• La Passion de Jésus

     

    La Passion de Jésus


    selon Angèle de Foligno
     
    Introduction

    Le pardon, tendresse de Dieu
    "Père! Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font."
     


     

    Avertissement

    Les Évangélistes sont relativement discrets lorsqu'ils parlent de la Passion de Jésus. On peut le comprendre: ils s'étaient tous enfuis, sauf Jean... Au pied de la Croix il n'y avait que Marie, Jean, et Marie-Madeleine... Vinrent ensuite Joseph d'Arimatie et Nicodème, mais Jésus était déjà mort...

    Avec juste raison, l'Église est très prudente face aux révélations privées. Pourtant, dans quelques cas rarissimes, elle a proclamé bienheureux, et même saints, certains mystiques qui ont "vécu" dans leur chair la Passion de Jésus, ou qui y ont "assisté". À une époque où les contre-vérités s'efforcent d'étouffer la vérité, où tant de gens émettent des opinions souvent erronées qui sèment le doute dans les coeurs, il a semblé utile de faire revivre la Passion de Jésus racontée par des mystiques dont la sainteté est certaine. Naturellement, il n'est pas question de prendre leurs récits au pied de la lettre, mais simplement de méditer, grâce à eux, tout ce que Jésus a accepté de souffrir pour nous sauver, nous qui sommes pécheurs, car Il nous aime.

    L'auteur de la présente étude a retenu quatre mystiques bien connues: Angèle de FOLIGNO (1248-1309), Marie d'AGREDA (1602-1665), Anne Catherine ÉMMERICK (1774-1824) et Maria VALTORTA (1897-1961). Même si parfois l'auteur ajoute quelques méditations personnelles, aucun commentaire n'accompagne les textes cités. Seuls des résumés de chapitres ou de paragraphes ont été introduits, afin d'assurer une bonne compréhension.

    Il ne faut surtout pas oublier que tout ce qui suit n'est qu'une longue méditation. Avec tous ceux qui se sont penchés avec amour sur la Passion de Jésus, et, en parallèle sur celle de Marie, les lecteurs pourront parfois réagir, mais ils ne devront jamais perdre de vue que Jésus a vécu sa Passion pour sauver tous les hommes. Et ils verront combien Il y a associé sa Mère. Jésus et Marie étaient sans péché, ce qui n'est pas le cas des hommes. Tous les hommes sont pécheurs; il est donc juste et normal que, parfois, d'une manière ou d'une autre, ils deviennent participants de ce drame dont l'ampleur est véritablement à la taille du cosmos.


    Avant-Propos

    Avant de commencer une étude contemplative sur la Passion du Christ, il est indispensable de prier longuement. Cette prière conduit forcément au pardon. En effet, une des toutes dernières paroles de Jésus sur la Croix, quelques instants avant de mourir, a en effet été d'implorer le Père pour qu'Il pardonne à ses bourreaux, ces derniers ne "sachant pas vraiment ce qu'ils faisaient".

    Humainement parlant, ils croyaient au contraire bien savoir ce qu'ils faisaient: ils avaient condamné un homme qui s'était dit le Fils de Dieu, le Fils du Très-Haut, blasphème horrible pour les juifs de cette époque. Il y avait une autre raison, moins avouable, celle-là: ils avaient aussi très peur que ce Messie vers qui tout le peuple courait ne les supplantât et ne prît un jour leur place...

    Pourquoi alors Jésus dit-Il: "Ils ne savent pas ce qu'ils font?" Je pense qu'il faut ici étendre ce "ils" à tous les Chrétiens qui se confessent, ou qui ne se confessent plus, car eux non plus, en péchant, ne savaient pas vraiment ce qu'ils faisaient...

    Nous Chrétiens qui nous confessons, nous pensons avoir simplement égratigné la justice, avoir mal aimé nos frères, avoir transgressé la Loi ou la morale. Ce faisant, nous pensons surtout à nous. Nous avons aussi un peu la crainte de Dieu, mais crainte prise dans son sens le plus restrictif et vengeur d'une justice purement humaine, et nous exprimons le regret de nos fautes. Mais soyons francs: ce regret nous concerne essentiellement, nous voulons mettre notre conscience en ordre, et, si nous savons vraiment ce que nous faisons, nous avons également peur de mettre en cause notre devenir éternel. Quand nous récitons l'acte de contrition, même si cette récitation n'est pas trop machinale, elle reste le plus souvent entachée de craintes très humaines et très égoïstes.


    Remarque d'ordre général

    Les révélations privées ne sont pas articles de foi; la Révélation, en effet, est close depuis la mort du dernier des apôtres. Cependant Dieu peut accorder à certains voyants des éclairages jusque-là passés sous silence ou inaperçus, ou encore donner quelques compléments susceptibles de fortifier la foi des fidèles amenés à vivre, à certaines époques, des évènements douloureux ou déconcertants.

    Les révélations privées ne sont pas articles de foi. Elles peuvent parfois surprendre, voire choquer, mais elles ne laissent jamais le lecteur indifférent. Souvent même, certains aspects sont appelés à devenir des sujets de méditation fructueux.


    Méditation Préliminaire

    Écoutons maintenant la prière de Jésus, sur la Croix: "Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Écoutons-Le avec le coeur et essayons de le comprendre, essayons de découvrir tout ce que contiennent ces quelques mots. J'ai fait cette expérience, et soudain je compris, et je fus comme saisie d'une épouvante métaphysique. Soudain je crus savoir ce que je faisais quand je commettais un péché et je restai hébétée, atterrée... Car en fait, quand je pèche, je blesse l'Amour, je fais souffrir Dieu Lui-même; pas seulement le Fils qui souffre sa Passion et continue à verser telle goutte de sang pour moi, aujourd'hui. Mais je touche le Coeur du Père, je Le blesse réellement dans son amour. Car l'Amour, fût-il Dieu, l'Amour pleure quand celui qu'Il aime ne répond pas à son Amour. Je fais pleurer Dieu quand, par mon péché, je refuse son amour! Cette découverte était tellement immense que je restai sans mot pour l'exprimer. Pourtant, il fallait bien que je poursuive la méditation qui devait me conduire à l'adoration du Fils de Dieu, et à l'Amour.

    L'Amour a façonné chacun de nous avec un Amour indicible. L'Amour nous a tout donné et, en plus, Il a voulu se donner Lui-même à nous. Il a voulu nous faire participants de sa vie, nous faire vivre de sa propre vie. Il voulait se donner à nous, nous unir à Lui, nous partager son bonheur... Et nous, nous disons non, et nous ne savons pas pourquoi! Nous refusons l'amour que Dieu nous donne, et nous ne savons pas pourquoi!!!...

    Comment exprimer ce que nous ressentons, ce qui ne peut pas être dit avec des mots humains, car ces mots n'existent pas. Prenons un exemple: un vieux couple. Les voyez-vous tous les deux, cet homme et cette femme, qui marchent la main dans la main pour se soutenir mutuellement. Jeunes, ils ont connu un grand amour, un amour passionné, celui qui donne la vie. Puis cet amour s'est élargi à chacun des enfants et à toute la famille, aux conjoints des enfants, aux petits enfants et maintenant aux arrière petits enfants. Depuis si longtemps qu'ils vivent ensemble ils n'ont même plus besoin de parler pour se comprendre: un simple regard suffit à dire un besoin, une affection, une tendresse. Car leur amour est devenu une immense tendresse qui les enveloppe, les attache l'un à l'autre de telle sorte qu'ils ne font plus qu'un. Ils pensent la même chose, ils aiment les mêmes personnes, ils connaissent les mêmes joies et ont les mêmes désirs. Ils ont les mêmes expressions, les mêmes intonations de voix. Et même physiquement ils se ressemblent. Et puis, on dirait qu'ils ont créé entre eux une extraordinaire complicité.

    Dieu voulait nous aimer ainsi, nous envelopper de sa tendresse infinie. Et nous, et moi, nous avons dit non. A la tendresse de Dieu, à l'onction de l'Amour, nous avons préféré des bagatelles... Chaque fois que nous commettons un péché, nous refusons la tendresse de Dieu, nous refusons l'Amour. Et nous blessons le Coeur de Dieu... C'est inouï! Cela le savions-nous? Y avions-nous jamais pensé...

    Jésus le savait, Lui, le Fils bien-aimé du Père, le Fils unique, qui a aimé jusqu'à vivre sa Passion, "son Baptême", jusqu'à accepter une croix d'infamie, une croix qui n'était pas encore la Croix glorieuse. Jésus connaissait la tendresse du Père, son Amour infini qui se donne sans cesse, infiniment, tendrement comme une mère attentive qui jamais n'abandonne ses enfants. Jésus savait exactement ce que faisaient ses bourreaux; Jésus savait ce que font vraiment les hommes quand ils pèchent, quand ils disent non à Dieu, même par légèreté, parce qu'ils n'ont rien compris à l'amour, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font, parce qu'ils ne savent pas que pécher, c'est faire de la peine à Dieu...

    Faire de la peine à Dieu? Blesser le Coeur de Dieu? Mon Dieu! Nous ne savions pas. Je ne savais pas ce que je faisais quand je m'éloignais de Vous.

    Mon Dieu, je suis bouleversée. Je ne savais pas. Je ne savais pas que chaque fois que nous préférons autre chose que Vous et votre amour, chaque fois que nous péchons, nous Vous faisons mal, Vous que pourtant nous prétendons aimer. Seigneur, pardonnez-nous, nous n'avions rien compris. Nous ne savions pas que Vous nous aimiez à ce point, jusqu'à sacrifier l'humanité de votre Fils unique.

    Maintenant je crois que nous pourrons méditer votre Passion, Jésus. Mais tenez sans cesse nos coeurs en éveil dans votre tendresse, votre tendresse de Dieu.

    Et puis, faites-nous souvenir aussi Seigneur, que si Vous êtes tendresse et amour, si Vous êtes pitié, Vous êtes aussi justice... et on ne bafoue pas indéfiniment votre justice. La contemplation de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec vos mystiques, en apporte une preuve irréfutable.

    P. Leblanc
    La Passion de Jésus selon Angèle de Foligno
     


     

    La spiritualité d'Angèle de Foligno (1248-1309)

    Angèle de Foligno est née en 1248, à Foligno, petite ville située à environ dix-sept kilomètres d'Assise. Ses parents étaient aisés, probablement nobles. Elle s'est mariée à vingt ans, et eut plusieurs fils. En 1288, tous les membres de sa famille proche étaient morts. C'est alors qu'elle se convertit totalement et entra résolument dans la voie de la pénitence. Elle n'a plus qu'un désir: en réponse d'amour, accorder sa vie à celle du Christ. En 1291, elle fut admise dans le Tiers Ordre de saint François. Elle bénéficia de nombreuses visions de la Passion du Christ, visions de plus en plus réalistes, et mourut en 1309.

    La Croix est au centre de la spiritualité d'Angèle. Elle voit, avec les yeux de l'esprit, de nombreuses scènes de la Passion du Christ. Les visions d'Angèle de Foligno sont, soit d'ordre sensible, soit d'ordre symbolique; elles peuvent être aussi des visions sans forme, probablement des visions dites intellectuelles: elle entend en effet le Christ lui parler et lui dire "des paroles très hautes qui ne peuvent pas être écrites."

    Pour Angèle, l'âme qui s'engage sur les voies de Dieu et de la pénitence doit parcourir trente pas. En ce qui concerne Angèle de Foligno, c'est à partir du 7ème pas qu'elle commença à tourner son regard vers la Croix. Au 8ème pas à la vue de la Croix, Angèle reçut une plus grande connaissance de la manière dont le Fils de Dieu était mort pour nos péchés, et elle sentit qu'elle l'avait elle-même crucifié. Le Christ lui dit en effet: "Je suis celui qui a été crucifié pour toi, qui a eu faim et soif pour toi, qui répandit son sang pour toi, tellement je t'ai aimée." Au 9ème pas, le chemin de la croix lui fut enseigné: pour aller à la croix elle devait se dépouiller de tout, c'est-à-dire pardonner à ceux qui l'avaient offensée, se dépouiller des choses terrestres, de tous ses amis et parents, de son avoir et d'elle-même, et donner son coeur au Christ.

    Au 10ème pas, Jésus lui demanda "de plonger son regard dans ses plaies... Jésus lui montrait les poils de sa barbe, de ses sourcils et de sa tête qu'on lui avait arrachés. Il énumérait toutes les flagellations... et Il disait: J'ai supporté tout cela pour toi."

    Au 11ème pas elle se mit à faire plus sérieusement pénitence, au 12ème, elle chercha la pauvreté, et au 13ème elle entra dans la douleur de la Mère du Christ et de Jean. Au 15ème pas, elle se centra sur Saint Jean et sur la Mère de Dieu: "Il lui était donné de comprendre que Saint Jean avait supporté une telle douleur, de la Passion et de la mort du Christ, et de la douleur de la Mère du Christ, qu'il fut plus que martyr."

    Au 16ème pas Angèle eut la révélation de son indignité et de ses péchés et se tourna vers la sainte Vierge pour obtenir la rémission de ses péchés. Au 17ème pas elle souffrit la Passion du Christ et les douleurs de Marie avec plus d'efficacité. Angèle reçut ensuite quelques révélations sur la familiarité divine, sur l'onction et la miséricorde divines, sur sa propre transformation en Dieu, et enfin sur l'union divine et l'Amour. Il convient d'ajouter qu'Angèle connut alternativement des périodes de désespoir, d'abandon total et souvent d'union intime avec Dieu.

    Une petite communauté entoura Angèle, de 1296 à sa mort en 1309, pour écouter ses enseignements. Elle fut déclarée bienheureuse le 11 juillet 1701, par le pape Clément XI.

    Remarque importante : Les citations en italique sont toutes extraites du Livre d'Angèle de Foligno, traduction de Jean-François Godet publiée par les Éditions Jérôme MILLON à partir du texte italien "Il libro della beata Angela da Foligno".
    La Passion de Jésus selon Angèle de Foligno
     
     


     

    Avertissement important

    Angèle de Foligno n'a pas laissé de récit de la Passion du Christ qu'elle fut amenée à vivre à plusieurs reprises. Elle ne rapporte que quelques traits particulièrement saisissants des souffrances subies par Jésus dans son corps. Mais elle insiste beaucoup sur les douleurs intimes de l'âme de Jésus, douleurs qu'elle nous fait partager intensément. Elle montre comment nous sommes amenés à prendre en compte les douleurs de Jésus et à les vivre. Elle nous fait spécialement participer aux agonies de Jésus, notamment à Gethsémani, durant la flagellation et lors de sa mort sur la Croix.



    Les souffrances physiques de Jésus

    Jésus dit à Angèle "qu'Il a souffert avec grande humilité et patience." Et Il énumérait une par une les souffrances de sa Passion dans tous ses membres, les peines et les paroles dures et injurieuses. Jésus dit: "La coupe que je bus était amère, mais, à cause de l'amour je la trouvais douce."

    Dès le début de sa Passion Jésus incita ses apôtres à prier pour ne pas entrer en tentation. Lui-même priait sans cesse: "Alors qu'Il priait plus intensément, sa sueur devint comme des gouttes de sang tombant à terre... Jésus alors priait pour nous... Il se laissa blasphémer, abaisser, injurier, prendre, emmener, flageller et crucifier, et toujours il resta comme quelqu'un d'impuissant. Cette pauvreté est un modèle pour notre vie; de cette pauvreté nous devons prendre exemple."

    Dans une autre de ses visions, Angèle contemple les résultats de l'écartèlement que Jésus dut subir pendant sa crucifixion: "Il semblait que toutes les articulations de ce corps béni étaient si disjointes, disloquées et désunies, à cause de la cruelle tension et de l'horrible traction infligées à ses membres virginaux, sur le gibet de la Croix, par les mains homicides de ces perfides. Les tendons et les jointures des os de ce corps très sacré semblaient avoir totalement quitté leur harmonie normale."


    Angèle parle également des cinq couteaux qui transpercèrent Jésus, Dieu et homme.

    "-Le premier type de couteaux fut la cruauté perverse de ceux dont le coeur était obstiné contre Lui.
    -Le deuxième type de couteaux fut celui des langues criant contre Lui les choses les plus méchantes.
    -Le troisième type de couteaux fut celui des colères immenses et démesurées...
    -Le quatrième type de couteaux fut l'oeuvre qui consomma toute leur maudite intention, car ils firent contre Lui tout ce qu'ils voulurent.
    -Le cinquième type de couteaux qui transpercèrent le Christ furent ces clous terribles par lesquels ils Le fixèrent à la croix."

     

    Les douleurs intimes de l'âme de Jésus - Les agonies de Jésus

    La passion de Jésus fut montrée à Angèle. Elle vit ce que le Christ voyait: "tous les coeurs dressés contre Lui de façon impie. Il vit tous les membres s'employer à détruire son Nom... Il vit toutes leurs subtilités contre Lui, le Fils de Dieu, la multitude de leurs desseins et l'énormité de leur colère. Il vit tous leurs préparatifs et toutes leurs cogitations afin de Le faire souffrir plus cruellement."

    Une autre fois il fut montré à Angèle la douleur aiguë que le Christ eut dans son âme... "Étant donné que l'homme n'offense pas Dieu avec le corps, mais avec l'âme, je me rends compte que l'âme du Fils de Dieu avait la plus grande raison d'avoir mal... Il a souffert à cause de la grande compassion qu'Il a eue pour ses élus... L'âme du Christ eut encore mal de toutes les douleurs et de toutes les peines qui furent infligées à son corps, car elles étaient toutes réunies dans son âme. Cette douleur si intense... faisait partie du plan divin... Je vois une telle douleur dans l'âme du Fils de la Sainte Vierge Marie, que mon âme en devient toute affligée et transformée en une douleur telle que je n'en ai jamais eue." Plus tard Angèle reçut la révélation que Jésus, l'homme de douleur, n'avait connu dans sa vie qu'une seule situation: la Croix, une Croix très amère et dans la pénitence.


    Pour mieux comprendre la Passion intime du Christ, il convient aussi de rapporter ce qu'Angèle de Foligno eut à connaître des sept douleurs du Christ.

    "De toute éternité et de façon ineffable, le Christ fut uni au plan éternel de Dieu, ce qui rendit sa douleur extrême. Plus merveilleux en effet était le plan de Dieu, plus aiguë et intense fut la douleur du Christ.

    -Il y eut d'abord dans le Christ une douleur résultant de l'ineffable lumière divine qui Lui était donnée... Le Christ voyait en effet l'ineffable mesure de douleur extrême qui Lui était donnée,... et cette douleur, dont le plan divin fut la source et l'origine, serait cachée à toute créature.

    -Il y eut aussi dans le Christ une douleur très intense et aiguë, provenant de la compassion suprêmement admirable qu'Il eut pour le genre humain... Parce que le Christ aimait chacun de ses élus d'une façon ineffable et d'un amour viscéral, selon la mesure de chacun, Il ressentait, comme continuellement présentes à Lui, l'offense qui avait été ou qui serait commise, ainsi que la peine et les peines qu'ils (les hommes) devaient, à cause de cela, supporter. Il compatissait en portant leurs peines avec une douleur extrême.

    -Il y eut aussi dans le Christ une douleur provenant de la compassion pour Lui-même... car Il voyait que le Père L'avait envoyé pour porter dans sa propre personne les douleurs et les peines des élus.


    -Il y eut aussi dans le Christ une douleur de compassion pour sa très douce Mère... qui, comme nous le verrons plus loin dans "La Passion de Marie" souffrit comme et avec son Fils et devint ainsi Corédemptrice.

    -Il y eut aussi dans le Christ une douleur provenant de la compassion pour ses apôtres et ses disciples, à cause de la très violente douleur qu'ils devaient endurer... quand sa douce présence corporelle leur serait retirée.

    -Il y eut aussi dans le Christ une douleur violente et aiguë à cause de la gentillesse, de la noblesse et de la délicatesse de son âme..."



    Angèle de Foligno expose aussi les trois raisons que Jésus avait de crier son abandon.

    Jésus voulut nous montrer quelque chose de la douleur excessive qu'Il avait supportée pour nous:

    "-Jésus cria pour prier, pour manifester Dieu et Lui. Dieu, en effet, ne pouvait pas être abandonné, mais Jésus se montra humain lorsqu'Il cria qu'Il était quasi abandonné par Dieu dans ses douleurs: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné?"

    -Jésus cria aussi pour manifester la douleur suraiguë et ineffable qu'Il avait supportée pour nous. C'est seulement pour nous qu'Il cria ces mots, pour nous faire connaître la douleur qu'Il avait supportée...

    -Le Christ cria aussi ces mots pour nous donner espoir et courage. Ainsi, même si nous sommes affligés et tourmentés, si nous nous sentons abandonnés dans des douleurs, nous ne sombrerons pas dans le désespoir...
     

     

    Les trois compagnes du Christ

    Selon Angèle de Foligno, il est des douleurs qui furent les compagnes fidèles et continuelles de la vie du Christ, mais qui se manifestèrent avec un éclat particulier au moment de la Passion. C'est pourquoi il semble utile de les rapporter ici. Ces trois fidèles compagnes furent la pauvreté, le mépris et la douleur.

    Jésus voulut vivre la pauvreté et pour cela être pauvre de toutes les choses temporelles du monde. Il fut également pauvre de ses proches et de toute amitié temporelle: personne ne chercha à Lui épargner une seule de ses douleurs sur le chemin de Croix... Jésus, sur la terre, fut aussi "très pauvre de sa propre puissance, de sa propre sagesse et de sa propre gloire."

    "La deuxième compagnie à laquelle la vie du Christ fut continuellement associée en ce monde fut le mépris voulu et parfait... Il vécut comme un serviteur... couvert d'opprobres, tourné en dérision, frappé, fustigé, flagellé, et finalement condamné sans raison et mis à mort."

    "Enfin, sa troisième compagne, expérientée... fut une extrême douleur à laquelle l'âme du Christ fut immédiatement associée. Cette âme très sainte connaissait et voyait comment Il devait être trahi, vendu, capturé, abandonné, renié, ligoté, tourné en dérision, frappé, flagellé, jugé et condamné comme un voleur, mené à la Croix, dépouillé, crucifié, mis à mort, blasphémé, frappé par la lance, et ouvert en son saint côté." L'âme de Jésus connaissait tout cela, et ainsi sa vie fut accompagnée d'une douleur continuelle.
     
    Pourquoi partager et vivre la Passion de Jésus

    Jésus, Fils de Dieu, n'était pas soumis à la Loi. Mais le Père voulut que son Fils devint sujet de la Loi, et que "Lui qui était libre devint esclave. C'est pourquoi ceux qui veulent servir le Christ doivent se conformer à la vie du Christ... en se soumettant à la Loi, aux préceptes et même aux conseils divins... car, plus la grâce divine plonge l'âme dans l'humilité, plus cet approfondissement de l'humilité fait grandir la grâce divine."

    Angèle nous confie aussi les enseignements de Jésus sur la "nécessité de partager la compagnie du Christ, c'est-à-dire sa pauvreté, sa douleur, son état de méprisé et son obéissance véritable." Jésus prend d'ailleurs la peine de lui faire comprendre qui sont ceux qui sont appelés par Dieu, et par quel chemin ils sont venus: "Ils sont venus par les chemins de la tribulation: ce sont les vierges, les chastes, les pauvres, les souffrants et les malades... Ceux-là sont ceux qui savent qu'ils sont beaucoup aimés de Dieu, mais savent aussi qu'ils en sont indignes. Pour apprendre cela, ils vont à la Croix; ils restent là à contempler et apprennent l'amour."

    Jésus dira aussi à Angèle: "Souffre et ressens de la douleur, âme qui dois passer près de la croix sur laquelle est mort le Christ. Il faut que tu t'y places et t'y reposes, car la croix est ton salut et ton lit." Dieu dit encore: "Que tous ceux qui veulent rester en état de grâce ne quittent pas la croix des yeux, quoi que je leur donne ou permette, joie ou tristesse."

    Jésus montra également à Angèle "la profondeur de l'humilité de Dieu à l'égard des hommes." Angèle comprit ainsi "pourquoi il y eut dans l'âme du Christ une douleur non mitigée." En effet, "lorsque l'âme d'Angèle fut transformée en la Passion du Christ, elle découvrit une telle douleur dans cette Passion du Christ qu'elle ne trouva en elle aucun adoucissement." Angèle dit encore: "C'est le signe du travail du véritable amour que d'apporter la Croix à l'âme, c'est-à-dire une pénitence aussi longue que la vie, et aussi grande et dure que possible..." Après, quand tout sera fini, nous nous apercevrons que nous ne sommes que des serviteurs inutiles.
     

     

    Le pécheur et la Croix

    Comment une âme pécheresse peut-elle se convertir en regardant la Croix, "ce livre de vie, la vie et la mort du Dieu-homme crucifié." Bien sûr, il nous faut, pour comprendre, nous, hommes du 21ème siècle, nous resituer dans le contexte du Moyen Age, à la fin du 13ème siècle. Mais si nous transposons correctement, nous nous apercevons qu'il y a beaucoup à apprendre et à prendre, pour enrichir notre vie spirituelle.

    "Lorsqu'elle regarde la Croix, l'âme considère comment elle a offensé Dieu avec sa tête, en la lavant, la peignant, la parfumant pour paraître aux yeux des autres, au déplaisir de Dieu... Parce que l'âme a exagéré en lavant, peignant et parfumant sa tête, la tête très sainte du Dieu-homme eut les cheveux arrachés, fut piquée et percée d'épines, tout ensanglantée de son sang précieux et même frappée avec un roseau... L'âme considère ainsi comment, en pénitence pour les péchés de ce genre, le visage de Jésus fut couvert d'opprobres... Parce qu'elle voit qu'elle a offensé Dieu en se lavant exagérément le visage, l'âme voit le Christ giflé et couvert de crachats.... Elle voit que le Christ, pour le péché de nos yeux, a les yeux voilés, ensanglantés par le sang coulant de sa tête percée d'épines...

    Parce qu'elle a offensé Dieu avec ses oreilles, ... l'âme réalise que le Christ a, pour ce péché, supporté la pénitence la plus horrible. De ses oreilles, en effet, il entendit les cris horribles de ceux qui lançaient contre Lui: "Crucifie-Le, crucifie-Le..." Il entendit les impies se moquer de Lui et blasphémer...

    "Et parce que l'âme sait qu'elle a offensé Dieu par sa bouche et sa langue en disant des paroles vaines et meurtrières, en se délectant de mets recherchés, elle voit qu'à cause de cela, les lèvres du Christ ont été souillées de crachats, sa langue et sa bouche ont goûté l'amertume du vinaigre et du fiel... parce qu'elle a offensé Dieu en se délectant de parfums, l'âme repense à la puanteur terrible des crachats que les narines du Christ ont respirée pour nous... Elle considère qu'à cause de ses mouvements de colère et d'orgueil contre Dieu, le Christ a été frappé de très cruels soufflets.

    "...elle voit encore qu'elle a offensé Dieu par des étreintes déshonnêtes et des gestes des épaules, et elle considère que le Christ a, pour cela, supporté une grande pénitence, car, de ses bras sacrés, Il a étreint la Croix, et Il l'a portée sur ses épaules, sous une masse d'insultes... Elle voit que le Christ a été étendu sur la Croix, couché, tiré, étiré en tous sens à la manière d'une peau, ses mains et ses pieds sacrés fixés à la Croix, très durement blessés et percés par les pointes d'horribles clous...

    "...l'âme considère comment elle a offensé Dieu en se vêtant de façon recherchée et ambitieuse; elle voit qu'à cause de cela, le Christ a été mis à nu et élevé honteusement sur la croix tandis que des soldats se partageaient ses vêtements...

    "...L'âme voit aussi qu'elle a offensé Dieu de tout son corps, et elle voit que, pour cette offense, le corps tout entier du Christ a été torturé de multiples flagellations et des tourments les plus horribles, qu'il a même été transpercé par une lance et tout ensanglanté de son sang précieux. Parce qu'elle s'est intérieurement délectée de chacun de ces péchés, l'âme voit que le Christ a supporté dans son âme très sainte des souffrances de tous genres, diverses et horribles, c'est-à-dire la Passion de son corps qui crucifia son âme, la compassion pour sa très sainte Mère, le respect dû à Dieu violé par le péché, et la compassion pour notre misère. Toutes ces souffrances rassemblées dans son âme très sainte crucifièrent le Christ de façon très horrible et indicible."
     
    Le Christ soumis aux créatures

    Angèle de Foligno explique longuement comment le Christ s'est soumis à toutes les créatures, notamment aux créatures inanimées. Elle dit, entre autres, à propos de sa Passion:

    "... Il a donné pouvoir aux verges de Le frapper très durement. Il a donné pouvoir aux clous de percer et de pénétrer les mains et les pieds très divins de Celui qui a tout fait. Il a donné pouvoir au gibet qu'on appelle la Croix, de porter son Auteur et Seigneur tout ensanglanté et percé. Il a donné pouvoir à l'éponge, au vinaigre, au fiel et à bien d'autres choses insensibles, d'insulter leur Auteur et Seigneur, et d'avoir plein pouvoir sur Lui. Il a même donné pouvoir à la lance de pénétrer, d'ouvrir et de percer son très divin côté."

    Et Angèle de conclure: "Que l'humilité très profonde, très humble et absolument inouïe de cette très haute majesté, dégonfle et confonde l'orgueil de notre nullité!"

    Vraiment Jésus peut dire, à chacun d'entre nous: "Je ne t'ai pas aimé par plaisanterie", phrase qui a été souvent traduite par: "Ce n'est pas pour rire que je t'ai aimé."

    Non! Ce n'est pas pour rire que Jésus nous a aimés!
     
     
     
     
     

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