• LE MESSAGE CACHÉ DES STÈLES DISCOÏDALES

    LE MESSAGE CACHÉ DES STÈLES DISCOÏDALES


    "Le symbole (est) une fenêtre ouverte sur le mystère."
    ("Introduction au monde des symboles" de Gérard Champeaux et Sébastien Sterckx)
    QUAND on voyage en "Pays Cathare", et plus encore au Pays Basque, l'occasion peut
    se présenter de découvrir de curieux monuments circulaires en pierre que les spécialistes
    désignent sous le terme générique de stèles discoïdales. Ces dernières se rencontrent le plus
    souvent dans les anciens cimetières ou à proximité des églises, quelquefois même à certains
    croisements de routes. De nos jours, beaucoup d'entre elles ont aussi trouvé refuge dans les
    musées afin d'être mises à l'abri des dommages causés par le temps ou les actes de
    vandalisme.
    La principale particularité des stèles discoïdales réside dans les décorations, parfois
    simples ou extrêmement complexes, dont elles sont généralement parées. Comme on le verra
    par la suite, ce serait commettre une grave erreur de penser que celles-ci ne sont dues qu'à la
    "fantaisie" de leurs sculpteurs. Croire également que ce type de monuments ne se rencontre
    que dans le sud de notre pays en serait une autre.
    En réalité, il en existe des centaines un peu partout en Europe, que ce soit en Espagne,
    au Portugal, en Italie, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche, dans l'ex-
    Tchécoslovaquie, en Bulgarie, dans l'ex-Yougoslavie, et jusque dans certains pays baltes ou
    scandinaves comme la Suède et la Norvège (cette liste n'étant, par ailleurs, nullement
    exhaustive, puisque le nombre des pays augmente chaque année en fonction des nouvelles
    découvertes archéologiques).
    Compte tenu de cette très vaste répartition, il semble impossible d'attribuer l'apparition
    de ces monuments à l'influence exclusive du Catharisme. Mais s'ils paraissent réellement issus
    d'une tradition plus ancienne et étendue, cette dernière a fort bien pu être familière aux
    Cathares (comme le laissent à penser de nombreux éléments), de même qu'à toutes les
    personnes ayant été en mesure d'interpréter correctement la nature de leur message
    symbolique.
    Les stèles appartiennent à la grande famille des "pierres levées" dont elles ont hérité
    des fonctions caractéristiques. A l'instar des mégalithes , leur rôle ne se limite pas à servir
    de monuments funéraires ; elles sont, avant tout, chargées d'une très forte connotation
     Il est à remarquer que l'aire de répartition géographique des stèles correspond,
    grosso modo, à celle de la civilisation mégalithique dont "l'action se faisait sentir de la Suède
    au Portugal d'un côté, au Caucase de l'autre." 
    symbolique se rapportant à des concepts religieux universels qui apparaissent dès l'époque du
    néolithique. C'est ainsi que l'on peut retrouver sur ces stèles les "grands symboles vénérés à
    l'époque dolménique" , dont les deux éléments majeurs sont le cercle et la croix à branches
    égales (dite "croix grecque").
    Le  et la  sont étroitement liés au culte du feu sacré et leur symbolisme se
    complète ou se renforce suivant qu'ils sont associés (croix cerclées) ou dédoublés (cercles
    concentriques ou croix "chrismatiques"). Le cercle divisé par la croix – qui est la figure de
    base des stèles discoïdales – servit de préfiguration aux rouelles gauloises, ces "roues du
    soleil" directement inspirées de l'art celte et des religions solaires de l'Orient. Ce symbole
    constitue, entre autres, la représentation archaïque du déplacement annuel du soleil dans le
    ciel zodiacal, lequel ouvre (avec un mois d'avance suivant l'ancienne tradition celtique) les
    quatre portes des saisons marquées par les constellations du Verseau (printemps), du Taureau
    (été), du Lion (automne) et du Scorpion (hiver) . C'est donc par l'intermédiaire de l'astre
    solaire que "le cercle perçu dans le ciel entre en rapport avec la croix d'orientation terrestre"
    .
    Si la croix, qui engendre le carré, est le symbole du monde matériel, le cercle, sans
    début ni fin, est celui de la transcendance qui échappe aux lois de l'espace et du temps. Le
    cercle et la croix forment, de cette façon, une dualité parfaitement complémentaire, celle de
    l'union du ciel et de la terre. C'est tout le secret de la "quadrature du cercle" qui, contrairement
    à son homologue mathématique, est une opération tout à fait réalisable sur le plan
    métaphysique.
    Sous l'action de l'agent céleste, la création s'anime d'un mouvement permanent et
    cyclique que figurent les motifs de la spirale et des croix "tournoyantes" de type svastika. Ce
    dernier est l'un des plus vieux symboles (ses premières représentations remonteraient à l'âge
    du bronze) et fut employé dans différentes parties du monde, comme "en Asie Mineure, en
    Grèce et dans les îles helléniques, à Chypre, à Rhodes, en Italie, en Gaule, en Angleterre, en
    Irlande, dans la vallée du Danube, au Caucase, en Scandinavie, dans l'Inde et jusqu'au Tibet
    et au Japon" .
    Il faut encore ajouter à cette liste le continent nord-américain où ce signe, de même
    que la roue solaire à laquelle il est étroitement associé, est bien connu de certaines tribus
    indiennes (en particulier des Hopis qui occupaient les régions désertiques des états du Sud-
    Ouest).
    En France, c'est au Pays Basque (où il est devenu la fameuse croix basque appelée
    "Lauburu") et dans les vallées pyrénéennes qu'il fut le plus répandu. On le retrouve dans la
    plupart des formes d'art traditionnel , mais aussi, et surtout, "sur de petites cippes 
     Le lecteur perspicace aura remarqué la correspondance de ces quatre signes
    zodiacaux avec les quatre symboles associés aux évangélistes : l'Homme Angélique, le Boeuf,
    le Lion et l'Aigle. Quant au Christ, il joue bien évidemment le rôle du soleil triomphant.
     Une fois encore, on peut noter que cette répartition coïncide, approximativement,
    avec celle des stèles.
     Il va même jusqu'à apparaître parmi les marques des troupeaux (en compagnie
    d'autres symboles solaires) relevées en 1923 à une foire de Tarascon, en Ariège. 
     Les cippes sont de petites stèles funéraires ou votives.
    ou autels anépigraphes où il est manifestement un symbole divin" . De l'avis des experts, il
    ne fait aucun doute que ces monuments gallo-romains sont dédiés à une divinité lumineuse du
    nom d'Abellio , l'équivalent de l'Apollon romain et de l'Hélios grec. "Dans ses "Inscriptions
    des anciens dieux pyrénéens", (Julien Sacaze) ne compte pas moins de huit cippes dédiés au
    dieu Abellio ou Abelio (qui) était la divinité pyrénéenne dont l'aire d'adoration [qui est dans
    ces vallées la même que celle du svastika] avait le plus d'étendue." 
    Ce dieu de lumière a donné son nom à la croix d'Abellion, "symbole solaire des
    Celtibères" , laquelle est devenue notre célèbre croix occitane "cléchée et pommetée" .
    Comme on retrouve la croix d'Abellion (sous une forme plus ou moins schématisée) sur de
    nombreuses stèles discoïdales, ainsi que sur divers médaillons et pièces (méreaux) trouvés à
    Montségur et dans ses environs, certains ont voulu voir en elle une authentique "croix
    cathare" (opposée à la croix latine, symbole de torture et de mort, tant pour le Christ que pour
    toutes les victimes de l'inquisition romaine). En réalité, ce symbole est bien antérieur à la
    venue du catharisme dans la région. De plus, celui-ci n'apparaît pas seulement dans le sudouest
    de la France, mais également en Provence et dans certaines parties de l'Espagne, de
    l'Italie et des Balkans. Ainsi que le remarque l'historien Roger Camboulives, "ces croix
    jalonnent la voie de cheminement des civilisations antiques qui nous relient à l'Orient
    lointain d'où elle est peut-être venue, expression d'un culte des premiers âges." 
    Ce culte ancien et mystérieux se rapporte assurément à celui que l'on rendait à la
    lumière solaire, lequel fut extrêmement répandu, et tout particulièrement dans les montagnes
    pyrénéennes. Selon une vieille légende, un immense incendie aurait ravagé les Pyrénées à la
    suite duquel elles prirent leur nom de "montagnes embrasées, du grec pur, puros, le feu" .
    Mais il y a deux sortes de "Feu" , suivant que celui-ci agit sur le plan matériel ou
    spirituel. Le premier est un élément destructeur synonyme de mort ; alors que le second, par
    son action purificatrice, apparaît comme le symbole de la vie éternelle. En tenant compte de
    ce dernier aspect, l'incendie légendaire peut revêtir, dès lors, une toute autre signification.
    Ce qui est venu "embraser" les montagnes pyrénéennes, à l'aube de la civilisation, c'est
    l'apparition d'une croyance aux concepts si élevés qu'elle se révèle génératrice d'illumination
    spirituelle. La lumière est aussitôt devenue un très puissant symbole, d'autant qu'à l'image
    même de la divinité, celle-ci est absolue et éternelle, comme l'a si justement remarqué
    l'écrivain Jean Blum :
     Chez les Crétois, Abellio était assimilé au Soleil.
     En termes héraldiques, cléché se dit d'une "pièce dont les extrémités ont la forme
    d'une clef antique" et pommeté signifie que "ses extrémités portent une ou plusieurs boules."

     Tout comme il y a deux sortes de "lumière", ainsi que le comprit le génial Newton :
    "La lumière phénoménale, physique, matérielle, visible, celle du dehors, et la lumière
    nouménale, virtuelle, invisible, celle du dedans… c'est le Verbe, la lumière, l'esprit qui a
    fabriqué la matière au commencement." 
    "Le temps, qui appartient à la Maya ( à l'illusion) dans la tradition asiatique et fut
    suspecté de satanisme par les Cathares, n'a rien d'absolu. Il peut être aboli ou au moins
    freiné dans le monde sensible. En revanche, la lumière est un absolu ; pour si étrange que
    cela puisse paraître, la lumière voyage dans l'espace en sa propre éternité immobile, sans
    concéder au temps… La lumière a, de ce fait, une connotation quasi-sacrée, ainsi que l'ont
    démontré à peu près toutes les grandes traditions." 
    C'est le feu qui apporte la lumière, mais il faut qu'il descende du ciel (sa "chute"
    rappelant celle des âmes humaines) pour posséder la pureté nécessaire à sa sacralisation. Et
    quoi de plus normal que le soleil, source de chaleur et de vie, soit devenu l'emblème vivant de
    ce feu céleste. Pour autant, les religions solaires n'ont jamais voulu déifier l'astre en lui-même
     (comme on le croit généralement), ne voyant en celui-ci que le symbole physique d'une
    réalité transcendante : "La plupart des gens pensent que les Anciens étaient des adorateurs du
    soleil visible alors qu'en fait ils adoraient l'esprit universel et les pouvoirs divins qui se
    trouvent à l'intérieur et derrière le coeur du système solaire." 
    Actuellement, les traditions spirituelles des indiens d'Amérique du Nord  continuent
    à nous offrir le plus parfait exemple de cette vénération du principe intrinsèque par delà
    l'apparence matérielle. Ce savoir traditionnel est d'autant plus précieux qu'il constitue une
    expression toujours intacte des cultes originels d'où sont directement issues les grandes
    religions monothéistes. Ainsi, sous les dehors trompeurs d'un polythéisme élémentaire, la
    spiritualité des amérindiens véhicule des notions suffisamment profondes et élaborées pour
    détruire à tout jamais l'image stéréotypée de l'indigène idolâtre.
    Pour commencer, les indiens ne s'attachent nullement à la forme, mais au principe
    sous-jacent qu'elle renferme. "Ils ne voient dans la chose apparente qu'un faible reflet d'une
    réalité principielle. C'est pour cela que tout chose est Wakan, sacrée, et possède un pouvoir,
    selon le degré de réalité spirituelle qu'elle reflète" . De ce fait, la nature entière apparaît,
    à leurs yeux, comme étant la manifestation d'un principe supérieur qui trouve son essence
    dans le "Grand-Esprit" (Wakan Tanka ). Il est important de souligner que cette vision
    animiste du monde (devenue si étrangère à l'esprit de l'homme moderne) était aussi celle des
    hommes et des femmes du Moyen Age qui, comme le remarquent Gérard de Champeaux et
    Sébastien Sterckx, "étaient restés sensibles au langage de la Nature et à ses symbolismes. Ils
    se rangeaient en cela du côté des peuples primitifs" .
    Les symboles, par leur puissance évocatrice, constituent un véritable langage universel
    comportant différents niveaux d' interprétation. Même s'ils semblent transmettre des messages
     Mais, au fil du temps, les principes fondamentaux de ces religions furent pervertis
    au point de se changer en croyances superstitieuses plus accessibles aux masses qui les
    véhiculèrent. De même que le polythéisme constitua une forme dégénérée du monothéisme
    l'ayant précédé : "Les premiers hommes ignoraient le polythéisme… La religion archaïque et
    primordiale avait pour fondement le culte d'un dieu unique."  Aujourd'hui, la plupart des
    spécialistes reconnaissent que les divinités multiples des cultes polythéistes correspondent, en
    fait, aux différents attributs d'un dieu suprême.
     Que trop d'historiens continuent d'ignorer, ce qui est profondément dommage.
     Terme sioux que l'on peut également traduire par "Grand-Mystère" ou "Grand-
    Pouvoir-Mystérieux".
    apparemment très simples, ils recèlent en général un degré d'abstraction insoupçonné. Voici
    ce que disait Tahca Ushté (célèbre Homme-Médecine Sioux) à ce propos : "Le symbolisme
    nous a aidés à écrire sans alphabet. Par le moyen des symboles, nous pouvons décrire même
    les pensées les plus abstraites avec assez de précision pour que chacun comprenne…" 
    Chez les indiens des plaines, le soleil représente le feu sans fin de "l'Esprit de
    création, une force indescriptible et monumentale (qui) est contenue dans toutes les choses et
    fait part de toutes choses" . Les Sioux pensent que cet esprit igné est à l'origine de la vie
    et de son mouvement. C'est pourquoi ils disent que le feu "précède tout le reste. Bien avant
    Einstein, nous savions que l'énergie était au coeur de la matière (mais) l'énergie du soleil qui
    rayonne sur nous et notre planète n'est pas seulement physique, elle est aussi spirituelle"
    .
    L'énergie solaire évoque ainsi l'action du Grand-Esprit dont l'essence impersonnelle se
    diffuse à travers l'ensemble du monde créé. C'est l'étincelle cachée au sein de la matière, l'âme
    secrète des choses ou, dans un sens plus large, l'Anima Mundi. Vu sous cet angle, le soleil
    physique n'est, ni plus ni moins, que le reflet du "soleil intérieur" qui représente le coeur
    vibrant de la création. Et de même que notre étoile se situe au centre du système solaire, le feu
    sacré de l'esprit constitue le "centre de l'Être"  : "…au centre de l'univers habite le Grand-
    Esprit et en réalité ce centre est partout; il est dans chacun de nous… Le coeur est le
    sanctuaire au centre duquel se trouve un petit espace où habite le Grand-Esprit, et ceci est
    l'OEil (Ishta). Ceci est l'OEil du Grand-Esprit par lequel il voit toute chose, et par lequel nous
    le voyons. Lorsque le coeur n'est pas pur, le Grand-Esprit ne peut être vu, et si vous deviez
    mourir dans cette ignorance, votre âme ne pourra pas retourner immédiatement auprès de
    lui, mais devra être purifiée par des pérégrinations à travers le monde" .
    Puisque les amérindiens considèrent que l'homme est le seul, parmi toutes les créatures
    terrestres, à pouvoir parvenir à la connaissance du Grand-Esprit, ils estiment, en conséquence,
    qu'il s'agit là de son devoir le plus sacré. Mais il pensent que cela nécessite une purification de
    l'individu qui l'obligera à vivre de multiples incarnations.
    Compte tenu du fait que le feu constitue l'élément purificateur par excellence, et que la
    course annuelle du soleil incarne le temps cyclique qui fait tourner la "roue de la vie"
    (symbole de "l'éternel retour" des saisons et des âmes, "morts et renaissances se succédant
    régulièrement comme les révolutions d'une roue" ), il semble maintenant évident que les
     C'est la raison pour laquelle l'illustre Giordano Bruno adhéra avec autant
    d'enthousiasme à la théorie copernicienne de l'héliocentrisme qu'il considérait – d'une manière
    toute pythagoricienne – comme le symbole éclatant de cette vérité métaphysique professée
    par son disciple Hennequin : "Nous découvrons que la divinité n'est pas lointaine mais qu'elle
    est en nous, car son centre est partout…"  Le philosophe disait aussi que "la naissance
    est l'expansion du centre… et la mort, une contraction en ce centre". Par ailleurs, la tradition
    druidique, qui présente d'étonnantes similitudes avec celle des Amérindiens, considère que "le
    soleil, au centre de notre cosmos, c'est notre âme… la source de toute existence, le lieu où
    tout s'accomplit et se résout, le point immobile de l'être et du non-être" . On retrouve des
    notions similaires dans les textes sacrés de l'Hindouïsme : "De même qu'un seul soleil
    illumine le monde entier, ainsi l'Esprit unique illumine chaque corps…" (extrait de la
    "Bhagavad-Gîta") .
    notions de purification et de réincarnation puisent directement leur origine au sein des
    religions solaires. De même que les concepts dualistes expriment la double nature du feu
    emprisonné dans la matière. Les sioux assimilent ce dernier au "pouvoir de l'éclair" des
    Wakinyans ("Oiseaux-Tonnerre") qu'ils comparent à l'énergie atomique. Son symbole est
    celui d'une flèche possédant deux extrémités, l'une bonne et l'autre mauvaise . "La partie
    bonne est la lumière. Elle provient du Grand-Esprit. Elle contient la première étincelle qui
    illumina la terre… Cette lumière a donné à l'homme le premier feu" .
    La croyance en ce feu originel s'est transmise depuis les temps préhistoriques pour
    finir par se retrouver au coeur même des grandes religions monothéistes. Le christianisme
    primitif (celui des Cathares) constitua, en l'occurrence, l'un des plus beaux flambeaux de cette
    tradition séculaire, Jésus – est-il besoin de le rappeler ? – n'étant pas venu instaurer le
    baptême de l'eau, mais celui du feu, symbole de l'Esprit Saint .
    Le catholicisme romain n'hésita pas non plus à se servir de la fabuleuse puissance
    archétypale du symbolisme solaire en associant, entre autres, la figure du Christ au Sol
    Invictus (le soleil invaincu) qui "renaît" après chaque solstice d'hiver :
    "On retrouve ce culte astral au Ier siècle avec celui de Mithra… Très rapidement, le
    christianisme apostolique l'emprunta aux cultes païens, adoptant et assimilant, parmi tant
    d'autres, ce puissant symbole" .
    Saint Augustin l'a dit lui-même : "Le christianisme n'est qu'une forme nouvelle d'une
    religion éternelle" .
    Après ce long préambule, nous pouvons commencer à mieux cerner la nature du
    message symbolique délivré par les stèles – message qui, bien que venant du fond des âges, a
    conservé toute la force de son authenticité. Mais avant d'étudier l'aspect décoratif des stèles, il
    est nécessaire de s'attarder un instant sur le symbolisme attaché au monument lui-même.
    Par sa verticalité, la stèle relie la terre au ciel ou, sur un plan plus subtil, le monde
    physique des vivants au monde spirituel des morts. C'est le rôle principal de toutes les pierres
    dressées, comme les menhirs que l'on associe au feu  et à son symbole, un triangle avec la
    pointe dirigée vers le haut. Le pied rectangulaire ou trapézoïdale (souvent enfoui dans la terre)
    qui soutient le disque de la stèle rappelle également l'union du carré terrestre au cercle céleste
    que nous avons mentionnée plus haut. L'ensemble évoque une silhouette anthropomorphe, à
    l'image des statues-menhirs, dont l'aspect se trouve accentué lorsque les monuments possèdent
     Les ravages engendrés par le feu nucléaire nous donnent une idée assez précise du
    "mauvais coté". La flèche à deux têtes représente aussi le bon et le mauvais usage que l'on
    peut faire de toute chose. Les religions solaires et leurs conceptions élevées de la divinité
    n'ont malheureusement pas échappé à cette règle, puisqu'elles furent dénaturées au point de
    donner naissance à d'horribles cultes sacrificiels (comme ce fut le cas en Amérique Centrale,
    au temps de l'empire Aztèque). Et de nos jours encore, celles-ci sont parfois "récupérées" pour
    servir les intérêts de groupuscules sectaires plus ou moins criminels…
     Dans l'évangile de St Marc, St Jean-Baptiste dit en parlant de Jésus:
    "Moi, je vous ai baptisés d'eau.
    Lui vous baptisera d'Esprit Saint."
    (Chapitre 1, Verset 8)
    Le coeur de la mystique cathare résidait tout entier dans ce sacrement connu, à l'époque
    des Bonshommes, sous le nom de Consolament, le "Baptême de l'Esprit".
    deux protubérances que les spécialistes comparent soit à des "ailerons", soit à des "épaules"
    ou à des "bras" (plusieurs stèles à Montmaur, dans l'Aude, présentent notamment cette
    particularité).
    Cette forme spécifique rappelle aussi les croix anthropomorphiques retrouvées dans
    certaines grottes de l'Ariège qui, à leur tour, ressemblent étrangement à l'Ankh égyptien,
    symbole bien connu d'immortalité. Toutefois, de l'avis de Robert Aussibal et de l'abbé Giry,
    "le symbolisme morphique des stèles discoïdales est avant tout lié au Christ ressuscité dont le
    soleil est l'image, figurée par le disque" .
    Même s'il est dépourvu du moindre symbole, le disque de la stèle représente donc, à
    lui seul, une "figuration solaire, aussi est-il orienté à l'Est  pour mieux participer à la
    renaissance de l'astre" ; tout comme l'esprit du mort doit renaître dans l'autre monde où il
    brillera tel un "nouveau soleil".
    La décoration des stèles fait appel à une très large gamme de figures géométriques,
    tout en présentant d'importantes variations suivant le lieu et l'époque de sa réalisation. On
    remarque, par exemple, que les monuments du "pays cathare" paraissent, de ce point de vue,
    beaucoup moins élaborés que ceux du Pays Basque, de l'Espagne ou du Portugal. Ils sont
    pourtant suffisamment révélateurs pour nous permettre de pénétrer au coeur de la symbolique
    des stèles, derrière laquelle semble se dégager une véritable ligne directrice. Nous trouvons
    ainsi parmi eux certains motifs majeurs qui sont les suivants :
    - Les croix grecques et latines.
    - La croix d'Abellion.
    - Les fleurs de lys et les rosaces à six branches.
    - Les christs de type bogomile et les "arcs anthropomorphiques".
    Bien entendu, ces différentes figures ont fait l'objet de multiples adaptations et leur
    association révèle, en général, un symbolisme complémentaire. Néanmoins, si l'on veut
    accéder à une interprétation globale, il faut tenir compte de la valeur intrinsèque de chacune
    d'entre elles que nous allons rapidement exposer ici.
    L'origine de la croix grecque remonte à la préhistoire. Symbole élémentaire
    d'orientation, puisqu'elle indique les quatre directions de l'espace, elle évoque aussi
    l'alternance immuable des saisons rythmée par les deux équinoxes et les deux solstices (la
    branche horizontale représentant la durée égale des jours en période équinoxiale, et la branche
    verticale la position la plus haute et la plus basse du soleil au moment des solstices). Cette
    alternance cyclique forme un cercle à l'intérieur duquel la croix incarne le soleil et son
    déplacement annuel [ou journalier, l'année pouvant symboliquement se réduire à un jour :
    Lever (équinoxe de printemps), Zénith (solstice d'été), Coucher (équinoxe d'automne) et
    "Soleil de Minuit" (solstice d'hiver)].
    Les branches de la croix peuvent aussi figurer les quatre éléments (Terre, Eau, Air,
    Feu), le centre étant, quant à lui, le siège de la quintessence ou cinquième élément : l'éther (du
     C'est également le cas pour un très grand nombre de monuments mégalithiques et
    d'édifices religieux. Au Pays Basque, "depuis la préhistoire et de façon constante jusqu'à nos
    jours, on a inhumé les défunts face au soleil levant" .
    grec aithêr qui signifie "air pur"). Ce fluide subtil et purificateur serait, de même que l'esprit,
    au "centre de tout" et aurait pour symbole la fameuse croix de Lorraine que l'on retrouve sur
    de nombreuses stèles, comme celles d'Usclas-du-Bosc, dans l'Hérault.
    Avec l'arrivée de l'ère chrétienne, la croix solaire deviendra, pour toutes les raisons
    évoquées plus haut, le symbole de la résurrection  et de la gloire du Christ, les deux notions
    les plus fondamentales du christianisme. R. Aussibal affirme même que "le vieux symbole
    solaire du disque, du cercle, de la croix à branches égales, employé dès la plus haute
    antiquité, repris par les chrétiens du IVe siècle et les Wisigoths, sera jusqu'au XIe siècle
    l'unique symbole du Christ ressuscité et glorieux" .
    Il est indispensable de bien distinguer ces deux aspects de la divinité pour mesurer
    toute la valeur symbolique de la croix. Le christ ressuscité s'assimile au christ cosmocrator qui
    règne sur l'univers physique et ses rythmes temporels ; le christ glorieux se rapporte, de son
    côté, au christ chronocrator, le maître du temps, qui "contrairement au soleil physique, se
    maintient à jamais en sa position d'apogée (et) met fin au cycle absurde du perpétuel
    recommencement ne menant nulle part" . Ce dernier correspond, bien entendu, au centre de
    la croix où les lois de l'espace-temps s'abolissent pour donner accès à la dimension spirituelle.
    Dans cet "au-delà", passé, présent et futur s'interpénètrent et ne forment plus qu'un éternel
    présent (ce que les physiciens appellent un "temps total") : "Depuis Einstein, la physique
    moderne nous rappelle ce que les sages taoïstes enseignent depuis toujours : le temps n'existe
    pas. C'est une illusion… l'éternel présent contient en lui les germes de l'immortalité" .
    La croix latine, dont la forme rompt l'équilibre générateur de cycles, évoque également
    cette transcendance du temps. C'est pourquoi elle constitue, symboliquement parlant (et à
    condition d'exclure toute connotation morbide), le parfait complément de la croix grecque.
    C'est ce que nous montre l'une des stèles d'Usclas-du-Bosc qui met en parallèle les symboles
    du christ cosmocrator (croix grecque) et chronocrator (croix latine).
    Par ailleurs, l'élévation du bras horizontal qui déplace le centre vers le haut confère à
    la croix latine un symbolisme ascensionnel lié à la "remontée de l'esprit" . Comme l'a dit
    Mircéa Eliade, "toute ascension est une rupture de niveau, un passage dans l'au-delà, un
    dépassement de l'espace et de la condition humaine" . Ce détachement s'opère à partir du
    centre et débouche sur ce que les orientaux appellent la "grande voie verticale", laquelle doit
    mettre fin à "la nécessité de renaître" .
    En un mot, il s'agit de l'illumination spirituelle qui libère des illusions de l'espace et du
    temps ainsi que du cycle interminable des réincarnations. Voilà sans doute pourquoi on alla
    jusqu'à appliquer cette forme "latinisée" à la croix d'Abellion elle-même, comme c'est le cas
    sur le sceau du comte Raimon VI .
     Ou de la "renaissance", si l'on se place dans une optique réincarnationniste.
     Les indiens disent que "l'esprit est comme l'aigle : il doit s'élever vers les hauteurs."
     Pour expliquer cet anachronisme, certains ont émis l'hypothèse d'obligations
    esthétiques en raison de la forme triangulaire des boucliers de l'époque. Mais, en ce cas,
    comment expliquer qu'on la retrouve sur des stèles dont la forme discoïdale convient bien
    mieux aux croix à branches égales ?
    La croix d'Abellion, comme toutes les croix solaires de type celtique, donne une
    impression de mouvement circulaire par ses branches évasées. Cette dernière a la particularité
    de posséder 12 boules à ses extrémités que beaucoup considèrent comme une représentation
    des 12 signes zodiacaux (rappelons que le zodiaque correspond, en astronomie, au plan de
    l'écliptique qui forme une courbe décrivant le mouvement apparent du soleil dans le ciel). De
    par leur répartition aux quatre points cardinaux, celles-ci peuvent aussi faire référence aux "12
    vents du monde" dont l'imagerie était répandue au Moyen Age. "Aux quatre points cardinaux
    se situent les portes (qui) livrent passage au souffle des vents" . Ces vents étant d'une triple
    nature, ils prirent l'apparence de douze anges soufflant dans des instruments à vent, comme
    des trompettes, et reçurent chacun un nom précis :
    - A l'Est, se situent les vents de Vulturus, de Subsolanus et d'Eurus.
    - Au Sud, les vents d'Austri, d'Auster et d'Africus.
    - A l'Ouest, les vents de Corus, de Fabionus et d'Africus.
    - Au Nord, les vents de Circius, de Septentrio et d'Aquilo.
    A noter que sur les cartes anciennes, on situait le vent du Nord à gauche pour que le
    vent d'Est se retrouve au sommet de la figure, associant ainsi le symbole de l'élévation
    spirituelle à la "naissance de la lumière" venant de l'Orient.
    Le vent a toujours revêtu un caractère universellement sacré. Synonyme du souffle
    vital, il symbolise le Verbe créateur, ce flux spirituel qui anima le corps des premiers
    hommes. Un concept qui demeure encore très vivace parmi les croyances amérindiennes.
    Pour les Sioux, "l'air sacré" (Woniya Wakan) représente l'esprit de la vie. De même, les
    Navajos disent que Nilch'i, le vent, apporta la vie. C'est ce "même vent qui souffle des quatre
    directions. Le même vent qui sort de notre bouche de nos jours quand nous parlons et
    respirons. Le vent qui apporte l'esprit dans nos corps et qui, lorsqu'il cesse de souffler en
    nous, peut nous rendre tous muets pour nous faire mourir". Ils ajoutent aussi que "la parole
    fait partie des divers pouvoirs dont dispose l'homme car elle résulte de l'âme du vent donnée
    à l'être humain à sa naissance" et que "la trace laissée par ce même vent peut être vue
    aujourd'hui à l'extrémité de nos doigts" . C'est à croire que la conscience spirituelle d'un
    individu est aussi unique que ses empreintes digitales…
    Nous tenons peut-être là l'explication des "grandes mains" propres aux personnages
    d'inspiration bogomile, lesquels chercheraient, de cette façon, à attirer notre attention sur la
    seule partie du corps humain présentant les "marques de l'esprit". A la nécropole de Radimlja,
    en Herzégovine, plusieurs stèles funéraires possèdent ce type de personnage à la main droite
    surdimensionnée (la main gauche restant cachée derrière le dos). Il y a, à n'en pas douter, une
    raison précise à cette position particulière (que l'on retrouve sur une stèle audoise). Celle-ci
    est probablement un rappel au fait que l'être humain, de par la constitution même de son
    cerveau, se divise en deux parties à la fois distinctes et complémentaires : la partie gauche
    étant le siège de la pensée rationnelle et matérialiste (masculine) et la partie droite celui de
    l'intuition spirituelle (féminine). Une main droite disproportionnée pourrait alors devenir le
    signe de l'illumination, d'autant que, pour les Bogomiles, ce personnage symbolisait "soit le
    Christ immortel, soit l'Homme angélique" . Cette interprétation se trouve renforcée par la
    présence, aux côtés du personnage principal, du symbole solaire de la divinité  et d'un arc
    armé d'une flèche.
    Ce dernier se retrouve sur des monuments mégalithiques situés des deux côtés des
    Pyrénées ainsi que sur plusieurs stèles. Il se présente tantôt sous la forme d'un arc fléché posé
    sur une espèce de socle, tantôt sous un aspect nettement plus anthropomorphe, une "tête"
    venant remplacer la pointe de la flèche de ce qui apparaît, dès lors, comme la silhouette d'un
    "homme ailé" détaché du sol (le socle, situé sur son côté gauche, ayant disparu ou subi une
    forte inclinaison, comme c'est le cas sur une stèle de la Navarre).
    La flèche symbolise le pouvoir spirituel. Quand sa pointe est dirigée vers le bas, elle
    incarne l'action que le divin exerce dans le monde  ; à l'inverse, quand elle se dresse vers le
    haut, elle devient le symbole de l'esprit humain qui tente, par ses efforts, de s'affranchir des
    conditions terrestres. La volonté de l'homme joue le rôle de l'arc : elle donne l'impulsion
    nécessaire pour que l'esprit (la flèche) s'élève vers son but. La cible (dont il faut atteindre le
    "centre") n'étant autre que le retour à l'unité originelle d'où il provient. L'ascension vers les
    sphères spirituelles transforme ainsi l'individu en "homme angélique" pourvu d'ailes… Et
    comme l'a dit René Nelli, "tout porte à croire que les mêmes contextes dogmatiques et
    mythiques ont amené les Cathares et les Bogomiles à faire… le même usage sacré de ces
    éléments figurés (chasse au cerf, le héros aux trop larges mains, les roues solaires, l'arc,
    etc…)" .
    Il faut ajouter à cette liste certains motifs floraux dont l'un des plus répandus fut celui
    de la fleur de lys. Habituellement, on explique sa large diffusion dans le Languedoc du XIIIe
    siècle par le mariage de la fille de Raimon VII avec Alphonse de Poitiers, fils du roi Louis
    VIII. Pourtant, le fait est que l'"on trouve aussi ces fleurs de lys – ou fleurs d'iris – dessinées
    sur les marges du Rituel Cathare – où il n'est guère vraisemblable qu'elles se rapportent à
    l'emblème royal – et sur les monuments bogomiles de Yougoslavie, où il est évident qu'elles
    ressortissent à une tout autre tradition…" 
    En réalité, bien avant que Louis VII décide, sous l'influence (inspirée ?) de St Bernard,
    d'en faire l'emblème tout puissant de la royauté, la fleur de lys "existait déjà parmi les
    symboles courants des Celtes" . C'est pourquoi elle apparaît sur divers objets d'origine
    celtique, de même que sur de nombreuses monnaies gauloises où elle est représentée en
    compagnie de symboles solaires tels que la roue ou le triskèle . La fleur de Lys celte paraît
    elle-même dériver, dans sa stylisation, d'un très vieux symbole originaire de l'Inde, le Triçula,
    lequel est fréquemment associé à la roue solaire et au svastika. Il s'agit d'une "espèce de
    trident qui joue dans cette symbolique, le même rôle que le foudre dans la symbolique
    grecque" .
    En tant qu'attribut de Zeus (Jupiter) et du dieu Indra, le foudre est "une figuration du
    feu céleste. Bipolaire, il symbolise de façon générale le pouvoir créateur et destructeur de la
    divinité" . Et de même que le pouvoir de l'éclair revêt, chez les amérindiens, l'apparence
    d'une flèche à deux bouts, la foudre se présente sous l'aspect d'un double trident qui symbolise
    son bon et son mauvais côté. Le poète Virgile l'a également décrit comme "un dard enflammé
    à douze rayons" , ce qui le rapproche de la croix d'Abellion.
     "La relation (que le divin) entretient avec le monde sorti de ses mains est…
    exprimée par les symboles de la ligne droite tels que l'éclair, la flèche, le rayon…"  Dans
    un manuscrit d'inspiration cathare (le Manuscrit de Dublin), il est dit également que "le
    créateur a lancé dans le monde des "cordes" ou des "liens" comme des faisceaux de sa
    propre lumière, qui relient les substances entre elles et les meuvent" .
     Le Triskèle est un "motif décoratif celtique fait de trois jambes recourbées qui
    suggèrent un mouvement giratoire autour d'un centre." ("Le Petit Larousse Illustré" – 1995)
     Plusieurs stèles portugaises portent une "croix grecque aux extrémités fleurdelisées"
    qui peut correspondre à une représentation du foudre à douze rayons.
    D'ailleurs, celle-ci apparaît sur certaines stèles audoises en association avec la fleur de
    lys. Ainsi, en s'élevant au rang de symbole christique (spécialement au pays Basque) et
    marial, la fleur de lys n'a fait que retrouver sa fonction première qui est celle d' "un symbole
    religieux et non profane"  ; emblème d'un pouvoir (ou d'une royauté) tout(e) spirituel(le),
    et non temporel(le). 
    Enfin, avec la rosace à six pétales, nous abordons le domaine de la "géométrie sacrée",
    si familier aux anciennes confréries de bâtisseurs dont les "marques" constituent un véritable
    langage d'initiés. Cette "rosa mystica", comme l'appellent R.Aussibal et l'abbé Giry, se trace à
    l'aide d'un compas  en entrelaçant six cercles de dimensions égales. "La rosace à six pétales
    orne beaucoup d'objets et de monuments wisigothiques, voire mérovingiens" . Il
    semblerait qu'elle appartienne aussi à la famille des motifs celtiques puisqu'elle est présente
    sur le célèbre chaudron de Gundestrup (retrouvé au Danemark et daté du Ier siècle avant
    Jésus-Christ). On la découvre également sur des sarcophages bogomiles et des méreaux de
    plomb retrouvés à Montségur, ainsi que sur un très grand nombre de stèles .
    Certains édifices templiers la mettent aussi particulièrement en valeur, comme c'est le
    cas de la splendide église romane de Montsaunès (Haute-Garonne) et de la chapelle Ste
    Matrone qui dépendait de la même commanderie.
    La décoration de ces deux édifices nous fait pénétrer de plein pied dans les arcanes du
    symbolisme qui, bien avant d'être à l'honneur dans les écoles pythagoriciennes, faisait partie
    intégrante des connaissances sacrées des premiers peuples de la terre : "Chez les autochtones,
    la compréhension des nombres et de la géométrie est considérée comme une science
    spirituelle. Les chiffres sont les reflets d'archétypes très puissants dont les lois forment la
    charpente de l'univers… La géométrie renferme également des enseignements sacrés et
    reflète les archétypes qui oeuvrent dans l'univers de la forme" .
    Autrement dit, la structure de ces symboles doit permettre à l'homme intuitif de
    découvrir la nature exacte de l'action exercée par le principe spirituel dans l'agencement du
    monde et, par analogie, des lois présidant à la vie de l'Être. Seulement, comme l'a dit le sage
    Elan Noir, "cette compréhension ne doit pas venir de la tête, mais du coeur" . C'est pour
    cela qu'il est impossible d'interpréter ce genre de figure "rationnellement".
    Dans le cas de l'église de Montsaunès – exceptionnel à plus d'un titre – nous avons
    vraisemblablement affaire à un schéma allégorique de la création par la manifestation de
    l'esprit transcendant. Mis à part la curieuse figure d'un triangle isocèle rectangle, tous les
    autres motifs sont d'une nature essentiellement circulaire. Les quatre figures centrales
    évoquent notamment le passage du cercle au carré, symbole universel de l'incarnation ou du
    Verbe qui s'est fait chair (Jean, Chapitre 1, Verset 14). Quant à la rosace à six pétales, elle est
    l'image même de ce processus de "création-émanation" (le 6 étant le chiffre de la création
    puisqu'il se rapporte à l'oeuvre des 6 premiers jours.
     Les anciens alchimistes, adeptes de "l'Art Royal", le savaient fort bien et ce n'est
    pas un hasard s'ils l'utilisèrent pour symboliser leur pierre philosophale (la "pierre solaire" qui
    transmute les métaux en or ; la "pierre lunaire" ne les changeant qu'en argent).
     Le compas est l'outil du divin puisqu'il engendre le cercle céleste ; celui-ci se
    complète avec l'équerre qui forme le carré terrestre. "Les deux instruments par lesquels tout
    commence sont le compas et l'équerre" . D'où leur importance en maçonnerie spéculative.
     En particulier, sur les stèles espagnoles où elle est représentée entre les branches de
    la croix d'Abellion. 
    Le 7ème s'obtient "lorsqu'on ajoute au compte des six branches le point central dont elles
    émanent toutes et où elles se résorbent dans l'unité indifférenciée" .
    De par sa configuration, la rosace se transforme en croix tridimensionnelle qui associe
    la croix d'orientation terrestre à la verticalité spirituelle symbolisée par l'axe polaire (le "centre
    céleste"). C'est de cette façon que l'on obtient la figure du chrisme, ce "symbole polyvalent
    vieux comme le monde que la symbolique chrétienne s'est félicitée de rejoindre"  ; ce
    dernier constituant, à son tour, la "charpente" de l'hexagramme (ou étoile à six branches).
    Outre la représentation d'outils professionnels , les stèles de l'Espagne et du Portugal
    montrent une très grande variété de symboles géométriques constitués, pour la majorité
    d'entre eux d'étoiles à 5 (pentalpha), 6 (hexalpha) ou 8 branches.
    La "règle d'or" en géométrie sacrée consiste à donner aux figures planes une nouvelle
    dimension par le volume (les cercles devenant des sphères, les carrés des cubes, les triangles
    des tétraèdres, etc…). D'un point de vue conceptuel, cette opération ouvre de fabuleuses
    perspectives car elle réclame, de la part de l'observateur, un élargissement de conscience
    débouchant sur une vision du monde multidimensionnelle , laquelle rejoint les plus récentes
    théories scientifiques sur la structure de l'univers. Ce qui fait dire au physicien Patrick Drouot
    que "ce nouveau paradigme (l'accès à une conscience globale) n'est pas un credo, mais l'éveil
    d'une sensibilité nouvelle, alignée tant sur l'essentiel des enseignements mystiques
    traditionnels des grandes religions du monde que sur les visions les plus avancées de la
    physique actuelle" .
    Evidemment, il peut paraître assez étonnant, pour ne pas dire impossible, que des
    hommes du moyen Age (qui fut loin d'être l'époque d'obscurantisme que l'on s'est plu à nous
    dépeindre, comme le reconnaissent aujourd'hui la plupart des historiens) aient pu être en
    mesure d'appréhender de tels concepts. Toutefois, les peuples primitifs, suivis des alchimistes,
    ont bien pressenti qu'il résidait une formidable énergie au coeur de la matière ; et cela
    plusieurs siècles avant que n'éclatent les premières bombes atomiques. Il n'est donc pas
    improbables que leurs connaissances dans le domaine de la conscience furent aussi avancées,
    sinon plus.
    "Dieu a merveilleusement respecté l'homme et sa nature psychologique. Il s'est révélé
    à lui non pas n'importe comment et n'importe où, mais dans une magistrale orchestration
    d'éléments symboliques" . C'est sans doute pour avoir oublié ce savoir élémentaire que nous
    avons fait, du monde actuel, le reflet de notre propre inconscience.
    Même s'ils ne constituent qu'un très modeste aperçu de l'étendue des recherches que
    nécessite un tel sujet , les éléments qui viennent d'être exposés suffisent à prouver (du
    moins, je l'espère) l'étendue de la richesse symbolique des stèles discoïdales, et combien il
    s'avère indispensable de préserver ces dernières des outrages du temps… ou des hommes.
     Les outils peuvent, eux aussi, posséder une signification symbolique profonde,
    comme c'est le cas, notamment, en Franc-Maçonnerie.
     (Dans la dimension spirituelle), "le temps n'existe plus et… l'espace tri-dimensionel
    disparaît" .
     Il serait, en particulier, très instructif d'étudier l'influence de cette symbolique sur
    les "marques" des tailleurs de pierre ainsi que sur la numismatique et le symbolisme
    hermétique en général.
    Si les stèles se sont plus spécialement répandues entre le XIe et le XVe siècle
    (atteignant leur apogée au Pays Basque au cours du XVIe et XVIIe siècle), elles représentent,
    en réalité, l'aboutissement d'un art religieux remontant à la préhistoire et véhiculant des
    notions symboliques qui se rapprochent étonnamment des concepts scientifiques les plus
    avancés.Mais en dépit – ou en fonction ? – de leur utilisation funéraire, ces monuments ont été
    conçus pour transmettre un fabuleux message de vie que l'on peut résumer de la manière
    suivante : notre corps n'est que l'habitat provisoire d'un esprit qui ne cesse de renaître, d'un
    monde à l'autre, jusqu'à ce qu'il devienne pleinement conscient de son éternité.
    Cette connaissance, toutefois, n'a jamais été la propriété exclusive des peuples
    indigènes, pas plus que celle des Cathares ou des Templiers. Elle appartient simplement à tous
    ces "hérétiques"  qui, quelles que soient leur nationalité et leur confession, ont d'abord
    choisi de croire en eux-mêmes ainsi qu'en l'humanité tout entière.
    Magali CAZOTTES
     Le terme d'hérétique, du grec hairetikos, signifie celui qui choisit. "Ainsi, tous ceux
    qui choisissent de penser par eux-mêmes, plutôt que de croire aveuglément, sont des
    hérétiques" .
    BIBLIOGRAPHIE :
     "Hil Harriak – Actes du colloque international sur la stèles discoïdale" – 1984.
     "La religion des Gaulois – Les druides et le druidisme" d'Alexandre Bertrand –
    Editions Jean de Bonnot – 1994.
     "Introduction au monde des symboles" de Gérard de Champeaux et Sébastien
    Sterckx – Editions du Zodiaque – 1989.
     "Trésor de la mythologie pyrénéenne" d'Olivier de Marliave – Editions Sud Ouest
    – 1996.
     "Raimon VI – Le comte excommunié" de Bertran de La Farge – Editions
    Loubatières – 1998.
     "Précis de science héradique" de Ch.-M. de Saint-Melaine – Editions Pays &
    Terroirs – 1995.
     "Toulouse d'après les plans anciens" de Claude Rivals, Roger Camboulives et
    Georges Angely – Editions J.Laffite – 1998.
     "A la recherche des Cathares" de Jean Blum – Editions du Rocher – 1997.
     "Le livre de la réincarnation" de Joseph Head et S.L. Cranston – Editions Le
    Livre de Poche – 1991.
     "Dieu était déjà là" d'Ivar Lissner – Editions Robert Laffont – 1965.
     "Les rites secrets des indiens Sioux" d'Elan Noir et de Joseph E.Brown –
    Editions Le Mail – 1992.
     "De mémoire indienne" de Tahca Ushte et Rochard Erdoes – Editions Pocket –
    1996.
     "Sagesse des indiens d'Amérique" de Joseph Bruchac – Editions La Table
    Ronde – 1995.
     "La leçon indienne – Les secrets d'un Homme-Médecine" de Wallace Black
    Elk et Paco Rabanne – Editions Michel Lafon – 1996.
     "Giordano Bruno et la tradition hermétique" de Frances A.Yates – Editions
    Dervy – 1996.
     "La force des Celtes – L'héritage druidique" de Philip Carr-Gomm et Paco
    Rabanne – Editions Michel Lafon – 1996.
     "Les stèles d'Usclas-du-Bosc" de Robert Aussibal et l'abbé Joseph Giry –
    Editions du Zodiaque.
     "Le grand secret des pierres sacrées" de Myriam Philibert – Editions du Rocher
    – 1992.
     "Des vies antérieures aux vies futures" de Patrick Drouot – Editions Pocket –
    1994.
     "Le livre des indiens Navajos – Diné Bahané" de Paul G.Zolbrod – Editions du
    Rocher – 1992.
     "Histoire et guide de la France secrète" d'Aimé Michel et Jean-Paul Clébert –
    Editions Planète – 1968.
     "Le consolament cathare – commentaire sur un fragment de rituel, le
    manuscrit de Dublin 269" de Philippe Roy – Editions Dervy – 1996.
     "Le musée du catharisme" de René Nelli – Editions Privat – 1991.
     "Dictionnaire des symboles" de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions
    Robert Laffont/Jupiter – 1993.
     "Contribution à l'étude des stèles discoïdales du Languedoc" de Pierre Ucla –
    Archéologie du Midi Médiéval – Tome 1 – 1993.
     "L'héritage sacré des peuples amérindiens" de Luc Bourgault – Editions de
    Mortagne – 1994.
     "Signalisations de sépultures et stèles discoïdales – Ve-XIXe siècles – Actes
    des journées de Carcassonne 4-5-6 septembre 1987" – Centre d'Archéologie Médiévale du
    Languedoc – 1990.
     "Nous sommes tous immortels" de Patrick Drouot – Editions du Rocher – 1987.
    Je tiens à remercier tout particulièrement M. René PEYRIGUER pour l'aide
    inestimable qu'il m'a apportée dans la réalisation de cette étude.


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