Nous avons vu dans une première partie les différentes pièces constitutives de la démarche maçonnique pour arriver vers la lumière. Nous avons ainsi déterminé quels pouvaient être certains objectifs de la Franc-maçonnerie tant vis à vis du Franc-maçon que vis à vis des autres hommes. A ce stade nous devons essayer d’avoir une vision critique sur les moyens par rapport aux objectifs. Nous aborderons dans cette partie les points suivants : la nature de la connaissance ; les cercles de la connaissance ; les niveaux de la conscience.

     

    La nature de la connaissance

     

    L’étude des rituels, la fréquentation des loges nous montrent qu’il n’y a pas de connaissance maçonnique ni de méthode maçonnique permettant d’amener l’homme à la fusion avec l’Un. Nous avons rencontré des "sages bouddhistes", la mémoire de sages de la chrétienté, de l’islam, du judaïsme, de l’hidouhisme… est venue jusqu’à nous, nous n’avons pas rencontré de sage maçon. Cette absence de sage est significative de la nature et du niveau de connaissance de la maçonnerie. La maçonnerie n’a pas pour vocation de rivaliser avec les religions ou les traditions plus anciennes. Elle se situe dans un niveau différent, mais peut-être complémentaire.

    Traditionnellement les sociétés sont divisées en castes dont les attributions sont précises : les 12 tributs d’Israël, les trois classes de la chrétienté, la distinction entre laïcs et moines dans le bouddhisme… à chaque caste traditionnellement correspond des attributions spécifiques de nature spirituelle. Le constructeur, le guerrier… ont des rôles spirituels tout aussi important que le prêtre qui officie. La nature de leurs connaissances est différente, les moyens à mettre en oeuvre pour leurs éducations initiatiques sont différents, l’expression de leurs éveils spirituels est différente. A chacune de ces classes correspondent des attributions, des modes d’enseignement, une transmission… La maçonnerie ne concerne que les classes laïques et professionnelles de la société.

    En cela, la nature de la connaissance qu’elle peut transmettre sera différente des connaissances qui pourraient être transmises à d’autres classes. L’art de la maçonnerie est de savoir ne pas mélanger les connaissances et de vouloir limiter son enseignement à ce quelle sait faire : c’est à dire le travail en direction d’une société d’hommes.

    L’aspect spirituel de la maçonnerie est de ce fait obligatoirement limité à ce qui peut être demandé aux hommes libres et de bonnes mœurs ayant métier et famille. Lors de la restitution des métaux au nouvel initié, le rituel précise bien ce point en limitant l’engagement du nouvel initié à ce qu’il est capable de faire compte tenu de son environnement économique.

    A ce niveau d’investigation, il convient de se rappeler nos origines opératives et la notion de bel ouvrage qui y est lié. La spiritualité maçonnique est inscrite dans cette origine, elle est avant tout une spiritualité du travail. Le parie maçonnique est de faire prendre conscience aux Frères que leur réalisation ne se ferra pas en loge mais hors de la loge, dans leur activité quotidienne. C’est à mon avis le sens profond d’une des dernières phrases prononcées lors de la fermeture des travaux : "le travail d’un maçon ne s’arrête jamais Vénérable maître …" De ce fait il n’y a pas de transmission maçonnique au sens traditionnel du terme puis qu’il y a rupture entre l’initiation maçonnique et l’initiation de métier. Beaucoup de cherchants ne s’y sont pas trompés puisque après avoir fréquentés nos loges, ils ont embrassé d’autres enseignements plus traditionnels.

     

    Les cercles de la connaissance

     

    La notion de cercles de la connaissance est une notion commune à toutes les sociétés initiatiques. L’aspect exotérique de cette notion est figuré en maçonnerie par les différents degrés. Toute la Maçonnerie est comprise dans les trois premiers degrés dits grades bleus, elle est aussi comprise dans le premier degré, celui d’apprenti. Aussi quand nous abordons les cercles de la connaissance, nous entendons ne parler qu’au premier degré. Le rituel nous dit clairement que la lumière est représenté par le Grand Architecte de l’Univers que cette lumière prend place entre le soleil et la lune qui constituent les yeux de l’être cosmique. Cette représentation correspond au troisième oeil mythologique, oeil du présent et de la vacuité. Je ne peux pas me retenir de faire ici une référence au Bouddha lorsqu’il parle de la parole juste, de l’acte juste, de la pensée juste… c’est à dire la voie du juste milieu.

    Je pense important de revenir sur cette notion d’être cosmique. Contrairement à l’interprétation de R. Guenon, la Loge ne correspond pas à l’homme cosmique mais à la femme cosmique et cela pour deux raisons essentielles :

    La première est liée à la configuration même de la Loge. Le soleil et la lune correspondent aux yeux ; le delta à la conscience du moment présent. Les surveillants sont les bras qui agissent ; le secrétaire est l’oreille et la mémoire ; l’orateur est la bouche et la parole ; l’hospitalier est le cœur et le trésorier la raison ; les jambes sont formées par les deux colonnes ; le sexe est la porte du temple. La loge représente donc la femme cosmique, la matrice universelle que nous avons pénétrée lors de notre initiation et qui nous fait renaître à chaque fermeture des travaux. C’est en vivant cette inversion du sens des cycles des naissances et des morts que la Franc-maçonnerie prend définitivement son caractère universel.

    La deuxième raison est liée à la position symbolique de la Loge dans la recherche de la vérité.

    La Loge est le moyen, l’interface entre l’homme est l’Un par la même, elle ne peut être que femme puisque le changement de niveau ne peut se faire par changement de polarité dans la combinaison du triangle et du carré. Le pavé mosaïque au centre de la loge figure le ventre, c’est à dire le centre sur le quel s’appuie les forces émanantes. C’est donc par essence un lieu de la neutralité. Ce pavé est accompagné de trois colonnettes disposées en triangle. La succession triangle, carré, triangle crée la spirale. La rotation de carrés noirs et blancs forme une spirale grise pour nous rappeler que "la lumière luit dans les ténèbres et que les ténèbres ne l’ont pas reçu". Symboliquement, ici aussi l’enseignement est clair, l’Un, le centre n’est ni bon, ni mauvais et nous sommes libres de faire et d’agir comme nous le souhaitons, car par notre existence même nous participons de toute façon à l’Un. La seule différence qui peut y avoir entre les êtres est la conscience de cette participation. Cette conscience seule permet de passer du monde matériel au monde spirituel.

    Le symbolisme est un des outils à notre disposition pour nous aider à arriver par étapes à l’intégration de ce sentiment d’appartenance. Le travail profane, qui devient spirituel à partir du moment ou nous sommes passés par l’initiation, est le moyen d’exprimer cette appartenance.

    En poursuivant sur l’analyse symbolique de la disposition du Delta par rapport au reste de la Loge nous devons remarquer que l’œil est dans l’axe de la loge, il a en alignement le pavé mosaïque et la porte du temple qui sont deux symboles essentiels. La porte est en correspondance avec la clôture des travaux qui en réalité pour le maçon ne doit être qu’une nouvelle ouverture, l’œil sur la porte nous enseigne l’omniprésence du Grand Architecte de l’Univers. Cette omniprésence peut être interprétée de la manière suivante : Dieu est partout, Dieu est dans tout, rien de ce qui a été fait n’a été fait sans Lui… Cette interprétation n’est acceptable que si on se place dans une optique non personnelle de l’idée même de Dieu.

    Dans une approche personnelle l’idée d’omniprésence devient insupportable. Le "Comment Dieu a-t-il pu laisser faire cela ?" d’Elie Wiesel en est une bonne illustration. Dieu est créateur de l’univers, L’univers est libre et peut être lui-même créateur du bien et du mal, si cette notion peut avoir une signification à ce niveau. Dieu n’a rien à voir avec nos petits et nos grands problèmes, il y a rupture complète entre nous et lui. Comment pouvons-nous imaginer le nommer ou encore plus lui donné des attributs, des intentions, des actes ?

    Dans une approche non personnelle, le fait même d’exister nous fait participer à son oeuvre. Notre différence avec les autres hommes est le seul fait de le savoir. Et cette différence est de taille, car elle nous oblige à trouver en nous même la voie de la lumière.

    Au milieu de la femme cosmique se trouve le pavé mosaïque, l’œil de la conscience voit au travers du pavé mosaïque les multiples possibilités de l’action. Le bien comme le mal participe au monde, le pavé mosaïque en est le filtre, en cela il est neutre et ne participe pas à la nature solaire du symbolisme maçonnique. Il condense la nature même du monde et nous ramène à ce que nous sommes réellement, c’est à dire rien. Cette impression est renforcée par la présence de la voûte étoilée qui place notre être cosmique dans l’immensité de l’univers. Cette immensité nous donne la conscience de l’Un, il n’est véritablement pas nommable !

     

    Les niveaux de la conscience

     

    Les niveaux de la conscience peuvent se définir par une prise de connaissance par niveau de notre véritable nature. Les mots sont trompeurs et ne peuvent pas donner une juste représentation de notre degré d’éveil. Notre problème n’est pas de dire "je crois en Dieu" mais de participer réellement et consciemment à son oeuvre. C’est à dire à vivre pleinement ce que nous sommes.

    Notre difficulté est de faire le tri entre le vrai et le faux, entre l’acquis et inné, entre notre nature profonde et notre nature sociale. L’initiation nous fait mourir non pour renaître adulte mais pour renaître enfant. Seul la capacité d’émerveillement de l’enfant doit nous permettre de participer à l’œuvre. Et l’enseignement maçonnique nous ouvre un livre immense : le livre de l’univers, il n’y a pas de grandes ou de petites connaissances, de grandes ou de petites expériences, chaque connaissance, chaque expérience pleinement vécue participe à l’Un. La spirale initiatique va de la vie à la mort et de la mort à la vie, elle doit nous faire changer de niveau : acquérir des connaissances puis oublier des connaissances, agir puis arrêter d’agir, réaliser notre oeuvre pour la voir disparaître dans le tout. Nous sommes des pierres… mais qui remarquent les pierres dans un édifice.

     

     

     

     

     

     

    Le Livre

    Dans le rituel du premier degré, il est indiqué que les « livres traditionnels » admis par la franc maçonnerie sont, la Bible pour l’ancien et le nouveau testament, les Veda, le Tripitaka, le Tao tö king, le Coran, les quatre livres de Confucius et le Zend Avesta du Zoroastrisme… Le texte indique que d’autres livres sont possibles puisque la liste est donnée à titre indicative. Ces livres traditionnels sont de natures différentes. Certains sont le support de religions, d’autres ne sont que des ouvrages philosophiques ou d’organisation sociale. Tous servent ou ont servi de référence à la conduite de groupes humains importants.

    Le but de cette réflexion est à partir des divergences de ces différents livres et à partir les autres symboles qui entourent la première des trois grandes lumières d’essayer de préciser le sens symbolique « du Volume de la loi sacrée ».

    Le volume de la loi sacré dans l’organisation du temple

    Le volume de la loi sacré est sous l’équerre et le compas. Votre observation des deux autres grandes lumières de la Franc Maçonnerie vous montre que leur rapport entre eux n’est pas constant. Selon les grades, il évolue. Nous reviendrons très légèrement sur cet aspect dans la suite du travail sans pour autant trahir des secrets connus de tous !

    Le volume de la loi sacré est au milieu d’un cône qui part du Delta Rayonnant et se fini sur le pavé mosaïque. Le delta rayonnant renferme l’œil symbolique, cet œil correspond au Grand Architecte De l’Univers vers qui il faut aller « Que nos regards se tournent vers la lumière ». Il est aussi, ramené au microcosme humain, notre conscience, c’est à dire la voix de Dieu en nous. L’œil est en relation avec le volume de la loi sacré qui doit être utilisé avec l’aide de l’équerre et du compas pour comprendre le monde représente par le pavé mosaïque. Le pavé mosaïque comprend le tableau de loge.

    Cette disposition permet de passer du dual : le pavé, à l’unique : l’œil, par le filtre de la connaissance : les trois grandes lumières.

    Le symbolisme du pavé mosaïque, dans le contexte des autres symboles qui gravitent autour, nous donne en synthèse les informations suivantes :

    Le pavé mosaïque est la représentation du monde réel : le monde de la dualité

    Le pavé n’est pas statique, car il est mis en mouvement à l’aide des trois chandeliers. La succession de trois, quatre, trois crée la spirale

    Le pavé mosaïque, par ce mouvement de rotation, englobe l’ensemble de l’horizon

    Le pavé mosaïque a aussi une dimension verticale ; sa représentation sur le tableau de loge par réduction successive, montre l’infiniment petit. Cette dimension est en relation avec la voûte étoilée qui est au-dessus du tableau de loge pour englober aussi l’infiniment grand. C’est dans cet univers que nous évoluons symboliquement.

    Les autres degrés montrent que cette représentation est aussi la notre (en tant qu’individu), c’est à dire qu’elle inclut ce que nous sommes, notre enveloppe physique comme moyen de l’action, de sa conception jusqu’à sa disparition. La relation du pavé mosaïque avec les trois grandes lumières et l’œil symbolique doit inclure ces deux représentations symboliques : celle de l’univers et celle du cherchant. Nous avons dis plus haut que les trois grandes lumières servent de filtre de la connaissance pour passer du dual à l’unique.

    Nous allons maintenant développer ce point de méthode maçonnique. Le « volume de la loi sacré » est placé sous l’équerre et le compas. Il représente la loi écrite que l’on respecte, car elle est sacrée.

    Il n’est que le symbole de la loi et n’est pas la loi universelle, car son contenu peut changer lorsque de volume change. Il n’est donc loi sacrée que, parce que, celui qui y fait référence le considère comme telle. Cette « croyance » est personnelle et ne peut être imposée. Seule la présence du symbole et sa reconnaissance en tant que symbole est utile à nos cérémonies.

    Ce volume est le support de la référence à l’interprétation de ce que nous sommes, de notre univers et de notre relation avec le divin, l’au-delà, la transcendance. Il donne, par des manières et des contenus différents, la réponse aux questions existentielles de l’homme et le renforce dans son lien avec le Grand Architect De l’Univers. Il permet de trouver un élément de référence et de consolation lorsque l’on est dans le désarroi. Le pavé mosaïque nous montre le champ des possibilités de nos actions. Si notre jugement est chancelant, le volume de la loi sacré nous indique ce qui va dans le sens du blanc plutôt que dans le sens du noir. Il est la mémoire des essais / erreurs du passé et des luttes de l’humanité pour aller, au moins vers une organisation sociale acceptable, au plus vers une communion avec Dieu.

    Les deux autres grandes lumières nous éclairent sur le mode d’utilisation de la loi sacrée. Ces deux modes d’utilisation sont largement répandues dans l’ensemble des traditions. L’équerre nous indique que nous devons respecter la loi de manière stricte. Son utilisation correspond à la phase d’apprentissage. Une discipline ferme est nécessaire pour acquérir les bases de la connaissance de la loi et de sa mise en œuvre dans la vie profane. Elle structure l’individu comme elle structure la société. Elle est traditionnellement imposée par la famille et la société pour qui vit en son sein. Cet apprentissage long, intègre la connaissance des règles sociales, de la parole et de la lecture, du respect des hiérarchies et de valeurs. L’équerre est à utiliser pendant la première partie de la vie : l’apprentissage. Lorsque la loi est intégrée par l’individu, il peut progressivement utiliser le compas dont la mobilité des branches permet d’élargir ou de diminuer son domaine d’investigation.

    L’utilisation du compas peut se faire dans les deux sens, et contrairement à l’équerre, sa mise en œuvre est du domaine de l’individu et non de la société dans laquelle il vit. Le début de la maîtrise correspond au passage dans le monde des adultes. En diminuant l’écartement des branches, l’individu va aller vers un approfondissement d’un des aspects de la loi sacrée. Cette direction correspond à certaines pratiques religieuses comme l’invocation, la répétition de phrase, le pèlerinage, la vie monastique, les pratiques de mortifications, la focalisation sur un des aspects de la Divinité ou de ses avatars… Elle constitue une démarche Mystique dont l’objectif est de communiquer avec la divinité. Elle a comme déviation le prosélytisme, la démarche missionnaire, l’inquisition, l’intolérance… La deuxième, par l’élargissement de l’angle au-delà de quatre-vingt dix degrés, permet de passer outre la loi sacrée. C’est une démarche de connaissance qui vise à comprendre pour mieux pratiquer. La recherche des liaisons, des correspondances, de l’universalité, la communion avec les autres lois sacrées, l’expérimentation, l’étude… sont autant de moyens mis en œuvre par cette démarche de connaissance. Elle a pour objectif d’admirer l’œuvre, d’y participer et par la même d’entrée en harmonie avec l’univers et son créateur. Elle a comme déviation le matérialisme, le scientisme, l’occultisme, l’athéisme… Cette dernière démarche semble être celle qui est enseignée en Franc Maçonnerie, c’est la démarche des cherchants.

    Convergences et divergence des différents livres traditionnels

    La langue

    Pour étudier les volumes de la loi sacrée, il est nécessaire de posséder la langue dans laquelle ces volumes ont été écrits. L’ancien testament se lit en Hébreu, le nouveau en grec ancien. Le Coran ne se lit qu’en arabe classique. Les textes bouddhistes sont accessibles en pâli et en chinois classique. Les quatre livres et le tao tö king ne sont accessibles qu’en chinois classique. Les textes du Zoroastre ne sont accessibles que dans une variante de la langue indo-européenne. Les textes du Veda sont accessibles en Sanscrit. Donc, si nous ne possédons pas une de ces langues nous ne pouvons avoir accès qu’à une pale image du texte : sa dimension poétique, le sens caché des lettres, des mots et des concepts, le rythme de sons… ne sont pas accessibles.

    Nous sommes prisonniers de la caverne dans laquelle nous ne pouvons voir que les ombres de l’enseignement réel. Dans la plupart part des traditions, la langue du texte est la langue divine. Vouloir la traduire lui retire son aspect divin pour ne lui laisser qu’un aspect humain. Il est cependant possible d’accorder un caractère sacré à une traduction. En effet, la sacralisation vient du poids accordé par un groupe humain à un texte. Comme en entrant en loge, le vénérable maître crée l’espace sacré, la reconnaissance d’un livre comme livre de référence pour la conduite de la vie et les relations des hommes avec Dieu, le sacralise.

    Toutes les religions sont issues d’anciennes religions dont elles récupèrent des mythes, des symboles, des Dieux… Elles sont le plus souvent en oppositions avec la religion mourante et sont dénoncées comme hérétiques, sectaires et condamnables en tous points durant leur phase de développement. Elles prennent un caractère religieux que lorsqu’elles sont acceptées par un groupe social suffisamment large. La plupart des religions dans leur phase de croissance vont rechercher l’appui d’une force temporelle. Seule cette force leur permettra d’arriver à une masse critique suffisante pour acquérir le statut de religion. Les religions émergentes ont généralement une action bénéfique sur les anciennes religions, elles les obligent à une régénération, à une adaptation au nouvel environnement. Une question reste cependant en suspend, la traduction d’une parole révélée garde-t-elle sa nature de révélation après la traduction ?

    A notre sens un texte révélé traduit perd une partie de sa nature. A titre d’exemple, faites une lecture comparative des différentes traductions de la Bible en particulier entre des traductions issues des versions grecques et de la version hébraïque. De la même manière la traduction du tao-tö-king du père Weiger, la version de la Pléiade, les versions accessibles en langue anglaise sont très différentes voir en opposition. Il n’y a pas de traduction fidèle, aussi sauf à faire l’effort d’apprendre la langue originale, l’accès au texte et à son contenu réel ne peut être qu’aléatoire.

    La notion de révélation

    La notion de révélation est présente dans certains des livres de référence : La bible pour l’ancien testament, le Coran, le Zend Avesta, les véda pour partie. Dans ces livres, Dieu s’adresse à l’homme pour lui dicter une conduite à suivre, une règle, un acte, une sentence… Ils sont présentés comme une transcription de la parole de Dieu.

    La bible pour le nouveau testament, le Tripitaka, le Tao tö king, les Veda pour les Upanishades n’ont pas de dimension liée à la révélation. Dans ces livres, le divin est lié à une constatation (le nouveau testament) « Jean lui a rendu témoignage, et c’est écrié : c’est lui qui vient après moi. Et nous avons tous reçu de sa plénitude et grâce pour grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » ; une confrontation entre les anciens Dieux (les Dieux du panthéon bramahïste) et l’état de Boudhisttava dans le Tripitaka « Autrefois le Boudhisattava avait un cœur qui avait pénétré le vrai et qui avait aperçu l’impermanence de ce monde ; il avait compris que la gloire et l’existence sont difficiles à garder ; aussi, employait-il toutes ses richesses en libéralité. Cakra, souverain des dévas craignit qu’il lui enlevât sa place ; aussi créa-t-il miraculeusement un enfer… »; une intuition dans le taoïsme « Le sans-nom : l’origine du ciel et de la terre / L’ayant -nom : la mère de tous les êtres. / Ainsi c’est par le néant permanent que nous voulons contempler son secret,/ c’est par l’être permanent que nous voulons contempler son accès. ». Il en est de même dans les Upanishads « Cela est en mouvement, cela est sans mouvement ; Cela est lointain, Cela est aussi proche ; Cela est au-dedans de tout, Cela est hors de ce tout » Les quatre livres de Confucius occupent une place à part, car ils ne font pas référence à Dieu mais uniquement aux règles qui gouvernent la société humaine autour de la nature divine de l’Empereur. En réalité, il y a confusion entre le symbole et la fonction. L’usurpateur en place devient le symbole vivant du pouvoir et il prend par la même tous les attributs sacrés de l’Empereur Jaune créateur du ciel, de la terre et de tous les êtres qui le peuplent. (Voir à ce sujet l’histoire des Dynasties Chinoises, Coréennes et Japonaises et les mythes fondateurs qui les accompagnent).

    La notion de révélation fige la religion et le dogme à un état donné. Il est nécessaire alors de procéder à des exégèses du texte pour qu’il ne soit pas déphasé avec l’évolution sociale. Si cette structure d’exégèse est centralisée le corpus d’interprétation garde un certain niveau de cohérence. Dans les cas inverses, des courants divergents voient le jour et on assiste soit à un éclatement de la religion, soit à des dérives sectaires.

    La représentation divine

    Les Veda, le Zend Avesta sont de nature polythéiste, le dernier emprunte au premier des références déistes. Le Zend Avesta prépare l’émergence du monothéisme. La bible pour l’ancien comme pour le nouveau testament et le Coran sont monothéistes. Le Bouddhisme fait référence au panthéon brahamïste de l’époque. Pour le Bouddhisme, les Dieux sont des êtres vivants particuliers dont la vocation est de retrouver leur nature humaine pour pouvoir cheminer vers l’éveil. La notion de Dieu fait homme pour sauver ces semblables est depuis sa création incluse dans le Bouddhisme : il s’agit du vœu de Bouddhisatva.

    L’histoire de religions nous montre un continuum dans leurs évolutions, les unes remplaçant les autres en leur empruntant des Dieux et en les faisant évoluer en fonction des besoins sociaux. Les changements de religion sont généralement liés aux changements dans la société humaine. L’abandon des civilisations de chasse et de pèche modifie les rapports avec la nature et modifie les Divinités à invoquer ; la vie nomade avec l’élevage induit de nouvelles croyances ; la sédentarisation les modifie… Les religions s’entrecroisent, se modifient et se complètent les unes par rapport aux autres pour s’adapter à leur environnement. La non-adaptation provoque leur disparition : religions étrusques, grecques, romaines, védiques, certaines formes de chamanisme… ont disparu du fait de la disparition de leur « habitat » de référence. La pratique religieuse qui demeure le fondement de toute religion est éminemment liée à l’environnement économico-social du lieu de pratique… Il y a symbiose entre la religion et la société ; toute évolution sociale se traduit par une évolution de la forme religieuse. Aucune religion ne peut prétendre à l’universalité. Elles ont cependant en commun d’enseigner la perfectibilité de l’homme et de relativiser sa place dans l’univers.

    Les attributs des religions

    Chaque religion véhicule ses propres croyances. Ce qui distingue la croyance profane de la croyance religieuse est l’objet de la croyance. Est-il de nature religieuse ou de nature profane ?

    Cette distinction doit cependant être nuancée : croire en Dieu par une démarche déductive à la manière de Pascal relève-t-il d’une démarche religieuse ou d’une démarche philosophique ? La plupart part des religions font référence à des être surhumains, les premiers à apparaître étaient liés aux forces de la nature : « Maître des animaux », « Personnification des lieux et des êtres », panthéon divin correspondant aux différentes manifestations des activités humaines, chef suprême du panthéon, « Etre suprême », êtres destinés à protéger (la maison, le bétail, le feu, les cultures…), êtres fondateurs (Patriarches, Empereurs, Héros…) Certains de ces Dieux sont créés pour être contrôlables par les hommes, ils ont un rôle pratique, d’autres se situent au-dessus des hommes, ils sont les initiateurs (Dieux de la création) ou les organisateurs du monde, de la société, de la vie familiale… De cette dernière catégorie sont nés les Dieux uniques des religions monothéistes.

    Les religions véhiculent des mythes, se sont des histoires sacrées fantastiques qui racontent la création, les combats entre les bons et les mauvais Dieux, la vie des Dieux, leurs généalogies… Le mythos, le récit fantastique s’oppose alors au logos, le discours raisonné. Les religions sont servies par des rites qui visent à établir une relation entre les hommes et les Dieux. Souvent, ces rites visent à acquérir les bienfaits du Dieu au travers des offrandes, des sacrifices, des prières, de la mortification… Ces rites peuvent aussi sacraliser des changements sociaux, rites de passage, rites de mariage, rites de mort… Le caractère sacré accordé au rite donne une force supplémentaire au changement… il devient socialement irrévocable. Les religions peuvent être permissives ou intolérantes. La permissivité est le propre des religions polythéistes et des religions philosophiques. L’intolérance est le propre des religions monothéistes, un Dieu unique ne se partage pas.

    L’évolution

    Les religions apparaissent comme en constante évolution : naissance, âge adulte, vieillissement, disparition. Parallèlement à ces évolutions, y a-t-il une évolution du livre de la loi sacré ? Les livres retenus montrent différents modes d’évolution : Evolution jusqu’à une date puis fixation dans une version définitive pour la Bible, les Véda, le Zend Avesta. Des commentaires divergents existent pour chacun de ces livres, ils sont la source de nouvelles religions en rupture avec la religion initiale. Le nouveau testament est par exemple un texte de rupture. Fixation avec des commentaires qui s’incorporent au texte initial pour les Quatre Livres. Version définitive écrite rapidement après le fait générateur pour le Coran, le Tao Tö king, le Tripikata mais il existe autour de ces textes, une large littérature d’interprétation. De nouveaux volumes de la loi sacrée peuvent apparaître, dans un premier temps sous la forme de livres sectaires et hérétiques, puis lorsque la phase de maturation de la nouvelle religion sera passée, ces livres apparaîtront comme acceptables comme référence d’ordre spirituel. Le livre des Mormons devrait par exemple acquérir cet état dans quelques siècles !

    Le livre : un symbole

    Le livre, « Volume de la loi sacrée » est un symbole fort car il fait le lien entre une pratique de « métier » et la pratique religieuse. Il stigmatise la liaison entre l’homme et Dieu. Il dicte les règles de bonnes conduites. Il normalise les règles sociales. Il est la mémoire des ancêtres et des valeurs du passé. Il donne une référence pour les nouvelles valeurs. Il est le rituel des pratiques religieuses. Il est la mémoire du monde au travers de ses mythes. De tradition écrite par opposition à la tradition orale, le livre est porteur d’enseignements pour d’autres civilisations et d’autres temps. L’écrit permet de léguer aux autres les valeurs du passé. Aussi, il inscrit la démarche dans une dimension temporelle qui dépasse l’homme et la société des hommes. Certaines religions actuelles n’ont pas de support : la plupart de religions chamanistes, les religions animistes d’Afrique et d’Océanie, les religions afro-américaines… de l’absence de livre de référence, ces religions semblent exclues du contexte symbolique maçonnique. Elles sont cependant, aussi porteuses de beaucoup de sagesse ! pour elles, le livre ne serait-il pas la mémoire des hommes, des lieux, des plantes et des roches ?

    Le livre, enfin est source de sclérose, d’archaïsme, il fige les rapports des hommes avec le divin en fonction des contraintes d’un temps et d’un lieu. Parmi les livres cités dans les rituels maçonniques, peu, ont encore une force philosophique, poétique et mystique capable d’émouvoir pour créer l’adhésion. Sans cette dimension l’enseignement devient dogme, obligation et facteur de régression ou de révolte. Aussi devons-nous trouver le livre qui nous sciait pour pouvoir progresser.

    La réalité du symbole « le Volume de la loi sacrée » peut se résumer comme suit : Le rattachement d’un maçon à un courant religieux de tradition écrite. Ce rattachement peut être « de naissance » ou acquis, dans tous les cas il doit devenir l’objet d’une démarche volontaire. Par rapport à cette tradition, « le Volume de la loi sacrée » donne au Maçon ses références dans sa relation avec le divin, ce domaine n’étant pas celui de la maçonnerie. La maçonnerie enseigne qu’il est nécessaire de posséder les bases de connaissance d’un Livre, elle enseigne aussi que par rapport à cette base, il est possible d’aller plus largement ou plus profondément. Le symbolisme du compas associé au « Volume de la loi sacrée » indique clairement que le sens de la recherche va vers l’ouverture et qu’au de-là du « livre », il y a les autres livres qui sont aussi porteurs d’enseignements et de spiritualités. La diversité des livres cités donne une vision des axes de recherche.

    Le lien entre le livre et le travail en loge est indiqué dans l’ouverture des travaux : « Que venons-nous faire en Loge ? Vaincre nos passions, soumettre nos volontés et faire de nouveaux progrès en Maçonnerie ». Et « Que nos regards se tournent vers la lumière ! » Dans certaines loges, « le volume de la loi sacré » est un livre blanc, non pas pour que nous nous sentions obligé d’écrire un nouveau « volume de la loi sacrée » mais parce que chaque frère peut symboliquement y reconnaître le livre de sa propre croyance.

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