• LE MYSTERE MARIAL (1)

    LA

     

    BIENHEUREUSE

     

    VIERGE MARIE

     

    MÈRE DE DIEU


    DANS LE

     

    MYSTÈRE DU

     

    CHRIST ET DE

     

    L’EGLISE


    I - PRÉAMBULE
    52. [La sainte Vierge dans le mystère du Christ]
    Dieu, très bienveillant et très sage, voulant accomplir la rédemption du monde, "lorsque les temps
    ont été révolus, a envoyé son Fils, qui est né d'une femme... afin de faire de nous des fils adoptifs"
    (Gal. 4, 4-5). "Pour nous hommes et pour notre salut il est descendu du ciel et s'est incarné par
    l'oeuvre de l'Esprit-Saint dans la Vierge Marie" (1). Ce divin mystère du salut nous est révélé et se
    continue dans l'Église, que le Sauveur a constituée comme son corps et dans laquelle les fidèles,
    adhérant au Christ comme à leur Tête et vivant en communion avec tous ses saints, doivent également
    vénérer le souvenir "avant tout de la glorieuse et toujours Vierge Marie, Mère de Dieu, Notre-
    Seigneur Jésus-Christ" (2).
    53. [La sainte Vierge et l'Église]
    En effet, la Vierge Marie, qui, à l'annonce de l'Ange, accueillit dans son coeur et dans son corps .le
    Verbe de Dieu et apporta la vie au monde, est reconnue et honorée comme la vraie Mère de Dieu et
    du Rédempteur. Rachetée d'une manière très sublime en considération des mérites de
    son Fils et unie à lui par un lien étroit et indissoluble, elle est revêtue de la fonction
    et de la dignité suprême de Mère du Fils de Dieu. Aussi est-elle la fille préférée du
    Père et le temple de l'Esprit-Saint, par le don de cette grâce suprême, elle dépasse de
    loin toutes les autres créatures célestes et terrestres.
    Cependant, elle est en même temps, de par sa descendance d'Adam unie à tous les hommes, qui ont
    besoin du salut; bien plus, elle est "vraiment Mère des membres (du Christ)... parce qu'elle a coopéré
    par sa charité à la naissance, dans l'Église, des fidèles, qui sont les membres de ce Chef" (3). Aussi
    est-elle encore saluée du nom de membre suréminent et tout à fait singulier de l'Église, de
    figure et de modèle admirable de l'Église dans la foi et dans la charité l'Église catholique, docile à
    l'Esprit-Saint, la vénère avec une piété et une affection filiale comme une mère très aimante.
    54. [Intention du Concile]
    En conséquence, le saint Concile, au moment où il expose la doctrine relative à l'Église, en qui le
    divin Rédempteur opère le salut entend mettre soigneusement en lumière la fonction de la bienheureuse
    Vierge dans le mystère du Verbe incarné et du Corps mystique, et d'autre part,
    les devoirs des hommes rachetés envers la Vierge, Mère du Christ et mère des hommes, spécialement
    celle des fidèles. Il n'a pas cependant l'intention de proposer un enseignement
    complet au sujet de Marie, ni de dirimer des questions que le travail des théologiens n'a pas
    encore complètement élucidées. Aussi, gardent leurs droits les opinions qui sont librement proposées
    dans les écoles catholiques au sujet de celle qui, dans la sainte Église, tient la place la plus élevée
    après le Christ, et en même temps la plus proche de nous (4).
    II - RÔLE DE LA SAINTE VIERGE DANS L'ÉCONOMIE DU SALUT
    55. [La Mère du Messie dans l'Ancien Testament]
    Les saintes Lettres de l'Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que la vénérable Tradition, montrent,
    avec une clarté grandissante, le rôle de la Mère du Sauveur dans l'économie du salut et nous
    la mettent, pour ainsi dire, sous les yeux. Les livres de l'Ancien Testament décrivent l'histoire du
    salut, où lentement se prépara la venue du Christ dans le monde. Ces documents des premiers âges,
    1
    selon l'intelligence qu'en a l'Église à la lumière de la révélation parfaite qui devait suivre, mettent
    peu à peu en une lumière toujours plus claire la figure d'une femme: la Mère du Rédempteur. C'est
    elle qu'on devine déjà prophétiquement présentée sons cette lumière dans la promesse, qui est faite
    à nos premiers parents tombés dans le péché, de la victoire sur le serpent (cf. Gen. 3, 15).
    Pareillement, c'est elle, la Vierge qui concevra et mettra au monde un Fils dont le nom sera
    Emmanuel (cf. Is. 7, 14; cf. Mich. 5, 2-3; Mt. 1, 22-23). Elle est au premier rang de ces
    humbles et de ces pauvres du Seigneur qui attendent le salut avec confiance, et reçoivent
    de lui le salut. Et enfin, avec elle, fille sublime de Sion, après la longue attente de la promesse,
    les temps s'accomplissent et une nouvelle économie s'instaure lorsque le Fils de Dieu prend
    d'elle la nature humaine pour libérer l'homme du péché par les mystères de sa chair.
    56. [Marie à l'Annonciation]
    Le Père des miséricordes a voulu que l'acceptation de la mère prédestinée précédât l'Incarnation; il
    voulait que de même qu'une femme avait contribué à donner la mort, de même une femme servît à
    donner la vie. Et cela vaut d'une manière extraordinaire pour la Mère de Jésus: elle a donné au
    monde la Vie même qui renouvelle tout, et elle a été enrichie par Dieu de dons correspondant à une
    si haute fonction. Il n'est pas étonnant que les saints Pères appellent communément la Mère de
    Dieu la Toute Sainte, celle qui est indemne de toute tache du péché, celle qui est façonnée et formée
    comme une nouvelle créature par l'Esprit-Saint (5). Ornée dès le premier instant de sa conception
    des splendeurs d'une sainteté tout à fait singulière, la Vierge de Nazareth est, sur l'ordre de Dieu,
    saluée par l'Ange de l'Annonciation comme "pleine de grâces" (cf. Lc 1, 28); et elle répond au messager
    céleste: "Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole" (Lc 1, 38). Ainsi
    Marie, fille d'Adam, acquiesçant au verbe de Dieu, est devenue Mère de Jésus et
    embrassant de plein coeur, sans être entravée par aucun péché, la volonté salvatrice
    de Dieu, elle s'est consacrée totalement comme servante du Seigneur à la personne et
    à l'oeuvre de son Fils, toute au service du mystère de la Rédemption en dépendance
    de son Fils et en union avec lui, par la grâce de Dieu Tout Puissant. C'est donc à juste
    titre que les saints Pères estiment que Marie ne fut pas un instrument purement passif dans les
    mains de Dieu, mais qu'elle coopéra au salut de l'homme dans la liberté de sa foi et de son obéissance.
    En fait, comme le dit saint Irénée, "en obéissant, elle est devenue cause du salut pour ellemême
    et pour tout le genre humain" (6). Et, avec Irénée, bien des anciens Pères affirment volontiers,
    dans leur prédication, que "le noeud de la désobéissance d'Ève a été dénoué par l'obéissance
    de Marie; ce que la vierge Ève lia par son incrédulité, la foi de la Vierge Marie le délia" (7); et par
    comparaison avec Ève ils appellent Marie "Mère des vivants" (8), et affirment très souvent : "la
    mort nous est venue par le moyen d'Ève, la vie par celui de Marie" (9).
    57. [La sainte Vierge et l'enfance de Jésus]
    Cette union de la Mère et de son Fils dans l'oeuvre de la Rédemption se manifeste depuis le moment
    de la conception virginale du Christ jusqu'à sa mort. C'est d'abord lorsque Marie, qui se porte en
    hâte vers Élisabeth, est proclamée par celle-ci bienheureuse à cause de sa foi dans la promesse du
    salut; le précurseur se réjouit alors dans le sein de sa mère (cf. Lc I, 41-45).
    Cette union se manifeste ensuite à la nativité, lorsque la Mère de Dieu, toute joyeuse, montra aux
    bergers et aux Mages son Fils premier-né, lui qui n'a pas lésé sa virginité, mais l'a consacrée (10).
    Quand elle le présenta au Seigneur dans le temple une fois présentée l'offrande des pauvres, elle
    entendit Siméon annoncer à la fois que le Fils serait un signe de contradiction et qu'une épée transpercerait
    l'âme de la mère, pour que se révèlent les pensées d'un grand nombre de coeurs (cf. Lc 2,
    34-35). Après avoir perdu l'enfant Jésus et l'avoir cherché avec angoisse, ses parents le trouvèrent
    au temple, aux choses de son Père, et ils ne comprirent pas les paroles du Fils. Sa mère méditait et
    conservait toutes ces choses en son coeur (cf. Le 2, 41-51).
    58. [La sainte Vierge et le ministère public de Jésus]
    Durant la vie publique de Jésus, sa Mère fait des apparitions qui sont pleines de sens. Dès le début,
    quand, aux noces de Cana de Galilée, émue de compassion, elle provoque par son intercession le
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    premier des miracles de Jésus-Messie (cf. Jn 2, 1-11). Pendant la prédication de Jésus, elle entendit
    les paroles où son Fils, plaçant le Royaume au-dessus des rapports et des liens de la chair et du
    sang, proclama bienheureux ceux qui écoutent et gardent la parole de Dieu (cf. Mc 3, 35; Lc 11, 27-
    28), ainsi qu'elle le faisait avec fidélité (cf. Lc 2, 19 et 51). Ainsi même la bienheureuse Vierge
    progressa sur le chemin de la foi, et elle resta fidèlement unie à son Fils jusqu'à la
    croix. Là, ce n'est pas sans réaliser un dessein divin qu'elle se tint debout (cf. Jn 19, 25); elle souffrit
    profondément avec son Fils unique et s'associa de toute son âme maternelle à son
    sacrifice, acquiesçant avec amour à l'immolation de la victime qu'elle avait engendrée.
    Finalement, le même Christ Jésus, mourant sur la croix, la donna pour mère au disciple, en
    disant: "Femme, voici ton fils"11 (Cf. Jn 19, 26-27).
    59. [La sainte Vierge après l'Ascension]
    Comme il avait plu à Dieu de ne pas manifester solennellement le mystère du salut de l'humanité
    avant d'avoir envoyé l'Esprit, que le Christ avait promis, nous voyons les Apôtres, avant le jour de
    la Pentecôte, "persévérant d'un seul coeur dans la prière, en compagnie de quelques femmes, de
    Marie Mère de Jésus et des frères de celui-ci" (Act. 1, 14), et nous voyons aussi Marie implorer
    par ses prières le don de l'Esprit, cet Esprit qui l'avait déjà couverte elle-même de son
    ombre à l'Annonciation. Enfin, la Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle
    (12), au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps (13) et
    elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son
    Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Apoc. 19, 16) et vainqueur du péché et de la mort (14).
    III - LA BIENHEUREUSE VIERGE ET L'EGLISE
    60. [Marie, servante du Seigneur]
    Nous n'avons qu'un Médiateur, selon la parole de l'Apôtre: "Il n'y a qu'un Dieu et qu'un Médiateur
    entre Dieu et les hommes, l'homme-Christ Jésus, qui s'est lui-même donné pour tous comme rançon"
    (I Tim. 2, 5-6). Le rôle maternel de Marie envers les hommes ne voile ou ne diminue
    en aucune manière cette médiation unique du Christ, mais elle en montre l'efficacité.
    En effet, toute l'action de la bienheureuse Vierge sur les hommes dans l'ordre du salut ne
    provient pas d'une quelconque nécessité: elle naît du bon plaisir de Dieu et découle de la surabondance
    des mérites du Christ. Elle s'appuie sur la médiation du Christ, elle en dépend et en tire toute
    sa vertu. Ainsi cette action, loin d'empêcher de quelque manière une union immédiate des croyants
    avec le Christ. la facilite bien plutôt.
    61. La bienheureuse Vierge, dont la prédestination à la maternité divine, est allée de pair, de toute
    éternité, avec celle de l'Incarnation du Verbe de Dieu, fut sur cette terre, par disposition de la divine
    Providence, la noble Mère du divin Rédempteur, l'associée du Seigneur la plus généreuse qui fut,
    et son humble servante. Elle, qui a conçu le Christ, l'a enfanté, l'a nourri, l'a présenté au Père dans
    le temple, qui a souffert avec son Fils mourant sur la croix, elle a coopéré, d'une manière toute
    spéciale, à l'oeuvre du Sauveur par obéissance, sa foi, son espérance et son ardente
    charité. Elle a vraiment collaboré à la restauration de la vie surnaturelle dans les
    âmes. Voilà pourquoi elle fut pour nous une mère dans l'ordre de la grâce.
    62. Cette maternité de Marie, elle dure sans cesse, dans l'économie de la grâce, depuis le consentement
    que sa foi lui fit donner à l'Annonciation et qu'elle maintint sans hésitation sous la croix, jusqu'à
    l'accession de tous les élus à la gloire éternelle. En effet, au ciel, elle n'a pas déposé cette fonction
    salvifique, mais elle continue, par son instante intercession, à nous obtenir des grâces en vue
    de notre salut éternel (15). Dans sa charité maternelle, elle s'occupe, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus
    à la félicité de la patrie, des frères de son Fils qui sont encore des pèlerins et qui sont en butte
    aux dangers et aux misères. Aussi la bienheureuse Vierge est-elle invoquée dans l'Église sous les
    3
    titres d'Avocate, d'Auxiliatrice, d'Aide et de Médiatrice16. Tout cela doit pourtant s'entendre
    de manière qu'on n'enlève ni n'ajoute rien à la dignité et à l'action du Christ,
    seul Médiateur (17).
    En fait, aucune créature ne peut jamais figurer sur le même plan que le Verbe incarné, notre
    Rédempteur. Mais, de même que les ministres sacrés et le peuple fidèle participent, selon des
    façons variées, au sacerdoce du Christ, et que la bonté unique de Dieu est réellement répandue
    selon une grande variété de manières, dans les créatures, de même également la médiation unique
    du Rédempteur n'exclut pas, mais suscite plutôt chez les créatures une coopération variée, qui provient
    de la source unique.
    C'est cette fonction subordonnée de Marie que l'Église n'hésite pas à professer, dont elle fait continuellement
    l'expérience et qu'elle recommande à la piété des fidèles, pour que, soutenus par cette
    aide maternelle, ils s'attachent plus étroitement au Médiateur et Sauveur.
    63. [Marie, modèle de l'Église]
    En outre, la bienheureuse Vierge est liée intimement à l'Église par le don et la charge de la maternité
    divine qui l'unit à son Fils, le Rédempteur, de même que par les grâces et les fonctions singulières
    dont elle est investie. La Mère de Dieu est la figure de l'Église, comme l'enseignait déjà saint
    Ambroise, et cela dans l'ordre de la foi, de la charité et de l'union parfaite avec le Christ (18). En
    effet, dans le mystère de l'Église, qui reçoit, elle aussi, avec raison, les noms de Mère et de Vierge,
    la bienheureuse Vierge Marie est venue la première, offrant d'une manière éminente et singulière
    le modèle de la Vierge et de la Mère (19). Car, dans la foi et l'obéissance, elle engendra sur terre le
    Fils même de Dieu, sans commerce charnel, mais sous l'action de l'Esprit-Saint; nouvelle Ève, elle
    a cru, non plus au serpent ancien, mais au messager de Dieu, d'une foi qu'aucun doute n'altéra. Elle
    enfanta le Fils que Dieu a établi premier-né d'un grand nombre de frères (Rom. 8, 29), c'est-à-dire
    des fidèles. Aussi coopère-t-elle, dans son amour de mère, à les engendrer et à les éduquer.
    64. L'Église, qui contemple la sainteté mystérieuse et imite la charité de Marie, l'Église, qui accomplit
    fidèlement la volonté du Père, devient mère, elle aussi, par l'accueil plein de foi qu'elle offre au
    Verbe de Dieu. Car, par la prédication et le baptême, elle engendre à la vie nouvelle et immortelle
    des fils conçus du Saint-Esprit nés de Dieu. Elle est aussi la vierge qui maintient intègre et pure foi
    qu'elle a donnée à l'Époux. A l'imitation de la Mère de son Seigneur, elle conserve d'une façon virginale,
    par la vertu de l'Esprit-Saint, une foi intacte, une espérance ferme et une charité sincère
    (20).
    65. [Les vertus de Marie, modèle pour l'Église]
    Tandis que l'Église a déjà atteint dans la très bienheureuse Vierge la perfection, par quoi elle est
    sans tache et sans ride (cf. Eph. 5, 27), les fidèles tâchent encore de croître en sainteté en triomphant
    du péché. Aussi lèvent-ils les yeux vers Marie: elle brille comme un modèle de
    vertu pour toute la communauté des élus. L'Église, en songeant pieusement à elle et en la
    contemplant dans la lumière du Verbe fait homme, pénètre plus avant, pleine de respect, dans les
    profondeurs du mystère de l'Incarnation, et se conforme toujours davantage à son Époux. Marie,
    en effet, qui, par son étroite participation à l'histoire du salut, unit en elle et reflète pour ainsi dire
    les données les plus élevées de la foi, amène les croyants, quand elle est l'objet de la prédication et
    du culte, à considérer son Fils, le sacrifice qu'il a offert, et aussi l'amour du Père. Quant à l'Église,
    en cherchant à procurer la gloire du Christ, elle devient plus semblable à son très haut modèle: elle
    progresse alors sans cesse dans la foi, l'espérance et la charité, elle cherche et suit en toutes choses
    la volonté de Dieu. Aussi, l'Église, en son travail apostolique également, regarde-t-elle avec raison
    vers celle qui engendra le Christ, conçu donc de l'Esprit-Saint et né de la Vierge, afin qu'il naisse et
    grandisse également dans le coeur des fidèles par le moyen de l'Église. La Vierge fut dans sa vie un
    modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique
    de l'Église, coopèrent à la régénération des hommes.
    4
    IV - LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE DANS L'EGLISE
    66. [Nature et fondement du culte de la sainte Vierge]
    L'Église honore à juste titre d'un culte spécial celle que la grâce de Dieu a faite inférieure
    à son Fils certes, mais supérieure à tous les anges et à tous les hommes, en raison
    de son rôle de Mère très sainte de Dieu, et de son association aux mystères du
    Christ. Déjà, depuis les temps les plus reculés, la bienheureuse Vierge est vénérée sous le titre de
    "Mère de Dieu", et les fidèles, en leurs prières, se réfugient sous sa protection au milieu de tous les
    périls et des difficultés qu'ils rencontrent (21). C'est surtout à partir du Concile d'Ephèse que le culte
    du peuple de Dieu envers Marie, à la fois vénération et amour, prière et imitation, grandit admirablement,
    selon la prophétie de Marie elle-même: "Toutes les générations m'appelleront bienheureuse,
    parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses" (Le 1, 48-49). Ce culte, qui existe
    toujours dans l'Église, bien qu'il soit de caractère tout à fait singulier, diffère essentiellement
    du culte d'adoration rendu au Verbe incarné ainsi qu'au Père et à l'Esprit-Saint et il
    favorise fortement celui-ci. En effet, grâce aux diverses formes de dévotion mariale que l'Église
    a approuvées selon les circonstances de temps et de lieu et selon le caractère et les dispositions
    des fidèles, pourvu qu'elles se tinssent dans les limites d'une doctrine saine et orthodoxe, grâce à
    ces formes de dévotion, donc, tandis que la Mère est honorée, le Fils pour qui tout existe (cf. Col. 1,
    15-16) et en qui "il a plu" au Père éternel "de faire résider toute la plénitude" (Col. 1, 19), est reconnu
    comme il convient, aimé, glorifié et obéi.
    67. [L'esprit de la prédication et du culte de la sainte Vierge]
    Le saint Concile enseigne expressément cette doctrine catholique et, en même temps, exhorte tous
    les fils de l'Église à pratiquer généreusement le culte, spécialement le culte liturgique, à l'égard de
    la bienheureuse Vierge; à tenir en grande estime les pratiques et les exercices de dévotion de caractère
    marial que le magistère de l'Église recommande depuis des siècles; à observer religieusement
    ce qui, dans le passé, a été décidé quant au culte des images du Christ, de la bienheureuse Vierge et
    des saints (22). En outre, il exhorte avec force les théologiens et les prédicateurs à s'abstenir
    avec soin de toute fausse exaltation, comme aussi de toute étroitesse d'esprit
    lorsqu'ils ont à considérer la dignité particulière de la Mère de Dieu (23). Par l'étude,
    menée sous la direction du magistère, de la sainte Écriture, des saints Pères, des docteurs et des
    liturgies de l'Église, ils doivent expliquer correctement le rôle et les privilèges de la bienheureuse
    Vierge: tout est tourné vers le Christ, source exclusive de la vérité, de la sainteté et de
    la dévotion. Dans leurs paroles, ou leurs actions, ils doivent éviter avec soin tout ce qui pourrait
    induire en erreur les frères séparés, ou n'importe quelle autre personne, au sujet de la
    véritable doctrine de l'Église. Les fidèles, eux, doivent se rappeler que la vraie dévotion ne
    consiste ni dans un sentimentalisme stérile et passager, ni dans une certaine crédulité
    vaine, mais, au contraire, qu'elle procède de la vraie foi, qui nous porte à reconnaître
    la prééminence de la Mère de Dieu, nous pousse à un amour de fils envers
    notre Mère et à l'imitation de ses vertus.
    V - MARIE, SIGNE D'ESPÉRANCE CERTAINE ET DE CONSOLATION
    POUR LE PEUPLE DE DIEU EN MARCHE
    68. Si la Mère de Jésus, déjà glorifiée au ciel en son corps et en son âme, est l'image et le commencement
    de ce que sera l'Église en sa forme achevée, au siècle à venir, eh bien! sur la terre, jusqu'à
    l'avènement du jour du Seigneur (cf. Il Petr. 3, 10), elle brille, devant le Peuple de Dieu en
    marche, comme un signe d'espérance certaine et de consolation.
    69. C'est une grande joie et une grande consolation pour ce saint Concile qu'il ne manque pas de
    gens, même parmi les frères séparés, pour rendre à la Mère du Seigneur et Sauveur, l'honneur qui
    5
    lui est dû, spécialement chez les Orientaux qui rivalisent d'ardeur et de dévotion dans le culte de la
    Mère de Dieu, toujours Vierge (24). Que tous les fidèles adressent avec instance des
    prières à la Mère de Dieu et à la Mère des hommes, elle qui entoura de ses prières les
    débuts de l'Église, et qui, maintenant, est exaltée au-dessus de tous les bienheureux
    et de tous les anges, oui, qu'ils la prient d'intercéder, en union avec tout les saints,
    auprès de son Fils, jusqu'à ce que toutes les familles des peuples, qu'elles soient marquées
    du nom chrétien ou qu'elles ignorent encore leur Sauveur, soient réunies heureusement
    dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu pour la gloire de la
    très sainte et indivisible Trinité !
    Notes
    1. Credo dans la Messe Romaine: Symbolum Constantinopolitanum: Mansi 3, 566. Cf. Conc. Ephesinum, lb. 4, 1130
    (ainsi que ib. 2, 665 et 4, 1071); Conc. Chalcedonense, ib. 7, 111-116; Conc. Constantinopolitanum II. ib. 9, 375-396.
    2. Canon de la Messe Romaine.
    3. S. Augustinus, De S. Virginitate, 6: PL 40, 399.
    4. Cf. Paulus Pp. VI Allocutio in Concilio, 4 déc. 1963 : AAS 56 (1964) p. 37.
    5. Cf. S. Germanus Const., Hom. in Annunt. Deiparae. PG 98, 328 A; In Dorm. 2: col. 357. - Anastasius Antioch., Serra.
    2 de Annunt., 2: PG 89, 1377 AB; Serm.. 3, 2: col. 1388 C. ~ S. Andreas Cret., Can. in B. V. Nat..1: PG 97, 1321 B. In B.
    V. Nat., 1: col. 812 A. Hom. in dorm, 1: col. 1068 C. -- S. Sophronius. Or. 2 in Annunt., 18: PG 87 (3), 3237 BD.
    6. S. Irenaeus, Adv. Haer. III, 22, 4: PG 7. 959 A; Harvey, 2, 123.
    7. S. Irenaeus, lb.; Harvey, 2, 124.
    8. S. Epiphanius, Haer, 78, 18: PG 42, 728 CD - 729 AB.
    9. S. Hieronymus, Epist. 22, 21: PL 22, 408. Cf. S. Augustinus, 5 I, 2, 3: PL 38, 335: Serra. 232, 2: col. 1108. -- S. Cyrillus
    Hieros., Catech. 12, 15: PG 33, 741 AB. -- S. Io. Chrysostomus, In Ps. 44, 7: PG 55, 193. -S. Io. Damascenus, Hom. 2 in
    dorm. B.M.V., 3: PG 96, 728.
    10. Cf. Conc. Lateranense, anno 649, Can. 3: Mansi 10, 1151. -- S. It0 M., Epist. ad Flav.: PL 54. 759. -- Conc.
    Chalcedonense: Mansi 7, 462 - S. Ambrosius. De inst. virg.: PL 16. 320.
    11. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Mystici Corporis, 29 juin 1943: AAS 35 ll943) pp. 247-248.
    12. Cf. Pius IX, Bulla Ineffabilis. 8 déc. 1854: Acta Pii.IX, 1. I, p. 616; Denz. 1641 (2803).
    13. Cf. Pius XII. Const. Apost. Munificentissimus. 1 nov. 1950: AAS 42 (1950); Denz. 2333 (3903). Cf. S. Io.
    Damascernes. Enc. in dorm. Dei genitricis, Hom. 2 et 3: PG 96, 721-761, spécialement col. 728 B..-S. Germanus
    Constantinop., In S. Dei gen. dorm. Serm. 1: PG 98 (6), 340-348; Serm. 3: col. 361. ~ S. Modestus Hier., In dorm. SS.
    Deiparae.. PG 86 (2), 3277-3312.
    14. Cf. Pius XII, Litt. Encycl. Ad coeli Reginam, 11 oct. 1954: AAS 46 (1954), pp. 633-636: Denz. 3913 ss. Cf. S. Andreas
    Cret., Hom. 3 in dorm. SS. Deiparae.. PG 97, 1089-1109. - S. Io. Damascenus, De ride orth., IV, 14: PG 94, 1153-1161.
    15. Cf. Kleutgen. texte réformé De mysterio vervi incarnati cap IV Mansi 53, 290. Cf. S. Andreas Cret., In nat. Mariae,
    sermo 4: PG 97, 865 A -- S. Gerrnanus Constantinop., In annunt. Deiparae. PG 98, 321 BC. Deiparae, III: col. 361 D. -
    - S. Io. Damascenus, In dorm. B. V. Mariae ,Hom I. 8: PG 96, 712 BC - 713 A.
    16. Cf. Leo XIII, Litt. Encycl. Adiutricem populi, 5 sept. 1895: ASS 15 (1895-96), p. 303. - S. Pius X, Litt. Encycl. Ad
    diem illum, 2 févr. 1904: Acta, I, p. 154; Denz. 1978 a (3370). - Pius XI, Litt. Encycl. Miserentissimus, 8 mai 1928: AAS
    20 (1928) p. 178. - Pius XII. Radiomessaggio. 13 mai 1946: AAS 38 (1946) p. 266.
    17. S. Arnbrosius, Epist. 63: PL 16, 1218.
    18. S. Arnbrosius, Expos. Lc. II, 7: PL 15, 1555.
    19. Cf. Ps.-Petrus Dam., Serm. 63: PL 144, 861 AB. - Godefridus a S. Victore, In nat. B. M., Ms. Paris Mazarine, 1002,
    fol. 109 r. - Gerhohus Reich., De gloria et honore Filii hominis, 10: PL. 194, 1105 AB.
    20. S. Ambrosius, I. c. et Expos. Lc. X, 24-25: PL 15, 1810. - S. Augustinus, In Io. Tr. 13, 12: PL 35, 1499. Cf. Serm. 191, 2.
    3: PL 38, 1010; etc. Cf. aussi Ven. Beda, In Lc Expos. |, cap. 2: PL 92. 330. -- Isaac de SteIla .Serm. 51: PL 194. 1863 A.
    21. Cf. Bréviaire romain, ant. "Sub tuum praesidium", des lères vêpres du petit office de la Sainte Vierge.
    22. Conc. Nicaenurn II, anno 787: Mansi 13, 378-379; Denz. 302 (600-601). -- Conc. Trident., sess. 25: Mansi 33, 171-
    172.
    23. Cf. Pius XII, Radiomessaggio, 24 octobre 1954: AAS 46 (1954) p. 679. Litt. Encycl. Ad coeli Reginam. 11 octobre
    1954: AAS 46 (1954) p. 637.
    24. Cf. Pius XI Litt. Encycl. Ecclesiam Dei. 12 nov. 1923: AAS 15 (1923) p. 581. - Pius XII, Litt. Encycl. Fulgens corona,
    8 sept. 1953: AAS 45 (1953) pp. 590-591.
    Chap.VIII de la Constitution "Lumen Gentium" promulguée le 21 novembre 1964
    Traduction établie par les RR.PP. Jean-Marc Dufort et Gilles Langevin, s.j.
    Copyright Ed. Bellarmin Texte latin dans les "Acta Apostolicæ Sedis" 57 (1965)
    Documents conciliaires de Vatican II : http://pages.infinit.net/jclem/Documentsconciliaires.html
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