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26 Novembre 2014, Ste Delphine
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Histoire et Tradition du Rite…
… Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm


Étude réalisée par la Commission Historique du Rite, le 15 novembre 1999…
Nous travaillons au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm…
Pourquoi une telle appellation ?...
Il est courant d’invoquer son ancienneté, en disant de lui qu’il s’inscrit dans la filiation des
Maçons anciens qui, de 1753 à 1813, s’opposèrent aux Maçons modernes apparus avec les
Constitutions d’Anderson, et voulurent retourner à une tradition maçonnique plus christique
et plus religieuse.
On verra que cela est faux et qu’au contraire, si le Rite est dit ancien, ce n’est que par un
malheureux concours de circonstances… En vérité, sa philosophie le rattache à la modernité
et aux Rites modernes ou « français »… De la même manière, on croit le Rite « primitif »
parce qu’il n’a jamais connu d’altération dans son histoire, et qu’il est resté à l’état
primitif… C’est tout aussi faux… On verra plus loin qu’il est dit primitif, parce que ceux qui
le pratiquaient avaient l’orgueil de croire qu’il était possible de suivre un rituel qui n’ait
rien à voir avec les religions manifestées, fussent-elles monothéistes, chrétienne ou juive…
Si l’opinion commune maçonnique considère donc le Rite Ancien et Primitif de Memphis-
Misraïm comme un rite hostile à la modernité, mystique et d’autre part immuable, elle se
trompe, à cause d’une mauvaise compréhension de l’intitulé exact de ce dernier…
Le propos de ce modeste article est donc de corriger les rumeurs tenaces et de faire
connaître l’exactitude des textes… Non, le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm n’est
pas ancien parce qu’il est hostile à la modernité… Non, il n’est pas primitif parce qu’il est
fidèle à ce qu’il a toujours été et n’a connu aucune altération… Notre Rite est ancien parce
qu’il y a quatre-vingt-dix ans à Lyon (cent ans aujourd’hui), des occultistes en manque de
rituel français maçonnaient en Espagnol au Rite écossais dit communément ancien…
Notre Rite est primitif parce que ces occultistes n’avaient aucune considération pour les
églises manifestées et, dans leur orgueil, croyaient pouvoir parler des réalités divines sans
passer par les deux mille ans de domination théologique…
Ce sont ces deux points qui sont les objets de cet exposé…
Mais d’abord, qu’est-ce qui distingue les Anciens des Modernes en Maçonnerie ?
Pour comprendre cette distinction, il faut revenir là encore à une clarification de
vocabulaire sur ce que c’est que d’être initié ou reçu Maçon… Car derrière cette querelle
de vocabulaire, comme celle autour du nom de la Rose qu’entreprirent les nominalistes du
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Moyen-Age, il y a de la fureur, des passions, et parfois même.- hélas ! une terrible
intolérance.
L’Initiation maçonnique apparaît, sur le plan du vocabulaire avec la Maçonnerie moderne et
spéculative… Avant les Constitutions d’Anderson, c’est à dire avant le Siècle des Lumières,
on était reçu ou fait Maçon, sans que la qualité d’Initiation de la réception fût précisée…
L’initiation maçonnique comme invention sémantique de 1723 (siècle des Lumières) signifie
donc que la Maçonnerie moderne veut insister sur le caractère dynamique et inachevé de
l’expérience spirituelle maçonnique… À l’inverse, les Maçons anciens sont faits Maçons,
c’est-à-dire qu’ils accèdent immédiatement à un état, et ne sont pas pris dans un
mouvement qui les emporte vers un état (symboliquement le coeur du Temple) dont ils ne
savent encore rien… Ces détracteurs de la Maçonnerie moderne, les maçons Anciens,
comme ils s’appelèrent eux-mêmes en 1753 en adhérant à une Grande Loge selon les
Anciennes Constitutions, attaquaient Anderson, Désaguliers et leurs sectateurs au motif,
entre autres, qu’ils vidaient de substance religieuse les rituels (oubli des prières et
négligence des fêtes religieuses des deux Saint-Jean). La régularité théologique à laquelle
les Anciens étaient attachés rappelle que pour eux le statut de Maçon est lié à une
révélation…
L’insistance du vocabulaire de l’initiation chez les Maçons modernes précise qu’ils ne
donnent pas au Maçon le bénéfice d’une révélation religieuse, mais d’une progression vers
un terme qu’ils n’osent ou ne savent nommer.
S’affrontent donc deux conceptions du sacré… La Maçonnerie ancienne de Laurence
Dermott veut être fidèle à une révélation…La Maçonnerie moderne d’Anderson veut ouvrir
la voie d’une initiation…Dermott insiste sur l’issue de la voie maçonnique qui est christique.
Anderson insiste sur la mise en mouvement de la voie maçonnique qui est relativisme
religieux, tolérance, herméneutique ouverte… Étymologiquement, l’initiation est in-itum
« l’entrée dans »…
L’initié n’est donc plus un profane si l’on se souvient que le profane, en latin, profanum,
est « devant le temple »…Par conséquent, l’initié entre dans le temple, accomplit l’action
d’aller dans l’espace et le temps sacrés, est en mouvement pour quitter le monde profane.
L’initiation n’est donc pas un état achevé, c’est la désignation spirituelle d’un mouvement
vers le sacré… Ce n’est pas un aboutissement, mais c’est la mise en chemin.
La première tradition maçonnique, celle des Anciens, sait qu’elle peut donner la vérité à
l’homme qui sait s’effacer devant dieu ; la seconde tradition, celle des modernes, sait que
l’homme peut chercher librement la vérité sans qu’aucune autorité, même divine,
n’entrave sa démarche… La première est chrétienne, monothéiste et s’appuie sur le LIVRE ;
la seconde est laïque, déiste, et se fonde sur une subjectivité…La première est une voie de
la main droite, comme on dit dans les Tantras, régulière, fidèle à l’autorité spirituelle et
temporelle, vantant l’obéissance… La seconde est une voie de la main gauche, qui libère de
toute tutelle, et invite à la transgression des tabous, si cela est nécessaire, pour aller au
terme de l’expérience spirituelle.
Mais c’est sur le plan de l’organisation du Temple que la critique prend tout son sens…
Conformément à la position des colonnes, les Modernes Andersoniens supposent que la Loge
maçonnique est le Temple de Salomon, tandis que les Anciens de Dermott la positionnent
devant ce dernier… La localisation géographique repose sur une conception du sacré très
différente : Anderson et les Modernes mettent le Vénérable à la place de l’autel, dans le
Saint des Saints, c’est-à-dire qu’ils acceptent l’idée d’une autodivinisation de l’homme…
Les Anciens mettent les Maçons devant le Temple en construction, et maintiennent donc le
dialogue, en face à face pourrait-on dire, du Tout-Autre… Que l’homme occupe la chaire de
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Dieu, voilà bien une idée conforme à l’humanisme subversif des Modernes, et qui scandalise
ceux qui chantent des louanges au Dieu descendu dans la chair de l’homme…
Il n’est nul besoin de rappeler que la Maçonnerie nationale du début du siècle subit de plein
fouet le schisme entre Anciens et Modernes… L’époque distingue (parfois abusivement) ces
Frères ennemis selon le Rite qu’ils pratiquent : Les modernes travaillent plutôt au Rite
Français, tandis que les seconds travaillent à l’Écossais. Les premiers se retrouvent à
maçonner pour la république, et invoquent pour ouvrir et fermer leurs travaux :
..« Liberté ! Égalité ! Fraternité ! » Les seconds maçonnent « A la Gloire du Sublime (ou
Grand) Architecte du Monde (ou de l’Univers). La Maçonnerie continentale verra le
triomphe de la Maçonnerie andersonienne, en tant qu’elle valorise l’expression de la
tolérance religieuse et du « progressisme » spirituel.
À ce titre, la disparition en 1877, dans les rituels du Grand Orient de France, du Grand
Architecte de l’Univers identifié à Dieu est en conformité avec la tradition andersonienne
de contestation religieuse.
Se pose alors un problème de taille lorsqu’apparaît sur la scène maçonnique française le
cas épineux du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm… D’abord, il ne s’appelait que
Rite « primitif », et c’est lui qu’installe l’encombrant Papus, et qui l’intitule « Ancien »…
Pour quelles raisons ? Est-ce parce que le bouillonnant et iconoclaste docteur spirite aspire
à une reconnaissance apostolique et romaine ? …Est-il hostile à l’esprit des Lumières ?...
Veut-il renouer avec une tradition maçonnique anglicane ou gallicane, en-tout-cas qui
ferait la place belle, sur ses colonnes, au jésuitisme ? …Rien n’est moins sûr ! Au contraire,
la généalogie de l’appellation du Rite va nous faire rencontrer un étonnant hasard sur
lequel s’est construit un quiproquo qui a la dent dure depuis près de cent ans !...
Lorsque survient l’embarrassant Gérard Encausse dit « Papus », il apparaît avec un Rite
hérité de Yarker, que ce dernier avait produit en faisant fusionner les Rites de Misraïm et
de Memphis et qu’il avait intitulé Rite Antique et Primitif Oriental de Memphis Misraïm…
Mais voilà, le bon Papus importe sur le territoire national un Rite nouveau, avec une échelle
de grades (degrés) à n’en plus finir, du quatrième au quatre-vingt-quinzième, mais il ne
peut initier aux premier, second et troisième degrés ! Yarker ne lui a en effet donné une
patente que pour les hauts grades, qu’il utilise pour sa loge INRI… Comment faire pour les
loges bleues ?... Il lui faut fouiller dans ses patentes, et en retrouver une Espagnole,
délivrée par Pessina, alors Grand Maître d’un Ordre de Misraïm ibérique… Papus avait très
tôt délaissé cette patente, car il n’y avait la possibilité de ne travailler qu’à sept degrés…
Une misère face aux quatre-vingt-quinze degrés mis à disposition par Yarker ! Mais Pessina
lui avait fourni les Rituels pour les degrés bleus ; ils étaient ceux du Rite écossais, mais le
problème était qu’ils étaient rédigés dans la langue de Cervantés… Qu’à cela ne tienne !
Voilà Humanidad, première Loge bleue du Rite dit égyptien, à l’Orient de Lyon, en France,
où l’on maçonne, comme son nom l’indique, en espagnol… Les cahiers de rituels de la Loge
conservés à la Bibliothèque de Lyon le confirment !... Et Papus, cohérent avec les
bizarreries qu’il produit, corrige l’intitulé du rite et l’appelle Rite « Ancien », puisque c’est
un Rite Ecossais et qu’on identifie, dans la France du début du XXème siècle, l’Écossais à la
Maçonnerie des Anciens.
Ainsi donc, que notre Rite s’appelle Ancien ne renvoie pas à revendication traditionaliste
radicale… Il s’agit simplement d’une confusion sémantique… Si Pessina eût cédé une
patente du grand Maure qui lui permît de maçonner aux trois premiers degrés dans un Rite
Français, alors notre Rite eût été intitulé, soyons-en sûrs, Rite moderne quoique primitif…
Achevons donc notre étude sémiotique : pourquoi primitif ?... Pourquoi Yarker donne-t-il
ce nom à sa synthèse de deux Rites qui ont chacun déjà leur appellation… Il eût été plus
logique de l’appeler Rite réunifié de Memphis Misraïm, ou quelque appellation de ce genre.
Cependant, Yarker éprouve le besoin de préciser sa nature primitive. Pourquoi ?..
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Rappelons dans quel contexte Yarker maçonne en 1872… Il est à la confluence des courants
occultistes et socialistes révolutionnaires… Il est en contact avec les représentants de la
Societas Rosicrucia In Anglia, et intime des Garibaldiens…
Rappelons que l’époque, comme Victor Hugo, marie aisément socialisme et ésotérisme…
Les théosophistes et leur « Lotus rose » ont dans leurs cartons autre chose que
l’herméneutique de la Baghavatgitâ… Ils envisagent l’émancipation des peuples comme un
programme naturellement inclus dans leur spiritualisme… H-P. Blavatsky est une militante
de la première heure à Jeune Europe, mouvement socialiste internationaliste en contact
avec Garibaldi… Et ce dernier, qui dépouillera le Vatican de Rome, maudira l’engeance des
prêtres, ces « descendants de Torquemada » jusque sur son lit de mort… Mais le même croit
à la métempsychose, voit dans des fauvettes qui viennent sur son lit mortuaire les âmes de
ses défuntes filles cueillir son âme en agonie. À cette époque donc, être spiritualiste,
médium, professer le culte des morts et l’invocation des fantômes est absolument
compatible avec l’insurrection armée, le renversement de la royauté, la socialisation des
moyens de production… Il se développe donc toute une sensibilité que l’on pourrait
qualifier de messianisme politico-occulte ou d’ésotérisme prolétarien.
Dans un tel texte contexte culturel, Yarker éprouve le besoin de classer son Rite dans la
« primitivité »… En effet, il satisfait ainsi la double exigence révolutionnaire et ésotérique.
Il satisfait la ligne ésotérique et occultisante, parce que ses intonations égyptiennes placent
le Rite en amont des traditions monothéistes du bassin méditerranéen, il est là avant que
les Prophètes ne viennent peupler de leurs rêves de déserts arides l’imaginaire de l’Europe
forestière et païenne. Il convient ainsi parfaitement aux occultistes, car eux aussi veulent
un sacré qui ne soit pas uniquement contenu dans les limites du dogme d’infaillibilité
papale et de la bulle pontificale du Syllabus. Ils veulent retourner aux sources primitives de
l’expérience religieuse, sans église ni dogme… Et, médiumnisant à tour de guéridon, ils se
jettent sur le Rite Primitif pour y chercher un accès nouveau à l’au-delà sans passer sous les
fourches caudines de Rome… Il ajoute donc le substantif « primitif » puisque l’objectif est
bien de retrouver la sacralité noachite, la religion primordiale de Noé, avant
l’établissement des religions extérieures… L’occultisme est en effet, depuis Eliphas Lévy et
Saint-Yves d’Alveydre, persuadé qu’une synthèse des religions est possible, si elles
retournent à la Tradition primordiale dont elles sont toutes issues… La primitivité
maçonnique invoquée renvoie donc à cette tradition primordiale, en amont des
manifestations ecclésiastiques externes.
Mais Yarker satisfait aussi les révolutionnaires en fondant une Maçonnerie qui n’ait de
compte à rendre à aucun monothéisme fût-il chrétien (Rectifié), ou à connotation
hébraïque (Ecossais), et refusant même, osons le scandale, le monothéisme laïc du culte
rendu à la Raison et au Progrès (Français), élevé par une bourgeoisie nationale que les
internationalistes exècrent finalement autant que les deux précédents. En le disant primitif
Yarker ne se contente pas de retrouver l’idée tenace des occultistes depuis l(hermétisme
médiéval de la Prisca Théologia, il assoit aussi une expérience sacrale possible ( et
qu’exigent les socialistes de l’époque) sans passer par les théologies qui, dès qu’il s’agit du
sort du peuple, ont joué autant du sabre que du goupillon.
Qu’on ne s’y trompe donc pas… Le « Rite Ancien et Primitif » de Memphis Misraïm n’est pas
un Rite Ancien au sens où l’entendait le début du siècle lorsqu’il le confondait abusivement
avec l’écossisme qui était synonyme de papisme et d’hostilité à la modernité laïque et
républicaine… C'est-à-dire qu’il ne cherche pas le soutien des églises constituées… Papus
l’iconoclaste dépouille les troncs des églises, exhume les vieilles visionnaires au rebut et les
vaticinations des hérésies pour jeter les bases de son occultisme. … Il abrite dans sa revue
Le Voile d’Isis des prêtres en disgrâce de Rome et les laisse à loisir bricoler leur
messianisme socialo-mystique et leur ésotérisme prolétarien… Politiquement, Papus et ses
-5-
Voyants se situent d’ailleurs à gauche, n’en déplaise aux tenants du Rite français qui ne
comprennent rien quand « le Maure » veut dissocier l’anticléricalisme (auquel il adhère
comme le Grand Orient) de l’antireligisme (qu’il récuse, ce qui lui vaut l’inimitié du Grand
Orient)… Fondamentalement, ce Rite est primitif, très ancien, si ancien qu’il renverse et
malmène les traditions religieuses de la révélation, et qu’il a l’orgueil de se placer en
amont… Le Rite primitif est tellement ancien, tellement archaïque et primordial qu’il
conteste le monopole de l’ancienneté des anciens de Dermott. À ce titre, il s’inscrit donc
dans une liberté religieuse qui le rapproche des Modernes.
Et Robert Ambelain ne s’y trompe pas lorsque, harmonisant les rituels et retournant aux
sources de 1824 auxquelles Papus ne pouvait avoir accès, il refonde des Rituels de premier,
deuxième et troisième degré spécifique du Rite Primitif de Memphis Misraïm en se
nourrissant d’une inspiration résolument moderne. Que fait en effet le successeur de
Constant Chevillon ? Il place les colonnes et les piliers à la manière du Rite français : il
invoque la Liberté, l’Égalité et la Fraternité pour créer l’espace sacré. En somme, il
installe la Loge bleue de telle sorte que ce Rite Ancien et Primitif travaille comme un Rite
Moderne, dans la juste filiation d’Anderson et dans celle de la Maçonnerie continentale,
libérale et contestataire, celle que nous avions appelée Maçonnerie de la main gauche…
Une conclusion s’impose donc : le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm n’est donc
pas un Rite d’inspiration hébraïque, ni christique… Son attachement à l’ancienneté n’en
fait pas le défenseur de Rome, ni l’opposant à la laïcité. Car il est tellement ancien qu’il
en devient primitif, fait éclater les dogmes étriqués des religions révélées et ouvre vers
une spiritualité absolument subversive pour quiconque frémit devant le Pape et veut fixer
Dieu dans le désert du Moyen Orient.
Si donc il y eut un temps où le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm a pu être l’abri
des papistes et des Maçons en mal de messe, des antimodernes et des réactionnaires, il
faut convenir que cela n’est ni l’esprit ni l’histoire du Rite… Historiquement, ce Rite
égyptien fut dit ancien parce qu’il pratiquait l’écossais en espagnol sur le territoire
français !... Symboliquement, l’ancienneté du Rite le place avant le judéo-christianisme,
dans une primitivité qu’avaient bien comprise les libertaires du XIXème siècle…
En travaillant au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, ils fortifiaient en leur âme
dans l’âme de leurs semblables une sensibilité qui ne pouvait être récupérée ni par
l’horizontalité stérile du Français, ni par la verticalité étouffante de l’Écossais.
Le Rite Primitif laissait la place libre pour une expérience religieuse absolument nouvelle,
libérée des soumissions à la foi classique… Mais puisque toute théologie est aussi une
politique, travailler au Rite Primitif, c’est aussi revenir à la source noire de la vie
intérieure, en faisant fi de tout autoritarisme, fut-il d’États ou d’Églises … Et c’est ainsi
qu’aujourd’hui il peut être un puissant Vitriol dès qu’il s’agit de dépouiller les âmes des
reliques de soumission à l’autorité, qu’elle soit spirituelle ou temporelle.
Memphis-Misraïm est donc une Maçonnerie certes primitive… Et comme les peuples primitifs
subirent le joug et l’arrogance des blancs, mais furent toujours porteurs d’une mémoire
sans âge et sans maître, cette Maçonnerie restera, elle aussi, une Maçonnerie noire, rebelle
et primitive…
L’occultisme est en effet depuis Eliphas Lévy et Saint-Yves d’Alveydre (sans doute faut-il
remonter à Fabre d’Olivet), persuadé qu’une synthèse des religions est possible, si elles
retournent à la Tradition primordiale dont elles sont toutes issues… La primitivité
maçonnique invoquée renvoie donc à cette tradition primordiale, en amont des
manifestations ecclésiastiques externes.
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Mais Yarker satisfait aussi les révolutionnaires en fondant une Maçonnerie qui n’ait de
compte à rendre à aucun monothéisme fût-il chrétien (Rectifié), ou à connotation
hébraïque (Ecossais), et refusant même, osons le scandale, le monothéisme Laïc du culte
rendu à la Raison et au Progrès (Français), élevé par une bourgeoisie nationale que les
internationalistes exècrent finalement autant que les deux précédents… En le disant
primitif, Yarker ne se contente pas de retrouver l’idée tenace des occultistes depuis
l’hermétisme médiéval delà Prisca Theologia, il assoit aussi une expérience sacrale possible
(et qu’exigent les socialistes de l’époque) sans passer par les théologies qui, dès qu’il s’agit
du sort du peuple, ont loué autant du sabre que du goupillon.
Qu’on ne s’y trompe donc pas. Le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm n’est pas un
Rite Ancien au sens où l’entendait le début du siècle lorsqu’il le confondait abusivement
avec l’écossisme qui était synonyme de papisme et d’hostilité à la modernité laïque et
républicaine. C’est-à-dire qu’il ne cherche pas le soutien des églises constituées…Papus
l’iconoclaste dépouille les troncs des églises, exhume les vieilles visionnaires au rebut et les
vaticinations des hérésies pour jeter les bases de son occultisme… Il abrite dans sa revue,
Le Voile d’Isis des prêtres en disgrâce de Rome et les laisses à loisir bricoler leur
messianisme socialo-mystique et leur ésotérisme prolétarien… Politiquement, Papus et ses
voyants se situent d’ailleurs à gauche, n’en déplaise aux tenants du Rite Français qui ne
comprennent rien quand »le Maure « veut dissocier l’anticléricalisme (auquel il adhère
comme le Grand Orient) de l’anticléricalisme (qu’il récuse, ce qui lui vaut l’inimitié du
Grand Orient)…
Fondamentalement, ce Rite est primitif, très ancien, si ancien qu’il renverse et malmène
les traditions religieuses de la révélation, et qu’il a l’orgueil de se placer en amont… Le
Rite primitif est tellement ancien, tellement archaïque et primordial qu’il conteste le
monopole de l’ancienneté des anciens de Dermott… À ce titre, il s’inscrit donc dans une
liberté religieuse qui le rapproche des Modernes.
Mais comme le dit le Frère Bakounine, aux trente-cinq années de Maçonnerie, puisque toute
théologie est aussi une politique, travailler au Rite Primitif, c’est aussi revenir à la source
noire de la vie intérieure, en faisant fi de tout autoritarisme, fut-il d’États ou d’Eglise… Et
c’est ainsi qu’aujourd’hui il peut être un puissant Vitriol dès qu’il s’agit de dépouiller les
âmes des reliques de soumission à l’autorité, qu’elle soit spirituelle ou temporelle…
Memphis- Misraïm est donc une Maçonnerie certes primitive… Et comme les peuples
primitifs subirent le joug et l’arrogance des blancs, mais furent toujours porteurs d’une
mémoire sans âge et sans maître, cette Maçonnerie restera, elle aussi, une Maçonnerie
noire, rebelle et primitive.
Et maintenant voici l’historique du Rite Ancien et
Primitif de Memphis – Misraïm…
La Franc-Maçonnerie est une institution pluricentenaire, car les premières révélations
historiques remontent au XIIIème siècle…
Cette association de métier, à l’origine dite opérative, au caractère corporatiste autant
que moral et spirituel, devient, dès 1723, un « centre d’union » où se retrouvent, en toute
fraternité, des hommes qui, sans elle, ne se seraient pas reconnus.
Adopter une vision tranchée et univoque de la Franc-Maçonnerie moderne, dite spéculative,
semble difficile, car celle-ci, selon les temps et les lieux, a revendiqué des origines et des
finalités bien différentes, bien qu’elle s’inscrive dans le courant judéo-chrétien… En outre,
sa philosophie ne s’exprime que par le truchement des symboles : or leur sens dépend de la
tradition initiatique à laquelle se rattache chaque Rite, qui représente l’Esprit de chaque
-7-
Ordre existant… Ainsi, les différentes Obédiences et Ordres Français couvrent un large
spectre, allant du social au spirituel, de l’athéisme au déisme ; elles ont toutes cependant
en commun leur essence initiatique et leurs trois premiers degrés représentent un centre
adogmatique de perfectionnement individuel, intellectuel, moral et de travail sur soi….
Ce n’est que par la suite que l’empreinte du Rite, propre à chaque Obédience se manifeste
dans toute son amplitude : il donne à ses cérémonies une qualité, une impulsion et une
prédominance à nulle autre pareille… De telle sorte que cette juxtaposition de mille et une
nuance dans l’Art Royal entrouvre l’accès à une voie adaptée à la nature du Cherchant et à
ses exigences, dans le respect le plus strict de sa liberté absolue de conscience…
La Franc-Maçonnerie du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm possède ses spécificités
propres, qui font d’elle une Maçonnerie peu connue, mais d’une grande richesse à la fois
rituelle et historique… Parmi celles-ci, se distinguent entre autres :
- son orientation spiritualiste et déiste dans le cadre de la Voie initiatique.
- Sa volonté de donner l’accès à la Connaissance Essentielle par l’alliance de
l’intelligence du coeur à celle du mental ;
- Sa représentation en tant que gardien des traditions de l’ancienne Égypte, berceau
de toute initiation.
- Sa vocation de conserver et de développer une Tradition intacte ( comprise comme
la Tradition Primordiale transmise dans les courants hermétiques, gnosticistes,
kabbalistiques, templiers et rosicruciens), propre à libérer l’homme de ses chaines
matérielles, au travers de son évolution spirituelle.
Cette Tradition se veut dépositaire des antiques initiations de la vallée du Nil, perpétuées
au travers de divers mouvements, parmi lesquels se retrouvent les pythagoriciens ( qui
détiennent l’héritage d’une Géométrie d’essence sacrée), les Hermétistes Alexandrins (
dont les ouvrages de référence sont le Corpus Hermeticum et La Table d’émeraude
attribuée à Hermès Trismégiste), les Néo-Platoniciens, les Sabéens de Harrân, les
ismaéliens, les Templiers et les Rose✠Croix…
Pour un Ordre Souverain spiritualiste et sacerdotal comme celui du Rite Ancien et Primitif
de Memphis-Misraïm, le Rituel est donc l’occasion d’une Régénération spirituelle, d’une
réintégration métaphysique, de la personne qui y participe et joue le rôle de catalyseur sur
le sentier de l’évolution intérieure…
Mais en même temps, il reste attaché à son héritage humaniste, profondément engagé au
côté des valeurs de la dignité, du droit, et de la défense de l’opprimé… C’est là sa grande
force, son côté insolite, et la raison pour laquelle, peut-être, il attire autant qu’il intrigue.
Mais l’histoire commence par la connaissance des origines…
…Le Rite de Misraïm…
Il faut ici commencer à mi-chemin entre l’histoire et la légende, peut-être par « il était
une fois »…
En présentant l’énigmatique personnage que fut Alexandre Cagliostro, de son véritable nom
Joseph Balsamo, aigrefin de renom un peu souteneur et un peu espion pour les uns, Grands
Initiés sans attache, magicien et enchanteur pour les autres, en tout cas acteur occulte de
la Révolution française pour l’ensemble, et certainement un être moralement
indéfinissable, tant ce Rite attire des caractères trempés dans une eau qui n’a pas grandchose
à voir avec l’eau plate…
-8-
Alexandre Cagliostro, très proche du Grand Maître de l’Ordre des Chevaliers de Malte,
Manuel Pinto de Fonseca avec lequel il aurait effectué des expériences alchimiques, fonde
en 1784 le « Rite de la Haute-Maçonnerie Egyptienne »… Bien que celui-ci n’ait eu que trois
degrés ( Apprenti, Compagnon et Maître égyptien), le Rite de Misraïm semble lui être
directement relié… On sait encore mal, aujourd’hui, où Cagliostro fut réellement initié
(sans doute à Malte) et comment il bâtit son Rite !!! Selon Gastone Ventura, il reçoit entre
1767 et 1775 du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître National de la maçonnerie
napolitaine, les Arcana Arcanorum, trois très hauts degrés hermétiques, venus en droite
ligne des secrets d’immortalité de l’Ancienne Égypte, afin qu’il les dépose dans un Rite
maçonnique d’inspiration magique, kabbalistique et divinatoire… Ce qu’il semble avoir fait
en 1788, non loin de Venise, en y établissant une Loge où il opère le transfert des Arcana
Arcanorum dans le Rite de Misraïm.
Ce Rite, à demi-centenaire lorsque Cagliostro en fait le dépositaire du Secret des Secrets,
est un écrin idéal pour le joyau qu’il reçoit, nourri de références alchimiques et occultistes
il attire alors de nombreux Adeptes… Il se réclame de plus, d’une antique tradition
égyptienne, le terme « Misraïm » signifiant soit « les Égyptiens » ou « Égypte » en hébreu,
et possède 90 degrés… Dans l’état actuel des recherches, il apparaît surtout que les sources
du Rite de Misraïm se situent dans la République de Venise et dans les Loges francoitaliennes
du Royaume de Naples de Joachim Murat, et qu’il a subi douloureusement à la fin
du siècle l’occupation autrichienne qui en interdit la pratique…
Les trois frères Bédarride, dont les plus marquants, Marc et Michel, auraient été initiés dans
le Rite de Misraïm en 1803…
L’introduisant en France à Paris en 1814 et 1815, à l’époque où les Ordres maçonniques
sont interdits en Italie.
Le Rite recrute aussi bien de hautes personnalités aristocratiques, que des bonapartistes et
des républicains, parfois des révolutionnaires, Carbonari, comme Pierre Joseph Briot,
membre de la société républicaine des Philadelphes, ou bien encore Charles Teste, frère
cadet du baron François Teste, lieutenant de Philippe Buonarrotti, le célèbre conspirateur
qui utilisa les idées libérales de la Charbonnerie pour servir la cause de son
précommunisme, et qui fut, avec Babeuf, le coauteur du Manifeste des Égaux…
Or, dès 1817, le Grand Orient, qui n’apprécie guère le système des hauts degrés, devient un
vigoureux opposant au Rite de Misraïm… Ainsi, en 1822, alors que les affaires semblent
florissantes, le Grand Orient, à cette époque monarchiste et catholique, profite de l’affaire
des Quatre Sergents de La Rochelle et de l’inquiétude suscitée par les Carbonari pour
dénoncer aux ordres de police l’Ordre de Misraïm comme un repaire de séditieux
« antimonarchistes et antireligieux » prêts pour l’insurrection armée… L’essor de ce
nouveau Rite plein de promesses est ainsi stoppé net.
En tant que Rite interdit, il devient tout naturellement un espace de rencontre pour tous
les opposants au régime… Mais déjà il commence à péricliter…Vers 1890, les derniers
Maçons du Rite attachés à leurs principes déistes et spiritualistes se retrouvent bientôt dans
une seule Loge, la fameuse Loge Arc en Ciel… Le Rite de Misraïm reviendra presque’un
siècle plus tard, lorsque Robert Ambelain, ancien Grand Maître ad vitam, démissionnaire du
Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, le ravive en 1992, malgré ses engagements
pris de ne jamais le ranimer.
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… Le RITE de MEMPHIS…
Le Rite de Memphis est une variante du Rite de Misraïm, constitué par Jacques Étienne
Marconis de Nègre en 1838, pour autant, s’il reprend la mythologie égypto-alchimique du
Rite, il la fortifie d’emprunts templiers et chevaleresques, les références à la légende
d’Ormuz et à la Chevalerie de Palestine sont là-dessus très significatives…
Robert Ambelain estime pour sa part (mais l’information doit attendre sa confirmation) que
ce Rite serait né de la fusion de divers rites ésotériques d’origine occitane, notamment le
Rite Hermétique d’Avignon, le Rite Primitif de Narbonne, le Rite des Architectes Africains
de Bordeaux, et un Rite gnostique d’origine égyptienne… Là où Misraïm est le Rite des
Adeptes entre Ciel et Terre, des révolutionnaires insaisissables, et des comploteurs
libertaires, selon ce qu’en disent les documents de police de l’époque…
Memphis durcit la ligne des références mythiques, et veut conquérir des hommes de force,
à l’idéal chevaleresque…
Le Rite connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires (et la dérive du
mot degré qui devient sous l’influence militaire « grade »), tant et si bien qu’en 1841, les
frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint
de se mettre en sommeil… Il faudra attendre 1848 et la destitution de Louis Philippe pour
que le Rite de Memphis reprenne une vigueur toute relative, luttant pour ne pas péricliter.
Mais c’est plutôt Outre-Manche, que le Rite perdure… À partir des années 1850, des Loges
anglaises, travaillant en français au Rite de Memphis, se multiplient, et elles sont restées
célèbres pour avoir été essentiellement composées d’ardents républicains ayant fui la
France après le coup d’Etat du 2 décembre 1851… On y retrouve Louis Blanc, Alfred
Talandier, Charles Longuet, le gendre de Karl Marx et Joseph Garibaldi, membre d’honneur
dont nous reparlerons plus tard…
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En 1871, l’écrasement de la Commune attire en Grande-Bretagne de nouveaux réfugiés et
ceux-ci contribuent à la vivification du Rite, mais toutes ces Loges s’éteignent en 1880,
lorsque le nouveau gouvernement républicain déclare l’amnistie.
Parallèlement, le Rite de Memphis semble avoir connu un important développement en
Égypte à partir de 1873, sous l’impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand
Hiérophante… Jusqu’à l’époque du roi Farouk, il ne cesse de se développer, en tant que
continuateur des anciens Mystères Egyptiens, à telle enseigne que les Frères de Memphis
sont unanimement appréciés et respectés.
Le Rite de Memphis s’implante également aux États-Unis vers 1856-57, lors du voyage à
New-York de Marconis de Nègre… Il connaît un certain essor, notamment sous la grande
maîtrise de Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France…
… Memphis + Misraïm… l’Union…
le RITE de Memphis-Misraïm
Survient fin décembre 1870 un événement, apparemment anodin, mais qui aura de grandes
conséquences… le 28 décembre, quatre Maçons, menés par Robert Wentworth Little, qui
avait créé quatre ans auparavant la S.R.I.A. ( Societas Rosicruciana in Anglia ), invoquent
une prétendue consécration pour établir en Angleterre, auprès de Yarker, un « Suprême
Conseil Général 90è du Rite de Misraïm »… Yarker associe donc au Rite de Memphis qui lui
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fut transmis par Seymour en 1872, le Rite de Misraïm introduit par Little puis légitimé par la
Charte de Pessina en 1881… Et pour affermir cette alliance de Memphis et de Misraïm, il
place à la tête du Rite la figure emblématique du chef des Camissia Rossa, Joseph
Garibaldi, premier Grand Hiérophante des deux Rites en 1881, qui, trop âgé, ne put exercer
ses fonctions et mourût peu après en 1882…
La réunification de la maçonnerie de Rite Egyptien fût brève, et des dissensions successives
éclatèrent quant à la succession au titre de Grand Hiérophante entre les Souverains
Sanctuaires des différents pays, principalement l’Égypte… Finalement, Yarker devient le
Grand Hiérophante de Memphis-Misraïm pour tous les pays d’Europe seulement, de 1903 à
1913, date de son trépas…
La fusion définitive des deux Rites ne devait réellement se faire, en fait, qu’en 1989….
… le Rite en France…
la France aussi possède son Cagliostro en la personne du célèbre Docteur Gérard Encausse,
allias Papus, personnage mystérieux et étrange, agaçant pour certain, fascinant pour
d’autre, celui qu’Anatole France pressentait pour une chaire de Magie, si d’aventure elle se
faisait, laissa un profond sillage dans cette France entre deux siècles.
On suppose que Papus fut initié par des Frères dissidents de la Loge sauvage L’Arc en Ciel
avant la fin du siècle, mais on n’en a aucune preuve… En tout cas, en 1901, John Yarker lui
délivre une patente, pour ouvrir son Chapitre INRI. Une Charte la transformera en
« Suprême Grande Loge de France du Rite Swedenborgien » en 1906…
Ce « Temple de perfection » ne l’autorise pas cependant à initier aux trois premiers degrés.
En 1906, Papus réussit à obtenir de Villarino del Villar, Grand Maître de la Grande Loge
symbolique Espagnole du Souverain Grand Conseil Ibérique, une charte du Rito National
Espanol, Rite en sept degrés du Rite Italien de Memphis-Misraïm de Pessina et contesté par
la Maçonnerie régulière… Celle-ci lui permet d’ouvrir une nouvelle Loge Symbolique
Humanidad et d’y travailler aux trois premiers degrés du « Rite Ecossais »…
Enfin, en juin 1908, Papus constitue à Paris un Suprême Grand Conseil et Grand Orient du
Rite « Ancien et Primitif de la Maçonnerie »… Mais ce dernier n’a cependant pas le Statut
de Souverain Sanctuaire et ne peut créer de Loges… Le Rite évoqué est vraisemblablement
le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm en 97 degrés créés avec l’impulsion de John
Yarker lors de la fusion des Rites de Memphis et de Misraïm entre 1881 et 1889. C’est donc
par les initiatives de Papus que le Rite a pu revenir en France, par l’intermédiaire de sa
Loge mère Humanidad, pour les trois premiers degrés de son Chapitre INRI convers au Rite
Ancien et Primitif pour les Hauts Degrés.
Jean Bricaud, successeur de Papus, prend en main les affaires de l’Ordre, en 1919, et
cherche à glaire gagner à son Obédience une respectabilité maçonnique qu’elle négligeait
un peu pendant les années d’avant-guerre… Il enrichit les Rituels, avec malheureusement
un mélange d’apports gnostiques, ouvre le Rite vers les profanes, fait disparaître
l’efflorescence des innombrables sociétés occultes atomisées du début du siècle en ouvrant
l’accès à son Ordre Martiniste, à l’Ordre de la Rose✠Croix Kabbalistique et Gnostique, et à
l’Église Catholique Gnostique.
Quand Jean Bricaud s’éteint en 1934, Constant Chevillon est choisi pour lui succéder…
Hélas, la menace de l’holocauste plane bientôt sur le monde… Le Rite, alors en pleine
expansion subit de plein fouet la violence de la barbarie nazie.
Georges Delaive, qui fut l’un des Grands Maîtres du Rite en Belgique, est emprisonné et
bientôt assassiné par les nazis à la prison de Brandebourg, après avoir rejoint la Résistance
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en France… Raoul Fructus, qui avait de hautes responsabilités dans le Rite avant la guerre,
meurt en déportation en février 1945…
Oto Westphal, responsable du Rite en Allemagne, est interné en camp puis torturé…
Constant Chevillon, Grand Maître National du Rite après Bricaud, est abattu à quelques
kilomètres de Lyon au printemps 1944, par la milice de Vichy après dénonciation…
Le Rite de Memphis-Misraïm a donc payé un lourd tribut au fléau nazi, celui de son
attachement à la liberté.
Au sortir de la guerre, c’est Henri-Charles Dupont qui prend légitimement la direction du
Rite de Memphis-Misraïm pour la France… H.C.Dupont nomme Pierre Debeauvais Grand
Maître Général de Memphis-Misraïm, mais, comme celui-ci, trop autoritaire, est mal perçu,
il doit vite reprendre la Grande Maîtrise Générale par la suite…
Peu avant sa mort, Henri Charmes Dupont remet le 13 août 1960 à Robert Ambelain une
patente de Grand Administrateur du Rite et de successeur… Ce dernier a reçu de 1941 à
1945 tous les Hauts Degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté, du Rite Ecossais Rectifié, en
plus de ceux du Rite de Memphis-Misraïm… Il détient également la transmission du Suprême
Conseil du Rite Ecossais Primitif (Early Grand Scottish Rite dit Cerneau) conférée au Grand
Maître Bricaud, en 1920, par le Suprême Conseil des États Unis…
Robert Ambelain, une fois devenu Grand Maître, va tenter de rassembler, dans une même
Obédience mondiale, les Ordres se réclamant du Rite de Memphis-Misraïm…
Il parvient à établir des relations fraternelles avec la plupart des Grandes Obédiences
françaises… Il ne réussit pas néanmoins à unifier certains groupuscules de Memphis séparés,
ni les Rites de Memphis-Misraïm d’Italie issus d’une filiation différente…
Sous la Grande Maîtrise de Robert Ambelain, il est décidé que le siège de la Grande Maîtrise
générale sera obligatoirement Paris (1ère erreur)et que le Grand Maître devra autant que
possible être francophone … En putre, en 1963, les 33 premiers degrés de Memphis-Misraïm
sont revus pour les conformer au « Rite Ecossais Ancien et Accepté » et faciliter les
contacts avec les autres Obédiences…
Dans la nuit du 31 décembre 1984 au 1er janvier 1985, Robert Ambelain transmet sa charge
de Grand Maître Ad Vitam du Rite à Gérard Kloppel, alors Grand Maître Général adjoint
Depuis 2 ans et responsable de la pyramide jusqu’au 32ème degré… Quelques mois plus tard,
en juillet, il lui transmettra également les degrés du Rite Ecossais Primitif…
En 1987, Gérard Kloppel fonde le premier Souverain Sanctuaire féminin, mais ce Souverain
Sanctuaire prend illégitimement son indépendance en 1990…
Une nouvelle Fédération féminine, devenue par la suite Grande Loge sera recréée en 1993.
Nous pouvons observer que ce Rite de Memphis-Misram est constamment en zone de
turbulences, c’est sans doute le Rite le plus fort sur le plan de la spiritualité et comme la
kabbale il peut faire tourner les têtes et rendre les « Ego » démesurés, les différentes
scissions l’attestent, par ailleurs nous pouvons constater que ces scissions viennent toujours
d’en haut sur le plan de la pyramide des degrés, mais aussi sur le plan géographique de
l’hexagone, le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite du Soleil, un Rite des Rives de la
Méditerranée et chaque fois qu’il s’en est éloigné il y a eu naissances de problèmes, sa vie
est au Soleil et cela confirme l’erreur de vouloir en installer la tête à Paris.
À ce jour il n’y a pas de grandes Obédiences du Rite de Memphis-Misraïm, mais beaucoup de
petites structures dont certaines, n’existent que pour valoriser les égos, mais sans
implication sérieuse pour respecter les traditions et faire évoluer le Rite… Toutefois, il est
remarquable que certaines Obédiences ou Ordres, féminines, mixte et masculine assurent
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la pérennité de ce Rite qui n’a pas vocation a faire du prosélithysme et de l’ombre aux
grandes structures quelquefois multinationales !!!
Le Rite de Memphis-Misraïm est un Rite de Tradition, c’est-à-dire qu’il suppose que le
Rituel a une opérativité réelle pour retrouver cette Parole Perdue, qui n’est d’aucun siècle,
mais qui les traverse tous… Résolument spiritualiste, symbolique et Sacerdotal, il estime en
outre que les Arts traditionnels… Alchimie, Kabbale, Théurgie, Gnose… sont essentielles
pour quiconque veut travailler à son propre perfectionnement et à celui de la Nature et de
l’Humanité tout entière… En outre, le Rite de Memphis-Misraïm s’est toujours attaché à
défendre ces valeurs fondamentales que sont : la Liberté, l’Égalité et la Fraternité…
Le courage n’a jamais manqué à ces « Maçons de la Terre de Memphis », lorsqu’il s’est agi
de protéger l’opprimé contre le puissant… Il lui en a coûté, on l’a vu, beaucoup de
martyrs… Mais c’est le prix de l’intransigeance morale. Ce Rite a rayonné à chaque période
de bouleversements sociaux ou politiques, lorsqu’il a fallu que les âmes fortes témoignent
de leur attachement à l’humanisme et à la solidarité, tandis que s’étendait partout la plus
sombre obscurité…
Ainsi, fidèle à ses principes et à son identité historique le Rite demeure soucieux du monde
à la fois spiritualiste, traditionnel et social : il a toujours contemplé avec le même
attachement et le même amour la Voûte étoilée et ses frères humains, fidèles à l’éternelle
parole d’Hermès Trimégiste……
« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas »
car c’est là, à la croisée des chemins, entre la contemplation des Cieux et l’engagement
pour la Fraternité, les pieds ancrés dans la terre à la recherche de son être divin que se
révèle et s’épanouit la lumière du Rite de Memphis-Misraïm dans le coeur du maçon…
recueilli par JDI∴ septembre 2010e∴v∴

Jeudi 10 Novembre 2011 à 19h30 dans HISTOIRE DU RITE MISRAIMPoster un commentaire