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    PERSISTANCES DU DRUIDISME

    par Gobannogenos

    Les dieux ne regardent ni les indolents,

    ni les approximatifs, ni surtout les ignorants

    Depuis les temps de la conquete romaine se sont levees dans nos campagnes, se cachant dans nos forets, des

    generations de "resistants". Transmettant les ancestrales valeurs de leurs origines et de leur terre, se dressant

    contre les oppresseurs et les conformismes, ces groupes insoumis se structurerent en reseaux, puis

    s'organiserent a travers les ages en societes et obediences.

    Pourtant, de siecle en siecle, des bandes, puis des pans entiers de ces collectivites clandestines voulurent

    "sortir de la foret" : ils commencaient en pactisant avec les puissants, puis collaboraient franchement avec eux.

    Mais pour cette fin ils devaient renier peu a peu leur caracteristiques les plus heterodoxes ; redoutes en tant

    que paiens par les bien-pensants ils finirent trop souvent sur les buchers comme sorciers et heretiques : ils se

    recouvrirent donc d'alibis pouvant convenir a des chretiens; ainsi, certains iront jusqu'a devenir pretres ou

    moines; d'autres simulerent d'en adopter la mythologie.

    L'expose qui va suivre s'appuie essentiellement sur un large eventail de faits mythiques et historiques dont

    la mise en relation et l'ensemble constituent un reseau assez dense de presomptions convaincantes pour que l'on

    puisse envisager qu'il y ait la matiere a reflexion.

    Lorsque l'on jette, par exemple, un regard sur la franc-maconnerie et que l'on connait l'actuel druidisme (et

    inversement), on remarque d'emblee bon nombre de similitudes entre ces societes de pensee. Tres souvent,

    jusqu'a ces derniers temps, il en avait ete facilement – et trop rapidement – deduit que les colleges druidiques

    contemporains avaient puise "a pleins rituels" dans le patrimoine de la franc-maconnerie.

    Or, l'examen des documents concernant les Celtes de l'Antiquite, l'etude de la litterature irlandaise

    medievale mais aussi celle de l'ensemble de l'histoire de l'Extreme Occident, durant pres de deux millenaires,

    conduisent a revoir ce genre d'appreciation. D'ailleurs, l'Eglise ne s'y est jamais trompe, puisqu'un auteur

    catholique ecrivait en 1 717

     

    : il paraît bien que les maçons sont des descendants attentifs à recueillir les successions

    systématiques de leurs ancêtres. On voit trop, au vrai, revivre dans la maçonnerie les maximes de ces payens dont elle implore les

    auspices

     

     

    . (1)

    Il s'avere, en effet, que l'essentiel de ce qui fait le fonds maconnique existait deja chez nos peuples, depuis

    la nuit des temps, en tant qu'ossature du druidisme.

     

    Les héros et les dieux, a dit Gustave Le Bon, condensent en

    lumineuses synthèses les obscures aspirations des peuples

     

     

    . Et c'est effectivement par l'evocation des heros et des dieux,

    c'est-a-dire par le mythe, qu'a ete entretenue, a travers les siecles et jusqu'a notre epoque, l'identite de la culture

    europeenne.

    L'Europe, depuis deux millenaires vit une superposition culturelle, ... et spirituelle. Se cotoient et

    s'opposent, parfois s'interpenetrent la culture des dominants – qui est aussi celle des conformistes, des soumis

    – et la culture des refractaires. Les dominants furent d'abord Rome et ses suppletifs indigenes, ensuite les

    adeptes du christianisme, puis finalement les tenants d'autres ideologies. Face a ces dominants, se sont toujours

    dresses, souvent contraints a la clandestinite, les fideles de la tradition, les transmetteurs des mythes

    ancestraux.

    Il conviendrait, avant toute chose, que le lecteur interesse consulte sur ce sujet l'etude d'Artonouios

    (Morvan Marchal),

     

    Le druidisme et les traditions initiatiques, publie dans les numeros 2 (3eme trimestre 1 943) et

    3-4 (1

     

    er & 2nd trimestre 1 943) de la revue Nemeton, puis repris par Ialon dans ses numeros 9, 10 et 11

    (respectivement de Samonios 3 867 / 1 996, 3 868 / 1 997, 3 869 / 1 998).

    COMPARAISON DE QUELQUES RITES

    "A la parole, il faut joindre le geste"

     

     

    , affirme la sagesse populaire. C'est ainsi que l'enonce du mythe va etre

    accompagne par les symboles, le rite, la liturgie. Les messages cryptes des mythes anciens vont donc souvent se

    doubler de ceremonies cultuelles plus ou moins developpees. Mais regardons justement quelques rites et faits de

    legendes celtiques que l'on retrouve, entre beaucoup d'autres, dans la franc-maconnerie :

    â–ª L'initiation d'abord : la transmission de l'esprit de l'ordre, c'est-a-dire la consecration, est bien prouvee chez les

    Celtes antiques en tant que rite d'agregation a une classe sociale fermee. Les initiations guerrieres sont souvent

    decrites. L'initiation sacerdotale est plus discrete car les membres de cette fonction ont toujours cele tres

    jalousement les details de leurs ceremonies. Les druides, en effet, ne livraient pas au vulgaire leur science. Ils la

    gardaient au contraire presque exclusivement pour eux et leurs adeptes ; ce, dans une sereine et elitiste

    discretion

     

    . L'homme de la foule ne recevra pas la connaissance dit au VIeme siecle le barde Taliesin, qui rappelle la

    necessite du silence

     

    : Je suis barde, je ne divulgue pas les secrets aux esclaves, puis encore : Et personne ne connaîtra par moi

    le frère qui salue

     

     

    (2). Le Dialogue des deux Sages donne de cette position une justification suffisante : Le sage est un

    reproche pour tout ignorant

     

    . (3)

    â–ª Voyons maintenant le "cabinet de reflexion" : l'ancienne litterature paienne et le folklore irlandais connaissent

    un sejour souterrain dans les

     

    tumuli (side), demeures des peuples de la deesse Dana/Ana (Toutai DÄ“uas Anas en

    vieux-celtique ou

     

    Tuatha De Danann en irlandais) aupres desquelles on recherche l'inspiration et la science. (4)

    Le symbole le plus sacre de l'humanite est depuis bien longtemps celui de la matrice, source de vie, source

    originelle de tout evolution creatrice. Un lieu de culte druidique existe encore dans le Pembrokeshire, le

    cromlec'h de Pentre Evan, reconnu pour etre le plus beau de Grande-Bretagne. Il formait autrefois une chambre

    obscure ou les inities de l'antique spiritualite des Celtes restaient cloitres pendant quelques jours avant leur rituel

    de renaissance de la "Matrice de Cerridwen". Pres de Maidstone, en Grande-Bretagne (Kent), existe encore ce

    qui etait une cellule de probation, denommee

     

    Kitt's Cotti House (de Ked "Cerridwen", et cota "abri"). A

    Glastonbury (Somerset) un lieu de culte matriciel pre-chretien y etait appele

     

    Caer Wydyr. Sa fontaine sacree

    deversait une eau rouge – du fait d'oxyde de fer – qui etait supposee etre le flot de sang de la matrice donnant la

    vie de la deesse. La legende chretienne s'appropria le temple de Glastonbury et le designa en tant que demeure,

    pour un temps, du Saint Graal. (5)

    Les druidisants contemporains utilisent, eux, l'appellation de "tombeau des gestations".

    â–ª Abordons aussi le cas du "depouillement des metaux" : la tradition irlandaise ne parle-t-elle pas des iles de

    l'Occident, sejour des bienheureux (appelees "Terre des Jeunes", "Terre des Vivants", "Terre sous les Vagues")

    ou le fer est inconnu (6) ? L'enigmatique poeme gallois intitule

     

    Le Combat des Arbrisseaux (7) ou Cad Goddeu,

    et attribue au barde Taliesin (VI

     

    eme siecle), se termine par ces vers : () et je serai dans la joie, hors de l'oppression de

    ceux qui travaillent le métal

     

     

    . Ces legendes celtiques rappellent que l'action de l'initie est gratuite et contient en ellememe

    sa recompense. L'initie est un esprit libre, que l'oppression de l'or et du fer ne saurait assujettir.

    Je ne voudrais pas alourdir outre mesure la liste des ressemblances et des correspondances entre les rites de

    l'antiquite celtique et ceux des societes de pensee du dix-huitieme siecle.

    J'en citerai pourtant quelques autres, sans trop entrer dans le detail :

    â–ª Les "navigations" et "questes" celtiques avec les "voyages" maconniques.

    â–ª Les "morts" rituelles par le fer, l'eau, le feu avec les "purifications" initiatiques.

    â–ª Le maillet du dieu Taranis/Sucellos "le Bon Frappeur", outil sacerdotal qui est tenu de la main droite, et l'epee,

    outil royal, qui est tenu dans la main gauche ... Outils que nous retrouvons dans la maconnerie continentale.

    â–ª Le tablier de peau protecteur et le tablier maconnique. Le rituel maconnique dit que le tablier est "l'embleme du

    travail". Il revetirait donc un caractere "sacre" en contradiction absolue avec les conceptions de la tradition

    judeo-chretienne

     

    (Genese, chap. 3, versets 17 a 19). Jusqu'a ces dernieres decades, ce tablier etait

    traditionnellement en peau de porc. En raison du caractere sacre du tablier, on ne peut songer a une tradition

    "salomonienne", car, pour les peuples semites, le porc est un animal impur. Par contre, pour les Celtes, le porc

    sauvage, loin d'etre considere comme impur, est le symbole du druide, l'initie celte ! Dans un texte irlandais tres

    important les fils de Tuirenn partent a la conquete d'une peau de porc, qui guerit toutes les blessures lorsqu'on

    s'en enveloppe le corps, et ils mourront lorsque, apres avoir ete grievement blesses, Lug refusera de leur preter

    cette peau qui les sauverait (8). Ajoutons qu'il est fait mention de druides irlandais s'enveloppant dans la peau

    encore fumante d'un taureau ou d'un boeuf, qui venait d'etre sacrifie, pour se livrer a la divination. De meme le

    gallois Rhonabwy s'endort dans une peau de bouvillon pour obtenir une vision (9). Le druide irlandais Mog

    Ruith possedait une peau de taureau brun sans cornes dont il se couvrait les cuisses. (10)

    â–ª Le sautoir est commun aux macons et a certaines ecoles druidiques. En forme de V, il represente

    symboliquement la vulve cosmique et mystique, le point de reception des influx celestes sur les materialites

    terrestres. Partant, il est l'image de la

     

    tuta (11). Il est le chene, il est la vallee (12), il est l'Ariteros / l'Orient ou

    siege l'Odacos / le Venerable, ou siegent les Lumieres de la Clairiere / Loge.

    En rituelie druidique il indique ainsi la gradation superieure, celle qui permet de recevoir au mieux

    la divine Auentia pour, la transmutant, la transmettre au Cercle (13). Il est donc normal d'y

    retrouver la posture de l'invocation receptive. Rien a voir, donc, avec la chaine pendue au cou,

    vestige de l'antique chaine des esclaves d'autrefois, chaine qui servait a la fois a marquer la

    servitude tout en indiquant l'embleme du maitre (… telle la croix de Joshua pour les chretiens). (14)

    La forme du signe V rejoint, en outre, le salut du Grand Cornu, c'est-a-dire de Cernunnos, geste

    secret de reconnaissance ou de protection magique des paiens medievaux : les doigts etant replies

    sauf l'index et l'auriculaire tendus vers le ciel dans le premier cas, vers le danger presume dans le

    second.

    â–ªLa "fraternite" et la "chaine d'union" : on trouve ce rite dans les initiations guerrieres des Gaels. C'est ainsi que

    Cu-Chulainn, Fer Diad et les autres disciples de Scathach –apres avoir accompli le rite de fraternite par le sang –se prennent par les mains et jurent de se considerer desormais comme freres et de donner leur vie l'un pour l'autre

    (15).

    â–ª"L'incineration du testament" : Diodore de Sicile rapporte que, lors des funerailles, les Gaulois livraient aux

    flammes des lettres a destination des morts (V, 28). Le neophyte etant mort symboliquement a la vie profane,

    toute trace de ce qu'il fut ou pensa anterieurement doit disparaitre avec le vieil homme pour lui (16).

    ▪Le dieu-druide Dagodēos (en Irlande il se nomme

     

    Dagda) forme un triumvirat avec le dieu-lieur Ogmios

    (Irlande :

     

    Ogma) et le dieu-souverain Nodons (Irlande : Nuada) ; ce triumvirat se voit transpose au niveau du

    cercle des druidisants, ce que Taliesin evoque par

     

    Trydyd par ygnat ("Troisieme des juges egaux") (17). A ces

    trois s'ajoutent le medecin Diuannocextis (Irlande :

     

    Diancecht) et le forgeron Gobanniu (Irlande : Goibhniu),

    cela fait cinq, et cela constitue "l'etat-major" des Toutai DÄ“uas Anas (Irlande :

     

    Tuatha De Danann), (c'est-a-dire

    les dieux, les enfants de la deesse Ana), auxquels peuvent s'ajouter deux autres techniciens : le charpentier

    Luxtanios (Irlande :

     

    Luchtaine) et le chaudronnier Crednos (Irlande : Credne). Il s'agirait la du prototype des 3 qui

    gouvernent, 5 qui composent et 7 qui rendent la loge juste et parfaite.

    â–ª "L'Universel Artisan", "Le Grand Architecte"... Mais au dessus et en quelque sorte en dehors des 3, 5 ou 7

    divinites dont on vient de traiter (car il participe par sa genealogie a la fois des peuples de la lumineuse Grande

    Deesse et des Uoberoi (Irlande :

     

    Fo-moire, putrides, ignobles et difformes entites souterraines), se tient Lugus

    (Irlande :

     

    Lug), le maitre en tous arts, l'artisan par excellence qui possede a lui seul chacune des techniques

    personnelles des divers membres des peuples de la Deesse, techniques qui symbolisent autant de modes

    d'acquisition de la Connaissance.

    Lorsque Lug, fils de Cian, se presente devant Tara, la ville sainte de l'Irlande paienne, le portier le "tuile", car

     

    nul

    n'est admis a Tara s'il ne possede un art

     

    (c'est-a-dire des qualifications). Lug se declare successivement charpentier,

    forgeron, champion, harpiste, guerrier, magicien, medecin, chaudronnier (18) ; le roi Nuada, reconnaissant que

    s'il possede bien un charpentier, un forgeron, etc. il ne connait personne qui cumule a lui seul toutes ces

    techniques, le fait entrer et lui abandonne son trone pendant neuf jours (19). C'est pourquoi Lug est surnomme

    Ildanach

     

     

    "qui possede les techniques nombreuses". Il est egalement surnomme Grianainech "visage de soleil", et

    on comparera le symbole qui orne la tete du compas a certains hauts grades maconniques. (20)

    Notons enfin que Lug est aussi surnomme

     

    Lam-fhada "a la longue main" et a son equivalent dans Llew llawgyffes

    "a la main habile" de la tradition brittonique. Ainsi Lug apparait comme l'Universel Artisan, une sorte de

    demiurge, celui qu'evoque le barde gallois Taliesin dans ses dires intitules

     

    Depouilles de l'abime : Gloire au seul

    souverain, Suprême Ordonnateur des cieux éblouissants et de la mer profonde ; gloire au Maître suprême, universel Seigneur, dont

    le règne s'étend jusqu'aux confins du monde !

    â–ª L'orientation celtique se prend face a l'orient.

    â–ª Le "triangle", figuration geometrique du nombre trois, se retrouve avec insistance dans la tradition celtique

    comme en franc-maconnerie.

    â–ª Le fameux signe maconnique des 3 points n'est que l'occultation du non moins fameux

     

    triskell des Celtes, les

    trois branches spiralees disposee autour d'un axe ayant ete effacees pour ne laisser subsister que les marques de

    depart des branches

     

    .

    â–ª Au tout debut du XVII

     

    eme siecle, le fil a plomb qui tombait au centre du tapis de loge sortait encore du centre

    d'un swastika, symbole de la rotation cosmique.

    â–ª Les "colonnes" et les "piliers"; selon une citation irlandaise

     

    les hommes sages et leurs initiés étaient sur les mêmes

    colonnes de prière et sur les bancs de la magie

     

     

    (21). N'y a-t-il la aucune relation avec les "colonnes" de la francmaconnerie

    ?

    â–ª Dans la tradition celtique, la droite a un sens favorable et la gauche un sens defavorable. Il en est de meme en

    franc-maconnerie.

    â–ª "L'acclamation", les "batteries", "l'accolade fraternelle" sont pratiquees de la meme maniere dans les deux

    traditions.

    â–ª Les inities de Celtie se disent "fils de la foret". Lorsqu'on sait que "foret" se traduit en celtique commun par

    uidūa,

     

     

    et que ce uidūa a ete rendu en francais par "veuve", comme en temoignent les toponymes anciens vidua

    transformes de nos jours en "veuves" dans les departements de la Marne, du Loir-et-Cher et du Loiret, on peut

    s'interroger sur ce que les francs-macons veulent signifier lorsqu'ils s'attribuent l'appellation de "fils de la veuve"

    et parlent du "tronc de la veuve". (22)

    â–ª Il est plus qu'interessant de constater que meme les obediences maconniques les moins traditionalistes semblent

    avoir une annee dont le fonctionnement est reste "cale" sur le debut de l'annee celtique, aux alentours du 1

     

    er

    novembre, au moins en ce qui concerne leurs

     

    Elections generales.. (23)

    â–ª Enfin, a la question

     

    Qu'est-ce qui supporte votre loge ? un macon repondra : Trois grands piliers, Sagesse, Force et Beauté,

    ce qui rappelle la qualite marquante de chacune des trois classes supportant la societe celtique :

     

    Sagesse pour les

    druides,

     

    Force pour les guerriers, Beaute pour les producteurs.

    Il serait loisible de passer des heures sur le sujet, mais l'enumeration serait fastidieuse. Dans ce domaine, il

    convient de se reporter aux travaux de l'erudit Roger Vaillant sur la question. (24)

    De cette premiere serie de comparaisons,

     

    on ne peut que retirer la conviction que la franc-maçonnerie,

    au sens moderne, – de la même façon d'ailleurs que l'Église catholique – s'est installée dans les meubles

    du paganisme, et du druidisme en particulier

     

     

    . D'ailleurs, au dix-huitieme siecle, le capitaine M. Smith, grand

    maitre provincial du Kent, ecrivait, dans

     

    The Use and abuse of Freemasonry, que les plus parfaits des rites,

    coutumes et ceremonies des druides etaient conserves dans celles des macons ! Goronwy Owen, poete gallois de

    la meme epoque, se declarait macon dans l'espoir de retrouver les mysteres des anciens druides.

    AU TEMPS DES BAGAUDES

    Voyons de quelle maniere les transmissions des mythes, des rites et des fidelites spirituelles prechretiennes

    auraient pu se faire a travers les siecles.

    Depuis la disparition des independances celtiques et jusqu'aux temps modernes, il n'est pas improbable

    qu'un celtisme constant, secret, agissant, aurait pu s'adapter aux contingences historiques. Il se serait occulte

    sous la pression des circonstances contraires pour reapparaitre des que la conjoncture devenait propice.

    A la fin des regnes d'Antonin et de Marc-Aurele (II

     

    eme siecle), des agitations graves troublent la Gaule

    alors en cours de romanisation. En 269, avec la prise d'Autun par une ligue d'insurges gaulois, apparait un mot

    nouveau. Il designe les rebelles autochtones qui defient les legions romaines :

     

    les bagaudes. Ce terme,

    vraisemblablement d'origine celtique, de

     

    bagauda, est parent du breton bagad "bande". Plusieurs historiens ont

    parfois avance que bagaudes et Bretons armoricains ne faisaient qu'un (25). Probablement parce que les

    troupes des premiers devaient etre constituees essentiellement par des ruraux revoltes que la romanisation

    n'avait guere atteints, qui continuaient donc d'utiliser des dialectes gaulois et conservaient leurs moeurs et

    croyances (26). La tuile inscrite de Chateaubleau (Seine-et-Marne) atteste d'ailleurs bien qu'au deuxieme

    siecle, la langue gauloise demeurait encore la langue du peuple des campagnes. Outre les paysans, ces rebelles

    devaient compter nombre de travailleurs de la pierre, de charbonniers, de charpentiers de haute futaie et de

    forgerons, lesquels travaillaient selon des rites de la terre, de la foret et du feu intimement lies a la sacralite

    paienne. Les bagaudes disparaitront officiellement de l'histoire apres s'etre allies a Rome contre les Huns

    d'Attila, au V

     

    eme siecle. Mais disparaitront-ils reellement ? Sans doute pas ; il serait vraisemblable qu'ils ne

    courberent pas la tete mais prirent le maquis, s'enfoncant dans les parties les moins accessibles de leurs

    regions, forets profondes et montagnes, s'y installant et y constituant – aux dires des contemporains (

     

    Querolus

    vers 414,

     

    De Gubernatione Dei V, 6) – des repaires de brigands et des nids de sorciers. Des liens de solidarite

    active pouvaient-ils s'instaurer entre ces differents groupes ?

    En Grande-Bretagne, ou les memes oppositions rebelles se manifestaient, on mentionne l'existence d'une

    "Grande Societe", sorte de federation d'opposants au pouvoir etabli, qui au cours des temps, sur treize-cents ans,

    aurait rassemble les divers heterodoxes (27). Pourrait-on imaginer qu'y participaient des tenants de l'ancienne

    religion ? Et pourrait-on penser que cette "Grande Societe" ait eu des complicites clandestines avec certains

    moines dans quelques monasteres ? D'ailleurs,

     

    une sorte d’exaltation mystique s’était réveillée [au XVème siècle] chez les

    plus populaires des ordres mendiants, franciscains et surtout carmes. Ces derniers prétendaient se rattacher à tous les grands

    solitaires et aux associations religieuses et philosophiques les plus illustres de l’Antiquité. Ils faisaient remonter leur christianisme à

    des prophètes antérieurs au Christ, avec Elie et les solitaires hébreux du mont Carmel. Les carmes prétendaient aussi compter des

    druides et des pythagoriciens parmi leurs aïeux. D’après la légende, l’Eau des Carmes, remède populaire, serait de tradition

    druidique...

    Le carme breton, Thomas Conecte, parcourait les provinces du Nord

     

    [de la France], suivi d’une troupe de disciples

    prêchant partout avec une extrême violence «contre les vices et péchés d’un chacun et en spécial contre le clergé». Il finit, brûlé

    comme hérétique, à Rome, par l’Inquisition...

     

     

    (28 bis)

    En Bretagne, et en attestation beaucoup plus tardive, les missionnaires catholiques Le Nobletz et Maunoir

    evoquent des "paiens" bretons. Le pere Maunoir, au milieu du dix-septieme siecle, ecrivit un compte rendu de

    ses activites, en latin, qui porte un titre etrange :

     

    De l'iniquite de la Montagne. Il y decrit les activites de ce qu'il

    nomme "la Secte", qui se reunissait dans les Monts d'Arree (Finistere). Il nomme ses adeptes "les sorciers", mais

    avoue que les gens de la Secte le traitent aussi de "sorcier". Leurs reunions sont nocturnes, en plein air, souvent

    dans un champ triangulaire ... Ils fetent un dieu incarne dans un homme qui porte des cornes et est vetu d'une

    peau de bete (28). Cela ressemble beaucoup a notre bon Cernunnos.

    Au demeurant, et comme le constatait, Gwenc'hlan Le Scouezec, defunt president de la Goursez des

    Druides, Bardes et Ovates de Bretagne,

     

    la permanence de l'ancienne religion jusqu'à nos jours ne fait aucun doute. Ainsi,

    au XVII

     

    ème siècle, on n'a pas poursuivi les sorciers en Bretagne car il y avait des membres du Parlement qui faisaient partie de la

    secte …

    En Irlande, la plupart des druides disparaitra au V

     

    eme siecle. Cependant, en Ecosse, au VIeme siecle, leur

    presence est signalee par Adamann, abbe du monastere d'Iona. Et au temps du roi supreme Domnal hHua Neill,

    mort en 978, des druides sont encore attestes. Le flambeau de la Tradition celtique fut ensuite garde par les

    filed

     

     

    (29), poetes voyants de la societe celtique; et les recits paiens irlandais ne furent plus guere conserves que

    par leur memoire jusqu'au VII

     

    eme siecle. Ce n'est qu'a la suite de l'utilisation de l'alphabet latin par les premiers

    missionnaires chretiens que furent mis par ecrit les recits sacres du paganisme, les grandes legendes

    mythologiques; et cela – curieusement – par des moines dont on pourrait alors penser qu'il s'agissait de druides

    superficiellement convertis au christianisme, qui organiserent la transmission d'un enseignement pourtant en

    contradiction avec la croyance judeo-chretienne.

    A COUVERT DANS LES MONASTÈRES

    Certains druides, au moins en Irlande, devinrent des moines (30). Ils adopterent un mode de vie d'abord

    eremitique, reste fort proche d'une partie de leurs anciens modes de pensee et de comportement. Ils se

    nommerent

     

    kile doue, "amis de Dieu", et se caracterisaient entre autres choses par leurs fondations monastiques,

    leur ascetisme et leurs navigations lointaines. Le centre celto-chretien principal sera d'ailleurs le monastere

    d'Iona, edifie a l'emplacement d'un sanctuaire druidique dedie a Brigit. En 590, l'un d'entre eux, Colomban, qui

    venait du monastere de Bangor, debarqua a Saint-Malo avec onze compagnons. Il fonda, dans l'Est gaulois,

    plusieurs monasteres soumis a une regle severe : Luxeuil, Annegray, Fontaines (31). Le pape alors regnant,

    Gregoire le Grand, s'en inquieta car ce christianisme celtique se voulait independant de Rome; apres de

    laborieuses negociations, un compromis, en 647, permit de remplacer en Gaule la regle colombanite par celle de

    saint Benoit, fondateur du Mont-Cassin ; mais en Bretagne armoricaine, ce changement ne sera effectif qu'en 818

    pour Landevennec et meme en 832 pour Redon. L'eglise celtique d'Irlande restera pour longtemps insoumise.

    En 659, Senchan Torpeis, chef des

     

    bardoi d'Irlande ordonnait a tous les membres de l’organisation

    sacerdotale celtique d’entrer dans les monasteres afin de preserver le depot "paien" et d’aligner leurs heros sur

    des ancetres bibliques. Cela fut fait, consciencieusement.

    Benoit d'Aniane, qui au VIII

     

    eme siecle fut charge de reformer l'ordre benedictin, conserva, dans les armes de

    l'ordre benedictin un chene decapite qui pourrait symboliser

     

    la tradition et l'intrusion dans cet ordre de certaines

    connaissances druidiques

     

    (32). Apres avoir reussi l'evangelisation de l'Angleterre, la papaute parvint finalement a

    s'implanter en Irlande et a y mettre sous son joug les chretiens celtiques. L'antique feu rituel du monastere de

    Kildare s'eteignit au XII

     

    eme siecle. En Ecosse, l'eglise celtique se maintint, restant fidele a ses rites ; en 962, elle

    obtint meme du roi une carte de franchise et continua a defier la papaute. Les derniers culdeens, de

     

    kile doue,

    avaient nom Malachie, Harding. Bernard de Fontaine fut sans doute l'un des leurs. Ce moine cistercien affirmait

    de facon fort druidique

     

    tu trouveras plus dans les forêts que dans les livres : les arbres et les roches t'enseigneront les choses

    qu'aucun maître ne te dira

     

     

    . L'amitie fraternelle qu'il entretint d'ailleurs avec Malachie (33), moine de Bevehor,

    eveque de Down puis archeveque d'Armagh, qui renoncera a tout pour redevenir simple ermite, est

    singulierement instructive. Or Bernard imposera dans l'eglise, probablement par opportunisme proselyte, le role

    particulier joue par Marie, vierge, epouse et mere, fidele en cela a la Tradition celtique qui honorait la femme au

    travers du culte des vierges noires (34). C'est a cette epoque que Bernard elabora egalement, a partir de la regle

    cistercienne, la regle des chevaliers du Temple et qu'il precha la seconde croisade. L'Ordre du Temple sera, lors

    de ses debuts, une simple succursale des religieux de Citeaux, et totalement impregne de sa volonte : Hugues de

    Payns – qui en deviendra le premier Grand maitre – fut d'abord voisin de l'abbaye de Clairvaux dont Bernard

    etait abbe; et Andre de Montbard, l'un des neuf premiers chevaliers, etait l'oncle du cistercien.

    En 1 128, Hugues de Payns revient en France. A partir de cette date et pendant cent cinquante ans environ,

    va se manifester ce que l'on a pu appeler le miracle de la floraison gothique. L'epanouissement gothique et celui

    du Temple vont de pair : ils disparaitront ensemble. Et il est bien certain que le

     

    gothique est issu de Cîteaux. Toute la

    formule gothique vient des Cisterciens; et les Compagnons des Devoirs, héritiers des constructeurs de cathédrales gothiques ne font

    pas de mystère de tenir leur trait, leur géométrie descriptive, indispensable pour l'élection du monument gothique, de l'ordre de

    Cîteaux

     

     

    (35). C'est ainsi que par le biais d'un nouvel art des constructions sacrees, des "inities" vont faire

    retrouver au peuple du moyen age un peu de l'aspect et de l'ambiance des lieux de culte forestiers. Ambiance que

    Francois-Rene de Chateaubriand a si justement decrite

     

    : Les forêts des Gaules ont passé à leur tour dans les temples de nos

    pères, et nos bois de chêne ont ainsi maintenu leur origine sacrée. Ces voûtes ciselées en feuillages, ces jambages qui appuient les

    murs, et finissent brusquement comme des troncs brisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres des sanctuaires, les ailes obscures, les

    passages secrets, les portes abaissées, tout retrace les labyrinthes des bois dans l'église gothique.

     

     

    (36)

    Ce qui a ete appele les "Freres du Secret" chez les templiers et les cisterciens ne correspondrait-il pas a une

    filiation ancienne, que nous pourrions appeler crypto-celtique ? Il est troublant qu'a travers les ages des objectifs

    sociaux et politiques aient ete constamment privilegies. Les templiers perennisent une certaine tradition. Ils

    privilegient l'agriculture et l'artisanat, ils instruisent des serfs et manants et les delivrent de l'arbitraire des

    seigneurs, des eveques et du roi, ils construisent une puissance economique destinee a permettre a leur pouvoir

    spirituel d'encadrer finalement les pouvoirs monarchiques comme jadis les druides l'avaient fait pour les chefs

    des tribus celtes. Le Temple acquit tres vite des richesses et des domaines immenses en Palestine et dans l'Ouest

    europeen : il devint le financier des papes, des empereurs et des rois. A cote des chevaliers et des freres,

    membres de l'Ordre, dependait de lui une multitude d'auxiliaires et les corporations d'artisans qualifies de francs,

    c'est-a-dire "affranchis, libres" : francs-macons, francs-charpentiers... Maints historiens ont effectivement

    remarque et souligne qu'un

     

    groupe existait au sein des templiers, possédant des buts secrets de puissance et soutenus par un

    ésotérisme rigoureux

     

     

    (37). Ce groupe a toujours inspire le comportement profond de l'Ordre (rites, orientations

    politiques), son organisation et meme son symbolisme. Il est interessant de relever que ce symbolisme

    apparemment judeo-chretien, est en realite base sur une reference ternaire :

    ·

     

    hierarchie a sommet triangulaire : maitre, marechal et senechal;

    ·

     

    sceau officiel figurant deux chevaliers sur un meme cheval, et visant a representer les trois niveaux de

    l'etre humain (l'intellect conseillant l'affectif, lequel tient les renes et dirige l'instinctif);

    ·

     

    trois ouvertures symboliques qui devaient etre pratiquees rituellement sur les freres inities; l'une a

    hauteur des levres (le verbe), l'autre a celle de l'epine dorsale (naissance statique de l'energie creatrice),

    la troisieme a celle du nombril (centre spirituel du microcosme humain);

    ·

     

    baton de commandement – long d'une toise, comme celui des druides – du maitre du Temple; les

    chevaliers qui rencontraient le chef de l'Ordre devaient s'arreter a trois longueurs de ce baton.

    Il faudrait aussi ne pas omettre l'importance que le Temple donnait au binaire, c'est-a-dire a la double nature

    de toute chose, exprimee par le biais de l'etendard "baussant" noir et blanc (comme le sera le "gwenn-ha-du"

    national breton, cree par le macon et druide moderne Morvan Marchal) : nuit et jour, tenebres et lumiere,

    puissance a la fois destructrice et edificatrice, etc. Quant au

     

    baphomet, reellement venere par les "Freres du

    Secret", il correspondait probablement a l'image de Cernunnos, divinite celtique que le pere Maunoir avait lui

    aussi rencontre dans les ceremonies de la "Secte" en Bretagne, divinite du renouvellement saisonnier, du temps

    et de la fecondite (38). De nombreux autres faits sont aisement reconnaissables par les celtisants et lecteurs des

    recits mythologiques : "veilleurs du ciel", descente de l'influence spirituelle vivante du "baume et de la rosee

    mystique", tete "destructrice" de la demoiselle de Maraclee, ... sans oublier naturellement le bel ideal de la "Voie

    Royale". Enfin les feux de Saint Jean n'etaient-ils pas allumes a Paris par les commandeurs et grand maitre : l'un

    dans le domaine du Temple, l'autre place de Greve ou le Temple avait eu son premier etablissement ? (39)

    L'importance et l'independance croissante des templiers vont, a juste titre d'ailleurs, inquieter a la fois la

    Monarchie francaise et la Papaute, c'est-a-dire le Pouvoir politique et le Pouvoir religieux

     

    , attaques dans leurs

    oeuvres vives. La dissolution de l'Ordre du Temple fut prononcee en 1 314; la meme annee, ses principaux chefs

    disparaissent sur le bucher. Apres le supplice du Grand maitre il est dit qu'un Grand maitre provincial, Pierre

    d'Aumont s'enfuit avec deux commandeurs et cinq chevaliers, a Mull, sur la presqu'ile ecossaise de Kintyre. Ils

    retrouverent la le Grand commandeur Hauptoncourt, Georges Harris, ainsi que d'autres freres, et ils resolurent

    d'y reformer un nouvel ordre, afin d'assurer la transmission de la Tradition, le roi d'Ecosse excommunie, Robert

    the Bruce, leur assurant

     

    favorable accueil et pleine protection (40). Il est interessant de noter les causes de

    l'excommunication de ce prince ecossais : la menace d'une possible resurrection de l'ancienne eglise celtique,

    potentiellement heretique, ou pire..., c'est-a-dire la reprise de la "Vieille Croyance". Des historiens britanniques,

    Michael Baigent et Richard Leigh (41) confortent ces affirmations. Ils attestent notamment qu'un fort contingent

    de templiers, passe en Ecosse avec l'essentiel de la flotte du Temple, de ses armes et de ses finances, se refugia

    aupres de Bruce et combattit a ses cotes. Des sepultures templieres ont ainsi ete retrouvees a Kilmartin, en

    Argyll. Il existe une autre filiere d'evasion beaucoup plus "catholique", celle qui amena d'autres templiers en

    fuite vers la peninsule iberique. Ils entrerent dans l'Ordre de Calatrava en Espagne et dans l'Ordre du Christ au

    Portugal. En Allemagne, des templiers insoumis furent encore excommunies en 1 324, en meme temps que Louis

    de Baviere (42), et ce vraisemblablement du fait d'une conduite heterodoxe.

    Albrecht de Scharfenberg, dans son

     

    Titurel, rapporte quant a lui que, fuyant une Europe livree au peche (a

    l'erreur ? c'est-a-dire au christianisme ?), Parzival s'embarqua a Marseille avec le Graal et des templiers pour

    rejoindre dans l'Inde son frere Feirefiz. Arrives en Orient, il obtint du ciel que le palais et la chapelle de

    Montsalvatge y fussent transportes miraculeusement. Cela signifierait-il, en mode crypte, que certains templiers

    paganisants "exfiltrerent" vers leurs freres brahmanes les tresors symboliques et l'essentiel de l'organisation d'un

    druidisme toujours plus menace ? Peut-etre ne serait-il pas impossible de reperer parmi les multiples ecoles de

    l'Inde moderne celle, ou celles, qui ressortissent de cette origine (affinites doctrinales, ressemblance du costume

    et du comportement) ; le monde hindouiste est suffisamment conservateur pour que cet espoir puisse un jour etre

    comble.

    En tout cas, il apparait ainsi que les legendes concernant les disparitions de la flotte templiere et du fameux

    tresor du Temple s'averent sans fondement. Les templiers se les sont partages lors de leur dispersion, une partie

    pour ceux que "la voie paganisante du nord" attirait, une partie pour ceux qui, chretiens sinceres, allaient oeuvrer

    pour les puissances hispaniques ...

    En 1 314 donc, les templiers reunis en Ecosse auraient reconnu Aumont Grand maitre. Ils auraient

    adopte "des signes et des mots" a la maniere de leurs auxiliaires operants, les artisans du temple, et se

    nommerent "macons libres et acceptes" pour indiquer qu'ils s'etaient mis en liberte et avaient accepte d'autres

    usages. De la meme maniere que les druides irlandais s'etaient autrefois occultes dans les ermitages chretiens, les

    templiers se seraient dissimules sous la couverture d'un corps de metier. Il y a la une constante typologique ! En

    1 361, la residence du Grand maitre de l'Ordre, des lors qualifie de maconnique, fut transportee a Aberdeen.

    L'heritage templier peut ainsi etre suivi jusqu'en 1 689. Desormais la maconnerie va progressivement s'implanter

    dans toute la Grande-Bretagne, s'agglomerant peu a peu tous les opposants, dont parfois athees et anti-papistes.

    Ce faisant, elle recevra en son sein une majorite d'Anglo-Saxons conformistes, anglicans et protestants. Ceux-ci

    fort peu interesses par les traditions celtiques et paganisantes de l'Ordre vont faire apparaitre, pour se

    "dedouaner", des justifications salomono-bibliques de pacotille dans symboles et rituels. Aux "bosquets"

    s'ajoutent desormais des "loges" (43). Peu a peu, les differences s'affirment et une scission survient en 1 717 :

    creation a Londres de la Grande Loge maconnique d'Angleterre le 24 juin et creation de la Fraternite universelle

    des Druides le 22 septembre.

     

    Dorénavant, les francs-maçons développeront leurs tendances

    anthropocentrées, humanistes et universalistes, tendances encore accentuées à partir de 1 784 par

    l'influence des Illuminés de Bavière d'Adam Weishaupt. Les "druidisants" quant à eux engendreront des

    collèges qui maintiendront et accentueront leurs efforts pour promouvoir et soutenir les espoirs

    identitaires, parfois même nationalistes, des ethnies celtiques, en même temps qu'un grand respect pour la

    nature.

    Mais persistait la nostalgie fraternelle de la commune origine et periodiquement des tentatives de

    rapprochement ont ete tentees. Ainsi l'Ordre de la

     

    Branche Rouge d’Erie (c’est-a-dire "d’Irlande", du gaelique

    ancien

     

    Erin), une institution "reveillee" en Irlande a la fin du XIXeme siecle par John Yarker, dans l’intention de

    recouvrer la tradition celtique de la Maconnerie (44); mais aussi le souchage neo-druidico-maconnique realise

    par le Lorientais Jacques de Cambry (1 749-1 807) et le pamphletaire rennais Mangourit (1 752-1 829) lesquels,

    sous les auspices du Grand Orient et de la loge La Parfaite Union de Rennes, dispenserent a leurs freres bretons

    une initiation celtique; comme le fit egalement le Macon Marius Lepage a la loge Volney de Laval dans les

    annees cinquante du XX

     

    eme siecle, puis Gerard Toublanc et Serj Pineau qui tenterent la meme experience, sur

    toute la Bretagne, dans les annees soixante (Grande Loge de Bretagne et des Pays Celtiques). Et n'omettons pas,

    non plus, de signaler la fraternite qui liait Uissurix et Lugumarcos (Raffig Tullou) a Jules Boucher, auteur des

    ouvrages incomparables que sont

     

    La Symbolique maconnique et le Manuel de Magie pratique.

    OBÉDIENCES ET DÉVIANCES

    Il y eut au fil des siecles plusieurs tentatives de re-positionnement de ce que nous appellerons par

    commodite "le druidisme". Au XII

     

    eme siecle, nous connaissons des rebelles paiens et egalitaires bases en foret de

    Paimpont (45). Menes par Eon de l'Etoile, ils s'en prendront aux pretres et aux ermites, pilleront les biens de

    l'eglise. A deux siecles de distance, Sir Thomas Mallory eut, en Grande-Bretagne, la meme attitude qu'Eon de

    l'Etoile. Fait prisonnier a vie, il redigea, en vingt ans, ses vingt-et-un livres du fameux ouvrage de mythologie

    brittonique

     

    La Morte d'Arthur ...

    Nous trouvons, lors de la scission entre maconnerie et druidisme, John Toland. Cet Irlandais originaire de

    Derry va, en 1 717, elaborer puis exposer a la societe une pensee pantheiste, laquelle sous l'influence de son

    maitre Aubrey et de son ami Stukeley (tous deux membres de bosquets) evoluera lentement, au fur et a mesure

    qu'il prendra conscience que le druidisme ne se veut que le reflet des Verites de l'Univers. John Toland deviendra

    le premier chef du Druid Order tout en contribuant pourtant la meme annee a la creation de la Grande Loge

    d'Angleterre.

    Un charpentier de Bristol, Henry Hurle, cree en 1 781 a Londres une autre societe druidique dissidente,

    l'Ancient Order of Druids. Enfin en 1 792, le Gallois Edward Williams, dit Iolo Morganwg, organise, a Londres

    toujours, le premier Gorsedd des Bardes de l'Ile de Bretagne.

    L'obedience de Toland etait philosophique et aimablement "utopique". Il la voulait "naturelle" et

    "rationnelle". Elle visait

     

    à l'instauration d'un ordre de paix et de bonheur sur terre, un retour aux sources naturelles de la

    civilisation celtique par réaction contre le puritanisme froid et la religion chrétienne imposée (...) Le grand conseil suprême fut

    chargé de guider l'ordre druidique conformément aux enseignements de la tradition druidique, enseignement conservé secrètement

    de générations en générations (46). John Toland précise au sujet de cette tradition : La connaissance de l'ancien irlandais acquise dès

    mon enfance, et celle d'autres dialectes celtiques dont j'ai des livres ou des manuscrits est absolument nécessaire, ceux-ci ayant

    préservé d'innombrables monuments concernant les druides, qui ne sont jamais parvenus jusqu'à présent aux mains des savants

    (47). William Stukeley succede a John Toland a la tete du Druid Order. Passionne d'archeologie, il s'interesse

    surtout a Stonehenge, y voyant une construction druidique, alors que ce monument est de plusieurs siecles

    anterieur a l'arrivee des Celtes dans cette region. Ses enseignements moralisateurs, conformistes et un brin

    abscons ont ete traduits et retranscrits au siecle suivant par Boucher de Cluny.

    L'obedience d'Henry Hurle, tres proche au depart de celle de Toland, accentua un aspect d'entraide

    mutualiste et humanitaire, negligeant rapidement le celtisme en optant pour une coloration maconnique.

    Le troisieme restaurateur de l'antique spiritualite celte, Edward Williams, plus connu sous son appellation

    druidique de Morganwg, s'il donnait aussi mais plus moderement dans le megalithisme, apporta par contre a son

    action un caractere nettement litteraire et identitaire gallois. Ses ecrits principaux furent

     

    Poems, Lyric ans

    Pastoral, The Myvyrian Archaiology of Wales

     

     

    ; le Cyfrinach Beirdd Ynys Prydain, "Secret des bardes de l'Ile de

    Bretagne", ou l'on trouve un peu tout, meme le reglement du bardisme "primitif", fut publie en 1 862, apres sa

    mort, par le recteur anglican John Williams, sous le titre de

     

    Barddas. D'autres de ses manuscrits furent edites par

    son fils. A partir d'un important travail de recherche et d'erudition, Morganwg a redige une enorme compilation

    avec l'ambition de ressusciter les archives du druidisme gallois. Se basant sur le contenu d'anciens manuscrits, il

    a manifestement laisse cours a son imagination, qui etait fertile (il ecrit ainsi des poemes qu'il attribue a

    d'antiques bardes). Ce faisant Morganwg fait provenir la transmission des connaissances qu'il retranscrit a la

    lignee des vingt bardes de la Chaire de Glamorgan dont il s'affirme le dernier heritier, remontant ainsi au barde

    Trahearn Brydydd Mawr, au douzieme siecle, et jusqu'au fondateur de la Chaire, Geraint le barde bleu, au X

     

    eme

    siecle (48). A la base de chacune des "forgeries" de Morganwg, il y a tres certainement un noyau de verite,

    resultat de ses recherches, mais a partir duquel il a ete irresistiblement entraine par son imagination a edifier de

    magnifiques constructions auxquelles il finissait par croire lui-meme et qui continuaient a evoluer dans son esprit

    (49).

    L'un des textes les plus fameux de Morganwg, les

     

    Triades "theologiques", pris malencontreusement tel quel

    comme base doctrinale par un pan important du neo-bardisme, montre l'influence du christianisme, ainsi un

    monde infernal oppose a un ciel, cela etant replace dans la vision cosmographique de l'epoque : un vide spatial

    au-dela du firmament etoile. Par ailleurs, s'impose dans les

     

    Triades une doctrine de transmigration se

    rapprochant de la loi du karma brahmanique et bouddhique, selon ce qu'on en connaissait dans l'Europe d'alors

    (50). Il parait cependant envisageable d'extraire des textes "retranscrits" par Edward Williams ce qui pourrait

    avoir appartenu, reellement, a une antique spiritualite celtique. Outre la presentation, triple, bien celtique, de ses

    Triades

     

     

    , on peut cependant en supprimer partout le mot "dieu" qui y est tres frequent (et qui n'apparait nulle part

    dans la litterature celtique antique, et surtout pas sous l'acception monotheiste que lui donne Morganwg), ou le

    remplacer par "nature" ou "universel", "loi du bon ordre de l'univers" ou "energie primordiale", cela selon le

    contexte.

    Le fameux "Tribann", dont il est question dans le

     

    Barddas, serait la stylisation de trois rayons de lumiere

    qui divergent depuis un foyer. Jusqu'a ces derniers temps, il n'en existait pas de temoignage archeologique et

    certains pensaient pouvoir supposer un emprunt hebraique ou chretien. Mais en 1 996, sur le site de Glauberg

    (Hesse), etait decouverte une statue en gres. Et le personnage represente porte un collier decore d'un tribann !

    Soulignons pour en finir, que les obediences druidisantes ou bardiques des pays celtiques relevent

    generalement de la filiation d'Edward Williams alors que dans les pays anglo-saxons et germaniques, ce sont

    respectivement celles de Toland et de Hurle qui predominent aujourd'hui.

    CONCLUSION

    Les druides avaient proscrit naguere l'ecriture pour la transmission de la Tradition. Ils estimaient qu'elle

    engourdissait la memoire et favorisait la paresse mentale. Seuls ceux qui acceptaient l'intense travail de

    memorisation precise et intangible des milliers de stances des textes sacres avaient acces au sacerdoce, ce qui

    evitait l'intrusion des dilettantes, des mediocres et des reformateurs. De nos jours, meme si la facilite de l'ecriture

    s'est imposee, c'est la reappropriation du savoir ancestral qui exige labeur et precision. Et il faut bien avouer que

    les dieux ne regardent ni les indolents, ni les approximatifs, ni surtout les ignorants. D'ailleurs, les trois druides

    primordiaux du druidisme ne sont-ils pas nommes

     

    Uocomarcos, Uissus et Sulaxus ("Recherche, Savoir et

    Sapience") ?

    NOTES

    1)

     

    Les vrais jugements sur la societe des Francs-Macons, a Bruxelles, ches Pierre de Hoult, 1 717,

    p.62.

    2) "Et personne ne connaitra par moi le frere qui salue" :

     

    A gogyfarchwy brawt wrthyf ny gwybyd

    nebawt

     

     

    .(Angar Kyfyndawt ["Conjuration hostile"], Llyfr Taliesin VII)

    3)

     

    Immacallam in da thuaraid, "Dialogue des deux sages", alinea l2.

    1)

    Roger Vaillant signale que le vieil irlandais Sid qui designe un tumulus se rattache a un vieuxceltique

    sidos

     

     

    qui signifie aussi "paix".

    2)

    Encyclopedia of the Celts – article Womb.

    3)

    Roger Vaillant, La terre des jeunes, Ogam, n°9, juillet 1 950.

    4)

    Ogam n° 30, decembre 1 953.

    8) Ce role protecteur a d'ailleurs ete note par F. Menard et J. Boucher,

     

    Le symbolisme maconnique, pp.

    292-293.

    9)

     

    Mabinogion, tome 1, pp 352, traduction Joseph Loth.

    10)

    Revue celtique, tome XLIII, 1926, pp. 63.

    11) a la

     

    tuta (vulve, principe femelle) repond la butta (penis, principe male), que nos freres hindouiste

    nomment respectivement

     

    yoni et lingam, lesquels sont le yin et le yang des Extremes-Orientaux.

    12) la

     

    cumba.

    13) il s'agit du cercle des Hommes sacres (rouelle a 6 pointes symbolisant les 6 extremites de l'homme

    : tete, membres et sexe). Le sacerdotat y est souligne par le cabochon central blanc.

    14) le dos de la chasuble des pretres catholiques, quand il n'est pas frappe d'une croix latine, est par

    ailleurs – probablement par reminiscence (?) – souvent decore de cet embleme de vie, de protection

    qu'est le V / U du symbole celtique (v / U des

     

    coelbrenni), dont le graphisme et la signification

    correspondent a la rune

     

    eolh/elhaz de nos cousins germaniques. L. Hebert, pretre de Saint-Sulpice,

    n'hesite pas a parler, quant a lui

     

    , de la forme d'une fourche a deux ou trois branches, d'un arbre de vie ou d'une croix

    veritable

     

    (Lecons de liturgie a l'usage des seminaires, 29eme edition, revue et mise a jour par A.

    Fayard, professeur au Seminaire du Puy-en-Velay, Paris 1 952)

    15)

     

    Revue celtique, tome XLIII, 1 926, pp. 63.

    16) -d°-

    17)

     

    Angar Kyfyndawt ["Conjuration hostile"], Llyfr Taliesin VII

    18)

     

    La bataille de Mag Tured, § 57 a 67.

    19)

     

    La bataille de Mag Tured, § 71 a 74.

    20) Rene Guenon,

     

    Le regne de la quantite et le signe des temps, pp. 35, note 1.

    21) Manuscrit du

     

    Trinity College, in Revue archeologique, 1 934, tome II, pp. 49 a 63.

    22) * le mot "veuve", vient du latin

     

    vidua et signifie proprement "vide, prive de". Le mot "vide" a le

    sens d'espace et non pas de "neant" (

     

    cf. Jules Boucher, La symbolique maconnique, pp. 282,

    Dervy,1 953).

    *A propos des "Enfants de la Veuve", signalons qu'il existe un mot gaulois

     

    uidua qui a egalement

    donne "veuve" en ancien francais, qui signifie "foret", la foret n'est-elle pas ce qui est vide, hors

    agglomeration ? mot que l'on trouve dans la toponymie de la Marne, du Loir

     

    -et-Cher, et du Loiret

    (Roger Vaillant, addenda aux

     

    Notes sur quelques rites et legendes celtiques, Le Symbolisme,

    2/320, pp. 87-102; reedition

     

    Ialon n° 5,1 993).

    * Vidua :

     

     

    Veuve(la) affluent de la Marne qui prend sa source au village de La Veuve, Vidua en

    865, La Veve en 1189, et qui coule non loin de la Vesle - le village La Veuve du canton de Chalons

    sur Marne, etait Vidua en 865 (catalogue du chantre Guerin) et Domus Canonicorum Vidue en 1

    132 (dioc. anc. de Chalons-sur-Marne, t. 1, pp. 395) - aussi Veuve (la) affluent du Loir qui coule

    non loin de la foret de Bervay, (Sarthe) ; etait Vidua en 573, La Voeve en 1 285, [La Veuffe en 1

    466 - Viduia : aujourd'hui Vouge (La) (Cote d'Or) et Vidubian, dans la table de Peutinger -

    Veuves : canton d'Herbault (Loir-et-Cher), Vidua-vica a l'epoque merovingienne, Viduae en 1 272,

    Voves en 1 293.

     

    Cf. d'Arbois de Jubainville, Les noms gaulois, pp. 217.

    * Veuve se traduit

     

    vidhava en sanscrit, widuwo en gothique, widow en anglais (voir aussi l'anglais

    wide, large), witwe

     

     

    en allemand.

    23)

     

    Chaque annee, pour le 31 octobre au plus tard, il est procede obligatoirement aux elections generales des officiers de la Loge

    (…).

     

    (Art. 52 du Reglement General du Grand Orient de France)

    24) Roger Vaillant (1 917-1 991), de ses noms druidiques

     

    Catarnos et Toncatos est l'auteur d'un grand

    nombre d'etudes concernant la transmission du symbolisme celtique, par le biais de la maconnerie

    notamment, dans les revues

     

    Ogam, Le Symbolisme, Arevidia, Mediolanon, etc.

    25) Michel Moune,

     

    Dictionnaire encyclopedique d'histoire, editions Bordas, 1 978 - Robert Latouche,

    Gaulois et Francs,

     

     

    editions Arthaud 1 965 - Alain Matuen, Les bagaudes ou le gout de la liberte,

    Ialon

     

     

    n° 5, pp. 16.

    26) M. Fauchet,

     

    Antiquites gauloises, 1, 21.

    27)

     

    The Peasants' Rising and The Lollards, Londres, 1 899, pp. 31.

    28

     

    ) Regis Blanchet, Paroles de Gwenc'hlan Le Scouezec, Entretiens avec un druide nomme

    Gwenc'hlan,

     

     

    editions du Prieure, 1 993.

    28 bis) Yves & Yvonne David-Marescot,

     

    Predictions et Propheties, Editions Magellan, 1 994.

    29)

     

    filed, singulier file.

    30) Minahane John,

     

    The Christian Druides, on the filied or philosopher-poets of Ireland, Sanas Press,

    1 993, Dublin.

    31) Luxeuil est un ancien

     

    Lugo-ialos,, "clairiere de Lugus"; d'apres la forme du deuxieme siecle

    Luxovium (attestee) et la forme actuelle, ce nom reclame une racine

     

    Lucso (gaulois de basse

    epoque

     

    Luxo) : nom du marais a proximite duquel fut etablie la ville de Luxeuil.

    32) Marcel Moreau,

     

    La tradition celtique sur l'art roman, Atlantis.

    33) Malachie (dont le nom veritable etait Maolmadhog, du Clan O'Morgair) est l'auteur de la celebre

    Prophetie des papes

     

     

    qui, gratifie en l'an 1 110 d'une vision generale de la succession des

    Souverains Pontifes, predit que le dernier d'entre eux (ce qui equivaudrait a la fin de l'eglise

    catholique) regnerait de 2 012 a 2 031.

    34) Deesses-meres de la civilisation celtique.

    35) Louis Charpentier,

     

    Les Mysteres de la cathedrale de Chartres, Editions Laffont, pp. 94.

    36) Francois-Rene de Chateaubriand,

     

    Genie du christianisme.

    37) Jean Marques-Riviere,

     

    La trahison spirituelle de la Franc-Maconnerie.

    38) Il faut voir le "baphomet" cornu du tympan du fronton de l'eglise de Saint-Merri a Paris ou celui de

    l'ossuaire de Commana (Finistere).

    39)

     

    Le Symbolisme, n° 359, 1 963.

    40) Robert The Bruce regna de 1 306 a 1 329.

    41) Michael Baigent et Richard Leigh,

     

    Des templiers aux francs-macons, Editions du Rocher, 1 991.

    42) Jean Reyor,

     

    Le Symbolisme, n° 397, 1 971.

    43) Le "bosquet" est le regroupement de base des adeptes (c'est l'equivalent de la "loge" des francsmacons);

    les druidisants modernes utilisent plutot le terme de "clairiere"

     

    , ialon en vieux-celtique,

    yal

     

     

    en breton.

    44) L’

     

    Ordre d’Erie revendique une antique origine, meme si de maniere legendaire il est suppose avoir

    ete fonde par le roi d’Irlande en 1 697 avant notre ere, avec des caracteristiques chevaleresques.

    Dans la realite, l’

     

    Ordre d’Erie semble etre parvenu entre les mains de Yarker par l’intermediaire du

    Venerable Maitre d’une Loge anglaise de Gibraltar, du nom d’Irwin, qui en ce qui le concerne

    detenait cette tradition du capitaine d’un navire de commerce americain, qui lui-meme l’avait recue

    d’ancetres irlandais dans les annees 1 700 et quelques. La tradition exige que les charges

    principales de l’

     

    Ordre d’Erie soient : l’Ollamh (Maitre et Hospitalier), le Brehon (Juge), le

    Cruimthear

     

     

    (Sacerdote) et le Barde (Chantre).

    Sur le plan du rituel l’element bardique joue un role essentiel, puisque la teneur des trois grades

    l’

     

    Ordre d’Erie est pour l’essentiel exprime en vers, et decrit divers evenements tires des epopees et

    des coutumes irlandaises. La subdivision en degres suit une structure chevaleresque evidente : 1)

    Homme d’arme, 2) Ecuyer 3) Chevalier. Au premier grade le candidat est arme symboliquement,

    alors que le Chapitre (

     

    Faslairt) repercute les enseignements du barde medieval Mac Leag. Le

    second degre insiste sur l’humilite et le service envers des anciens rois d’Irlande, symboles d’unite

    et de justice. Le troisieme habilite le nouveau chevalier de l’

     

    Ordre d’Erie a la lutte spirituelle et a la

    recompense exaltante qui en resultera, l’inserant dans la memoire historique de la nation irlandaise

    par le biais de la commemoration des antiques exploits de ses habitants.

    Les symboles fondamentaux de l’

     

    Ordre d’Erie sont la croix ou plutot la rouelle celtique, et la

    feuille de trefle, symbole de l’Irlande (qui est d’ailleurs appelee "l’Ile du Trefle",

     

    the Shamrock

    Isle

     

     

    ). La rouelle celtique peut etre classee dans les symboles "mandalas", puisque la croix divise le

    cercle en quatre parties, et les figures reproduisent ainsi le monde et les quatre directions

    universelles. Il est egalement interessant de noter que les angles droits formes par l’intersection des

    axes verticaux et horizontaux sont emoussee en leur coins circulaires ; comme pour multiplier le

    centre ideal (c'est le cercle interieur de la rouelle) en une figure cruciforme plus approfondie. La

    tete de l’

     

    Ordre d’Erie est un Tres Eclaire Grand Maitre, assiste par des Chevaliers de la Sublime

    Croix

     

     

    (grade honorifique attribue aux chevaliers de foi et d’experience eprouvees), et par ceux

    appeles

     

    Ard (terme irlandais signifiant "haut") Officiers. A la tete du seul Chapitre, operant sous le

    titre de

     

    Brian Boru, se tient un Tres Eclaire Grand Chevalier.

    Les rituels et les lois de l’

     

    Ordre d’Erie sont respectivement contenus dans les Psautiers majeur et

    mineur. Dans les limites de la phenomenologie maconnique, l’

     

    Ordre d’Erie se presente lui-meme

    comme une entite bardique et chevaleresque, se reclamant d’antique et mythiques origines prechretiennes

    et affirmant ses connections avec le passe irlandais. De la meme maniere que l’Ecosse,

    et l’Irlande se situent a la confluence de deux mers, il pretend se situer a la convergence de la

    tradition celtique et de la tradition chretienne. L’

     

    Ordre d’Erie, comme le Royal Order of Scotland

    ("Ordre Royal d’Ecosse"), reflete esoteriquement cette rencontre. Aux elements bardiques et

    chevaleresques, l’

     

    Ordre d’Erie ajoute significativement l’element vegetal symbolique, sous la

    forme du

     

    Shamrock, lequel parallelement a la preservation de l’irlandicite, represente l’immortalite

    des

     

    Chevaliers Spirituels. Repetons-le, il ne s’agit evidemment pas la de la seule tentative de ce

    genre, et les interferences celtiques emergent dans d’autres fondations maconniques.

    45) Alain Le Goff,

     

    Eon de l'etoile heresiarque de Broceliande, Ordos n° 22, 1 999.

    46) Michel Raoult,

     

    Les druides, les societes initiatiques celtiques contemporaines, Editions du Rocher,

    1 983.

    47)

     

    Le Druidisme n° 31, mai 1 994, p 35-36.

    48) Gwenc'hlan Le Scouezec,

     

    Les filiations traditionnelles de la renaissance des rites forestiers, Le

    jardin des Dragons

     

     

    n° 10, 1 994.

    49) Georges Pinault/Goulven Pennaod,

     

    Vers une philosophie bretonne ? La Bretagne reelle n° 267 bis,

    1 968.

    50) Joseph Monard,

     

    Connaissances du druidisme, G.D.G. Message 1 996.

    Les jalons

     

    & les aléas de la persistance du druidisme

    Repères à travers les siècles des rebelles, indociles, insoumis, indomptables, rétifs, dissidents,

    réfractaires et maquisards

    Quelques dates :

    ·

    Vème siècle : Patrick entreprend l'evangelisation de l'Irlande.

    ·

    VIème siècle : l'Ecosse possede encore des druides, selon l'abbe du monastere d'Iona, Adamnan.

    ·

    VIIIème siècle à fin du moyen âge : transcription des traditions legendaires en Irlande, mais aussi en

    Galles.

    ·

    Règne du roi suprême d'Irlande Domnall hUa Néill (mort en 978) : les druides existaient toujours et

    employaient encore tous les procedes de divination (Le Roux-Guyonvarc'h,

     

    Les Druides, p. 69).

    ·

    1 066 : avant la fondation de l'Universite d'Oxford fleurissait a cet endroit un groupe druidique verse

    dans tout ce qui regardait les arts du feu (alchimistes et forgerons) : les

     

    Pheryllts (du celtique ancien

    Uirueletes

     

     

    , "hommes voyants"). Leur centre etait Cor Emrys, dans le Penmaen de Snowdon (Eryr) ;

    l'ancien

     

    Cor Emrys, appele aussi Ambrosial Cor, est la cite de Dinas Affaron avec ses douze dragons de

    Beli. Vint la persecution, et beaucoup perirent, soit par pendaison, soit par exposition au froid.

    ·

    1 145 – 1148 : activites d'Eon de l'Etoile en Bretagne centrale.

    ·

    1 176 : premiere grande assemblee de bardes gallois (au chateau de Cardigan).

    ·

    1 179 : initiation forestiere royale de Philippe Auguste. (1)

    ·

    Alentours de 1 200 : Robin Hood ("Robin des Bois") en foret de Sherwood (Grande-Bretagne). (2)

    ·

    1 204 : mystique francais Amalric de Beyne, condamne pour pantheisme par le pape Innocent III.

    ·

    1 238 : Haymo de Faversham, moine gallois franciscain, ministre d'Angleterre, fait revivre les formes

    druidiques.

    ·

    1 245 : Philip Bryddod (ou Bryddyd), barde de Silurie, a la mort de Haymo, fonde a Oxford la

    Clairiere de Mont Haemus

     

     

    (du nom de son predecesseur ?), dite aussi Celli-y-Henafiet : des druides s'y

    rassemblent, venus de differents endroits du pays, et adherent a un programme commun :

     

    Proclamer,

    attester la dignité des druides, et disqualifier beaucoup d'erreurs populaires

     

     

    . Philip Bryddod meurt en

    1.250.

    ·

    1 381 : revolte anglaise des paysans.

    ·

    5 août 1 392 : episode historique de "l'ermite" de la foret du Mans et de la folie du roi Charles VI.

    ·

    1 400 : Sion Cent & Einion le pretre "monotheisent" les Triades et les "archives" bardiques.

    ·

    1 408 – 1 471 : vie de Sir Thomas Malory, gentilhomme du Warwickshire (Grande-Bretagne), membre

    du Parlement britannique (1 445), qui "prend le maquis" et devient – tels auparavant Eon de l'Etoile et

    Robin Hood – bandit de grands chemins et pilleur d'abbaye. Enferme 20 ans a la prison de Newgate, il y

    ecrit les 21 livres de

     

    La Mort d'Arthur (publie en 1 485).

    ·

    1 434 : execution du carme breton Thomas Conecte, ne a Rennes, qui parcourait les provinces du Nord de

    la France, suivi d’une troupe de disciples, prechant partout avec une extreme violence ; il

     

    eut un prodigieux

    succes comme predicateur, puis il alla en Italie ou il se signala par ses attaques contre la cour de Rome ;

    convaincu d'heresie il fut brule comme heretique.

    ·

    1 450 : premiere eisteddfod ("assemblee poetique galloise").

    ·

    1 494 – 1 553 : vie de Rabelais.

    ·

    Fin du XVIème siècle : Yann Marhec, seigneur de Guic-Quelleau en Penmarc'h, paien avoue, entre en

    lutte contre le seigneur de Penmarc'h, partisan de l'unification de la Bretagne et allie de Hamon Barbier,

    abbe de Pen-ar-Bec, venu christianiser le pays pagan.

    ·

    XVIème/XVIIème siècle : Huw Llwyd, soldat de la region de Ceunan Cynfal (Sud-Gwynedd, Pays de

    Galles) etait aussi barde, sportif, proprietaire et guerisseur traditionnel; il prononcait ses incantations

    depuis un rocher, denomme depuis la "Chaire de Huw Llwyd", dans la gorge d'Afon Cynval.

    ·

    1 599 – 1 658 : dans les iles britanniques, Cromwell ordonne la destruction systematique de tout

    document se rapportant aux anciennes traditions et rites.

    ·

    XVème siècle : - le barde Rhys Bryddyd, maitre du suivant.

    - le barde Lewis Morganwg, disciple du precedent, sera le maitre de Llywelyn Sion.

    ·

    XVIème siècle : Llywelyn Sion met par ecrit la connaissance traditionnelle, il enseigne entre 1 580 et

    1 616, le barde Edward Dafidd (de Hargam), lequel eut lui-meme pour eleve le barde Lewis Hopcyn (de

    Peterson-super-Montem); ce dernier eut pour disciple Iolo Morganwg. Edward Dafidd eut aussi pour

    eleve John Bradford (de Betwa-Tir-Iarl) qui fut egalement un des maitres d'Iolo Morganwg.

    ·

    XVIIème siècle : Michel le Nobletz trouve trois druidesses dans l'ile de Sein, invoquant Doue-Tad

    (Teutates ?) (3)

    ·

    1 764 : publication par le Reverend Evan Evans de Specimen of the poetry of the ancient Welsh Bards.

    ·

    1 722 – 1 770 : vie de Goronwy Qwen, poete gallois natif de Llanfair dans l'ile sacree de Mona

    (Anglesey), qui

     

    bien que pasteur anglican devient franc-macon dans l'intention de retrouver le

    mystere des anciens druides. Goronwy Owen etait disciple du Pen bardd ("Chef des Bardes") Llewellyn

    Du o Fon (de son nom profane Lewis Morris, 1 700 – 1 765). (4)

    ·

    1 788 : Nicolas de Bonneville, parlant d'un ouvrage du capitaine Smith, inspecteur a l'Ecole royale

    militaire de Woolwich et grand maitre provincial du Kent

     

    : De l'aveu de M. Smith, les restes les plus

    parfaits des rites et des cérémonies des druides sont conservés dans les coutumes et cérémonies des maçons.

    (5)

    ·

    1 792 : plus ou moins disparition des bardes gallois durant les mauvais jours de 1 792.

    ·

    1 811 – 1 812/1 816 : au Pays de Galles, revolte du "capitaine" Ned Ludd contre les machines (un

    milliers de celles-ci, travaillant la soie, le coton et la laine sont alors detruites par un mysterieux

    groupe ; ces actions virent a l'emeute et les insurges sont pendus ou condamnes a l'exil). (6) Il faut

    remarquer que les noms de Ned et de Ludd sont curieusement semblables a celui du dieu Nudd ou

    Lludd (

     

    Nodons en celtique ancien).

    ·

    1 829 : Edwards Williams (c'est-a-dire Iolo Morganwg)), ne en 1 747 (mort en 1 829 [ou 1 826 ?]),

    publie de la litterature theologique bardique; il est notamment l'auteur des

     

    Triades bardiques (1 794). Il

    tient des celebrations paiennes saisonnieres et est l'auteur des

     

    Arcanes des bardes de l'Ile de Bretagne

    (1 829). Son fils est l'auteur du

     

    Catechisme de Sion Cent (publication en 1 848 et 1 862).Durant cette

    periode : tenue d'Eisteddfod ("reunions plenieres bardiques") suivies.

    ·

    XIXème siècle : Myfyr Morganwg (de son nom profane Evans Davis; mort en 1 888) et le Dr Th. Price

    procedent a un reconstitution integrale du druidisme et construisent autour du roc de Logan, a

    Pontypridd, un sanctuaire druidique.

    ·

    11 octobre 1 838 : Kervarker (de la Villemarque) recoit l'investiture bardique sous le nom de Barz

    Nizon.

    ·

    Février 1 838 : ceremonie druidico-gorseddique dans la foret de Carnoet.

    ·

    Vers 1 835 : fondation par Henry Lizeray de l'Eglise Druidique et Nationale.

    (1) voir Pierre Vial,

     

    Un batisseur de la Maison de France : Philippe Auguste, in Le Choc du Mois n° 65 (juin

    1 993), p. 27.

    (2) concernant Robin Hood, lire

     

    The Vision of Piers the Plowman (1 378) et The Lystel Geste of Robin Hood

    (Winkin de Worde, 1 495).

    (3) Paul-Yves Sebillot,

     

    Le folklore de la Bretagne, tome II, p. 26, G.P. Maisonneuve & Larose ed..

    (4) Y.-L. Becot,

     

    Le poete Goronwy Owen, Memoires de la Societe d'Emulation des Cotes-du-Nord, Les Presses

    Bretonnes, Saint-Brieuc, 1 949.

    (5) Nicolas de Bonneville,

     

    in La Maconnerie ecossaise, tome I, p. 20, citant M. Smith (The use and abuse of

    Freemasonry

     

     

    ).

    (6) Nicolas Chevassus-au-Louis,

     

    Les Briseurs de machines, Ed. du Seuil, 2 006.


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