• SAINTE THERESE D AVILA

    SAINTE THERESE D’AVILA (1515-1582)


    On a souvent dit de sainte Thérèse d’Avila qu’elle était la plus grande sainte de l’histoire,
    la plus remarquable par sa vie intérieure, par son courage et par l’oeuvre extraordinaire qu’elle a
    accomplie. Je partage cet avis.
    Thérèse de Ahumada est née dans une famille d’origine juive, quatre ans avant que
    Luther ne rompe avec l’Église catholique et ne déclanche en 1519 ce mouvement de réforme qui
    a aboutit à la division et au morcellement du christianisme en Europe. L’ancien moine Luther l’a
    amèrement regretté. Dans une lettre à Zwingle, le Réformateur de Bâle, il a écrit vers 1530 : « Il
    est terrifiant de devoir reconnaître que dans le passé tout était calme et tranquille, alors
    qu’aujourd’hui surgissent dans tous les pays des groupes de révoltés; c’est une abomination qui
    fait pitié. Je dois confesser que mes doctrines ont produit de nombreux scandales. Oui, je ne puis
    le nier. Souvent cela m’épouvante, spécialement quand ma conscience me rappelle que j’ai
    détruit la situation en place de l’Église, si calme et si tranquille sous la papauté ». (*)
    Il n’est donc pas surprenant que, pour sauvegarder l’unité de son Église, le Christ ait
    profondément assisté des réformateurs catholiques comme Thérèse d’Avila et Jean de la Croix,
    Ignace de Loyola, puis Vincent de Paul et tant d’autres grands saints au XVIe siècle. Mais cela
    ne se fait pas sans difficultés. Jean de la Croix a dû demeurer enfermé durant deux ans, tant les
    carmes de son temps ne voulaient pas entendre parler de réforme. Et Thérèse d’Avila, qui a aimé
    l’Église passionnément, comme la mère qui l’a façonnée, qui l’a nourrie et lui a fait don de la vie
    chrétienne, a aussi souffert par l’Église.
    Elle a été très souvent menacée – à tort – d’en être exclue. Thérèse d’Avila a été
    soupçonnée d’illuminisme après avoir écrit son Autobiographie. Elle a même été considérée
    comme insoumise, ce qui, d’ailleurs, lui a fourni l’occasion de faire preuve d’une obéissance
    totale.
    Quand on dit qu’elle fut nourrie par l’Église, c’est surtout qu’elle a été influencée par des
    religieuses et surtout des religieux qui l’ont dirigée dans les sentiers difficiles de l’oraison, où
    l’âme entre en communication mystique avec Dieu. Ces prêtres l’ont aussi secourue dans les
    moments les plus difficiles. Et elle a su profiter avec enthousiasme des conseils, et même des
    amitiés qui l’ont amenée à transformer l’Ordre du Carmel. Elle en est la grande réformatrice. Et
    le prêtre qui l’a probablement le plus aidée est saint Jean de la Croix qui fut son disciple et son
    directeur spirituel.
    Entrée au carmel d’Avila à 21 ans, elle s’est en quelque sorte convertie vers l’âge de
    quarante ans. Ce fut une longue ascension. Au début de sa vie religieuse, elle n’accepte pas
    qu’on lui fasse des reproches, surtout des reproches qu’elle ne méritait pas. Et puis, elle
    recherche trop l’estime des autres soeurs. Et même des nombreux visiteurs. Elle évite toutefois
    les fautes graves mais ne se préoccupe pas des fautes dites vénielles. Elle vit dans la sécheresse
    spirituelle, et elle tombe malade, risquant de mourir à 23 ans. Elle ne pratique plus vraiment
    l’oraison et reçoit beaucoup de visite au parloir. Mais à 40 ans, une statue du Christ flagellé et
    sanglant lui rappelle l’immense amour que le Christ nous porte et avec quel sérieux nous devons
    aimer Dieu. Alors elle se met à méditer tous les soirs sur l’agonie de Jésus au jardin des
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    Oliviers. Thérèse s’éloigne de plus en plus des occasions dangereuses et se donne mieux à
    l’oraison. Dieu l’aide davantage. Elle reçoit la visite saint François de Borgia et aussi celle de
    saint Pierre d’Alcantara qui sont tous deux d’un grand soutien. Puis elle reçoit surtout la visite de
    Jésus lui-même qui lui dit : « Je ne t’abandonnerai pas, Ne crains rien ».
    Décidée à changer de vie, elle fait le voeu du plus parfait, toujours faire ce qui est
    préférable, ce qui entraîne évidemment le démon à la troubler. Mais elle sait maintenir sa
    décision avec l’aide de l’Eucharistie et de l’oraison. Elle est vraiment convertie. Thérèse est
    décidée à n’appartenir qu’à Dieu seul. Elle s’est alors vraiment rendue compte qu’il fallait faire
    quelque chose pour que les carmélites soient tout à fait fidèles au Christ et à leur vocation
    religieuse.
    L’Europe entière était alors secouée par la Réforme protestante. Il fallait donc au sein de
    l’Église catholique réformer la vie religieuse. Les jésuites en avaient donné l’exemple. Et
    d’autres aussi. Thérèse sera la réformatrice du Carmel en fondant un nouveau carmel à Avila, le
    petit monastère Saint-Joseph. Les quatre premières recrues sont des orphelines. Mais les autorités
    arrachent Thérèse à son petit couvent pour l’obliger à réintégrer le grand couvent où elle a vécu
    tant d’années une vie religieuse plus ou moins médiocre. Au bout de six mois, on l’autorise enfin
    à retourner auprès de ses quatre orphelines. Elle forme donc ses quatre premières filles à
    l’oraison et à l’ascèse, dans la douceur et le bon sens. On y vit dans une extrême pauvreté.
    Thérèse de Jésus fait même la cuisine, consciente que « le Seigneur est présent, même parmi les
    marmites ». Or elle est très bonne cuisinière.
    Mère Thérèse, réformatrice exigeante, est quand même fine psychologue. Elle ménage
    des moments de détente, des récréations. Elle raconte des histoires. Certains jours, la joie
    s’exprime en poésies, en chansons et même en danses, jeux de flûtes et tambourins. « Il faut tout
    cela, selon Thérèse, pour rendre la vie supportable ». Appuyée par les autorités, elle va fonder au
    cours de sa vie seize monastères de carmélites et quatorze de carmes réformés. C’est une tâche
    immense qui suppose des déplacements dans des conditions les plus pauvres, par des routes
    impraticables, et surtout une audace et des sacrifices qui dépassent l’entendement.
    Epuisée, elle se nomme elle-même « la pauvre vieille ». En 1582, à 67 ans, elle est à Albe
    de Tormes. Elle souffre depuis plusieurs années d’un bras cassé. Sa maladie de coeur, ses
    rhumatismes et une certaine tuberculose lui font sentir que la mort est proche : « Il est temps de
    nous voir, mon Seigneur, il est temps de nous mettre en route. » Après avoir répété à plusieurs
    reprises : « Seigneur, je suis fille de l’Église », elle meurt le sourire au lèvres et s’en va rejoindre
    Celui qu’elle appelait Sa Majesté et qu’elle aimait tant.
    Enfant, Thérèse était déjà fascinée par le mot « éternel ». Dès qu’elle a appris que cela
    veut dire « pour toujours » et que les martyrs jouissent immédiatement d’un bonheur sans fin
    auprès de Dieu, elle avait décidé à sept ans, avec son frère Rodrigue, d’aller se faire trancher la
    tête chez les musulmans. Rappelons-nous que les musulmans ont envahi en 711 l’Espagne et s’y
    sont installés à demeure. Elle voulait donc voir Dieu pour toujours. Le projet échoue, mais
    jusqu’à sa mort, cette passion dévorante de voir Dieu va animer de plus en plus la vie de sainte
    Thérèse de Jésus.
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    Elle a raconté dans son « Autobiographie » et aussi dans « Le chemin de la perfection »
    les grâces extraordinaires qu’elle a reçues. Les activités qui ont meublé sa vie de fondatrice sont
    d’ailleurs la résultante d’une vie intérieure intense, d’une union à Dieu parfaite, préparée par tous
    les actes de purification active et passive dont parle saint Jean de la Croix, à la fois son disciple
    et son père spirituel. Tout est parfaitement unifié chez cette femme que, même aujourd’hui, on se
    plaît à attaquer sous prétexte qu’elle était névrosée, etc. Il faut lire sa vie. Et je vous recommande
    le livre de Marcelle Auclair, un classique depuis des années. Après une telle lecture, on ne peut
    que s’attacher à cette femme complète, humaine et grande mystique, la plus grande. Et on
    n’hésite pas à se procurer ses oeuvres complètes pour y lire en particulier son Autobiographie, Le
    chemin de la perfection, Le livre des fondations et Le château intérieur. Marcelle Auclair a
    traduit toutes ses oeuvres. C’est paru chez Desclée De Brouwer en un volume de près de 1200
    pages, sur papier bible.
    Je tiens à mentionner que sans aucune prétention doctrinale, puisqu’elle ne fait que
    raconter ce qui lui est arrivé, sainte Thérèse a donné une description de l’oraison qui fait le fond
    de ses ouvrages et par laquelle elle se met, bien malgré elle, au premier rang des auteurs
    mystiques. Et bien que grande mystique, et peut-être parce qu’elle l’était vraiment, Thérèse a
    horreur des vanités et des titres pompeux que les humains se donnent. C’est une femme de
    contestation. On rapporte que le monde avait dit d’elle trois mensonges : qu’elle était belle,
    intelligente et sainte. Des deux premiers, elle s’était confessée d’y avoir cru étant jeune. Quant au
    troisième, « sainte », elle n’avait jamais eu à en parler en confession, n’y ayant jamais accordé le
    moindre crédit.
    Femme, elle l’est dans toutes les fibres de son âme. Elle sait comment s’y prendre pour
    persuader ceux qui s’opposent à elle. On s’est moqué d’elle. Un nonce l’a traitée de « femme
    inquiète et vagabonde ». Un théologien fort aimable a souhaité « vivre assez longtemps pour voir
    cette nonne finir sur le bûcher ». Ni l’un ni l’autre ne l‘avait approchée, raconte-on. Car nul n’a
    pu la rencontrer sans être conquis. Ceux qui voulaient discuter avec elle ne savaient pas à quelle
    femme ils s’adressaient. L’évêque d’Avila, Alvaro de Mendoza, répétait qu’il ne voulait pas de
    nonnes pauvres. Une heure d’entretien a suffi à le retourner. Pour la vie.
    Sainte Thérèse d’Avila sait encore aujourd’hui retourner ceux qui la fréquentent et la
    prient. Elle convertit toujours ceux qui ne craignent pas de s’approcher d’elle en lisant ses
    oeuvres en les méditant.


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