• Les Chevaliers de Malte

    On sait que les croisades exercèrent une grande influence sur la société au Moyen Âge en Europe et en Méditerranée. À la suite de la prise de Jérus alem en 1099 par les chrétiens francs (en majorité des Français), des groupes religieux se constituèrent afin d’accueillir et protéger les pèlerins qui se rendaient en Terre sainte. Parmi ces groupes, on doit mentionner les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem devenus plus tard les chevaliers de Malte, les Frères de la milice du Temple, dits les Templiers, ou les chevaliers du Temple (France, Belgique, Italie, Espagne), et les chevaliers Teutoniques (Allemagne, Pologne et pays baltes). À l’origine, il s’agissait d’ordres religieux et militaires dont les membres, généralement issus de la noblesse, faisaient voeu de chasteté, d'obéissance et de pauvreté.

    1 Les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem

     

    L’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem fut fondé en 1113 en Palestine par Gérard Tenque. On construisit à Jérusalem un hospice, c’est-à-dire une maison dédiée à saint Jean et destiné à recevoir les pèlerins qui venaient visiter les lieux saints (hostellerie) et à soigner ceux qui tombaient malades (hospital). C'est pourquoi les religieux de cette maison se donnèrent le nom d'Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Ils étaient vêtus d’une cape noire ornée d’une croix de Jérusalem blanche.

    Les hospitaliers ne devinrent un ordre militaire que vers 1140, sans toutefois perdre leur rôle hospitalier auprès des malades. Après la perte de la Terre sainte (par la prise de Saint-Jean-d'Acre en Syrie en 1221), les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem s'installèrent à l’île de Chypre (1291), puis conquirent l'île de Rhodes en 1302 (où on les appelait parfois «chevaliers de Rhodes»). Après la prise de Rhodes en 1522 par la puissante armée de 300 000 hommes du sultan Soliman le Magnifique, le grand maître des hospitaliers, Villiers de L’Isle-Adam, demanda au pape Clément VII un nouvel asile pour l'ordre et, en 1530, Charles Quint leur céda l'île de Malte à la condition de poursuivre leur mission en repoussant les Turcs. Ils prirent alors le nom de «chevaliers de Malte».

    2 Les chevaliers de Malte (1530-1798)

     

    Issus de l’ordre des Hospitaliers-de-Saint-Jean-de-Jérusalem à partir de 1530, les chevaliers de Malte organisèrent la défense de l’archipel de Malte en édifiant plusieurs fortifications (fort Saint-Ange, fort Saint-Elme, fort Saint-Michel, etc.) afin de lutter contre les Turcs. Tous ses membres, des noble de naissance, étaient revêtus d'une cape noire ornée d'une croix blanche.

    Sous le règne du grand maître de l’ordre, Jean Parisot de La Valette, les Maltais résistèrent au Grand Siège des Turcs de 1565. C’est l’année suivante, en 1566, que La Valette, la capitale de l’archipel, fut fondée. Dans les années qui suivent l'héroïque défense de Malte, l'ordre atteint l'apogée de sa gloire; dans toute la chrétienté, les nobles cherchent à en grossir les rangs.

    Par la suite, les chevaliers de Malte continuèrent leurs luttes contre les Turcs en s'illustrant notamment à la célèbre victoire de Lépante en Grèce (1571) où la flotte chrétienne de la Sainte Ligue (Espagne, Venise, Saint-Siège et chevaliers de Malte) mit en déroute la flotte turque d’Ali Pacha, celui-ci étant jusqu’alors réputé invincible.

    Les chevaliers de Malte réussirent à maintenir leur ordre militaire dans une relative indépendance; ils possédaient non seulement leur propre armée et leur marine de guerre, mais ils frappaient monnaie, concédaient des prêts à faible taux d’intérêt, ouvraient des banques et envoyaient des représentants diplomatiques dans toutes les cours d’Europe. En réalité, grâce aux chevaliers, les îles de Malte formèrent un petit État souverain qui, de 1530 à 1798, rendit les plus grands services à la chrétienté et fut la terreur des pirates musulmans.

    Au cours des siècles, l’esprit des chevaliers de l’ordre de Malte s’altéra et les chevaliers commencèrent à occuper leur temps pour satisfaire uniquement leurs propres intérêts. D’une part, les guerres contre les Turcs avaient fini par s’atténuer au point où les chevaliers tissèrent même des liens d’amitié avec les Turcs et autres musulmans; d’autre part, le pape n’avait plus besoin de faire appel régulièrement aux services de ces chevaliers.

    En 1798, le 71e et dernier grand maître des chevaliers de l’ordre de Malte sur l’île, l’Allemand Ferdinand von Hompesch, se rendit au général Bonaparte après une résistance symbolique. En 1802, les «chevaliers au blanc manteau» et à la croix de Malte furent expulsés par les Britanniques. Aujourd’hui, l’ordre de Malte continue d’être reconnu par l’Église catholique de Rome, mais il ne s’agit plus que d’un ordre de chevalerie ecclésiastique et strictement honorifique. En 1998, le gouvernement maltais a autorisé l’ordre de Malte à reprendre possession du fort Saint-Ange de La Valette, mais l’ordre est resté essentiellement hospitalier; il soigne et vient en aide aux démunis. Par ailleurs, l'actuelle société de l'Ambulance Saint-Jean, arborant la croix de Malte comme logo, provient directement de cet ordre de chevalerie; il en est ainsi pour les Chevaliers de Colomb.

    3 L’ordre du Temple

     

     

    Cet autre ordre religieux militaire, appelé aussi les Templiers (vêtus d’une simple cape blanche), fut fondé en 1119 (peu après les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem en 1113) par les Français Hugues de Payns et Godefroi de Saint-Amour, pour la défense des pèlerins chrétiens en Terre sainte. Le roi de Jérusalem, Baudouin II, les installa près de l'église du Temple. Avec l'appui de saint Bernard de Clairvaux, la règle de l’ordre fut bientôt approuvée et publiée par le concile de Troyes (1128). En raison de l'alliance prônée entre l’idéal chevaleresque et l’idéal monastique, le succès de l’ordre du Temple fut presque immédiat, et de nombreuses donations vinrent remplir ses caisses et lui permirent une politique systématique d'acquisition de terres et de défrichements.

    L’ordre du Temple s'enrichit considérablement, posséda des domaines et des forteresses et servit de banque aux pèlerins et, plus tard, aux rois. L’ordre acheta même l’île de Chypre à Richard Coeur-de-Lion d’Angleterre (1191). En 1257, les Templiers possédaient déjà 3468 châteaux, forteresses et maisons dépendantes, réparties dans 19 provinces et sous-provinces.

    Après la perte de l’Empire latin d'Orient lors de la chute de Saint-Jean-d'Acre (Syrie) en 1291, l'ordre se retira dans ses possessions européennes, surtout en France, en Espagne, au Portugal et en Italie. Cependant, la richesse des templiers, alors inégalée dans tout l'Occident chrétien, permit peut-être de subventionner largement les papes et les rois, mais elle suscita aussi de nombreuses hostilités. En réalité, les Templiers étaient devenus trop puissants et ils menaçaient de dépasser les rois en fonction.

    En France, malgré le passé glorieux de l’ordre, le roi Philippe IV, dit le Bel, et son chancelier Guillaume de Nogaret se mirent à persécuter les templiers à partir de 1307. Arrêtés, soumis à la question, les templiers de France avouèrent des crimes peu vraisemblables sous la torture de l’Inquisition. Les procès, souvent scandaleux, aboutirent à de nombreuses condamnations à mort (1310), à la suppression de l'ordre en 1311 par le pape Clément V — malgré l'avis des Pères du concile de Vienne (1312) —, à l'exécution du grand maître Jacques de Molay (1314), à la confiscation des biens des templiers, transmis aux hospitaliers après que le roi, sous prétexte de dettes, en eut tiré le plus d'argent possible.

    En Angleterre, en Espagne, en Écosse et Allemagne, les rois et princes ont toujours reconnu l’innocence des chevaliers du Temple. En fait, l’histoire des templiers en France révèle que Philippe IV le Bel n’avait pu tolérer la présence sur son territoire d'un corps militaire ne répondant pas à son autorité. Suite à la bulle papale du 2 mai 1312, les chevaliers de l’ordre de Malte devinrent les héritiers des biens des templiers, sauf ceux sur lesquels le roi Philippe le Bel avait mis la main. C’est à partir de cette époque qu’on a qualifié les successeurs de Philippe le Bel de «rois maudits». Le 18 mars 1314, alors qu’il agonisait sur son bûcher dressé sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le dernier grand maître de l'ordre des Templiers, Jacques de Molay, aurait déclaré: «Maudits, vous serez tous, maudits jusqu'à la treizième génération de vos races.» Curieusement, Philippe le Bel mourut l’année suivante, ce qui entraîna des luttes incessantes pour le pouvoir, lesquelles aboutirent à la guerre de Cent Ans.

    4 L’ordre des chevaliers Teutoniques

     

    L’origine de l’ordre des chevaliers Teutoniques (en allemand: Deutscher Ritterorden) de l'Hôpital Sainte-Marie-de-Jérusalem remonte à la construction d’un hôpital créé par des bourgeois de Brême et de Lübeck (en Allemagne) pendant le siège d'Acre (Syrie) en 1191, afin de soigner les croisés allemands malades ou blessés. Transformé en ordre militaire en 1198, l'ordre des chevaliers Teutoniques fut officiellement reconnu par le pape en 1199. Les chevaliers Teutoniques adoptèrent le mode d’organisation des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem pour leurs activités caritatives et les techniques des templiers pour leurs missions militaires. Tous ses membres, des nobles allemands, étaient vêtus d'une cape blanche ornée d'une croix rouge.

    Dès le XIIIe siècle, l'ordre Teutonique finit par acquérir de vastes domaines en Méditerranée et en Allemagne, où furent créés 12 bailliages destinés à financer les expéditions. Après la perte de Jérusalem, les chevaliers Teutoniques émigrèrent vers la Transylvanie et fondèrent la ville de Kronstadt (Brasov) en 1211. Le grand maître de l’ordre, Hermann von Salza, entreprit la conquête et la colonisation de la "Prusse païenne" (de 1231 à 1283), ce qu’on a appelé la "poussée vers l’est" (en allemand: Drang nach Osten).

    Contrairement aux autres ordres militaires, les conquêtes teutoniques ne furent pas de simples conquêtes territoriales puisque les chevaliers étaient accompagnés de missionnaires, de magistrats et de colons allemands: les chevalier furent chargés d’assimiler les peuples conquis. Aidés par un autre ordre chevalier (les Porte-Glaive), les teutoniques conquirent et assimilèrent la Pologne ainsi que la région balte (Estonie, Lituanie et Lettonie), puis annihilèrent complètement le peuple prussien: le dernier locuteur à parler le prussien s'est éteint à la fin du XIIIe siècle. Dans toute cette grande région, les chevaliers Teutoniques édifièrent de nombreuses forteresses et fondèrent quelque 93 villes.

    Cependant, les longues guerres contre la Pologne et la Lituanie affaiblirent les teutoniques qui furent vaincus par le roi Ladislas II Jagellon au champ de bataille de Grunwald-Tannenberg (1410). Les chevaliers Teutoniques perdirent 40 000 hommes et durent abandonner la Samogitie, puis après la guerre de Treize Ans (1454-1468) la Sudavie et une partie de la Pomérélie. Au traité de Torun (1466), l’ordre des chevaliers Teutoniques ne garda que la Prusse orientale, sous la suzeraineté de la Pologne. En 1525, le grand maître Albert de Brandebourg sécularisa les biens de l'ordre, tandis que la majorité des chevaliers se convertirent lors de la Réforme. Ceux qui demeurèrent catholiques se réfugièrent en Allemagne (à Mergentheim). Ce sont les chevaliers Teutoniques qui fondèrent l'État prussien entre le XVIIe et le XIXe siècle. L'ordre fut supprimé en Allemagne par Napoléon en 1809, mais il fut maintenu en Autriche au cours du XIXe siècle.

    Depuis 1929, sauf durant la période de la Seconde Guerre mondiale, l'ordre des chevaliers Teutoniques dont le siège est à Vienne reste maintenant un ordre caritatif qui limite son action à l'Autriche, à l'Italie et à l'Allemagne.


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