• Symboles maçonniques


    (épée de Lafayette).
    La franc-maçonnerie est une forme d'organisation associative, qui
    recrute ses membres par cooptation1 et pratique des rituels initiatiques
    faisant référence à un secret maçonnique et à l'art de bâtir.
    Apparue en Écosse2 puis en Angleterre au XVIIe siècle, elle se décrit,
    suivant les époques, les pays et les formes, comme une « association
    essentiellement philosophique et philanthropique », comme un
    « système de morale illustré par des symboles » ou comme un « ordre
    initiatique ». Organisée en obédiences depuis 1717 à Londres, la franc-maçonnerie dite spéculative -
    c'est-à-dire philosophique - fait référence aux Anciens Devoirs de la maçonnerie dite opérative formée
    par les corporations de bâtisseurs qui édifièrent, entre autres, les cathédrales.
    Elle prodigue un enseignement ésotérique, adogmatique et progressif à l'aide de symboles et de rituels.
    Elle encourage ses membres à oeuvrer pour le progrès de l'humanité, tout en laissant à chacun de ses
    membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots4. La bienfaisance est l'un de ses
    moyens d'action5. Sa vocation se veut universelle6 bien que ses pratiques et ses modes d'organisation
    soient extrêmement variables selon les pays et les époques7. Elle réunit, dans de nombreux pays répartis
    sur toute la surface du globe, des personnes qui se sont donné pour but de travailler à leur amélioration
    spirituelle et morale.
    Elle s'est structurée au fil des siècles autour d'un grand nombre de rites et de traditions, ce qui a
    entraîné la création d'une multitude d'obédiences qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles très
    variables selon les époques et les pays.


    Jardins du George Washington Masonic National
    Memorial


    Histoire
    L'historiographie maçonnique
    Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'histoire de la franc-maçonnerie fut exclue du champ de l'histoire
    universitaire classique. Depuis, l'historiographie maçonnique a pu se développer et se constituer en une
    discipline autonome, la maçonnologie, consacrée à une étude élargie de l'univers culturel et intellectuel
    très varié que constitue la franc-maçonnerie.
    La franc-maçonnerie offre à l'historien de nombreux documents (manuscrits, diplômes, gravures,
    caricatures, articles de journaux, imprimés). Elle a produit également un grand nombre d'objets rituels
    (tabliers maçonniques, tableaux de loge, vaisselle, médailles commémoratives, etc.), mais également de
    la vie courante (montres, pipes, tabatières, sujets en faïence) exposés au public dans plusieurs musées
    ou expositions permanentes.
    Origines légendaires
    Bien que les premières véritables loges de francs-maçons, distinctes des corporations, soient apparues
    au XVIIe siècle, en Écosse, la franc-maçonnerie a toujours ajouté à cette origine historique une origine
    légendaire et symbolique plus ancienne, support du travail initiatique de ses membres.
    Les premiers francs-maçons positionnaient symboliquement cette origine mythique aux origines de la
    maçonnerie elle-même (comprendre aux origines de l'art de bâtir). Dans un siècle où les travaux de la
    paléontologie n'existaient pas encore, il fut tout naturel pour eux de placer cette origine à l'époque
    d'Adam (le premier homme, selon la conception de l'époque), à celle de Noé (construction de l'arche et
    religion première) ou, beaucoup plus fréquemment, à celle de la construction du temple de Salomon
    par l'architecte Hiram Abi.
    Vers 1390 déjà, le manuscrit Régius, qui décrivait les usages des maçons anglais, plaçait
    emblématiquement leur corporation sous l'égide d'Euclide et de Pythagore, pères de la géométrie, et
    sous la protection du roi Athelstan d'Angleterre.
    En 1736, en France, le chevalier de Ramsay rattache la franc-maçonnerie aux Croisés. D'autres, un peu
    plus tard, transformeront cette référence en une référence symbolique au Saint Empire romain
    germanique, ou à l'Ordre du Temple (en Allemagne, en Angleterre et en France).
    Suite à la parution en France du Séthos de l'abbé Jean Terrasson en 1731 puis à la redécouverte de
    l'Égypte antique par les occidentaux, c'est tout naturellement que certains rituels maçonniques
    déplacèrent l'origine symbolique à l'époque de la construction des pyramides.
    Au milieu du XIXe siècle romantique enfin, à l'occasion de la redécouverte de l'héritage du Moyen Âge,
    le mythe maçonnique renforça tout aussi naturellement ses références à la construction des cathédrales.
    Derrière toutes ces apparentes modifications symboliques se détache clairement une constante : la
    franc-maçonnerie s'est toujours placée sous le patronage symbolique de tous ceux qui firent progresser,
    tout au long de l'histoire, l'art de bâtir et les valeurs dont elle se réclame.
    Fondation des premières loges
    Une Loge Maçonnique est une structure locale regroupant typiquement quelques
    dizaines de francs-maçons.
    La plus ancienne loge maçonnique connue dont on puisse clairement établir qu'elle était
    structurellement distincte de la corporation locale de maçons opératifs (à laquelle elle restait cependant
    adossée) fut celle de Mary's Chapel, fondée en 1599 sous l'autorité de William de Saint Clair, à
    Édimbourg en Écosse. Comme elle, la plupart des toutes premières loges maçonniques distinctes des
    corporations sont écossaises et créées sous le régime des statuts dits Statuts Shaw. Elles sont jalouses
    de leur indépendance et pratiquent :
    • soit l'ancienne cérémonie d'admission datant des corporations et connue sous le nom de « Rite
    des Anciens Devoirs »
    • soit, à partir des années 1630 et en milieu presbytérien, un rituel d'initiation fort simple, connu
    sous le nom de « Rite du Mot de maçon ». Ce rituel comporte la transmission d'un « secret », à
    l'origine composée uniquement d'une poignée de main et de deux mots de passe.
    Ces deux rites sont comparables à ceux qu'on peut trouver dans d'autres corporations ou confréries de
    métiers de l'époque, telle que, par exemple, celle des francs jardiniers. Toutefois, la prééminence
    donnée dans la société de l'époque au métier de maçon, leur réputation et celle de leur rituel attirèrent
    dans leurs rangs, surtout à partir de 1670, d'assez nombreux gentilshommes et bourgeois. Assez
    souvent ceux-ci, après avoir reçu l'initiation maçonnique, continuaient à se passionner pour le sujet
    mais fréquentaient assez peu les réunions ordinaires de leurs loges.
    Avant la fin du XVIIe siècle, il y eut également une trentaine de loges en Angleterre. Sir Robert Moray
    fut initié à Newcastle le 20 mai 1641 et le célèbre savant Elias Ashmole dans la loge de Warrington,
    Lancashire, le 16 octobre 1646. D'après son journal, ce dernier continua à s'intéresser à la francmaçonnerie
    mais ne retourna en loge que quelques vingt ans plus tard.
    Les loges maçonniques britanniques de cette époque rassemblent essentiellement des citadins de
    condition modeste, des artisans et des petits commerçants. Elles n'ont presque plus de liens avec le
    métier de maçon et ressemblent beaucoup aux sociétés amicales comme celles des francs jardiniers ou
    des Odd Fellows. Leur objet principal est la bienfaisance et l'entraide mutuelle, à une époque où il
    n'existe pas de protection sociale publique. Elles aident leurs membres malades ou privés d'emploi,
    participent aux frais de leurs obsèques et assistent si besoin leurs veuves ou leurs orphelins. Les
    cérémonies et rituels de l'époque sont fort simples.
    Il semblerait que cette séparation d'avec le métier se soit réalisée de deux manières différentes, selon
    les lieux : dans certaines villes, elle se serait produite au sein même des anciennes loges de métier, alors
    que dans d'autres, elle aurait eu lieu par extinction progressive des loges
    « opératives » (de métier) au profit des loges du nouveau type,
    « spéculatives » (c’est-à-dire philosophiques).
    La Loge d'Alnwich fut fondée en 1701 et celle de York en 1705.
    Fondation des premières Grandes Loges la taverne « Goose and Gridiron », à
    Londres.
    Une Grande Loge est un regroupement de plusieurs loges.
    Le 24 juin 1717, jour de la fête de la Saint Jean, quatre loges londoniennes (« L’Oie et le Grill », « Le
    Gobelet et les Raisins », « Le Pommier » et « La Couronne ») se réunirent dans la taverne à l'enseigne
    « The Goose and Gridiron » et formèrent la première Grande Loge, la Grande Loge de Londres et de
    Westminster.
    Ce groupe sera plus tard appelé, informellement, les « Moderns ». Il s'appuiera sur les constitutions
    publiées en janvier 1723 par le pasteur écossais presbytérien James Anderson avec l'appui du pasteur et
    scientifique anglican Désaguliers et opèrera une synthèse entre la maçonnerie anglicane du « Rite des
    Anciens Devoirs » et la maçonnerie d'origine calviniste du « Rite du Mot de maçon », substituant à ces
    deux rattachements confessionnels un rattachement plus vaste au concept de « religion naturelle » qu'il
    encadre toutefois par ses références à la « Sainte Trinité ».


    Tableau des loges de la Grande Loge de Londres vers 1735.
    C'est à partir de cette Grande Loge que la franc-maçonnerie se répandit
    en une vingtaine d'années dans toute l'Europe puis progressivement dans
    l'ensemble des colonies européennes, ce qui incluait à l'époque
    l'Amérique, l'Australie et une bonne partie de l'Afrique et de l'Asie. C'est
    ainsi qu'apparurent, par exemple, la Grande Loge d'Irlande (1725), la Grande Loge d'Écosse (1736) ou
    la Grande Loge de France de 1738.
    Quelques années plus tard autour de la Loge d'York puis surtout autour d'autres loges londoniennes,
    une autre Grande Loge anglaise, sous le nom de Grand Lodge of Ancient Masons, se forma et s'opposa
    à la première, à laquelle elle reprochait d'avoir déchristianisé le rituel. Elle s'appuiera sur les
    constitutions de Laurence Dermott (Ahiman Rezon - 1751) et inspirera à son tour un certain nombre de
    loges en-dehors du Royaume-Uni19, ainsi que dans les colonies d'Amérique du Nord.
    À l'époque des guerres napoléoniennes et du premier affrontement des empires européens, les deux
    Grandes Loges britanniques se rassemblèrent en 1813 autour d'une nouvelle obédience, nommée
    Grande Loge unie d'Angleterre (United Grand Lodge of England) dans un « Traité d'Union »
    d'inspiration plus « ancienne » que « moderne ». Dans le même temps, l'empereur Napoléon Ier imposait
    en France la réorganisation de la franc-maçonnerie autour du Grand Orient de France et d'une
    orientation plus proche de celle des « modernes ».
    Développement des différents rites maçonniques
    Rite maçonnique.
    Un rite maçonnique est un ensemble cohérent de rituels et de pratiques maçonniques.
    Au XVIIe siècle, les rituels maçonniques, beaucoup plus simples que ceux du siècle suivant, n'étaient
    pas censés être écrits et n'étaient jamais imprimés. Ils ne sont plus connus de nos jours que grâce à un
    très petit nombre de notes manuscrites ayant échappé à la règle et au temps, ainsi que par quelques
    anciennes divulgations. L'étude de ces documents montre qu'ils évoluèrent assez considérablement au
    fil du temps.


    Plat maçonnique en Faïence
    France, XVIIIe siècle
    Au XVIIIe siècle, après la réorganisation des pratiques consécutive à la
    fondation des premières Grandes Loges, les Anciens et les Modernes
    pratiquent de nouveau des rituels assez similaires, qui ne se distinguent que par un assez petit nombre
    de points remarquables, tels que la place de certains éléments symboliques, la manière de transmettre
    les mots de passe, ou une référence plus ou moins importante à la religion chrétienne.
    Cependant, dès les années 1740, on voit apparaître de nouvelles divergences, à côté des rituels
    traditionnels des trois premiers degrés, sous la forme de plusieurs centaines de rituels de degrés
    additionnels dits de « hauts grades » dont beaucoup n'étaient que des variantes les uns des autres, ou
    restèrent à l'état de projets, ou ne furent en réalité jamais vraiment pratiqués. Cette multiplication des
    rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser les pratiques et à les rassembler en
    ensembles cohérents et stables : les rites maçonniques. Les plus connus à travers le monde sont, outre
    le Rite des Anciens Devoirs et le Rite du Mot de maçon déjà mentionnés mais aujourd'hui disparus, le
    Rite émulation, le Rite écossais ancien et accepté, le Rite d'York et le Rite Français. Un peu plus d'une
    dizaine d'autres, d'ancienneté et de notoriété extrêmement diverses, sont pratiqués à travers le monde.
    En 1830, le livre intitulé « le Tuileur de Vuillaume » en recensait pas moins de 52 en tout, dont
    beaucoup ne sont plus usités de nos jours.
    Les différences entre tous ces rites sont généralement minimes en ce qui concerne les trois degrés
    fondamentaux de la franc-maçonnerie, et ne deviennent substantielles qu'au niveau des degrés
    additionnels et facultatifs parfois nommés « hauts grades ».
    Organisation
    La franc-maçonnerie est organisée en loges, qui sont les groupes fondamentaux, les seuls qui disposent
    du pouvoir essentiel en franc-maçonnerie : celui d'initier de nouveaux membres. Ces loges sont ellesmêmes
    regroupées en obédiences qui sont des fédérations de loges (ou ateliers) ou de rites. Enfin,
    l'expression « Ordre maçonnique » désigne l'idéal d'une franc-maçonnerie universelle. Cette
    organisation en loges et ordres fut largement copiée par la suite par de nombreuses sociétés amicales
    non maçonniques, principalement au Royaume-Uni et aux États-Unis.
    Les deux branches principales [modifier]
    Régularité maçonnique.


    Franc-maçon anglais au XIXe siècle
    Bien qu'il existe un nombre important d'obédiences maçonniques, toutes très
    différentes dans leurs pratiques et leurs conceptions, on peut néanmoins tenter de les
    répartir en deux branches principales. Si on devait nommer ces deux branches de la
    franc-maçonnerie, on pourrait leur donner le surnom approximatif, et quelque peu
    réducteur, de branches libérale et traditionnelle.
    • La branche traditionnelle est la branche la plus répandue dans le monde. Elle regroupe surtout
    les obédiences qui s'intitulent « régulières », c'est-à-dire qui se réfèrent aux usages anciens
    (« Anciens Devoirs »), codifiés au cours du temps dans différentes listes de « règles » ou de
    « landmarks ». Elle a comme caractéristique principale de ne pas traiter de sujet politique ou
    religieux, et donc de question se rapportant à la construction de la société. Cette branche
    « traditionnelle » peut à son tour être séparée en deux groupes :
    o Le groupe « principal » (mainstream) est numériquement de loin le groupe le plus
    important dans le monde. Il est composé par l'ensemble des Grandes Loges qui sont
    reconnues comme « régulières » entre elles et par la Grande Loge Unie d'Angleterre
    (United Grand Lodge of England) et qui la considèrent en retour comme la Grande Loge
    mère de toutes les obédiences régulières. La Grande Loge Unie d’Angleterre n’a pas
    d’autre action directe sur le plan international que celle d’accorder, refuser ou retirer sa
    "reconnaissance" mais le soin scrupuleux que met cette obédience à respecter et à faire
    respecter les principes qu'elle a été la première à codifier en 1929 dans les 8 « principes
    de base pour la reconnaissance par elle des autres grandes loges »21, parfois aussi appelés
    « règle en 8 points », donne à ses « reconnaissances » en ce domaine un poids et un
    prestige particuliers.
    o L'ensemble des autres obédiences traditionnelles qui, tout en respectant les Anciens
    Devoirs, ne sont pas reconnues par le groupe principal pour diverses autres raisons,
    telles que la préférence accordée à une autre obédience régulière dans le même pays.
    • La branche libérale qui s'intitule parfois « adogmatique » (parce qu'elle n'impose aucune
    croyance particulière et accepte les athées) poursuit la tradition d'ouverture et de tolérance de la
    Grande Loge d'Angleterre dite des Moderns d'avant 1813. Elle refuse de reconnaître celles des
    grandes loges traditionnelles qui pratiquent la ségrégation raciale (grandes loges
    « caucasiennes » des USA) ou religieuse (grandes loges exclusivement chrétiennes de
    Scandinavie). Les travaux de ses loges sont spirituels, sociaux voire politiques pour les
    obédiences les plus libérales. Le Grand Orient de France, né en 1773 et descendant des
    premières loges françaises de 1728 est aujourd'hui l'obédience la plus ancienne de cette
    branche. La Maçonnerie Libérale est composée d'obédiences masculines, mixtes et féminines.
    Des accords les lient souvent entre elles, mais pas toujours.
    Le schisme de 1877
    Il fut une époque où le Grand Orient de France (G.O.D.F.) et la Maçonnerie anglo-américaine se
    reconnaissaient mutuellement, mais la plupart des obédiences régulières cessèrent leurs relations avec
    le G.O.D.F. après que celui-ci modifia sa constitution en 1877, à une époque où l'Église catholique
    romaine, alors très majoritaire en France, condamnait avec vigueur à la fois la franc-maçonnerie et les
    institutions républicaines de la France. Il rendit en premier lieu facultative la référence au Grand
    Architecte de l'Univers (G.A.D.L.U.) dans ses rituels. Il les expurgea aussi en très grande partie des
    symboles et enseignements relevant d'une transcendance judéo-chrétienne
    Le G.O.D.F. n'imposant ainsi plus à ses membres la croyance en l'immortalité de l'âme, ni la référence
    à Dieu sous le nom de Grand Architecte de l'Univers, la Grande Loge unie d'Angleterre, après plusieurs
    requêtes et démarches, le déclara irrégulier de par le monde. Elle fut au fil du temps suivie dans cette
    démarche par toutes les autres obédiences de son groupe et cette situation est toujours d'actualité
    aujourd'hui.
    Toutefois, une étude américaine récente a démontré que le Grand Orient de France avait déjà
    commencé à perdre la reconnaissance de certaines Grandes Loges des USA dès 1869 pour d'autres
    raisons, liées à la politique raciale de ces grandes loges, et qu'inversement, il conserva des relations de
    reconnaissance avec 12 autres Grandes Loges américaines après 1918.
    Par pays


    Implantation de la franc-maçonnerie dans le monde
    Dès son origine, la franc-maçonnerie vit le paradoxe de proclamer une recherche d'universalisme, tout
    en existant sous des modes extrêmement différents selon les époques et les pays.
    Elle vit actuellement une crise identitaire et ne comptait plus qu'entre 2 et 4 millions d'adhérents dans le
    monde en 200526, contre 7 millions dans les années 1950. Cette crise touche principalement la
    maçonnerie anglo-américaine qui était devenue de très loin la plus importante numériquement au cours
    du XXe siècle mais qui a perdu la moitié de ses effectifs au cours des quarante dernières années. La
    France est comparativement l'un des pays où elle résiste le mieux ainsi que la Belgique.
    Dans la plupart des pays latins, c'est la franc-maçonnerie adogmatique, dite libérale qui prédomine. Elle
    est ainsi très présente en Europe (elle constitue l'essentiel de la maçonnerie européenne) et en
    Amérique latine. Au Canada, elle est assez marginale et elle est quasi-inexistante aux États-Unis, où les
    rares loges libérales sont principalement fréquentées par des européens résidents ou de passage.
    Tout le reste du monde tend plutôt à suivre la branche anglo-américaine « mainstream ».
    Dans certains pays, toutefois, les deux mouvements coexistent, soit dans une relation amicale de
    compréhension mutuelle (en particulier dans certaines régions où la franc-maçonnerie, toutes tendances
    confondues, a été particulièrement persécutée), soit avec des rapports plus tendus.
    Pratiques
    Les pratiques varient dans leurs détails suivant le rite suivi par la loge. Toutefois, il existe d'assez
    nombreuses constantes:
    Recrutement
    Si la cooptation est la règle en franc-maçonnerie, chacun est cependant libre de déposer sa candidature.
    Les sites web de certaines obédiences fournissent même un formulaire qu'il suffit d'utiliser. Si on
    connaît l'adresse d'une loge particulière, il est également possible de lui écrire. En pratique, il y a peu
    de candidatures spontanées : la plupart des postulants connaissent un membre de la loge qui leur a
    proposé de les instruire sur la démarche maçonnique et de parrainer leur candidature. Cependant le
    processus d'admission est le même pour tous et prend du temps.
    Il faut être majeur ainsi que libre et de bonnes moeurs pour devenir franc-maçon. Si cette Liberté visait
    autrefois à exclure l'esclave, son interprétation évolua rapidement au sens de libre de tout préjugé,
    ouvert à une remise en question de soi. Être « de bonnes moeurs » se traduit aujourd'hui, entre autres,
    par un casier judiciaire vierge. Une fois la candidature introduite, le postulant pourra être interviewé à
    différentes reprises pour évaluer si sa démarche est honnête, sincère, mûrie et motivée, et si elle
    s'adresse à la loge la plus susceptible de correspondre au sens de sa quête spirituelle. En fonction de
    leurs landmarks, certaines obédiences de la branche traditionnelle exigent que le candidat soit chrétien
    (Grande Loges scandinaves), d'autres ne lui demandent que d'affirmer sa foi en Dieu, d'autres enfin se
    bornent à exiger de lui qu'il accepte l'existence d'un Être suprême. Dans les obédiences libérales,
    aucune croyance particulière n'est exigée.
    Au terme de la procédure, à l'issue d'une audition sous le bandeau devant la loge réunie, celle-ci décide
    en toute souveraineté d'initier — ou non — un nouveau membre. En cas de refus, le ou les parrains
    aident le candidat malheureux à analyser son échec et, à moins d'un motif grave, une nouvelle demande
    peut être introduite au bout d'une période de maturation. On dira de ce candidat qu'il s'est fait
    blackbouler, le vote des membres de la loge se faisant traditionnellement à l'aide de boules blanches et
    noires.
    Un franc-maçon peut à tout moment se mettre « en sommeil » - c'est-à-dire cesser de participer aux
    activités tout en continuant de payer sa cotisation - ou présenter sa démission. Les maçons aiment dire
    que la difficulté d'y entrer et la facilité d'en sortir font de la franc-maçonnerie tout le contraire d'une
    secte.
    Initiation


    Rituel d'initiation  Gravure anglaise, 1809
    Une fois le candidat accepté par la loge, il est initié
    au cours d'une cérémonie particulière. Celle-ci
    peut être légèrement différente selon les rites, mais
    son déroulement consiste toujours en une série
    d'épreuves qui mènent symboliquement l'impétrant
    d'un état d'obscurité, d'aliénation et d'enfermement
    à un état d'illumination, d'ouverture et de liberté.
    Les premiers signes de reconnaissance lui sont
    alors enseignés et l'initié devient apprenti.
    Statut des membres
    Dans cette société initiatique, les frères et soeurs sont d'abord « apprentis » avant de passer
    « compagnons » puis d'être élevés à la « maîtrise ». Durant tout le temps où le nouveau membre sera
    apprenti, il ne lui sera pas permis de prendre la parole au sein de la loge : il devra seulement écouter,
    afin de s'imprégner de l'esprit des tenues.
    À ces trois degrés fondamentaux s'ajoutent différents systèmes facultatifs de « hauts grades »
    échelonnés sur un nombre variable de degrés additionnels (trente degrés supplémentaires au Rite
    Écossais Ancien et Accepté, quatre au Rite Écossais Rectifié, six au Rite Opératif de Salomon et
    jusqu'à 90 et 96 dans certains rites égyptiens. Dans les systèmes où ils sont nombreux, seuls quelquesuns
    de ces grades sont réellement pratiqués lors des "tenues".
    Une loge est encadrée par les « cinq lumières » : le vénérable maître en chaire (ou président), le
    premier surveillant, le second surveillant, l'orateur (dans les rites d'origine française) et le secrétaire. Il
    existe aussi d'autres « officiers » occupant des fonctions (offices) spécifiques. Celles-ci n'ont aucun
    rapport avec le grade ou degré (hormis qu'il faille être maître depuis deux ou trois ans). Les officiers
    sont généralement élus chaque année par la loge. Suivant les loges, les fonctions sont reconductibles
    deux ou trois ans.
    Les tenues
    Les francs-maçons se réunissent dans des temples où les réunions, appelées tenues, se déroulent selon
    le rituel adopté par l'atelier, le rite ou l'obédience. Les maçons portent un tablier et des gants blancs, les
    officiers sont en outre munis d'objets symboliques (maillet, glaive, …). Les tenues sont présidées par le
    Vénérable Maître en chaire. Certaines tenues sont dites « blanches ouvertes » parce qu'elles sont
    ouvertes à des profanes, d'autres « blanches fermées » car l'orateur est profane et l'assemblée composée
    de maçons.
    Dans la tradition d'origine française, les membres de la loge présentent à tour de rôle, pendant la
    "tenue", des travaux de réflexion symboliques, philosophiques, sociaux ou d'actualité nommés
    morceaux d'architecture ou plus communément « planches » qui sont ensuite discutés au sein de la
    loge. Dans la tradition d'origine britannique, ces exposés sont le plus souvent présentés en dehors des
    tenues symboliques.


    Banquet maçonnique, France, vers 1840.
    Une des particularités de la discussion en loge repose sur des principes
    dont l'efficacité est avérée :
    • on demande au vénérable la prise de parole ;
    • on s'adresse à lui ;
    • c'est le vénérable qui dirige les débats et passe la parole à ceux qui l'ont demandée ou qui
    peuvent être utiles à la progression du sujet traité ;
    • on s'exprime avec courtoisie en respectant le point de vue des autres;
    • on n'interrompt en aucun cas celui qui a la parole et on ne manifeste en aucune manière son
    approbation ou sa désapprobation tant qu'on n'a pas obtenu la parole pour ce faire.
    Enfin, certaines tenues sont consacrées à des événements particuliers : ouverture de la loge en début
    d'année, initiations de profanes, banquet rituel aux solstices d'hivers et d'été, élections de fin d'année,
    etc.
    Il est intéressant de noter qu'au rite émulation, les agapes, toujours rituelles, sont censées être le
    prolongement naturel et obligatoire de la tenue.
    Valeurs et objectifs affichés
    La maçonnerie revendique un certain nombre de valeurs. Ses membres s'estiment ainsi liés par des
    idéaux, tant éthiques que métaphysiques.
    Croyances religieuses
    Le Grand Architecte de l'Univers. Par William Blake, 1794

    conservé au
    British Museum.
    L’esprit de tolérance fait partie des valeurs affichées par la francmaçonnerie.
    La spiritualité étant omniprésente autant dans le symbolisme que dans la
    démarche philosophique sur laquelle repose l'ensemble de la francmaçonnerie,
    la très grande majorité des loges requiert la croyance en un
    « Être Suprême » ou « Grand Architecte de l'Univers ». Mais le terme de
    « Grand Architecte » peut être interprété de façon très diverse d'une loge
    à l'autre. Il est parfois entendu de manière symbolique, en incluant des
    visions traditionnelles de « Dieu » ou de la Nature, dans le sens de Baruch Spinoza et Goethe, ou des
    visions athées de « réalité ultime », ou d'unité cosmique comme on peut en trouver dans certaines
    religions orientales et dans l'idéalisme occidental. D'autres loges, principalement nord-américaines,
    récusent les acceptations dérivées des religions naturalistes et humanistes. Depuis le début du
    XIXe siècle, certaines obédiences ont des exigences religieuses supplémentaires, comme le théisme ou
    la croyance en l'immortalité de l'âme. La franc-maçonnerie qui prédomine en Scandinavie accepte
    uniquement les chrétiens.
    Dans les branches dérivées de la franc-maçonnerie dite "libérale", cette croyance en un « Être
    Suprême » est facultative et les agnostiques ou les athées sont acceptés sans problème, ce qui est
    devenu la principale cause des mésententes entre les obédiences traditionnelles et libérales.
    Place de la femme]
    Femmes en franc-maçonnerie.
    La position de la femme dans la franc-maçonnerie est complexe. Ainsi selon le dictionnaire des
    symboles :
    « La Franc-maçonnerie serait à ranger parmi les initiations polaires masculines ; d'où les difficultés
    rencontrées pour résoudre le problème, diversement tranché selon les obédiences, de l'admission des
    femmes aux mystères maçonniques »


    Réception d'une jeune femme dans une loge d'adoption du Premier
    Empire.
    De nombreuses initiations de femmes eurent lieu en France au
    XVIIIe siècle où des loges dites d'adoption furent créées dès 1740, puis
    rassemblées sous l'égide du Grand Orient de France. Frères et Soeurs
    procédaient parfois à des tenues communes. Après la Révolution, ces loges d'adoption se recréèrent
    sous l'Empire en perdant toutefois le caractère indépendant voire frondeur qu'elles avaient eu au
    XVIIIe siècle. Il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour voir en 1882 une loge de la Grande Loge
    symbolique écossaise initier Maria Deraismes, journaliste et militante féministe. Celle-ci fondera par la
    suite l'obédience mixte internationale du Droit humain.
    De nos jours, dans la plupart des pays européens, les femmes peuvent rejoindre des obédiences mixtes
    ou exclusivement féminines, les plus anciennes étant l'Ordre maçonnique mixte international Le Droit
    humain, fondé en 1901 et l' Order of Women Freemasons, fondé en 1908.
    Les obédiences libérales reconnaissent généralement les loges mixtes et féminines. Certaines, comme
    le Grand Orient de France, reconnaissent les loges féminines et acceptent la présence de femmes dans
    leurs loges, mais ne les initient pas.
    La franc-maçonnerie de la branche traditionnelle, en revanche, ne reconnaît formellement aucun groupe
    acceptant les femmes, bien que dans de nombreux pays des relations informelles ou des coopérations
    ponctuelles puissent exister. C'est ainsi par exemple que la Grande Loge unie d'Angleterre considère
    depuis 1998 que certaines loges mixtes doivent être vues comme faisant partie de la Franc-Maçonnerie,
    sans pouvoir être reconnues officiellement dans un traité autorisant des visites mutuelles.
    En Amérique du Nord (États-Unis et Canada), il est plus commun que les femmes ne rejoignent pas la
    franc-maçonnerie directement mais via des associations distinctes, comportant leurs propres traditions
    et leurs propres rituels, comme the Order of the Eastern Star ou Daughters of the Nile qui fonctionnent
    de concert avec les loges maçonniques traditionnelles. Bien que l'Amérique du Nord suive
    généralement l'Angleterre sur de nombreux points, c'est sur ce continent que se concentre aujourd'hui
    principalement la résistance à la reconnaissance des femmes franc-maçonnes.
    Symbolique
    La franc-maçonnerie « symbolique » ou « bleue », celle des trois premiers degrés de l'initiation,
    emprunte beaucoup de ses symboles à l'art de bâtir pratiqué par les constructeurs des cathédrales au
    Moyen Âge qu'elle considère comme ses prédécesseurs et dont elle a hérité la notion même de loge,
    l'endroit où se réunissent les ouvriers. À ce titre, la franc-maçonnerie ou Art royal a des points
    communs avec le compagnonnage et partage avec lui des symboles et valeurs. Les francs-maçons se
    disent spéculatifs (du latin speculare, réfléchir) par rapport aux compagnons maçons qu'ils qualifient
    d'opératifs.
    L'équerre et le compas, le maillet et le ciseau, le niveau et le fil à plomb, la règle et le levier, la truelle
    et bien d'autres symboles appartiennent à cette tradition. Quant au personnage d'Hiram et au mytho
    drame qui le présente comme l' architecte du temple de Salomon, il opère une rupture avec la tradition
    opérative et amorce une transition avec des thèmes symboliques explorés aux degrés suivants comme
    l'alchimie, la kabbale et la tradition chevaleresque. Mozart, lui-même franc-maçon, dans son opéra : La
    Flûte enchantée, fait usage du symbolisme de la franc-maçonnerie
    Ésotérisme
    Bien qu'elle ne propose pas à proprement parler une doctrine qui serait cachée aux non-initiés, la francmaçonnerie
    est parfois considérée comme ésotérique dans sa pratique, dont certains aspects ne sont
    généralement pas révélés au public.
    Plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer ces « secrets » :
    • La maîtrise des pratiques tenues secrètes (par exemple la maîtrise de certaines gestuelles) sert
    de moyen de reconnaissance entre les francs-maçons.
    • La franc-maçonnerie utilise, pour explorer les problèmes éthiques, un système d'initiation par
    degrés qui ne peut se concevoir qu'au moyen d'un enseignement et d'une révélation progressive.
    • Elle s'est développée à un moment où le souvenir des guerres de religion et des persécutions
    religieuses était encore très présent dans les mémoires, et où il valait mieux se cacher pour
    parler librement de sujets sensibles.
    Toutefois, tous les rituels appartenant au processus d'initiation ayant tous été publiés depuis longtemps,
    certains considèrent qu'il n'y aurait plus aucun secret à découvrir en franc-maçonnerie en dehors de
    ceux que constituent, selon les adeptes, la « magie du vécu » et l'élaboration lente d'une compréhension
    intime du processus initiatique maçonnique, incommunicables par nature à qui ne les a jamais
    expérimentées.
    La franc-maçonnerie se présente donc aujourd'hui plus souvent comme une société « discrète » que
    comme une société « secrète ». Chaque maçon est libre de se dévoiler mais ne peut dévoiler un autre
    maçon vivant.

     


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